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Le point sur les révolutions dans les pays arabes

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Le point sur les révolutions dans les pays arabes - Page 10 Empty Re: Le point sur les révolutions dans les pays arabes

Message  Roseau le Ven 2 Aoû - 22:57

Gilbert Achcar : Poursuite et difficultés des processus révolutionnaires au Maghreb et au Machrek
http://npa2009.org/node/38379
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Le point sur les révolutions dans les pays arabes - Page 10 Empty Re: Le point sur les révolutions dans les pays arabes

Message  Roseau le Dim 22 Sep - 17:25


Egypte, Tunisie, Syrie : trois hypothèses et trois révolutions en cours

DJERMOUNE Nadir
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article29814
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Le point sur les révolutions dans les pays arabes - Page 10 Empty Trois scénarios pour le "printemps arabe"

Message  CCR le Jeu 3 Oct - 10:00

Trois scénarios pour les processus révolutionnaires arabes

Claudia Cinatti
Source: http://www.ccr4.org/Trois-scenarios-pour-les-processus-revolutionnaires-arabes

Depuis janvier et février 2011, la métaphore saisonnière est de mise. Les fossoyeurs des processus révolutionnaires, notamment la presse occidentale qui, peu de temps avant la chute des Ben Ali et autres Moubarak, chantaient les louanges des dictateurs, se sont empressés d’affirmer qu’après le « printemps arabes », c’était « l’automne » qui menaçait la région. Avec les événements de juillet et août en Egypte notamment, on serait entrés en pleine « période hivernale ». Conclusion hâtive et bâclée, au vu de la dynamique en cours, mais est-elle complètement erronée ?


A quelques mois du troisième anniversaire du début du « printemps arabe », le panorama semble s’être quelque peu assombri. Cependant, la lecture selon laquelle la réaction aurait définitivement pris le dessus est aussi fausse que ne l’était ou ne l’est encore l’illusion d’une victoire facile de soi-disant révolutions démocratiques, antidictatoriales et polyclassistes qu’une bonne partie de l’extrême gauche internationale a alimenté. La réalité est tout autre. Nous faisons face à des processus profonds, inégaux de pays à pays, et qui englobent un ensemble complexe de forces sociales – classes, fractions de classes, communauté religieuses, minorités ethniques ou nationales – et qui remettent en cause les intérêts géopolitiques de plusieurs Etats dans une région clef qui concentre les principales ressources en hydrocarbures au niveau mondial. Ce qui est sûr, c’est que le « printemps arabe » est appelé à passer par différentes étapes – luttes révolutionnaires, élections, putschs contre-révolutionnaires, reculs – avant que ne finisse par se définir le rapport de forces pour toute une étape historique et que la révolution ou, à l’inverse, la contre-révolution, n’impose son verdict final. C’est en ce sens que nous définissions le « printemps arabe » comme un processus encore ouvert. Au vu cependant des tendances objectives de la situation, trois scénarios semblent se dessiner. Il s’agit, bien entendu, de trois scénarios possibles qui ne s’excluent pas les uns des autres et qui pourraient même se combiner pendant toute une période.

Une balkanisation ?

La formation de la plupart des Etats de la région est le produit du démantèlement du vieil empire ottoman à la fin de la Première Guerre mondiale et de sa partition en différentes zones d’influence. Ce sont les puissances coloniales ou mandataires européennes qui ont établi le tracé des frontières en fonction de leurs intérêts, un tracé qui a subi quelques modifications ultérieures, notamment à la suite de la création de l’Etat d’Israël.

Avec la fin des mandats français et britanniques, les sunnites, qui constituaient le noyau central de la bureaucratie civile et militaire de l’empire ottoman, ont continué à jouer ce rôle, y compris dans les pays à majorité chiite. Aujourd’hui, ces structures se lézardent de toutes parts, notamment dans les pays étroitement dépendant de la rentre pétrolière. En Irak par exemple, les Etats-Unis ont tenté de tisser un équilibre de pouvoir entre les trois principales communautés, à savoir les chiites, majoritaires, les sunnites, dominants sous Saddam Hussein et aujourd’hui déplacés des principales sphères de direction de l’Etat, et les Kurdes irakiens, alliés de Washington qui en instrumentalise les directions pour mieux défendre ses intérêts régionaux. Avec le retrait des troupes étasuniennes, la guerre civile a éclaté à nouveau dans le pays entre sunnites et chiites, de même que les tendances au démembrement de l’Etat irakien. En Libye, on assiste à une tendance assez similaire entre les différentes régions du pays, notamment entre Bengazi et les provinces de l’Ouest, en fonction de rivalités entre différents clans et fractions. En Syrie, enfin, cette dynamique est à l’œuvre comme on peut le voir entre les différentes factions qui participent à la guerre civile.

Un retour à l’Algérie des années 1990 ?

Le coup d’Etat égyptien et la campagne de persécution lancée contre les Frères musulmans n’est pas sans rappeler la situation qu’a connue l’Algérie à la suite de la victoire aux législatives de 1992 du Front Islamique du Salut (FIS) qui s’était imposé face à l’ancien parti unique, le Front de Libération Nationale (FLN). Face à l’éventualité probable de la constitution d’un gouvernement du FIS, les généraux algériens avec l’appui de la bourgeoisie libérale et des puissances impérialistes ont pris le chemin du coup d’Etat préventif pour éviter ce scénario. La répression sanglante qui a été menée contre le FIS a conduit à une radicalisation d’un secteur de l’islamisme qui a opté pour la lutte armée. La guerre civile qui s’en est suivie a duré prés d’une décennie et s’est conclue par un renforcement de la dictature algérienne et de l’Etat.

Quoiqu’on ne puisse exclure ce scénario, cela ne semble pas être l’option la plus probable. A la différence de l’Algérie du début des années 1990, l’Egypte actuelle connaît un processus révolutionnaire qui a mis en branle non seulement une jeunesse qui a manifesté violemment son rejet du despotisme mais également la classe ouvrière du pays. S’ils entendent défendre leurs intérêts, les travailleurs auront tôt ou tard à affronter le nouveau gouvernement civico-militaire qui a vu le jour à la suite de la destitution de Mohamed Morsi et qui cherche à rétablir la stabilité qui prévalait avant la chute d’Hosni Moubarak.

Et la révolution, la vraie ?

Voilà qui nous mène au troisième scénario possible. Bien que dans certains pays arabo-musulmans ce soient les tendances les plus réactionnaires de la société qui avancent, le processus révolutionnaire égyptien continue à être le processus le pus profond qui continue à animer « le printemps arabe » et il est peu probable que la répression lancée contre les Frères musulmans ne soit suffisante à elle seule pour le faire plier. Depuis plus de deux ans, la classe ouvrière et la jeunesse sont en train de faire leur expérience vis-à-vis des différentes « déviations » du processus révolutionnaire en cours. C’est dans leur énorme potentiel d’organisation et de lutte, qui ne s’est pas encore pleinement déployé, que réside la possibilité que se rouvre la perspective de la révolution sociale. C’est là le pari que doivent faire les marxistes révolutionnaires internationalistes.

Démocratique…. ou permanente ?

Dans les colonnes du Monde, le politologue spécialiste du Proche et Moyen-Orient Gilles Kepel soulignait le 4 juillet dernier, à la suite du renversement de Morsi, qu’il « n’est pas dû au hasard que, plus les pays concernés sont les otages d’enjeux régionaux et internationaux qui les dépassent – et s’articulent autour du contrôle du pétrole et du gaz ou du conflit israélo-palestinien –, plus l’Etat des choses est catastrophique pour l’aspiration démocratique ». Le cours même des événements est en train de montrer que le « printemps arabe » ne se laisse pas aussi aisément cloisonner dans des formules aussi simplistes que « révolutions antidictatoriales », des analyses qui ignorent superbement les structures de classe, les conditions historiques de constitution de la plupart des Etats de la région ou encore l’importance stratégique de la région pour la domination impérialiste actuelle.

L’Egypte, la Libye, la Syrie et le processus arabe dans son ensemble rappellent une fois de plus la vieille leçon que les marxistes révolutionnaires, et Trotsky en particulier, ont tiré au début du siècle dernier : il ne peut exister « d’étapes » dans la révolution ni de « révolution par étapes » et la résolution effective des revendications démocratiques structurelles est indissolublement liée à la lutte pour le pouvoir ouvrier et populaire, contre la bourgeoisie, y compris contre la bourgeoisie soi-disant libérale et progressiste, et contre l’impérialisme, et ce dans une dynamique de révolution permanente.

02/09/13

CCR

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Message  Copas le Dim 13 Oct - 20:32

La méthode habituelle qui consiste à essayer de faire passer les soulèvements populaires pour des manipulations de service secrets yankees.
L'explication policière et complotiste de l'histoire.

L'article de Capitaine Martin n'a rien à faire ici et vise à salir les soulèvements populaires. Il essaye de faire passer un Kadhafi pour ce qu'il n'était pas et le soulèvement libyen pour autre chose qu'il n'a été, d'abord un soulèvement populaire de la population dans toutes les régions.
C'est conforme à la soumission de certains   éléments de la gauche européenne, vérolés par le campisme et les assauts de propagande bourgeois xénophobes,  à des régimes fascistes .
Pour eux il est invraisemblable que des "arabes" puissent se soulever, ce ne peut être qu'un complot.

Ils nient la réalité des soulèvements libyens,  à ce qui se passe actuellement en Libye où les populations n'acceptent plus les oukases d'un régime centralisé et multiplient les grèves dans le prolétariat industriel libyen, le plus important dans la région en proportion de la région.

La situation actuelle difficile en Libye et provoquée d'abord par la guerre du régime kadhafiste contre sa population, puis par des interventions aériennes impérialistes a débouché malgré tout sur une situation qui a détruit l'appareil d'état bourgeois et une partie de l'organisation sociale libyenne.

Les batailles sont en cours en Libye là où les campistes disaient que l'histoire était finie puisqu'il y avait eu une intervention aérienne impérialiste. Cette intervention était limitée et ne permettait pas de controler la Libye. Il eut fallu pour cela que l'impérialisme envoie des troupes d'occupation au sol, ce qu'il ne pouvait faire politiquement sans se retrouver face à face avec les insurgés.

La classe ouvrière bouge sur ses revendications (salaires, emplois, conditions de travail, libertés, volontés d'épurer les dirigeants fachos hérités de l'ancien régime,  etc) et les minorités nationales peuvent enfin avoir quelques droits, les djihadistes sont attaqués par la population (leurs sièges ont été attaqués par la population à Benghazi et Tripoli).

En contre partie de cela, des phénomènes de violence se perpétuent entre minorités et villes.

Par contre la question de l'intervention US en Libye est très grave et déstabilise un peu plus ses appuis dans ce pays. Elle doit être dénoncée pour ce qu'elle est.

Mais il est clair qu'il faudrait que finisse un peu la permanence des attaques visant à nier des soulèvements populaires et en se tortillant dans tous les sens pour faire croire que des arabes ne peuvent se soulever. Cette position est celle de la propagande sioniste et des fascistes européens pour lesquels les uns comme les autres estiment que les peuples du proche orient comme ceux d'Afrique du Nord ne peuvent se libérer, ou désirer le faire, et qu'ils leur faut des dictatures fascistes, militaires, monarchiques, etc pour être dirigés. Et que donc tous les soulèvements ne peuvent être que des manipulations extérieures...



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Message  verié2 le Dim 13 Oct - 21:48

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La méthode habituelle qui consiste à essayer de faire passer les soulèvements populaires pour des manipulations de service secrets yankees.
L'explication policière et complotiste de l'histoire.
Il y a des soulèvements populaires et il y a aussi des manipulations des services secrets, pas seulement américains, mais britanniques, français, turcs, kowetiens, saoudiens, iraniens etc. L'un n'exclue pas l'autre, et ça ne date pas d'aujourd'hui? As-tu entendu parler de Laurence d'Arabie ?

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Message  Copas le Dim 13 Oct - 21:59

Ce n'est pas le sujet ici qui normalement parle des soulèvements populaires, mais le site du "capitaine Martin" renvoie sur un lien avec un site proche du FN et dirigé par l'extrème droite française.

Cela est couplé avec des liens avec les services d'états dont la férocité vis à vis des travailleurs est de notoriété ouvrière.
larbins des ambassades de Chine et de Corée du Nord, pitoyables relais propagandistes de la bourgeoisie chinoise qui tabasse et flingue le prolétariat chinois, l'enferme, le bâillonne. Pitoyables relais de la propagande du régime iranien corrompu et bourgeois, qui assassine des syndicalistes, les pends, les réprime, les torture, etc.
Relais propagandistes du capital russe ...

Du parfait campisme qui amène à rouler des patins au fascisme, à reprendre la propagande la plus pourrie du capital internationnal et des propos de plus en plus douteux ...

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Message  Copas le Dim 13 Oct - 22:12

verié2 a écrit:
Copas
La méthode habituelle qui consiste à essayer de faire passer les soulèvements populaires pour des manipulations de service secrets yankees.
L'explication policière et complotiste de l'histoire.
Il y a des soulèvements populaires et il y a aussi des manipulations des services secrets, pas seulement américains, mais britanniques, français, turcs, kowetiens, saoudiens, iraniens etc. L'un n'exclue pas l'autre, et ça ne date pas d'aujourd'hui? As-tu entendu parler de Laurence d'Arabie ?
Tu devrais plutôt dénoncer le genre de personnage qui crée des passerelles avec des fascistes et des régimes pourris.
Les soulèvements populaires dans les pays dit du monde arabo-musulman ne sont pas provoqués par des manipulations de l'impérialisme, du moins pas plus que l'Etincelle, la CGT, le NPA et tante Agathe...

Ce que l'on peut constater systématiquement c'est qu'en permanence sont mises en doute par certains les réalités des soulèvements populaires et leurs motivations dans cette région du monde qui est aussi un peu la notre.

Cela s'apparente fortement à la propagande sioniste sur la région et c'est un écho à la campagne xénophobe violente des médias de la bourgeoisie européenne.

Quand à l'intervention des services secrets de divers pays capitalistes et impérialistes elle n'est pas nouvelle et existe évidemment, mais elle est aussi confuse et divisée. Et il n'est pas prouvé que c'est elle qui fait l'histoire....

Et ça va peut-être te surprendre, mais le proche orient a quelque peu changé depuis que Laurence d'Arabie est allé là bas.

Enfin l'obnubilation sur le proche orient et l’Afrique du nord de nier la légitimité des soulèvements et leur réalité a des relents tout à fait douteux.

Et il est surprenant que des camarades comme toi ne dénoncent pas ceux qui balancent une propagande pourrie, ont des liens avec les fachos français, soutiennent des régimes dictatoriaux anti-ouvriers et mettent en doute systématiquement les raisons de se révolter qui sont très importantes dans les prolétariats de la région.
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Message  verié2 le Lun 14 Oct - 8:54

Copas
il est surprenant que des camarades comme toi ne dénoncent pas ceux qui balancent une propagande pourrie, ont des liens avec les fachos français, soutiennent des régimes dictatoriaux anti-ouvriers et mettent en doute systématiquement les raisons de se révolter qui sont très importantes dans les prolétariats de la région.
Ton accusation est aussi grotesque que si je t'accusais d'avoir des liens avec l'impérialisme occidental.

Il y a des soulèvements populaires, qui ont des causes évidentes, car les gens ne se soulèvent pas massivement sous l'effet de manipulations. Ensuite, il y a toutes sortes de tentatives de les instrumentaliser. Comme cela s'est passé aussi en Europe de l'Est, ce qui ne rendait pas les régimes staliniens plus sympathiques. Mais, si tu crois que l'impérialisme occidental n'a pas cherché à instrumentaliser les manifestations d'opposition en Iran par exemple, c'est que tu es singulièrement naïf.

verié2

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Message  Copas le Lun 14 Oct - 19:55

verié2 a écrit:
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il est surprenant que des camarades comme toi ne dénoncent pas ceux qui balancent une propagande pourrie, ont des liens avec les fachos français, soutiennent des régimes dictatoriaux anti-ouvriers et mettent en doute systématiquement les raisons de se révolter qui sont très importantes dans les prolétariats de la région.
Ton accusation est aussi grotesque que si je t'accusais d'avoir des liens avec l'impérialisme occidental.
Apparemment tu n'as pas lu ce que j'ai écrit. Je parlais de ton silence sur le capitaine martin qui vient ici et a un site qui pointe vers un site facho, et des sites de dictatures bourgeoises, voir de sites délirants comme celui sur la Corée du Nord, et le lien qui est fait avec un discours (par le même) avec des propos extrêmement douteux.

Je ne comprends pas ton silence.

verié2 a écrit:Il y a des soulèvements populaires, qui ont des causes évidentes, car les gens ne se soulèvent pas massivement sous l'effet de manipulations.
Eh bé, enfin....

verié2 a écrit: Ensuite, il y a toutes sortes de tentatives de les instrumentaliser. Comme cela s'est passé aussi en Europe de l'Est, ce qui ne rendait pas les régimes staliniens plus sympathiques. Mais, si tu crois que l'impérialisme occidental n'a pas cherché à instrumentaliser les manifestations d'opposition en Iran par exemple, c'est que tu es singulièrement naïf.
Alors c'est reparti...

Il y avait bien plus de raisons de penser que les manips allaient à plein volume sur les pays de l'est que pour le monde arabo-musulman, dont le prolétariat n'a plus autant d'illusions que celui des pays de l'est il y a 25 ans. J'étais d'ailleurs à l'époque peu optimiste sur la suite de ce qui se passerait dans ces pays.
La transition des pays de l'est ne posait pas de dangers (du moins dans la fin des années 80), par contre les soulèvements populaires dans les pays à grands prolétariats urbains du monde arabo-musulman étaient et sont à très haut risque pour le capital international, difficilement contrôlables et tout le montre d'ailleurs.

Et non, l'impérialisme des grands satans comme des petits satans a été pris à contre-pied par quelque chose qu'il n'avait pas prévu de façon sérieuse. La question du lâchage de Mubarak a montre un état US divisé, et un sionisme opposé fermement. Qaund à la Tunisie, elle a trouvé le petit satan pieutant dans les mêmes couches que la camarilla benaliste...

L'hypothèse serinée par les campistes et soutiens de dictateurs bourgeois est grotesque. Je ne comprends pas que tu ne sois pas plus vigilant là dessus.

Maintenant tu peux m'indiquer où je dis que l'impérialisme ne magouille pas ?

Quand à la question iranienne, tes sources sur le soulèvement de 2009 ? (redémarré en 2011 et re-écrasé par les flics) .

Les cliques impérialistes ont toutes sortes de raisons de tenter de manipuler des soulèvements populaires, mais essayer de faire croire que celui de 2009 en Iran était une manipulation de l'impérialisme ou que l'impérialisme y ait joué un rôle notable, c'est grotesque. Si l'impérialisme y a joué un rôle c'est par ses menaces d'agressions militaires de permettre au régime de castagner son prolétariat, tuer des syndicalistes, écraser avec une très grande violence la jeunesse et les grèves ouvrières.
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Message  verié2 le Mar 15 Oct - 10:42

Copas
Je parlais de ton silence sur le capitaine martin qui vient ici et a un site qui pointe vers un site facho
Je ne connais pas Capitaine Martin et je ne m'y suis pas intéressé jusqu'à présent. (1) Je discute sur le fond de la situation en Syrie.
essayer de faire croire que celui de 2009 en Iran était une manipulation de l'impérialisme ou que l'impérialisme y ait joué un rôle notable, c'est grotesque.
Ai-je écrit cela ? Tu devrais discuter avec ce qui est écrit et non extrapoler, voire inventer.

J'ai écrit au contraire, comme tu l'as noté toi-même, que les soulèvements populaires d'ampleur ne peuvent pas être le fruit de manipulations. Mais, une fois ces soulèvements déclenchés, il est clair que les impérialistes et tous les acteurs régionaux tentent d'intervenir. Il peut arriver aussi qu'ils favorisent leur déclenchement.

Pour reprendre l'exemple des pays de l'Est. Le soulèvement de la classe ouvrière polonaise et de la majeure partie de la population ne fut évidemment pas le fruit de la manipulation de la CIA et du pape. Néanmoins, les divers agents de l'impérialisme occidental, dont le pape, ont joué ensuite un rôle très important dans l'orientation de ce mouvement, et en particulier de Solidarnosc à qui une aide directe a été apportée.

De même, en Afghanistan, l'insurrection contre le régime lié à l'URSS et contre le corps expéditionnaire russe ne fut pas non plus le fruit de l'action de la CIA. Il n'en reste pas moins que les "résistants" afghans de la première génération, furent sacrément aidés
et instrumentalisés par la CIA. Laquelle comme tu le sais certainement leur a fourni des armes modernes comme les missiles Stinger qui ont joué un rôle considérable.

Saisis-tu la nuance ?

Pour revenir à la Syrie, les impérialistes n'étaient pas nécessairement favorables à un soulèvement. Le régime Assad assurait parfaitement l'ordre dans la région, y compris la "sécurité" d'Israël, malgré les discours. Ils s'entendaient bien avec lui. Mais, une fois le soulèvement déclenché, chacun fait ses calculs, ses prévisions, justes ou faux, et s'efforce de soutenir le camp le plus prometteur. L'impérialisme est rompu à s'adapter à des situations qu'il n'avait pas toujours ni souhaitées, ni envisagées, ni favorisées.
____
1) Du coup, j'ai jeté un oeil sur le site de Capitaine Martin Résistance :
Description : Résistance est un collectif de membres du Parti Communiste Français (fédération du Nord, section de Lille). a écrit:
C'est un groupe clairement "vieux stalinien" qui encense toutes les dictatures "stalinoïdes". Ca n'en fait pas un site fasciste ou rouge-brun. Franchement, les gens qui se revendiquent de l'extrême-gauche mais réclament des interventions et des bombardements, même accompagnées de toutes sortes de précautions et nuances, ne valent guère mieux.


Dernière édition par verié2 le Mar 15 Oct - 11:28, édité 1 fois (Raison : pit)

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Message  Copas le Mar 15 Oct - 18:59

verié2 a écrit:
Copas
Je parlais de ton silence sur le capitaine martin qui vient ici et a un site qui pointe vers un site facho
Je ne connais pas Capitaine Martin et je ne m'y suis pas intéressé jusqu'à présent. (1) Je discute sur le fond de la situation en Syrie.
essayer de faire croire que celui de 2009 en Iran était une manipulation de l'impérialisme ou que l'impérialisme y ait joué un rôle notable, c'est grotesque.
Ai-je écrit cela ? Tu devrais discuter avec ce qui est écrit et non extrapoler, voire inventer.

J'ai écrit au contraire, comme tu l'as noté toi-même, que les soulèvements populaires d'ampleur ne peuvent pas être le fruit de manipulations. Mais, une fois ces soulèvements déclenchés, il est clair que les impérialistes et tous les acteurs régionaux tentent d'intervenir. Il peut arriver aussi qu'ils favorisent leur déclenchement.

Pour reprendre l'exemple des pays de l'Est. Le soulèvement de la classe ouvrière polonaise et de la majeure partie de la population ne fut évidemment pas le fruit de la manipulation de la CIA et du pape. Néanmoins, les divers agents de l'impérialisme occidental, dont le pape, ont joué ensuite un rôle très important dans l'orientation de ce mouvement, et en particulier de Solidarnosc à qui une aide directe a été apportée.

De même, en Afghanistan, l'insurrection contre le régime lié à l'URSS et contre le corps expéditionnaire russe ne fut pas non plus le fruit de l'action de la CIA. Il n'en reste pas moins que les "résistants" afghans de la première génération, furent sacrément aidés
et instrumentalisés par la CIA. Laquelle comme tu le sais certainement leur a fourni des armes modernes comme les missiles Stinger qui ont joué un rôle considérable.

Saisis-tu la nuance ?

Pour revenir à la Syrie, les impérialistes n'étaient pas nécessairement favorables à un soulèvement. Le régime Assad assurait parfaitement l'ordre dans la région, y compris la "sécurité" d'Israël, malgré les discours. Ils s'entendaient bien avec lui. Mais, une fois le soulèvement déclenché, chacun fait ses calculs, ses prévisions, justes ou faux, et s'efforce de soutenir le camp le plus prometteur. L'impérialisme est rompu à s'adapter à des situations qu'il n'avait pas toujours ni souhaitées, ni envisagées, ni favorisées.
____
1) Du coup, j'ai jeté un oeil sur le site de Capitaine Martin Résistance :

C'est un groupe clairement "vieux stalinien" qui encense toutes les dictatures "stalinoïdes". Ca n'en fait pas un site fasciste ou rouge-brun. Franchement, les gens qui se revendiquent de l'extrême-gauche mais réclament des interventions et des bombardements, même accompagnées de toutes sortes de précautions et nuances, ne valent guère mieux.
En attendant, pas de masses d'armes US venues en Syrie, seulement des masses d'armes russes, en  attendant pas de masses de fric impérialistes occidentales venues en Syrie, du moins moins qu'en Palestine, ce qui ne nous empêche pas de soutenir la lutte du peuple palestinien, etc...

Je vois que tu fais l'équilibre entre des sites qui ont des liens avec des proches de Marine et des révolutionnaires, c'est ton choix, d'ailleurs concentré généralement dans tout ce qui permet d'attaquer les soulèvements, surtout ceux qui les soutiennent (et qui ne soutiennent pas des djihadistes, pendant que tu fais marmotte sur ceux qui soutiennent les crimes des régimes comme celui de Assad et pactisent avec les fascistes européens, notamment français.

Bien, revenons à ton silence et ta préférence de critiquer les révolutionnaires plutôt que des campistes qui ont des liens avec le fascisme....
Relis un peu ce que je dis sur le site et le capitaine martin, et tu verras de quoi je parle. Parmi les liens privilégiés de ce site il y a un site tenu par les fascistes, des proches persos de Marine et financés par le régime Assad. Entre autre, car soutenir également le régime chinois, le régime russe et le régime nord-coréen c'est aussi du soutien à des choses pourries et des régimes anti-ouvriers ...

Il faudrait réagir un peu.
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Message  sylvestre le Ven 18 Oct - 14:58

Alex Callinicos : Spectres of counter-revolution
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Message  Roseau le Sam 19 Oct - 2:04

Comprendre sur la durée les soulèvements arabes et la place de la guerre civile en Syrie dans ce contexte
par Gilbert Achcar

http://alencontre.org/moyenorient/comprendre-sur-la-duree-les-soulevements-arabes-et-la-place-de-la-guerre-civile-en-syrie-dans-ce-contexte.html
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Le point sur les révolutions dans les pays arabes - Page 10 Empty A nouvelles luttes, nouvelles méthodes

Message  Roseau le Mar 5 Nov - 19:43

http://npa2009.org/node/39431
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Le point sur les révolutions dans les pays arabes - Page 10 Empty Que sont devenues les révolutions arabes?

Message  Roseau le Mer 25 Déc - 22:54

Alain Gresh
http://blog.mondediplo.net/2013-12-22-Que-sont-les-revolutions-arabes-devenues
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Message  Copas le Jeu 26 Déc - 21:58

Egypte
L'usure du nouveau régime contrôlé par les militaires semble très rapide.
Le gouvernement Morsi avait mis un an pour s'user à un point suscitant une insurrection civile, une pétition et une manifestation historique car aucun des problèmes fondamentaux n'était résolu.

Là les militaires, qui sont revenus dans le jeu à l'occasion de la mobilisation populaire historique du 30 Juin 2013, s'usent à grande vitesse. Le nouveau régime qui a compris le phénomène en cours réponds par l’accélération de la répression contre tout ce qui permet organisation de la classe ouvrière au sens large du terme, classe qui a été en première ligne des manifestations de masse tout au cours de 2013.
Il menace dés maintenant d'emprisonnement toute personne qui appellerait à voter non au prochain référendum sur la constitution ( http://egyptianchronicles.blogspot.fr/2013/12/egyconstitution-noas-answer-is-not.html ), à Damiette une personne a été arrêtée pour l'impression de flyers non à la constitution .

La période actuelle est délicate et doit susciter toute notre solidarité aux révolutionnaires, organisations du mouvement ouvrier, associations de soutien aux travailleurs, mouvements de jeunesse.

Ce moment est délicat car le régime frappe au moment où sa popularité s'use à grande vitesse mais bénéficie encore d'une certaine popularité, où de grandes luttes ouvrières marquent de leur empreinte l'affrontement mais n'ont pas encore prises toute leur amplitude.

Moustapha Al-Naggar du journal Al-Shourouk a détaillé le 22 novembre l'usure rapide du régime en décortiquant les sondages opérés en Égypte.
Résumé de l'article qui a plus d'1 mois déjà) là : http://www.courrierinternational.com/article/2013/12/26/le-nouveau-pouvoir-de-moins-en-moins-populaire

On retiendra :
La confiance en l’institution militaire est passée de 93 % en juin à 70 % en Novembre 2013, le président par intérim Adli Mansour n’obtient que 39 % d’avis favorables. C’est [le ministre de la Défense et véritable homme fort] Abdelfattah Al-Sissi qui arrive en tête… avec seulement 46 %. [C’est à peine plus que] les 44 % de confiance qu’obtient toujours Mohamed Morsi.

Du côté des forces politiques, les Frères musulmans sont en hausse, à 34 %, alors qu’ils étaient tombés à 24 % en juillet.
L’autre grande formation islamiste, le parti Al-Nour [qui a soutenu l’intervention de l’armée], n’obtient plus que 10 %.
Le Front du salut national [une alliance entre forces prorévolutionnaires, de gauche et promilitaires ne recueille plus que 13 %
Le mouvement Tamarrod obtient 35 % d'avis favorables.

Le résultat le plus saillant est que trois mois après la destitution de Morsi, 51 % des Egyptiens pensent qu’à la lumière des conséquences cela n’a pas été la bonne décision ; 35 % estiment que l’Egypte va mieux depuis lors, tandis que 46 % pensent le contraire.

L’évolution des soutiens au régime

- Le mouvement Tamarod retire son soutien à la candidature d’el-Sissi à la présidentielle. Le porte-parole du mouvement Tamaord Hassan Chahine a déclaré que le mouvement avait décidé de ne pas soutenir la candidature du ministre de la Défense Abdel Fatah el-Sissi aux élections présidentielles.

- par contre, des appels à financer le régime arrivent des USA, d’Israël, de l'UE,..., des organismes internationaux appellent à supprimer les produits subventionnés. Obéissant, le 1er ministre Hazem el-Beblaoui a indiqué vouloir réduire la subvention aux carburants de 25 % à 8 ou 10%. Et par contre transpire beaucoup sur la question très populaire d'appliquer un salaire maximum.
- des dirigeants de la bourgeoisie appellent à soutenir le régime

- Pour résumer, l'usure du régime est rapide et la bourgeoisie sert les rangs autour

Autres éléments de compréhension sur la poursuite de la crise sociale et politique :

- Les taux de pauvreté et de chômage sont respectivement 26,3% et 13,4% (d'après le ministre du Plan)
http://www.bonjouregypte.com/ArticleDetails.aspx?ArticleID=65667
- 80% des jeunes chômeurs possèdent des diplômes d'enseignement supérieur (d'après Abu Bakr El-Guindi, responsable de
l'Agence Centrale pour la Mobilisation générale et les Statistiques)
http://www.bonjouregypte.com/ArticleDetails.aspx?ArticleID=65490
- Mais 20 millions d’analphabètes en Egypte dont 36% de femmes
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Message  Roseau le Lun 20 Jan - 17:33

Egypte, Syrie: le feu de la révolution brûle toujours
http://alencontre.org/moyenorient/egypte/egypte-syrie-le-feu-de-la-revolution-brule-toujours.html
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Le point sur les révolutions dans les pays arabes - Page 10 Empty Soutenir la gauche dans la région arabe

Message  Roseau le Sam 1 Fév - 4:14

par solidaritéS

Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont connu de grands bouleversements politiques et sociaux depuis la fin de l’année 2010, avec le début de la révolution tunisienne et des soulèvements populaires dans plusieurs pays de la région. Ces événements ont eu un impact international profond, inspirant celles et ceux qui luttent dans le monde entier pour une « démocratie réelle » et contre un ordre social injuste.

Près de trois ans plus tard, les médias occidentaux ne cessent de réitérer le même credo : le rêve a fait place au cauchemar. Après le « printemps arabe », voici l’« hiver islamiste ». Qu’ils soient enchantés par l’orientalisme ou dramatisés par l’islamophobie, ces qualificatifs simplistes sont pourtant rejetés par les ac­teurs·trices des processus en cours?; en effet, ils sont loin de saisir la dynamique et les enjeux de mouvements sociaux qui n’ont pas dit leur dernier mot.

Les récents évènements en Egypte, en Tunisie et en Syrie ont poussé les commentateurs à évoquer des oppositions simplistes entre modernistes et traditionnalistes, libéraux et conservateurs, laïcs et islamistes… Pourtant, ces lectures réductrices ne permettent pas de comprendre les raisons des mobilisations et des processus révolutionnaires qui secouent toute la région et conduisent à en dissimuler les enjeux de classe : misère, sous-emploi, répression des luttes sociales…

solidaritéS défend les acteurs et actrices d’une voie indépendante de gauche, qui renvoie dos à dos le libéralisme et l’islam politique, promoteurs tous les deux d’un programme économique, social et politique régressif, soumis aux injonctions du FMI et des grandes puissances impérialistes. Celle voie de gauche s’emploie aujourd’hui à regrouper les forces politiques et sociales qui défendent la réalisation des objectifs des révolutions populaires: libertés démocratiques et justice sociale.
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Le point sur les révolutions dans les pays arabes - Page 10 Empty Les pétromonarchies contre-révolutionnaires...

Message  Roseau le Sam 1 Fév - 4:18

face aux soulèvements populaires de la région arabe

http://www.solidarites.ch/journal/d/cahier/6273
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Le point sur les révolutions dans les pays arabes - Page 10 Empty Que reste-t-il du Printemps arabe?

Message  Roseau le Mar 11 Fév - 7:22

par Gilbert Achcar
http://alencontre.org/moyenorient/que-reste-t-il-du-printemps-arabe.html
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Message  Copas le Sam 15 Fév - 23:06


Bahrain, 3eme anniversaire du début du soulèvement

Le point sur les révolutions dans les pays arabes - Page 10 Unname10


Le 3eme anniversaire du soulèvement a donné lieu à de puissantes démonstrations populaires contre le régime et a des affrontements entre la jeunesse et une police agrémentée de supplétifs militaires du régime saoudien.
Rien n'est réglé de la crise politique du Bahrain et le régime ne peut vaincre sans faire un bain de sang contre la majorité de la population. La bataille pour les libertés démocratiques et l'égalité continue.






https://www.youtube.com/user/RevolutionBahrainMC/videos
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Message  gérard menvussa le Dim 16 Fév - 23:19

Publié sur europe solidaire sans frontiére :

La crise en Syrie et les « printemps arabes » – Sur la géopolitique du conflit syrien
DELMOTTE Paul, CHAUVIER Jean-Marie
24 janvier 2014

Jean-Marie Chauvier – Penses-tu que l’initiative russe en faveur du démantèlement de l’arsenal chimique syrien était une manœuvre de retardement en faveur du régime de Bachar El Assad, en même temps qu’une occasion offerte à Barak Obama de sortir de l’impasse ?

Paul Delmotte – Je pense qu’effectivement, cela a été une manœuvre de retardement. Il semble clair aujourd’hui que des frappes franco-américaines étaient bel et bien prêtes à être lancées le 31 août, lorsqu’Obama a annoncé par téléphone à Hollande qu’il allait d’abord demander l’aval du Congrès. Et l’on peut aussi affirmer que depuis la bataille de Qoussayr, début juin, l’armée loyaliste était en train de marquer nettement des points. Ce qu’elle continue de faire en reprenant, en novembre, Qara, sur la route Damas-Homs, et des parties de la Ghouta, autour de Damas. Ainsi qu’en parvenant à liquider plusieurs chefs rebelles.

Donc, on serait revenu à la situation antérieure ?

Pas forcément. Faut-il qualifier, comme François Burgat dans l’interview que tu avais diffusée, la proposition russe de « grossière manœuvre » et la décréter d’avance « parfaitement inefficace » ? Je n’irai pas jusque-là. Le fait que la Russie comme la Chine aient accepté, le 26 septembre, une résolution sur la destruction de l’arsenal chimique syrien ne me semble pas rien. Je pense que les « amis » du régime de Damas marquent aussi par ce vote une prise en compte des réalités et de la nécessité de réduire les tensions. On peut, je crois, également faire l’hypothèse que l’allié iranien, décidé à favoriser une « ouverture » vers les Occidentaux, ait aussi poussé en ce sens. Ce que semble confirmer, depuis, l’ouverture de Téhéran et l’accord intermédiaire obtenu par Hassan Rohani du Groupe G 5+1. Ce n’est plus un secret, non plus, que la question syrienne était aussi au menu des pourparlers sur le nucléaire iranien.

Ceci dit, il n’est pas sûr que le pessimisme de Burgat soit excessif.

Pourquoi ?

Parce que, d’une part, il semble bien que Damas ait accepté de céder sur ses armes chimiques en échange des autres avantages que lui procure le texte américano-russe. Ce que semblent étayer le début du démantèlement de son arsenal chimique par les équipes de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OAIC) et le fait que, dixit Lakhdar Brahimi, l’envoyé spécial des Nations unies et de la Ligue arabe, Damas ait fourni l’inventaire complet de cet arsenal. Maintenant, cela suffit-il pour garantir qu’une négociation s’ensuivra ? Pour revenir à la « manœuvre de retardement », la « résolution contraignante » votée à l’unanimité au Conseil de sécurité le 27 septembre ne l’est certainement pas assez – contraignante – en tout cas aux yeux des Français. En effet, la résolution n’est pas « sous chapitre VII » comme le revendiquait Fabius. Les « alliés arabes » de la rébellion syrienne et la Coalition nationale syrienne elle-même ne sont pas dupes : pas d’évocation d’un cessez-le-feu ni de calendrier des négociations. Oubliées, semble-t-il, l’établissement d’une no-fly zone et une traduction en justice de Bachar Al-Assad… De même, la résolution ne fait aucune référence à la Cour pénale internationale (CPI). Enfin, tout récemment, début décembre, Bachar Al-Assad a déclaré qu’il « mènerait la période de transition ». Ce qui signifie à la fois qu’il se sent à nouveau le vent en poupe, mais augure mal des éventuelles négociations de Genève-2 qu’il avait auparavant dit accepter sans préconditions.

Et pourquoi Bachar Al Assad ne serait-il pas « partenaire » ? S’il se confirme qu’il a toujours le soutien d’une partie du peuple syrien ? Car si l’on ne veut pas de lui comme « partenaire », avec qui pourrait-on négocier la fin de la guerre ? D’ailleurs, ne faut-il pas qu’entre eux aussi, les anti-Assad négocient ? Ne sommes-nous pas dans une partie à acteurs multiples ?

Est-ce une question de personne ? La rébellion avait déjà dit être disposée à accepter comme interlocuteurs des membres du régime jugés « modérés », comme Farouk Al-Chareh, le ministre des Affaires étrangères qui a été écarté par le régime en juillet. Elle avait – ou du moins certaines tendances en son sein – aussi proposé des négociations conditionnées à des libérations de détenus. Quant à Bachar, même si l’on ne peut nier que sa personne ait fait l’objet d’une démonisation ; même s’il est impossible de distinguer entre ce qui lui revient dans les faits de répression et ce qui revient à son entourage, il est à mon sens compréhensible que l’opposition se refuse à le juger comme un « interlocuteur valable ». Qu’il dispose encore du soutien d’une partie de l’opinion me semble évident, mais de quelle partie ? À part les chiffres de la démographie confessionnelle du pays, je ne pense pas que l’on dispose de sondages permettant de répondre à cette question. Enfin, je pense que les négociations doivent se faire entre institutions plutôt qu’entre personnes. Et tu as raison de dire que même l’opposition est divisée. De plus en plus même. Mais ce processus ne joue pas en faveur de négociations.

Mais, si ce plan russe ou russo-américain échoue, l’option militaire deviendra-t-elle à nouveau prioritaire pour les Etats-Unis, la France, les autres pays occidentaux et la Turquie ? Au risque d’un affrontement avec la Russie ?

Si ce plan échoue, l’on en reviendra sans doute à la situation précédente. À la différence – de taille – près que, comme je viens de le dire, la rébellion s’est entretemps fort affaiblie, plus divisée encore et, apparemment, radicalisée au profit des jihadistes.

Par ailleurs, en cas d’échec du plan russo-américain, il faudrait alors, normalement, voter une nouvelle résolution avec à nouveau le risque d’un veto de Moscou et de Pékin. Plus, comme je l’ai évoqué, il ne faudrait pas céder à un excès d’optimisme. Le risque d’échec est loin d’être minime. L’OAIC, chargée d’organiser le démantèlement et la destruction de l’arsenal chimique syrien, a elle-même annoncé que ce démantèlement proprement dit ne débuterait qu’au milieu de l’année prochaine. Qui sait ce qui peut se passer d’ici là… Plus, l’action de la seule OAIC suffira-t-elle ? Fabius en tout cas en doute. Et l’OAIC elle-même déclare que son budget est insuffisant pour une telle opération. D’autre part, cet arsenal est estimé à plus de 1000 tonnes, dont 300 de gaz moutarde, qui ne sont évidemment pas entreposées dans un seul et même endroit. Et tout le processus de localisation, de démantèlement et de destruction va plus que vraisemblablement donner lieu à des tractations sans fin.

Enfin, les possibilités d’actes relevant du « terrorisme de déstabilisation » ne sont pas à écarter.

Ceci dit, il me semble douteux que, même en cas d’échec, on en arrive à un affrontement « physique » avec la Russie.

Soit, revenons aux perspectives de négociation. Quel jeu jouent les États-Unis ?

Là, j’ai de sérieux doutes quant à la jolie histoire que l’on nous a servie. Celle d’une allusion de John Kerry saisie au bond par Sergueï Lavrov. Je pense – et m’interroge sur le fait que très peu de médias se soient posé la question – que c’est cousu de fil blanc. Surtout que cela faisait un certain temps que les Polonais avaient lancé l’idée d’un démantèlement de cet arsenal chimique sous l’égide des puissances, et que l’on en discutait plus que probablement en coulisses. Non, je pense vraiment que cela arrangeait très bien B. Obama, qui ne savait plus comment se dépêtrer de sa « ligne rouge » et envisageait avec appréhension d’avoir à « sauver la face ». Ce pourquoi d’ailleurs il a subordonné sa décision à l’aval du Congrès. C’est vraiment le cas de figure du « retenez-moi, je vais faire un malheur… »

Rappelons aussi que John Kerry avait fait savoir qu’il n’insisterait pas sur une résolution « sous chapitre VII », rejetée par les Russes. Quant aux Français, en accueillant la décision commune de Moscou et de Washington comme un « pas en avant », dixit Fabius, je pense qu’ils ont pris acte des joies du « leading from behind » et tentent essentiellement de nier un revers flagrant et de rester admis aux discussions des Grands.

Comme l’écrit François Burgat dans son dernier ouvrage, consacré à la Syrie [1], la résolution 2118 a « surtout offert une heureuse porte de sortie pour les Occidentaux », inquiets de voir les armes chimiques tomber aux mains du Hezbollah ou de groupes islamistes de l’opposition syrienne. C‘est un peu comme si on avait échangé les armes chimiques contre une intervention, quelle que soit au demeurant l’intensité qu’on voulait lui donner.

Je pense donc que Le Monde n’a pas tort quand il écrit que cette résolution 2118 apparaît comme « le plus beau des sauve-qui-peut » pour Damas et refait de Bachar Al-Assad un « partenaire » pour d’éventuelles négociations.

J’hésiterais à citer Le Monde, c’est un journal franchement belliciste, c’est quasiment la ligne du va-t’en guerre Bernard-Henri Levy.

Je sais que Le Monde partage aujourd’hui le consensus de la quasi-totalité de l’intelligentsia française en faveur des interventions au Mali et, un peu moins quand même, en République centrafricaine. Je peux aussi constater que ce journal, que je lis depuis plus de quarante ans, ne se situe plus exactement au « centre-gauche » comme on le disait à l’époque. Faut-il pour autant le taxer de « belliciste » comme lors de ce début de campagne suite à l’enquête de ses journalistes sur le recours aux armes chimiques en Syrie ? Personnellement, je trouve encore souvent dans Le Monde des informations qui permettent de remettre en question le discours dominant qui imprègne son message général.

On attribue aux hésitations occidentales la peur qu’à la place du régime actuel, les sectes soutenues par le Qatar, l’Arabie Saoudite et Al Qaeda ne prennent le dessus et ne plongent la Syrie dans un chaos qu’on ne maîtriserait plus, sans parler des risques d’extension de la guerre à toute la région.

Je ne parlerais pas de « sectes ». Même si les organisations djihadistes à l’œuvre en Syrie sont d’un sectarisme indéniable, le terme ne convient pas pour des organisations qui sont avant tout politiques. Il faut se méfier du prisme religieux… Et, a fortiori, le terme ne peut s’appliquer aux Frères musulmans syriens. Ceci dit, les risques d’un chaos généralisé et d’une extension du conflit au-delà des frontières syriennes est évident. C’est déjà le cas au Liban, même si les choses n’y sont pas irréversibles à mon sens. C’est d’ailleurs l’une des raisons de la « réserve » étasunienne.

Par ailleurs, il apparaît que le Qatar a récemment, depuis la fin juin, mis une sourdine à ses ambitions après l’éviction de son émir par son fils.

La Russie ne défend pas seulement ses liens traditionnels avec le régime syrien, elle préserve ses intérêts pétroliers dans la région et, plus loin, dans le bassin de la Caspienne, où les intérêts russes, turcs et iraniens sont en rivalité, alors même que les grandes compagnies et les Etats-Unis y développent leurs projets d’exportation pétrolière hors des réseaux russes.

Comme toute grande puissance, la Russie, aujourd’hui puissance capitaliste, pratique la realpolitik et défend ses intérêts, c’est évident. Intérêts pétroliers, mais aussi géopolitiques : Tartous reste sa seule base en Méditerranée et tous ont souligné le « syndrome libyen » qui anime la politique russe : Vladimir Poutine veut mettre un frein au grignotage des zones d’influence russes auquel l’Occident procède depuis 1991 ainsi qu’aux regime changes favorables à Washington.

Pour résumer : la clé de l’évolution se trouve en Iran, allié du régime syrien. Et si celui-ci tombe, l’Iran sera à son tour en danger. N’est-ce pas là – et non en Syrie seulement, que se trouve le cœur de l’enjeu de cette crise internationale ?

Je pense que l’Iran est effectivement la clé. Affaiblir la Syrie, c’est affaiblir l’Iran et, au passage, le Hezbollah. C’est évidemment là une donne qui n’échappe pas aux Occidentaux ni à Israël. Mais il y a d’autres aspects. Pour ce qui est de la Syrie, affaiblir ne signifie pas « renverser ». Surtout en songeant aux conséquences, locales et régionales, qu’aurait une chute du régime. Plus, il y a aussi les possibilités de dissensions syro-iraniennes qui pourraient être exploitées. Je pense ici au nouveau cours que semble insuffler Hassan Rohani à la diplomatie iranienne. Ces dissensions ne sont pas une vue de l’esprit, ce qu’occulte une vision en termes religieux et une fixation sur la « solidarité chiite ». Elles ont déjà existé : n’a-t-on pas écrit que les révélations à propos d’un trafic d’armes à destination de l’Iran qui devaient financer la Contra nicaraguayenne et qui ont conduit à l’Irangate, provenaient d’une « fuite » intentionnelle, via la presse libanaise, de… Hafez Al-Assad, alors en désaccord avec son allié iranien à propos – déjà – de ses tentatives de rapprochement avec l’Occident !?

L’autre aspect est la mosaïque de communautés en équilibre qui risque de s’effondrer, du fait de la guerre menée par les puissances et les puissances sunnites contre les chiites (e. a. alaouites en Syrie) et les chrétiens. Peut-on dire qu’en articulation avec les enjeux géostratégiques, cette guerre sunnisme-chiisme, interne à l’Islam, est l’une des clés de la redistribution des cartes dans l’ensemble du monde musulman moyen-oriental ?

Comme au Liban, comme en Irak, la mosaïque communautaire syrienne est un fait. Ceci dit, je pense que parler – c’est malheureusement de plus en plus le cas – d’une guerre entre un « arc chiite » et un « bloc sunnite » ou d’une « guerre menée par les sunnites contre les chiites et les chrétiens » peut s’avérer fort réducteur. C’est là, à mon sens, une « fracture imaginaire » comme le soulignent heureusement quelques articles récents. « Imaginaire » ne veut pas dire, hélas, qu’elle n’agit pas sur les réalités. Et de façon délétère. « Imaginaire » parce que, encore une fois, c’est le religieux qui apparaît comme le prisme de lecture principal, ce qui est caractéristique de l’orientalisme au sens e. a. d’Edward Saïd. Je pense que cette fracture qui est, hélas, en train de s’approfondir au risque de ne plus pouvoir être comblée, est éminemment socio-politique et socio-économique. Je partage ici les vues de Jean-Pierre Filiu (interrogé tout récemment par Pascal Fenaux dans Points Critiques) selon qui ce conflit sunnite-chiite est un « prêt-à-penser – un storytelling donc – qui, tout comme l’épouvantail Al-Qaïda, permet d’évacuer les situations concrètes afin d’appliquer partout les mêmes schémas explicatifs ».

On oublie en effet que l’un des premiers « printemps arabes » à avoir été durement réprimé l’a été au Bahreïn, où il a été écrasé par des contingents saoudiens et du Conseil de coopération du Golfe. Et que l’Arabie saoudite, le Koweït ont aussi connu des manifestations. Je crois donc que les pétro-monarques, autocrates au même titre que les dictateurs renversés par les « printemps arabes », ont aussi senti le sol trembler. Constatons en tout cas que tous les ingrédients des « printemps arabes » – jeunes diplômés sans emploi, grogne en faveur de réformes, réseaux sociaux… – sont présents en Arabie saoudite aussi. Ainsi, c’est Ryad qui a présenté comme un conflit confessionnel ce qui au Bahreïn est en réalité un conflit social, même si les chiites forment 70% de la population de l’émirat dont ils constituent, précisément, les franges les plus mal loties.

Enfin, la thèse d’une « guerre entre sunnites et chiites » ne peut expliquer l’aura dont bénéficiait encore tout récemment le Hezbollah dans l’ensemble du monde arabo-musulman. Ni le soutien iranien, jusqu’il y a peu, au Hamas palestinien, incontestablement sunnite. Ni les bonnes relations de Téhéran avec Dubaï et Oman...

Par ailleurs, l’Iran n’a-t-il soutenu le Hezbollah que par « fraternité chiite » ou aussi pour rompre son isolement des années quatre-vingt et être en quelque sorte présent sur le front anti-israélien ? Inversement, Hafez Al-Assad, le « laïque », a-t-il conclu une alliance – « sacrilège » aux yeux du nationalisme arabe – avec la République islamique iranienne au nom d’un chiisme partagé depuis peu ? Rappelons que jusqu’au début des années septante, les alaouites n’étaient pas reconnus en tant que chiites. C’est Al-Assad-père qui y a pourvu ? Filiu dit aussi que les alaouites sont au chiisme ce que les mormons sont au protestantisme… En tout état de cause, l’alliance syro-iranienne que beaucoup veulent aujourd’hui expliquer par une affinité confessionnelle quelque peu tirée par les cheveux, s’explique avant tout par une volonté, alors partagée, de prendre l’Irak en tenailles.

Enfin, l’arrivée au pouvoir en Irak, grâce à G. Bush, d’un gouvernement « chiite » proche de l’Iran, a suscité de fortes craintes dans les pétromonarchies où, de surcroît, vivent de fortes minorités chiites.
Que dire aussi des multiples dissensions tant au sein du chiisme que du sunnisme ?

Revenons à la Syrie. On parle beaucoup de ce pays chez nous alors qu’on n’en connaît pas grand-chose. Quel est le type de société en Syrie ? Je ne parle pas tant ici de l’aspect communautaire et religieux, mais de la réalité sociale. On a dit que la Syrie était un pays « pré-OMC », pas encore intégré à la « mondialisation », et que le régime, loin d’être résistant à cette « mondialisation », avait accéléré la libéralisation économique et cherché à améliorer ses rapports avec les Etats-Unis. On a dit aussi que cette libéralisation avait creusé les écarts sociaux aux origines des premières révoltes. Est-ce une explication valable à tes yeux, y a-t-il une dimension sociale, « de classe » aux révoltes initiales, avant que n’interviennent les groupes extérieurs ?

Je pense que, chez nous, tant les « pro-régime » – avérés ou de facto – que ceux qui le vomissent et aspiraient hier encore à une intervention font, chacun pour leurs raisons propres, la même erreur. Parler de « régime Assad », de « régime baathiste » ou tout simplement du pouvoir en Syrie sans périodiser rend incapable – au cas où on le souhaiterait – de percevoir les différences, primo, entre la période d’Assad-père et les pouvoirs baathistes qui l’ont précédée et, secundo, les différences entre les règnes du père et du fils. Tout focaliser sur l’absence de démocratie et les violations des Droits de l’Homme ici et là contribue aussi à cet anachronisme.

Je me suis risqué ailleurs à une comparaison des trajectoires politiques d’un Hafez Al-Assad et d’un Houari Boumediene. Notamment entre le « réajustement révolutionnaire » du colonel et ministre de la Défense algérien, et la « rectification » amorcée en novembre 1970 par le général – et également ministre de la Défense Hafez Al-Assad. Ceci pour rappeler que ces putschs entendaient tous deux mettre fin à une période qui faisait « désordre » : l’agitation romantico-révolutionnaire de la période Ben Bella ; celle des « gauchistes » Baath en Syrie. Avec Assad-père comme avec « Boum’ », c’est en effet le « pragmatisme » qui passera aux commandes. Avec ces deux nouveaux « hommes forts », c’est aussi l’armée qui s’installera à l’avant-scène. Et, tous deux veilleront à faire de leur pays un État qui compte sur la plan international : Assad senior, « le Bismarck du Proche-Orient » fera de la Syrie un « interlocuteur incontournable » sur la scène régionale et internationale. Boumediene hissera Alger au rang des ténors du « Nouvel ordre économique International » et s’efforcera, avec son soutien aux Sahraouis, à faire de son pays un « grand » du Maghreb. Enfin, comment ne pas voir aussi les similitudes qu’entraînera la disparition des deux hommes ? Dans l’Algérie de 1988, le Printemps d’Alger s’avérera aussi éphémère que le Printemps syrien annoncé par Bachar Al-Assad l’année qui suivra la mort de son père, en 2001.

D’autres font un parallèle semblable entre la Syrie et l’Algérie, dans lesquelles ils voient deux pays opposés à l’hégémonie américaine, voire –et pour cette même raison – voués l’une après l’autre à subir des tentatives de « changement de régime ».

C’est le moment d’évoquer ce que Georges Corm appelle les dictatures militaires nationalistes, laïcisantes, socialisantes et « développementistes », favorables au « neutralisme positif » inauguré à Bandung en 1955. Arrivés au pouvoir (hormis l’Irak qui n’y viendra qu’en 1958 et l’Algérie après 1962) en conséquence du choc de la Nakba de 1948, ces régimes s’étaient « naturellement » tournés vers l’URSS. Phase suivante dans la périodisation de Corm : celle qui s’engage à la faveur d’un second traumatisme : la « Guerre-des-Six-Jours » de juin 1967. S’ouvre alors l’ère des « milliardaires du pétrole » qui se sont « faits » dans les pays du Golfe. Progressivement, les régimes hier « prosoviétiques » vaincus en 1967 se voient forcés de tenir compte de l’éviction progressive de l’URSS de la scène arabe. Poussés, grâce e. a. à la manne financière déversée par les pétromonarchies aux « pays du front » (contre Israël) à s’ouvrir aux capitaux occidentaux, ces régimes passeront d’un discours pan-arabiste à un nationalisme affirmé et sourcilleux. Et substitueront bientôt – peu ou prou selon les cas – aux valeurs « socialistes » celles d’un islam traditionnaliste. C’est certes, moins le cas en Syrie, mais, chose significative, la nouvelle constitution promulguée en 1973 par le très laïc Baath proclame que l’islam doit être la religion du chef de l’État. Enfin, ces pays connaîtront de l’intérieur – et sans que cela soit toujours clairement perçu – une évolution qui verra s’instaurer, dit Corm, des « complexes militaro-mercantiles », c. à d. une sorte d’osmose entre élites militaires au pouvoir et « nouveaux milliardaires » du pétrole ou d’autres secteurs. Ce que les Algériens appelleront plus tard la « mafia politico-militaire » – qui permettra, libéralisation économique aidant, une augmentation de plus en plus ostentatoire de la corruption. Citons Samir Amin lui-même : le régime baathiste de Syrie a « rallié le camp du néo-libéralisme comme les autres [régimes militaro-mercantiles]. Et « le désastre social qui en a résulté a entraîné les mêmes conséquences qu’ailleurs »… Autre effet de ces évolutions : une « hogra » comme disent les Algériens, une arrogance méprisante de plus en plus nette à l’égard des couches populaires et de leurs aspirations. Notons ici que les dramatiques événements de Deraa, à la mi-mars 2011, dont on peut difficilement nier le rôle dans le déclenchement du soulèvement en Syrie, semblent fort révélateurs d’une telle « hogra », même si le comportement des autorités locales – la torture de gamins et les sarcasmes envers leurs parents – démises par la suite, ne doit pas forcément être imputé au régime dans son ensemble.

Comment perçois-tu donc le régime syrien ?

Je le qualifierai donc, « à l’algérienne », comme celui d’une « mafia politico-militaire », agrémenté d’une bonne dose de népotisme et de copinage et dans lequel il me semble aberrant de voir encore un dernier bastion de la résistance anti-impérialiste.

Ainsi, Hafez Al-Assad avait veillé à mettre la Syrie à l’abri de tout « aventurisme » face à Israël : avec son refus, prélude à sa prise de pouvoir deux mois plus tard, d’apporter un soutien aux fedayin palestiniens massacrés par l’armée jordanienne lors du Septembre noir. Et en faisant en sorte qu’après la guerre d’octobre 1973, plus un seul coup de feu ne soit tiré par-delà la frontière syrienne. Plus : qui niera qu’en 1976, c’est avec la bénédiction de Washington et celle, assortie de « lignes rouges », de Tel-Aviv, que les troupes de Hafez Al-Assad avaient écrasé au Liban ceux que l’on appelait alors les « palestino-progressistes » en passe de l’emporter sur l’ainsi nommée « droite chrétienne » ? Une intervention qui permettra d’ailleurs aux Forces libanaises (phalangistes) de perpétrer, les 14 et 15 janvier 1976, le massacre des réfugiés palestiniens de La Quarantaine à Beyrouth : 2000 morts. Et ne parlons pas de la « guerre des camps » menée par Amal contre les camps de réfugiés palestiniens du Liban avec la bénédiction de Damas… Ali Khameneï lui-même aurait dit fin novembre 2008 au président libanais que la politique syrienne envers Israël a été « une trahison tout au long des trente dernières années » !
Par ailleurs, « pré-OMC » ou pas, la « mondialisation » est bel et bien passée. Peu d’observateurs soulignent que le soulèvement syrien actuel procède certes d’une répression féroce, mais aussi des conséquences sociales dues à cette mondialisation. C’est aussi dans ce cadre qu’une vision trop « confessionnaliste » des événements peut-être source de confusion : derrière l’opposition « sunnite », il y a aussi une partie du monde des affaires syrien. Ce même monde des affaires sunnite a d’ailleurs des représentants dans l’entourage du régime. Par ailleurs, « l’ouverture » économique que Bachar Al-Assad a élargie a sérieusement exacerbé les contentieux villes-campagnes que la Syrie connaît depuis son indépendance et auxquels son père avait tenté de remédier. L’infitah – l’ouverture néo-libérale – menée par Bachar Al-Assad aurait en effet conduit, comme naguère celle de Sadate, à un appauvrissement dramatique des classes moyennes. Le pourcentage des Syriens vivant sous le seuil de pauvreté aurait triplé entre 2000 et 2010. Aujourd’hui, la majorité du mouvement insurrectionnel syrien serait constituée par des membres des « classes moyennes » marginalisés et des déshérités de la ville et des campagnes et, ainsi que, comme dans les autres « printemps arabes », par de jeunes-diplômés-sans-emploi. Ainsi, en décembre 2011, une série de grèves générales auraient eu lieu, les autorités licenciant plus de 85.000 travailleurs et fermant quelque 187 usines. Si cette information s’avère exacte, elle a été singulièrement peu relayée : chose logique de la part de la presse « bien-pensante », mais beaucoup moins de la part des « contre-informateurs »…

Pour terminer, je dirai que des livres comme celui de Souheil Belhadj ou celui dirigé par Baudouin Dupret [2] ont, c’est dommage, été beaucoup moins lus chez nous qu’un certain opuscule intensément diffusé « à gauche »…

La présentation des événements en Syrie dans nos médias a beaucoup évolué depuis quelques mois. Dans un premier temps, il s’agissait d’une révolution ou de soulèvements populaires écrasés par le régime de « Bachar ». Quelques rares commentateurs évoquent une « guerre civile » et des « interventions extérieures », mais ils sont considérés comme des propagandistes du régime syrien, donc non crédibles. Dans un deuxième temps, on parle largement de « guerre civile »… Deux questions : d’abord, côté médias, comment expliquer ce changement ? Et puis, côté »terrain", comment définir ce qui se passe vraiment en Syrie ? Révolution, guerre civile, ou quoi encore ?

Chacun a sa propre perception de la couverture médiatique et de son évolution. Pour ma part, à la façon dont tu vois les choses, je ferais quelques précisions. Primo, il me semble aussi discerner cette évolution selon laquelle, depuis l’accord russo-américain de septembre dernier, les médias parlent moins de « soulèvement populaire » et davantage de « guerre civile ». Secundo, je distinguerais ceux qui parlent de « guerre civile » et ceux qui sont « considérés comme des propagandistes du régime ». En effet, ceux-ci rechignent à parler de « guerre civile » et préfèrent montrer du doigt des « terroristes » venus de l’extérieur, combattus par un régime légitime et qui a nombre de partisans. Enfin, pour ce qui est de l’évolution évoquée, je dirais que les médias main stream s’adaptent. Ils ont compris que les Occidentaux n’interviendront probablement pas et s’y résignent en quelque sorte. Dès lors, continuer à parler de « soulèvement populaire », c’est retourner le couteau dans la plaie : un soulèvement populaire contre un régime honni, cela mérite une aide. Or… Par contre, « guerre civile », ça fait « sale », avec des atrocités de part et d’autre – ce qui est le cas – et donc, moins d’obligations à prendre parti. Voyons aussi la façon dont Bachar Al-Assad apparaît après la destruction de vecteurs susceptibles de transporter des armes chimiques : disparue, la diabolisation à laquelle on était accoutumé !

Pour ce qui est maintenant de définir, si c’est possible, ce qui se passe, je dirai qu’il y a, qu’il y a eu « soulèvement populaire » dans le sillage des ainsi nommés « printemps arabes ». Et je continue de croire que face à ceux-ci le terme « révolution », au sens marxiste, est assez surfait. Par contre, je pense qu’il s’agit bien d’une guerre civile entre d’une part, un régime et son armée soutenus peu ou prou par une partie de la population et, de l’autre, des groupes armés de toutes sortes – organisations armées structurées et soutenues de l’étranger, et milices locales (je ne parle pas des bandes qui relèvent ou dérivent vers le brigandage) – issus de la radicalisation qu’a entraînée la répression de ce soulèvement populaire ; et également soutenus, peu ou prou, par une autre partie de la population.

Les relations apaisées de l’Egypte avec Israël étaient l’un des éléments de la stabilisation régionale, favorable à Israël. Est-ce que les bouleversements égyptiens pourraient tout remettre en cause ?

S’il y a deux pays de la région qui se sont félicités du coup d’État du général Al-Sissi, ce sont bien l’Arabie saoudite et… Israël. Il est quand même assez hallucinant d’entendre, en décembre 2012, Benyamin Netanhayu déclarer publiquement que l’Arabie saoudite a « des intérêts et des opinions communs » avec Israël. Et d’apprendre que le prince Bandar Al-Sultan, patron des renseignements saoudiens, aurait récemment rencontré en Jordanie le chef du Mossad en vue d’une autorisation de survol du territoire saoudien par des avions israéliens pour une éventuelle action contre l’Iran !
L’on constate aussi que même le président Morsi n’a non seulement pas remis en cause le traité de paix avec Israël, mais a eu une attitude plus qu’ambigüe à l’égard des Palestiniens et même du Hamas pourtant issu des Frères musulmans. Ce qui n’empêche pas un Samir Amin d’accuser, contre toute vraisemblance, Morsi d’avoir eu l’intention de « vendre » une partie du Sinaï à Israël !

Cela m’étonnerait donc que les autorités égyptiennes nées du coup d’État du 3 juillet aillent plus loin. L’on sait qu’aujourd’hui que la collaboration égypto-israélienne en matière de renseignements et d’« anti-terrorisme » n’a jamais été meilleure… Rappelons enfin qu’avec des effectifs qui approchent le demi-million d’hommes, l’armée égyptienne absorbe les 2/3 de l’aide américaine. Ce qui permet ainsi à M. Obama de faire « les gros yeux » en suspendant des livraisons d’armes lourdes et de pièces détachées et en exigeant le retour à un « ordre démocratique », mais, à mon avis, cela n’ira guère plus loin non plus. Il est vrai qu’aujourd’hui, le régime Al-Sissi « surfe » sur – et instrumentalise une vague de patriotisme et d’antiaméricanisme qui ne date pas du coup d’État. Et en s’appropriant de façon assez impudente l’image de Nasser, mais je pense que tout cela est avant tout à usage interne.

D’autre part, certains présentent aujourd’hui la chute de Morsi comme un « revers » pour les États-Unis. Sous-entendu : les Frères musulmans donnaient entière satisfaction à Washington. Il est amusant de constater combien, aujourd’hui en Égypte, tous les protagonistes s’accusent les uns les autres d’être des « suppôts » des Américains. Je crois pour ma part que le coup d’État militaire est surtout un handicap pour Washington par rapport à l’opinion publique et à l’idéologie « globalo-démocratiste » aujourd’hui dominante.

Israël a l’air d’être en marge de cette crise. Le fait que les Arabes et les musulmans s’entredéchirent peut aussi réjouir Tel Aviv. De même, l’affaiblissement du Hezbollah si la cause de Bachar Al-Assad qu’il soutient devait échouer. Al-Assad ne serait-il pas le moindre mal ? En quoi consiste, finalement, la politique israélienne dans ce contexte ?

Je pense que, pour Israël, il y a deux priorités : l’Iran et le Hezbollah, contre lequel l’état-major a gardé une sérieuse dent depuis la « guerre des 33 jours » de l’été 2006. Pour Israël, la Syrie est en quelque sorte secondaire et n’est envisagée que dans ses relations avec les premiers. Avec, depuis peu, une grosse inconnue : l’« ouverture » de Hassan Rohani vers les Occidentaux aura-t-elle des retombées en ce qui concerne Israël ? Ce sont ces priorités qui expliquent la discrétion, que tous ont perçue, de Tel-Aviv à propos de la crise syrienne. Quand Israël a-t-il haussé le ton depuis le début du soulèvement ? Lorsque des convois suspectés de transporter des armes « sophistiquées » à destination du Hezbollah ont été bombardés.

Il y a eu quand même, en 2012, ces fusillades contre des Palestiniens dans le Golan…

En mai 2012, les Israéliens ont tiré sur des manifestants palestiniens venus de Syrie qui tentaient de forcer le passage vers le Golan annexé par Israël pour, disait-on, commémorer la Nakba. Il apparaît aujourd’hui que ce cortège avait été organisé par un groupuscule totalement inféodé au régime de Damas, le Front populaire de libération de la Palestine-Commandement général, vieille scission du FPLP commandée par Ahmed Jibril. Et que nombre de Palestiniens ont reproché à ce groupe les 6 tués de cette fusillade, morts en fait pour détourner, en pointant le doigt vers Israël, l’attention de ce qui se passait en Syrie. Pour le plus grand avantage du régime et de sa posture « anti-impérialiste ».

Mais, à part cela, le 30 janvier dernier, l’aviation israélienne a bombardé à la fois un convoi à la frontière libanaise, et un centre de recherches militaires dans la banlieue de Damas. On retrouve donc la priorité accordée au Hezbollah : pas question que celui-ci entre en possession d’armes chimiques. Cela vaut d’ailleurs aussi pour les jihadistes de la rébellion.

Pour ce qui est, maintenant, de ce « moindre mal » que représenterait Al-Assad, il y a une expression en Israël : « Un diable, mais que l’on connaît ». J’ai déjà évoqué l’attitude qu’a adoptée Hafez Al-Assad face à la suprématie israélienne. Des responsables israéliens ont clairement dit que, pour eux, la meilleure solution à la guerre en Syrie, c’est le statu quo. De façon à ce que le gouvernement de Damas, allié de Téhéran, et les rebelles islamistes continuent de s’entre-étriper, sans que ni l’un ni l’autre ne l’emporte. Et, dans la même perspective, tant mieux si le Hezbollah s’implique – et a des pertes – en Syrie. Avec un bémol quand même : le risque de déstabilisation régionale, au Liban et en Jordanie. Enfin, les Israéliens savent très bien ce que peu en Occident comprennent : un régime vraiment démocratique en Syrie, ou ailleurs dans le Monde arabe, ne leur sera pas plus favorable. Au contraire. Et les Israéliens sont aussi conscients du fait qu’apparaître soutenir ou pousser à une implication des États-Unis, ou encore intervenir eux-mêmes, serait du pain bénit pour la propagande de Damas et du Hezbollah. D’où : mieux vaut laisser saigner la Syrie… Donc, lorsqu’il y a eu recours aux armes chimiques dans les environs de Damas, les Israéliens ont soutenu l’intention première d’Obama de recourir à des frappes contre la Syrie. Mais parce que ces frappes devaient être limitées. Je ne pense pas qu’Israël soit favorable à une intervention occidentale en règle.

Toutefois, les Israéliens pensent aussi – ou ont pensé jusqu’il y a peu – que les jours du régime sont comptés, la question étant donc de savoir quand et dans quelles conditions par rapport aux intérêts d’Israël. Il est vrai aussi qu’un courant, en Israël, mené par le général à la retraite Amos Yadlin, appelle à renverser au plus vite Bachar Al-Assad, mais en tant qu’allié de l’Iran. Constatons cependant que, lorsqu’il a été question, au printemps, des missiles sol-air S-300 russes livrés à la Syrie, les Israéliens ont eu une attitude étonnamment réservée et beaucoup moins alarmiste que celle qu’ils affichent à l’encontre de l’Iran. Interviewé par Le Monde (01.06.13), le même général Yadlin, au demeurant Directeur de l’Institut d’études sur la sécurité nationale à Tel-Aviv, a déclaré que ces S-300 ne représenteraient pas une réelle menace avant plusieurs mois, ajoutant que, selon lui, la décision russe était surtout un message adressé à l’OTAN, aux EU et à la Turquie et pas dirigée contre Israël... Commentaire du Haaretz à l’époque, pour qui l’évocation des S-300 relevait d’une « guerre psychologique » menée par Damas : « Israël ne cherche pas l’escalade avec la Syrie et encore moins un face à face avec la Russie »…

Par contre, Israël a tout à craindre du basculement de la Syrie dans le djihadisme le plus radical…

Une autre question que se posent bien entendu les Israéliens, c’est l’évolution de la guerre, voire celle de l’après-guerre en Syrie. Ont-elles été au menu des conversations entre le prince Sultan et le Mossad ?
Par ailleurs, est-on certain que la Syrie va inéluctablement basculer dans le jihadisme le plus radical ? L’épouvantail salafiste ne joue-t-il pas dans cette perception ? Sans aucune certitude, bien sûr, quant à l’avenir, je constate, primo, qu’aucun des alliés régionaux de l’Occident dans la région ne souhaite une telle issue : ni Israël, ni la Turquie, ni l’Arabie saoudite. Pas plus, secundo, que les « ennemis » de l’Occident : l’Iran et la Syrie, comme le pouvoir chiite irakien, sont la première cible des jihadistes sunnites. Enfin, tertio, les ennemis de groupes peu ou prou liés à Al-Qaïda comme le Jabha-al-Nosra ou le Dahesh, l’État islamique en Irak et au Levant, ne manquent pas. L’on a vu plusieurs exemples d’opposition et de résistance, dans la population, à ces groupes, même dans les régions qu’ils tiennent.

Dans cette crise syrienne, le sort de l’État juif et la question palestinienne sont en jeu également. Le prétendu « processus de paix » est d’un cynisme total. Israël poursuit les colonisations de telle sorte que la notion d’« État palestinien » devient inconsistante…

Je partage entièrement ton point de vue sur le soi-disant « processus de paix » qui, depuis près de dix ans, ne sert qu’à perpétuer un « peacebusiness » profitable à une direction palestinienne dont le seul objectif est de se perpétuer, à faire gagner du temps et du terrain aux Israéliens et à donner bonne conscience aux Occidentaux. C’est vrai, l’espoir d’un État palestinien s’éloigne chaque jour un peu plus sans que pour autant le projet que d’aucuns remettent en avant d’un État binational n’apparaisse plus atteignable. Ici aussi, le choix est celui du statu quo. Et tant pis pour les peuples. Et « après moi, le déluge ! »

Mais de quelle « justice internationale » peut-on encore parler alors que tant de criminels au pouvoir ne risquent jamais d’être jugés. Et lorsqu’on voit le sort infligé aux Palestiniens ! Comment peut-on encore croire à une « justice internationale » ?

Je pense que la « justice internationale », ça a toujours été et ça reste le droit du plus fort. À certaines époques, quand la puissance était mieux partagée comme pendant la Guerre froide, on a pu avoir l’illusion de plus de « justice internationale », mais, à mon avis, c’était plus une question d’équilibre des forces ou de connivence entre États, ou alliances d’États, qu’une véritable justice pour les peuples. Or, aujourd’hui encore, je trouve désolant qu’à gauche et – plus – à l’extrême-gauche, on raisonne principalement en termes d’États plutôt qu’en termes de peuples.

Venons-en, précisément, à ce type de questions. Que penser lorsqu’on entend, à gauche et à l’extrême-gauche, appeler au soutien de la « révolution syrienne » ? Les mêmes milieux ont tenu les mêmes discours en faveur de la « révolution libyenne » et, longtemps avant cela, « pour le Kosovo ». A chaque fois, ces gauches ont été les faire-valoir des interventions de l’OTAN.

Ils me paraissent « au nom de la révolution » (ou des Droits de l’Homme) ignorer les réelles réalités de la géopolitique mondiale en même temps que des sociétés sur lesquelles ils plaquent des grilles d’analyse abstraites. Certains sont carrément « campistes », de facto dans le camp euro-atlantiste tout en le critiquant. A l’inverse, il y a un autre campisme de gauche qui consiste à soutenir tout qui s’oppose aux Etats-Unis. C’est une autre manière de parti-pris pavlovien et aveugle quant aux conséquences de son engagement.

De quelle « gauche » parle-t-on ? Et de quelles « réelles réalités » ? Pour ce qui est de la « gauche », encore une fois, il faut distinguer. Entre, primo, une gauche « bobo », les « globalo-démocratistes », qui soutient le soulèvement au nom d’une démocratie – parlementaire – sacralisée, conçue comme une panacée planétaire. On les a, en effet, vus à l’œuvre en Libye et au Kosovo. Et, en effet, nolens volens, ils ont été des faire-valoir de l’OTAN. Mais, secundo, il y a des courants d’extrême-gauche qui, eux aussi, soutiennent le soulèvement, mais à qui porter la même accusation me paraît injuste et même vicieux. Je vais y revenir. Et, enfin, il y a une extrême-gauche que je vois comme « complotiste » et « campiste » qui défend de facto – même parfois avec des contorsions quelque peu opportunistes – le régime syrien. Parce que celui-ci leur apparaît comme opposé aux Américains. J’ai dit plus haut ce que je pensais de l’« anti-impérialisme » de Damas.

Pour ce qui est, maintenant des « réalités réelles » que tu évoques, quelles sont-elles ? L’affaiblissement de la puissance étasunienne ? OK. Le fait que le système capitaliste est devenu planétaire – c’est ça, la mondialisation ? OK. Ni la Russie, ni la Chine ne me semblent susceptibles de soutenir des aspirations populaires en dehors de leurs frontières. Ce qui compte, c’est de se gagner l’appui d’États mieux à même de satisfaire leurs intérêts d’États et à les épauler dans leurs contentieux avec la puissance US. Quant aux courants d’extrême-gauche qui combattent le régime syrien et appuient, sélectivement, le soulèvement, je répète qu’il est injuste et erroné de les accuser de « campisme » de facto aux côtés de l’Occident. Ou encore de « parti-pris pavlovien ». Ce qui, par contre, me semble bel et bien le cas de l’extrême-gauche anti-rébellion. Quand je parle de cette extrême-gauche anti-régime, je pense à des analystes comme Gilbert Achcar ou Santiago Alba Rico. Certes, ces personnes sont liées à la mouvance trotskyste. Mais cela ne me semble pas une tare indélébile. Et je pense que leurs analyses ne sont pas du tout « abstraites et plaquées » comme le sont celles des précédents.

S’agissant de la Syrie, y a-t-il vraiment un mouvement autonome, démocratique, laïque ou du moins étranger aux fanatismes religieux, qui ne joue le jeu ni des islamistes ni des puissances occidentales, et quelles seraient ses chances de s’imposer ?

En Syrie et ailleurs dans le monde arabe, je ne vois pas, en effet, de mouvement « démocratique, laïque ou du moins étranger aux fanatismes religieux » qui fasse le poids. Tu as raison. Ceci dit, tu as des courants laïques et étrangers aux islamistes qui soutiennent de facto le régime ; et d’autres, tout aussi laïques, étrangers aux islamistes et hostiles à l’hégémonie occidentale, qui soutiennent la rébellion. Au vu d’une « réelle réalité » : on ne fera pas l’économie, dans le mouvement d’émancipation des peuples arabo-musulmans, d’une participation islamiste. C’est quand même la première chose que les « printemps arabes » nous ont montré. Cette montée en force des mouvements islamistes, dans toute leur diversité, était au demeurant à prévoir – que l’on s’en réjouisse ou pas – selon tous les observateurs un peu lucides de la région. Donc, nous avons un premier courant qui refuse cette réalité. Et un second qui en tient compte. En se posant en quelque sorte les deux questions de Burgat dans l’ouvrage que j’ai cité (p.25) : primo, « en quoi la revendication démocratique est-elle antinomique avec la résistance anti-impérialiste ? » Et, secundo, « pourquoi un Parlement librement élu s’empresserait-il de vendre les intérêts nationaux au voisin ennemi hébreu ou à ses sponsors occidentaux ? » Je pense ici que c’est la laïcité à l’occidentale, dimension indéniable de l’orientalisme, qui fait la différence. Je pense malheureusement aussi que si ce second courant – les Achcar et les Alba Rico – offrent peut-être une petite chance à ce que les valeurs de la gauche et du socialisme puissent un jour se propager dans ces sociétés arabo-musulmanes, e. a. grâce aux impasses que même un islam politique démocratique devra un jour affronter, à l’opposé le courant « laïcard de combat » est en train, en s’associant trop souvent à la réaction, comme en Égypte et en Tunisie, de « suicider » pour très longtemps ces valeurs de gauche et l’idéal socialiste au sein de ces sociétés.
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Message  Roseau le Mar 18 Fév - 13:45

The complexity of the revolutionary process that is underway

This interview with left activist Munif Mulhem
was conducted by the editor of the Arab revolutionary Marxist journal Permanent Revolution,
published jointly by the Socialist Forum (Lebanon),
the Organization of Revolutionary Socialists (Egypt
the Al-Mounadil-a current (Morocco),
the League for a Workers' Left (Tunisia),
the Current of the Revolutionary Left (Syria)
and the Union of Iraqi Communists (Iraq).
It was first published in Permanent Revolution, 4 January 2014.
http://www.internationalviewpoint.org/spip.php?article3284
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Message  Roseau le Lun 10 Mar - 19:18

La région arabophone, entre changement progressiste et barbarie.
Entretien avec Gilbert Achcar
http://www.contretemps.eu/interviews/r%C3%A9gion-arabophone-entre-changement-progressiste-barbarie-entretien-gilbert-achcar
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Message  Copas le Ven 14 Mar - 21:23


Escalade de la violence au Bahreïn

À l’ombre des conflits au sein du Conseil de coopération du Golfe


Alors que le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) se déchire avec la mise au pilori très médiatisée du Qatar par trois de ses membres, la crise au Bahreïn s’amplifie. Les premiers signes d’un passage à une révolte armée apparaissent.

Le 3 mars 2014, une bombe explosait dans le village de Daih, situé sur l’axe principal qui, depuis Manama, traverse d’est en ouest la périphérie des villages en proie à une agitation continue depuis 2011. Trois policiers des forces spéciales de sécurité y perdaient la vie, sept autres étaient blessés. D’après le ministre de l’intérieur, les policiers anti-émeutes venaient de disperser « un groupe qui avait quitté le cortège de funérailles à Daih1 pour venir chercher l’affrontement » quand l’incident s’est produit. Cette explosion marque une nouvelle étape dans la détérioration de la situation et l’exacerbation du conflit, dont les chances de solution négociée semblent toujours plus minces — les tentatives du prince héritier pour ranimer un dialogue moribond à la mi-janvier 2014 n’ayant été suivies d’aucune mesure concrète.

L’attaque préméditée, sous la forme d’une explosion déclenchée par un détonateur à distance témoigne d’[une grande sophistication2, d’une grande précision dans le maniement des engins explosifs et le mode opératoire des partisans d’une opposition violente. L’absence de résolution, autre que rhétorique, du conflit politique est en train de produire les conditions d’une possible révolte armée. Une révolte que le gouvernement avait dénoncée dès le début du mouvement de protestation, mettant en avant l’aide de l’Iran3 et qui ne semblait pas décrire de façon adéquate le type de violence urbaine qui prévaut au Bahreïn. De façon significative, le rapport de suivi des recommandations de la commission Bassiouni paru la veille de l’explosion notait qu’en 2013, le nombre de « véritables » engins explosifs improvisés (EEI) avait désormais dépassé celui des « faux » apparus dans les mois suivant l’éviction du Rond-point, qui avaient pour seul but de tourner en ridicule la police occupée à désamorcer de fausses bombes, prenant parfois, par provocation, la forme de petit monument de la Perle.

Cette escalade progressive se produit dans un contexte de grandes dissensions au sein des pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) où le Bahreïn, en choisissant son camp aux côtés de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis (EAU), s’assure un soutien régional à sa gestion sécuritaire de la crise. Second fait inédit de l’explosion de Daih, l’une des trois victimes était un lieutenant de nationalité émirienne, les deux autres étant pakistanais et yéménite comme le reste des blessés.

LA SUITE .../...


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