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La Tunisie

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La Tunisie  - Page 15 Empty Re: La Tunisie

Message  sylvestre le Mer 26 Oct - 11:00

Un article très intéressant, avec par exemple ce cri du cœur d'un homme d'affaires
Il aurait fallu empêcher les analphabètes de voter et trouver un moyen de sous-pondérer les voix des quartiers populaires et des zones rurales

http://www.slateafrique.com/58781/la-tunisie-election-%C2%ABsyndrome-algerien%C2%BB



La Tunisie face au «syndrome algérien»

La Tunisie, ce n'est pas l'Algérie des années 1990. Et pourtant des similitudes existent.

La Tunisie  - Page 15 Elections

Deux jeunes filles au meeting du parti démocrate moderniste Reuters/Zoubeir Souissi

L'AUTEUR

Akram Belkaïd


Mise à jour du 26 octobre, 10h30: Selon les résultats officiels partiels annoncés le 25 octobre par la commission électorale tunisienne Isie, Ennahda prend le dessus sur toutes les autres formations aux élections à l’Assemblée constituante qui comptera 217 membres. Le parti islamiste sort en tête dans 9 des 27 circonscriptions et remporte 28 des 55 sièges. Ennahda dispose déjà de 9 sièges obtenus à l’étranger.

***

Pour qui a vécu la période des élections législatives algériennes du 26 décembre 1991, il flotte comme un air de déjà-vu sur la Tunisie au lendemain du scrutin pour la formation de l’Assemblée constituante. Pour mémoire, on se souvient que l’ex-Front islamique du salut (FIS) avait pratiquement raflé la majorité absolue au premier tour. Dès le lendemain, des voix se faisaient entendre dans le camp des démocrates pour exiger l’interruption du processus électoral. On connaît la suite: début janvier, l’armée a obligé le président Chadli Bendjedid à démissionner et a annulé le scrutin. Dès lors, l’Algérie s’est engagée dans un processus infernal de violences, d’attentats et de massacres dont le bilan officieux est de 200.000 morts et plus de 20 milliards de dollars. Une décennie de terreur dont les conséquences se font encore ressentir aujourd’hui.

Bien entendu, la Tunisie n’en est pas là. La paix civile règne dans ce pays et la tenue d’un scrutin marqué par une large participation est une immense victoire saluée par la communauté internationale toute entière (espérons à ce sujet que cela fera réfléchir les autres peuples arabes mais aussi que cela provoquera des remords chez tous ceux qui, en Occident, rechignent à se déplacer aux bureaux de vote). Pour autant, il y a des similitudes qui sont frappantes. Il y a bien sûr la large victoire d’Ennahda, le parti islamiste de Rached Ghanouchi. Il y a aussi le désarroi d’une partie du camp démocrate qui, dès le 24 octobre au matin, accusait les islamistes «d’avoir confisqué la révolution», oubliant peut-être un peu trop vite que cette dernière a été le fait de Tunisiens venant d’horizons divers à commencer par ceux habitant dans les zones rurales de l’intérieur.

Vives émotions chez les anti-Ennahda

«Il faut que l’armée intervienne. Elle ne peut pas laisser les islamistes diriger le pays. On ira droit à la catastrophe et les femmes seront les premières pénalisées» s’indigne ainsi une militante du parti de gauche Ettajdid (ex-communiste, membre du Pôle démocratique moderniste ou PDM). Parmi les opposants aux islamistes, on ne compte pas les réactions émotionnelles. Certains discours entendus dans certains quartiers huppés de Tunis, comme celui de Carthage, s’apparentent même à un vrai racisme social.

«Il aurait fallu empêcher les analphabètes de voter et trouver un moyen de sous-pondérer les voix des quartiers populaires et des zones rurales»,

affirme sans ciller un homme d’affaires qui semble avoir du mal à se remettre de la déroute électoral du Parti démocratique progressiste (PDP, centre gauche) que l’on présentait comme le principal adversaire d’Ennahda. A cela, s’ajoute le blues de celles et ceux qui s’interrogent sur l’opportunité de «continuer à vivre en Tunisie ou d’aller s’installer en France». Une possibilité qui n’est pas donnée à tout le monde…

Annuler les élections?

Toute la question désormais est de savoir si cette tentation d’annuler les élections va grossir et peser sur la suite des événements. Il faut dire qu’avec leur couverture alarmiste et manichéenne, les télévisions françaises ont plutôt tendance à jeter de l’huile sur le feu. 

«Pendant toute la campagne, ils n’ont parlé que des islamistes. Et, maintenant, ils font mine de s’inquiéter du sort des démocrates. Ils servent aux spectateurs français l’histoire que ces derniers veulent regarder, c'est-à-dire l’habituel affrontement entre les bons et les mauvais, ces derniers étant les islamistes», s’indigne un militant du PDM, pourtant peu suspect de sympathie pour Ennahda.

Peut-on composer avec les islamistes?

En fait, la situation tunisienne repose les mêmes questions qui avaient déchiré les intellectuels algériens mais aussi français dans les années 1990. Peut-on composer avec les islamistes? Peut-on leur faire confiance? Faut-il les laisser gouverner? A cela, les «éradicateurs», répondent par la négative. A l’inverse, les «dialoguistes», estiment que l’on ne peut pas ne pas tenir compte de la volonté populaire. Pour les éradicateurs, les dialoguistes sont les «idiots utiles» de l’islamisme. Et pour les dialoguistes, les éradicateurs sont des pyromanes qui poussent à l’affrontement entre deux pans de la société au lieu de favoriser l’émergence d’un consensus. En 1991, dans le cas algérien, le rapport de force et l’environnement international favorisaient les éradicateurs ce qui a permis au pouvoir algérien de mener la répression que l’on sait. 

Aujourd’hui, la situation est différente.

En premier lieu, Ennahda n’est pas seule sur l’échiquier politique tunisien et sa large victoire ne doit pas faire oublier que plusieurs partis lui font face parmi lesquels le Congrès pour la République (CPR) de l’opposant historique Moncef Marzouki et le parti Ettakatol de Mostefa Ben Jaafar. Ces deux formations auront un rôle déterminant dans les prochains mois selon qu’elles choisiront de travailler avec Ennahda ou de s’opposer à elle frontalement comme le fera le PDP.«Travailler avec Ennahda ne signifie pas que nous adoptons ses thèses. Mais nous pensons que c’est le meilleur moyen d’empêcher les dérapages», affirme à ce sujet un responsable d’Ettakatol.

Deuxièmement, les leaders d’Ennahda savent bien qu’ils n’auront droit à aucune erreur. Instruits du précédent algérien, ils ont bien compris que l’Occident ne laissera jamais s’installer une théocratie musulmane à sa frontière sud. Les intérêts économiques occidentaux en Tunisie ne sont peut-être pas aussi importants que ceux qui existent en Algérie, mais ils doivent tout de même être pris en considération. Du coup, au siège du parti islamiste, dans le quartier Montplaisir, nombreux sont les militants qui éprouvent des sentiments mitigés. «On a gagné mais peut-être que notre score va effrayer trop de monde. Il va falloir que nous fassions attention et des consignes de modestie et d’humilité ont été distribuées», confesse l’un d’eux dans un arabe littéraire très châtié.

Enfin, c’est aussi l’état d’esprit de nombreux militants démocrates tunisiens qui incite à l’optimisme. Passée la stupeur du premier moment et la tentation de vouloir faire annuler le scrutin, ils clament leur volonté d’en découdre légalement sur le terrain politique.

«On va se battre! Ça ne fait que commencer. Il y aura d’autres batailles, qu’il s’agisse de la rédaction de la Constitution ou les futurs scrutins. C’est cela la vie d’un pays », relève Narjess, militante du PDP qui, à l’évocation du cas algérien, a ces mots tranchants: «On n’a besoin ni de l’armée ni de la France! Les Tunisiennes et les Tunisiens savent se débrouiller seul. On l’a montré pendant la Révolution. On va encore le prouver».

Un propos, qu’en leur temps, les éradicateurs algériens s’étaient avérés bien incapables de tenir.

Akram Belkaïd, de Tunis

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Message  gérard menvussa le Ven 28 Oct - 22:24

Assez bizarremnt, ceux qui interviennent beaucoup sur la lybie sont hyper silencieux sur ce qui se passe en tunisie. Pourtant, c'est bien là qu'a commencé la "nouvelle révolution" arabe...

Le laboratoire tunisien
B Mounir
27 octobre 2011
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Que se passe-t-il en Tunisie ? Trois jours après le vote des Tunisiens pour une Assemblée constituante, personne n’ose prononcer les résultats largement acquis aux islamistes d’Ennahda qui ont raflé la mise sur des scores que l’Occident estime inavouables.

La révolution du Jasmin a été la première à se déclencher dans les pays arabes. Et c’est la première qui a abouti à un vote démocratique. Mais les choses ne semblent pas se dérouler de manière aussi transparente que le veut la communauté internationale qui s’est réveillée sur la désagréable sensation que l’expérience tunisienne est en train de virer au cauchemar.

Trois jours de tripotages électoraux, de faux suspenses et de tractations souterraines pour faire baisser le score d’Ennahda. C’est la triste réalité du processus électoral tunisien qui a accouché du plus prévisible mais inquiétant scénario politique. Les islamistes d’Ennahda ont gagné. Largement. Trop largement aux yeux de l’Occident. Dans les milieux politiques, tout le monde sait qu’Ennahda culmine entre 57 et 60%. Un score qui fait peur. Un résultat qui affole l’Occident et les démocrates tunisiens. Un raz-de-marée qui fait réfléchir le général tunisien Amar et son état-major sur la suite à donner à une élection-pilote dans le monde arabe.

Les islamistes ont gagné. Mais les apprentis-sorciers européens et américains ne s’imaginaient pas l’ampleur de la débâcle de la démocratie tunisienne. Tous ces experts, qui admettaient le politiquement correct d’El-Ghannouchi et qui se gaussaient du fait que l’islamisme modéré a sa place dans le processus démocratique, font la grimace. La Tunisie a basculé avec armes et bagages dans les bras du fondamentalisme. Un point c’est tout.

La solution ? Aucune qui ne fasse pas de dégâts. Rached El-Ghannouchi, le Nahnah tunisien, se retrouve avec les clés du nouveau système tunisien. Il peut décider à lui seul et les islamistes ne veulent pas être privés de leur victoire totale par un cynique tripotage des chiffres. L’armée tunisienne et l’Occident ne sont pas prêts à admettre une telle bérézina. Car ce n’est plus la Tunisie qui est concernée mais tout le processus de démocratisation arabe qui est fragilisé.

Si les islamistes gagnent en Tunisie, le pays qui était censé avoir le plus d’anticorps, qu’en sera-t-il alors avec les Frères musulmans en Égypte ou les salafistes en Libye ? Des États théocratiques sont en train de naître au Maghreb, tranquillement, à un jet de pierre de l’Europe et qui ne ressembleront pas au “modèle turc”. Il est évident que l’Occident s’imaginait des sociétés musulmanes gérables par un islamisme soft mais de là à ce que le mouvement démocratique soit réduit à la seule expression islamiste. C’est un pas que les laborantins politiques occidentaux ont tout fait pour minimiser. En vain.

Mounir B
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* Paru en éditorial dans le quotidien algérien Liberté :
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Message  alexi le Sam 29 Oct - 10:13

Le PCOT semble avoir obtenu 3 élus.
En %, ça donne quoi ?

alexi

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Message  verié2 le Sam 29 Oct - 11:35


Le laboratoire tunisien
B Mounir

La Tunisie a basculé avec armes et bagages dans les bras du fondamentalisme. Un point c’est tout.
Cette affirmation catégorique et lapidaire demanderait à être étayée. Le parti Ennahda peut-il vraiment être considéré comme "fondamentaliste" ? Est-il parcouru de courants divers ? Son enracinement est-il profond ou son succès électoral est-il conjoncturel etc ?

verié2

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Message  yannalan le Sam 29 Oct - 15:15

Poiur le PCOT, c'est difficile de dire, si tu regardes les résultats par circonscription , tu verras que plus de la moitié de's voix sont"perdues", c'est à dire qu'elles sont dispersées entre des dizaines de listes qui ne font pas assez chacune pour un siège. La force d'En Nahdah, c'est d'avoir eu une liste unie. Pour ce qui est des magouilles et tripotages, je pense que le journaliste algérien traduit surtout l'inquiétude de son gouvernement.
L'autre jour j'entendais une représentante de la gauche tunisienne déplorer les résultats avec des réflexions du style "s'ils croient que Ghannouchi leur donnera chaque mois un mouton pour l'Aid, ils vont être déçus, "ceci prononcé avec un accent des beaux quartiers de Tunis. Avec une gauche comme ça, faut pas s'étonner d'un succès populiste...

yannalan

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Message  Barber le Sam 29 Oct - 18:48

alexi a écrit:Le PCOT semble avoir obtenu 3 élus.
En %, ça donne quoi ?

Je pense qu'il faut additionner les résultats du PCOT et du Watad pour se faire une idée des résultats des listes liées au mouvement ouvrier: ça fait 3+2, 5 députés... dans une pseudo-constituante de 217 sièges. En termes de voix je ne sais pas, mais en termes de représentants, 2.3%. Les sondages créditaient le PCOT de 4 à 6 sièges, le Watad de 2 à 4 sièges: autrement dit l'afflux électoral de dernière minute ne leur a pas du tout profité, au contraire.

Le "Parti du Travail Tunisien", émanation de bureaucrates UGTT conçue pour faire obstacle à l'émergence d'un vrai parti ouvrier, avec 0% de vraies revendications dans son programme, avait choisi de faire alliance avec le FTDL/Ettakatol, parti de l'ex-opposition légale et membre de l'"Internationale socialiste" (comme l'était le RCD): il a perdu avec eux (28 à 32 sièges escomptés, au final seulement 21).

Je ne compte pas les voix du "Pôle Démocratique Moderniste" animé par les ex-staliniens d'Ettajdid, en alliance avec des "indépendants" et des libéraux... ils obtiennent 5 sièges, 2 dans l'émigration, 2 dans les beaux quartiers du grand Tunis, 1 à Ben Arous. Voilà un extrait de leur communiqué post-électoral:

"Le peuple tunisien a consacré d'une manière claire sa détermination à construire son avenir de ses mains, relève la coalition moderniste, soulignant que les tunisiens ont montré leur "conscience aiguë que le chemin vers la démocratie, la liberté et la dignité passe par les urnes".
Le Pôle exprime aussi sa grande considération à l'Instance Supérieure Indépendante pour les Elections (ISIE) "pour les efforts gigantesques fournis afin que le scrutin pour la Constituante se déroule dans de bonnes conditions malgré les difficultés et les insuffisances".
Il exprime à tous les membres des forces armées et de la sécurité intérieure sa haute considération pour les efforts qu'ils ont fournis pour garantir le bon déroulement des élections, ajoute le communiqué, rendant également hommage aux volontaires qui ont participé à la réussite de cette "fête électorale" pour une Tunisie "fière de ses racines et au diapason de son temps".


A mon avis, même s'il était inévitable que le PCOT obtienne des résultats modestes quelques mois après sa sortie de la clandestinité, ce parti paie le prix de la politique suivie depuis des mois. Ils ont tout misé sur ces élections octroyées par le gouvernement provisoire, aux conditions fixées par Essebsi: ils ont défendu la ligne de la "révolution par étapes", qui ne fait pourtant pas partie du bagage théorique des maos. Ils ont mis en avant le ravalement de façade des institutions (y compris la police de Ben Ali) au détriment des revendications ouvrières. Ils se sont platement alignés sur la vague verte, au profit d'Ennahda. Ils sont passés à côtés d'échéances de la lutte des classes plus brûlantes que les élections. Ils sont allés au-delà d'une simple participation aux élections (à mon avis juste) et ont pris en charge la campagne d'inscription sur les listes électorales (Hammami et sa compagne Radhia Nasraoui sont allés jusqu'à participer à un clip officiel, sur fond de drapeau national). Enfin, ils ont laissé à d'autres le soin de mettre en avant les revendications sociales.

Un sujet fait polémique en Tunisie actuellement: le succès inattendu de la liste "pétition populaire", fabriquée de toutes pièces par un millionnaire vivant à Londres, et appuyée par sa chaîne de télé el mostakilla. Si 6 députés issus de cette liste n'avaient pas été invalidés (sur la base d'une démarche initiée par Ettajdid), elle aurait doublé le FTDL en troisième position. Beaucoup de choses justes ont été dites sur cette liste populiste, appuyée par d'anciens cadres RCD: il n'empêche que ça n'explique pas le succès partout de cette liste, qui arrive même première à Sidi Bouzid. Une des clefs tient sans doute au fait que la "pétition populaire" prétendait octroyer une allocation de chômage à tous les travailleurs privés d'emploi...

C'est d'autant plus fâcheux, tout ça, que de nombreux tunisiens voient bien que l'"assemblée constituante" octroyée ne va rien changer. D'ailleurs ses limites et son programme économique ont été écrits d'avance par Essebsi (ce qu'on appelle le "plan jasmin économique et social"). La question d'un parti ouvrier de masse, à construire, ne peut plus être évacuée. Mais la politique menée par les dirigeants du PCOT crée de bien mauvaises conditions pour avancer dans ce sens.

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Message  alexi le Sam 29 Oct - 19:16

Barber :
ils ont défendu la ligne de la "révolution par étapes", qui ne fait pourtant pas partie du bagage théorique des maos. Ils ont mis en avant le ravalement de façade des institutions (y compris la police de Ben Ali) au détriment des revendications ouvrières. Ils se sont platement alignés sur la vague verte, au profit d'Ennahda. Ils sont passés à côtés d'échéances de la lutte des classes plus brûlantes que les élections.

Effectivement, le PCOT a milité pour le report des élections jusqu'en cette fin d'année, avec toutes les illusions électorales qui accompagnent ce type de politique, au lieu de peser pour le développement de la révolution. Il voulait avoir le temps de s'organiser face aux islamistes. On voit ce que cela a donné.

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Message  sylvestre le Sam 29 Oct - 19:26

Une idée intéressante d'un camarade : dans les révolutions ce sont généralement les partis les plus radicaux qui réclament une assemblée constituante, mais une fois que les élections ont lieu, ce sont souvent les plus modérés qui l'emportent - mais le pouvoir qu'ils acquièrent ainsi reste faible, et la situation ne s'arrête pas là. Quand on repense aux révolutions française, russe, allemande, il y a de ça.
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Message  Barber le Sam 29 Oct - 20:13

alexi a écrit:
Barber :
ils ont défendu la ligne de la "révolution par étapes", qui ne fait pourtant pas partie du bagage théorique des maos. Ils ont mis en avant le ravalement de façade des institutions (y compris la police de Ben Ali) au détriment des revendications ouvrières. Ils se sont platement alignés sur la vague verte, au profit d'Ennahda. Ils sont passés à côtés d'échéances de la lutte des classes plus brûlantes que les élections.

Effectivement, le PCOT a milité pour le report des élections jusqu'en cette fin d'année, avec toutes les illusions électorales qui accompagnent ce type de politique, au lieu de peser pour le développement de la révolution. Il voulait avoir le temps de s'organiser face aux islamistes. On voit ce que cela a donné.

Et encore, la façon dont ils "font face aux islamistes"... quand leur hebdomadaire "La voix du peuple" titre "Le communisme n'est pas l'athéisme", quand Hammami revendique l'adhésion de filles voilées au PCOT, ou quand aujourd'hui les jeunes du PCOT soutiennent la politique de l'UGET pour le "droit" des islamistes à défiler dans les facs ès qualité, y compris les filles portant la burqa...

Une chose est que, depuis des mois, le débat sur la "laïcité" est un débat piégé entre deux factions bourgeoises.

Une autre est que les communistes ne sont pas neutres en matière de religion. Ils la combattent, mais sur le terrain des revendications ouvrières. De ce point de vue-là, la prochaine période va montrer qu'Ennahda et RCD, c'est kif-kif. Encore faut-il pour le montrer ne pas capituler à la temporaire vague verte...

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Message  alexi le Sam 29 Oct - 23:14

A partir du début 2005, le PCOT a rencontrer Ennahdha dans le cadre du "Collectif du 18 octobre pour les droits et libertés" et ils ont commencés à militer côte à côte.
Ils ont écrits des documents communs sur les droits des femmes, la liberté des croyances, les relations Etat/religion.

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Message  yannalan le Dim 30 Oct - 20:39

résultat complet tunisie :

http://isie.tn/Fr/#tab2

PCOT = Al badil thawri

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Message  alexi le Dim 30 Oct - 21:31

Le PCOT n'a pas pu se présenter partout. Il réalise un score de 50 000 voix soit 1,38% et obtient 3 élus.

Au final, moins de la moitié des tunisiens en âge de voter l'ont fait, soit ils ne se sont pas inscrits, soit ils se sont abstenus.

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Message  Barber le Dim 30 Oct - 21:35

Un peu plus de la moitié, 4 millions et quelques. Mais très loin des 90% matraqués par la presse de l'impérialisme de tutelle... et le PS.

Ennahda "pèse" donc 1.6 millions de voix.

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Message  yannalan le Lun 31 Oct - 13:39

Je ne vois pas bien l'intérêt de la constatation, les autres n'ont pas formé de soviets pour autant et il n'y a pas eu de boycott, simplement une non-participation comme dans pas mal de pays. C a me semble difficile de préjuger de l'opinion des non-votants...
Il y a surtout eu beaucoup de "voix perdues" sur des très petits résultats.

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Message  Barber le Lun 31 Oct - 14:14

L'intérêt de la constatation est de fournir un point de départ à l'analyse.

En Tunisie, il y a reflux de la vague révolutionnaire, faute de parti et de perspective révolutionnaire.

Le vote, faible, à la pseudo-constituante a été:
a) un vote "dégage"
b) un vote populiste petit-bourgeois
c) un vote qui ne s'est pas dirigé vers les (petites) organisations liées au mouvement ouvrier

Ca n'est pas par méconnaissance du PCOT ou du Watad que tout le monde connaît en Tunisie, surtout le premier. L'avant-garde du 14 janvier n'a pas voté. La petite-bourgeoisie a voté contre "le communisme" et pour la stabilité. Une partie des masses, qui commence à désespérer, a suivi: vote pour la "stabilité", l'"ordre" et des promesses qui ne seront pas tenues (sur les allocations de chômage en particulier).

On n'est plus dans la même phase après les élections qu'avant. Les conditions du combat sont différentes.

Il y a eu un moment au cours duquel il aurait été possible de poser la question du pouvoir, et c'est ce qu'exprimaient les masses avec la revendication d'une assemblée constituante - assemblée qui n'était pas le théâtre d'ombres, l'assemblée octroyée par les tenants de l'ancien régime qui se constitue aujourd'hui.

Désormais si je militais en Tunisie, je considèrerais que la perspective serait celle de construire un parti ouvrier de masse. Dans des conditions plus âpres, où à la fois l'impérialisme français se dispose à dresser ses nouveaux toutous, et où derrière les "modérés" d'Ennahda, il y a des meutes hurlantes de "salafistes" qui commencent à défiler.

Prendre en considération cette citation de Léon:

‎"Si le parti communiste est le parti de l'espoir révolutionnaire, le fascisme en tant que mouvement de masse est le parti du désespoir contre-révolutionnaire. Lorsque l'espoir révolutionnaire s'empare de la masse entière du prolétariat, ce dernier entraîne immanquablement à sa suite, sur le chemin de la révolution, des couches importantes et toujours plus larges de la petite bourgeoisie. Or, dans ce domaine, les élections donnent précisément l'image opposée : le désespoir contre-révolutionnaire s'est emparé de la masse petite bourgeoise avec une force telle qu'elle a entraîné à sa suite des couches importantes du prolétariat." (Trotsky, 26 septembre 1930)

On n'est pas encore en 1930 en Tunisie, bien sûr. Peut-être qu'on a du temps. Mais il ne faut pas non plus se voiler la face. C'est la révolution, ou eux.

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Message  yannalan le Lun 31 Oct - 16:48

Question à Barber : c'est qui "Watad",sous quel nom ils se sont présentés ?

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Message  Barber le Lun 31 Oct - 17:36

Watad, c'est en français le "Mouvement des Patriotes Démocrates". Pas un nom très attirant... Mais ce sont des militants de là-bas qui m'en ont parlé: pas mal d'enseignants tunisiens consultent ce que disent Watad et PCOT, entre les deux leur coeur balance. Ils ont eu un élu à Jendouba et un autre à Sidi Bouzid.

Il y a deux courants "Patriotes-Démocrates", MPD et PTPD, pour l'instant en Tunisie, qui en principe doivent s'unifier. Ce seraient eux qui auraient le plus de poids dans l'opposition organisée au sein de l'UGTT.

Alors, quand je consulte le site de l'ISIE, ça donne "mouvement national démocrate" et "patriotes démocrates" selon le cas. Problème de traduction du nom arabe.

Watad = contraction de "wataniya" (patriotique ou nationale) et "dimouqratiya".

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Message  yannalan le Lun 31 Oct - 17:49

Il semble y en avoir qui se réclament de la lutte sociale (parti de la lutte progressiste) avec 3 élus (Tunis, allemagne, golfe) et "liste de la lutte sociale " à Jendouba, mais pour savoir qui est qui dans le bazar c'est pas évident. (ça devait pas l'être non plus pour les tunisiens, d'ailleurs)

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Message  Barber le Mar 1 Nov - 10:42

Le fond du problème c'est que, pendant des mois, des organisations ouvrières encore adolescentes ont joué avec le hochet d'une pseudo-constituante qui n'est qu'un théâtre d'ombres.

Avant les élections, le gouvernement provisoire avait présenté une "feuille de route" qui vidait par avance la constituante de tout contenu, et un "plan jasmin économique et social" qui aggrave toute la politique suivie par Ben Ali. Pas soumis au peuple tunisien... mais adopté par avance par le G8, à Deauville, le 27 mai.

Depuis des mois les masses tunisiennes ont fait grève et manifesté au mot d'ordre de "dignité nationale", dont la signification réelle est: plus un enfant des rues, plus un jeune sans perspective, plus un ancien réduit à la mendicité en Tunisie.

Ils se sont battus sans trouver de direction politique. Le chômage s'est accru de près de 30%. La direction de l'UGTT a verrouillé toute la situation en concluant des accords-bidon qui lui servent à s'opposer aux grèves.

L'espoir révolutionnaire reflue, le désespoir contre-révolutionnaire s'exprime déjà à travers des meutes hurlantes qui brandissent des drapeaux noirs. En à peine dix mois, des milliers de barbes épaisses ont eu le temps de défigurer les visages de jeunes qui ne croient plus en rien, n'aspirent plus qu'à exprimer une haine aveugle en gueulant des slogans anti-juifs et anti-femmes, le doigt sur la couture du pantalon.

Ce ne sont pas encore les milices fascistes, mais c'est le début de quelquechose, et ça s'appelle Hizb-ut-Tahrir. En juillet-août, quand j'étais à Tunis, ce n'était encore qu'un épouvantail manipulé par la presse aux ordres, aujourd'hui commence à se matérialiser.

Il y a urgence à inverser la donne et pour cela, les militants des diverses organisations ouvrières de type PCOT, PLP, Watad seraient bienvenues de tirer un bilan.

Le PCOT n'exclut pas encore à ce stade de s'allier ponctuellement avec Ennahda... ce serait la capitulation finale.

Le front unique ouvrier sur le terrain des revendications, la marche vers un parti ouvrier qui rassemblerait les divers courants dans une force supérieure, ça me semble la seule solution.

Barber

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Message  gérard menvussa le Mar 1 Nov - 13:22

C'est la position de la commission ad oc du npa ;

Après les élections en Tunisie
NPA (commissions diverses)
26 octobre 2011

Les premières élections libres ont attiré une très grande partie de la population tunisienne vers les urnes. Les premiers résultats donnent l’avantage au parti islamiste Enhardha.

Neuf mois après le déclenchement du processus révolutionnaire tunisien et le départ de Ben Ali, l’aspiration à la démocratie a poussé les Tunisiens à participer à ces élections.

À l’heure où cet article est rédigé, les résultats définitifs ne sont pas encore connus et les rumeurs vont bon train.

Une première certitude, l’Assemblée constituante comportera très peu de femmes  : seules 7 % des listes avaient en effet mis une femme en numéro 1, y compris parmi les partis faisant de longs discours sur l’égalité des droits entre les hommes et les femmes  !

Succès pour Ennahdha

Ce rendez-vous électoral a surtout profité au mouvement islamiste Ennahdha qui arrive largement en tête. Même si ce parti n’a pas participé aux mobilisations ayant fait tomber Ben Ali, il est auréolé du statut de martyrs de ses militants emprisonnés et torturés par milliers sous la dictature. Il a bénéficié par ailleurs de ressources financières colossales, provenant notamment d’anciens riches dirigeants du RCD lui permettant notamment d’entretenir des œuvres charitables lui assurant le soutien de milieux paupérisés.

Ennahdha a aussi profité d’une propagande officielle qui a orienté la campagne sur le thème favori de cette organisation  : l’identité arabo-musulmane.

Et si Ennahdha s’allie au CPR de Moncef Marzouki, ces deux formations pourraient détenir la majorité absolue à l’Assemblée constituante.

Notons qu’Ennahdha bénéficie par ailleurs aujourd’hui de l’appui des puissances impérialistes.

Rien d’étonnant pour un parti dont le programme économique est dans la droite ligne des solutions préconisées par le FMI et la Banque mondiale, avec leur cortège de privatisations, de licenciements et de démantèlement des services publics. Rien d’étonnant, en conséquence, à ce que Barak Obama soit le premier à féliciter les Tunisiens du résultat de ces élections. En plus du repli identitaire et des menaces fortes qui pèsent désormais sur les droits des femmes notamment, et qui sont dans le programme d’Ennahdha, les travailleurs qui se sont révoltés aux cris de «  un travail est un droit, bande de voleurs  » accorderont-ils longtemps leur confiance à un tel parti qui représentera et garantira les intérêts impérialistes en Tunisie  ?

Échec pour la gauche radicale

Ce qui ressort aussi, c’est que les organisations de la gauche radicale sont les grandes perdantes de ce scrutin. Elles se sont présentées dispersées à ces élections, chacune pensant incarner à elle seule l’essentiel de la radicalité. Certaines, comme la LGO ont finalement décidé de les boycotter. Résultat, la gauche radicale dispose seulement de 4 élus (3 du PCOT et 1 du Mouvement des Patriotes démocrates).

Développement des luttes  ?

Au lendemain des élections, la situation des travailleurs n’a pas changé, et ce sera la principale désillusion pour nombre d’entre eux. Le rôle des militants révolutionnaires sera alors plus déterminant que jamais.

En effet, les luttes seront indispensables face à la poursuite de la politique néolibérale que compte mettre en œuvre Ennahdha, ainsi que les attaques prévisibles contre les droits des femmes.

Les nombreux militants syndicaux et politiques qui avaient plus ou moins déserté le terrain des luttes depuis le début de l’été pour se lancer dans la campagne électorale, auront la lourde tâche d’aider les mobilisations qui ne manqueront pas de se développer.

Commission Maghreb du NPA

Avetissement

L’article paru dans le dernier numéro imprimé de Tout est à nous (TEAN) a été écrit sur la base des informations dont nous disposions lors du bouclage final, c’est-a-dire le mardi matin suivant les élections. Certaines d’entre elles se sont révélées discutables ou inexactes. Dans l’attente des résultats définitifs, non encore publiés, il semblerait que le pourcentage de participation soit plus faible qu’annoncé et que le pourcentage des voix pour En Nahdha sera également revu. En revanche, il est désormais établi que la gauche radicale a 4 élus (3 du PCOT et 1 du Mouvement des Patriotes démocrates). Cette version en ligne prend en compte ces remarques.

Commission Maghreb du NPA
NPA (commissions diverses)

* Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 121 (27/10/11). Corrections introduites depuis.
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Message  yannalan le Mar 1 Nov - 16:15

seules 7 % des listes avaient en effet mis une femme en numéro 1, y compris parmi les partis faisant de longs discours sur l’égalité des droits entre les hommes et les femmes  !
47 sur 217, soit environ 20%. France :18.5.......
Sur 47, 42 sont élues d'An Nahdah....

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Message  gérard menvussa le Lun 21 Nov - 22:36

Publié sur Europe solidaire sans frontiére, le blog de Pierre Rousset
Tunisie : la gauche syndicale face à la coalition libérale-salafiste
HAMDI Béchir
14 novembre 2011


Tout d’abord il est utile de rappeler que l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) était, à travers sa puissante bureaucratie, l’un des instruments du régime de Ben Ali pour contrôler et domestiquer le mouvement ouvrier. Durant tout le règne du dictateur déchu, l’action syndicale n’avait — dans son aspect bureaucratique officiel apparent — pour but que l’approbation des politiques en vigueur.

La bureaucratie syndicale, dont les intérêts étaient confondus avec ceux du système, s’est transformée en structure d’encadrement des travailleurs en faveur du pouvoir. Grâce à la participation et à l’acquiescement de cette bureaucratie, le régime de Ben Ali a réussi à faire passer le programme d’ajustement structurel qui a bradé le secteur public et a mis en vente ses entreprises, aux investisseurs étrangers tout particulièrement. Une marche arrière a été faite grâce à plusieurs lois qui ont été changées ou modifiées au profit des capitalistes, lire au détriment des travailleurs et des catégories populaires les plus larges. Celles-ci n’ont récolté que misère, paupérisation, marginalisation, chômage et détérioration drastique de la qualité de vie. Tout cela s’est greffé sur l’absence de toute démocratie au sein des structures de l’organisation, le monopole de tous les pouvoirs de décision par la bureaucratie et la négation de toute indépendance du mouvement syndical.
Radicalisation

Cependant, malgré l’hégémonie de la ligne bureaucratique sur le cours de l’action syndicale, il est à noter que, durant les quatre dernières années du règne de Ben Ali, la scène syndicale a connu une radicalisation relative avec l’organisation de plusieurs grèves et sit-in, et une prise de conscience croissante parmi les rangs des syndicalistes — en particulier dans les structures principales — de la nécessité d’affronter la ligne bureaucratique.

Dans cette perspective de lutte, un large courant d’opposition syndicale s’est constitué et a livré de nombreuses batailles à l’issue desquelles il a pu rompre, ne serait-ce que partiellement, avec la tendance bureaucratique dominante. Une rupture marquée par une orientation vers la radicalisation des luttes revendicatives, le retour à la grève comme moyen de pression, la lutte pour que l’UGTT redevienne un instrument combatif et indépendant, mais aussi pour contrer et mettre en échec la volonté de la bureaucratie d’amender le chapitre 10 du règlement intérieur, afin de garantir, à la majorité de ses membres, le droit de présenter à nouveau leur candidature à la direction de l’Union.

Telle était la situation de l’UGTT lors du déclenchement des manifestations de Sidi Bouzid et qui se sont développées jusqu’au climat de tension révolutionnaire qui a permis aux masses populaires de renverser le dictateur, le 14 janvier 2011. Les syndicalistes opposants et indépendants ont joué un rôle important dans l’organisation et la direction du mouvement ; ils ont poussé le mouvement syndical à s’engager dans le processus révolutionnaire et ont contribué, avec efficacité et combativité, au renversement de Ben Ali. La bureaucratie syndicale est restée, elle, fidèle à son orientation participative et a fait ce qu’elle pouvait pour sauver le dictateur jusqu’aux dernières heures de son règne.
Coup réussi

Après le 14 janvier, il n’y avait pas d’autre option, pour les restes de la dictature et les gouvernements de Ghannouchi 1 et 2, tout comme le gouvernement de Béji Caïd Essebsi, que de compter sur la bureaucratie syndicale pour élaborer et mettre en application le plan de contournement de la révolution et imposer la voie de transition sur la base de la Constitution de 1959. Coup réussi puisqu’il a conduit à proclamer le président du parlement de Ben Ali et son Premier ministre, respectivement Président provisoire et chef du gouvernement !

L’Union générale tunisienne du travail aurait pu jouer un rôle déterminant pour continuer la révolution et affronter les forces de la contre-révolution et les restes de la dictature si les groupements de la gauche syndicale opportuniste avaient pris conscience de l’importance de rompre avec la bureaucratie syndicale et de ramener la bataille contre le régime dans l’arène syndicale. Mais les syndicalistes membres ou sympathisants des partis de la gauche opportuniste (le Parti du travail patriotique et démocratique, le Mouvement des patriotes démocrates, le Parti communiste des ouvriers de Tunisie) ont choisi de courtiser la bureaucratie, la flagorner et s’allier avec elle.

Cette situation a permis à la bureaucratie syndicale de maintenir sa position au sein du mouvement ouvrier mais aussi son alliance avec les restes de la dictature : elle a participé au premier gouvernement de Ghannouchi avec trois ministres et a soutenu son deuxième gouvernement ; elle a rejoint la commission de contournement de la révolution Ben Achour, à savoir la Haute Instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique ; comme elle a soutenu le gouvernement de Béji Caïd Essebsi, tournant le dos à toute tentative de mobilisation autour des revendications des travailleurs sous prétexte qu’il faut réussir la transition, une transition qui, comme chacun sait, a conduit à une ascension du parti Ennahdha et des partis libéraux et à leur arrivée au pouvoir.
Bureaucratie contre-révolutionnaire

De manière générale, et presque une année après la chute du dictateur Ben Ali – qui est aussi une année de lutte acharnée du mouvement populaire contre les restes de la dictature – , on peut dire que l’Union générale tunisienne du travail n’était et n’est pas dans les rangs de la révolution, mais plutôt dans le camp de la contre-révolution et des forces du contournement de la révolution à travers sa bureaucratie syndicale et son orientation. Cette bureaucratie s’affaire à trouver une porte de sortie à la plupart de ses symboles par la porte large à l’issue du congrès général de l’Organisation, dont la date a été fixée pour le mois de décembre prochain, ce qui leur permettra d’échapper aux poursuites judiciaires surtout sur deux dossiers, à savoir leur implication gravissime dans le système de Ben Ali et la corruption.

L’opposition syndicale dans l’Union – compte tenu de la situation de celle-ci et de son orientation actuelle et en considération des résultats du 23 octobre (qui nous renseignent sur la nature et la politique du prochain gouvernement) — est invitée à reprendre la lutte contre les forces de la contre-révolution et les restes de la dictature et contre la coalition gouvernementale salafiste libérale et à engager cette lutte sur le terrain revendicatif syndical.

Ces tâches ne seront possibles que lorsque cette opposition prendra conscience, le plus tôt possible, de la nécessité de se constituer en un courant syndicaliste radical et large pour s’opposer aux choix libéraux du gouvernement, et de ramener la bataille sur le champ syndical, en poussant les syndiqués à se battre pour un programme de lutte mobilisateur qui ne se séparera pas ce qui est politique de ce qui est syndical et ne fera aucun compromis concernant la satisfaction des revendications du mouvement ouvrier. Ceci doit être accompagné d’un projet clair au niveau de la vision pour assurer la démocratie dans les structures de l’organisation, à travers la rupture avec la structuration hiérarchique bureaucratique qui met, comme c’est le cas aujourd’hui, le pouvoir de décision entre les mains du bureau central et de son secrétaire général.

La démocratisation de l’Union et l’imposition de son indépendance et de sa combativité ne seront atteints qu’en dépassant le jeu des conflits sur les postes et en changeant les lois de l’Union qui ont produit la bureaucratie et la centralisation. La lutte sur la base de l’indépendance des décisions sectorielles et la transformation de l’UGTT en une union de syndicats sous forme de confédération tout comme la rupture avec la politique de participation et d’alliance avec le gouvernement sont les éléments de base d’un projet que l’opposition syndicale doit aujourd’hui mettre en œuvre. C’est l’option la plus tangible pour ramener l’Union dans les rangs des forces de la révolution et contrer le complot que mijote la bureaucratie en préparant ses partisans à lui succéder à la direction, en leur assurant une majorité absolue lors du congrès prochain de l’Union, dont quelques semaines seulement nous séparent.

Bechir Haamdi
Tunis, le 14 novembre 2011
HAMDI Béchir

* Traduction de l’arabe : Rafik Khalfaoui.
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Message  Vals le Lun 5 Déc - 16:52

Peut-être est-ce que je me trompe, mais je n'ai trouvé que ce fil sur la Tunisie...pas d'intervention depuis juillet 2011...!!!!
Mais pendant ce temps là, les réactionnaires islamistes s'installent et montrent les crocs...
Espérons que ces crapules seront vite confrontées aux luttes du prolétariat tunisien qui verra ce que valent les perspectives islamistes.

A Tunis, laïques et islamistes se tiennent tête


Depuis des jours, militants de gauche et religieux se font face sur fond de tractations politiques.

Par ELODIE AUFFRAY Correspondante à Tunis
Devant le Parlement de Tunis, samedi, 2011. (REUTERS)


Pour éviter tout incident, les deux rassemblements ont été séparés. Divisés en deux camps, chacun de son côté de la route, ils sont tenus à petite distance par un cordon de police et quelques militants d’Ennahda. Samedi, devant le palais du Bardo, siège de l’Assemblée constituante, islamistes et «progressistes» tunisiens ont donc manifesté face à face. Conséquence du débat politique qui, depuis le 14 janvier, s’est polarisé entre laïques et islamistes, la confrontation s’est finalement déroulée sans grands heurts.

La polémique Persepolis, deux semaines avant l’élection du 23 octobre, avait déjà donné lieu à une confrontation par manifestations interposées. Cette division a resurgi de plus belle cette semaine, à la faveur de deux événements, mais aussi du vide politique. Car six semaines après les élections, la «troïka» formée par les islamistes d’Ennahda, et les deux partis de gauche Ettakatol et le Congrès pour la République (CPR), n’a toujours pas formé de gouvernement.

Sit-in. A gauche, la mobilisation a démarré mardi, contre le projet de «petite Constitution». Le texte, qui régit la répartition provisoire des pouvoirs, prévoyait, dans sa première version, de doter le Premier ministre - poste attribué à Ennahda - de l’essentiel des prérogatives, au détriment du futur président de la République, Moncef Marzouki (CPR). La bataille s’est jouée à l’intérieur du Bardo, où le CPR a obtenu quelques concessions de la part d’Ennahda. Les partisans de la minorité ont parlé de «coup d’Etat constitutionnel» mais aussi revendiqué la transparence des débats et l’adoption des articles à la majorité des deux tiers. L’article - qui prévoit que le gouvernement se voie accorder la confiance à la majorité absolue, mais ne se la voie retirer qu’à la majorité des deux tiers - a renforcé la crainte, parmi l’opposition, d’une hégémonie de la troïka dans l’Assemblée.

Mercredi soir, une dizaine de tentes étaient installées devant le Bardo. Parmi les occupants, une poignée de jeunes chômeurs du bassin minier de Gafsa (Centre). En parallèle, des étudiants salafistes ont entamé un sit-in à la faculté des lettres de la Manouba, à Tunis, pour revendiquer le droit au niqab et l’aménagement d’une salle de prière, entraînant une levée de boucliers des étudiants de l’Uget (syndicat classé à gauche) et dans le corps professoral.

Étendards. Jeudi, déclaré journée de grève générale dans l’enseignement supérieur, ils sont venus grossir la foule du Bardo, pour défendre la neutralité de l’enceinte universitaire. Mais, samedi, les partisans de la majorité islamiste ont décidé de donner de la voix à leur tour. Sympathisants d’Ennahda et militants de la formation radicale Ettahrir, illégale, se sont mélangés. Ils étaient nombreux, quelques milliers, malgré les appels d’Ennahda à ne pas manifester. Les jeunes radicaux ont aussi multiplié les provocations, faisant défiler les étendards islamistes sous le nez des laïques, tantôt à bord d’une voiture, tantôt portés par une femme en niqab. «Zéro, zéro, zéro», moquaient certains, en référence aux faibles scores des partis progressistes. «Je suis là pour dire que ces gens qui manifestent ici depuis trois jours ne me représentent pas», expliquait un jeune salafiste indépendant. «Je suis là pour soutenir les membres d’Ennahda. Les gauchistes veulent imposer leurs idées et faire pression sur l’Assemblée», renchérissait Sami, venu en famille. «Le peuple est musulman et ne lâchera rien», lançait la foule des islamistes. «Le peuple est musulman et il veut travailler», répliquait-t-on en face.

Serrés entre les barrières de sécurité et les grilles du palais, les centaines de militants de gauche ont tenté de sortir du seul débat religieux. «On a des revendications politiques, économiques et sociales et on se retrouve face à des gens qui nous traitent de mécréants», regrette Olfa Lajili, présidente du Mouvement du 24 octobre. Mais la jeune femme veut voir dans ce face-à-face un gage de bonne santé démocratique : «C’est le premier signe de notre victoire, il y a l’avis et son contraire.» Partagé entre islamistes et laïques, le nouvel exécutif, qui devrait voir le jour au plus tôt en fin de semaine, parviendra-t-il à concilier les positions et rassurer la population ? Entre les revendications identitaires, la crise économique et sociale, et le scepticisme d’une partie des Tunisiens face à cette coalition hétéroclite, il risque d’être vite mis à l’épreuve.
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Message  gérard menvussa le Lun 5 Déc - 17:26

Non, il y a celui là, de fil J'en profite pour publier une "vieille" contribution du comité "maghreb" du npa....



La Tunisie  - Page 15 Affiche-Tunisie_BAT_0.preview
Tunisie. Les travailleurs de nouveau en lutte
samedi 3 décembre 2011
Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 126 (01/12/11)

Les intérimaires de la Compagnie des phosphates de Gafsa ont arrêté la production, les travailleurs du secteur pétrolier devaient se mettre en grève le 28 novembre.

Les résultats des élections à l’Assemblée constituante tunisienne sont mauvais pour toutes celles et tous ceux qui militent pour l’émancipation. Car celle-ci ne viendra certainement pas d’une organisation réactionnaire (parti islamiste Ennahdha) dont des militants se sont lâchés avant même les résultats des élections, agressant des femmes, les harcelant et les menaçant. Une organisation dont le programme économique est dans la droite ligne des exigences du FMI.

Cette défaite électorale pour les révolutionnaires ne signifie cependant pas une stabilisation de la situation, n’en déplaise à tous ceux qui montrent du doigt ces pays arabes dont le soulèvement mènerait inéluctablement à l’islamisme ! Une telle vision oublie les travailleurs mobilisés, vigilants, déterminés à faire respecter leurs droits. Ils luttent depuis plus de neuf mois, se sont d’abord révoltés contre le chômage et la précarité, contre lesquels rien n’a été entrepris à ce jour. Ils savent que ce n’est pas Ennahdha, qui apparaîtra rapidement comme serviteur de l’ordre économique établi, qui va résoudre ces questions. En effet, Ghannouchi, chef de file d’Ennahdha, multiplie les déclarations – pour rassurer les capitalistes – en faveur de l’économie de marché, pour le paiement de la dette, mais rien pour les travailleurs et les chômeurs, rien pour les familles des victimes de la répression depuis fin décembre. Alors l’étincelle, encore une fois, est venue du bassin minier.

Le 17 octobre débute – dans un silence médiatique assourdissant – une grève des intérimaires de la Compagnie des phosphates de Gafsa, qui bloque totalement la production. Le 8 novembre, un groupe d’agents a repris le travail, ce qui a permis de relancer partiellement la production. Mais les sit-in des diplômés chômeurs – réclamant les résultats d’un concours de recrutement au Groupe chimique tunisien, dont fait partie la Compagnie des phosphates de Gafsa, concours passé en... mars 2011 – provoquent la réduction de moitié de la production et surtout l’arrêt de l’acheminement de phosphates par la SNCFT vers le port de Gabès. La proclamation des résultats, le 23 novembre, n’a rien arrangé... Ceux des villes de Mdhilla et Omm Larayess ont été rejetés par la population car les critères sociaux d’attribution des postes n’auraient finalement pas été pris en compte. Les manifestations et sit-in se sont multipliés depuis, et les affrontements avec les forces de l’ordre ont été violents. Les manifestants ont attaqué des symboles du pouvoir économique : siège de la Compagnie des phosphates, trésor public, etc. mais aussi des symboles du – nouveau – pouvoir politique, les sièges d’Ennahdha dans le bassin minier.

Cette situation tendue a amené le gouvernement à suspendre la proclamation de tous les autres résultats du concours ! La colère gagne tout le bassin, et plusieurs autres régions du pays se mobilisent. À Kasserine, c’est le mépris envers les familles des victimes de la répression depuis le début de la révolution qui a alimenté de nouveau la colère. À Tataouine, ce sont les travailleurs du secteur pétrolier qui devaient se mettre en grève à partir du 28 novembre. Et le couvre-feu décrété dans plusieurs régions, l’armée mobilisée pour harceler et terroriser les manifestants, n’entament en rien la motivation des travailleurs et de ces populations.

Face à cette situation, la principale réaction d’Ennahdha a été d’accuser les militants d’extrême gauche de semer le trouble dans la région pour empêcher le parti d’installer son pouvoir localement. Il a par ailleurs essentiellement pointé du doigt l’irresponsabilité des manifestants qui dégradent les biens publics. Entre les revendications populaires et les préoccupations de ce nouveau parti au pouvoir, le fossé est énorme : les seules propositions de loi d’Ennahdha à ce jour concernent… la légalisation de la polygamie et la modification des lois sur l’adoption !

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Message  sylvestre le Lun 5 Déc - 17:26

Vals a écrit:Peut-être est-ce que je me trompe, mais je n'ai trouvé que ce fil sur la Tunisie...pas d'intervention depuis juillet 2011...!!!!

Oui tu te trompais, les deux fils sont à présent fusionnés.
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