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Egypte

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Egypte      - Page 14 Empty Re: Egypte

Message  Copas le Ven 27 Jan - 10:57

Barber a écrit:Ce qu'il y a de flagrant, avec le développement des syndicats indépendants, c'est que d'emblée s'y développe un appareil sous tutelle de la CSI. Un appareil qui a un strapontin auprès des militaires et qui a coupé court au mouvement de grèves en septembre. C'est à cause d'eux que l'insurrection de novembre-décembre a éclaté à contretemps et dans de mauvaises conditions
.

Oui en partie, combien de permanents ? Cela constitue-t-il une couche sociale ou pas ?
Est-ce un progrès ou une régression pour les travailleurs ?

Barber a écrit:On ne va pas être d'accord, c'est sûr, vu le positionnement du NPA par rapport aux bureaucraties syndicales en France.s
.
Je ne me situe pas par rapport au NPA, mais par rapport à ce que je sais et vis. Je ne travaille pas en France, alors les histoires de bureaucrates en France tu te les mets où je pense, même si quelque part je mène aussi combat là dessus. Tu trouveras ici ou là ce que j'en pense.
Mais tes allégations ne concernent que tes aprioris sur les militants. Et ce que tu penses que doit être la position d'un militant par rapport aux allégeances que tu lui supposes, et à la politique d'un parti que tu fantasmes. Dis moi ton parti après on discute honnêtement.

Maintenant sur les questions de militantisme syndical, confronté à des absences de libertés démocratiques et aux difficultés, seuls les ignorants s'imaginent qu'entre une situation où tu n'as aucun droit d'organisation sous peine de répression immédiate sans appel et une situation où tu l'as arraché, même avec des contradictions, c'est pareil.

Tu as bien pire comme syndicats aux USA et pourtant ce sont des organisations de la classe ouvrière et ces derniers temps ces syndicats ont connu une situation qui s'est différenciée des fois d'une façon importante.

Je n'élude pas les questions du syndicalisme français mais c'est pas le sujet. Mes positions sur le mouvement ouvrier français et italien , des partis de l'émancipation sont connues, de même que les remèdes que je lui propose, je ne présume pas de tes positions autrement que sur ce que tu dis concretement et réellement. Commences par te poser des questions sur les positions d'un militant que tu critiques sans connaitre avant de divaguer. Là on parle de l'Egypte et par extension les crises du monde dit "arabo-musulman" .
Je ne parle pas du syndicalisme français.

Barber a écrit: Mais votre manière de gauchir la situation est fausse et archi-fausse. les élections ont eu lieu, un parlement de pantins s'est mis en place, et maintenant le mouvement des masses est précipité par tout le monde dans une impasse: "transfert du pouvoir" entre les mains des islamistes, ce qu'en plus l'armée ne fera jamais.

C'est toi qui invente un gauchissement. Je suis resté sur des données objectives des classes en présence et de leurs outils pour expliquer les crises révolutionnaires qui ont eu lieu et continuent dans ces pays. Si les classes populaires de ces pays étaient défaites ça ne signifierait aucunement qu'il n'y a pas eu de crise révolutionnaires avec d'énormes masses en mouvement.

Par ailleurs, tu as la preuve sous les yeux d'un mouvement de masse qui existe toujours et n'est pas écrasé. Bien sur que l'islamisme politique réactionnaire est une impasse et une tentative de dérivation. Il est une solution stable que si il s'articule autour d'une domination de la bourgeoisie, avec un appareil d'état dirigeant ses alliances de classe pour élargir sa base sociale. C'est toute la difficulté en Egypte et ailleurs pour ces types de régime.

Barber a écrit: Après cette comédie, la bourgeoisie reprendra l'initiative pour de bon, comme elle l'a reprise en Tunisie..

Il me parait très douteux de parler de comédie pour des soulèvements populaires de masse composés essentiellement de prolétaires urbains contre des dictatures sanglantes.

Précisément la bourgeoisie a du mal à reprendre l'initiative en Tunisie, en Egypte, et même en Libye où elle n'arrive pas à assoir un appareil d'état stable (b a ba pour une bourgeoisie qui nécessite toute une série d'aspects). Ce sont les mêmes contradictions qui courent en Algérie et au Maroc où la situation peut basculer à tout moment.

Personne ne te dit que nous sommes dans le cadre d'une révolution socialiste, mais que la situation est toujours instable à cause de questions profondes de rapports entre les classes, de leurs outils, qui créent de l'instabilité. Et pas seulement liées à des questions de récession et de crise économique. Et que les poussées révolutionnaires se sont construites là dessus.

Ces poussées révolutionnaires ont été essentiellement composées de prolétaires urbains , c'est une appréciation de classe objective, mais avec très peu d'histoire sociale et politique en profondeur, tous ces états ayant connu des régimes violemment anti-communistes et anti-ouvriers.

Il n’empêche, et cela a été l'objet de polémiques incessantes, que de se poser la question de qui bouge (là l'Egypte a une place spécifique par rapport aux autres pays ayant bougé ou bougeant), avec quelle composition sociale est extrêmement important.

Seule une victoire définitive de notre classe résoudra la question des solutions de renouvellement de la bourgeoisie comme dirait la palisse.

La particulière instabilité politique de la bourgeoisie dans un nombre énorme de pays qui vivaient des dictatures , créent de redoutables problèmes à la bourgeoisie qui ont d'énormes difficultés de transition bourgeoise tranquille sans irruption des masses sur la scène politique.

Nous n'avons pas été pris au dépourvu par les crises ayant eut lieu dans le monde dit "arabo-musulman", car les mutations dans ces sociétés étaient très profondes depuis une vingtaine d'années, touchant aux rapports profonds entre les classes, de la place déclinante de la petite-bourgeoisie nationaliste et sa transformation en bourgeoisie concentrée dans l'appareil d'état, du déclin régulier de la paysannerie (spectaculaire en Iran, en Libye, en Tunisie, en Algérie et au Maroc) au profit de la montée d'un gros prolétariat urbain instruit et communiquant (qui ne signifie pas en soi une conscience et une action mais qui rend plus difficile les modes de commandement anciens).

Comme nous ne sommes pas pris au dépourvu sur les contradictions de classe en Chine.

Sur les semelles de plomb d'une partie du gauchisme européen qui n'a cessé d'être défaitiste sur la situation mondiale depuis 3 ans en peignant tout en noir, on retrouve cela dans le NPA . Ce qui empêche ce dernier parti, comme LO et d'autres, à retrousser les manches pour avoir une politique de masse indépendante qui s’attelle un peu plus sérieusement à la question de la reconstruction des organisations du mouvement ouvrier, une politique qui ne consiste pas sur l'essentiel par une relation avec des débris bureaucratiques politiques.

C'est également de ce que j'ai compris une part de ceux qui sont dans la IVeme internationale qui ont par l'importance du gauchisme européen une vision tordant en noir la situation.

Mais on est à nouveau loin de l'Egypte. Mais finalement pas tant.
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Message  Barber le Ven 27 Jan - 18:32

Tu tapes à côté, Copas, d'abord parce qu'il n'y a aucun noircissement de la situation politique (ou blanchissement d'ailleurs) en ce qui me concerne. En Tunisie et en Egypte, nous avons salué l'irruption du prolétariat dès le début. Tu as simplement un gros train de retard sur les événements à mon avis, et le fait qu'il y ait du monde dans la rue n'est pas un critère. Entre le prolétariat et la dictature, ce sont les élections-bidon - et d'abord le fait qu'elles se soient tenues - qui font la bascule: la situation penche en faveur de la réaction désormais.

Les masses sont restées au seuil du pouvoir. elles n'ont pas su quoi faire. On ne peut pas le leur reprocher mais l'histoire ne fait pas de reproche. La porte commence à se refermer aujourd'hui, ce sont d'autres forces qui ont pris la place. En Tunisie Ennahdha devient le nouveau RCD, en Egypte les Frères Musulmans ne seront même pas un nouveau PND, juste des pantins qui feront là où l'armée leur dira de faire.

Il est bien évident que la constitution des syndicats indépendants est un phénomène très intéressant et que nous l'avons relevé dès le début.

Il est évident aussi qu'il faudrait y être et même être aux premières loges de leur construction, les procès gauchistes ne sont pas mon propos.

Sauf que.

Sauf que, si tu avais connaissance du "message aux hommes d'affaires égyptiens qui ont souffert eux aussi de la dictature" diffusé par les syndicats indépendants dès le mois de mars, du fait qu'ils se sont ménagé un strapontin auprès des militaires dès la fin février, du fait que manifestement les dirigeants des syndicats indépendants se proposent d'instaurer un "dialogue social" en Egypte, et enfin du fait qu'ils se sont battus en septembre pour obtenir leur reconnaissance et ont appelé à la reprise des enseignants dès qu'ils l'ont obtenue - sabotant le mouvement vers la grève générale, empêchant la jonction des ouvriers et de la jeunesse, permettant aux élections-bidon d'avoir lieu, empêchant l'émergence d'un comité central de grève - eh bien, tu penserais comme moi.

Un mouvement ouvrier se reconstruit en Egypte, mais d'emblée il est pollué par les mêmes saloperies que partout ailleurs. La conscience politique des masses reste profondément marquée par deux décennies de liquidation de la perspective socialiste. Revenir là-dessus ne va pas être possible en claquant des doigts, si formidable que soit la lutte du prolétariat.

Et une fois les élections passées, eh bien, la situation a changé. Aujourd'hui la dictature est plus forte, les travailleurs se sont arrêté au seuil du pouvoir et l'ont laissé à d'autres - aux organisations islamistes petites-bourgeoises réactionnaires.

Avant le mois de janvier, les insurgés de la place Tahrir se posaient la question du boycott des élections et posaient la question d'un "gouvernement révolutionnaire".

Aujourd'hui, leurs organisations leur proposent de servir d'idiots utiles aux islamistes, ce qui ne mènera nulle part.

On se dirige vers une situation où la réaction va reprendre l'initiative politique. En Tunisie c'est déjà presque fait. On en reparle dans trois mois, hein?

Barber

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Message  Copas le Ven 27 Jan - 20:01

je ne veux surtout pas t’empêcher de voir les choses à ta façon sans introduire une analyse des classes en présence.

Chacun son truc.

Ni je gauchis, ni je raconte autre chose que de parler des contradictions de sociétés de classe, la force relative de celles-ci dans les pays concernés, la place de l'appareil d'état, etc.

Ne pas comprendre ces données de fond c'est ne pas comprendre ce qui a fait les soulèvements dans les pays dits du monde arabo musulman, y compris leurs caractéristiques de crises larvées long terme.

Que tu m'indiques qu'une partie essentielle du mouvement ouvrier ait des illusions sur le capitalisme ne relève pas d'un scoop particulier. Quand on regarde ce que disent des dirigeants syndicaux en France, en Italie, une fois retirés les verbiages plus ou moins gauche, au fond de l'épuisette il y a cette contradiction entre une classe soumise idéologiquement et son mouvement concret qui tend à écarter les barreaux de cette domination, un truc tout à fait classique.

Par contre il n'est pas anodin de voir si ce mouvement ouvrier a dégagé une couche sociale de permanents qui vont se poser en intermédiaires entre bourgeoisie et prolétariat, vivre de cela, ou pas.

Mais s'écarter de l'analyse des classes dans une société condamne à ne jamais comprendre ce qui se passe.

Sur la phase actuelle court terme, aucun des processus dans ces pays ne s'est retourné encore (peut-être en Jordanie, et encore, ça se discute). Les défaites passeront par des processus probablement bien plus durs.
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Message  Barber le Ven 27 Jan - 21:44

Tu te payes de mots. Et bien flous qui plus est. On ne fait pas une révolution avec des considérations très vagues sur "les contradictions de classes", hein. On les fait avec une direction révolutionnaire, que le prolétariat égyptien n'a pas, pour prendre le pouvoir.

Mais voilà un regard porté par de jeunes égyptiens eux-mêmes sur la situation:


Barber

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Message  Copas le Sam 28 Jan - 9:39

Barber a écrit:Tu te payes de mots. Et bien flous qui plus est. On ne fait pas une révolution avec des considérations très vagues sur "les contradictions de classes", hein. On les fait avec une direction révolutionnaire, que le prolétariat égyptien n'a pas, pour prendre le pouvoir.

Mais voilà un regard porté par de jeunes égyptiens eux-mêmes sur la situation:


Non, je te rappelle que l'analyse des classes en présence est le cadre de fond pour pouvoir parler du reste.

Pour toi c'est flou de parler de l'ascension numérique d'un prolétariat urbain, les problèmes de transition et de crise de l'appareil d'état bourgeois, de la composition de la bourgeoisie égyptienne, etc...
Si tu perds de vue cela, y compris dans les difficultés présentées, tes propos sont vides de sens.

Mais pour le reste j'ai souvent détaillé mes positions là dessus.

Y compris avec tous ceux qui n'ont jamais cessé de nier les mouvements de masse en cours, avant c'était pas possible, pendant ça n'existait pas, maintenant c'est fini (tous les 15 jours on entends cela depuis 8 mois).
C'est par rapport à ce sentiment qu'également tu déversais que j'ai à nouveau réagi, sans grande conviction d'ailleurs car je ne peux aller contre des choses qui ne sont pas du domaine de l'analyse mais d'un désir en dehors de ce cadre.

La défaite de ces soulèvements n'est pas consommée, sur l'ensemble des pays concernés.

Sur la direction du prolétariat, perso, ce concept ne me convient pas, je parle plus du courant communiste dans le mouvement ouvrier. Ceci étant ce n'est pas en tournant le dos à une analyse marxiste que tu l'auras ta direction. Comprendre les évolutions d'une société, des classes en présence, permet de comprendre les secousses qui affecte un pays.

Pour ce qui est de ta direction , il n'y en a pas, il faut la construire, mais ça ne signifie pas qu'il faille crier :"oh ! attendez ! pas si vite !" comme j'ai entendu certains.

En attendant qu'une brigade gauchiste française toute équipée de bandes molletières saute sur Le Caire, des processus se déroulent n'attendant pas ceux qui n'ont pas manifesté de solidarité bien vivante aux soulèvements des peuples contre leurs bourreaux.

Alors je rappelle ce que j'ai dit précédemment , cet épouvantable optimisme :


Il y a une autre petite différence quand même, c'est que la situation est bien meilleure maintenant pour les organisations de travailleurs et les libertés qu'il y a un an.

Toutefois rien n'est jamais acquis et le processus de crise politique continue.

Les syndicats indépendants se sont développés et continuent à le faire. Des organisations révolutionnaires, certes petites, sont apparues.

L'islamisme politique qui était déjà sur-puissant et représentait une contre société depuis des années prend la place politique qu'il avait déjà dans la clandestinité.


Les dérivations de ces données de fond au travers des islamistes politiques sont un soucis mais ne les obèrent pas. La crise de commandement de la bourgeoisie continue en Egypte, et des fractions populaires importantes ont pris l'habitude de défier l'appareil d'état, sortir dans la rue, attaquer les lieux de pouvoir, faire grève , discuter politique, etc.

La différence avec le passé est gigantesque et le mouvement révolutionnaire des masses ne semble pas encore épuisé, la crise de domination de la bourgeoisie n'est pas résolue (elle était concentrée autour de Mubarak, la clé de voute sautée la classe est déstabilisée et les dirigeants militaires bourgeois essayent de boucher les énormes fuites du navire), la crise de l'appareil d'état demeure importante, ce dernier n'arrive pas à enclencher une contre-révolution de masse violente à hauteur du défit que les masses lui ont imposé. C'est ce qu'on peut constater.

.../...

Crises des "dictatures" comme modes de commandement ordinaires des bourgeoisies
Crises des appareils d'état
Prolétariats urbains, instruits du monde, communiquant et modernes de plus en plus puissants
Classe populaire ne supportant plus le talon de fer et défiant très souvent l'appareil d"état
Classe bourgeoise devenue très puissante mais hyper-hiérarchisée autour d'une famille de dictature ce qui rend très compliqué des phases de transition vers des dictatures moins violentes.
Fins des illusions de nationalisme petit-bourgeois, faute de classe petite-bourgeoise sous-jacente suffisemment puissante.
Paysanneries en baisse constante (l'Egypte est malgré tout le pays qui a la plus grosse paysannerie en proportion de la population)
Autres classes laminées

Ces processus demeurent une toile de fond.

Les risques de contre-révolution demeurent mais ils sont compliqués encore. Ce qui demeure c'est encore et toujours de grosses factions populaires mobilisées pour lesquelles les deux photos présentées là sont parlantes.
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Message  Barber le Sam 28 Jan - 10:45

Eh bien tu répètes, tu répètes qu'il y a une lutte de classes en Egypte comme si tu avais inventé l'eau chaude. On en est tous amplement convaincus ici et ce n'est pas le sujet.

Sauf qu'à répéter tu oublies de constater qu'il y a eu un changement dans la situation politique depuis un an.

Il y a un an le mouvement du prolétariat et de la jeunesse entraînait à sa suite l'immense majorité de la population dans le combat contre Moubarak, au grand dam des Frères Musulmans et consorts.

En septembre la mobilisation contre le CSFA tendait vers son paroxysme, avec un mouvement vers la grève générale que les dirigeants des syndicats indépendants ont avorté. La jonction entre les masses et la jeunesse insurgée n'a pas eu lieu. L'insurrection de novembre-décembre a donc eu lieu à contretemps et n'a pu empêcher la tenue des élections. Ce sont des dizaines de milliers de jeunes et de travailleurs qui ont revendiqué confusément le boycott des élections et un "gouvernement révolutionnaire", ce sont quelques dizaines de milliers qui dénoncent les Frères Musulmans. Mais les manifestations des Frères rassemblent elles des centaines de milliers voire des millions de participants, et le "mouvement du 6 avril" lui-même a un strapontin auprès des militaires. Ce qui aurait pu donner une autre envergure au combat d'une avant-garde sur la place Tahrir, c'est cette jonction avec le mouvement de grève du prolétariat, jonction qui n'a pas eu lieu.

Ces élections consacrent le basculement de la petite-bourgeoisie du côté de la réaction. Le vide politique laissé par le mouvement d'épuration tend à être rempli par des forces réactionnaires, et non par le prolétariat. La crise au sommet est bien moindre aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a quelques mois encore. C'est dans les mois qui viennent la réaction qui va reprendre l'initiative.

On n'est plus dans la même situation qu'il y a quelques mois. Seul un illuminé pourrait encore crier à l'assaut en Egypte, alors qu'il faut précisément se préparer à une offensive de la réaction, désormais renforcée.

La lutte des classes c'est très concret. lis un peu les travaux de Trotsky sur l'Allemagne au début des années 30, avec toute leur finesse. Quand le PC allemand stalinien poussait de grands cris de victoire parce qu'il avait gagné un million de voix, Trotsky insistait sur les rapports de force généraux. En Egypte, il n'y a pas même de parti ouvrier, et ça donne toute la mesure du chemin qu'il reste à parcourir après deux décennies de liquidation de la perspective socialiste.

Il ne suffit pas d'un vague catéchisme marxisant, il faut considérer les faits avec plus d'acuité. Je m'arrêterai là car cette discussion virtuelle n'a pas davantage d'intérêt pour toi ni pour moi.

Barber

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Message  Copas le Sam 28 Jan - 11:02

J'approuve en grande partie ce que tu dis, mais n'y introduit pas encore une contre-révolution.

Pour cela il faudra bien plus.

Effectivement cette conversation n'a pas grande utilité. Sauf de remarquer que les analyses des classes en présence sont toujours insuffisamment présentes de ta réflexion. Ce n'est pas d'indiquer qu'il y a une lutte des classes en Egypte dont je parle, mais bien ce qu'elle est, les rapports de force concrets, les importances numériques des classes en présence, les problèmes de commandement de la bourgeoisie.

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Message  Copas le Lun 30 Jan - 21:12

3arabawy عـَرَباوي

Le Caire

Reportages filmés For Workers' Power and International Socialism,
sur l'anniversaire du démarrage de la révolution égyptienne :



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Message  CCR le Mar 31 Jan - 19:45



Ramy Essam, la bande originale de la révolution

Jamila Al-Mukhtar

Source: Courant Communiste Révolutionnaire du NPA

Lorsqu’il est arrivé sur une Place Tahrir pleine de manifestants le 31 janvier dernier, Ramy Essam n’était qu’un simple étudiant de 23 ans inscrit en architecture. A Mansoura, où il suivait ses cours à la fac et où il habitait avec sa famille, il avait déjà participé avec son frère Shady aux premières manifestations contre le régime de Moubarak. C’est alors qu’il décida de laisser derrière lui la région du delta du Nil, à quelques encablures du bastion ouvrier de Mahalla, pour faire le voyage la capitale, en emmenant avec lui sa guitare, et rien d’autre. Par la suite, les dix-huit jours qui ont secoué l’Egypte ont également transformé sa vie, comme celle de centaines de milliers d’autres manifestants. En l’espace de quelques jours les chansons de Ramy Essam sont devenues celles des manifestants à Tahrir. Ramy a composé pendant le processus même la « bande originale » du début de la révolution égyptienne...


Des slogans et une guitare

Enthousiasmé par les slogans lancés en permanence par les manifestants, il a commencé à les mettre en musique. C’est ainsi que « Irhal » (« Dégage ! ») a vu le jour en l’espace de quelques heures.

Après le fameux message télévisé du Raïs au cours duquel Moubarak affirmait sa volonté de rester au pouvoir jusqu’aux élections prévues alors en septembre, Ramy est monté sur un des podiums dressés à la hâte Place Tahrir en improvisant devant la foule une autre de ses chansons qui est devenue depuis un standard de la révolution : « Yasqot yasqot Hosni Moubarak ! – Irhal ! Irhal ! » (« A bas, à bas Hosni Moubarak ! – Dégage ! Dégage ! »).

Après cette soirée mémorable, Ramy a commencé à chanter tous les jours sur le campement de la Place Tahrir. Les mots d’ordre des manifestants étaient la toile de fond de ses chansons et les accords de sa guitare donnaient du courage aux révolutionnaires.

Il a continué à chanter, même lorsque la situation a commencé à devenir vraiment sérieuse. Le 2 février, les sbires du régime ont attaqué Pace Tahrir. C’était le jour de la « Bataille des chameaux », dont les images ont fait le tour des télévisions du monde entier. Pris à parti et roué de coups par les baltagiyya (les mercenaires de l’ancien du régime), Ramy a été blessé. Il n’en a pas moins continué à chanter, le visage tuméfié. « C’était drôle, a-t-il déclaré par la suite. J’avais la tête recouverte de bandages, et ceux qui m’écoutaient étaient eux aussi méconnaissable, recouverts de bandages et de compresses ».

Riez ! C’est la révolution…

C’est que Ramy ne manque pas de sens de l’humour. Et au cours de ces dix-huit jours d’occupation et de lutte Place Tahrir il fallait aussi être en capacité de rire, pour mieux combattre. La révolution n’est jamais un dîner de gala. Mais ce n’est pas non plus une cérémonie funèbre. « Ed7ako ya Sawra » veut dire « Riez bien, c’est la révolution ! ». Dans cette chanson, accompagné par sa guitare de toujours qui reprend des accords qui ne sont pas sans rappeler une ritournelle rock’n roll des années Soixante, Ramy tourne en dérision la propagande contre-révolutionnaire officielle de Moubarak. Le régime accusait en effet dans les médias les manifestants d’être au service de l’étranger, d’être responsables de la banqueroute économique du pays et d’être payés à coups de hamburgers et de sandwichs. « On vous dit que nous mangeons des menus Kentucky Fried Chicken (KFC) ? Riez ! C’est la révolution ! » dit ironiquement la chanson. Et alors, le public reprenait en chœur, entre deux charges de la police.



« Pain, liberté et justice sociale ! »

Le 11 février, lorsque la télévision a annoncé la démission de Moubarak et que l’information se répandait comme une traînée de poudre partout en Egypte, Ramy a repris « Irhal ! » (« Dégage ! ») Place Tahrir, une chanson qui était devenu entre-temps l’hymne de la révolution et que la revue Time Out a classée parmi les 100 chansons qui ont changé le monde [1] . Un an après le début du processus, une année émaillée de nouvelles mobilisations ouvrières et de la jeunesse mais aussi d’une répression brutale de la part des Forces Armées égyptiennes, Ramy n’a pas cessé de chanter la révolution.

En septembre il a sorti une nouvelle chanson, intitulée « Pain, liberté et justice sociale ! ». Le titre reprend l’un des slogans scandés par les manifestants en janvier et février derniers et qui continue à animer aujourd’hui les protestations, occupations et grèves. En effet, rien de ce qui était revendiqué l’an dernier n’a été obtenu.



« A bas le régime militaire ! »

Aujourd’hui Ramy comme beaucoup de jeunes Egyptiens révoltés n’a aucune confiance dans le régime militaire qui gouverne le pays. C’est d’ailleurs ces mêmes militaires qui l’ont arrêté le 9 mars dernier et qui l’ont torturé à l’électricité, au sein même du Musée National du Caire, avec plusieurs dizaines d’autres militants pendant plus de quatre heures [2]. Cette terrible épreuve a fini par le convaincre, si cela était encore nécessaire, des desseins réels des Forces Armées.

En novembre-décembre il a appelé au boycott du cirque électoral organisé par le Conseil Suprême des Forces Armées (SCAF) après les bains de sang qui ont émaillé les manifestations de cet automne.Il est parfaitement conscient du fait que les militants doivent être plus vigilants que jamais. « La contre-révolution, dit-il, ne chôme pas, et essaie de regagner du terrain… et nous ne sommes plus aussi unis qu’auparavant. Il ne faut pas que nous perdions ce que nous avons commencé à gagner ».

Ses chansons continuent à rythmer les manifestations. Depuis prés d’un an d’ailleurs ce n‘est plus Moubarak qui est visé par le fameux « Irhal ! » (« Dégage ! »). Ramy a changé le refrain : « Yasqot, yasqot hokem el a’skar ! – Madineya ! » (« A bas, à bas le SCAF ! – Etat civil ! [par opposition au régime militaire actuel]). C’est désormais la chanson qui est entonnée dans les manifestations. L’espoir est que le nouveau refrain contribue à accompagner le processus actuel de lutte et qu’il débouche effectivement sur le fameux « Thwara hattâ el-nasr ! » (« La révolution jusqu’à la victoire ! ») que scandent les manifestants et Ramy, en chœur.



25/01/12

------------------------------------------------

[1] Voir www.timeout.com/london/feature/1452/100-songs-that-changed-history-the-list/17

[2] Voir http://justanegyptian.com/2011/03/21/ramy-essam-a-protester-not-a-thug/

CCR

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Message  Egor la combine le Mer 1 Fév - 20:25


En Egypte, la situation est inquiètante par biend es aspects, mais on ne peut pas dire que la révolution soit terminée.
Voilà un bon article paru dans Convergences révolutionnaires:

http://www.convergencesrevolutionnaires.org/spip.php?article2423


La Tunisie et l’Égypte un an après le renversement des dictateurs

Où en est-on en Tunisie et en Égypte un an après les révolutions ? Ben Ali et Moubarak sont en train d’être jugés mais que sont devenus les systèmes et les intérêts bâtis autour d’eux ? Que sont devenus les millions de manifestants ? Qu’a-t-on fait de leurs revendications ?

Bref, où en est la révolution ? Est-elle finie, résorbée ? Ou quelles sont encore ses possibilités ?

Ce qui a fait la une de l’actualité du monde arabe ces derniers mois, ce sont les victoires remportées par des partis islamistes aux élections. En Tunisie, le 23 octobre dernier, le parti islamiste Ennahda a obtenu un peu plus de 40 % des sièges au parlement. En Égypte, où l’élection était organisée région par région, c’est le Parti de la Justice et de la Liberté, une coalition dirigée par les Frères musulmans, qui semble avoir remporté la victoire, même si des fraudes ont été constatées. Il faut aussi ajouter les scores électoraux de l’autre courant islamiste, les salafistes du parti El Nour qui arrivent second, pas loin derrière les Frères musulmans. À eux deux, les Frères musulmans et El-Nour, frôlent la barre des 60 %.

Est-ce à cela que la révolution risque de se résumer ? Avoir chassé les dictateurs pour les voir remplacer par des islamistes ? Mais, en Tunisie et en Égypte aujourd’hui, ce n’est pas la fin de la révolution ! Les évènements de ces dernières semaines montrent que, si les Islamistes se voient déjà au pouvoir, ils sont en fait assis sur une cocote minute sociale. Et c’est bien ce qui les inquiète ! Et nous réconforte.

Respecter le verdict des urnes ?
Un journaliste britannique (Abdelbari Atouan) s’exclame : « qu’on donne leur chance aux Islamistes et, surtout, qu’on respecte le verdict des urnes » dans un journal en langue arabe publié à Londres (Al quds Al Arabi). De leur côté, Ennahda et les Frères musulmans montrent patte blanche. Leurs porte-parole ne cessent d’ailleurs d’expliquer à droite et à gauche, qu’ils sont des « musulmans démocrates comme il existe des chrétiens démocrates en Europe ». Le parti tunisien Ennahda cite d’ailleurs abondamment l’AKP turque et son chef Erdogan comme modèles. Ce qui signifie en clair que les vainqueurs des élections seront prêts à tout pour forcer les travailleurs à reprendre le travail sans qu’aucune des demandes sociales de la révolution ne soient satisfaites. Voilà le message des Islamistes, qu’ils adressent autant à la bourgeoisie de leurs pays qu’aux dirigeants des pays occidentaux et aux investisseurs américains, italiens ou français qui se font tant de fric là-bas grâce aux bas salaires. Et, apparemment, ceux-ci l’ont entendu... et sont convaincus.

Pour les hommes d’affaire, la Tunisie et l’Égypte étaient avant tout des endroits où l’on peut faire de bonnes affaires. Tous ces bons démocrates occidentaux s’arrangeaient très bien des dictatures de Moubarak ou Ben Ali. Ils pourraient s’arranger tout aussi bien de régimes islamistes, voire même de la charia comme le prouvent les bons rapports qu’ils entretiennent avec l’Arabie Saoudite. À condition que les partis islamistes prouvent qu’ils peuvent serrer la vis à la population. Mais ils ne semblent pas en avoir déjà les moyens. Actuellement, ils tentent de s’affirmer comme le parti de l’ordre, sans pouvoir pour autant s’opposer aux manifestants, aux grévistes qui ne comptent pas désarmer et entendent bien réaliser les promesses de la révolution. Face à l’incendie social, les Islamistes sont difficilement en mesure de jouer pleinement le rôle de pompier que la bourgeoisie, arabe comme occidentale, attend d’eux. L’armée directement au pouvoir en Égypte non plus. Et les manifestations de ces dernières semaines qui les dérangent ne sont rien à côté de ce qui les attend quand la classe ouvrière entre à nouveau dans la danse.

En Tunisie, à peine les élections passées, de nouvelles manifestations
En Tunisie, les mouvements sociaux, tout au moins ce qui a pu transparaître dans la presse, s’étaient semble-t-il calmés depuis la promesse faite par le gouvernement Essebsi de convoquer une Assemblée constituante, jusqu’à l’élection elle-même. La population avait-elle trop d’illusions sur ce qui pouvait en sortir ? Peut-être, mais la pause tenait aussi probablement à la conjonction des menaces du gouvernement de ne pas tolérer les perturbations pendant la préparation des élections et la pression même de militants politiques de gauche et militants syndicaux eux-mêmes électoralistes. Ce fut la politique du PTPD et de la majorité de l’UGTT et même semble-t-il du PCOT, qui pensaient qu’une pause pouvait être faite dans les grèves et les sit-in afin de se renforcer politiquement en participant aux élections. Pour ces groupes, la victoire d’Ennahda fut une bien mauvaise surprise car ils pensaient s’y renforcer. Pour les travailleurs, les élections ne jouent jamais en leur faveur.

Les élections ont permis à la bourgeoisie de dresser non seulement les privilégiés mais la fameuse majorité silencieuse, des milieux ruraux, des quartiers pauvres, sensibles aux discours conservateurs et réactionnaires, face à la minorité active qui s’était révoltée.

Mais ce qui est réconfortant et porteur d’avenir, c’est que, à peine les élections passées, on a vu éclore une nouvelle série de manifestations et de sit-in. En Tunisie, cela a éclaté en plusieurs endroits. Dans une des villes de la région minière de Gafsa, à nouveau, de jeunes manifestants ont exigé des embauches dans la compagnie des mines, seul employeur de la région. Puis il y a eu ce sit-in au centre de Tunis… Les Islamistes ont alors tenté de faire leur contre-sit-in et même d’aller agresser les manifestants. Manifestations aussi à Kassedrine, à Tala, fin décembre où les jeunes ont à nouveau affronté la police. Partout le problème des jeunes est le même : le chômage. Un an après la chute de Ben Ali, rien n’a changé pour eux. Ils ne croyaient pas trop aux élections (et, pour certains, interviewés par les journalistes, pas du tout) et ils n’attendent sans doute pas plus de la nouvelle assemblée élue et avec raison !

Car, suite à la victoire d’Ennahda le 23 octobre 2011, un gouvernement à trois s’est constitué en Tunisie : on y retrouve Ennahda bien sûr, mais aussi Ettakol parti qui se dit de gauche et remplace désormais le RCD (le parti de Ben Ali) comme membre de l’Internationale socialiste et le Congrès pour la République (le CPR). Les médias expliquent qu’ils auraient du mal à se mettre d’accord pour rédiger une constitution. En revanche, ils semblent d’accord pour mettre fin aux grèves et aux manifestations.

En Égypte, pas de pause des grévistes ni des manifestants
En Égypte, la situation est bien plus dure qu’en Tunisie. C’est l’armée qui dirige directement le pays depuis la chute de Moubarak. Dès son arrivée à la tête du pays, le CSFA (Conseil Suprême des Forces Armées) multiplia les mises en garde, qui devinrent vite des menaces contre les grévistes. Le maréchal Tantaoui a notamment multiplié les communiqués à travers l’agence officielle Mena, affirmant que « l’armée est consciente des conditions sociales et économiques qui traversent la société, mais que ces problèmes ne peuvent être résolus avant la fin des sit-in et des grèves ». Dès le mois de mars 2011, le CSFA fit adopter par le gouvernement égyptien une loi menaçant d’emprisonnement tout travailleur en grève. Les grèves ne disparurent pas pour autant. En juin, une autre loi fut adoptée qui cette fois autorise les salariés à faire grève… à condition qu’ils ne cessent pas le travail ! Mais, au Caire et à Suez, le mouvement était si fort que personne ne fut licencié ou arrêté. Fin juillet, les ouvriers du canal ont même obtenu une augmentation de salaire de 40 % et de meilleures primes. Bref, malgré ses menaces, le CSFA n’est pas parvenu à faire rentrer les révolutionnaires dans le rang.

À la différence de la Tunisie, les manifestions n’ont pas, non plus, vraiment marqué de période de pause. Elles se sont multipliées au printemps dernier place Tahrir, puis dès l’automne, à nouveau au Caire et à Alexandrie. Elles sont directement tournées contre l’armée. Manifestations, entre autres, pour demander la libération des manifestants prisonniers, contre les jugements par des tribunaux militaires où personne ne peut se défendre. Même s’il a depuis février le soutien des Frères musulmans, qui ne rêvent que de s’asseoir au pouvoir à côté du maréchal Tantaoui, le CSFA n’est pas en odeur de sainteté. Il est aujourd’hui la cible première des manifestants.

Pour tenter de faire rentrer les choses dans l’ordre, le pouvoir militaire fait feu de tout bois, utilisant même les pires des provocations. À plusieurs reprises, les coptes (minorité chrétienne d’Égypte) ont été confrontés à des provocations et des violences. À Assouan une église fut incendiée en octobre, vraisemblablement par des membres de la police. Suite à cette provocation, des manifestants se réunirent pour exiger le limogeage du gouverneur et une enquête.

Les Frères musulmans soutiennent le Conseil Suprême des Forces Armées
Une manifestation de protestation a eu lieu au Caire le 9 octobre, appelée par la communauté copte mais aussi par des groupes de gauche. À nouveau, des voyous s’en sont pris aux manifestants avec des prières et des bâtons. Ces provocateurs sont semblables à ceux qui, l’année dernière, au cœur du mouvement, avaient attaqué les manifestants place Tahrir et que l’armée laissait faire. Là, les forces de l’ordre sont aussitôt venues à la rescousse… contre les manifestants ! Entre-temps, la télévision diffusait des messages appelant la population à venir défendre l’armée « sauvagement agressée par des manifestants coptes ». La répression fit plusieurs dizaines de morts. Mais les Frères musulmans continuent à apporter leur soutien au CSFA. Tout au long des manifestations de novembre et décembre 2011, ils n’ont cessé d’expliquer que, s’il était juste d’exiger que l’armée cède le pouvoir, ils n’appelaient ni aux sit-in ni à la réoccupation de la place Tahrir. Leur seule demande a été que le scrutin prévu, qu’ils étaient sûrs d’emporter, ait bien lieu.

Comme l’explique un journaliste du Caire (Alaa Al-Aswani) dans le journal Al-Masri Al-Youm : « Les Frères musulmans se sont transformés en une sorte de soutien politique des militaires, leur tressant des lauriers à longueur de journée et s’en prenant sévèrement à tous ceux qui osaient les critiquer. On a même vu un membre des Frères musulmans qualifier le CSFA de ‘prunelle de ses yeux’ ». Islamistes et militaires jouent donc une partition à deux car, malgré leurs divergences, ils partagent un même souci : mettre fin au mouvement.

Malgré cela, jeunes et travailleurs continuent de se mobiliser. Pas plus tard que samedi dernier (7 janvier), le gouvernement tunisien a (encore !) dénoncé les grèves, affirmant que plus de 500 sit-in et grèves paralysaient toujours l’activité économique. Les nouveaux élus, islamistes ou démocrates, risquent donc d’avoir bien du fil à retordre car, en Tunisie comme en Égypte, nombreux sont ceux qui ont l’air bien décidés à ne pas se laisser berner.

13 janvier 2012

Marcel DOUGLAS


Egor la combine

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Message  Barber le Mer 1 Fév - 22:49

Dire "la révolution continue" c'est un peu court. La lutte des classes se poursuit, avec une sacrée envergure encore en Egypte (et presque rien en Tunisie, sinon des sit-in de chômeurs et précaires, tous les secteurs-clés du prolétariat étant verrouillés par l'UGTT qui s'est même payé le luxe d'annuler une grève le 25). Ok, ok.

Sauf que.

Aucune des forces organisées en présence - ni les syndicats indépendants apparemment divisés en deux fédés concurrentes, ni les "révolutionnaires" - ne défend d'autre perspective que la subordination au parlement de pantins qui vient d'être investi malgré le boycott de 40% des égyptiens au moins (en Egypte, ne pas voter, c'est encourir le risque d'une amende de 500 LE, donc c'est un acte politique).

Les frères musulmans ont aujourd'hui bloqué une manifestation qui se dirigeait vers le parlement. Un député "révolutionnaire" a pour sa part demandé au "parlement révolutionnaire" d'appeler au départ des militaires.

Des rumeurs de sédition militaire à Suez montrent que ce n'est pas de ce côté-là qu'il faudrait regarder. Si les soldats s'auto-organisaient, ce serait un nouveau développement sans précédent en Egypte. Qui est là pour poser la question en ces termes? Personne.

On ne peut pas évacuer la question des élections d'un revers de la main en disant que "la révolution continue". Les élections fournissent un nouveau point d'appui à la réaction. La situation n'est pas la même avant et après.

On peut même discuter de l'opportunité d'exiger que le nouveau parlement prenne le pouvoir. Tactiquement, c'est peut-être nécessaire. Mais de toutes manières, cela illustre le fait que la révolution a subi un revers.

Barber

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Message  Barber le Jeu 2 Fév - 0:46

Deux expressions de la contre-révolution en marche.

Egypte: les Frères appellent l'armée à "défendre le parlement"

http://www.egyptindependent.com/node/632556

Tunisie: des fascistes "salafistes", au départ simples provocateurs utilisés par Ennahdha, échappent de plus en plus à leurs maîtres

http://shemsfm.net/fr/actualite/actualites_tunisie-news_news-regionales/sfax-echanges-de-tirs-entre-la-garde-nationale-et-des-salafistes/54

Depuis que le phénomène se développe, je peux vous assurer que la seule réaction se situe sur le terrain des appels au secours lancés à l'"Etat", autrement dit à l'appareil d'Etat benaliste. Jusque dans le PCOT, la consigne donnée aux militants à ma connaissance: "restez calmes et ne répondez pas même si on vous insulte".

"Comment vaincre le fascisme", pour sûr, c'est un livre qu'ils n'ont pas lu davantage que "La révolution permanente".

Barber

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Message  sylvestre le Ven 3 Fév - 17:09

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Message  sylvestre le Sam 4 Fév - 2:03

Egypte : Déclaration des Socialistes révolutionnaires suite aux massacres du 1er février 2011
Socialistes révolutionnaires
2 février 2012
n°24138
Quel message voulaient envoyer ceux qui sont à l’origine des crimes commis contre « les Ultras » (supporters du club de football du Caire), et qui ont fait 75 martyrs ?
Voulaient-ils réprimer des forces et des groupes qui ont participé à la révolution, et qui continuent à s’opposer au Conseil militaire ?
Ou bien ce crime, qui a eu lieu pour la date anniversaire de la « bataille des chameaux », a-t-il voulu confirmer que les commanditaires de cette bataille estiment que le pouvoir et les forces qu’ils continuent à détenir les autorisent à commettre de nouveaux crimes ?
Le fait que ces crimes se soient passés quelques jours après la levée l’état d’urgence cherche-t-il à prouver que, sans celui-ci, la sécurité n’est pas assurée ?
Ou bien encore, ce crime veut-il accréditer un scénario de route vers le chaos incluant des actes de vandalisme (comme cela avait été le cas avec le grand incendie du Caire en 1952) ? Et cela après que les forces révolutionnaires soient parvenues à protéger l’honneur de la révolution et aient mis en lumière les prétendus grands risques qu’elle ferait courir au pays.
Quel que soit le message que ce crime veut faire passer, la seule réponse des forces révolutionnaires est de dire « Non ». Les crimes commis contre les forces révolutionnaires n’arrêteront pas la révolution, et ne terroriseront pas les révolutionnaires.
Les responsables de la « bataille des chameaux » de 2011, qui sont protégés par le Conseil militaire, ne parviendront pas à leurs fins. Ils échoueront comme la précédente fois. Ils vont précipiter le régime actuel dans le même gouffre où ils ont mené celui de Moubarak. Les lois d’urgence qui n’ont pas pu protéger Moubarak, ne sauveront pas le maréchal Tantaoui (au pouvoir depuis le 11 février 2011).
La machination actuelle a été mal organisée : elle n’est pas parvenue à masquer la complicité des forces de sécurité qui sont restées pendant des heures sans broncher face aux massacres meurtriers. Celles-ci n’ont pas levé le petit doigt pour protéger les victimes. La seule conclusion que peuvent en tirer les révolutionnaires, c’est que la révolution doit continuer, qu’elle doit remplir sa mission de briser le régime mis en place par Moubarak : le Conseil militaire, qui en constitue l’armature essentielle, n’a jamais cessé de défendre Moubarak et son régime.
Le groupe de supporters de football « Ultras » qui s’est engagé très tôt dans la révolution et a milité dans les rangs révolutionnaires, fait la preuve chaque jour qu’il est partie prenante de la révolution. Les « Ultras » se sont mis en place en Egypte comme réaction spontanée à la domination de la politique du profit et à la rapacité des capitalistes envers le football. Ceux-ci ont transformé le foot en marché publicitaire, augmenté le prix des billets, mis en place un monopole sur la diffusion des matchs, et imposé la barbarie des forces de l’ordre chargés de la sécurité.
Les « Ultras » ont été réprimés comme les autres groupes égyptiens s’opposant à l’oppression et à l’exploitation. Il n’était pas surprenant que les « Ultras » prennent leur place au sein de la révolution égyptienne éprise de liberté et de justice. Ceux-ci assument pour cette cause tous les sacrifices faits par les forces révolutionnaires et militantes, refusant que le Conseil militaire vole la révolution et rétablisse le régime d’oppression et d’exploitation.
Le crime qui a été commis lors de l’anniversaire de la « bataille des chameaux » n’est qu’une nouvelle tentative d’affaiblir les forces révolutionnaires après l’échec de la politique de dénigrement, de répression et de tentative de les terroriser. Tout cela n’a pas réussi à pousser les révolutionnaires à la résignation.
Les Socialistes révolutionnaires soutiennent les « Ultras » face à ce crime. Il est nécessaire que toutes les forces révolutionnaires et militantes serrent les rangs et soutiennent la révolution.
La première de nos revendications, c’est que toute la lumière soit faite sur cette machination, et que soient connues et punies les personnes impliquées, ou qui ont failli à leur devoir face à celle-ci.
Vive l’Ultra en tant que groupe militant !
Gloire aux martyrs !
La révolution triomphera !
Honte aux criminels !
Socialistes révolutionnaires
* Tract distribué par les Socialistes révolutionnaires à la manifestation du jeudi 2 février au Caire. Traduit de l’arabe par RF. Les passages mis entre parenthèses ont été ajoutés par le traducteur.
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Message  Barber le Sam 4 Fév - 17:51

Les SR ont signé avec 29 autres organisations (dont le parti Al Wasat issu des Frères Musulmans) une déclaration favorable au transfert des pouvoirs de l'armée vers le parlement de pantins investi par moins de 60% de votants dans le cadre d'élections-bidon.

Autant aller manifester au Parlement est une chose juste (et spontanée) - mais là les Frères Musulmans dressent des barrages - autant ce texte est un acte de soumission politique.

Les SR peuvent bien sortir une déclaration creuse et vide par-dessus le marché pour donner le change. Je n'ai pas toujours eu une vision univoque et sectaire de leur politique, mais là leur politique est clairement pourrie.

Barber

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Message  sylvestre le Sam 4 Fév - 22:08

Barber a écrit:Les SR ont signé avec 29 autres organisations (dont le parti Al Wasat issu des Frères Musulmans) une déclaration favorable au transfert des pouvoirs de l'armée vers le parlement de pantins investi par moins de 60% de votants dans le cadre d'élections-bidon.

Peux-tu donner un lien ou citer cette déclaration ?
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Message  Barber le Sam 4 Fév - 22:26

J'ai d'abord eu le texte en arabe sur la page d'Hossam al Hamalawy. Ensuite dans l'édition anglaise d'Al Masry Al Youm (Egypt Independent).

J'essaie de te retrouver ça.

Barber

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Message  Barber le Sam 4 Fév - 22:32

Tiens, voilà une déclinaison de ce truc:

http://english.ahram.org.eg/NewsContent/1/64/33554/Egypt/Politics-/Mass-march-on-parliament-called-for-Friday-in-prot.aspx

Barber

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Message  Copas le Dim 5 Fév - 2:17

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Message  sylvestre le Dim 5 Fév - 14:23

Barber a écrit:Tiens, voilà une déclinaison de ce truc:

http://english.ahram.org.eg/NewsContent/1/64/33554/Egypt/Politics-/Mass-march-on-parliament-called-for-Friday-in-prot.aspx

Et quel est le problème ? En quoi les élections ont-elles été bidon ? Quelle alternative proposes-tu ?
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Message  Copas le Dim 5 Fév - 15:06

sylvestre a écrit:
Barber a écrit:Tiens, voilà une déclinaison de ce truc:

http://english.ahram.org.eg/NewsContent/1/64/33554/Egypt/Politics-/Mass-march-on-parliament-called-for-Friday-in-prot.aspx

Et quel est le problème ? En quoi les élections ont-elles été bidon ? Quelle alternative proposes-tu ?

Si on se bat pour l'abstention c'est difficile après d'appeler à un transfert du pouvoir militaire vers le parlement civil très majoritairement réactionnaire. Tout cela est compliqué et les réponses ne sont pas si simples que cela avec une énorme pression sur des petits groupes de révolutionnaires.

Demander le transfert du pouvoir de la dictature militaire à un parlement bourgeois , car c'est ainsi qu'il faut le formuler, est une question pas aussi simple qu'elle ne parait . Je rappellerai que demander une constituante n'est pas non plus forcement une version casher de la lutte des classes en matière d'attitude vis à vis du parlementarisme bourgeois.

Quelles ont été les débats autour de cette décision parmi les groupes révolutionnaires (si débats, afin d'évaluer les arguments) ?

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Message  Barber le Dim 5 Fév - 15:46

sylvestre a écrit:
Barber a écrit:Tiens, voilà une déclinaison de ce truc:

http://english.ahram.org.eg/NewsContent/1/64/33554/Egypt/Politics-/Mass-march-on-parliament-called-for-Friday-in-prot.aspx

Et quel est le problème ? En quoi les élections ont-elles été bidon ? Quelle alternative proposes-tu ?

Les élections étaient bidon parce que:
1) C'est l'appareil d'Etat de Moubarak qui les a organisées et a défini pour cela le cadre "légal" (pour l'essentiel, toutes les dispositions légales en vigueur sous Moubarak: par exemple les quotas, par exemple l'interdiction des partis "fondés sur la religion ou sur une classe sociale")
2) C'est l'appareil d'Etat de Moubarak qui a pratiquement décidé de qui avait le droit ou non de se présenter
3) c'est l'appareil d'Etat de Moubarak qui tient les institutions sous tutelle et nomme le gouvernement
4) 40% au moins des égyptiens ont choisi de ne pas voter, encourant une amende de 500 LE soit un mois de salaire; les insurgés de novembre-décembre étaient favorables au boycott; un tel boycott a effectivement eu lieu dans certaines localités (Assiout, Dahqiliyah) en-dehors de tout appel organisé
5) même le reporter de Mediapart a témoigné des conditions lamentables dans lesquelles ces élections se sont tenues
6) l'autorisation du parti des Frères Musulmans n'a été accordée qu'en conséquence d'un accord politique avec le CSFA

Bref l'armée a organisé des élections-bidon pour se flanquer d'un allié, s'appuyant pour cela sur le basculement de la petite-bourgeoisie du côté de la réaction. Le parlement est un parlement de pantins, et lui demander de se substituer aux militaires c'est inviter les masses égyptiennes à désigner lequel de ses ennemis serait le plus "légitime". Ceci, alors que les islamistes eux-mêmes (mais aussi tous les autres) s'opposent à tout mouvement pratique des masses pour en finir avec le CSFA.

Le problème c'est que:

Demander maintenant le transfert des pouvoirs au Parlement, c'est donner à ce Parlement une "légitimité". Manifester vers le Parlement comme les masses essaient spontanément de le faire, c'est autre chose: cela permet aux masses de réaliser elles-mêmes de quel côté se tiennent les islamistes. Mais signer un accord politique avec des islamistes, c'est cautionner ces derniers et adopter une ligne de "pression" sur les militaires, qui n'aboutira qu'à renforcer ces derniers. La volonté des révolutionnaires, quitte à appuyer les tentatives de manifestation au Parlement, ça doit être de dénoncer pratiquement les islamistes et non de les appuyer, ou de prétendre qu'ils auraient le cul entre deux chaises. Entre l'armée et les masses, les islamistes choisiront toujours l'armée.

Quelle alternative proposes-tu?

D'abord il faut savoir raison garder: je vis, je travaille et je milite en France.

Ensuite ce que devraient faire des militants révolutionnaires en Egypte, d'après moi, et dans la limite de ce que je connais de la situation là-bas?

a) prendre acte du fait que l'appareil d'Etat de la dictature vient de remporter une victoire politique en organisant les élections, malgré la volonté manifeste des jeunes insurgés de novembre-décembre et de nombreux travailleurs dans le pays. Il y a un bilan politique à tirer, ce n'est pas ici que je le ferai mais pour l'essentiel: le mouvement vers la grève générale du mois de septembre a été avorté par les dirigeants des "syndicats indépendants" eux-mêmes; le comité central de grève n'a donc pas été constitué et la jonction du prolétariat avec les insurgés de la place Tahrir a donc été empêchée. Dans ces conditions, l'insurrection de novembre-décembre a éclaté à contretemps, au pied du mur. Le développement de la grève générale en septembre aurait permis que cette insurrection s'exprime avec une force incomparablement plus grande.

b) la conséquence immédiate c'est que l'appareil d'Etat et les forces qui l'appuient en dernière analyse (les organisations bourgeoises et petites-bourgeoises qui ont accepté de siéger au Parlement) tendent à reprendre l'initiative politique. Il faut nourrir à chaque occasion la prise de conscience dans le prolétariat, la jeunesse et la paysannerie que les islamistes et consorts sont avec l'armée. C'est ainsi et seulement ainsi que pourrait être défendue une perspective révolutionnaire, ensuite. C'est exactement le contraire que font les SR en concluant un accord politique avec les autres.

c) il y a accord politique entre les islamistes, l'armée et l'impérialisme sur la feuille de route. Ca s'appelle, par exemple, le "partenariat de Deauville": poursuite de l'endettement, des privatisations, respect de tous les accords défavorables aux masses, etc. En bref poursuite de toute la politique menée par Moubarak, aux mêmes conditions que sous Moubarak. Cette même politique dont les conséquences ont conduit les masses à s'engager dans une lutte révolutionnaire. Il faut mettre en lumière ce "programme commun" aux yeux des masses.

Pour le reste il n'y a pas de recette miracle.
Il est parfaitement juste de militer dans les syndicats indépendants comme le font les SR, mais cela ne signifie en aucune manière appuyer l'orientation actuelle des dirigeants de ces syndicats (dialogue social avec les patrons, reconnaissance par l'armée, volonté de tout lâcher pour avoir le droit de participer aux élections professionnelles).
Il est parfaitement juste d'expliquer que la grève générale permettrait la jonction de la jeunesse avec la masse du prolétariat, mais alors il faut montrer que l'orientation des dirigeants syndicaux actuels s'y oppose.
Il est parfaitement juste d'avoir avancé la perspective d'un comité central de grève comme les SR l'ont avancé au moins une fois en septembre, mais un tel comité constituerait un organe de double pouvoir et conduirait à poser la question d'un gouvernement ouvrier-paysan.
Il est tout-à-fait correct de poser la question d'un parti ouvrier - ce parti qui a manqué aux travailleurs égyptiens pour poser leur propre candidature à l'exercice du pouvoir - mais ce parti, il ne revient pas aux révolutionnaires de le "créer" de toutes pièces en abandonnant au passage leur programme: c'est des syndicats indépendants, ou des organes de front unique que le prolétariat constitue lui-même (les comités de grève, etc) que les bases d'un tel parti pourraient être posées.
Il est juste de défendre l'idée de "mettre à bas l'appareil d'Etat militaire" comme les SR l'ont fait en interne, mais le moyen d'y parvenir passerait avant tout par l'auto-organisation des soldats et non par des "demandes" ou une pression exercée sur le CSFA.

De manière générale, si au coeur du programme révolutionnaire il y a l'objectif de la prise révolutionnaire du pouvoir par le prolétariat, avant les élections et après, ce n'est pas la même chose. Un vide politique créé par la révolution a été rempli, et c'est la réaction qui l'a rempli. De fait la période à venir sera marquée par la volonté pour la réaction de reprendre l'initiative, la nécessité pour le prolétariat d'y faire face, et la nécessité pour les révolutionnaires de démasquer pratiquement les forces petites-bourgeoises qui sont toutes soumises à l'appareil d'Etat, en dernière analyse. C'est de ce travail qu'éventuellement, pourrait découler à nouveau la volonté d'en finir avec toutes les forces accrochées à l'ancien régime, et la reprise du combat pour le pouvoir qui, actuellement, est occultée par les illusions véhiculées sur la Parlement. Quelle que soit la rage légitime des jeunes qui se sont exprimés ces derniers jours, la confusion politique la plus totale est organisée par toutes les forces existantes et c'est de la définition claire d'un front de classe que pourrait découler une réponse positive aux aspirations.

Pour l'instant, le terrain choisi est celui de la subordination politique aux organisations petites-bourgeoises.

N'oublions pas que, pour Marx, la constitution du prolétariat en "classe pour soi" est liée à ses organisations et ses acquis. En un an les masses égyptiennes ont accompli des progrès extraordinaires (plus d'un million et demi de travailleurs organisés dans des syndicats indépendants, des grèves qui de février à septembre ont été de plus en plus centralisées, avec des mots d'ordre qui tendent de plus en plus à remettre en cause l'héritage de Moubarak dans son ensemble) mais les choses sont encore bien loin d'être claires politiquement. Il n'y a pas encore, pour l'instant, de mouvement vers la construction d'un parti ouvrier, par exemple, et ce mouvement pourrait être facilité par le bilan de la période antérieure.

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Message  sylvestre le Dim 5 Fév - 15:58

Faudrait déjà avoir la déclaration elle-même, c'est pas que je fasse pas confiance à Ahram Hebdo, mais enfin c'est quand même mieux ! J'essaie de fouiller sur le site des SR, mais il marche pas très bien là.
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Message  Barber le Dim 5 Fév - 19:08

Voilà le texte original qui me vient de la page d'Hossam al Hamalawy.

إنهاء حكم العسكر .. الآن وفورا


ما زال الشعب يستكمل ثورته ،وفياً لدماء شهدائه الذكية التي سالت في ميادين التحرير المختلفة، من أجل العيش والحرية والعدالة الاجتماعية والكرامة الإنسانية .
مر عام على ثورة يناير المجيدة ومازال آلاف الشباب خلف قضبان السجون الحربية ، عام على الثورة ولم يُقتص لدماء الشهداء بل يتم الإفراج عن الضباط المتورطين في قتل المتظاهرين واحداً تلو الآخر .عام على الثورة ولم يتم تطهير أياً من مؤسسات الدولة فما زال الإعلام يشوه الثورة والثوار ،والقضاء يُبرئ القتلة ويسجن شباب الثورة ، عام ولم تتحقق أيا من مطالب العدالة الاجتماعية ومازال المصريون يلقون حتفهم في طوابير الغاز ويكتوون يومياً بنيران غلاء الأسعار والفقر والبطالة . مع مرور هذا العام، ظهر جليا أن المجلس العسكري هو العدو الحقيقى للثورة ومجلس إدارة الثورة المضادة ، فقد دهس المتظاهرين أمام ماسبيرو ، وقتل الثوار وفقأ أعينهم في أحداث محمد محمود ومجلس الوزراء ، ،وغيرها من الجرائم التي لن نغفرها ما دمنا أحياء .
خرج الشعب ليصرخ بملئ الحناجر في ٢٥ يناير ٢٠١٢ مستكملا ثورته رافضا الخروج الآمن للعسكر بعد الجرائم التي ارتكبها في حق الثورة والثوار .
إن الخطر الحقيقي على الثورة اليوم هو أن يكتب أول دستور للبلاد بعد الثورة في ظل حكم العسكر الذي يسعى بكل قوته لإصدار دستور يستطيع من خلاله تامين مصالح إمبراطوريته الاقتصادية الهائلة التي نهبت ميزانية الوطن لعقود ويؤيد استمراره في خلفية المشهد السياسيى كقوة مؤسسية فوق السلطة والمحاسبة.
كما يظهر الخطر الثاني وهو إجراء انتخابات رئاسية يشرف عليها المجلس العسكري الذي يقوم الآن من خلال أجهزة الدولة الإعلامية وغيرها بتشويه مرشحين وتلميع آخرين مستهدفا تضليل الجماهير .
اليوم وقد أعلنت جماهير الثورة رفضها بأي حال من الأحوال لاستمرار العسكر أو خروجهم الأمن وأكدت على أن الحل الوحيد هو تسليم السلطة للمدنيين فان نضالنا سوف يتوجه إلى الأهداف الآتية
- عودة الجيش لثكناته الآن وفورا
- لا خروج آمن للمجلس العسكري .
- لا انتخابات أو دستور تحت حكم العسكر
وفى سبيل تحقيق هذه الأهداف نطالب مجلس الشعب بالاتي
١ - تشكيل لجنة لها صفة الضبطية القضائية للتحقيق في كل أحداث قتل المتظاهرين منذ يناير وحتى أحداث مجلس الوزراء، وتقديم المسئولين عنها للمحاكمة ،سواء كانوا من الجيش أو الشرطة وأياً كانت مناصبهم الحالية .
٢- تشكيل لجنة فورية من أعضاء مجلس الشعب تكون مختصة بكافة الشئون والإجراءات التي تستلزمها الانتخابات الرئاسية .
٣- على أن يتم فتح باب الترشيح في موعد أقصاه ١١ فبراير ٢٠١٢ ، ويتم إجراء الانتخابات خلال مدة أقصاها ٦٠ يوم من فتح باب الترشيح .
٤- تشكيل لجنة من منظمات المجتمع المدني المصرية والثوار للمشاركة في الإشراف على انتخابات الرئاسة إلى جانب الإشراف القضائي الكامل .

لقد روت دماء الشهداء ارض هذا الوطن كي تنبت أزهار الحرية والعدالة الاجتماعية

معا من اجل استكمال ثورتنا وإسقاط حكم العسكر
النصر للثورة والمجد للشهداء

الموقعون
1- تحالف القوى الثورية
2- الجبهة القومية للعدالة والديمقراطية
3- الاشتراكيون الثوريون
4- حزب التيار المصرى
5- حزب التحالف الشعبى الاشتراكى
6- حركة شباب من أجل العدالة والحرية
7- اللجان الشعبية للدفاع عن الثورة
8- ائتلاف شباب الثورة
9- اتحاد شباب الثورة
10- الجبهة الحرة للتغيير السلمى
11- حركة ثورة الغضب الثانية
12- منظمة شباب حزب الجبهة
13- حركة شباب 6 أبريل " الجبهة الديمقراطية "
14- اللجان الثورية الشعبية
15- حملة كاذبون
16- حركة مشاركة
17- حركة المصرى الحر
18- تحالف حركات توعية مصر
19- حزب مصر الحرية
20- الحركة الشعبية لدعم الازهر
21- اتحاد شباب ماسبيرو
22- ثوار اعلام ماسبيرو
23- حزب الوسط
24- حركة مصر المتنورة
25- حركة مصر بكره
26- حزب الوعى
27- حركة بدايه

Barber

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Message  Eugene Duhring le Dim 5 Fév - 19:34

Barber a écrit:
N'oublions pas que, pour Marx, la constitution du prolétariat en "classe pour soi" est liée à ses organisations et ses acquis. En un an les masses égyptiennes ont accompli des progrès extraordinaires (plus d'un million et demi de travailleurs organisés dans des syndicats indépendants, des grèves qui de février à septembre ont
été de plus en plus centralisées, avec des mots d'ordre qui tendent de plus en plus à remettre en cause l'héritage de Moubarak dans son ensemble) mais les choses sont encore bien loin d'être claires politiquement. Il n'y a pas encore, pour l'instant, de mouvement vers la construction d'un parti ouvrier, par exemple, et ce mouvement pourrait être facilité par le bilan de la période antérieure.
Cette dernière intervention concentre en effet tous les obstacles que la classe ouvrière egyptienne devra lever : la constitution d'un parti ouvrier seule possibilité de transformer la quantité en qualité, le seul élément qui leur permettra de passer définitivement de la classe en soi à la classe pour soi et envisager ainsi un gouvernement prolétarien. Aucune direction révolutionnaire n'a émergé de cette révolution, les egyptiens devront s'atteler à cette tâche. La classe ouvrière tunisienne est confrontée au même problème.
Le vide politique n'existe pas, il est rempli d'autant plus facilement et durablement par la réaction que la classe ouvrière ne dispose pas de ses outils de classe.

Eugene Duhring

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