La composition sociale des organisations

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Re: La composition sociale des organisations

Message  Copas le Lun 1 Déc - 20:30

1) Sur la question de mettre une prof à la présidentielle à la place d'une employée de banque (Arlette) je ne pense pas qu'il soit raisonnable d'en tirer des conclusions excessives.
De la même façon que le NPA était exposé aussi à une situation complexe, la personne qui avait été pressentie Myriam Martin tirait à vue sur le NPA, Olivier ne voulait pas y aller, quelqu'un comme Gael avait la carrure pour y aller mais était de la minorité du NPA, d'autres auraient pu...

2) Quand je parlais des enseignants, je ne voulait pas indiquer qu'ils avaient des "déformations" mais qu'un nombre excessif de ceux-ci et dans les représentations induisait des déformations du parti par l'aspect spécifique de leur profession. D'autre part, ce n'est pas parce qu'ils travaillent sur le terrain de l'idéologie transmise qu'ils sont une force réactionnaire. Bien au contraire beaucoup d'enseignants ont permis de faire avancer bien des causes progressistes et révolutionnaires.

3) Sur les charabias, hum, je parlais de ceux qui sont sortis dans la période des mamours avec le FdG, avec l'armée mexicaine alternative, ... Il y avait des déclarations "monstrueuses" n'ayant strictement aucun sens parmi l'immense majorité des travailleurs (nous étions passé du parler "Olivier" au charabia alternato marseillais, dieu reconnaitra les siens). C'est cela que je visais.
D'une parole limpide a un truc incompréhensible.

4) Sur les profs de LO et la pression que ferait jouer en son sein les enseignants vers des positions réactionnaires en participant à la campagne raciste des islamophobes, c'est peut-être une explication un peu mécaniste. L’islamophobie existe aussi dans les autres couches de la classe ouvrière, particulierement dans le petit encadrement et l'instrumentalisation dans certaines boites par le haut encadrement.
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Message  alexi le Lun 1 Déc - 20:55

Vérié :
D'autant que, comme il a déjà été dit, le statut des enseignants a implicitement changé au sein de LO. Hier considérés comme des petits bourgeois qui devaient rompre avec leur milieu pour travailler en direction de la classe ouvrière, au point que certains se disaient "clandestins" dans leurs bahuts, ils se sont vus depuis valorisés et encouragés à jouer un rôle actif dans des luttes d'enseignants.
Qui se traduit également par une place importante consacrée à cela dans le journal.

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Re: La composition sociale des organisations

Message  verié2 le Mar 2 Déc - 10:49

Copas
Sur la question de mettre une prof à la présidentielle à la place d'une employée de banque (Arlette) je ne pense pas qu'il soit raisonnable d'en tirer des conclusions excessives.
On ne doit tirer des "conclusions excessives" de rien. Cette question a déjà été discutée sur ce forum. LO, à l'époque de la candidature Krivine et de la première candidature d'Arlette, a suffisamment souligné la différence symbolique entre ces deux militants, à savoir un intello d'un côté, une femme travailleuse de l'autre, pour qu'on puisse considérer que ce choix a une importance pour LO. D'autant que, si de toutes petites organisations comme LO et la LCR, même si elles avaient grossi après mai 68, n'avaient pas beaucoup de choix parmi leurs militants "présentables", elles en ont davantage aujourd'hui. Sinon, si LO, en quarante ans, n'a pas réussi à recruter et former un(e) militant(e) ouvrier(e) qu'elle estime capable de la représenter, c'est grave.

J'ignore évidemment si le choix de Nathalie a suscité des discussions, mais on ne peut pas considérer qu'il soit neutre et anodin dans une organisation comme LO qui attache tant d'importance à ces questions. Ensuite, par quels mécanismes internes ce changement s'est-il opéré, seuls des militants de LO ayant un regard pointu, critique et lucide sur leur organisation pourraient le dire...
Sur les profs de LO et la pression que ferait jouer en son sein les enseignants vers des positions réactionnaires en participant à la campagne raciste des islamophobes, c'est peut-être une explication un peu mécaniste.
Attribuer aux seuls enseignants les positions sécuritaires de LO (sur la révolte de banlieue) et ses positions par rapport aux campagnes islamophobes, telle la caution voire le soutien à l'opération Gérin et au licenciement de la salariée de Babyloup, ce serait en effet mécaniste. Il y a sans doute d'autres causes. La tradition anti-cléricale/anti religieuse plus anarcho/voltairienne que marxiste de LO, une certaine institutionnalisation de LO au fil des décennies qui finit par lui faire redouter les classes dangereuses etc.

Le rôle relatif de ces divers facteurs (et peut-être d'autres) est difficile à établir, mais je n'arrive pas à croire que la base sociale de LO ne fasse pas partie de ces facteurs. Un groupe social qui échapperait totalement à l'influence de sa composition sociale, et surtout à celle de l'essentiel de son appareil organisationnel, ce serait non seulement une secte mais un phénomène unique !


Dernière édition par verié2 le Mar 2 Déc - 18:25, édité 1 fois

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Re: La composition sociale des organisations

Message  verié2 le Mar 2 Déc - 15:01

Copas
L’islamophobie existe aussi dans les autres couches de la classe ouvrière
A la différence que, dans la classe ouvrière, c'est plutôt le racisme anti-arabe "traditionnel" qui domine. Or LO est à mon avis totalement ou quasi totalement imperméable à ce racisme grossier.

Au sein des enseignants, qui sont eux aussi pour une bonne part imperméables au racisme traditionnel et professent même l'anti-racisme dans leur majorité, l'islamophobie s'est développée comme un racisme qui ne dit pas son nom, un racisme politiquement correct puisqu'il se déguise sous les couleurs de la laïcité, de la défense de la république, de la lutte contre la religion et l'obscurantisme, du féminisme voire de l'hostilité à l'homophobie. Sans ces chevaux de Troie, le racisme n'aurait pas pu pénétrer de la même façon en milieu enseignant.

Je me demande d'ailleurs si on ne peut pas faire un parallèle avec la façon dont l'antisémitisme a pu percer dans des milieux intellectuels et scientifiques dans les années vingt à quarante, au nom de la science et des théories des races, en particulier en Allemagne. L'antisémitisme des prétendus "savants" n'était pas non plus le même que celui, "vulgaire" du petit peuple ou celui de l'Eglise...

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Re: La composition sociale des organisations

Message  verié2 le Mar 9 Déc - 9:55

Alexi
lorsque Marc Peschanski, éminent chercheur et militant à Lutte Ouvrière a été invité sur un plateau télé pour le téléthon (année ?), il n'a pas dit un mot de critique sur le principe même d'étre obligé de faire la manche pour financer telle ou telle recherche médicale.
(Je répond à cette remarque d'Alexi, exprimée sur le fil "Croyances religieuses", car ce point rejoint la question de la composition sociale des organisations.)

D'une part, comme je l'avais déjà écrit sur un autre fil, Peschanski est à mon avis un compagnon de route de LO et un ex militant. Ses activités professionnelles ne lui permettraient pas de militer selon les critères de LO, à moins qu'il ne bénéficie d'un statut spécial. LO a toujours découragé les intellectuels militants de faire une "carrière" d'un niveau élevé dans quelque domaine que ce soit (artistique, universitaire, scientifique etc) afin qu'ils consacrent l'essentiel de leur temps et de leur énergie à leur parti et par crainte de "carriérisme".

Toutefois, vu l'admiration professée par LO, en particulier Hardy, envers les scientifiques, il est possible que Peschanski bénéficie d'une sorte de tolérance, tant LO est fière de compter un scientifique renommé dans ses rangs. Tolérance qui s'étend à divers comportements et prises de positions qui ne sont assurément pas celles de LO:
soutien et participation au Téléton, décoration de la Légion d'honneur ! (hochet que LO tourne généralement en ridicule...), signature d'une pétition de chercheurs aux accents nationalistes etc.

Il apparait en effet à cette occasion que les scientifiques, même formés jadis par LO et se revendiquant toujours de LO, sont comme les autres membres de catégories petites bourgeoises sensibles aux pressions sociales, à l'idéologie de leur milieu etc.
Mais, en l'occurrence, contrairement aux enseignants, je ne pense pas que Peschanski influence LO car il ne représente qu'un individu et non une catégorie significative de militants de LO.

Quant à sa défense du Téléton, elle est exprimée par exemple ici : «Nous exprimons notre solidarité avec l'association afin qu'elle puisse poursuivre son action dans les meilleures conditions», insiste Marc Peschanski, directeur de l'Institut des cellules souches pour le traitement et l'étude des maladies monogéniques (Istem), cofinancé par l'AFM et l'Inserm. (Le Figaro 18 novembre 2010). Cette défense et cette participation sont évidemment liées au fait que le Téléton permet sans doute au service de Peschanski de bénéficier de financements. Ce qui ne signifie pas qu'il en tire un profit financier personnel, mais tout de même des avantages en terme de moyens, notoriété, prestige, qui mêlent sans doute comme toujours la volonté de faire progresser la science et celle d'apparaître dans les premiers rangs de ceux qui la font progresser. Du coup, le caractère odieux de cette opération de charité publique est oublié. Avec en prime la caution morale de LO qui, pour une fois, est bien indulgente...

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Re: La composition sociale des organisations

Message  Dinky le Mar 9 Déc - 12:18

Allez, une fois n'est pas coutume, pour faire plaisir à Vérié2, la racaille catholique s'exprime :

Téléthon, Peschanski, Arlette : l'étrange connexion

Le Pr Peschanski (soutenu par les fonds du Téléthon) est un trotskiste militant, et ne sépare pas la recherche et la politique ! Le scoop est dans Le Monde du 20 mars :




A cause du Pr Marc Peschanski et de son utilisation des embryons humains, le Téléthon 2006 avait suscité toute une polémique. Commentaire de Peschanski sur cette controverse : c’était, dit-il, « une tentative des fondamentalistes de faire sortir les soutanes de la naphtaline ». Arlette Laguiller précise : « Face à la montée des intégrismes religieux, il est essentiel de défendre une vision philosophique matérialiste. Marc est de ceux qui font avancer le combat scientifique et le combat politique. » Peschanski et Arlette sont camarades de parti. Où trouve-t-on ce scoop ? Dans Le Monde daté du 20 mars, sur une page entière, intitulée : « Marc Peschanski : Arlette dans les gènes ».

On y apprend que le neurobiologiste favori du Téléthon vend Lutte ouvrière à la criée sur les marchés, et que « sous ses allures de père tranquille » et de « biologiste de haut vol », c’est « un révolutionnaire pur jus ». Marc Peschanski ne sépare pas ses travaux scientifiques de son idéologie léniniste : « en toutes choses », confirme son frère Denis, Marc réagit « en militant, c’est sa marque de fabrique : pour lui, la politique et la recherche procèdent d’un même engagement ». Denis Peschanski qualifie cet engagement d’ « humaniste ». C’est un euphémisme.
La « marque de fabrique » du Pr Peschanski est Lutte ouvrière, la plus sectaire des chapelles trotskistes françaises. Voilà le public informé : la fameuse « filière Peschanski », ce sont des travaux sur l’être humain menés par un chercheur qui ne sépare pas ses activités scientifiques de son idéologie.

Pour quelle raison les dirigeants actuels du Téléthon soutiennent-ils mordicus cette filière-là ? Si les donateurs du Téléthon 2007 réclament que leurs chèques financent des chercheurs moins orientés que Peschanski, faudra-t-il s'en étonner ?


14:05 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : biologie, trotskisme, Laguiller, religion, catholicisme

Commentaires

AUSSI À FRANCE INTER

> Je vous signale que Marc Peschanski a été l'invité d'Arlette Laguillier quand celle-ci a été elle-même l'invitée du "8/9" de France Inter, où un candidat "se met en quatre" (revue de presse, interview, interview d'un invité). Il a dit alors combien il était fidèle aux fêtes de Lutte Ouvrière.
Écrit par : françois | 21/03/2007
FORMULES-PIÈGES

> L'auteur de l'article, Pierre le Hir, ne semble pas troublé pour autant par ces révélations, déclarant:
"Voilà ce qui en fait la cible de la récente polémique sur l'utilisation des dons du Téléthon, dont les milieux catholiques conservateurs refusent qu'ils servent à des travaux confinant, selon eux, à l'eugénisme."
Et voilà comment il réduit l'opposition aux pratiques du Téléthon à des "milieux catholiques conservateurs", longue formule de trois mots qui revient régulièrement sous différentes signatures dans les colonnes du monde. Formule hypocrite d'ailleurs. "Selon eux": encore une manière élégante d'enfermer la question éthique dans le confessionnel, afin de la discréditer. Les formules sont piégées!
Écrit par : Blaise | 21/03/2007

http://plunkett.hautetfort.com/archive/2007/03/20/telethon-pechanski-arlette-meme-combat.html


ou plus récent:

2e circonscription (Créteil, Choisy, Orly)

Biologiste de renommée internationale, Marc Peschanski n'a jamais caché son patrimoine génétique d'extrême gauche.
Fils de résistants communistes, longtemps chercheur de pointe au CHU Henri-Mondor de Créteil, celui qui dirige désormais à Evry (Essonne) le principal laboratoire français sur les cellules souches a toujours, à 60 ans, le militantisme chevillé au corps.



« Aujourd'hui, dans le monde de la recherche, peu de personnes affichent leurs convictions politiques », déplore-t-il. Déjà candidat sous la bannière de Lutte ouvrière aux dernières élections municipales à Créteil et suppléant de Daniel Gendre, candidat LO aux législatives de 2002 et de 2007, c'est « tout naturellement » qu'il se présente de nouveau sur le même tandem dans la 2e circonscription (Créteil, Choisy, Orly) pour porter un mot d'ordre coup de poing : l'interdiction des licenciements.

Après avoir soutenu Nathalie Arthaud au premier tour de la présidentielle (0,38% des suffrages dans le Val-de-Marne), Marc Peschanski tracte et colle des affiches à tour de bras lorsqu'il n'est pas à son laboratoire. « On ne se fait pas trop d'illusions sur notre score, l'essentiel c'est avant tout de faire entendre nos idées. »

http://www.leparisien.fr/espace-premium/val-de-marne-94/marc-peschanski-22-05-2012-2010419.php

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Re: La composition sociale des organisations

Message  verié2 le Mar 9 Déc - 13:10

Dinky
une fois n'est pas coutume, pour faire plaisir à Vérié2, la racaille catholique s'exprime
Comment faut-il interpréter cela ? En Français, ça signifierait que je me réjouis d'entendre ou de lire la racaille catholique... Shocked Parce qu'elle critique Peschanski ?
Sauf que, comme le Téléton, elle le critique d'un point de vue réac. Des quantités de gens que nous critiquons sont aussi critiqués par les réacs pour d'autres raisons, parfois dégueulasses : Taubira, Belkacem, Hollande... Le Paon.

Et en quoi ces critiques justifieraient-elles le soutien et la participation au Téléton, le port de la Légion d'honneur et la signature d'une pétition aux relents nationalistes ?

Et enfin, quel rapport avec le sujet du fil, à savoir la composition sociale des organisations et la place, en leur sein, de personnalités comme Peschanski ?

Il semble d'ailleurs, à ce propos, que l'attitude de LO évolue et se rapproche de celle qui était celle du PCF et aussi de Lambert : on n'emmerde pas les intellos connus, membres du parti ou compagnons de route, on leur tolère pas mal d'écarts, dans la mesure où ils ne remettent pas en cause la politique de la direction du parti.

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Re: La composition sociale des organisations

Message  gérard menvussa le Mar 9 Déc - 13:15

Dinky adore les critiques de ratichons, qui le confortent dans ses certitudes. Malheureusement pour lui, il n'y a pas que des ensoutannés (enturbanné, en costume orange, choisir selon la religion) a critiquer les rapports incestueux publics privés commis par la structure dirigée par Marc Peschanski

Par ailleurs Marc Peschanski n'a pas le status d'un "militant" actif mais plutot celui d'un "soutien actif" et prestigieux. Un peu comme ce fut le cas il n'y a pas si longtemps pour Geneviéve de Fontenay : je trouve Marc Peschanski plutot plus présentable.

Une analyse poussée de la "logique d'intégration" (public privé) de la structure dirigée par Marc Peschanski (je m'excuse pour les lecteurs du ton "scientifique" utilisé)

http://interventionseconomiques.revues.org/1441


Procès de production d’une recherche orientée entre chercheurs, malades et entrepreneurs : Le cas d’une « biotech à but non lucratif

Prenant appui sur les transformations qui affectent le rapport entre les sciences biomédicales en France et les autres sphères sociales, qui peuvent être rapportées au processus plus général de contextualisation de la science, l’article examine leurs effets sur les partenariats de recherche et les modes de production scientifique qui en résultent. L’analyse porte sur le cas d’ISTEM, un laboratoire dont l’objectif est de trouver des voies thérapeutiques à certaines maladies rares à partir du nouveau domaine de recherches que sont les cellules souches embryonnaires humaines. Ce laboratoire a été créé à la faveur d’un partenariat sur le long terme entre l’INSERM et l’Association Française contre les Myopathies. L’analyse de son procès de production montre qu’il est le siège de trois logiques productives : celle de la recherche académique, qui est dominante, et celles du don et du marché qui induisent, chacune, des partenariats spécifiques. Ce procès s’apparente alors à une combinatoire productive orientée et structurée par le modèle de la convergence intégrative.
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Re: La composition sociale des organisations

Message  verié2 le Mar 9 Déc - 13:37

Gérard Ménussa
je trouve Marc Peschanski plutot plus présentable.
Bien sûr, ses "dérives" n'en font pas un ripoux dont il faudrait se démarquer. Il a le mérite de se revendiquer ouvertement de LO, ce qui n'est pas commun parmi les gens qui ont fait une telle carrière. On n'est plus à l'époque où les intellos, artistes et même sommités affluaient vers le PCF car il représentait un tremplin et un faire valoir supplémentaire. Afficher ses sympathies avec LO, ce n'est pas vraiment tendance aujourd'hui...

Mais ce courage relatif (relatif car nous ne sommes pas non plus dans une période de chasse aux sorcières) ne nous interdit pas de critiquer les dérives en question.

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Re: La composition sociale des organisations

Message  Dinky le Mar 9 Déc - 17:15

Marc Peschanski n'a pas le status d'un "militant" actif mais plutot celui d'un "soutien actif" et prestigieux. Un peu comme ce fut le cas il n'y a pas si longtemps pour Geneviéve de Fontenay

D'où faut-il sortir pour balancer des comparaisons aussi stupides ?

G De Fontenay, sans qu'on lui demande rien, a, une fois ou deux dit sa sympathie en 2002 pour Arlette et annoncé qu'elle votait pour elle.
Dès le deuxième tour des présidentielles, elle a dit sa déception parce qu'Arlette n'appelait pas pour Chirac (contrairement aux amis de G.Menvussa dont elle avait du subir l'influence antifasciste dans les urnes).

M. Peschanski a représenté Lutte Ouvrière dans de multiples élections, a tenu des tribunes, rédigé des articles, diffusé des tracts, animé des Fêtes de LO à Presles et en province, collé des affiches durant des décennies et continue de s'affirmer communiste, trotskiste et membre de LO.
Il intervient ici ou là au nom de Nathalie Arthaud ( https://www.youtube.com/watch?v=QlVvcp3Mt5Y ) en proclamant son appartenance à LO et au courant communiste révolutionnaire.


Ce genre de comparaison mensongère et grotesque en dit long sur le sérieux et l'honneteté de son auteur.

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Re: La composition sociale des organisations

Message  verié2 le Mar 9 Déc - 17:26

Dinky
Il intervient ici ou là au nom de Nathalie Arthaud
Alors, s'il intervient "au nom de N.A", ce que j'ignorais, à moins que tu n'aies mal formulé ta phrase, et non à titre personnel, il est surprenant que LO ne lui ait pas demandé de renvoyer ou de refuser sa Légion d'honneur comme d'autres chercheurs et médecins, même pas sympathisants d'extrême-gauche ont eu la dignité de le faire, pour protester contre la politique du gouvernement en matière de recherche et de santé publique...

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Re: La composition sociale des organisations

Message  Dinky le Mar 9 Déc - 18:09

Peut-être que certains, c'est leur droit, expriment leur opposition à un gouvernement en refusant une breloque et en ne faisant que ça.
Quand on milite ouvertement pour les idées communistes révolutionnaires, qu'on s'affiche régulièrement comme trotskiste à contre-courant des vents dominants, on accorde sûrement moins d'importance que toi à ce genre de colifichet, décerné à tout un tas de gens connus sans que ça les engage à quoi que ce soit.
Pour ma part, ce genre de connerie, je m'en fous vraiment et je te laisse avec tes symboles et impressions vachement importants.

Dinky

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Re: La composition sociale des organisations

Message  verié2 le Mar 9 Déc - 18:20

Dinky a écrit: (...)
Quand on milite ouvertement pour les idées communistes révolutionnaires, qu'on s'affiche régulièrement comme trotskiste à contre-courant des vents dominants, on accorde sûrement moins d'importance que toi à ce genre de colifichet, décerné à tout un tas de gens connus sans que ça les engage à quoi que ce soit.
Pour ma part, ce genre de connerie, je m'en fous vraiment et je te laisse avec tes symboles et impressions vachement importants.
Non, je n'accorde pas une importance délirante à ce "colifichet". Mais je n'accorde pas non plus, par exemple, une importance délirante au mariage. Or, il fut une époque où LO exerçait une très forte pression sur ses militants pour qu'ils ne se marient pas. Le but était de souligner la rupture avec les usages bourgeois. A la limite , je trouve plus gênant d'accepter la Légion d'honneur que de se marier. Mais, bon, je ne considère pas non plus les gens qui acceptent la L.H. comme des suppôts du capital. C'est seulement une concession aux usages bourgeois, à la "respectabilité", ça fait "notable" etc. Et j'ai connu une époque où LO se voulait très rigoureuse sur ces questions...

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Re: La composition sociale des organisations

Message  Roseau le Mar 9 Déc - 18:29

On en apprend tous les jours... Shocked
Je n'aurais jamais imaginé qu'un militant de LO
puisse se mettre au garde à vous devant un préfet ou autre canaille
pour recevoir une breloque.
C'est pas LO que j'ai fréquenté dans les luttes.
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Roseau

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Re: La composition sociale des organisations

Message  Dinky le Mar 9 Déc - 18:38

Et j'ai connu une époque où LO se voulait très rigoureuse sur ces questions...

Tout fout l'camp ! Sad

C'est pas LO que j'ai fréquenté dans les luttes.

Ils avaient caché leurs médailles sous les tee-shirt !

Dinky

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La LC/LCR, étude d’un milieu militant

Message  alexi le Dim 14 Déc - 14:08

Cahiers Léon Trosky n° 79 (décembre 2002)

Jean-Paul Salles
PRCE, Université de La Rochelle


La LC/LCR, étude d’un milieu militant


Le « front interne »
(ou la difficile tentative de créer une organisation de type bolchevik)
Notre étude envisage une période de 10 ans environ (1968 – 1978), elle
repose sur des bulletins intérieurs nationaux (sous dénominations variées1) et
locaux, provenant en particulier des villes de Rouen et du Havre. Nous avons
utilisé les archives Michel Kermiche (APMK) déposées au Cermtri, les archives
privées de Gérard Filoche (APGF) et nos archives personnelles (APJPS).
Deux gros problèmes se posent aux dirigeants de la Ligue communiste à sa
naissance, l’extrême jeunesse des membres de l’organisation (un âge moyen de
20-21 ans au congrès de fondation tenu à Mannheim du 5 au 8 avril 19692) et sa
composition sociale à majorité étudiante (les étudiants, jeunes enseignants
représentent 75 % de l’organisation). Dans la nouvelle organisation le rapport
entre anciens du PCI et jeunes militants issus de la JCR est environ de un à dix
(en fait à peine 100 « anciens » sur un effectif de 1255 militants au premier
« congrés »3). Comment transformer une organisation de « jeunes étudiants
radicalisés » en une organisation fonctionnant selon le schéma léniniste préservé
par une poignée de révolutionnaires ? Ceux-ci vont tenter de modifier les moeurs,
les habitudes de cette génération, engageant une bataille sur ce qu’ils baptisent le
« front interne ». Il s’agit de transformer ces jeunes gens, fils et filles de la
société hédoniste des Trente Glorieuses, en militants bolcheviks.

I. Le « front interne »
ou la lutte contre le dilettantisme

A. Arracher l’organisation au rythme universitaire
La JCR d’avant 1968, organisation étudiante, calquait son fonctionnement
sur l’année universitaire. Elle entrait en sommeil pendant les mois d’été. Les
événements de mai 68 incitent les dirigeants à modifier rapidement les choses.
Avant même la création de la Ligue, la section de Rouen est donnée comme
exemple. Dans un long bilan sur la ville de Rouen publié par Rouge4, il est fait
un état de la distribution de l’Etincelle pendant le mois de juillet 1968, feuille
locale hebdomadaire tirée à 3000 exemplaires et distribuée sur les principales
entreprises5. C’est le modèle à suivre au niveau national.
Toujours à Rouen, à la veille de l’été 1970, un questionnaire nominal6, à
remplir par tous les militants, est distribué. Nous avons retrouvé 20 réponses,
provenant de 4 cellules. On demande à chaque militant beaucoup de
renseignements, entre autre le montant de sa cotisation, et aussi de préciser ses
dates et son lieu de vacances, son lieu de travail saisonnier éventuel ; on lui
demande enfin s’il fera ou non le stage de Corse et le stage local obligatoire de
septembre, du vendredi 4 au jeudi 10.
Beaucoup de militants travaillent pendant les vacances, certains en
entreprise, aux PTT ou à Saint-Gobain, d’autres comme moniteur de colonie de
vacances (Daniel un jeune instituteur), comme serveuse dans un restaurant ou
encore gardienne de golf. Le montant des cotisations fait apparaître un éventail
important entre les lycéens (10f.) et les médecins (Martel et Carlos versent 300f.
par mois). Les étudiants eux paient entre 25 et 50f., Stenka médecin remplaçant
100f.7 Une des cellules qu’on peut saisir complètement est la cellule
Davidovitch, la cellule Médecine. Martel, par ailleurs membre du bureau de
cellule, passera le mois de juillet en vacances au Pérou et Carlos, secrétaire de
cellule, en Italie du Sud.
Malgré tout, Carlos assure que la cellule continuera à fonctionner en juillet
et propose que les camarades présents en août soient rattachés à la cellule
Rakowski. Mais certains profitent de ce questionnaire pour avouer leur lassitude,
Loic retournera dans sa famille, il se dit épuisé et ajoute qu’« on ne peut pas trop
lui en demander pendant les vacances ». Un autre militant, parlant de lui à la
troisième personne, affirme « le camarade Varlin part en août sans adresse
précise… il sera impossible de joindre le camarade, à moins de se doter d’une
pastille radioactive et d’un compteur Geiger ». Malgré son irrévérence, Varlin
est le secrétaire de la cellule Liebknecht.
Ce souci d’assurer le fonctionnement permanent de l’organisation a été
réaffirmé dans des résolutions de congrès nationaux. Dans une de ses
résolutions, le congrès de fondation de la Ligue communiste en 1969 demande
« qu‘en particulier les périodes de vacances universitaires ne se traduisent pas par
la disparition des militants »8.
On reconnaît aux militants le droit à quatre semaines de vacances, pas plus.
En 1972, la cellule Venceremos de Paris blâme le camarade Eric pour ses
absences répétées et injustifiées aux réunions de cellule du mois d’août9.
Nous notons donc des efforts soutenus pour modifier des rythmes militants
typiques d’une organisation juvénile et étudiante. Bien évidemment cette longue
disparition de l’organisation pendant l’été est considérée comme contradictoire
avec la nécessaire implantation dans la classe ouvrière, leitmotiv des résolutions
de congrès. Mais les remarques qu’ajoutent les militants au questionnaire
témoignent de leur volonté de défendre leur vie privée. La « bolchevisation »
s’annonce difficile.

B. Une tentative pour lutter contre l’individualisme
Nous pouvons saisir également cet effort pour mettre fin à des moeurs
organisationnelles jugées inadéquates à l’occasion des stages de formation
organisées par la Ligue. L’effort de formation est intense, en 1971 il est
envisagé de faire passer 800 militants dans 8 stages d’une semaine, organisés à
Montargis dans le Loiret10. En fait 650 seulement y prendront effectivement part.
Un bilan de ces stages, sous la forme d’une lettre circulaire de 4 pages
envoyée par le BP aux DV-DS et BC11, illustre bien la survivance de
« comportements de type individuel, parfaitement anarchisants »12. Par ces
termes très forts, la direction relève trois fautes graves à ses yeux. Trop de
militants voire des villes entières (Toulouse et Aix) se sont inscrits ou ont inscrit
leurs militants en retard, au delà du délai, compliquant la tâche des
organisateurs. Ensuite, les cas particuliers ont proliféré : pas moins de 500
inscrits sur 650 ont souhaité changer de dates, invoquant des raisons familiales,
professionnelles, politiques, même. Enfin, des militants normalement inscrits ne
sont pas venus, 150 à 200 camarades, sans s’excuser… alors que la direction du
stage avait dû refuser 200 à 250 militants, du fait du trop grand nombre
d’inscrits. Manifestement excédée la direction va jusqu’à parler de « petit
bourgeois irresponsables », elle demande des sanctions. Que les militants qui ne
sont pas venus s’expliquent par écrit et ensuite « le BP, avec l’avis des directions
locales, demandera ou non un blâme aux cellules respectives des camarades
incriminés ». Il est rare que le fossé entre la direction de la LC et sa base
apparaisse aussi nettement. :
« Nous nous sommes donné démocratiquement (au 2ème congrès) la tâche de
transformer les moeurs et le fonctionnement de la Ligue… Nous jugeons bon de
dire “stop” à propos de ces stages ».
Par contre, le bilan général ne garde pas trace des problèmes suscités au
cours du stage 5 par certains militants. Ballanda, membre du CC13, faisait partie
d’un véritable clan de Parisiens. Leur comportement est qualifié
« d’aristocratique ». Ces mots très durs sont extraits des rapports quotidiens que
l’encadrement des stages consignait dans des cahiers conservés. On se rend
compte que certains militants, voire des dirigeants, étudiants en l’occurrence
(Ballanda était militant de la section 14/15 de Paris qui comprenait notamment
l’ensemble universitaire Censier) ne prennent pas vraiment au sérieux les stages
et se comportent vis-à-vis des animateurs militants comme ils le feraient à
l’égard de leurs « maîtres bourgeois ». Ancien militant de l’OCI, membre du CC
de la Ligue et faisant partie de l’encadrement, Léo n’est-il pas exagérément
optimiste quand il écrit à l’issue du stage 7 de Montargis :
« Les aspects coercitifs ont été assez bien supportés, alors qu’ils étaient présents en
permanence. On ressent profondément la déspontanéisation »14.
Un peu plus tard, à l’occasion des législatives de 1973, un texte interne fait
état d’une « véritable tradition de laisser aller organisationnel »
« au cours des législatives de mars 1973, l’anarchie fut spectaculaire, le local
transformé en îlot insalubre, le matériel gaspillé, le pillage organisé (au profit de sa
cellule) »15.
Quelques années plus tard encore excédé, un militant de Rouen dénonce :
« le laxisme complet, au niveau de la librairie. Des camarades prennent des
bouquins qu’ils ne payent jamais », parle de « vols de fric dans la caisse ». « Le
permanent politique consacre une part importante de son temps à régler les
problèmes techniques (papier, encre…) dans l’indifférence générale ».16
Les indices révélant les difficultés de la direction pour opérer une
transformation des moeurs militantes sont donc nombreux. Il est difficile de faire
entrer cette génération de 68 dans le cadre ancien préservé tant bien que mal par
la « génération héroïque » incarnée par Pierre Frank.

C. Un exemple de « rigueur organisationnelle » : la discussion
sur le cas Volna

Les jeunes dirigeants, en phase avec la génération nouvelle, prennent leur
part à la lutte pour construire une organisation nécessaire pour assurer la victoire
en cas d’une future crise révolutionnaire. Il n’est pas envisageable qu’une
révolution réussisse sans outil révolutionnaire adéquat. L’idée que le vieux
monde ne s’effondrera pas de lui-même est constitutive de la démarche
militante17. Plus que jamais la question du « front interne » est prioritaire à
l’automne 1971. Il s’agit de continuer l’effort entrepris pour transformer
l’organisation en une phalange de militants motivés et pleins d’abnégation.
Un cadre de province, comme Héchempy écrit « Le statut d’adhérentsympathisant
est voué à une mort prochaine »18. Ce militant du Havre19 est
membre du CC et de la DV du Havre. Le 17 octobre 1971 cette dernière fustige
l’individualisme, regrettant que 12 militants sur 24 n’aient pas vendu Rouge
publiquement20.
Ce reproche est également fait par un autre militant de la DV du Havre,
Piter (MI-SE lui aussi, adhérent récent, il fut titularisé le 19 septembre 1971), à
Volna, très jeune militant stagiaire, dont on discute la titularisation :
« il a du mal à vendre Rouge en public, chaque distribution de tracts est pour lui
une mortification ».
En plus Volna, qui est coursier, « n’a jamais fait d‘exposé tant soit peu
correct », il n’a donc pas les connaissances marxistes de base, il ne sait pas
organiser les sympathisants sur son lieu de travail (« quid de la réunion des
jeunes quincailliers qui devait avoir lieu? » déplore Piter), et enfin « il passe
trop de temps au bar de la Maison de la Culture avec la faune qui l’entoure »:
« sa vie privée n’est pas celle que l’on peut attendre d’un militant
révolutionnaire ».
Et la conclusion de Piter est nette :
« Le camarade n’apparaît pas comme pouvant devenir militant révolutionnaire
rapidement. Il faut écarter le camarade des activités de l’organisation, ce qui ne
signifie évidemment pas l’absence de tout contrôle sur sa vie de sympathisant ».
Certes la position de Piter est minoritaire. Non seulement il prône
l’exclusion, mais de plus il souhaite que l’organisation le contrôle une fois
redevenu sympathisant. La DV ne le suivra pas totalement. Volna n’est pas
titularisé, et comme on arrive au bout des 18 mois statutaires de stage, la DV se
rallie par 4 voix pour, 1 contre, 1 abstention à la proposition de la cellule de
Volna (Paul Lafargue) pour demander au CC de prolonger son stage21.
Certains militants récents apprennent donc vite les principes du
bolchevisme ou en tout cas ceux qu’ils prennent pour tels. D’autres sources
semblent montrer qu’une telle « rigueur » n’est pas exceptionnelle, même si les
modalités diffèrent sans doute. Un dirigeant national, membre du BP, Puech
(Antoine Artous), n’écrit-il pas le 19 décembre 1974 :
« Il faut devenir sérieux sur la question du recrutement, un camarade peut très bien
redevenir sympathisant après avoir été stagiaire. Cela veut dire qu’on ne peut plus
accepter dans le parti des camarades dont on ne sait pas très bien ce qu’ils font ou
qui militent quand ils y prennent du plaisir »22.
C’est cette conception, ancienne, de la « vertu militante » avec ses
« qualités » nécessaires (dévouement, discipline, honnêteté…) que François
Fourquet, lui-même ancien militant de la JCR, trouve attristant dans son livre
L’Idéal historique23. Ses idées sont partagées par Deleuze, Guattari, Lyotard, les
idéologues du désir, qui remettent en cause le type de militantisme traditionnel,
générateur de bien des frustrations, parlant « d’idéal militant/limitant ».
Polémiquant contre eux, Daniel Bensaïd exalte lui, de manière idéaliste et
vague le modèle classique :
« La “vertu militante” qui attriste Fourquet, avec son cortège de “qualités”
nécessaires à la lutte (dévouement, discipline, honnêteté) peut être aussi une
aventure et une esthétique »24.

II. Une précoce crise du militantisme

Malgré la référence au bolchevisme en matière d’organisation, un des
aspects constitutifs de l’identité de la Ligue, une partie importante des militants
se révèle incapable de se soumettre à ce modèle. Cette distance entre les
exigences de la direction de l’organisation et les caractéristiques de son vivier
militant entraîne une crise du militantisme, diagnostiquée très tôt. L’auteur du
texte « Les indices du malaise », daté du 8 janvier 197325, constate qu’entre les
2ème (mai 1971) et le 3ème congrès (décembre 1972) de la Ligue communiste, 500
militant(e)s ont quitté l’organisation, départs compensés il est vrai par 800
adhésions. Mais ce qui est inquiétant c’est que ces départs « affectent des noyaux
militants faisant partie de l’ossature de l’organisation »26.
Un autre texte interne d’avril 1973, « Militer autrement »27, parle
« d’organisation passoire », expression reprise en 1976 par Anna, Betsheva,
Jérôme, militants rouennais28. Un autre militant lui aussi rouennais précise :
« Une démission est compensée par une adhésion, l’échange standard évitant à
la machine de s’arrêter »29.
La crise n’est pas limitée à Rouen, elle touche d’autres bastions, Toulouse,
Marseille, et aussi Grenoble30. Les militants de l’organisation tentent de trouver
des explications à cette situation.

A. Une tentative d’explication politique

Avec la constitution de l’Union de la gauche, les partis de la gauche
classique semblent désormais capables de donner une issue politique à la crise,
pensent les militants : « nous collons moins bien à la situation »31. Après mai 68,
« nous faisions l’événement et on se retrouvait quasi quotidiennement dans les
colonnes du Monde. La politique c’était les drapeaux rouges claquant au
vent »32. L’intervention traditionnelle qui consistait en des initiatives centrales,
en une intervention propagandiste était valorisante et finalement plutôt facile. Ce
type de militantisme, « nécessaire pour conquérir le premier droit, nous
exprimer dans le mouvement ouvrier », a entraîné l’émergence d’un type de
militant particulier :
« l’étudiant libre, sans enfant, sans travail de masse important dans son milieu »,
toujours disponible donc pour des initiatives centrales, voire ces « coups »,
ces actions spectaculaires « ayant un caractère substitutiste par rapport au
mouvement de masse » : contre la CFT à Citroën ou contre Ordre Nouveau le 21
juin 197333. Dans certains textes apparaît même une autocritique :
« nous avons sacrifié une génération de militants, écartelés par les fameux
“ciseaux”, d’un côté nos forces, faibles, de l’autre, nos tâches démesurées »34.

B. Une explication sociologique

Or les étudiants vieillissent. En 1973 « l’assiette de l’organisation repose
dans une proportion importante sur des camarades étudiants qui atteignent
entre 24 et 27 ans, souvent des camarades qui n’ont pas achevé leurs études en
68 et qui les ont plus ou moins sacrifiées à la période de percée de
l’organisation »35. Beaucoup sont au chômage, font des « petits boulots » ou sont
MA (Maîtres auxiliaires) dans l’Education nationale. De plus pour beaucoup de
militants, l’arrivée des enfants impose une difficile gymnastique. Enfin malgré la
volonté de donner la priorité au « travail ouvrier », la Ligue a du mal à recruter
des militants ouvriers, encore plus de mal à les stabiliser et à leur donner une
place politique36 :
« Les travailleurs qui nous ont rejoint dans leur grande masse sont des jeunes sans
grande expérience syndicale et peu reconnus dans leur entreprise »37.
Donc la génération des pionniers s’épuise et le type d’organisation qu’ils
ont construite ne permet pas, du fait de ses rythmes, de sa « culture », aux
militants ouvriers de s’y sentir bien. Un texte rouennais parlera de « rendre
habitable » l’organisation par les ouvriers.

C. Une explication culturelle : la persistance du chauvinisme
mâle

Un autre mal, toujours d’après les militants qui s’expriment sur le sujet,
contribue à affaiblir l’organisation, ce sont les rapports hommes-femmes. Certes
il n’est pas question d’imposer de normes en matière de sexualité, mais
« les rapports entre militants et militantes ne sont pas toujours empreints de
“morale révolutionnaire” »38.
Puech précise même qu’une certaine conception de la transformation des
rapports sexuels inspirée de Reich « renforçait la domination des mecs »39. Or
même s’il ne s’agit pas de sombrer dans « le moralisme petit bourgeois de
L.O. », il faut montrer que « dans la construction de l’organisation balbutient les
nouveaux rapports que nous voulons construire », fort éloignés de
« l’existentialo-libertarisme à la mode »40.
Cette difficulté pour les militantes à vivre dans une organisation au
« bolchevisme bien rudimentaire » (Puech) est illustrée par une affaire très grave
concernant un militant de la cellule Lettres de Jussieu (Paris 7). Après enquête
de la commission de contrôle, le CC a la conviction que l’accusation de viol
portée contre lui est justifiée ; il demande donc à sa cellule de l’exclure de la
Ligue. La cellule qui ne nie pas les faits reprochés au camarade s’est contentée
de le muter, elle veut bien reconsidérer sa position mais vote la sanction la moins
grave prévue par les statuts, le blâme. Sur un effectif de 12 militants, 5 votent le
blâme, 4 la rétrogradation (au rang de stagiaire), 1 l’exclusion, enfin un stagiaire
vote le blâme, l’autre la rétrogradation. Cette étrange mansuétude est justifiée
ainsi par la cellule :
« La faute a été commise à un moment où la compréhension de l’organisation sur
le sujet, sans être pour autant correcte, était en-deça de notre compréhension
d’aujourd’hui, cette dernière étant en-deça de notre compréhension future »41.
Mais d’autres défauts contribuent à affaiblir l’organisation, notamment le
« climat de suffisance » instauré par certains. Nous n’avons pas tous eu, poursuit
Verla, « les mêmes conditions de départ, la même formation, les mêmes tâches
familiales »… aussi tant qu’on n’aura pas pris conscience des problèmes posés
par ces inégalités « les rapports de domination d’oppression » existeront aussi
dans l’organisation42.

D. Une lucidité qui n’empêche pas la crise de se développer

Au moment de démissionner de l’organisation ou de renoncer à leurs
responsabilités dans celle-ci, souvent premier pas vers leur sortie, il n’est pas
rare que les militant(e)s s’expliquent. Ces lettres témoignent du sérieux avec
lequel ces militants considèrent leur engagement et du respect de leurs
camarades à qui il doivent des explications. Souvent la démission intervient au
moment où change la situation sociale du militant, tel est le cas pour
Modzelewski, militant du Havre, étudiant en philosophie à Rouen (en licence).
Sur le point d’être embauché à la mairie du Havre comme auxiliaire de bureau,
sans désaccord politique majeur, simplement décu par la faible activité de
l’organisation havraise, il démissionne et profite de l’occasion pour conseiller à
la direction de l’organisation « d’user moins » les militants. Il dit de lui-même :
entré à la Ligue en mars 72, « je fus absorbé très vite dans des tâches de
direction locale (février 1973)…qui m’ont vite épuisé »43. Et le congé militant de
quelques semaines qu’il a demandé pour finir sa licence n’a rien résolu.
Les documents actuellement disponibles permettent moins bien de cerner
les causes du départ de deux dirigeants parisiens, Vautier et Simone. Dans une
note jointe à son compte-rendu, le 29 mai 1975, « Pour mettre fin à des
rumeurs », le secrétariat du BP confirme la démission de deux dirigeants de
l’organisation, membres du CC, « le camarade Vautier et la camarade Simone,
sans désaccord politique, pour des raisons personnelles », « insertion
professionnelle, stabilité sociale », mais aussi « mode de fonctionnement de
l’organisation »44.
Etienne de la cellule Livre-imprimerie de Rouen se contente de
démissionner de la DV pour mieux se consacrer au travail ouvrier. Il n’a pas
accepté, dit-il, les carences de l’organisation dans la grève Caron-Ozanne,
« pourtant animée par des camarades à nous »45.
Dans une lettre plus développée, « la camarade Lancien »46, toujours de
Rouen, explique sa démission des instances de direction, DV et CC, par son
besoin de retrouver un second souffle. Elle se sent usée par un certain type de
fonctionnement, individualiste. Certes, en tant que femme dirigeante elle n’a pas
été victime de pratiques phallocratiques, mais elle se sent considérée comme un
« monstre politique » (« il y a les filles avec qui l’on couche, celles avec qui l’on
discute ») et ce statut l’a amenée à des échecs répétés sur le plan affectif 47.
La lettre de Rabah pour expliquer sa démission, qu’il perçoit comme
provisoire, car ce ne sont pas des désaccords politiques qui motivent sa
démarche, résonne comme un cri de désespoir :
« Vu la situation actuelle dans laquelle je me trouve (chômage, garde de la gamine,
problème de fric), je ne vois plus où puiser la force qui me permettrait de
militer »48.
Confrontés aux départs définitifs que sont les suicides, les militants
réagissent avec douleur et rage de n’avoir pas pu ou su répondre à leurs
camarades désespérés, ainsi lors du suicide d’Anne-Sylvie Tonnelot, âgée de 30
ans, ancienne de la JCR et de la Ligue,
« qui n’acceptait pas l’incapacité actuelle de l’extrême gauche à donner pleinement
solution à la crise sociale qui secoue le monde capitaliste »49.
A propos du suicide de Michel Hascouet, lui aussi ancien de la JCR et de
la LC, à Besançon, l’autocritique faite par Michel Perret dans Critique
communiste est moins générale. Si la LCR a été incapable de l’aider au cours de
sa longue maladie, c’est par ignorance, par non disponibilité due à la surcharge
des tâches militantes, parce que les militants continuent à diviser sujet
public/sujet privé50.
Globalement les militants qui s’expriment dans les divers textes internes
font un constat lucide. Il est confirmé par les lettres souvent poignantes écrites
par les militant(e)s au moment d’une demande de congé militant, d’une
démission des instances de l’organisation ou de l’organisation tout court. Ce
n’est pas la conception bolchevique du parti qui est remise en cause, du moins
par les militants qui s’expriment. On déplore plutôt « notre bolchevisation bien
rudimentaire » (Puech) et on va tenter de réformer le parti, à la recherche d’un
bolchevisme moderne en quelque sorte.

III. Tentatives de réponses à la crise du militantisme

A. Des réponses classiques

Confrontée à ces départs sans désaccords politiques, l’organisation
nationale poursuit le débat par le biais de Rouge. La lettre d’un militant ouvrier
rouennais est publiée51. Celui-ci voit deux obstacles à l’adhésion des militants
ouvriers : d’une part le trop grand nombre d’activités auxquelles un militant est
tenu de participer (meeting, réunions…), de l’autre le niveau trop élevé des
cotisations. Dans sa réponse le journal ne nie pas ces problèmes, il tente
d’apporter une première réponse. Il reconnaît que, la période politique ayant
changé, l’heure n’est plus aux interventions tous azimuts, épuisantes, mais à
l’implantation en profondeur dans les entreprises. Quant aux cotisations
effectivement élevées, mais « dont le montant est proportionnel aux revenus de
chacun », il est toujours possible de discuter collectivement et de diminuer son
montant « si cela peut poser problèmes avec son conjoint ». La réponse est
classique, peu novatrice. Il est difficile de faire autrement pour une organisation
encore modeste aux ambitions énormes. La LCR s’engage au même moment
dans une nouvelle campagne présidentielle et annonce sa volonté de transformer
Rouge en quotidien.
A la même époque, toujours à Rouen, pour mieux insérer l’organisation
dans les réalités locales, on tente de la réorienter vers les quartiers. C’est donc
une réponse organisationnelle à la crise qui est donnée, avec la décision prise en
1975 de regrouper la quinzaine de cellules en sections géographiques (Rouencentre,
Elbeuf-Renault-Cléon, Grand-Quevilly, Saint-Etienne du Rouvray-
Sotteville) de façon à relativiser les initiatives centrales, les interventions
propagandistes, au profit du travail dans les entreprises. Il s’agit ainsi de
réenraciner les militants dans leur milieu, en particulier les étudiants dans
l’Université et de mieux préparer l’organisation aux prochaines échéances
électorales.52
Une deuxième idée lancée par le texte interne de la tendance majoritaire
(Damien-Delavigne…), toujours au cours de la discussion préparatoire au
congrès local de Rouen de Pâques 1976, serait d’intégrer collectivement
plusieurs dizaines de sympathisants ouvriers de façon à opérer la fusion entre
cette «avant-garde large» qu’ils sont censés représenter et les marxistes
révolutionnaires. En effet lors d’une discussion en DV53 est souligné
« le danger de vidage de l’organisation au profit des structures en prise sur le
milieu, et n’impliquant pas les mêmes contraintes ».
A l’hôpital psychiatrique par exemple, la majorité des militants impliqués
dans le travail de masse refusent d'intégrer la cellule ou la quittent. A la Sécurité
sociale « notre camarade démissionne au moment où nous créons un Groupe
Taupe de 10 personnes », dans telle cellule, une militante – la seule à intervenir
dans l’entreprise – menace de démissionner pour ne plus venir qu’au groupe
taupe et à la commission CFDT. L’appartenance à l’organisation apparaît donc
plutôt comme un obstacle que comme une aide au travail militant dans
l’entreprise.
Cette proposition d’intégration massive ne semble pas judicieuse à Anna-
Betsheva-Jerome, auteurs du texte « la mutation ou la mort » :
« On risque d’écoeurer ces militants qui sont autour de nous. Ne jouons pas notre
implantation à la roulette russe ».54
Elle ne sera d’ailleurs pas suivie d’effet car il ne s’agit pour aucun des
protagonistes du débat d’abaisser le niveau d’exigences demandé aux militants.

B. Une réponse audacieuse : la maison des enfants à Rouen

Cependant sans attendre davantage, les militants de Rouen vont tenter de
prendre en charge collectivement le problème des enfants. Il n’est pas question à
la Ligue d’interdire aux militants d’avoir des enfants. Au congrès de Pâques
1976, une résolution a été votée mandatant la nouvelle DV pour mettre sur pied
une maison des enfants à la rentrée scolaire. Plusieurs documents nous informent
sur cette expérience55. Un pavillon est trouvé assez vite, une permanence
embauchée et grâce au gros travail d’une demi-douzaine de militants fin août, la
maison est opérationnelle à la rentrée. La maison fonctionne avec la participation
des parents qui se relaient auprès des enfants, surtout du mardi soir au mercredi
soir, le samedi et quand l’organisation en a besoin, notamment lors des meetings.
Il n’est pas question de faire une structure parallèle à l’école, de déscolariser les
enfants. Au début l’initiative ne convaint pas de nombreux parents militants, elle
commence avec 10 enfants seulement, et les cotisations versées par les parents
ne parvenant pas atteindre les 3000 francs nécessaire au fonctionnement, la
Ligue fournit une subvention mensuelle de 2000 francs. La deuxième année 19
enfants sont accueillis, ce qui permet à la Ligue de diminuer sa contribution à
900 francs par mois. Le deuxième texte nous donne la profession des parents,
militants (les deux tiers) et sympathisants : 9 dans la santé, 4 éducateurs et 8
enseignants, 2 PTT et 3 divers. A bien des égards cette expérience est considérée
par les rédacteurs des textes comme un succès, les enfants (de quelques mois à 7
ans) y sont heureux, les parents sont libérés pour les tâches militantes, mais
manifestement la maison des enfants ne fait pas l’unanimité dans l’organisation
rouennaise. Le deuxième texte fait état de critiques lancées par la camarade
Anna à Paris lors de la conférence nationale Femmes de juin 1977.
Elle aurait critiqué le loyer jugé excessif, la localisation du pavillon dans
un quartier bourgeois, le danger de voir se développer une idéologie « éducation
parallèle », enfin cette initiative aurait empêché une campagne de crèches, « les
militant(e)s de la Ligue ayant réglé leurs problèmes d’enfants ». Les rédacteurs
du deuxième texte s’étranglent d’indignation, d’autant que, ajoutent-ils, Anna
s’est fort peu investie dans l’initiative.

C. La remise en question du léninisme ?

Cette difficulté à concilier vie privée et militantisme suscite de véritables
cris de désespoir. Ainsi Claire, sur le point de devenir psychiatre, annonce son
départ de la Ligue huit mois après la naissance de son enfant, « j’étouffe »,
« militer et avoir un enfant est contradictoire »56. Pour d’autres militants
rouennais, il s’agit au plus vite de changer de culture militante. Nous assistons à
la fin d’un certain type de militant qui a peu changé depuis Lénine.
Il faut revoir la notion de révolutionnaire professionnel, remettre en cause
la division entre la vie militante et personnelle :
« La plupart d’entre nous refusent d’appartenir à une génération sacrifiée. Les
urgences et les priorités de la vie politique ne suffisent pas à justifier la
transformation de chacun d’entre nous en une petite taupe asexuée brandissant un
drapeau rouge »57.
Face à cette situation, des membres de la direction nationale engagent une
réflexion de fond. La revue Critique communiste s’en fait l’écho, consacrant un
numéro spécial à « Militantisme et vie quotidienne »58. Plusieurs des ténors de
l’organisation y prennent part, Daniel Bensaïd, Michel Lequenne, Antoine
Arthous, Alain Brossat, Denise Avenas, Frédérique Vinteuil. Ils constatent tout
d’abord que le modèle militant auquel se réfère la Ligue, « les révolutionnaires
professionnels », organisés en « cohortes disciplinées et centralisées » est un
produit de l’histoire59. Le « vécu subjectif » est donc refoulé et le révolutionnaire
« s’impose une discipline, une sorte d’ascèse permanente »60. Quant aux épouses
des militants, quelle que soit leur valeur intellectuelle, elles ont trop souvent
« les ombres portées des grands hommes, leur sécurité, leur “home” »61. Or dans
les années 1970, cette forme de couple militant est en train de mourir. Le constat
est donc lucide, mais les auteurs reconnaissent la difficulté d’indiquer des
perspectives. Ils se refusent à liquider le léninisme, à contre courant d’une
certaine mode, mais ne proposent aucune orientation nouvelle précise pour
enrichir ce modèle militant, si ce n’est quelques généralités sur la nécessité
d’élargir l’action politique à l’ensemble des domaines de la vie.
D. Des remèdes et un questionnement qui n’empêchent pas un
éclatement tous azimuts
• La remise en cause du schéma léniniste d’organisation
Ainsi à Rouen peu avant les élections législatives de mars 1978 plus de 20
militants démissionnent. C’est un départ numériquement très important, les
effectifs de la Ligue à Rouen dépassent de peu la centaine à cette date. Les
militants expliquent longuement leur démarche, notamment dans un texte signé
de Leblanc et de 22 militants62. Ils quittent la Ligue pour soutenir les candidats
de la Convergence Autogestionnaire, regroupement de militants d’horizons
divers alors que la démarche de la LCR, expliquent-ils, est un obstacle à une
démarche de Front unique. La LCR est accusée de sectarisme. Elle est incapable
de se lier aux masses, en particulier
« parce qu’il n’y a pas de “militants ouvriers normaux” à sa direction. Seuls ceux
qui ne travaillent pas 40 heures, seuls ceux qui acceptent de sacrifier leur vie
affective ou celle de leur compagne/compagnon sont dans les directions ».
C’est plus un désaccord sur la conception du parti révolutionnaire, la Ligue
n’ayant pas su sortir du modèle bolchevik, qu’un désaccord sur le programme et
la ligne politique qui motive ces départs.
On trouve un écho de ce malaise dans les comptes rendus d’un débat de la
cellule Enfance handicapée qui pointe le doigt sur le fait que
« Pour beaucoup, l’organisation est devenue un but d’existence, réinstaurant par làmême
des phénomènes substitutifs de ce qui se passait à l’extérieur (hiérarchie,
volonté de puissance) »63.
Malgré l’analyse de certaines des imperfections de la Ligue, de son
inadaptation à la situation nouvelle, l’organisation aura du mal à trouver les
réponses adéquates. La prise de conscience n’est pourtant pas limitée à Rouen.
Des textes ou résolutions nationales témoignent de la volonté des instances de
direction de rendre la Ligue « habitable par les ouvriers », ainsi un texte de la
TD (Tendance majoritaire) préparatoire au 2ème congrès (1976). Il n’hésite pas à
relever plusieurs défauts couramment répandus, héritage de « nos déformations
estudiantines après mai 68 : langage codé, arrogance, verbiage, terrorisme
verbal… ». Il demande qu’« on en finisse avec la sélection des responsables, des
militants, par le savoir-faire culturel et le fric » et que « les femmes et les
ouvriers soient promus dans les directions, cela se passe par la création de
crèches et un fonctionnement moins activiste »64.
Mais il y a souvent une grande distance entre le constat, souvent lucide, et
les mesures prises.
• La crispation sur le schéma bolchevik traditionnel
Les quelques tentatives de réforme du régime intérieur, comme par
exemple la création de la crèche de Rouen, n’empêchent pas la crise de se
développer. Au moment même où était expérimentée une prise en charge
collective du problème des enfants, trois militants ouvriers rouennais choisissent
de quitter la Ligue pour rejoindre un groupe trotskyste très minoritaire, la Ligue
trotskyste de France (LTF), section sympathisante de la Tendance spartaciste
internationale65. Cochise est un jeune ouvrier, membre de la DV rouennaise,
Thimbault et Clément sont ouvriers à Renault-Cléon, membres de la direction de
la section Elbeuf-Renault-Cléon. Il ne reste désormais plus qu’un militant de la
Ligue à Renault-Cléon, il a des responsabilité syndicales, un bilan de la cellule le
décrit comme débordé et ajoute « notre apparition apparaît (sic) largement
charismatique, hyper-personnalisée »66.
Les militants démissionnaires refusent, disent-ils, de continuer à faire
partie d’une organisation qui trahit le trotskysme… depuis le début des années
50. Il reprochent à la Ligue de ne pas caractériser l’Union de la gauche comme
Front populaire, et ainsi de contribuer à « enchaîner les ouvriers au Front
populaire ». Ils reprennent les anciennes critiques contre les Pablistes, « le bloc
pourri » que constitue le Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale.
C’est par la reprise d’anathèmes anciens et la mise en avant d’un désaccord
sur les mots d’ordre que ces militants manifestent leur désarroi face à une
organisation qui ne parvient plus à progresser.
Les raisons qui amènent d’autres militants à quitter la Ligue pour la LCI
puis l’OCI, en 1979-80, sont voisines. Les militants « sortistes » reprochent à la
LCR de s’adresser à l’avant-garde plutôt qu’à l’ensemble de la classe ouvrière et
aussi de confondre Front populaire et Front unique ouvrier. Dans sa lettre de
démission Richard (cellule Guéguen), le 5 février 1980, se dit « opposé à la
ligne liquidatrice de la LCR et du SU qui s’alignent de plus en plus sur la
politique centriste du SWP »67. Outre Richard, Michel Kermiche, cheminot,
candidat suppléant de Michèle Ernis dans la 3ème circonscription (Sotteville-lès-
Rouen) aux élections législatives de 1978, quitte la Ligue. Il constitue fin 1979
un groupe de cheminots LCI avec M. Dupont et G. Calipe à Sotteville68.

Conclusion

Au lendemain de Mai 68 les militants de la Ligue communiste tentent
vraiment de construire une organisation, sinon bolchevique, du moins sérieuse.
Ils sont persuadés qu’une des raisons de l’échec de Mai 68 est l’absence d’un
parti révolutionnaire. Persuadés aussi qu’une telle crise ne manquera pas de se
reproduire, ils s’emploient à le construire de toute urgence. Bien vite ils doivent
se rendre à l’évidence, ils sont bien isolés. Ni le score de leurs candidats aux
élections, ni l’évolution de leurs effectifs ne témoignent d’une insertion, même
modeste, dans la société française. Le désenchantement vient vite et beaucoup
renoncent, écartelés entre les nécessités de la vie quotidienne – la vie triviale – et
cette tâche qui leur semble au-dessus de leurs forces, la construction d’un parti
révolutionnaire. La direction de l’organisation, elle-même touchée par cette
« crise du militantisme », attachée à la formule bolchevique, ne sait pas vraiment
proposer de solution novatrice. Elle assiste impuissante au départ de
nombreux(ses) militant(e)s.
Même si certaines démarches aboutissent au repli sur la sphère privée, les
démissions signifient rarement désintérêt, fin de l’activité politique ou citoyenne.
Les ex-militant(e)s mettent simplement fin à un engagement sacrificiel
(léniniste). Ils participent désormais souvent à des collectifs aux activités
spécialisées et à dimension conviviale. Ce peut être un syndicat, un groupe
femmes ou une municipalité, ce sont souvent des comités. Ainsi le « Comité de
soutien à la lutte révolutionnaire du peuple chilien » ou les divers Comités Chili,
accueilleront nombre d’ex-militant(e)s dans la deuxième moitié des années 70.
D’autres choisiront l’écologie, la lutte contre le racisme ou les droits de
l’homme, causes « mondialistes » de nature à intéresser des militants qui
d’emblée avaient situé leur combat à l’échelle universelle. La multiappartenance
est courante :
« Je n’entends pas rester inactif, mais je ne me sens pas mûr pour reprendre le
combat sur le plan interne. Je continue à militer dans quelques comités », écrit
Yves Laot le 2 novembre 197869.
Dans son étude sur les nouveaux militants, Jacques Ion résume assez bien
la nouvelle réalité militante par la formule :
« Le Nous est composé de Je »70
Cette montée de l’individualisme aboutissant à un « engagement
distancié » (Jacques Ion) sur fond « d’accroissement du niveau culturel des
masses », que Denise Avenas et Alain Brossat avaient bien perçu dès 197671,
n’allait pas manquer de poser des problèmes à une organisation porteuse d’un
modèle militant ancien, particulièrement typé, celui du « militant
professionnel ».

Notes
1. Cahiers de recherches socialistes (CRS), bulletins d’histoire et de sociologie du
XXème siècle, Cahiers d’études et de recherches socialistes (CERES).
2. D’après Rouge n°16 (16 avril 1969), 65% des délégués ont entre 19 et 25 ans, mais
l’âge moyen des militants est plus bas que celui des délégués.
3. Pour les calculs précis voir notre mémoire de DEA, La Ligue communiste. Tentative de
construction d’un parti révolutionnaire en France après mai 68, Poitiers, 1999.
4. Rouge n°12, 19 février 1969.
5. L’Etincelle était le premier nom de la feuille locale, avant qu’elle ne devienne Lutte
Continue, dès la rentrée de septembre.
6. Archives privées Gérard Filoche (APGF). Carton Rouen.
7. Annie Kriegel, dans Les communistes français 1920-70, Seuil, 1985, donne les taux de
cotisation du PCF en janvier 1970. Le montant le plus élevé, payé par les salaires
supérieur à 2000 f., est de 20 f. Pour un salaire de 1500-2000 f. : 15f., pour un salaire
de 700-1000 f. : 5 f….
8. Cahier Rouge n°10-11, p. 162, résolution 4.
9. BDIC, B.I. parisien n°3, février 1972.
10. Ces stages eurent lieu dans le Foyer des jeunes travailleurs, sous le couvert de
l’association Le Droit à la paresse, créée par la Ligue. Simultanément avait lieu un
stage d’Objectif 72, regroupement de gaulliste de gauche qui invitèrent ces jeunes
gens sympathiques à leurs soirée cinéma, d’après les Cahiers des stages conservés
(APGF).
11. DV : Direction de ville, DS : Direction de section à Paris, BC : Bureau de cellule.
12. APJPS. Lettre du BP, Paris 7 septembre 1971, 4 pages ronéotypées.
13. APGF. Cahiers des stages d’été. Montargis 1971. Bilan du stage 5.
14. Ibid.
15. Bulletin d’histoire et de sociologie du XXème siècle, n°50, mai 1973, « Militer
autrement ».
16. Cermtri. Archives privées Michel Kermiche (APMK). Bulletin de sociologie
rouennaise, n°5, 3 novembre 1978.
17. Cette phrase de Daniel Bensaïd témoigne du volontarisme qui a cours à la Ligue :
« Le monde nouveau ne naîtra que de nous-même », Rouge, n°206, 25 mai 1973, p.9.
18. APJPS. Le Havre. Carton Vie interne. Texte d’Héchempy, 20 novembre 1971,
préparation du congrès de ville de décembre.
19. Héchempy, pseudonyme de Jean-Philippe Ternon, étudiant en sciences économique à
Rouen, MI-SE (Maître d’internat-surveillant d’externat) dans un collège du Havre, est
représentatif des cadres de la Ligue à cette époque.
20. APJPS. Le Havre. Carton Vie Interne. Motion Paul Lafargue et débat de la DV sur le
cas Volna et explication de vote de Piter. 4 juin 1972.
21. Ibid.
22. Cahier de recherches socialistes (CRS) n°5, 19 décembre 1974.
23. Paru dans la revue Recherches n°14, janvier 1974, puis repris dans la collection 10/18
en 1976.
24. Rouge n°251, 19 avril 1974, p.20.
25. Bulletin d’histoire et de sociologie de XXème siècle, mai 1973, n°50, « Les indices du
malaise », p.19-21.
26. Ibid.
27. Ibid. p.21-26.
28. Certri. Archives privées Michel Kermiche. Texte interne, la mutation ou la mort, 24p.,
8 mars 1976.
29. Ibid. APMK. Texte de Graal, en vue du congrès local de Pâques 1976.
30. Ibid. APMK. Texte de Damien, Delavigne, Julius, Leblanc, Meije, Contribution au
congrès de ville de Rouen, Pâques 1976, 18p.
31. « Les indices du malaise », op.cit.
32. CRS n°34, après juin 1975. Puech, « Militantisme, vie quotidienne, morale
révolutionnaire ».
33. Ibid. APMK. Texte de Damien, Delavigne…op.cit.
34. Ibid. APMK. Texte Anna, Btesheva, Jerôme, 8 mars 1976, op.cit.
35. « Les indices du malaise » op.cit.
36. CRS n°6. Texte majoritaire 1974.
37. « Militer autrement », op.cit.
38. Ibid.
39. CRS n°34, op.cit.
40. Ibid.
41. APGF. Carton Paris Secteur étudiant. Lettre manuscrite (6 pages) de la cellule Lettre
Paris 7 (Jussieu), dépôt 41, au CC, 25 juin 1974. Jean-Michel Mension (Alexis
Violet), membre à l’époque de la Commission de contrôle, évoque cette affaire sans
fard, dans ses Mémoires, Le temps gage, Editions Noésis, 2001, p. 277. « Les
principes élémentaires de comportement » n’avaient pas été respectés par les
militants, déplore-t-il.
42. Catherine Verla, « Féminisme, Famille, Sexualité », Critique Communiste, n°4,
décembre 1975-janvier 1976, p.76…
43. APJPS Le Havre. Carton Vie interne. Lettre reproduite in DEA JPSalles.
44. APGF. Carton Circulaires du BP.
45. Cermtri. APMK. Lettre 15 septembre1975.
46. Pseudonyme de Rica Bentolila, candidate suppléante aux législatives de 1973, dans la
circonscription d’Elbeuf-Cléon.
47. Ibid. Lettre 6 octobre 1975.
48. Ibid. in Informations et Documents n°5, Lettres de Rabah, 8 juin 1976.
49. Rouge n°296, 19 avril 1975 p.2.
50. Critique communiste n°4, décembre 1975/janvier1976, p.107 « Nous n’oublierons
pas ». Michel Perret était le pseudonyme de Jacques Hassoun (1936-1999), médecin,
ayant enseigné la psychanalyse à Vincennes, militant à la Ligue jusqu’à la fin des
années 70 (voir Rouge n°1825, 29 avril 1999, article de Michel Lequenne).
51. Rouge quotidien n°17, mai 1974, courrier des lecteurs. Rouge fut momentanément
quotidien (un mois) pendant les élections présidentielles de 1974.
52. Graal dans son texte le congrès de Pâques 1976 (op.cit.) reconnaît que c’est un
progrès et Anna-Jérôme que les sections correspondent à peu près au découpage des
circonscriptions électorales (Texte interne, 2 janvier 1978).
53. Cermtri. APMK. Information et document n°9, 17 novembre 1975.
54. Op.cit., 8 mars 1976, 24 p.
55. Cermtri APMK. Un premier bilan du 3 octobre 1976 (3p.) dû à Stassin-Betsheva et un
texte du 11 novembre 1977 des mêmes Stassin-Betsheva auxquels se sont joints
Chris, Marker, Ricard, Vernon.
56. Cahiers du féminisme, n°3, mars 1978, pp.37-38.
57. Cermtri APMK, Texte Anna, Betsheva, Jérôme, 8 mars 1976, 24 pages.
58. Critique Communiste, n°11-12, décembre 1976-janvier 1977.
59. Ibid, Denise Avenas, Alain Brossat, “Notre génération”, pp.20-49.
60. Ibid, pp.31-32.
61. Ibid, p.44. L’auteur cite Kroupskaïa, l’épouse de Lénine, ou Natalia celle de Trotsky.
62. APMK Bulletin de sociologie rouennaise, n°31. On apprend par ce texte que le
Docteur Vivet (Carlos ou Martel ?) fait partie de ce regroupement.
63. Ibid. Bulletin de sociologie rouennaise, n°32, 6 p.ronéo. sans date (hypothèse 1976),
transcription d’un débat de cellule enregistré au préalable.
64. Bulletin intérieur préparatoire au 2ème congrès (1976), ABCD n°4, pp.4-6. Une
motion avait été votée au CC sur les crèches (avant octobre 1976), déplorant le retard
de l’organisation dans la prise en charge collective des enfants, à l’exception de
quelques villes, et demandant de toute urgence de prendre le problème collectivement,
y compris au CC. In Cahier d’Etude et de Recherches socialistes, n°48, p.9.
65. Cermtri APMK. Texte du 2 octobre 1976, 4p. ronéotypées.
66. Ibid. Bulletin de sociologie rouennais, n°37, Bilan de la cellule Renault-Cléon, 17 mai
1978.
67. Ibid. Lettre du 5 février 1980, 2 p. ronéotypées.
68. Ibid. Une page ronéotypée signée par ces trois militants « Pourquoi nous rejoignons le
Comité d’Initiative », organisation conjoncturelle impulsée par l’OCI fin 1979.
Michel Kermiche ayant rejoint l’OCI peu de temps après, il versera ses papiers au
Cermtri. Ils couvrent à peu près l’histoire de la Ligue au cours des années 1970 à
Rouen et nous informent sur la commission nationale SNCF de la LCR à laquelle
Michel Kermiche appartenait.
69. APGF. Lettre manuscrite d’Yves Laot à son ami Gérard Filoche. Militant d’Evreux,
Yves Laot, né le 6 janvier 1942 à Bourg-Blanc (29), était professeur au lycée
technique, il fut candidat suppléant aux élections législatives de 1973 dans la 4ème
circonscription de l’Eure (Les Andelys).
70. Jacques Ion, La fin des militants ?, 1997, Editions de l’atelier, 124 p.
71. Revue Critique Communiste, décembre 1976-janvier 1977, n°11-12.

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Re: La composition sociale des organisations

Message  gérard menvussa le Dim 14 Déc - 14:35

Il me semble que la remise en cause du modéle "militant" traditionnel est allé largement plus loin à feue la lcr puis au npa qu'à lutte ouvriére (qui là aussi paye une culture trés "conservatrice", pour le meilleur et pour le pire) Par ailleurs, elle n'affecte pas que les "militants politiques" de façon générale, mais l'ensemble des investissements collectifs dans le monde associatif. C'est trés bien expliqué dans cet entretien accordé par Jacques ion à l'occasion de la parution de son ouvrage sur "la fin des militants"

http://www.millenaire3.com/uploads/tx_ressm3/Jacques_Ion.pdf
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Re: La composition sociale des organisations

Message  Copas le Dim 14 Déc - 18:34


modéle "militant" traditionnel ou modèle étudiant et universitaire (version étudiants d'une autre époque) ?

Il ne faudrait pas non plus oublier d'être prudents sur ce qui est appelé la crise du militantisme.

Il y a également des aspects liés à l'usure de groupes petits, spécifiques, volontaristes, sur plusieurs dizaines d'années. Il y a des aspects liés à l'absence d'une stratégie validée par la lutte des classes.

Les pannes stratégiques actuelles exprimées par les difficultés à comprendre les mouvements de masse qui secouent des parties du monde dont une partie de l'Europe, l'obnubilation autour de vieux débris confits à cœur de bureaucratie n'aident pas à susciter une nouvelle aura de militantisme des organisations révolutionnaires.

Les impasses qui frappent par ailleurs, et dans un même mouvement, les grandes organisations à cause de leur bureaucratisme, leurs acoquinements avec la bourgeoisie et son appareil d'état, la défaite globale et rude de leurs stratégies, expliquent aussi des difficultés de militantisme.

Il n'y a pas de fin du militantisme et il ne faut pas jouer des effets d'annonce là dessus, car le militantisme existe toujours à grande échelle dans les associations par exemple et dans d'autres formes d'expression. Ces militantismes sont souvent aussi intenses que d'autres d'une autre époque.

Par exemple, les créations d'associations sont plus ou moins aussi importantes :


Le nombre de bénévoles a tendance à croitre en France.
Si la baisse du militantisme était une donnée lourde sociétale on ne verrait pas cela.
Alors ?

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Re: La composition sociale des organisations

Message  gérard menvussa le Dim 14 Déc - 18:46

Il n'y a pas de fin du militantisme et il ne faut pas jouer des effets d'annonce là dessus, car le militantisme existe toujours à grande échelle dans les associations par exemple
C'est un peu plus compliqué que ça ! Et si, il y a une vraie crise du "militantisme traditionnel" dans les associations, en particulier. Qui est en partie liée dans plusieurs secteurs ou elles officient à la question de la "professionnalisation" (dans le secteur de l'éducation populaire par exemple) Mais ça fonctione aussi (cette crise du militantisme "traditionnel") dans le sport, les activités culturelles, etc.


modéle "militant" traditionnel ou modèle étudiant et universitaire
On sort de ce modéle justement Et pas que dans le domaine politique ! Car si on prend l'éducation populaire par exemple, il y a un dégagement important de gens de cette origine, et encore une fois la question de la "professionnalisation" (qui prend un peu l'allure de la question de la "santé" ou on a remplacé les bonnes soeurs d'antan par des IDE)

Mais bon, là on s'éloigne un peu de la problématique de départ. Mais pas tant que ça non plus : il y a une "crise" générale de l'engagement (ce qui ne veut pas dire, loin de la, qu'il n'y a pas d'engagement non plus) que ce soit à lo ou à l'amicale bouliste du coin.
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Re: La composition sociale des organisations

Message  Copas le Dim 14 Déc - 19:58

gérard menvussa a écrit:
Il n'y a pas de fin du militantisme et il ne faut pas jouer des effets d'annonce là dessus, car le militantisme existe toujours à grande échelle dans les associations par exemple
C'est un peu plus compliqué que ça ! Et si, il y a une vraie crise du "militantisme traditionnel" dans les associations, en particulier. Qui est en partie liée dans plusieurs secteurs ou elles officient à la question de la "professionnalisation" (dans le secteur de l'éducation populaire par exemple) Mais ça fonctione aussi (cette crise du militantisme "traditionnel") dans le sport, les activités culturelles, etc.  

La progression du bénévolat et le nombre important d'associations en progression montre qu'il n'y a pas de crise du militantisme . Plus de 40% des bénévoles accordent plus de 5 heures par semaine en dehors de son travail et de toute activité rémunérée. Parler de professionnalisation est peut-être excessif. Comme parler de crise du militantisme.

Il faut donc cerner de quoi on parle. Ce n'est pas l'engagement des personnes envers leurs prochains (quoiqu'on pense des formes utilisées) qui est en cause. Ni le sérieux apporté.

L'Espagne nous a montré que des formes de militantisme masse sur une période non négligeable pouvaient émerger. Les indignés ont tenu plusieurs années à haut niveau, les marées blanches de la région de madrid avec des dizaines de milliers de personnes mobilisées pendant 1 an et demi, et enfin Podémos, malgré les critiques que je porte dessus, ont montré que la crise du militantisme est une donnée relative et concerne des choses bien précises.

gérard menvussa a écrit:
modéle "militant" traditionnel ou modèle étudiant et universitaire
On sort de ce modéle justement Et pas que dans le domaine politique ! Car si on prend l'éducation populaire par exemple, il y a un dégagement important de gens de cette origine, et encore une fois la question de la "professionnalisation" (qui prend un peu l'allure de la question de la "santé" ou on a remplacé les bonnes soeurs d'antan par des IDE)

Mais bon, là on s'éloigne un peu de la problématique de départ. Mais pas tant que ça non plus : il y a une "crise" générale de l'engagement (ce qui ne veut pas dire, loin de la, qu'il n'y a pas d'engagement non plus) que ce soit à lo ou à l'amicale bouliste du coin.  

Il n'y a pas de crise de l'engagement encore moins générale. Preuve est faite.
Par contre, et au plus prêt, il y a une crise des militantismes dépendant de stratégies spécifiques, celles du réformisme bureaucratique (20 ans de défaites), ainsi que, pour le syndicalisme à la base (qui fait face comme il peut avec ses crocs et ses désespérances, ses illusions et ses colères) le poids de la sur-agressivité de la bourgeoisie lié à la dépendance au bureaucratisme syndical.

Pour ce qui est des révolutionnaires, l'impasse stratégique est toujours importante et liée (sous forme de stratégies d'unité-débordement ou de soumission, on passe de l'une à l'autre) aux factions bureaucratiques réformistes dépendant étroitement de leurs liens aux patrons et à l'appareil d'état.

Reconstruire un militantisme de classe est possible à condition de savoir que cela ne peut s'abstraire de percées stratégiques importantes. Tant qu'on voudra refaire des séquences de la lutte de classe avec les mêmes mots et les mêmes formes, avec les mêmes tactiques que quand les partis ouvriers étaient puissants, ça ne le fera pas.

Le NPA a été une tentative vigoureuse et utile de rompre avec les impasses du passé.

Le fait que l'orientation qui a été majoritaire ait replongé dans des combinaisons politiciennes ne change pas trop aux leçons à tirer de cette expérience .
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Re: La composition sociale des organisations

Message  gérard menvussa le Lun 15 Déc - 11:03

Je suis désolé, mais tu ne comprend pas (ou plus précisément tu ne cherche pas à comprendre) mais la "crise du militantisme" se fait bien sentir dans le monde associatif. Par ailleurs, c'est vrai, on ne manque pas de "bénévoles" (je dirais même, bien au contraire) mais il y a pourtant une modification importante des modes d'engagement qu'on connaissait autrefois (dans les années 70) : le modéle du "militant" a laissé la place à une forme d'engagement plus "ciblée" (pour des objectifs bien précis) et plus "légère" (on s'engage pour quelques heures, quelques mois, mais pas pour la vie)
, il y a une crise des militantismes dépendant de stratégies spécifiques, celles du réformisme bureaucratique (20 ans de défaites), ainsi que, pour le syndicalisme à la base (qui fait face comme il peut avec ses crocs et ses désespérances, ses illusions et ses colères) le poids de la sur-agressivité de la bourgeoisie lié à la dépendance au bureaucratisme syndical.

Je ne cherche pas a relativiser le poids du "réformisme démocratique" bien au contraire. Mais ce que je dis est bien qu'il s'agit d'une part des limites du réformisme dans une période de crise du capitalisme, mais aussi de nouvelles formes d'organisations a trouver. Et c'est bien ce qui fait la différence entre la situation en espagne ou en italie, au canada (avec le "printemps érable") ou aux états unis, ou de nouvelles formes pour faire de la politique ont été cherchée et trouvée... Cela dit, il faut articuler la question de formes (quel type d'organisation, quel controle, etc) avec la question du contenu (c'est quoi être révolutionnaire au XXI° siécle) mais certainement pas nier qu'il y a aussi une question organisationnelle...
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Re: La composition sociale des organisations

Message  alexi le Ven 9 Jan - 22:39

Léon Trotsky

Plans pour l’organisation nègre

11 avril 1939


Notre parti n'échappera pas à la dégénérescence s'il demeure un endroit pour intellectuels, demi‑intellectuels, ouvriers qualifiés et ouvriers juifs qui construisent un milieu très fermé complètement isolé des masses authentiques. Dans ces conditions, notre parti ne peut pas se développer ‑ il dégénérera. Il nous faut avoir ce grand danger devant les yeux. Maintes fois j'ai proposé que tout membre du parti, surtout les intellec­tuels et demi‑intellectuels, qui, pendant une période, disons de six mois, n'aura pas pu gagner un ouvrier au parti, soit ramené au statut de sympathisant. On peut dire la même chose dans la question nègre. Les vieilles organisations, à commencer par l'A.F.L., sont les organisations de l'aristocratie ouvrière. Notre parti appartient au même milieu, pas celui des masses exploitées de la base dont les Nègres sont les plus exploités. Le fait que notre parti ne se soit pas jusqu'à maintenant tourné vers la question nègre est un symptôme très inquiétant. Si l'aristocratie ouvrière constitue la base de l'opportunisme, l'une des sources de l'adaptation à la société capitaliste, alors les plus opprimés et ceux qui subissent le plus la discrimination sont le milieu le plus dynamique de la classe ouvrière.

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Re: La composition sociale des organisations

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