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En poésie, la parole est libre

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En poésie, la parole est libre - Page 4 Empty Re: En poésie, la parole est libre

Message  Roseau le Mar 31 Déc - 18:00

@ Babel
J’imagine que tu avais vu que j’avais posté ce poême remarquable il y a quelques jours avec un extrait du film Vénus.
https://forummarxiste.forum-actif.net/t2838-poesie#80794
En tout cas merci pour cette belle traduction.

Roseau
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En poésie, la parole est libre - Page 4 Empty Re: En poésie, la parole est libre

Message  Babel le Mar 31 Déc - 18:48

Roseau a écrit:@ Babel
J’imagine que tu avais vu que j’avais posté ce poême remarquable il y a quelques jours avec un extrait du film Vénus.
Tûtafé: clique sur l'émoticone qui accompagne la traduction, et la bobinette etc.

Babel

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En poésie, la parole est libre - Page 4 Empty Sur Staline

Message  Babel le Ven 3 Jan - 2:42

Мы живем, под собою не чуя страны,
Наши речи за десять шагов не слышны,
А где хватит на полразговорца, —
Там припомнят кремлёвского горца.

Его толстые пальцы, как черви, жирны,
А слова, как пудовые гири, верны,
Тараканьи смеются усища,
И сияют его голенища.

А вокруг него сброд тонкошеих вождей,
Он играет услугами полулюдей.
Кто свистит, кто мяучит, кто хнычет,
Он один лишь бабачит и тычет.

Как подковы, кует за указом указ —
Кому в пах, кому в лоб, кому в бровь, кому в глаз.
Что ни казнь у него – то малина
И широкая грудь осетина.


Nous vivons sans sentir le pays qui nous porte,
A dix mètres, nos voix ne sont plus assez fortes,
Mais il suffit qu'un verre nous rende un peu bavards,—
On cause du Kremlin, de son fier montagnard.

Ses doigts épais graisseux sont de gros asticots,
Et ses mots, un plomb lourd qui tombe par quintaux.
Sa moustache en riant fait voir un cancrelat,
La tige de sa botte luit avec éclat.

Et il grouille alentour la racaille au cou grêle
Des chefs, ces freluquets dont il raille le zèle.
L'un siffle, l'autre geint, chiale, glapit, bougonne,
Lui seul crache du poing, braque l'index, ordonne.

Il forge ses décrets, oukase sur oukase,
Qu'il jette au ventre, au front, sur l'arcade ou dans l’œil.
Et chaque exécution est un jus de framboise
Pour l'Ossète martial au terrible poitrail.

Ossip Mandelstam, novembre 1933.


Dernière édition par Babel le Ven 3 Jan - 15:26, édité 1 fois

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En poésie, la parole est libre - Page 4 Empty Mandelstam (1)

Message  Babel le Ven 3 Jan - 11:52

Citations et extraits :
La poésie est un pouvoir, car pour elle on vous tue.
****
Au peuple il faut un vers secrètement natal
Pour qu’indifféremment il secoue sa torpeur
Et qu’avec la vague de châtaigniers aux boucles de lin
Il se lave dans le souffle du vers.

***
Ce qui distingue la poésie de la parole machinale, c’est que la poésie justement nous réveille, nous secoue en plein milieu du mot. Ce dernier se révèle alors à nous d’une étendue bien plus vaste que nous ne l’imaginions, et nous nous rappelons soudain que parler veut dire : se trouver en chemin.
(...)

Nel mezzo del cammin di nostra vita (1)- au milieu du  chemin de ma vie, j'ai été arrêté dans l'épaisse forêt soviétique par des bandits qui se disaient mes juges. C’étaient des vieillards au cou noueux, à la petite tête d’oie, indignes de porter le poids des ans. Pour la première et la seule fois de ma vie, la littérature eut besoin de moi, elle me pétrissait, me ballottait, me malaxait, et tout était terrible comme dans un rêve de jeune enfant. (...)

Je m'extirpe de ma pelisse littéraire et la piétine. Avec ma seule veste par un froid de moins de trente degrés je ferai trois fois le tour des boulevards circulaires de Moscou. Je me sauverai de cet hôpital jaune qu'abrite le passage Komsomol pour aller à la rencontre de la pleurite, d'un refroidissement mortel, pourvu que je n'aperçoive plus, boulevard Tverskoï, les douze fenêtres éclairées de l'obscène maison où vivent les Judas, pourvu que je n'entende plus sonner les deniers d'argent, ni le comptage des feuilles imprimées.

(L’Entretien sur Dante, traduction Jean-Claude Schneider - Éd. La Dogana)

(1) Il s'agit du premier vers de La Divine Comédie de Dante

______________
Ossip Mandelstam.
Né en 1891. Poète acméiste, proche d'Akhmatova, de Tsvétaïeva et de Pasternak.
La lecture de son poème sur Staline (cf. message précédent) lui vaut d'être envoyé en camp, en 1934, à Voronej, où il rédige trois cahiers de poèmes. Libéré en 1937, il est à nouveau déporté l’année suivante, et meurt le 27 décembre 1938 près de Vladivostok.

Ce n'est qu'après l’effondrement de la dictature bureaucratique stalinienne qu’une édition partielle de ses œuvres est réalisée en Russie.

Ajoutons que rien n’aurait été possible sans la ténacité et le courage de sa femme, Nadedja, qui apprit ses textes par cœur, les fit circuler clandestinement, et leur permit ainsi d’échapper à la destruction. La lecture de son livre de mémoires Contre tout espoir est vivement conseillée.


Dernière édition par Babel le Dim 5 Jan - 9:42, édité 1 fois

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Message  Babel le Ven 3 Jan - 12:12

Extraits des Cahiers de Voronej piochés sur la toile.


En me privant des mers et de l’élan et de l’aile,
en donnant à mon pied l’assise d’une terre violente
qu’avez-vous gagné ? Piètre calcul!
Vous ne m’avez pas pris ces lèvres qui remuent ".

mai 1935, Voronej.

***

Non, ce n'est pas la migraine, mais donne-moi le bâton de menthol,
Ni les langueurs de l'art, ni les couleurs de l'espace joyeux ...

Ma vie a commencé dans l'auge humide de grasseyantes paroles,
Elle a continué en tendre soie de lampes à pétrole.

Puis quelque part dans la datcha, dans le livre chagrin du bois,
Elle a pris feu dieu sait pourquoi, en énorme incendie lilas.

Non, ce n'est pas la migraine, mais donne-moi le bâton de menthol,  
Ni les langueurs de l'art, ni les couloirs de l'espace joyeux ...

À travers des verres de couleur, ensuite, j'entrevois péniblement :  
Une terre comme calvitie rousse, un ciel comme massue menaçant ...

Plus loin encore cela m'échappe, plus loin c'est comme en guenilles,
Une vague odeur de résine et comme d'huile de baleine rancie ...

Non, ce n'est pas la migraine, mais le froid de l'espace asexué,  
Le cri de la gaze qu'on déchire, le roucoulis de la guitare phénolée ...

23 avril - juillet 1935, Voronej. (Traduction de Philippe Jaccottet.)


***

La mendiante

Je ne suis pas encore mort, encore seul,
Tant qu'avec ma compagne mendiante
Je profite de la majesté des plaines,
De la brume, des tempêtes de neige, de la faim.

Dans la beauté, dans le faste de la misère,
Je vis seul, tranquille et consolé,
Ces jours et ces nuits sont bénis
Et le mélodieux labeur est sans péché.

Malheureux celui qu'un aboiement effraie
Comme son ombre et que le vent fauche,
Et misérable celui qui, à demi mort,
Demande à son ombre l'aumône.

Janvier 1937, Voronej. (Traduction P. Jaccottet)

***

Ce cher levain du monde –
sons, larmes, labeurs –
les accents pluvieux
des malheurs qui commencent à bouillir
et les pertes phonétiques,
d’om, de quel minerai, les retirer ?

Première fois que dans  la mendiante
mémoire tu pressens ces fosses
aveugles, pleines d’une eau cuivreuse –
et sur leurs traces tu marches,
de toi dégoûté, de toi inconnu –
à la fois l’aveugle et son guide

Voronej, janvier 1937. (Traduction de J-C Schneider.)

***

A mes lèvres je porte ces verdures,
Ce gluant jurement de feuilles,  
Cette terre parjure, mère
Des perce-neige, des érables, des chênes.

Vois comme je deviens aveugle et fort
De me soumettre aux modestes racines,  
Et n'est-ce pas trop de splendeur
Aux yeux que ce parc fulminant ?

Les crapauds, telles des billes de mercure,
Forment un globe de leurs voix nouées,
Les rameaux se changent en branches  
Et la buée en chimère de lait.

30 avril 1937, Voronej - (Traduction de P. Jaccottet.)

***

Sur la terre vide clochant malgré elle
D'une démarche irrégulière et douce,
Elle va, devançant un petit peu
Sa rapide compagne et l'ami plus âgé à peine.
Ce qui l'entraîne est la légère entrave
De cette infirmité qui vivifie,  
Et l'on dirait que voudrait s'attarder
Dans sa démarche le soupçon lucide
Que cette journée de temps printanier
Nous est l'aïeule de la voûte du tombeau
Et que tout commence éternellement.

Il est des femmes proches de la terre humide.
Et chacun de leurs pas est un sanglot sourd.
Leur vocation est d'escorter les morts
Et, les premières, d'accueillir les ressuscités.
C'est un crime d'en exiger de la tendresse.
Au-dessus de nos forces de nous en séparer.  
Ange aujourd'hui, demain ver du tombeau,
Après-demain -  simple contour, à peine.  
Ce qui fut notre pas sera hors de portée,
Les fleurs seront immortelles. Le ciel d'un seul tenant.
Et ce qui adviendra : simple promesse.

4 mai 1937, Voronej. (Traduction de P. Jaccottet.)

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Message  Babel le Sam 4 Jan - 17:08

Poèmes lus sur Peozibao :

                                                         Le 1 janvier 1924

Le temps - celui qui sur sa tempe meurtrie l'embrassa,
Avec une tendresse filiale ensuite
Il se souviendra que le temps, pour dormir, s'est couché
Sous la fenêtre dans l'amoncellement du blé.
Le siècle - celui qui en a soulevé les paupières malades
(Deux pommes somnolentes, lourdes)
Entend la rumeur, l'incessante, depuis que grondèrent
Les fleuves des temps mensongers, sourds,  

Il a deux pommes somnolentes, le souverain-siècle,
Et une belle bouche d'argile,  
Mais sur la main languide de fils vieillissant
Il se penche, agonise.
Je sais : le souffle de vie s'use chaque jour,  
Encore un - et ils interrompent
Le chant simple qui parle des offenses d'argile,
Et les bouches, ils y coulent de l'étain.

Ô la vie argileuse ! Ô l'agonie du siècle !
Celui-là seul, je le crains, te comprend,
En qui habite le sourire impuissant de l'homme
Qui s'est perdu à lui-même.

Quelle douleur - chercher la parole perdue,
Relever ces paupières douloureuses
Et, la chaux dans le sang, rassembler pour les tribus
Étrangères l'herbe des nuits.

Siècle. La couche de chaux dans le sang du fils malade
Durcit. Moscou sommeille, une huche de bois.
Et aucun lieu où fuir le souverain siècle ...
La neige a une odeur de pomme, comme jadis.
J'ai envie de fuir loin de mon seuil.
Mais où ? La rue est sombre
Et, comme du sel répandu sur les pavés,
Ma conscience, étalée devant moi, blanchit.

Par les ruelles, entre les taudis, sous le rebord des toits,
J'avance, sans aller loin, tant bien que mal,
Caché, banal voyageur, dans ma fourrure de courant d'air,
Longtemps je m'efforce d'agrafer la couverture.
Défile une rue, une autre encore,
Craque comme une pomme le bruit gelé des traîneaux,
Et le nœud, trop serré, résiste,
Sans cesse échappe de mes mains.

Avec tout un chargement de quincaillerie, de ferraille,
La nuit d'hiver gronde dans les rues de Moscou.
Cogne à coups de poissons gelés, jaillit avec la vapeur
Des maisons de thé roses - on dirait l'écaille d'un gardon.
Moscou - une fois de plus Moscou : "Je te salue".
Je lui dis : "Pardonne, il n'y a plus de mal.
Comme autrefois, je les accepte pour frères.
Cette morsure du gel, ce verdict du brochet."
Flamme sur la neige, la framboise de l'apothicairerie,
Quelque part crépite l'underwood ;  
Le dos du cocher, presque une archine de neige :  
Quoi de plus ? On ne te touchera pas, te tuera pas.
La beauté de l'hiver, dans les étoiles un ciel de chèvre
S'est répandu, son lait brûle.
Et contre les patins gelés la couverture frotte
Sa crinière de cheval et siffle.

Mais les venelles boucanées au pétrole
Ont avalé neige, framboise, glace,
Pour eux tout pèle, rappelle la sonatine des Soviets,  
Les fait se souvenir de l'année vingt.
Est-il possible qu'à l'ignoble médisance je livre
- Il a encore son odeur de pomme, le gel -
Cet étrange serment que je fis au quatrième était,
Lourdes promesses jurées jusqu'aux larmes ?

Qui d'autre vas-tu tuer ? Qui d'autre rendre illustre ?
Des mensonges, lequel inventeras-tu ?
Ce cartilage de l'underwood : plus vite arrache la touche -
Et tu trouveras la mince arête du brochet ;
La couche de chaux dans le sang du fils malade
Se dissipe, et de bonheur le rire gicle ...
Mais les machines à écrire - leur sonatine simple
Est l'ombre seulement de ces puissantes sonates.

Traduction de Jean-Claude Schneider.  


L'homme qui trouve un fer à cheval
Regardant la forêt nous disons :
Voici la futaie à vaisseaux et mâtures,
Les pins roses,
Jusqu'à la cime dépouillée de leur fardeau floconneux,
Bien dignes de grincer dans la tempête,
En arbres solitaires,
Dans un air furieux, déboisé ;
Rivés au pont dansant du navire,
Ils garderont leur aplomb sous les talonnades salées du vent.

Et le navigateur
Dans sa soif débridée d'espace,
Traînant par les cahots humides son frêle instrument de géomètre,
Confrontera à l'attirance du giron de la terre
La surface rêche des mers.

Et nous, humant l'odeur
Des larmes résineuses qui suintent à la coque du navire,
Admirant ces planches
Rivetées, composées en étanches cloisons
Non par le charpentier de Bethléem mais par l'autre
- père des voyages et ami du marin -  
Nous disons :  
Ils ont eux aussi connu la terre
mal commode comme l'échine d'un âne ;
Alors, de toutes leurs cimes, ils oubliaient leurs racines,
Sur quelque illustre cordillère
Et bruissaient dans l'averse fade,
Proposant vainement au ciel d'échanger contre une pincée de sel
Leur noble fardeau.

Par où commencer ?
Tout craque et tout tangue.
L'air frémit de comparaisons.
Nul mot qui n'en vaille un autre,
La terre gronde de métaphores
Et les agiles carrioles,
Attelées à des nuées voyantes d'oiseaux épaissies par leur effort,
S'émiettent
A vouloir rivaliser avec les favoris hennissants de l'antique hippodrome.

Heureux trois fois qui dans le chant fera entrer un nom ;
Parée d'un nom sa chanson
Vit plus longuement parmi ses compagnes,
Reconnaissable au bandeau de son front
Qui la préserve de la folie, de tout parfum entêtant,
De l'approche du mâle
Comme de la senteur laineuse d'une bête puissante
Ou de l'odeur du thym écrasé entre deux paumes.
Parfois l'air est obscur comme l'eau et toute vie y nage, poisson
Écartant des nageoires la sphère
Compacte et souple, à peine tiédie -
Cristal où se meuvent des roues et des chevaux s'effarouchent,
Humide terreau de Nérée, chaque nuit relabouré
A renfort de fourches et de tridents et de houes et de charrues.
L'air est pétri d'une pâte aussi dense que la terre -
On n'en peut pas sortir et il est dur d'y entrer.
Un frisson parcourt les arbres comme un battoir vert ;  
Les enfants jouent aux osselets avec des vertèbres d'animaux morts.
Le comput de notre ère touche à sa fin.
Merci pour ce qui fut :
Moi le premier je me suis trompé, j'ai perdu le fil et le compte.
Notre ère tintait comme une boule d'or,
Creuse, lisse, que nul ne soutenait,
Et répondait au moindre attouchement par "oui" et "non".
C'est ainsi qu'un enfant vous répond :  
"Je te donnerai" ou "je ne te donnerai pas cette pomme"
Et son visage est l'empreinte fidèle de la voix qui prononce ces mots.

Le son vibre encore quand la cause du son a disparu.
Le cheval gît dans la poussière, il hennit, couvert d'écume,
Mais la torsion violente de son cou
Garde mémoire de la course aux foulées gaspillées,
Lorsqu'il avait non pas quatre membres
Mais autant qu'il y a de pierres sur la route,
Quadruplement relayées
A chaque rebond sur la terre de son amble brûlant.
Ainsi l'homme qui trouve un fer à cheval
Souffle pour en chasser la poussière
Et le frotte avec de la laine jusqu'à le faire briller
Ensuite
Il l'accroche à sa porte
Pour lui donner du repos
Et ce fer n'arrachera plus d'étincelles au silex.
Les lèvres d'hommes
qui n'ont plus rien à dire,
Gardent l'image du dernier mot proféré,
Comme, dans notre main, demeure le sentiment d'un poids
Alors que la cruche s'est à demi vidée sur le chemin de la maison.
Ce n'est pas moi qui dis ce que je dis là,
Ce sont des mots extraits de la terre comme des grains
d'un froment pétrifié.

Certains sur des monnaies figurent un lion,
D'autres une tête ;
Cuivre ou bronze, ces pastilles
Ont même honneur dans la terre où elles gisent.
Le siècle, à vouloir les éprouver, y a imprimé ses dents.
Le temps me rogne comme une pièce de monnaie
Et je me fais à moi-même défaut.

1923, Moscou. Traduction de Louis Martinez.

____________________________

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2012/04/anthologie-permanente-ossip-mandelstam-2.html

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Message  Babel le Ven 17 Jan - 7:53

Psaume

Jeu
du
soufre fendu
au fond
du
gouffre pendu
cré-
celles
du désespoir
na-
celles
au ventre noir


Nathan-le-Saule
scribe de Dieu
penche l’épaule
ferme les yeux

Ni cri ni plainte
rien ne s’entend
au labyrinthe
courbe du temps

D’un bord sur l’autre
la nuit se plie
l'autre se vautre
au creux du lit

Jeu
du …


Chambre déserte
murs de granit
douleur offerte
à toi, Tanit

Bethsabée plante
ses ongles peints
dans la charpente
du jour éteint

Jeu
du …


Elle arrache elle
pétrit ses mains
l'ombre recèle
son cri sans fin

– Est-ce terre ailée ?
… mots en débris
… s'en est allé
l'enfant cabri

Jeu
du …


– Va va petite
au ventre nu
porter l'Hittite
au corps menu

et creuse en terre
un abri sûr
contre l'hiver
et ses gerçures

Jeu
du …


[Ce sont fredaines
que mes chansons
pour la bedaine
d'un échanson

un Béhémoth
qui s'enfle et danse
à la ribote
de nos silences. ]

La coupe aux lèvres
d'un trait se vide
–tombe la chèvre
au bord du vide…

Jeu
du …


L'arbre céleste
s'élève au bruit
des anapestes
au fond du puits

– Serre ta haire
Messire hibou :
je désespère
toujours debout.

Jeu
du
gouffre pendu…

Babel

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Message  Achille le Ven 17 Jan - 18:04

Il meurt lentement

celui qui ne voyage pas,

celui qui ne lit pas,

celui qui n’écoute pas de musique,

celui qui ne sait pas trouver

grâce à ses yeux.

Il meurt lentement

celui qui détruit son amour-propre,

celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement

celui qui devient esclave de l'habitude

refaisant tous les jours les mêmes chemins,

celui qui ne change jamais de repère,

Ne se risque jamais à changer la couleur

de ses vêtements

Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement

celui qui évite la passion

et son tourbillon d'émotions

celles qui redonnent la lumière dans les yeux

et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement

celui qui ne change pas de cap

lorsqu'il est malheureux

au travail ou en amour,

celui qui ne prend pas de risques

pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

n'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!

Risque-toi aujourd'hui!

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement!

Ne te prive pas d'être heureux!

Pablo Neruda

Achille

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En poésie, la parole est libre - Page 4 Empty Juan Gelman

Message  Babel le Sam 18 Jan - 16:35

RETOURS
La parole qui
a croisé l’horreur, que fait-elle ?
traverse-t-elle les champs du délire
a découvert ?
s’apprivoise-t-elle ? pourrit-elle ?
refuse-t-elle d’avoir une âme ?
amoure-t-elle [1] encore, torturée et violée,
prend-elle des formes improbables
dans lesquelles un enfant, par peur, se tait ?
La parole
qui revient de l’horreur, la nomme-t-elle
dans l’enfer de son innocence ?
REGRESOS
La palabra que
cruzó el horror, ¿qué hace ?
¿Pasa los campos del delirio
sin protección ?¿
Se amansa ? ¿Se pudre ?
¿No quiere tener alma ?
¿Amora todavía, torturada y violada,
tiene figuras remotas
donde un niño de espanto calla ?
La palabra
que vuelve del horror, ¿lo nombra
en el infierno de su inocencia ?
CCD GARAGE ORLETTI [2]
Qui extrait les mains de la nuit
avec le vide qu’elles ne retiennent pas ? Est-il
possible de faire rouler la langue, palper
son trou d’absences [3] ? La voir
comme s’il n’y avait pas d’avant ?
Et quoi, et après quoi, et après comment ?
Et combien de sang, tout ça ?
Agripper tous les mots, les écraser
et qu’ils donnent sur une autre lumière, dans une autre bouche
Qu’ils volent en éclats dans la dépossession.
Qu’ils commencent à nouveau.
CCD AUTOMOTORES ORLETTI
¿Quién saca las manos de la noche
con el vacío que no tienen ? ¿Es
posible dar vuelta la lengua, palpar
su agujero de nuncas ? ¿Verla
como si antes no fue ?
¿Y qué, y después de qué, y después cómo ?
¿Y cuánta sangre eso ?
Agarrar todas las palabras, pisarlas
y que salgan a otra luz, a otra boca.
Que vuelen en la desposesión.
Que empiecen otra vez.

Note XII
les rêves brisés par la réalité
les compagnons brisés par la réalité
les rêves des compagnons brisés
sont-ils vraiment brisés/perdus/rien
pourrissent-ils sous terre/leur lumière brisée
disséminée sous terre en fragments ?/parfois
les fragments vont-ils se réunir ?
y aura-t-il une fête des fragments réunis ?
et les fragments de compagnons/parfois
se réuniront-ils ?
cheminent-ils sous terre pour se réunir un jour
comme le dit manuel ? se
réuniront-il un jour ?
de ces fragments adorés est faite notre
concrète solitude / nous avons
per/du la douceur de paco/la tristesse d’
haroldo/la lucidité de rodolfo/
le courage de tant d’entre eux
maintenant dispersé en fragments sous
le pays entier
feuilles mortes de la ferveur/l’espoir/la foi/
fragments qui furent joie/combat/
confiance
dans les rêves/rêves/rêves/rêves/
et les fragments brisés du rêve/se réuniront-ils
parfois ?
se réuniront-ils un jour/fragments ?
demandent-ils qu’on les suspende au plafond
du rêve général ?
demandent-ils qu’on rêve mieux ?
Nota XII
los sueños rotos por la realidad
los compañeros rotos por la realidad/
los sueños de los compañeros rotos
¿están verdaderamente rotos/perdidos/nada/
se pudren bajo tierra ?/¿su rota luz
diseminada a pedacitos bajo tierra ?/¿alguna vez
los pedacitos se van a juntar ?
¿va a haber la fiesta de los pedacitos que se
reúnen ?
y los pedacitos de los compañeros/¿alguna vez
se juntarán ?
¿caminan bajo tierra para juntarse un día
como dice manuel ?/¿se
juntarán un día ?
de esos amados pedacitos está hecha nuestra
concreta soledad/
per/dimos la suavidad de paco/la tristeza de
haroldo/la lucidez de rodolfo/
el coraje de tantos
ahora son pedacitos desparramados bajo todo
el país
hojitas caídas del fervor/la esperanza/la fe/
pedacitos que fueron alegría/combate/
confianza
en sueños/sueños/sueños/ sueños/
y los pedacitos rotos del sueño/¿se juntarán
alguna vez ?
¿se juntarán algún día/pedacitos ?
¿están diciendo que los enganchemos al tejido
del sueño general ?
¿están diciendo que soñemos mejor ?
Note XXII
os qui ont donné du feu à tant d’amour
exilés du sud sans maison ni numéro
ils déchantent maintenant de tant de rêve brisé
une fatigue leur distrait l’âme
à travers la douleur ils flânent comme des enfants
sous la pluie étrangère/une femme
parle à voix basse avec ses propres fragments
comme si elle les berçait/ne pas être/ou jamais
ils sont partis du pays ou patrie ou puma
qui parcourait la beauté comme
un bonheur malheureux/pays de la mémoire
là où je suis né/mort/où j’ai existé
petits os que j’ai réuni pour allumer/
terre qui m’enterrait pour toujours [4]
Nota XXII
huesos que fuego a tanto amor han dado
exiliados del sur sin casa o número
ahora desueñan tanto sueño roto
una fatiga les distrae el alma
por el dolor pasean como niños
bajo la lluvia ajena/una mujer
habla en voz baja con sus pedacitos
como acunándoles/no ser/o nunca
se fueron del país o patria o puma
que recorría la belleza como
dicha infeliz/país de la memoria
donde nací/morí/tuve sustancia/
huesitos que junté para encender/
tierra que me entierraba para siempre.

Juan Gelman, Valoir la peine - Notes

Traduction : Jean-Marc Undriener
http://www.fibrillations.net/Juan-Gelman-Valoir-la-peine

_________________
[1] amorar est un néologisme inventé par Gelman en 1968 dans Los poemas de Sydney West, fabriqué à partir du verbe amar qui signifie aimer, et qui marque la distinction que l’auteur veut établir entre aimer et vouloir (querer, en espagnol). « Amar no es querer » écrit à ce sujet le poète Eduardo Hurtado. Toujours est-il qu’en espagnol, je t’aime se dit te quiero (littéralement, je te veux). Le terme paraîssant intraduisible en tant que tel, j’ai donc opté pour amourer qui est, si j’ose dire, le néologisme qui me semble le plus proche de ce que l’auteur a pu vouloir dire, et aussi le moins improbable.
[2] Le Centre Clandestin de Détention Automotores Orletti a été, de mai à novembre 1976, le siège de l’opération Condor à Buenos Aires. Condor est le nom de code d’une campagne intra et internationale d’assassinats et de lutte anti-guérilla conduite conjointement par les services secrets des régimes dictatoriaux du Chili, de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay, avec vraisemblablement l’appui de la CIA. Au mois d’août 1976, le fils et la belle-fille de Juan Gelman ont été enlevés puis portés disparus après une période de détention au CCD "Automotores Orletti" dont les locaux n’étaient autres qu’une concession automobile à l’arrière de laquelle le garage servait de centre de torture.
[3] nuncas n’existe pas. Il s’agit encore là d’un néologisme. Il se traduirait littéralement par jamais — au pluriel. J’ai donc pris la liberté, dans l’esprit du texte, de le traduire par absences
[4] Juan Gelman s’est exilé au Mexique en 1975, peu de temps avant le coup d’état du général Videla et le génocide – aujourd’hui reconnu comme tel – qui a suivi. Il y vit toujours.

Babel

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En poésie, la parole est libre - Page 4 Empty Kza Han

Message  Babel le Sam 15 Fév - 19:43

"SIX COMETES"


La fuite du temps

D’un pinceau de lettré
se tire le chaos,
dans l’encre de Chine
se retire le chaos


Eros et le sacré
Leurs corps étaient immobiles. Sur leurs épaules, de lourds quartiers de viande reposaient. Leur blouse de travail était trempée de sang. Un autel rouge dressé dans l’espace blanc. Ils attendaient l’abattage du cheval. Les civilisés parlent. Les barbares se taisent.



L’Allemagne en automne
C’est l’automne. L’Allemagne enterre son cadavre. La professeur d’histoire de l’Allemagne creuse la terre. Elle cherche la base de l’histoire d’Allemagne. Les feuilles se fanent et tombent doucement. Antigone viole la loi de Créon. Elle enterre le cadavre de son frère. Dans la forêt, les chevaux frémissants piaffent.



Angles de site

De toute sa force
résistant à l’air vicié,
gingko, arbre du ciel
vêtu d’or.
De son noyau
lâchant une amande,
feuille en éventail
séparée de soi-même,
en quête de son double,
gingko, arbre du ciel
vêtu d’or.
Dans la foule
frappant le gong,
faisant la quête,
un moine errant
en position de zazen
sur sa natte
illuminée par
le soleil couchant.
Forçant la divination
par la terre
par la poussière
par les cailloux,
à l’encontre du vent
à l’encontre de l’eau,
cette incommensurable église
face au Mont Vert.
Autour du 38e parallèle,
dans les chars abandonnés
depuis un demi-siècle,
fôlatrent des animaux rares
parmi des plantes rares
en l’absence des hommes.
Or une Coréenne d’Amérique
de retour au pays natal
sur le dos de la Grue Bleue
se met en tête
par le ciel
de déjouer le 38e parallèle,
au son âpre du komùngo
éraflant de ses six cordes
les frontières invisibles.


Traces erratiques
Dans le chaudron glacial de Stalingrad se réfléchit le cerveau des soldats paralysés – “ Ne rien faire ” - “ Rien penser ” - “ Bruit blanc ” – seules leurs psalmodies encerclent de blanc le champ de bataille – “ Nous avons déjà perdu notre pays natal à Stalingrad… ” – Sans écho, l’irrépressible nostalgie s’en va en vain sur le chemin du retour. – “ Stalingrad, no man’s land ou le rire insensé du courage ! ” Asger Jorn dissout en vain toutes les couleurs de l’antique peinture d’histoire dans le blanc de l’Ouest, mat de la mort, sans retour au blanc de l’Est qui monte de la matité à la brillance. Stalingrad vit encore le huis clos, si profondément sombre le regard au rire erratique, crevassé de rouge et de noir, criblé de blanc. Si le noir imprime la volonté de vivre, le blanc exprime la volonté de mourir.


Brutalité en pierre

Seuil sur seuil
porte sur porte
voûte sur voûte
violemment
s’avère
loi de chant
à travers
loi de ruine.
Seul
un vautour
du haut des airs
se scrute
de son rire erratique
à travers
livre de ruine.


Kza Han est née en 1942 à Jungup, en Corée.
Licence de français à l’Université des Langues étrangères de Corée. Maîtrise de Lettres Modernes sur Samuel Beckett. Apprentissage de l’allemand en compagnie de F. Hölderlin, J. Roth, F. Nietzsche, A. Kluge… Parmi ses publications, Traces erratiques (poèmes en français, allemand, coréen, éditions du Petit Véhicule, Nantes 2007).
Vient de paraître : « Douze corps célestes » dans TK-21 n° 18, avec douze anaglyphes d’Ekkehart Rautenstrauch en lecture-projection à la Cité des congrès de Nantes le 21 mars 2013.
(Présentation trouvée sur le site de la revue Variations, qui met en ligne deux autres de ses textes : http://variations.revues.org/626 )

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En poésie, la parole est libre - Page 4 Empty ISTRATI Panaït

Message  Babel le Mer 19 Fév - 11:54

Conclusion pour combattants


N’est combattant, à mes yeux, que celui qui subordonne ses intérêts individuels aux intérêts de l’humanité meilleure qui doit venir.

Je crois en cette humanité. Elle existe aujourd’hui comme le soleil existe pendant la nuit. Plus d’une fois ma boue l’a touchée. Plus d’une fois, dans mes innombrables heures de détresse, sa main m’a relevé de terre.

Tout ce que j’ai fait de bien et de beau c’est à elle que je le dois. Je n’ai pas fait que du bien et du beau : j’ai eu ma part de boue ; je l’ai encore ; je l’aurai toujours. Mais je suis malheureux quand cette boue me déborde, et heureux à mourir quand j’attrape un rayon de lumière de la belle humanité.

C’est pourquoi je veux lui consacrer toutes mes forces, aider tous ceux qui combattent pour elle.

Je ne crois plus à aucun « credo ». Je ne veux plus écouter ce que les hommes disent, mais seulement regarder ce qu’ils font :
— Montrez-moi ce que vous pouvez retrancher de votre vie et je vous dirai à quel prix vous estimez la vie des autres.

Nous n’échappons à l’avilissement qu’en soudant notre existence à tout ce qui vit. Ce n’est qu’ainsi que nous devenons libres : en sentant tout ce qui fait autour de nous le bien et le mal.

Une flamme, après mille autres, vient de s’éteindre, sur une vaste terre riche d’espoirs. Ce n’est plus aujourd’hui sur cette terre-là que le souffle froid de l’égoïsme qui glace la vie.

Mais c’est toujours la terre d’où jaillissent les plus belles flammes qui réchauffent l’humanité. Par cela elle est sacrée et pleine d’avenir.

Aidons-lui à ouvrir ses entrailles généreuses à notre âme assoiffée de bien et de beau.

Allons vers l’autre flamme.


Panaït Istrati (1884-1935), Vers l’autre flamme (1929)

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Message  Babel le Sam 5 Avr - 7:00

Fragments d’infini

Oh certe il peut sembler très pauvre et dérisoire
De pendre à son ennui trois ou quatre lampions
Pour s'en aller creuser au ciel de sa mémoire
Des trous clamant ô Mort je serai ton champion !

Mais te souvient-il pas de ces matins splendides
Où lassés des poumons nous testions nos branchies
Oraisons des grands soirs aux grands astres liquides
Brasseurs de marée basse aux comptoirs avachis ?

Là subrepticement de nos nuits sans sommeil
Venait à l'ombre bleue d'un soleil assassin
La foule endimanchée des grands fastes vermeils :
Ici l'on mange on chante on prie… Courez, poussins !

Les monstres enfantaient des rumeurs d’épouvante
S'amusant à mimer de fébriles assauts
Pour en accommoder à la façon de Dante
Leurs longs macaronis sanglants dans les ruisseaux,

Et la douce Amalphée aux spasmes bucoliques
S’enfuyait en bêlant sous la lanière aiguë
Vers le crucifix noir de temps mélancoliques
Où l’on songe à dormir en buvant la ciguë.

Près du vieux Colisée une matrone bigle
En commisérations régulait nos ébats
Tandis qu'à l'angle mort de son œil impassible
Nous croupissions tassés au fond d'un grand cabas.

C'est là que secoués de ferveur imbécile
Sur la pente innocente où l'on fourbit ses droits
Avec le rouge au front et la morve facile
On se fait un duo dans son lit trop étroit.

L’asphalte abolissant ses pénitences blêmes
S'irriguait lentement des échos d’un pardon
Surgi vif haletant du ventre d'un blasphème
Avec son cou de cygne et son air de plancton.

Et tant que nous nagions il n'était pas minuit.
Nos pensées habitaient d'autres instants du monde
Où l'eau bat le rappel des vieilles harmonies
Lorsque la terre au ciel à l'horizon se fonde…

Le réel a détruit ces rêves somnolents.
Les parias du Portique à leurs pans déployés
Du lointain si lointain ont capturé les vents.
L'aube nous a perdus nous l'avons oubliée.

Phalanges d'Ordre Noir vous nous lâchez vos chiens
Que peut-on espérer de temps cadenassés ?
Comme on parle à la pierre en murmurant ces riens
Ciel vide terre lourde fragments effacés.


Dernière édition par Babel le Dim 4 Mai - 16:13, édité 1 fois

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En poésie, la parole est libre - Page 4 Empty Re: En poésie, la parole est libre

Message  mykha le Sam 5 Avr - 9:52

AUX HÉSITANTS, PAR BERTOLT BRECHT.

Tu dis:
Pour nous les choses prennent un mauvais pli.
Les ténèbres montent. Les forces diminuent.
Maintenant, après toutes ces années de travail,
Nous sommes dans une situation plus difficile qu’au début.

Et l’ennemi se dresse plus fort qu’autrefois
On dirait que ses forces ont grandi. Il paraît désormais invincible.
Nous avons commis des erreurs, nous ne pouvons plus le nier.
Nous sommes moins nombreux.
Nos mots sont en désordre. Une partie de nos paroles
L’ennemi les a tordues jusqu’à les rendre méconnaissables.

Qu’est-ce qui est faux dans ce que nous avons dit,
Une partie ou bien le tout?
Sur qui pouvons-nous compter? Sommes-nous des rescapés, rejetés
d’un fleuve plein de vie? Serons-nous dépassés
ne comprenant plus le monde et n’étant plus compris de lui?

Aurons-nous besoin de chance?
Voilà ce que tu demandes. N’attends
pas d’autre réponse que la tienne.

Traduit de l’allemand par Olivier Favier.
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En poésie, la parole est libre - Page 4 Empty Rimbaud, le communard

Message  Babel le Ven 11 Avr - 20:29

La lecture d'un articulet du Monde, consacré à une conférence accompagnant la parution d'un livre de Robert Tombs sur la Commune, m'a donné envie de constituer cette brève anthologie  :

Je serai un travailleur : c'est l'idée qui me retient, quand les colères folles me poussent vers la bataille de Paris − où tant de travailleurs meurent pourtant encore tandis que je vous écris ! Travailler maintenant, jamais, jamais; je suis en grève.
Lettre à Georges Izambard du 13 mai 1871


Chant de guerre parisien

Le Printemps est évident, car
Du cœur des Propriétés vertes,
Le vol de Thiers et de Picard
Tient ses splendeurs grandes ouvertes !

Ô Mai ! quels délirants cul-nus !
Sèvres, Meudon, Bagneux, Asnières,
Écoutez donc les bienvenus
Semer les choses printanières !

Ils ont schako, sabre et tam-tam,
Non la vieille boîte à bougies
Et des yoles qui n'ont jam, jam...
Fendent le lac aux eaux rougies !

Plus que jamais nous bambochons
Quand arrivent sur nos tanières
Crouler les jaunes cabochons
Dans des aubes particulières !

Thiers et Picard sont des Éros,
Des enleveurs d'héliotropes,
Au pétrole ils font des Corots :
Voici hannetonner leurs tropes...

Ils sont familiers du Grand Truc !...
Et couché dans les glaïeuls, Favre
Fait sont cillement aqueduc,
Et ses reniflements à poivre !

La Grand ville a le pavé chaud,
Malgré vos douches de pétrole,
Et décidément, il nous faut
Vous secouer dans votre rôle...

Et les Ruraux qui se prélassent
Dans de longs accroupissements,
Entendront des rameaux qui cassent
Parmi les rouges froissements !

   
L'Orgie parisienne
           ou
Paris se repeuple


Ô lâches, la voilà ! dégorgez dans les gares !
Le soleil expia de ses poumons ardents
Les boulevards qu'un soir comblèrent les Barbares.
Voilà la Cité belle assise à l'occident !

Allez ! on préviendra les reflux d'incendie,
Voilà les quais ! voilà les boulevards ! voilà
Sur les maisons, l'azur léger qui s'irradie
Et qu'un soir la rougeur des bombes étoila.

Cachez les palais morts dans des niches de planches !
L'ancien jour effaré rafraîchit vos regards.
Voici le troupeau roux des tordeuses de hanches,
Soyez fous, vous serez drôles, étant hagards !

Tas de chiennes en rut mangeant des cataplasmes,
Le cri des maisons d'or vous réclame. Volez !
Mangez ! Voici la nuit de joie aux profonds spasmes
Qui descend dans la rue, ô buveurs désolés,

Buvez ! Quand la lumière arrive intense et folle,
Foulant à vos côtés les luxes ruisselants,
Vous n'allez pas baver, sans geste, sans parole,
Dans vos verres, les yeux perdus aux lointains blancs,

Avalez, pour la Reine aux fesses cascadantes !
Écoutez l'action des stupides hoquets
Déchirants ! Écoutez, sauter aux nuits ardentes
Les idiots râleux, vieillards, pantins, laquais !

Ô cœurs de saleté, Bouches épouvantables,
Fonctionnez plus fort, bouches de puanteurs !
Un vin pour ces torpeurs ignobles, sur ces tables...
Vos ventres sont fondus de hontes, ô Vainqueurs !

Ouvrez votre narine aux superbes nausées !
Trempez de poisons forts les cordes de vos cous !
Sur vos nuques d'enfants baissant ses mains croisées
Le Poète vous dit : ô lâches, soyez fous !

Parce que vous fouillez le ventre de la Femme,
Vous craignez d'elle encore une convulsion
Qui crie, asphyxiant votre nichée infâme
Sur sa poitrine, en une horrible pression.

Syphilitiques, fous, rois, pantins, ventriloques,
Qu'est-ce que ça peut faire à la putain Paris,
Vos âmes et vos corps, vos poisons et vos loques ?
Elle se secouera de vous, hargneux pourris !

Et quand vous serez bas, geignant sur vos entrailles,
Les flancs morts, réclamant votre argent, éperdus,
La rouge courtisane aux seins gros de batailles,
Loin de votre stupeur tordra ses poings ardus !

Quand tes pieds ont dansé si fort dans les colères,
Paris ! quand tu reçus tant de coups de couteau,
Quand tu gis, retenant dans tes prunelles claires
Un peu de la bonté du fauve renouveau,

Ô cité douloureuse, ô cité quasi morte,
La tête et les deux seins jetés vers l'Avenir
Ouvrant sur ta pâleur ses milliards de portes,
Cité que le Passé sombre pourrait bénir :

Corps remagnétisé pour les énormes peines,
Tu rebois donc la vie effroyable ! tu sens
Sourdre le flux des vers livides en tes veines,
Et sur ton clair amour rôder les doigts glaçants !

Et ce n'est pas mauvais. Tes vers, tes vers livides
Ne gêneront pas plus ton souffle de Progrès
Que les Stryx n'éteignaient l'œil des Cariatides
Où des pleurs d'or astral tombaient des bleus degrés.

Quoique ce soit affreux de te revoir couverte
Ainsi ; quoiqu'on n'ait fait jamais d'une cité
Ulcère plus puant à la Nature verte,
Le Poète te dit : « Splendide est ta Beauté ! »

L'orage a sacré ta suprême poésie ;
L'immense remuement des forces te secourt ;
Ton œuvre bout, ta mort gronde, Cité choisie !
Amasse les strideurs au cœur du clairon lourd.

Le Poète prendra le sanglot des Infâmes,
La haine des Forçats, la clameur des maudits :
Et ses rayons d'amour flagelleront les Femmes.
Ses strophes bondiront, voilà ! voilà ! bandits !

— Société, tout est rétabli : les orgies
Pleurent leur ancien râle aux anciens lupanars :
Et les gaz en délire aux murailles rougies
Flambent sinistrement vers les azurs blafards !

Mai 1871


Les Mains de Jeanne-Marie

Jeanne-Marie a des mains fortes,
Mains sombres que l'été tanna,
Mains pâles comme des mains mortes.
— Sont-ce des mains de Juana ?

Ont-elles pris les crèmes brunes
Sur les mares des voluptés ?
Ont-elles trempé dans les lunes
Aux étangs de sérénités ?

Ont-elles bu des cieux barbares,
Calmes sur les genoux charmants ?
Ont-elles roulé des cigares
Ou trafiqué des diamants ?

Sur les pieds ardents des Madones
Ont-elles fané des fleurs d'or ?
C'est le sang noir des belladones
Qui dans leur paume éclate et dort.

Mains chasseresses des diptères
Dont bombinent les bleuisons
Aurorales, vers les nectaires ?
Mains décanteuses de poisons ?

Oh ! quel Rêve les a saisies
Dans les pandiculations ?
Un rêve inouï des Asies,
Des Khenghavars ou des Sions ?

— Ces mains n'ont pas vendu d'oranges,
Ni bruni sur les pieds des dieux :
Ces mains n'ont pas lavé les langes
Des lourds petits enfants sans yeux.

Ce ne sont pas mains de cousine
Ni d'ouvrières aux gros fronts
Que brûle, aux bois puant l'usine,
Un soleil ivre de goudrons.

Ce sont des ployeuses d'échines,
Des mains qui ne font jamais mal,
Plus fatales que des machines,
Plus fortes que tout un cheval !

Remuant comme des fournaises,
Et secouant tous ses frissons,
Leur chair chante des Marseillaises
Et jamais les Eleisons !

Ça serrerait vos cous, ô femmes
Mauvaises, ça broierait vos mains,
Femmes nobles, vos mains infâmes
Pleines de blancs et de carmins.

L'éclat de ces mains amoureuses
Tourne le crâne des brebis !
Dans leurs phalanges savoureuses
Le grand soleil met un rubis !

Une tache de populace
Les brunit comme un sein d'hier ;
Le dos de ces Mains est la place
Qu'en baisa tout Révolté fier !

Elles ont pâli, merveilleuses,
Au grand soleil d'amour chargé,
Sur le bronze des mitrailleuses
À travers Paris insurgé !

Ah ! quelquefois, ô Mains sacrées,
À vos poings, Mains où tremblent nos
Lèvres jamais désenivrées,
Crie une chaîne aux clairs anneaux !

Et c'est un soubresaut étrange
Dans nos êtres, quand, quelquefois,
On veut vous déhâler, Mains d'ange,
En vous faisant saigner les doigts !


Qu'est-ce pour nous Mon Cœur...

Qu'est-ce pour nous, Mon Cœur, que les nappes de sang
Et de braise, et mille meurtres, et les longs cris
De rage, sanglots de tout enfer renversant
Tout ordre ; et l'Aquilon encor sur les débris

Et toute vengeance ? Rien !... — Mais si, toute encor,
Nous la voulons ! Industriels, princes, sénats,
Périssez ! puissance, justice, histoire, à bas !
Ça nous est dû. Le sang ! le sang ! la flamme d'or !

Tout à la guerre, à la vengeance, à la terreur,
Mon Esprit ! Tournons dans la Morsure : Ah ! passez,
Républiques de ce monde ! Des empereurs,
Des régiments, des colons, des peuples, assez !

Qui remuerait les tourbillons de feu furieux,
Que nous et ceux que nous nous imaginons frères ?
À nous ! Romanesques amis : ça va nous plaire.
Jamais nous ne travaillerons, ô flots de feux !

Europe, Asie, Amérique, disparaissez.
Notre marche vengeresse a tout occupé,
Cités et campagnes ! — Nous serons écrasés !
Les volcans sauteront ! et l'océan frappé...

Oh ! mes amis ! — mon cœur, c'est sûr, ils sont des frères —,
Noirs inconnus, si nous allions ! allons ! allons !
Ô malheur ! je me sens frémir, la vieille terre,
Sur moi de plus en plus à vous ! la terre fond,

Ce n'est rien ! j'y suis ! j'y suis toujours.


Après le Déluge

    Aussitôt que l'idée du Déluge se fut rassise,
    Un lièvre s'arrêta dans les sainfoins et les clochettes mouvantes et dit sa prière à l'arc-en-ciel à travers la toile de l'araignée.
    Oh ! les pierres précieuses qui se cachaient, − les fleurs qui regardaient déjà.
    Dans la grande rue sale les étals se dressèrent, et l'on tira les barques vers la mer étagée là-haut comme sur les gravures.
    Le sang coula, chez Barbe-Bleue, − aux abattoirs, − dans les cirques, où le sceau de Dieu blêmit les fenêtres. Le sang et le lait coulèrent.
    Les castors bâtirent. Les "mazagrans" fumèrent dans les estaminets.
    Dans la grande maison de vitres encore ruisselante les enfants en deuil regardèrent les merveilleuses images.
    Une porte claqua, et sur la place du hameau, l'enfant tourna ses bras, compris des girouettes et des coqs des clochers de partout, sous l'éclatante giboulée.
    Madame*** établit un piano dans les Alpes. La messe et les premières communions se célébrèrent aux cent mille autels de la cathédrale.
    Les caravanes partirent. Et le Splendide-Hôtel fut bâti dans le chaos de glaces et de nuit du pôle.
    Depuis lors, la Lune entendit les chacals piaulant par les déserts de thym,  − et les églogues en sabots grognant dans le verger. Puis, dans la futaie violette, bourgeonnante, Eucharis me dit que c'était le printemps.
    − Sourds, étang, − Écume, roule sur le pont, et par dessus les bois; − draps noirs et orgues, − éclairs et tonnerres − montez et roulez; − Eaux et tristesses, montez et relevez les Déluges.
    Car depuis qu'ils se sont dissipés, − oh les pierres précieuses s'enfouissant, et les fleurs ouvertes ! − c'est un ennui ! et la Reine, la Sorcière qui allume sa braise dans le pot de terre, ne voudra jamais nous raconter ce qu'elle sait, et que nous ignorons.

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Message  mykha le Ven 11 Avr - 22:39

Belle et utile "anthologie" qui rappelle dans quel contexte et avec quelle sorte de rage a surgi la sublime "folie" de Rimbaud....
Merci pour ça, pour lui et pour nous tous....
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Message  Babel le Sam 12 Avr - 10:44

mykha a écrit: avec quelle sorte de rage a surgi la sublime "folie" de Rimbaud...
 Wink

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En poésie, la parole est libre - Page 4 Empty 60 ans après

Message  Invité le Dim 20 Avr - 14:15

60 ans après


L'Europe  utopique a toujours dans certain milieux internationalisme, était une promesse de paix et de prospérité. La promesse de voyager sans passeport et se sentir internationalisme, découvrir un monde fraternel et solidaire, avec des intérêt bien veillent et commun, sans domination, plu de guerre, en bref un monde différent de la réalité.
L’Europe et l'internationalisme réel c'est la guerre économique et de classe, rien a voir avec le promesse de coopération et de partage entre humain.

Du coups le doping social c'est le KO social, la barbarie, la crise.

Les droit sociaux qui avait était aussi chèrement "acquit" du sang versé, alors même que, lorsque c’est droit ont était obtenue, l’Europe mis a feux et a sang par le nazisme,  venait a penne de se reconstruire.

Le naszionalisme

60 ans après le nazisme,  l’Europe social   est remplacé par le libéralisme capitalisme.
60 ans après le nazisme, on peut entendre des propos raciste, antisémite, homophone.  
60 ans après le nazisme, un ministre de l’intérieure « socialisme » (fonction qu’occupé Adrien Marquet sous Pétain), a reproché publiquement aux « Rome » leur présence en France.
60 ans après le nazisme, c’est propos vienne d’un fils de réfugié Espagnole
60 ans après le nazisme, qui s’étonne que c’est propos puisse choqué
60 ans après le nazisme,  alors que la rigueur intellectuel dont on pouvait attendre qu’il soi doté, aurait du l’interpeller sur la gravité raciste de c’est propos, 60 ans après le nazisme.


En poésie, la parole est libre - Page 4 2461952955_small_1


Avant propos, apprêt propos

J'avoue avoir quelque contradiction entre les notion internationalisme de la gauche prolétaire, et la vision de l’Europe prolétariat donc les droit sociaux et financier sont revue a la baisse par doping. Je me pose des question enfin de resté dans la ligne internationalisme que j’ai décidé de suivre, tardivement.
Du coups c’est brouilleront et je me perd parfois dans des envolé « lyrique » de rage, et peut rigoureux.
Au lieux de me censuré moi même, et vue que je suis de ceux qui tiennent a dire qu’ils ont rien a dire, et qu’ils veulent que cela se sache, j’ai eu l’envie prétentieuse de faire mon Rimbaud . Arrow 
A se topique: https://forummarxiste.forum-actif.net/t2938-elections-europeennes-2014.


Note; pardon, c'est pas plus mais plu de guerre. Evil or Very Mad 

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Message  Invité le Mer 23 Avr - 17:27

CHANT DU DRAPEAU NOIR


Pourquoi ce drapeau teint en noir?
Pourquoi cette teinte sinistre ?
- L'anarchie est faite d'espoir
Et la mort n'est pas son ministre.
Nous portons le deuil des méchants
Des ambitieux et des cupides,
Des capitalistes avides
Qui font couler du sang pour leurs penchants.
Nous annonçons l'approche du Grand Soir
Où les tyrans iront au pourrissoir.
Le capital engendre tous les crimes
Et nous portons le deuil de ses victimes.

Pourquoi ce drapeau teint en noir?
Pourquoi la couleur fatidique ?
- Nous portons le deuil du pouvoir,
De l'État, de la Politique.
Nous voulons notre liberté
Et proclamons : Quoi qu'on dise,
Chacun pourra vivre à sa guise
Quand sera mise à mort l'autorité.
Nous annonçons la fin des potentats
Filous, voleurs, menteurs et apostats.
La liberté rend égaux tous les êtres
Et nous portons le deuil de tous les maîtres.

Pourquoi ce drapeau teint en noir,
Couleur d'une grande tristesse ?
- Les hommes, enfin, vont avoir
Leur commune part de richesse.
Nous portons le deuil des voleurs
Qui tous les jours font des bombances
Pendant que, dès leur prime enfance,
Péniblement triment les travailleurs.
Nous annonçons humaine société
Où tous auront bien-être et liberté.
Du patronat les formes sont maudites
Et nous portons le deuil des parasites.

Pourquoi ce drapeau teint en noir
Ainsi que le corbeau vorace?
- Les humains viennent d'entrevoir
Qu'ils sont tous d'une même race.
Nous portons le deuil des soudards
Vivant de rapine et de guerre.
Les peuples veulent être frères
Et des nations brûlent les étendards.
Nous annonçons l'ère de vérité,
Ère d'amour et de fraternité!
Des généraux l'existence est flétrie
Et nous portons le deuil de leur patrie.

Pourquoi ce drapeau teint en noir?
Est-ce une religion suprême ?
L'homme libre ne doit avoir
Pour penser nul besoin d'emblème!
- L'anarchiste n'accorde pas
A ce drapeau valeur d'idole,
Tout au plus n'est-ce qu'un symbole,
Mais en lui-même il porte son trépas
Car annonçant la fin des oripeaux
Il périra comme tous les drapeaux.
En Anarchie où régnera la Science,
Pour tout drapeau, l'homme aura sa conscience

Chanson de Louis Loréal (1922)


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Message  Byrrh le Ven 9 Mai - 17:37

Amusante anecdote lue ici, à propos d'un texte de Jacques Prévert imprudemment récupéré par des ratichons :

En janvier 1962, le bulletin paroissial de la paroisse Saint-Roch, à Paris, publie le poème Déjeuner du matin, en modifiant le titre pour l'intituler Mon Mari. Une petite phrase moralisatrice accompagne le poème : "ce qui a pu se passer en 1961 ne se passera plus en 1962".

Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuillère
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s’est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis son manteau de pluie
Parce qu’il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j’ai pris
Ma tête dans ma main
Et j’ai pleuré

Évidemment, cette récupération religieuse ne fut pas du goût de Prévert, qui le fit savoir à l'abbé Viénot, curé de la paroisse St-Roch :

"Monsieur,

J'aimerais savoir de quel droit divin ou autre vous vous êtes permis, dans votre bulletin paroissial, Le Messsager, de reproduire en changeant le titre - afin de donner le change - un texte signé de moi et paru ailleurs depuis fort longtemps.

En administrant ainsi, typographiquement, le sacrement du mariage à deux êtres d'encre, de papier et - comment pourriez-vous le savoir ? - peut-être en même temps de présence réelle, de chair et de sang, n'avez-vous pas agi avec une inconcevable légèreté ?
Qui vous dit que vous n'avez pas imprudemment travesti deux innocents et charmants homosexuels en victimes du devoir conjugal ?

Si vous vouliez vous donner la peine de relire attentivement ce texte, vous vous trouveriez dans l'obligatoin de reconnaître que rien ne vous permet de rejeter cette hasardeuse hypothèse."

Byrrh

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Message  Babel le Mer 14 Mai - 22:31

Il me manque l'azur l'océan et la grâce
Le souffle des grands vents et l'élan partagé
De ce que nous aimons parmi tout ce qui passe
Et que nous n'avons pas su un jour protéger.
Il me manque l'azur l'océan et la grâce.

J'aurais tant voulu dire au grain dans la pénombre
Qui offre à chaque instant son indicible attrait :
Ecoute ce qui bruit chuchote dort et sombre
En veillant dans un coin avant qu'on le soustraie.
J'aurais tant voulu dire au grain dans la pénombre.

Retrouver par le chant la présence des êtres
La voix au rythme unie dans sa pulsation
Pont de chair suscité, un battement peut être
La trace inaltérée de leur exultation.
Retrouver par le chant la présence des êtres.

La lueur d'un regard, le frôlement d'un geste,
L'eau vive du torrent et les blés traversés,
Et à peine l'odeur, et à peine le reste,
La nuit fraîche où son front dolent s'est renversé.
La lueur d'un regard le frôlement d'un geste.

Mais que servent les mots, quand leur hétéroclite
Assemblage de sons ressasse sans arrêt
La leçon proférée jadis par Héraclite :
Tout s'échappe tout coule fuit —Ta Panta Rei ?
Mais que servent les mots... ?

Comme une plaie qui s'ouvre au coup sec du scalpel
Fait tressaillir le cœur en brisant son enclos,
Ne pourraient-ils un jour nous porter cet appel :
Donne-moi ton chagrin et tiens ton regard clos ?
Comme une plaie qui s'ouvre au coup sec du scalpel.

Se pourrait-il qu'à force, en lacérant la croûte
Des bubons suppurants et brûlants, leur abcès
Ne laisse s'écouler le pus contenant toute
La rage au désespoir mêlée jusqu'à l'excès ?
Se pourrait-il qu'à force en lacérant la croûte ?

Ecarte-toi remords, abîme-toi disgrâce !
Mon pas à d'autres pas jamais ne se soumet.
J'attends celui qui vient, je perds celui qui passe
Mes jours sont les amants du temps qui le permet.
Ecarte-toi remords, abîme-toi disgrâce.

Il me manque l'azur l'espérance et la grâce
A l'horizon tiédi d'un doux matin de mai
De tous ces êtres chers dont je porte la trace
Dans un pli du cerveau refermé à jamais.
Il me manque l'azur l'espérance et la grâce.

Babel

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Message  Roseau le Jeu 15 Mai - 6:44

« On devrait vivre sa vie à l’envers…
On commence par mourir, ça élimine ce traumatisme qui nous suit toute la vie.
Après on se réveille dans une maison de retraite, en allant mieux de jour en jour.
Alors, on est mis dehors sous prétexte de bonne santé et on commence par toucher sa retraite.
Ensuite pour son premier jour de travail, on nous fait cadeau d’une montre en or et d’un beau salaire.
On travaille quarante ans jusqu’à ce que l’on soit suffisamment jeune pour profiter de la fin de sa vie active.
On va de fête en fête, on boit, on vit plein d’histoires d’amour ! Aucun problème grave.
On se prépare à faire des études universitaires.
Puis c’est le collège, on s’éclate avec ses copains, sans aucune obligation, jusqu’à devenir bébé.
Les neuf derniers mois on les passe tranquille à se baigner, avec chauffage central, « room service », etc.
Et au final, on quitte ce monde dans un orgasme ! »

Woody Allen
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Message  Babel le Mar 20 Mai - 19:52

Lumière du matin
Tremper ses yeux
dans cette joie courante
s'en asperger le front


***

La robe troussée à mi-cuisses
elle piétine le drap dans la cuve
comme au lendemain de ses noces
le soir de ses seize ans

Ses pilons d'albâtre en expulsent un jus noir

l'écume de ses yeux pétille


***

Quand le soir tombe
le soleil embarque ses rayons
sur de petites gondoles d'or
Salomé en robe de bouteille
fait danser ses filaments blonds


***

Annette trotte rue de Rivoli
le sac coincé sous son aisselle
Le flic qui la fait traverser
ne voit pas son étoile jaune


***

Décalcomanies d'oiseaux
collées au frigidaire
la marguerite en plastique
m'agace le palais

***

Le rendez-vous chiens est au pied des immeubles
Ils s'ébrouent sur la place à demi éclairée
vident leurs intestins soulagent leur vessie
puis leurs maîtres ferment le cercle
ôtent leur muselière et ouvrent les paris

Babel

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En poésie, la parole est libre - Page 4 Empty Brèves

Message  Babel le Jeu 29 Mai - 5:57

Diplôme d'informatique en poche
Aïcha a débarqué à Roissy
pour faire la femme de chambre dans un Novotel
à deux pas du Stade de France

De six heures à dix-sept heures elle aère les chambres
aspire la moquette vide les poubelles retourne les matelas
nettoie la pisse et la merde dont certains clients n'hésitent pas à maculer les draps
les couvertures les rebords d'évier les poignées de porte les fauteuils les vitres les murs

Elle s'est tassée peu à peu en voyant ses enfants grandir
dans leur 3 pièces à Drancy
Les mecs ne restent pas

Seule la haine aurait pu s'installer
Mais elle non plus n'est pas restée
Allez savoir pourquoi


***

Après trois tentatives de suicide
Monique a rencontré Georges
éducateur à l'hôpital
où ses parents l'avaient internée
pour troubles mentaux
avec l'avis du médecin de famille

Cette fréquentation assidue du milieu hospitalier
lui a fait découvrir sa vocation

Babel

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En poésie, la parole est libre - Page 4 Empty Brèves (2)

Message  Babel le Ven 30 Mai - 20:04

J'ai sculpté dans le frêne
le masque de mon petit
à même le tronc
pour qu'il puisse croître avec lui
puis j'ai jeté les copeaux
au fond de ma casquette
et je m'en suis coiffé
et suis reparti blême
mon vieux cigare au bec

Les ciseaux à bois
l'hagard havane passe


____


Mes poèmes je les trouve en marchant
De là à dire que j'écris comme un pied
il n'y a qu'un pas


Dernière édition par Babel le Sam 7 Juin - 9:58, édité 2 fois

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Message  Invité le Lun 2 Juin - 15:19

Cherché l’erreur

Ils  se lamente
comme des collectionneurs
ou des chasseurs
de la prise qu'ils ont
manqué ou rajouté

a leurs liste consumériste
on y trouvent parmi
la voiture et le frigidaire,
la machine a lavé
la montre de chez Cartier
la décapotable
la fille ou le garçons d'un soir


___________________________



Old blues d'un chois

il se souviens d'elle
de ça jeunesse
d'un  visage
que les années
on figer

sans doute enjoliver
et il ne sais
se qu'il a gâcher

il se rappel de l’hiver
ou pour son premier taf
il est parti au chagrin
loin !

Trop loin d’elle
_______
Note: Ambiance Blues

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