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Egypte

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Egypte      - Page 25 Empty Re: Egypte

Message  Copas le Lun 19 Aoû - 0:29

mykha a écrit:
Bien pire LO ne soutient pas le processus en cours dans ce qu'il a de révolutionnaire.
Soutenir un "processus" ??????
En l'occurrence, soutenir c'est soutenir une classe, une force, un camp.
Les deux camps en présence, c'est les islamistes et l'amée qui semble bénéficier du soutien, et surtout des illusions, d'une grande partie de la population.
Le côté "révolutionnaire" de ce "processus", pour l'instant, même avec les lunettes de Copas, je ne sais pas où le trouver ou par quel bout le prendre pour envisager de le "soutenir"...
Comme en 1917 tu aurais fait pppfffff, ce sont des tsaristes contre des libéraux....

Ta négation de l'existence d'une classe ouvrière est impressionnante, et c'est le soulèvement de cette classe, ses revendications sociales qu'on soutient à condition évidemment de les connaitre...

Encore une fois, il existe une bonne documentation sur l'augmentation de l'activité ouvrière en Égypte, comme dans toute l'Afrique du nord d'ailleurs.
Tout ça n'existe pas pour notre ami...
Quand c'est PSA c'est bon, mais Mahalla, peuhhhh, ...

Expliques moi pourquoi un peu LO, et beaucoup des gens comme toi, n'estiment pas devoir soutenir les combats du prolétariat d’Afrique du nord sur ses revendications , souvent moins couillonnes qu'à Aulnay, mais estiment juste de soutenir des luttes ouvrières en France.
Copas
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Egypte      - Page 25 Empty L’Egypte et le suicide de la gauche arabe

Message  Antonio Valledor le Lun 19 Aoû - 10:20

Dans cette question, comme dans d’autres, la gauche égyptienne regarde ailleurs, quand elle ne se fait pas de vaines illusions sur le « nationalisme conservateur anti-impérialiste » des militaires, qui a été répété comme un dogme par un secteur significatif de la gauche occidentale. Même des marxistes éminents comme Samir Amin ont qualifié l’armée égyptienne de « force de classe neutre » probablement « enflammée » par la mobilisation des masses

http://www.avanti4.be/analyses/article/l-egypte-et-le-suicide-de-la-gauche-arabe

Antonio Valledor

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Message  mykha le Lun 19 Aoû - 12:26

Ce qu'ose prétendre Copas :

Tourne vire, encore faut-il reconnaitre qu'il existe une classe ouvrière qui a une activité plus importante que la classe ouvrière française, ce que LO ne fait pas , même dans ses brèves.

L'existence d'une grande classe ouvrière ressort de la réalité, et ça ton parti semble avoir du mal à le reconnaitre, ce qui le conduit à parler des "gens", de la population, des pauvres... etc.

Alors il faut insister n'en déplaise : oui il existe une grande classe ouvrière en Égypte, oui son prolétariat industriel représente à peu près 1.5 fois le prolétariat industriel français, oui ce prolétariat mène des combats pour lui, oui c'est ce prolétariat plus le reste du prolétariat urbain qui a rassemblé l'essentiel des masses soulevées depuis 2011 en Égypte, oui ce prolétariat a une activité supérieure, sur ses propres revendications, au prolétariat français et oui certains secteurs ont mené des combats bien avancés politiquement et organisationellement. Et non, LO ne soutient pas trop les luttes de ce prolétariat.

La conception des articles de LO ressort du journalisme petit-bourgeois quand il s'agit des pays de la sphère dite "arabo-musulmane" où il n'y voit que des méchants militaires et islamistes. ... et des gens. Je ne m'explique pas cela... Il ne fait pas d'analyse de classe.




Un article long de la LDC en février 2011 qui met évidemment en relief l'inanité des propos de Copas à propos de LO et de son ignorance (volontaire ?.) de la classe ouvrière égyptienne. (j'ai surligné quelques passages )





Égypte - Moubarak parti, la hiérarchie militaire reste au pouvoir  

17 février 2011

 Le dirigeant égyptien Moubarak a fini par connaître le même sort que son homologue tunisien Ben Ali. Le vieux dictateur se sera accroché plus longtemps au pouvoir. La veille encore de son départ précipité, il déclarait vouloir aller jusqu’au terme de son « mandat présidentiel », expression bien impropre pour ce dictateur qui se maintenait au pouvoir depuis 1981 en réprimant violemment toute opposition.  
 Peut-être finira-t-on par apprendre les conditions exactes de ce départ, par qui et comment Moubarak a finalement été poussé dans un avion en partance pour la station balnéaire de Charm El Cheikh le vendredi 11 février. Mais d’ores et déjà, il apparaît clairement que cela résulte d’un choix des cercles dirigeants de l’armée en accord avec les dirigeants américains, avec lesquels ils étaient en contact permanent depuis le début des mobilisations populaires.  
 Dès l’annonce de la démission de Moubarak, tous les dirigeants du monde impérialiste ont multiplié les hommages à la « révolution égyptienne », à la « victoire de la démocratie ». Quel dé­ploiement d’hypocrisie écœurante ! Jamais la dictature de Moubarak n’aurait pu se maintenir sans le soutien diplomatique, militaire et économique de ces grandes puissances.  
 Depuis 1979 et la signature par Sadate des accords de paix avec Israël, l’Égypte était de­venue, aux yeux des dirigeants américains, l’un des piliers de la stabilité de l’ordre impérialiste au Moyen-Orient. Avec une aide militaire s’élevant à 1,3 milliard de dollars par an, l’Égypte – ou plutôt son armée – était devenue l’un des principaux bénéficiaires de l’« aide » américaine (en deuxième­ position derrière Israël si on ne prend pas en compte l’Irak et l’Afghanistan). Les dirigeants impérialistes, d’Obama à Sarkozy, ne trouvaient rien à redire à la dictature de Moubarak, comme à bien d’autres dans le monde, tant que celui-ci se montrait capable de mettre au pas sa population.  
 Et c’est précisément son incapacité à mettre fin à la contestation populaire qui a amené les dirigeants américains à lâcher Moubarak et à envisager une « transition ordonnée », pour reprendre les termes d’Obama, transition qui a consisté à remettre le pouvoir entre les mains des dirigeants de l’armée.  
 Cette armée est présentée aujourd’hui comme garante des libertés démocratiques. Un comble tout de même pour une armée qui a été un des piliers de la dictature depuis ses débuts, fournissant la plupart des cadres dirigeants du régime. Si elle n’a pas été en première ligne dans le maintien de l’ordre au jour le jour, elle a tout de même été utilisée à plusieurs reprises contre la population, notamment au moment des émeutes de 1977 sous Sadate.  
 Alors si on peut se réjouir de la chute de Moubarak, il est surtout nécessaire de comprendre la nature du mouvement qui en a été à l’origine, de comprendre quelles sont les possibilités qui s’ouvrent­ aujourd’hui pour les travailleurs égyptiens et aussi les pièges sanglants qui les menacent.
 
Une situation explosive depuis des années
 
 S’interrogeant sur les conséquences en Égypte de la chute du dictateur tunisien Ben Ali, un journaliste du quotidien Les Échos, pouvait écrire le 17 janvier, une semaine avant le début des manifestations : « L’Égypte est rongée par les inégalités, la corruption et le chômage des jeunes qui ont emporté le régime tunisien. Mais une contagion de la révolte y semble, pour l’instant, peu probable. » Il s’appuyait sur de prétendus « analystes politiques » estimant que la population égyptienne, moins éduquée que le peuple tunisien, aurait été réduite à « un état d’apathie », que les Égyptiens seraient habitués à un « pharaon »… Les événements qui ont suivi ont montré ce que valait ce genre de « spécialistes » aveuglés par leur mépris à l’égard des masses.  
 Certes, l’Égypte était le « bon élève » du FMI, vanté pour sa croissance de plus de 7 % presque chaque année, pour sa politique de privatisations et d’ouverture aux capitaux internationaux au point d’en devenir, depuis 2004, la première destination au Moyen-Orient.  
 Mais la satisfaction affichée des dirigeants des organismes internationaux reflétait d’abord celle des grands groupes capitalistes américains et européens qui avaient pu faire main basse sur des secteurs jugés rentables de l’économie égyptienne, les capitalistes français n’étant pas les derniers : citons BNP Paribas et la Société Générale qui sont parmi les premières banques privées du pays, le cimentier Lafarge qui a racheté, en 2008, la principale usine de ciment du pays.  
 Cette « croissance » économique avait aussi permis à toute une bourgeoisie égyptienne de prospérer.  
 Les mieux servis ont été en premier lieu le dictateur et sa famille. En trente ans de pouvoir, les Moubarak – le dictateur, sa femme et ses deux fils – avaient accumulé une fortune évaluée entre 40 et 70 milliards de dollars, soit une fortune supérieure à celle de Bill Gates qui fut longtemps l’homme le plus riche du monde…  
 Venaient ensuite les ministres et tous ceux dont les réseaux de relations leur donnaient accès aux premiers cercles du pouvoir, ce qu’on appelle aujourd’hui « le clan Moubarak ». Mais dans un pays comme l’Égypte où de nombreux secteurs de l’économie restent contrôlés par l’État – et donc en particulier par l’armée du fait de son rôle prépondérant au sein de l’appareil d’État – les possibilités d’enrichissement dépendaient for­cément du degré de proximité et des liens entretenus avec le pouvoir.  
 Quant à la grande masse de la population égyptienne, elle n’a rien vu de cette « croissance ». Au contraire même, puisque les privatisations ont entraîné des milliers de licenciements, facilités par une réforme du code du travail adoptée en 2007. Pour la population des campagnes, ces années ont été celles de la remise en cause de la réforme agraire adoptée sous Nasser qui, sans faire disparaître les inégalités dans la répartition de la propriété foncière, les avaient atténuées, protégeant la petite et moyenne paysannerie. À la suite de cette contre-réforme agraire, des milliers de paysans ont perdu leur terre, n’ayant d’autre choix que de rejoindre les masses pauvres qui peuplent les bidonvilles des grandes villes.  
 Aujourd’hui, plus de 40 % de la population vivent avec moins de deux dollars par jour. Le chômage, officiellement de 9-10 %, frappe en réalité entre 20 à 40 % de la population suivant les endroits. Pour autant qu’on puisse le mesurer car il existe toute une économie dite « informelle », constituée par tous ces travailleurs, très nombreux dans les villes, qui se livrent à toutes sortes de petits boulots. Une partie importante de la jeunesse diplômée, après des années d’études, se retrouve dans cette situation. Les travailleurs égyptiens, payés avec des salaires de misère (le salaire minimum – pour autant qu’il soit respecté – équivaut à 50 euros par mois), doivent faire face à une forte inflation (de plus de 10 % en 2010) et à une flambée des prix des denrées alimentaires, avec un prix du blé qui a augmenté de 40 % à 70 % l’an dernier.
 
 En réaction à cette aggravation de leurs conditions de vie, les travailleurs ont mené, ces dernières années, de nombreuses grèves contre les licenciements et pour des augmentations de salaire. Au cours de l’année 2006, d’après un quotidien égyptien, il y aurait eu 220 grèves, occupations d’usine et manifestations. En 2007, une organisation, l’Egyptian Workers and Trade Union Watch, a dénombré 580 actions revendicatives. En mars 2008, dans la ville de Mahallah Al-Koubra, des milliers d’ouvriers de l’entreprise de textile Misr Spinning and Weaving Co., la plus grande entreprise industrielle d’Égypte avec 25 000 travailleurs, ont mené une grève victorieuse pour des augmentations de salaires, grève qui eut, à l’époque, un retentissement national.
 

 Avec la crise, la situation devenait de plus en plus explosive. Y compris au sein des couches qui constituaient la base sociale du régime, le mécontentement accumulé finit par donner naissance aux mobilisations qui amenèrent le départ de Moubarak.  
 Il y avait ces couches nombreuses de la petite bourgeoisie, étudiants au chômage, avocats, ingénieurs, journalistes, pharmaciens, elles aussi victimes de la hausse des prix et des conséquences de la crise. Ce sont elles qui, à partir du 25 janvier, rejoignirent massivement les cortèges de manifestants.  
 Mais toute une partie de la bourgeoisie, écartée du pouvoir politique et du même coup de ses retombées économiques, pouvait nourrir une certaine frustration et du ressentiment à l’égard de Moubarak et de ses proches. Et elle pouvait d’autant moins apprécier le scénario de plus en plus évoqué d’une succession de Moubarak au profit de son fils Gamal qui signifiait que cette situation allait se perpétuer.  
 Enfin, même des catégories socialement privilégiées n’en subissaient pas moins la dictature politique et ses inconvénients, le pouvoir arbitraire qu’elle donnait à des fonctionnaires corrompus, le règne de la censure imbécile dont même des écrivains de renommée internationale comme Naguib Mahfouz pouvaient être victimes.  
 Elles ont pu d’ailleurs se sentir encouragées à exprimer cette revendication par le changement de discours des dirigeants de l’impérialisme américain eux-mêmes – Bush d’abord, Obama après lui – qui, afin de contrebalancer, vis-à-vis des opinions publiques du monde arabe, les effets désastreux de l’intervention militaire en Irak, évoquaient davantage la nécessaire « démocratisation » des régimes arabes.
 
 Les premières étapes de la mobilisation  

 L’initiative de l’appel à la première manifestation a été prise par plusieurs organisations, dont le Mouvement du 6 avril, créé au moment des grèves du textile. Plus que d’organisations, il faudrait parler de regroupements de militants aux liens très lâches, ayant en commun de revendiquer l’instauration d’une démocratie avec des « élections libres » et dont le mode d’action consistait essentiellement à dénoncer la dictature sur Internet. L’un de ces « cybermilitants », Waël Ghonim, administrateur de la page Facebook « Nous sommes tous Khaled Saïd », du nom d’un jeune homme battu à mort par la police à Alexandrie en juin 2010, était par ailleurs chef du marketing de Google au Proche-Orient.  
 Le jour choisi pour la première manifestation, le 25 janvier, était un jour férié, « la Journée de la police ». Fête officielle destinée à rendre hommage, dans un esprit d’union nationale, à la police et à son action au service de la population, elle évoque aussi le 25 janvier 1952, jour où les troupes britanniques s’en prirent à la police égyptienne, déclenchant en retour une vaste émeute au Caire, qui allait être le début de la fin pour le régime du roi Farouk. Ce jour-là, des dizaines de milliers de manifestants, surtout des jeunes, occupèrent les rues et défièrent les forces de l’ordre.  
 Le lendemain, les manifestations se poursuivirent, continuant de mettre en échec la police. La répression qui fit ses premières victimes, les arrestations – la presse a parlé de plus d’un millier d’opposants arrêtés –, la coupure des réseaux téléphoniques et d’Internet n’ont pas empêché les manifestations de se poursuivre.  
 Le vendredi 28 janvier, « jour de la colère », comme l’ont appelé les initiateurs de la mobilisation, montra que celle-ci s’élargissait. Des manifestations eurent lieu dans la plupart des villes d’Égypte. Au Caire, à Alexandrie, à Suez, des milliers de manifestants affrontèrent la police, des commissariats furent incendiés. Au Caire, des manifestants mettaient le feu au siège du parti au pouvoir. D’après certaines sources, la répression aurait fait au moins 300 morts. En fin de journée, l’armée était déployée dans les principales villes, prenant la place de la police.  
 C’est à partir de ce jour que des groupes de manifestants prirent possession de la place Tahrir (place de la Libération), principale place du Caire vers laquelle convergeaient les défilés, défiant le couvre-feu qui venait d’être instauré.  
 Dans la soirée, Moubarak annonçait la démission de son gouvernement, la formation d’un nouveau cabinet et la mise en œuvre de réformes, proclamant dans une allocution télévisée qu’il y aurait « de nouvelles mesures pour une justice indépendante, la démocratie, pour accorder davantage de libertés aux citoyens, pour combattre le chômage, améliorer le niveau de vie ».  
 Mais ce premier recul, loin de calmer le mécontentement, donna un élan supplémentaire à la mobilisation.
 
 La politique de l’impérialisme et le rôle de l’armée  

 C’est à partir de cette troisième journée de manifestations que les dirigeants américains – et tous les dirigeants du monde impérialiste à leur suite – ont commencé à prendre nettement leurs distances avec le régime de Moubarak qu’ils avaient protégé jusque-là, parlant de la nécessité de « réformes démocratiques ».  
 Toutes les chancelleries se sont mises à la recherche d’une solution de rechange, susceptible de calmer le mouvement de protestation avant qu’il ne menace tous les intérêts, économiques bien sûr mais aussi diplomatiques, que Moubarak avait si bien défendus.  
 À la différence de Ben Ali, Moubarak n’a cependant pas été débarqué sur-le-champ. Un faisceau de raisons – ne pas effrayer les dirigeants d’Israël ni ceux des monarchies arabes les plus réactionnaires, comme l’Arabie saoudite – ont dû contribuer à ce que les dirigeants américains, tout en incitant Moubarak à accepter de servir de fusible, lui aient néanmoins laissé sa chance. Les dirigeants des États-Unis lui ont accordé du temps pour tenter de trouver sa propre solution à la crise, à la condition expresse de ne pas utiliser l’armée en réprimant violemment les mouvements de contestation pour sauver sa place.  
 Le Pentagone lui-même appela l’armée égyptienne à faire preuve de « retenue ». Et quand on sait à quel point les liens entre l’armée égyptienne et les dirigeants américains sont étroits, on imagine que ce genre de recommandation a un certain poids… (pour l’anecdote, le chef d’état-major égyptien était justement en visite aux États-Unis à la tête d’une délégation militaire au moment des premières manifestations).  
 De la part des dirigeants impérialistes, ce n’était bien sûr pas un accès subit d’humanisme. Leur unique préoccupation était d’empêcher l’armée, véritable pilier du pouvoir, de se discréditer à son tour en défendant Moubarak, et donc de préserver la possibilité qu’elle joue plus facilement un rôle politique dans sa succession.  
 Et en effet, de cette façon, l’armée a pu conserver la maîtrise de la situation. Elle s’est placée d’emblée en position d’arbitre en annonçant qu’elle ne réprimerait pas les manifestations et qu’elle se cantonnerait à son rôle de « garant de l’ordre public » contre les violences, d’où qu’elles viennent. Avec pour résultat que son déploiement fut accueilli par les manifestants avec soulagement et même avec joie car, pensaient-ils, l’armée allait les protéger de la police.

Moubarak tente de se maintenir au pouvoir

 Dans la semaine qui suivit, la mobilisation atteignit un nouveau sommet avec la manifestation du mardi 1er février, « la marche du million » aux dires des organisateurs, avec sans doute une exagération sur le chiffre.  
 C’est au soir de cette nouvelle journée de manifestation que le vieux dictateur affirma qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat aux élections présidentielles de septembre prochain mais que, d’ici là, il resterait au pouvoir afin d’assurer la transition. Face aux manifestants qui exigeaient son départ immédiat, Moubarak adoptait la stratégie qui consistait à agiter l’épouvantail du chaos.  
 Ce discours fut suivi d’une tentative du régime, le lendemain, mercredi 2 février, d’intimider les manifestants occupant la place Tahrir en envoyant contre eux des groupes de policiers en civil, des hommes de main recrutés pour quelques billets et les chameliers de Gizeh qui donnèrent la chasse aux manifestants à dos de chameau… Les anti-Moubarak présents sur la place Tahrir résistèrent courageusement aux assauts de ces « partisans de Moubarak » et parvinrent à s’y maintenir, déterminés à rester, proclamaient-ils, jusqu’au départ de celui-ci.  
 À partir de là, la situation connut, pendant quelques jours, une relative stabilisation : face à un pouvoir incapable de le briser, le mouvement se maintenait sans toutefois parvenir à remporter des succès décisifs.  
 Loin de diminuer, les manifestations organisées dans les jours qui suivirent restèrent aussi massives que les précédentes, montrant que les masses mobilisées ne se satisfaisaient pas des reculs de Moubarak. Mais c’était après qu’Obama eut déclaré, dans une allocution : « Mon sentiment est que la transition politique doit être profonde, qu’elle doit être pacifique et qu’elle doit commencer maintenant », et après que l’armée eut promis de ne pas intervenir. Tout cela encourageait les manifestants à revenir, rassurés au point même de manifester en famille. Et c’est aussi à partir de ce moment que la présence des Frères musulmans est devenue massive et visible.  
 Sur la place Tahrir, la fraction la plus combative et la plus mobilisée des manifestants avait installé la « république libre de Tahrir, royaume de l’autogestion, de la créativité et de l’utopie » (Le Monde du 8 février), un lieu festif, où certains venaient même se marier, d’après des témoignages… Une atmosphère qui n’était pas sans rappeler celle de la Sorbonne en mai 68.  
 C’était une façon de défier le gouvernement et de faire la démonstration de son impuissance à rétablir l’ordre. Mais en se barricadant, au sens propre, sur cette place, les opposants contribuaient eux-mêmes à la stabilisation de la situation. La contestation se retrouvait circonscrite à un lieu parfaitement contrôlé par l’armée, qui non seulement entourait la place mais qui avait des blindés à l’intérieur même de celle-ci. En outre, cela démontrait à la hiérarchie militaire, comme aux dirigeants du monde impérialiste, que l’explosion qu’ils avaient des raisons de craindre au début du mouvement, en particulier avec une extension aux quartiers pauvres et aux zones industrielles, ne s’était pas produite. Ce danger écarté, ils pouvaient accepter de laisser un délai supplémentaire à Moubarak pour organiser sa succession.
 
Les débuts de la  « transition pacifique » souhaitée par les dirigeants américains  

Après avoir annoncé qu’il ne se retirerait pas avant septembre, Moubarak a laissé le vice-président, Omar Souleimane, nommé le 29 janvier en même temps que le nouveau gouvernement, organiser les conditions de cette transition.  
 Cette transition s’engageait avec la mise à l’écart des figures du clan Moubarak. Le samedi 5 février, le bureau exécutif du Parti national démocrate démissionnait en bloc – avec parmi eux, Gamal Moubarak, le fils du dictateur – tandis qu’un homme réputé « libéral », « connu pour ses bons rapports avec l’opposition » (Le Parisien du 6 février), Hossam Badrawi, était nommé au poste de secrétaire général.  
 Geste plus spectaculaire encore, le dimanche 6 février, le vice-président engageait des tractations avec les partis d’opposition sur les modifications constitutionnelles à engager pour permettre l’organisation des futures élections présidentielles. Il invitait les Frères musulmans à y participer, lui qui, en tant que chef des services de sécurité de Moubarak, avait passé la plus grande partie de sa carrière à traquer et réprimer les militants islamistes.  
 Depuis leur interdiction en 1954 par Nasser, les Frères musulmans avaient connu successivement des périodes de répression sévère et d’autres où ils étaient tolérés. Au point de pouvoir présenter des candidats aux deux précédentes élections législatives – sous l’étiquette « indépendants » – et d’avoir obtenu 88 élus, soit 20 % des députés, aux élections de 2005. Cependant, ils n’avaient encore jamais été officiellement reconnus par le régime. Un tel virage politique ne pouvait avoir été mené sans l’accord des dirigeants américains. Ceux-ci pouvaient faire le calcul qu’associer les Frères musulmans à la période de transition contribuerait à une stabilisation de la situation.  
 De la part des dirigeants américains, ce ne serait pas la première fois qu’ils décideraient de jouer la carte de mouvements fondamentalistes musulmans. Sans parler de la monarchie wahabite d’Arabie saoudite qui est leur principal allié dans le monde arabe, c’est un choix qu’ils ont fait de multiples fois : en Afghanistan où ils ont financé et armé différents groupes islamistes du temps de l’occupation soviétique ; en favorisant les intégristes palestiniens du Hamas pour affaiblir l’OLP ; ou en Égypte même, où ils ont soutenu les Frères musulmans face à Nasser.  
 De leur côté, les dirigeants de la confrérie islamiste se sont montrés réceptifs à ces appels du pied. Alors que, peu de temps auparavant, ils exigeaient le départ immédiat de Moubarak, ils envoyèrent des représentants à ces négociations. « Uniquement pour entendre ce qui était proposé », se justifièrent-ils. Mais les dirigeants islamistes démontrèrent qu’ils étaient prêts à aller plus loin et à s’associer à cette « transition pacifique » souhaitée par les dirigeants impérialistes : ils déclarèrent, après cette rencontre, qu’il était « plus sûr que le président reste jusqu’à l’instauration des amendements constitutionnels » nécessaires à l’organisation d’élections où l’opposition puisse se présenter. Gage supplémentaire, ils s’engageaient à ne pas présenter de candidat à l’élection présidentielle de septembre.
 
 Moubarak obligé de quitter le pouvoir


Malgré la mise en place de ce scénario où Moubarak se serait retrouvé réduit, pour reprendre l’expression d’un journaliste, au « rôle de la reine d’Angleterre », le nombre de ceux qui manifestaient en exigeant son départ immédiat ne diminua pas. Aux yeux des masses mobilisées, le maintien du dictateur détesté au sommet de l’État incarnait trop, à juste titre, la perpétuation du régime de dictature dont elles ne voulaient plus.

 Pour tenter de calmer le mécontentement social, le nouveau gouvernement avait annoncé, lundi 7 février, des augmentations de salaire de 15 % pour les fonctionnaires. Mais, loin de retomber, l’agitation sociale semblait se renforcer. À partir du milieu de la semaine, la presse fit état du développement de mouvements grévistes : « Sur les rails graisseux, dans le ballast noirâtre, ils sont assis, refusant de bouger, empêchant les trains d’arriver sur les quais de la gare centrale du Caire. Plus de 2 000 cheminots en colère, protestant contre leurs salaires, la pénibilité de leurs conditions de travail, et contre cette inflation, vertigineuse, ces 10 % qui plombent les prix, rendant le kilo de viande inaccessible, et tout si cher. […] De l’autre côté du Nil, sous les tamaris de Zamalek, des employés du service des antiquités ont à leur tour manifesté. Comme d’autres mécontents à l’aéroport du Caire. Puis plus de 1 000 ouvriers des aciéries de Port-Saïd. Et encore 3 000 travailleurs chargés de la maintenance du canal de Suez. Çà et là, quelques milliers d’employés du secteur pétrolier ont ajouté leur grogne aux chauffeurs de bus des transports publics du Caire qui ont refusé de mettre en route leurs moteurs. […] Et toute la journée, les yeux se sont rivés vers Mahallah el-Kubra, dans le delta du Nil, terre des usines textiles dont la fureur des dizaines de milliers d’ouvriers, en mars 2008, a marqué les esprits, qui menaçait hier de se soulever à nouveau. » (Libération du 11 février)  

 Nulle part, semble-t-il, les grévistes ne mettaient en avant des revendications politiques, mais ces mouvements constituaient peut-être les premiers balbutiements d’une classe ouvrière commençant à se mobiliser.  

Moubarak, dans une dernière tentative pour se maintenir, annonça le 10 février qu’il « déléguait » tous ses pouvoirs à son vice-président. Mais cela ne fit qu’exacerber encore davantage l’impatience des foules qui attendaient sa démission. D’autant que la rumeur de son départ s’était répandue toute la journée, encouragée par les déclarations de certains responsables égyptiens, par un communiqué des chefs de l’armée annonçant examiner « les mesures pour préserver la nation et pour appuyer les déclarations légitimes du peuple » et, surtout, par les déclarations du patron de la CIA, laissant entendre que Moubarak allait partir… Manifestement, les pressions exercées sur Moubarak pour qu’il quitte le pouvoir devaient être fortes. Celui-ci s’accrocha encore au pouvoir 24 heures de plus. Probablement le temps qu’un certain nombre de dirigeants de l’armée, encore hésitants, se décident à le lâcher.  
 Ou peut-être Moubarak se montra-t-il finalement suffisamment responsable pour ne pas prendre le risque de provoquer une division de l’armée en se maintenant plus longtemps au pouvoir.
 
Après le départ de Moubarak

 Depuis le départ de Moubarak, l’armée assume ouvertement le pouvoir au travers du Conseil militaire suprême, présidé par le ministre de la Défense, Mohammed Hussein Tantawi, en poste depuis 1991. Les dirigeants de l’armée ont assuré, dans un communiqué, leur volonté de rester à la tête de l’État seulement le temps d’assurer la passation à un gouvernement civil.  
 Cette « transition démocratique » laisserait donc intacts tout l’appareil d’État, la police pourrie et corrompue et l’armée qui l’est encore plus.  
 Il est possible que l’Égypte connaisse maintenant des élections et un multipartisme qui ne soit pas complètement de façade comme c’était le cas sous Moubarak. L’Égypte pourrait connaître une évolution comparable à celle de la Turquie avec l’instauration d’un régime parlementaire. De nombreuses couches de la bourgeoisie, petite, moyenne et grande, pourraient y gagner un accès plus « ouvert » à de nombreux postes, à des marchés publics. Le régime ne serait plus « monopolisé » par un clan, sans être pour autant moins corrompu que sous Moubarak. Même dans un pays comme la France, les scandales de corruption ponctuent régulièrement la vie politique et témoignent des liens étroits qui unissent l’État à la classe dirigeante.
 
 Mais pour les couches populaires, le gain serait bien mince. Débarrassées de la dictature d’un Moubarak, les classes populaires continueraient de vivre – ou plutôt survivre – dans les mêmes bidonvilles, d’être confrontées à la hausse des prix, au chômage. Et le régime politique lui-même ne sera pas moins autoritaire vis-à-vis des plus pauvres que l’a été celui de Moubarak car pour dissuader les travailleurs de relever la tête pour se révolter contre leur sort et contre la persistance des inégalités sociales, il n’y a en définitive qu’une seule méthode : la terreur.  
 C’est pour cette raison que les dirigeants impérialistes peuvent trouver un intérêt à associer les islamistes au pouvoir.

Les idées réactionnaires et anti-communistes des Frères musulmans les ont toujours amenés à s’opposer à ceux qui contestaient l’ordre social. Fondés en 1928, ils ont appuyé la monarchie égyptienne et ont bénéficié du soutien de l’impérialisme britannique qui cherchait à contrer l’essor des forces nationalistes. Plus récemment, ils se sont opposés aux petits paysans qui protestaient contre la remise en cause de la réforme agraire, comme ils ont condamné les grèves ouvrières de 2007 et 2008.  
 Mais les Frères musulmans constituent une force réactionnaire capable d’encadrer les masses populaires. Le régime de Moubarak les avait déjà laissés se développer, voire les avait encouragés, voyant en eux un puissant facteur de conservatisme social. Les Frères musulmans avaient pu ainsi développer un important réseau d’institutions religieuses, d’écoles coraniques. Dans les quartiers populaires, ils ont pu mener une action sociale du type distribution de soupe populaire, cours du soir, etc. Tout en refusant de les légaliser en tant que parti politique – la Constitution interdisait la création de partis sur des bases religieuses – Moubarak les avait déjà laissés exercer un pouvoir important au sein de la société égyptienne.
 
 Dans le cadre d’un régime parlementaire, les dirigeants de la confrérie islamiste pourraient tout à fait accepter d’adopter les « mœurs démocratiques », devenir des ministres habillés à l’occidentale en costume-cravate et fréquentables par les dirigeants des grandes puissances. Pendant que, dans le même temps, leurs militants, les barbus vêtus de la tenue traditionnelle, encadreraient la population pauvre au nom du Coran, faisant régner la charia dans les quartiers populaires en interdisant de boire, de regarder des films occidentaux, en interdisant aux femmes de sortir dans la rue sans être voilées… Mais tout cela n’est pas de nature à gêner outre mesure les dirigeants impérialistes, tout à fait prêts à s’appuyer sur une telle force s’ils l’estiment nécessaire pour juguler les masses populaires.  
 Alors la « transition démocratique » pourrait bien en définitive aboutir à une situation qui verrait l’armée continuer de diriger le pays, avec l’appui des États-Unis, en associant les Frères musulmans d’une façon ou d’une autre au pouvoir.
 
 Quelle perspective pour la classe ouvrière ?


 Rien de tout cela n’est écrit à l’avance. En fait, tout dépend de la capacité de la classe ouvrière à intervenir dans la suite des événements.  
Les mouvements de grèves qui ont pris de l’ampleur au lendemain du départ de Moubarak sont peut-être le signe de l’extension du mou­vement de révolte à la classe ouvrière. Les travailleurs se mobilisent autour de la défense de leurs conditions de vie. Mais, même en entrant en lutte sur des revendications salariales, leur lutte est politique car les travailleurs se retrouvent confrontés au nouveau gouvernement. Il n’aura pas fallu attendre longtemps après le départ de Moubarak – même pas trois jours ! – pour que l’armée menace d’interdire les grèves.  
Si la vague de grèves continue, les tra­vailleurs feront l’expérience que, même pour obtenir simplement les droits et libertés démocratiques élémentaires, comme le droit de réunion, le droit de s’organiser et de faire grève, il leur faudra se battre eux-mêmes.  

Les douze millions de pauvres et de très pauvres sur les dix-huit millions d’habitants du Caire, les millions de travailleurs de l’industrie regroupés dans de grandes entreprises, représentent une force capable de balayer la police et de faire éclater l’armée, le gardien de l’ordre, entre ses soldats issus du peuple et sa hiérarchie militaire liée à la classe possédante et soumise aux États-Unis. La classe privilégiée égyptienne et, derrière elle, les puissances impérialistes ont peut-être tort de se réjouir de la réussite de la « transition démocratique », c’est-à-dire de la stabilisation de la situation ! Ce qu’elles considèrent comme une fin peut devenir le véritable commencement.  


Les accusations de Copas sont évidemment sans aucun fondement. Reste à comprendre quel intérêt il y a à formuler de telles contre-vérités totalements ineptes au demeurant car on se demande bien pourquoi LO aurait intérêt à nier l'existence d'une importante classe ouvrière en Egypte et des capacités de lutte qu'elle a montré au cours des années passées.
Constater qu'aujourd'hui elle n’apparaît pas sur la scène politique, c'est simplement énoncer une évidence (qui ne me plait pas plus qu'à Copas, mais qu'il faut savoir regarder en face en ne se shootant pas aux euphorisants).
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Message  Copas le Lun 19 Aoû - 18:43

Plus rien depuis février 2011 ? Cherches cherches...

En attendant des brèves pitoyables et toi tournant autour du pot prêt à nier l'existence d'un prolétariat industriel et ses combats...
Ah, comme LO te le dit en 2011 , là c'est bon...

Pas de squelette. Tu étais prêt à soutenir n'importe quoi d'autre...

Soutiens-tu ou pas les importants combats du prolétariat égyptien, ceux de maintenant ? Ou attends-tu que ta direction te dise de le faire ?
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Message  Copas le Lun 19 Aoû - 19:09

Antonio Valledor a écrit:Dans cette question, comme dans d’autres, la gauche égyptienne regarde ailleurs, quand elle ne se fait pas de vaines illusions sur le « nationalisme conservateur anti-impérialiste » des militaires, qui a été répété comme un dogme par un secteur significatif de la gauche occidentale. Même des marxistes éminents comme Samir Amin ont qualifié l’armée égyptienne de « force de classe neutre » probablement « enflammée » par la mobilisation des masses

http://www.avanti4.be/analyses/article/l-egypte-et-le-suicide-de-la-gauche-arabe
Oui la gauche historique avec les nassériens et les restes du PC sont passés à la trappe par leur fascination des appareils d'état bourgeois dirigés par des petits-bourgeois. Mais ça fait longtemps qu'ils ont un problème politique sérieux.

Maintenant c'est faux de dire "la gauche égyptienne regarde ailleurs, ..." , les socialistes révolutionnaires, même petits, se débrouillent pas trop mal politiquement quand on prend en compte d'où ils viennent.

Par contre je souhaite souligner quelques trucs qui posent vraiment problème dans l'analyse signalée là. Exemple :

De nombreux analystes se sont rendu compte qu’on peut établir un parallélisme entre le coup d’Etat en Algérie de 1992 et celui d’Egypte en 2013, mais la plupart omettent de signaler que le putsch en Algérie avait été encouragé par l’Union Générale des Travailleurs (UGT, principal syndicat du pays, NdT) et par le Parti de l’Avant-Garde Socialiste (PAGS, héritier de l’ancien Parti Communiste d’Algérie). Le Front Islamique du Salut avait gagné les élections au premier tour, son triomphe était garanti au second et c’est cela qui devait être évité à tout prix.
L’UGT et le PAGS n’ont pas hésité un seul instant à chercher l’appui et la collaboration du patronat, rassemblé dans l’Union des Entrepreneurs Publics, et des intellectuels réunis dans la Coalition pour la Culture et la Démocratie. Lorsque cette grande « Coalition Nationale pour le Salut de l’Algérie » a pris corps, l’armée a fait un coup d’Etat militaire.
Il y a un point très important où il y a une différence fondamentale entre la situation de l'Algérie où les islamistes étaient en train de gagner une élection (il me semble avec 49% il faut vérifier) et la situation de Morsi en Egypte (mal élu : 13 000 000 de voix au second tour, Hollande ce fut 18 000 000 de voix) en 2012 et depuis dressant la très grosse majorité de la population contre lui (politique anti-sociale maintenue, utilisation des flics et l'armée pour réprimer le mouvement social et les batailles pour les libertés, tentatives d'installer un ordre moral religieux dur, etc), à tel point que plus de 22 millions de signatures furent levées pour l'éjecter, et de 7 à 30 millions de manifestants défilèrent pour le virer.

Morsi n'avait plus de légitimité politique, la preuve a été établie. Et il était légitime d'essayer de mobiliser la classe populaire pour le virer. C'est la confiscation de cette victoire populaire par les militaires qui donnent les traits spécifiques de la situation.

Mais non, on ne peut comparer Alger 1992 et Le Caire Juillet 2013 sur un trait essentiel. En Algérie le FIS était en ascension et aurait peut-être été majoritaire au second tour, il n'avait pas été au pouvoir. Par contre, Morsi avec les frères musulmans , peu de voix au premier tour, et peu au 2eme tour (c'était déjà un avertissement), a été au pouvoir et s'est usé très rapidement.
La répression sanglante des militaires remet en selle moralement les frères. Mais ça ne change pas encore grand chose sur le fait qu'une majorité des égyptiens voulait se les faire et ont accueilli avec soulagement que l'armée s'en occupe, ce qui est une grave erreur, car le principal prédateur en Égypte c'est la hiérarchie militaire.

Si je pense que eut égard aux circonstances les socialistes révolutionnaires se sont bien débrouillés en Egypte (en resserrant sans cesse leurs liens avec les luttes de la classe ouvrière et en partant de là pour intervenir, puis en dénonçant les généraux et leurs boucheries, ...), je suis ok pour penser que la gauche tunisienne fait une connerie impardonnable en s'alliant avec des benalistes (çar c'est ça en partie), sur une base bourgeoise.

Il est tout à l'honneur des SR égyptiens de n'avoir cessé de manœuvrer pour développer le mouvement populaire sur ses revendications sociales et historiques, d'avoir travaillé pour se diriger vers une issue ouvrière.
Les SR ont suivi une orientation sans lâcher.

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Message  Copas le Lun 19 Aoû - 19:35

Un détail sur un des articles de Avanti : la remise en cause de la taille exceptionnelle des manifs du 30 juin 2013.

Oui il y avait là des millions de personnes, probablement un nombre à 2 chiffres .
Rappel de cette vidéo en hélico, rien que pour Le Caire et les mêmes manifs géantes ont eut lieu dans plusieurs autres villes :

On enlève la musique et l'emphase de la vidéo et on regarde et on se rend compte que jamais une telle manif ne s'est vue sur terre. Les plus grandes manifs qui se sont vues à Paris ces dernières 70 ans sont d'un ordre inférieur.

Donc pour l'histoire (avant qu'on nous raconte qu'ils étaient quelques milliers) :

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Message  Antonio Valledor le Mar 20 Aoû - 0:11

Je pense que l'auteur (Alberto Cruz) ne remet pas en question le caractère massif des manifs mais bien le chiffre - à mon avis aussi passablement fantaisiste - de 32 millions de manifestants avancé par Samir Amin et d'autres.

Antonio Valledor

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Message  mykha le Mar 20 Aoû - 0:32

Copas a écrit:Plus rien depuis février 2011 ?  Cherches cherches...

En attendant des brèves pitoyables et toi tournant autour du pot prêt à nier l'existence d'un prolétariat industriel et ses combats...
Ah, comme LO te le dit en 2011 , là c'est bon...

Pas de squelette. Tu étais prêt à soutenir n'importe quoi d'autre...

Soutiens-tu ou pas les importants combats du prolétariat égyptien, ceux de maintenant ? Ou attends-tu que ta direction te dise de le faire ?
Le ton et le contenu de ta "réponse" me dispensent de prolonger l'échange.
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Message  mykha le Mar 20 Aoû - 1:29

HOLLANDE SE MOQUE BIEN DU SORT DES ÉGYPTIENS !

François Hollande a rencontré Saoud Al-Fayçal, membre de la famille qui régente l’Arabie Saoudite, pays qui soutient les militaires égyptiens. Tout deux ont dit qu’il fallait des élections en Égypte, sans qu’il soit question d’en organiser en Arabie Saoudite, bien sûr. De son côté, Fabius recevait un ministre du Qatar, autre dictature qui soutient, elle, les Frères musulmans.
Hollande et Fabius ménagent les deux camps en lutte pour le pouvoir. Ils sont inquiets pour les intérêts des trusts français installés en Egypte auxquels les affrontements actuels pourraient nuire. Mais que les classes populaires d’Égypte soient opprimées par les militaires ou par les Frères musulmans, Hollande et Fabius s’en accommoderont Les intérêts de la bourgeoisie française passent d’abord !
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Message  mykha le Mar 20 Aoû - 1:41

Égypte : contre la dictature des islamistes, l'issue pour les classes populaires n'est pas de s'en remettre à l'armée


En Égypte, deux ans après qu'une puissante vague populaire a chassé le général Moubarak qui imposait sa dictature au pays depuis plus de trente ans, une seconde vague, bien plus puissante encore, s'est produite. On parle en effet de 15 à 20 millions de manifestants, chiffres considérables à l'échelle d'un pays qui compte 83 millions d'habitants.

Sans délai, l'armée, ou plutôt l'état-major, s'est interposé - imposé, devrait-on dire - sur le devant de la scène, décidant l'éviction immédiate du président en place, Mohamed Morsi, le représentant des Frères musulmans. Montrant son vrai visage, l'armée a délibérément tiré sur une foule de sympathisants des Frères musulmans. Plus de 50 morts ont été dénombrés.

Morsi était arrivé au pouvoir par les urnes, mais il avait établi un régime qui n'était ni moins rude ni plus démocratique que celui de son prédécesseur. Rude, il l'était à l'égard de la population pauvre, autant dire de l'immense majorité des Égyptiens, en particulier à l'égard des femmes. Le régime de Morsi était de plus en plus mal supporté, comme l'ont montré les foules immenses de manifestants.

Les représentants des grandes puissances, en la personne de Hollande pour la France et d'Obama pour les États-Unis, font semblant d'hésiter. Faut-il choisir, laissent-ils entendre, entre une légitimité issue des urnes et un pouvoir issu de la rue, même quand ce pouvoir a été immédiatement confisqué par l'armée ?

En réalité, les dirigeants de ces grandes puissances dites démocratiques ne se posent pas véritablement la question. Pour la simple raison qu'ils n'ignorent rien de cette armée égyptienne qui vient de prendre directement le pouvoir. Elle est, en effet, financée pour une grande part par les États-Unis, et ses officiers sont formés dans les académies militaires américaines. Et c'est là une politique ancienne, bien antérieure à la chute de Moubarak.

Ce n'est donc pas tant l'attitude de l'armée égyptienne qui peut inquiéter les dirigeants américains. Ils disposent de moyens importants pour la contrôler et lui dicter ses choix. Ce qui les inquiète, ce sont ces dizaines de millions de femmes et d'hommes qui ne se sont pas inclinés devant le choix sorti des urnes, il y a tout juste un an, en juin 2012, et qui, expérience faite, ont su dire « il y a maldonne ».

Mais les manifestants ne se sont pas contentés d'attendre les échéances fixées par un calendrier électoral décidé par les hommes du pouvoir en place et que ces mêmes hommes peuvent modifier à leur gré. Ils ont pris la parole, directement, exprimant haut et fort ce qu'ils ne voulaient plus, dans la rue cette fois. Et du même coup, ils ont réaffirmé ce qu'ils voulaient : la liberté, c'est sûr, mais aussi du travail et du pain.

Certains, en Égypte même, ceux du moins dont le discours est relayé par les médias ici, en France, présentent cette armée comme un bouclier, comme le garant de la volonté populaire et comme l'instrument qui permettrait la satisfaction des revendications populaires.

On ne peut connaître avec précision quelle est la réalité en Égypte et, en particulier, comment et dans quel sens évolue l'opinion populaire. Mais croire et faire croire que l'armée et ses officiers peuvent réaliser les aspirations des millions de manifestants, c'est avoir et surtout semer des illusions qui pourraient avoir des conséquences tragiques.

L'armée au service du peuple en Égypte, cela ne s'est jamais vu. De Neguib en 1953 à Moubarak, on a vu se succéder à la tête du pays des généraux qui, tous, ont assuré la continuité de la dictature.

Certes, l'armée égyptienne, qui est une armée de conscription, organise en son sein plusieurs centaines de milliers d'hommes qui gardent de multiples liens vivants avec la population, qui rendent la base de cette armée forcément sensible aux aspirations populaires.

Mais ce n'est pas cette armée-là qui décide. Ceux qui décident, c'est une caste d'officiers à qui on a, de génération en génération, inculqué un profond mépris du peuple. Et il n'y a rien à attendre de bon de ce côté-là pour les classes populaires.

Pour que les aspirations de celles-ci, en Égypte, comme partout, se réalisent il faudrait qu'apparaissent des militants capables d'offrir à la classe ouvrière, nombreuse et expérimentée, des perspectives révolutionnaires, sur son terrain de classe et non à la remorque de telle ou telle équipe de prétendus sauveurs suprêmes.

Il n'est pas dit que, dans le cours des événements, ils ne puissent pas surgir.

Éditorial des bulletins d'entreprises du 8 juillet
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Message  Toussaint le Mar 20 Aoû - 4:25


Questions sur la crise égyptienne

ROUSSET Pierre

19 août 2013



Sans être « spécialiste » de ce pays, je me suis trouvé engagé dans des échanges avec des amis d’outre-Atlantique ou d’Asie sur les événements égyptiens. Plutôt que de multiplier les courriels, je mets aujourd’hui en ligne l’état de mes réflexions pour les soumettre à la critique de plus savant que moi.


Je ne connais ni l’Egypte ni le monde arabe et je me méfie des apparences. Je me nourris de l’information militante et des analyses de fort bonne qualité reproduites, notamment, sur le site d’ESSF – merci à leurs auteurs. Je les confronte à des expériences asiatiques qui me sont plus familières, tout en sachant que les analogies aident à se poser des questions, à émettre des hypothèses, plus qu’à offrir des réponses.

D’où les questions et les hypothèses suivantes.

1. Les mobilisations sociales qui ont abouti en 2011 au renversement de Moubarak étaient très profondes. Elles exprimaient des exigences démocratiques et sociales à caractère révolutionnaire, sans pourtant que le niveau d’organisation du mouvement ouvrier et populaire indépendant et de la gauche radicale permettent l’émergence d’un double pouvoir politico-social – et tant s’en faut. C’est le point de départ.

Nous restons donc dans un schéma qui caractérise la période, bien au-delà du cas égyptien : les mobilisations populaires peuvent ouvrir des crises de régime, renverser des gouvernements, mais ce sont divers secteurs des classes dominantes et des élites qui en tirent dans l’immédiat profit. En règle général, l’appareil d’Etat n’est pas fracturé et la domination de classe n’est pas directement menacée.

En Egypte cependant, vu la profondeur des radicalisations en cours dans le pays et dans la région, ni les classes dominantes ni l’impérialisme n’ont pu stabiliser la transition post-Moubarak. L’armée, puis les Frères musulmans avaient pour « mandat » d’assurer une telle transition, mais ils ont échoué. Ainsi, le renversement de la dictature à ouvert une situation de crise générale durable libérant toutes les contradictions à l’œuvre dans la société.

2. La profondeur de la radicalisation sociale « d’en bas » n’explique pas seule l’avortement d’une « transition ordonnée » post-Moubarak. Il tient aussi pour une bonne part à l’acuité des contradictions au sein des classes et élites dominantes. Le renversement de la dictature en 2011 et l’élection des Frères musulmans ont notamment posé la question : quels secteurs des classes dominantes allaient s’approprier les bénéfices du pouvoir ? Comme la situation actuelle l’illustre, la violence des conflits « en haut » prend des allures de guerre civile au sein même de la bourgeoisie.

La notion de « bonapartisme » peut correspondre à la capacité de l’armée de se présenter comme garante de l’unité du pays en temps de crise aiguë. Mais elle peut aussi occulter le fait que le corps des officiers supérieurs et l’institution militaire représentent un secteur de la bourgeoisie égyptienne, possédant entreprises et terres (comme au Pakistan, par exemple), du moins si je ne me trompe pas. L’armée est ainsi directement partie prenante des luttes de pouvoir au sein de la bourgeoisie.

Les Frères musulmans hier, l’armée aujourd’hui cherchent à mettre au pas le mouvement social ; mais ils cherchent aussi à s’assurer leurs propres positions au sein de l’ordre dominant et se retrouvent en conflit direct sur ce terrain.

3. La montée en puissance des Frères musulmans a bouleversé les équilibres au sein des classes et élites dominantes. Les représentants de l’ancien régime et l’armée ont dû temporiser, compte tenu leur discrédit en 2011-2012 et de l’influence sociale de la Confrérie, ainsi que sa capacité à apparaître comme un recours en temps de crise. Les Frères musulmans ont rapidement dilapidé une grande partie de cette influence du fait de leurs choix politiques : continuités maintenues avec l’ancien régime, répression, néolibéralisme économique, volonté de contrôles sociaux et encadrement du mouvement ouvrier, montée des conservatismes (à l’encontre des femmes…), confessionnalisation et autoritarisme annoncés de l’Etat, implication croissante dans les conflits sectaires (sunnites-chiites) et anti-coptes, interactions avec les salafistes…

Le cours suivi par les Frères musulmans a provoqué l’immense rebond de manifestations démocratiques et sociales en 2013, témoignant notamment de la permanence de la mobilisation populaire et des aspirations de 2011. Ces manifestations d’une ampleur proprement exceptionnelles ont à nouveau radicalement modifié la situation politique. Mais comme en 2011, ce sont des secteurs de l’élite qui étaient en mesure de se saisir de l’occasion : des secteurs « civils » de l’ancien régime et, surtout, l’armée (étant entendu qu’elle est elle-même issue de l’ancien régime : son versant militaire).

A la différence d’en 2011, l’armée semble effectivement bénéficier dans cette conjoncture d’un soutien très large dans la population. Elle en profite pour établir son propre régime dictatorial et pour régler, à coup de massacres, ses comptes avec les Frères musulmans (quitte à tenter ultérieurement de négocier un « cessez-le-feu » à son avantage ?).

La situation pourrait pourrir au point de déboucher sur une guerre civile – de plus ou moins haute intensité – entre secteurs des élites et de la bourgeoisie (chacun avec sa propre base de masse, ses milices…), dont la population serait otage. Un désastre.

4. Toute l’attention se porte aujourd’hui sur l’affrontement régime militaire/Frères musulmans. Cependant, bien que marginalisé dans la conjoncture présente, le mouvement populaire n’a pas été brisé. Il n’est pas défait. Vu l’ampleur de la l’impulsion démocratique et sociale de 2011, réaffirmée dans la rue en juin 2013, la partie est heureusement loin d’être conclue. Mais le combat progressiste se poursuit aujourd’hui dans des conditions à nouveau très difficiles.

L’une des difficultés clés est que les secteurs progressistes politiques et sociaux qui défendent une position d’indépendance de classe (ou indépendance populaire dans un sens plus large) sont très minoritaires : aujourd’hui semble-t-il les Socialistes révolutionnaires, une aile du syndicalisme militant (Fatma Ramadan…). Cela tient à beaucoup de raisons parmi lesquelles les traditions dominantes dans la gauche ou les appareils syndicaux qui les conduit à basculer d’une alliance avec des secteurs bourgeois à une autre en fonction de la conjoncture.

Les vagues de mobilisations sociales ne surmonteront pas par elle-même cette difficulté : l’indépendance politique et sociale se construit dans la durée et exige des formes organisées. Comment avancer dans cette direction en temps de tumultes ? Impossible de le dire de loin : la proclamation de l’objectif ne suffit évidemment pas ; progressistes et révolutionnaires doivent agir alors que des forces gigantesques sont en conflits. Dans de telles conditions, il me semble qu’il faut soutenir tous les mouvements qui tendent à construire une position d’indépendance populaire, en restant extrêmement prudent sur les jugements (surtout critiques).

5. Quels que soient les cheminements concrets de l’action politique, la « ligne de marche » (l’indépendance populaire) implique de ne se laisser instrumentaliser par aucune des composantes de la contre-révolution. Mentionnons en quatre : les « restes » de l’ancien régime (ce sont de gros restes), l’armée, les Frères musulmans et les salafistes.

Il n’y a pas qu’en Egypte qu’une partie de la gauche espère que l’armée (ou une fraction de l’armée) puisse jouer un rôle progressiste en favorisant un changement de régime et en compensant la faiblesse (ou la division) des forces populaires. L’expérience vénézuélienne a donné de la vigueur à de telles espérances. C’est le cas par exemple aux Philippines, alors que l’on a à faire à une armée de contre-insurrection (avec certes une tradition de rébellions, mais pas de gauche) ou en Egypte, alors que l’on a à faire à une armée « possédante ». Le régime militaire égyptien doit être condamné – et condamné sans réserve.

De même, une partie de la gauche même radicale a longtemps fait l’économie d’une analyse de classe des Frères musulmans ou, plus généralement, de l’Islam politique d’aujourd’hui, sous prétexte de leur identité religieuse. Pourtant, ladite gauche ne s’est jamais arrêtée aux seules références religieuses de partis européens (chrétiens démocrates…) ou de la droite radicale chrétienne aux Etats-Unis. Les Frères musulmans sont un courant politique devenu parti de gouvernement : un parti bourgeois de droite, appliquant des politiques néolibérales, négociant avec l’impérialisme, voulant encadrer les syndicats et museler le mouvement social. Rien de très original. En sus, instrumentalisant le sentiment religieux, il s’inscrit dans les conflits « sectaires » qui déchirent le monde arabe (sunnisme, chiisme…) : une fois enclenchée, il s’agit d’une dynamique infernale sans fin de surenchère idéologique entre courants politico-religieux, avec des conséquences dévastatrices dans la société.

Il ne s’agit ici ni de « religion » ni d’Islam, mais de l’Islam politique réellement existant. Rappelons quand même qu’il n’y a pas si longtemps, le courant lié au SWP britannique (par exemple) espérait que l’islamisme exprimait l’anti-impérialisme montant dans le monde musulman – et qu’il devenait notre allié objectif si ce n’est subjectif. Bien entendu, chaque cas doit être analysé dans son contexte propre (voir la Palestine), mais l’expérience égyptienne montre ce qu’est l’Islam politique réellement existant au pouvoir (ou l’AKP en Turquie).

Quant aux courants salafistes (et autres fondamentalismes) disons que, dans un contexte différent, ils occupent une niche politique similaire à celle des fascismes européens – sans prétendre à une définition scientifique, ils sont pour moi « clérico-fascistes » et provoquent aujourd’hui de violents conflits de la Tunisie à la Syrie ou au Kurdistan, sans parler du terrible précédent du Pakistan.

6. L’expérience égyptienne confirme une nouvelle fois que, de notre point de vue, il ne faut pas opposer revendications sociales et démocratiques, mais les lier. Le débat sur la Constitution n’est pas secondaire et ne concerne pas seulement des « élites » – les femmes de milieux populaires sont tout particulièrement concernées. Le projet de Constitution préparé par les Frères musulmans et les salafistes faisait du sunnisme la religion d’Etat, introduisait une conception réactionnaire de la charia (comme corpus législatif et non comme guide spirituel) et lui donnait un domaine d’application sans rivage. Pas de démocratie réelle dans ce cas (c’est un comité religieux et non pas le peuple qui décide de la « conformité » des lois) ni d’égalité citoyenne : les Coptes en savent quelque chose !, mais aussi les chiites et adeptes d’autres dénominations musulmanes, sans parler des athées, apostats et libres penseurs…

La laïcité (secular) dans sa définition « fondamentale »– la séparation des églises et de l’Etat, l’absence de religion d’Etat – et indépendamment de ses formes multiples, est une garantie d’égalité citoyenne et l’une des conditions d’une « démocratie réelle ». C’est aussi, soit dit en passant, une protection réciproque : contre l’ingérence des églises dans l’Etat et pour la liberté de croyance vis-à-vis de l’Etat.

Il y a bien entendu des conceptions de la « laïcité » qui sont liberticides et des courants laïcs qui sont politiquement bourgeois, anti-populaire. L’exemple égyptien l’illustre une nouvelle fois : au nom de la laïcité, des forces néolibérales demandent son soutien au « peuple » et soutiennent elles-mêmes le nouveau régime militaire.

Il en va de même des droits démocratiques en général. Ils incluent pour nous les droits d’organisation sociale et syndicale, les droits des paysans et des ouvriers… ce que d’autres « oublieront » de mentionner, s’en tenant à un éventail beaucoup plus limité de libertés citoyennes.

Les thèmes de la « laïcité » et de la « démocratie » ne justifient donc pas en eux-mêmes la constitution d’alliances plus ou moins stratégiques avec des forces bourgeoises. Mais l’indépendance de classe et populaire se construit en tous domaines – y compris celui de la Constitution – et pas seulement sur le terrain social (au sens restreint).

7. Et la géopolitique dans tout cela ? L’une des caractéristiques les plus frappantes des mouvements populaires qui ont marqué le monde arabe à la suite de la Tunisie est qu’ils surgissent des conditions de crise propre à chaque pays : contre les conditions sociales qu’ils subissent, contre les régimes dictatoriaux qui les répriment. Ils ne sont le produit d’aucun « plan » impérialiste, l’instrument d’aucune monarchie pétrolière. Ils bousculent l’ordre régional comme ils bouleversent l’ordre national.

Les puissances mondiales ou régionales réagissent à l’événement beaucoup plus qu’elles ne l’initient. Bien entendu, une fois la crise ouverte, chaque impérialisme et chaque bourgeoisie pétrolière va jouer ses propres cartes et tenter de tirer les marrons du feu à son profit. L’Arabie saoudite se satisfait par exemple de l’éviction des Frères musulmans égyptiens, mais la monarchie n’apprécie pas pour autant l’exemple répété de vastes mobilisations de rue renversant des gouvernements…

Les puissances occidentales se sont révélées incapables d’instaurer des transitions ordonnées sous leur contrôle ; le chaos l’emporte. Dans ce contexte, plus que par le passé, le schisme sunnite/chiite s’affirme dans l’espace régional ; mais lui aussi se heurte aux fondements sociaux des révoltes en cours et à la peur (oh combien fondée !) des dynamiques sectaires – des violences interreligieuses, intercommunautaires. La mémoire collective des dévoiements de la révolution iranienne ou de l’hyper-violence dans l’Algérie des années 1990s (pour ne donner que deux références) semble prévenir une partie de la population de la région contre les fondamentalismes et la manipulation de l’identité religieuse – à commencer par un secteur important de la population féminine.

Construire l’indépendance de classe, c’est évidemment refuser de se laisser instrumentaliser par un impérialisme, par une monarchie ou par la théocratie iranienne. C’est aussi définir sa politique en en commençant par la dynamique des luttes propres à chaque pays. La géopolitique vient après. Les contradictions internes sont premières, les manœuvres des puissances mondiales ou régionales sont secondes (ce qui ne veut pas dire sans importance).

Pierre Rousset
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Message  Toussaint le Mar 20 Aoû - 4:26

July 11, 2013


A Poem

A Question for Egypt


by TARIQ ALI


A Question for Egypt

Millions gathered in squares and streets

They wanted the end of the system

They wanted to topple Mubarik and his regime.

When the military men understood the resolve of the crowd

They took Mubarik away.

That was the first phase.

Then came the Brotherhood

Elected by many not of its number

They wanted to end the old regime for ever.

But the Brotherhood broke its promises,

Clung to the old system

Sent sewage down the tunnels of Gaza

Praised the man in the White House.

Did nothing at home

except torment Copt and women and Shia.

Angered by the betrayal

The people came out again

In numbers larger than before

And demanded an end to the regime they had elected

Millions came out.

The military men  understood the resolve of this crowd,

They smiled and took Brother Morsi away.

Killed a few dozen of his people

As the millions chanted ‘freedom’.

But what if the Army and its friends

Carry on like the Brotherhood and Mubarik

And the millions coime out again,

Who will take the Army away?

Tariq Ali
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Message  mykha le Mar 20 Aoû - 15:11

Les leçons d’Égypte



Il y a deux ans, une puissante vague de manifestations populaires a incité l’état-major de l’armée égyptienne à lâcher le Général Moubarak, tombé après plus de trente ans de pouvoir. Les dirigeants du monde impérialiste, les États-Unis en tête, se sont alors bruyamment félicités de la fin de la dictature militaire qu’ils avaient soutenue, financée et armée tant qu’elle s’était montrée capable de maintenir l’ordre. Et tous de faire des discours sur le « printemps arabe » qui allait accoucher d’une démocratie et d’une ère nouvelle pour le peuple égyptien.

Non seulement le « printemps » annoncé n’a pas assuré le pain pour les masses pauvres, paysans misérables et prolétaires des villes, mais en guise de liberté, c’est le retour de l’armée dans les rues, avec en plus l’approbation d’une partie de la population écoeurée par la politique de Mohamed Morsi, représentant des « Frères musulmans », élu président il y a à peine un an et démis du pouvoir par l’armée. Aujourd’hui, l’Égypte est à feu et à sang, les grandes villes quadrillées de chars, militaires et policiers tirant à balles réelles, y compris sur des manifestants désarmés. Mille morts, sans doute deux mille, des quartiers en flammes et une guerre civile qui prend de l’ampleur.

Cette guerre civile est aussi sanglante que stérile du point de vue des intérêts de l’immense majorité pauvre de la population. Il y a d’un côté l’armée, l’état-major et la caste des officiers supérieurs, qui ont imposé un régime de répression féroce pendant plus d’un demi-siècle en faisant se succéder les leurs à la tête de l’État. L’ordre social que l’armée protège préserve avant tout les intérêts matériels de la grande bourgeoisie, surtout internationale, le pillage du pays par les grands groupes occidentaux, sans parler du rôle stratégique du régime égyptien au Moyen-Orient.

En face de l’armée, il y a les « Frères musulmans ». L’un d’eux est certes arrivé au pouvoir par les urnes, mais ils veulent imposer à la population une autre forme de régime autoritaire, marqué par l’obscurantisme, par la violence contre ceux qui ne partagent pas leurs croyances et par l’oppression des femmes. Ces deux forces sont rivales, mais aussi déterminées l’une que l’autre à tenir sous contrôle les masses pauvres.

Le drame du peuple égyptien est d’être déchiré entre deux forces politiques, aussi incapables l’une que l’autre d’assurer même les simples libertés démocratiques et à plus forte raison, de mettre fin au sous-développement du pays et à l’immense misère de ses classes laborieuses. Et les deux sont intimement liés. Comment les exploiteurs pourraient concéder les libertés démocratiques aux exploités là où les inégalités sociales sont aussi criantes et la misère aussi grande ?

La chute de Moubarak n’a rien changé à tout cela. La situation de la population laborieuse n’a cessé de se détériorer parce que c’est la crise économique, parce que le chômage s’est aggravé, notamment avec l’effondrement du tourisme, parce que, dans sa guerre pour préserver ses profits, la grande bourgeoisie est impitoyable avec les prolétaires des pays pauvres. Pendant que les Obama ou Hollande péroraient sur la « transition démocratique », les groupes capitalistes continuaient à piller l’Égypte, à pousser les masses laborieuses vers l’abîme, mais aussi à financer et à entraîner son armée. Le Général Al-Sissi, nouveau candidat à la dictature, a été formé dans une école de guerre des États-Unis. Les protestations des chefs d’États occidentaux contre la violence de l’armée dissimulent leur complicité hypocrite.

Il ne faut pas s’y tromper : même si l’armée cible les « Frères musulmans » et si elle prétend défendre la laïcité et le droit des femmes ou la minorité chrétienne, c’est surtout les classes pauvres que l’armée veut terroriser avec l’approbation des grandes puissances.

Les masses populaires ont démontré par deux fois en deux ans, contre Moubarak d’abord, Morsi plus récemment, leur capacité de se mobiliser. Mais l’Égypte montre aussi que la puissance des masses exploitées peut être dévoyée, gaspillée si elles ne sont pas guidées par un prolétariat conscient de ses intérêts de classe, et se battant avec ses propres organisations et sous son propre drapeau. Il n’y aura de véritable révolution en Égypte qu’avec la prise de conscience par les masses exploitées qu’elles ne changeront leur sort qu’en mettant fin au pouvoir étatique de la bourgeoisie, locale et internationale, et à sa mainmise sur l’économie.

L’Égypte est loin, et pas seulement dans l’espace. Mais la leçon des évènements tragiques qui se déroulent là-bas ne vaut pas seulement pour ses prolétaires, mais aussi pour nous, travailleurs de ce pays.
Edito Lutte Ouvrière 19 août 2013
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Message  Copas le Mar 20 Aoû - 19:00

Les articles longs de LO sont bien mieux que les brèves portant à ambiguïté sans notion de classe.

Dont acte.
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Message  Copas le Mar 20 Aoû - 19:20

Déclaration d'urgence sur l'Egypte
(Londres)
https://docs.google.com/forms/d/1e5vrc5HmAUwTtJnCSoosl8TPdl-zkxO5kSgiNfWdroM/viewform
Nous sommes horrifiés par le massacre de centaines de manifestants par les forces de sécurité égyptiennes et l'armée lors de la dispersion des partisans de l'ancien président Mohamed Morsi au Caire le 14 Août. Nous constatons aussi avec une profonde préoccupation la vague d'attaques contre des chrétiens et des églises à travers l'Égypte à la suite de la dispersion des sit-ins de protestation sur les places.

En attendant, les forces armées sont intervenues pour briser les grèves ouvrières, tels que le sit-in à Suez Steel , où deux travailleurs ont été arrêtés le 12 Août. Ils sont maintenant face à des accusations qui pourraient les voir emprisonnés pour 3 à 5 ans. Ceci fait suite à la répression des travailleurs en grève sous le gouvernement dirigé par les Frères Musulmans, contre des travailleurs du rail en grève , l'utilisation de chiens policiers pour disperser un sit-in des ouvriers de la cimenterie Portland en Février 2013.

Lorsque la révolution égyptienne a commencé en 2011, elle a allumé une lueur d'espoir à travers le monde avec ses slogans de pain, liberté et justice sociale. Aujourd'hui, l'armée égyptienne tente de noyer cet espoir dans le sang. Ses dirigeants veulent revenir en arrière et faire revivre l'état de Moubarak . Le gouvernement soutenu par l'armée a imposé l'état d'urgence et la relance de la police spéciale de Moubarak.

C'est pourquoi nous continuons à défendre avec le combat des Egyptiens pour la justice sociale, la démocratie véritable, le droit d'organisation et de grève. Nous allons développer la solidarité à ceux qui sont assassinés, emprisonnés et poursuivis pour avoir exercé leur droit de demander des comptes à leurs dirigeants, de manifester et faire grève.

Nous demandons:

la levée immédiate de l'état d'urgence
que le prochain gouvernement élu traduise en justice les auteurs de tous les crimes à la fois contre les manifestants et contre la communauté chrétienne
que les autorités égyptiennes respectent les droits de tous les citoyens égyptiens à la liberté d'expression, d'association, de grève, et de cesser toutes poursuites qui violent ces droits démocratiques
que la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et tous les gouvernements étrangers de cesser toute aide et transferts d'armes aux Forces armées et police égyptiennes

Signataires (à titre personnel) -

Sue Bond (vice-président, services publics et commerciaux Union nationale - PCS); Andy Reid (exécutif national, PCS), Marianne Owens (exécutif national, PCS); Nick Grant (exécutif national, Syndicat national des enseignants - NUT), Tom Hickey (University and College Union - UCU), Simon Hester (président, Direction HSE, Prospect)

Mary Compton, NUT Président sortant; Simon Brett, PCS Rep à Leeds HMRC branche (à titre personnel); Steve West, PCS DWP Comité Exécutif du Groupe, le Dr Adam Haniyeh, maître de conférences en études du développement, SOAS, Ian Bradley Unite the Union Londres et de la construction de l'Est Trésorier de la direction générale; Nick Dearden, Jubilee Debt Campaign, Raymond Morell, Unite Londres et du Comité régional de l'Est; Anne Alexander UCU, Amanda Sebestyen NUJ, Simon Englert UCU, Evan Johnston doctorant, Université McMaster; Bo Stefan Nielsen Internationale socialiste (Danemark); James Karpinski, Nadine El-Enany Maître de conférences, Faculté de droit de Birkbeck, University of London Nusrat Bukhari unisson Shereen Prasad Unite JUDY KOCH Nuhaila Carmouche Aya Habib; Emre Yılmaz Université d'Istanbul; Karen Pfeifer; Moustafa Sharaf, Erdal Uzunlar; David Stothard UNISON; BUNNY La Roche UNITE, Jeremy Dear NUJ (ancien secrétaire général); Ollie Vargas Unite, Amy Gilligan NUS NEC; Tracie Harris; chérif Ismail: Zhaleh Sahand; Riya Al'sanah; Laura Nolan NUT; Stuart Cox membre du Parti travailliste, Helen Lewarne; Colin Barker; Anindya Bhattacharyya, Tower Hamlets SWP D Hill NUS David Hollings NUS Cris Johnson Thanet SWP; Shanice McBean; Kyri Tsappas; Luiza Sandru; Jonas Liston NUS Adria Porta Caballe Université d'Essex Students Union représentant général; Manel Ros Salvdor En Lluita (Catalan Countrys); Elvan Can Université d'Essex; Nicholas Levis occupent; N Jordan NUT, Sarah Cox NUT retraité membre Fathieh feona lall guyane Helios Alonso Cabanillas Amal Hamad Jonny Jones NUJ Somaye Zadeh Musicians Union Khalil Secker British Medical Joe Catron Union nationale des écrivains Association (UAW Local 1981) Mary Scully UIR-CWA Local 201 (retraité) Bernard Goyder Michael Letwin Ancien président, Association des procureurs juridiques / UAW Local 2325, le travail de la Palestine (US)-MENA, Global Solidarity Network, Mohammad Taher du FPLP, Marwa Janini Laura Landolt Oakland University, Professeur agrégé, Ian Heath Marven Scott Unite agent des égalités; Peter Robinson Unite communautaire; Francesca Manning GMB, Richard Donnelly Kingston TUC, Luc Stobart UCU, Roberto J Mercado Elizabeth Cross Heike Schaumberg Tim Goulet Pipefitters locale 274 / Internationale Socialiste Organisation John L Kirkland Charpentiers Union Local 1462. Bucks County, Pennsylvanie, à titre personnel; Marty Goodman TWU Local 100, New York City, Cecilia Amour Conseil de Cardiff, Mary Ann Clawson Wesleyan University / Middletown, CT / USA; Tom Delargy Aderemi Adeyeye Norma Buddle NUT; Mehrdad Shahabi Dan Clawson Massachusetts Teachers Association du conseil d'administration Vlaudin Vega; Jennifer Leow BECTU, Lene Junker Danemark, Colin Wilson UNITE; Ian Allinson UNITE membre du Conseil exécutif Mette Hermansen Pamela Wortley, EH Quintana Jane Hardy UCU exécutif national; Charlie Kimber secrétaire national SWP; Anna Owens PCS; Sasha Simic USDAW délégué syndical; Tim Gopsill CPAB / éditeur; Bettina Trabant NUJ, Roderick Cobley Sean Vernell UCU NEC Hannah Dee Défendre le droit de protester, David Thomas Solicitor, Lois Comité Clifton George Gill Unite secteur de la santé nationale; Andy Smith Unite, Andy Cunningham UNISON, Président du Comité du Nord-Ouest de l'enseignement supérieur (à titre personnel) Professeur Bill Bowring UCU, Nick Evans UCU (Université d'Oxford); Marian Larsen Dan.Pal.Friendship; sanimir sekulic Ken Muller Secrétaire adjointe, Islington NUT; Mona Dohle Unite, Arnold Gasana Irene Woodhead Cathy Bergin UCU, Martin Empson CACC groupe syndical; Sheila McGregor représentant NUT (ELTA), à titre personnel, Huw Williams Unison Sud Glos, Aiden Lawler SWP; Danny Tartaglia Aidan Phillips, Steve Cox Dr Karen F Evans UCU; dr.Mohammed M Salah Eldin Stephen Lintott Unison, Miriam Scharf officier newham NUT Darren Tolliday UCU; Coles UCU Raymond Deane Tony Harper NUT John Walker président Geoffrey Andy, Ruskin UCI (à titre personnel) andy Godfrey Tracy Woods; Anne Saxon à la retraite, Unison Leila Zadeh Ed Ross SOA; Charlotte Sands Sadie Fulton UNISON, Organisateur Local (à titre personnel); Tomas Tengely-Evans NUS, NUJ et Unite (éducation) Dr Kambiz Boomla British Medical Association; Sally Kincaid divisionnaire secrétaire Wakefield et district NUT; Anna Livingstone BMA et MPU / UNITE; Dick Brown NUT , Arthur Bon Unite, Jan Brown Orla Murphy Ammie El-Atar Stella Hawker unissent Paul Power NUT représentant Søren Goard Goldsmiths Student Union / NUS Manning Goodwin, Jennifer Fraser Birkbeck UCU, Joint président Sarah Keenan SOAS Jack Czauderna MPU (Unite) Jannie Arnie JUniversity d' East London Robert Mertzig sociologue Eddie Bruce-Jones Charles Brown UCU Mercedes Sanz Kath Grant secrétaire, NUJ Manchester et Salford Direction Mireia SWP Steve Campbell Unison Hilde Stephansen UCU / L'Open University Geoff Dexter Birmingham Socialist Workers Party Demetrio Gómez Ávila Ververipen, Rroms por la Diversidad, PRESIDENTE Alice Mennie Keith Flett Secrétaire Haringey TUC carol lindsay James Smith Eaden président: Chesterfield et District Trades Union Council; Dan Swain UCU, Alison Seigneur UCU responsable de l'égalité; Meenee Ian Mckendrick Oxfordshire Direction de la santé Harita UNSION (Chargée de communication); David Wearing PhD candidat - École d'études orientales et africaines Jonothan Pickering PCS; Anne Cooper Sonja Coquelin David, Steve Wilkins Secrétaire Medway Trades Union Conseil Jenny Russell Gauche Unity Northampton Joseph Healy UNITE vice-président London & Comité professeur Mike Gonzalez Eastern University LGBT Glasgow; Hibist Kassa Mitch Mitchell Défendre le droit de protester / Union de l 'Muscician; Mike Killian TfGM Unison Br Officer (pc) Jafar Ramini Peter Constable Leeds antifasciste réseau; Alan Rae UNITE / est le réseau Sue Sparks Unite Maggie la page Andrew Cooper NUT Dora E. LAFAZANIAssociate Professeur, Université Démocrite de Thrace , Grèce; Aneta Piatkowska James Ivory-Taylor Gareth Dale UCU Jonathan Maunder Union nationale des journalistes, le professeur Kevin j. Brehony UCU, University Prof de Roehampton, Mark Campbell Comité exécutif national UCU, Elena Loizidou, Jackie Applebee (Turner) BMA président de la Division de Tower Hamlets et à Londres exécutif du Conseil régional, unissez-vous également MPU Adrian Rutter, Gareth Jenkins UCU, Robert Andrew Brenchley Collingwood UCU (à titre personnel); Lynne Segal; Jack Robertson NUJ; Jilna Shukla, le Dr Brian Robinson Union Medical praticiens »(MPU); Coral Jones honorable sec City & Hackney BMA; Patrick McAuslan professeur de droit Birkbeck College; Elane Heffernan chaise Hackney ucu & comité de ucu femmes; Dave Roberts unisson steward (pc); Ali Sargent NUS / Swp Gb; Dave Roberts unisson steward (pc); Arjun Mahadevan Robert Owen Croydon NUT, Jeune dirigeant Membres; Harry Parti socialiste Ellis-Grewal, le Dr Thomas Rieger Karen Reissmann UNISON NEC (à titre personnel); Jackie Shellard Annie Nehmad UNITE; Judy Atkinson MPU; Elzbieta Buslowska Sean Cumming Rebeca Dawson Nicola Pratt UCU Warwick membre de la branche universitaire; Lewis Nielsen Sussex Uni Socialist Worker Student Society; Jacqui Freeman NUT / SWP Christian Clark Unite , Eileen court Syndicat National des Journalistes / Unison Janet Portman UNISON Janine Silga Sam Madison-Jammal

Phil Turner NUJ, Yorkshire South Branch vice-président, FoC "Rotherham Annonceur" chapelle; Klaus Laqueur linda williams M. Bijleveld ioanna ioannou ucu représentant; Ashleigh louise Champ Richard McEwan UCU NEC; Michael Lavalette, Preston conseiller municipal; Arran evans UNISON, David président Unison Birmingham Direction Hughed de vice du Gouvernement local, le Dr John Parrington, UCU / Université d'Oxford, Michael Foulkes unissent JIm Hutchinson Gateshead NUT; Louis Bayman UCU Paul Lenart IWW, Reno GMB, délégué Jaime Vever ret. STT locale 100 NYC Alasdair Smith Islington NUT, président Abigail Manning; Laura Miles UCU NEC, le Dr Mary Edmondson unir la section MPU union; joan Quirke Unite / activiste; Nayana Chakrabarti, Dermot Smyth Nigel Newton-Smith GMB, Antony Schofield Unison, Maggie Falshaw UNISON Healthcare; Mark Nevill Sue Helen Ellery guingois; unissent; Paul Packham, Unite / Direction Secrétaire EM/DE51; Clare hiver Unison, Jeff Goodwin Kate Mayer GMB Neil Rogall UCU, Juliette cendres UCU, Jordan Rivera unisson Martin Chapman Unison principal Steward; Sally Farrer, Katy McAuley NUT Retraité membre Jon Woods président Portsmouth Ville Unison, Anne Fox Unison; Sueann Moore Tom McVitie Patrick Yarker UCU Richard Bradbury OUBUCU Ian capot UNISON, David Mullen membre ordinaire GMB; Adam Cochrane, Tony Nuttall Unite, Unison, ECRÉTAIRE Barnsley Economie Nos NHS, Jim Conseil Doncaster Unison - Animateur Camille Tsang Vernetta O'Loughlin Unison, Clare Fermont ACTS / UNITE Cate Roberts Unison, Stephen Brackenridge Unison, Jo Cardwell, Ron Singer président de Médecins Unite
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Egypte      - Page 25 Empty Communiqué NPA

Message  Roseau le Mar 20 Aoû - 22:54

Pour que vive la révolution, à bas la dictature militaire !
Mardi 20 août 2013
Le pouvoir égyptien vient de disperser par la force et une violence extrême les places que les Frères Musulmans occupaient depuis plus d’un mois et poursuit le massacre tout en annonçant la dissolution de la confrérie.

Il y a des centaines de morts et des milliers de blessés, chiffres qui s’alourdissent de jour en jour. Le vice président El Baradei a démissionné pour protester contre les violences. Dans le même temps de nombreuses églises et locaux de chrétiens ont été brûlés ou saccagés par les Frères Musulmans et autres islamistes dispersés et chassés des places qu’ils occupaient.

Chassés du pouvoir par la population lors du soulèvement du 30 juin, les Frères Musulmans tentent de déplacer le conflit sur le terrain religieux. Pourtant les grèves et la contestation sociale continuent. L’armée est intervenue violemment pour briser la grève des ouvriers de l’acier de Suez faisant de nombreux blessés et procédant à des arrestations.

A travers la répression contre les Frères Musulmans, l’armée tente de s’attaquer à la révolution. En décrétant l’Etat d’urgence et le couvre feu, elle justifie par avance l’interdiction de toute grève, de toute manifestation et donc l’imposition de sa dictature. L’objectif pour le pouvoir et l'armée est de briser la volonté révolutionnaire de tous les Egyptiens qui revendiquent leurs droits, les travailleurs, les pauvres, les jeunes en créant un état de terreur.

Le NPA dénonce fermement les massacres d’Al-Sissi ainsi que les agressions envers les Coptes d’Égypte. Comme aux premiers jours de la révolution, il reste solidaire de la population qui se bat pour sa dignité et sa liberté, pour en finir avec les injustices et les inégalités sociales. Ni les Frères Musulmans, ni l’armée ne sont la solution. La révolution continue.

Montreuil, le 20 août 2013
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Message  Roseau le Mer 21 Aoû - 23:41

Lettre aux révolutionnaires égyptiens

A bas la domination militaire. Non au retour des « fouloul ». Non au retour des Frères
par Socialistes Révolutionnaires

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article29533



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Egypte      - Page 25 Empty Samir Amin sur l'Egypte

Message  Antonio Valledor le Jeu 22 Aoû - 10:56

La sénilité dans toute sa splendeur (attention c'est du lourd):  



Samir Amin à Algeriepatriotique : « Oui, Morsi et les Frères musulmans allaient céder 40% du Sinaï »

http://lepcf.fr/Samir-Amin-a-Algeriepatriotique

Dimanche 18 août 2013

Algeriepatriotique : Trop d’hypothèses sont faites autour de l’éviction du président égyptien Morsi par l’armée. Quelles en sont les véritables raisons ?

Samir Amin : La seule et véritable raison est que Morsi était rejeté par le peuple égyptien. La preuve en est donnée par la campagne de signature de Tamaroud qui avait réuni, avant le 30 juin, vingt-six millions de signatures demandant le départ de Morsi. Ces signatures n’ont pas été ramassées n’importe comment. Elles représentent un chiffre vrai. La manifestation du 30 juin était bel et bien attendue. Seulement, elle a dépassé tout ce qu’on pouvait imaginer. Les chiffres indiquent que dans toute l’Egypte, et non seulement à la place Tahrir, il y avait trente-trois millions de manifestants, le 30 juin. Pour un pays de 85 millions, si vous retirez les enfants, qui sont très nombreux, et les quelques vieillards qui sont moins nombreux, cela représente pratiquement tout le pays. Face à cela, évidemment, le commandement de l’armée a été très sage ; il a déposé Morsi et confié la présidence intérimaire à qui de droit, c’est-à-dire au président du Conseil constitutionnel, Adli Mansour, qui est un juge, mais pas un juge révolutionnaire ; c’est un homme conservateur, connu pour être parfaitement honnête et démocrate. C’est la seule raison. Il n’y en a pas d’autres.

Quand on dit que l’armée en a profité pour faire un coup d’Etat, je dirai que si l’armée n’était pas intervenue, cela n’aurait pas été une bonne chose qu’on continue à voir Morsi qui se comportait comme un brigand et sans aucun respect des règles les plus élémentaires de la démocratie. Ayant armé des milices de Frères musulmans, ce n’était pas acceptable. L’alternative, c’est-à-dire la non-déposition de Morsi, n’aurait pas été acceptable non plus. Je dois ajouter – tout le monde le sait en Egypte, et c’est dit aujourd’hui avec beaucoup de force – que l’élection qui avait porté les Frères musulmans et Morsi au pouvoir a été une fraude gigantesque. Une fantastique fraude sur la fabrication des listes électorales, où les Frères musulmans se sont inventé neuf millions de voix supplémentaires.

D’où tenez-vous ces chiffres ?

Tout le monde le sait en Egypte. Et la preuve va être donnée par la justice bientôt. Nous ne l’avions pas appris hier ; nous le savions au lendemain de l’élection déjà. Nous connaissons des quantités d’exemples dans lesquels un même Frère musulman avait cinq cartes électorales, avec le même nom et inscrit dans cinq bureaux de vote dans des quartiers voisins. Et comme de surcroît cet électeur détenait les pouvoirs donnés par sa femme, ses enfants adultes ainsi que sa grand-mère, il pouvait voter cinq fois pour dix personnes. C’est comme cela que les choses se sont passées. D’autre part, les milices des Frères musulmans ont occupé les bureaux de vote et se sont donné, à eux seuls, le droit de voter et ont empêché, avec leur foule, les autres de voter, à tel point que les juges égyptiens qui généralement surveillent les élections et qui ne sont pas – je le dis encore une fois – des révolutionnaires, ont refusé en masse d’entériner ces élections. Le président de la commission électorale qui était un Frère musulman, par ordre de Morsi, a déclaré Morsi gagnant avant même que le dépouillement fût terminé. L’ambassade des Etats-Unis a proclamé Morsi vainqueur d’élections « démocratiques » et, évidemment, trois minutes après, les ambassades de Grande-Bretagne, de France et des autres pays européens ont suivi. La commission des soi-disant observateurs étrangers, principalement des Européens, a entériné ces élections-farce. Le régime ne bénéficiait, donc, d’aucune légitimité. Cependant, le fait qu’ils aient exercé le pouvoir pendant un an fut bien, parce qu’ils ont montré leur vrai visage. Ils ont poursuivi la même politique néolibérale que celle de Moubarak, dans une version encore plus brutale à l’égard des classes populaires et, d’autre part, ils ont violé toutes les règles les plus élémentaires de la démocratie. C’est pour cela que cette déposition n’est pas un coup d’État militaire et c’est pourquoi cette déposition et la chute de Morsi est une victoire du peuple égyptien. Cela va de soi que ce n’est pas une victoire finale. C’est une étape dans une longue bataille politique qui va continuer des mois, voire des années.

Avec les graves débordements qui ont suivi la destitution de Morsi, pensez-vous que l’Egypte s’achemine vers une guerre civile ?

Il n’y a pas de guerre civile et il n’y a pas de danger de guerre civile (en Egypte). Il y a eu trente-trois millions de manifestants au Caire contre Morsi, lequel avait le pouvoir de l’État et les milliards de dollars du Golfe. Seulement, il n’a même pas pu mobiliser deux millions de partisans. On parle de danger de guerre civile quand l’opinion est véritablement divisée et partagée. Ce n’est pas le cas en Égypte. Ce qu’il y a, par contre, ce sont des actions terroristes. En Égypte, tout le monde sait que les Frères musulmans sont au nombre de cinq cent mille à six cent mille. Parmi eux, il y a une centaine de milliers qui est armée. Ce sont ceux-là qui peuvent créer des troubles, non une guerre civile. D’ailleurs, dans les manifestations populaires, ceux qui arrêtent les Frères musulmans et les battent à plate couture, ce ne sont pas les forces policières, mais plutôt les manifestants eux-mêmes. Dans le quartier de Boulaq, quand une manifestation des Frères musulmans a voulu, le 30 juin 2013, se déplacer, ce sont les gens de Boulaq qui leur ont barré la route et qui les ont véritablement, à coups de pierres, repoussés. Morsi avait menacé : « Si on me destitue, je vous promets la guerre civile ! » Il n’y en aura pas. Les médias occidentaux, hélas !, répètent de leur côté : « L’Égypte est divisée. » Si nous voyions en France vingt millions de manifestants contre le Front National et cinq cent mille pour, dirait-on que l’opinion est divisée ? C’est grotesque de parler d’opinion divisée en Égypte et de risque de guerre civile. Concernant ces groupes djihadistes, ils viennent de deux endroits. De l’ouest de la Libye. Depuis que les pays occidentaux ont « libéré » la Libye et l’ont détruite, ce pays, aux mains de seigneurs de la guerre, est devenu la base de tout ce qu’on veut. D’ailleurs, les actions contre le Mali et l’Algérie sont venues de Libye. De la même manière, l’armée vient d’arrêter dans le désert occidental un groupe djihadiste venu de Libye, armé de missiles sol-sol. Alors, évidemment, avec cela, ils peuvent créer des incidents relativement graves. L’autre source d’attaque des djihadistes est le Sinaï. Parce que les accords malheureux, dits de paix entre l’Égypte et Israël interdisent une installation importante de l’armée égyptienne au Sinaï, elle a droit – je ne sais plus – à sept cents hommes, portés peut-être à deux mille. Ceci est un chiffre très petit pour une province désertique aussi vaste et montagneuse de surcroît. C’est un peu comme l’Adrar des Ifoghas. Venus avec le soutien financier de certains pays du Golfe et avec la tolérance – pour le moins qu’on puisse dire – d’Israël, ces groupes ont une existence au Sinaï. Ils l’ont d’ailleurs démontré immédiatement par une démonstration violente à Al-Arich, qui est la capitale du nord du Sinaï.

Vous venez de parler des groupes djihadistes. Sachant le caractère transnational de la violence salafiste, pensez-vous que l’armée égyptienne a les moyens d’y faire face ?

Nous, en Égypte, sommes comme vous en Algérie. L’islam politique n’a pas disparu. Il est un peu derrière nous parce qu’il a démontré sa vraie face. Chez vous, il a coûté 100 000 personnes assassinées par les terroristes. Et l’armée algérienne a fini par avoir raison d’eux. En Égypte, ça n’a coûté qu’un pouvoir civil d’une année, mais désormais l’opinion est très claire en Égypte. Bien sûr, la grande masse des Égyptiens, comme des Algériens, restent des musulmans croyants et même les coptes chrétiens en Égypte sont généralement croyants. Cependant, ils ne croient plus du tout à l’islam politique. Ce que nous entendons dans les rues du Caire – j’y étais récemment – sans arrêt, c’est : « Ihna mouch ayzin islam el baqala » « nous refusons l’islam d’épicerie ». Mais, évidemment, il reste que nous sommes dans une société comme la vôtre, où il y a encore des gens qui n’ont pas encore compris. Et il y a, malheureusement, une base objective avec la misère et le désœuvrement des recrutements possibles. D’autant qu’ils peuvent recruter ailleurs, comme ce qui se passe en Syrie, où nous savons que tous ces groupes islamistes ne sont pas syriens et qu’il y a beaucoup de Tunisiens, d’Égyptiens, d’Afghans et de Turcs. De la même manière, ils peuvent toujours opérer. Je fais confiance aux forces de l’armée égyptienne qui sont capables de faire face avec succès à ces menaces, parce que, même si dans le haut commandement, certains peut-être qui ont été des alliés des islamistes ou qui avaient fait des calculs d’alliance avec eux dans le passé existent, une grande partie des officiers égyptiens sont avec le peuple égyptien contre Morsi. Pour ce qui est des moyens face à ce genre de situations, il n’est pas facile d’éradiquer d’un coup, d’autant, comme je le disais, qu’ils ont des bases objectives en Libye et dans les pays du Golfe.

Les médias évoquent un deal conclu entre Morsi et les Américains qui consistait à céder 40% des territoires du Sinaï aux réfugiés palestiniens. En contrepartie, les Frères musulmans auraient empoché huit milliards de dollars. Qu’en est-il réellement ?

Oui, cette information est exacte. Il y avait un deal entre Morsi, les Américains, les Israéliens et les acolytes riches des Frères musulmans de Hamas à Gaza. Les États-Unis ont soutenu Morsi jusqu’au bout, comme ils ont soutenu Moubarak. Mais les pouvoirs politiques aux États-Unis sont, comme partout, réalistes. Quand une carte ne peut plus être jouée, ils l’abandonnent. Le projet de Morsi était de vendre 40% du Sinaï à des prix insignifiants non pas au peuple de Gaza, mais aux richissimes Palestiniens de ce territoire, qui auraient fait venir des travailleurs de là-bas. C’était un plan israélien pour faciliter leur tâche d’expulsion des Palestiniens, en commençant par ceux de Gaza vers le Sinaï d’Égypte de manière à pouvoir coloniser davantage et plus aisément ce qui reste de la Palestine, encore arabe de par sa population. Ce projet israélien a reçu l’approbation des États-Unis et, de ce fait, celle de Morsi également. Sa mise en œuvre avait commencé. L’armée est entrée en jeu et a réagi de manière patriotique, ce qui est tout à fait à son honneur, et a dit : « On ne peut pas vendre le Sinaï à quiconque, fussent-ils des Palestiniens et faciliter le plan israélien. » C’est à ce moment-là que l’armée est rentrée en conflit avec Morsi et les Américains.

Selon une étude récente, une gigantesque vague d’émigration d’Egyptiens aurait lieu vers les pays du Maghreb, dans les mois à venir. Y a-t-il des signes avant-coureurs d’un tel scénario ?

Je ne sais pas d’où vient cette information. Il y a une pression migratoire très forte en Égypte comme dans tout autre pays arabe. En Égypte, il y a un chômage et une pauvreté qui sont énormes. Par conséquent, beaucoup de gens, surtout parmi les jeunes, mais pas seulement parmi les jeunes, quand ils ont l’occasion et la possibilité d’émigrer, partent n’importe où. Ils préfèrent par contre émigrer en Europe. Maintenant, les pays du Golfe, l’Irak et la Libye leur sont pratiquement fermés. Quant à la destination vers le Maghreb, je n’ai jamais entendu cette nouvelle et je ne sais pas ce que vaut cette étude.

Interview réalisée par Mohamed El-Ghazi

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Message  Toussaint le Jeu 22 Aoû - 14:40

http://www.indigenes-republique.fr/article.php3?id_article=1864
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Message  Roseau le Jeu 22 Aoû - 17:10

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Message  Copas le Jeu 22 Aoû - 21:43

La libération de Mubarak crée un profond malaise
http://elbadil.com/?p=455782
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Le mouvement tamarod par son porte parole, Talib Hassan Shaheen, demande le ré-incarcération de Mubarak et avance plus loin  qu'il faut poursuivre les 2 systèmes qui ont causé les crimes contre le peuple égyptien. Tout en demandant quand même que Mubarak soit réincarcéré pour menace à la sécurité nationale comme Morsi.
Les militaires ont-ils été trop gourmands ?
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Message  nico37 le Sam 24 Aoû - 15:11


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Message  mykha le Lun 26 Aoû - 10:27

Égypte - Après l'intervention sanglante contre les Frères musulmans, qui est visé par la dictature ?


Les chefs de l'armée égyptienne avaient averti qu'ils agiraient avec « fermeté » pour faire évacuer les places du Caire occupées par les partisans des Frères musulmans depuis la déposition de Mohamed Morsi, au début juillet. Ils ont tenu parole : l'intervention de l'armée et de la police, entre le 14 et le 16 août, s'est soldée par des centaines de morts. L'armée n'a pas fait de quartier parmi ceux que les dirigeants de la confrérie avaient appelés à résister coûte que coûte pour imposer le retour à son poste du président déchu. De leur côté, ceux-ci savaient fort bien à quoi s'attendre, mais ils tenaient à faire jusqu'au bout leur démonstration, fût-ce en envoyant leurs propres partisans à un massacre prévisible.

Dès le départ forcé de Moubarak en février 2011, il était clair que la bourgeoisie égyptienne et les dirigeants impérialistes ne visaient qu'à une chose : rétablir le plus vite possible un pouvoir politique capable de tenir en respect les masses populaires révoltées par leur condition misérable. Derrière les discours creux sur la nécessité d'instaurer la démocratie dans le pays se cachaient des manoeuvres frénétiques pour trouver sur quelles forces politiques s'appuyer, et l'Égypte en compte deux essentielles : l'armée et les Frères musulmans.

UN PASSÉ DE COLLABORATION

Si depuis 1952 l'armée a été la colonne vertébrale du pouvoir, elle a aussi su instaurer une collaboration feutrée avec les Frères musulmans. Bien installés dans les quartiers des villes, ceux-ci ont assis leur influence sur leur capacité à fournir à la population un certain nombre de services sociaux, voire médicaux et sanitaires, que l'État se souciait bien peu de lui fournir. Cette influence faisait de la confrérie un facteur de stabilité sociale bien utile au pouvoir en place, même si la collaboration de ces deux forces restait toujours conflictuelle.

Les conditions de la chute de Moubarak et le simulacre de processus démocratique enclenché ensuite ont mis cependant la confrérie face au défi d'exercer directement le pouvoir politique dans une situation sociale de plus en plus dramatique. Le mécontentement s'est alors tourné rapidement contre son gouvernement. C'est ce qui a permis à l'armée de se présenter comme un sauveur disposant de l'appui populaire pour déposer Mohamed Morsi par le coup d'État du 3 juillet.

Les rôles sont maintenant inversés et le calcul des dirigeants des Frères musulmans est visiblement de tabler sur le discrédit rapide des nouveaux gouvernants en se présentant désormais comme la seule alternative politique à la dictature militaire. Ils peuvent pour cela se parer de l'auréole de martyrs de la démocratie, consacrée dans le sang des victimes. Ils le peuvent d'autant plus que pratiquement toutes les autres forces politiques se sont rangées derrière l'armée et ont contribué à la présenter comme le sauveur du peuple égyptien.

LA VÉRITABLE CIBLE DE LA DICTATURE

La dictature militaire ne sauvera le peuple ni de la misère, ni même du danger islamiste. Soutenus entre autres par l'Arabie saoudite, les chefs de l'armée n'offrent aucune garantie de laïcité. De leur côté, les Frères musulmans ont saisi l'occasion de radicaliser leurs partisans, les dressant non seulement contre le pouvoir en place, mais aussi contre les chrétiens coptes qui, accusés de collaboration avec l'armée, sont la cible de leurs représailles. Mais bien d'autres, militants de gauche, militants syndicaux ou ouvriers en grève, pourraient demain devenir également la cible de militants de la confrérie. Il n'est d'ailleurs même pas exclu qu'une forme de collaboration se rétablisse, à ce niveau-là ou au niveau politique, entre le pouvoir militaire et les Frères musulmans. Car malgré les massacres auxquels on vient d'assister, la cible principale de la dictature qui se remet en place n'est pas les Frères musulmans. C'est le peuple égyptien lui-même avec ses aspirations à sortir de l'immense misère dans laquelle il est plongé depuis des décennies. Ni la bourgeoisie égyptienne ni l'impérialisme ne comptent donner satisfaction à aucune de ses revendications. Leur argent, leurs capitaux, leurs profits ne sont pas faits pour cela.

C'est bien à cette tâche que les chefs de la dictature militaire comptent désormais s'employer, en se servant tant que ce sera possible de leur crédit de « sauveurs du peuple ». Ils s'y emploient d'ailleurs déjà. Même si cette intervention est moins spectaculaire et moins sanglante que celle de ces derniers jours au Caire, la police et l'armée ne cessent d'intervenir contre les travailleurs en grève et le feront peut-être de plus en plus. C'est bien pourquoi la caution que des forces politiques se présentant comme progressistes, voire « révolutionnaires », ont accordée à ces forces de répression est grave car elle contribue à désarmer les travailleurs face à elles.

Or pour se défendre, pour défendre leurs aspirations, les travailleurs égyptiens doivent apprendre à ne compter que sur eux-mêmes, que sur leur propre organisation. Plus encore, ils doivent préparer leur alternative politique à la dictature de la bourgeoisie et de l'impérialisme, qu'elle prenne la forme de la dictature des militaires, de la dictature des islamistes ou d'une collaboration de ces deux forces. Et c'est bien la seule véritable alternative possible, et la seule qui soit véritablement révolutionnaire.

André FRYS
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Message  Roseau le Jeu 29 Aoû - 13:26

. Les travailleuses et travailleurs du textile de Mahalla à nouveau en grève!

http://alencontre.org/moyenorient/egypte/egypte-les-travailleuses-et-travailleurs-du-textile-de-mahalla-a-nouveau-en-greve.html
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Egypte      - Page 25 Empty Construire une troisième force !

Message  Antonio Valledor le Ven 30 Aoû - 16:23

Le drame, c’est que, face à l’armée et aux Frères, aux vrais moubarakistes et aux faux « démocrates », le mouvement de masse ne dispose actuellement d’aucune organisation propre et surtout de sa propre politique indépendante. Un nouveau mouvement ouvrier indépendant a bien commencé à émerger ces deux dernières années avec le surgissement de milliers de structures syndicales de base et la création de deux nouvelles confédérations syndicales. Mais une partie de leurs dirigeants soutiennent eux aussi le coup d’Etat et appellent à l’arrêt des grèves au nom de la lutte contre le « terrorisme ».

Pourtant ces grèves ouvrières se poursuivent envers et contre tout et c’est là que réside le seul espoir pour qu’à terme surgisse en Egypte une « troisième voie » entre l’armée et les islamistes : un mouvement ouvrier indépendant qui développe sa propre politique et ses propres organes de pouvoir démocratiques. C’est à partir d’un tel développement que la gauche révolutionnaire (dont la progression est réelle mais encore modeste) pourra s’implanter et offrir une alternative à l’avenir sombre qu’annonce le bras de fer engagé entre l’armée et les Frères Musulmans.

http://www.avanti4.be/actualite/article/contre-le-regime-militaire-en-egypte-construire

Antonio Valledor

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