H.P. Newton à propos des gays et des femmes

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H.P. Newton à propos des gays et des femmes

Message  Byrrh le Mar 2 Juil - 12:57

Déclaration du camarade H.P. NEWTON Ministre de la défense du Black Panther Party, pour soutenir la juste lutte des homosexuels et des femmes pour leur libération

(Liberation News Service)
(Traduction Groupe 76)
Texte reproduit sous ce titre dans le quinzomadaire gauchiste français Tout ! n°1 (23 septembre 1970)

(Le 5 août dernier, Huey P. Newton, ministre de la Défense du Black Panther Party, était libéré sous caution de 50,000 dollars : la vigoureuse campagne menée en faveur de sa libération avait porté ses fruits. Huey a retrouvé la rue, et il l’a retrouvée pleine de révolutionnaires noirs et blancs, dès qu’il eut franchi la porte de la prison. Le peuple de la révolution a reçu cette grande nouvelle par une explosion de joie : dans le ghetto d’Oakland, on improvisait des bals, tandis qu’à Berkeley, des gens qui ne se connaissaient pas s’embrassaient et se congratulaient. Les années que Huey a passées en prison, loin de l’affaiblir, n’ont fait que stimuler sa réflexion et renforcer ses qualités révolutionnaires. A preuve ce texte, le premier qu’il ait publié depuis sa libération. Il s’agit d’un message destiné exclusivement à l’origine aux militants des sections du B.P.P., et qui fut jugé d’une importance suffisamment grande pour être rendu public.)

Au cours des récentes années, de forts mouvements sont nés et ont grandi parmi les femmes et les homosexuels désireux de se libérer. Il y a eu une certaine incertitude quant à l’attitude qu’il fallait adopter vis-à-vis de ces mouvements.

Quelles que soient vos opinions personnelles et vos sentiments d’insécurité face à l’homosexualité et aux divers mouvements de libération des homosexuels et des femmes (et je parle des homosexuels et des femmes en tant que couches opprimées), nous devons faire de notre mieux pour nous unifier avec eux en tant que militants révolutionnaires.

Je dis : « quels que soient vos sentiments d’insécurité », car nous le savons tous bien, notre première impulsion est souvent de vouloir mettre notre poing dans la figure d’un homosexuel, et de vouloir qu’une femme se taise. Dès que nous sommes en face d’un homosexuel, nous avons envie de lui mettre notre poing dans la figure parce que nous avons peur d’être nous-mêmes homosexuels, et nous avons envie de frapper les femmes ou de les faire taire parce que nous avons peur qu’elles nous châtrent ou nous prennent les couilles dont de toute façon nous ne sommes pas sûrs d’être vraiment pourvus.

Nous devons perdre ces sentiments d’insécurité, et ainsi nous pourrons respecter et aimer toutes les couches opprimées. Nous ne devons pas tomber dans les attitudes de type raciste, semblables à celles de racistes blancs face aux noirs et aux pauvres. Souvent, le plus pauvre des blancs est aussi le plus raciste parce qu’il a peur de perdre quelque chose ou de découvrir encore quelque chose qu’il n’a pas. Pour lui, nous sommes une menace. C’est ce genre de mécanique psychologique qui fonctionne en nous quand nous voyons des opprimés, que nous leur en voulons en raison de leur comportement ou de leur déviation par rapport aux normes établies.

N’oubliez pas que nous ne disposons pas encore d’un système de valeurs révolutionnaire, que nous sommes seulement en train d’un élaborer un. Je ne me souviens pas que nous ayons jamais eu de règle disant qu’un révolutionnaire doit tout faire pour que les femmes ne puissent pas se rebeller contre la forme particulière d’oppression qu’elles subissent.

En fait, tout au contraire, nous disons que nous reconnaissons le droit des femmes à être libres. Nous n’avons pas dit grand-chose jusqu’à présent sur les homosexuels, mais maintenant, il nous faut nous lier avec le mouvement des homosexuels, car c’est un mouvement réel. Mes lectures et mon expérience concrète m’ont appris que nul dans cette société ne reconnaît le droit des homosexuels à être libres. Ils sont peut-être la couche la plus opprimée au sein de cette société.

Comment sont-ils devenus homosexuels ? Il y a sans doute là un ensemble de phénomènes que je ne comprends pas entièrement. Certains disent qu’ils sont le produit de la décadence du capitalisme – j’ignore si c’est bien le cas, mais j’aurais plutôt tendance à en douter. Mais quoi qu’il en soit, nous savons que l’homosexualité est un fait, et nous devons considérer la question sous son aspect fondamental, qui est que chacun doit pouvoir faire de son corps l’usage qu’il lui plaît.

Cela ne revient pas à appuyer des éléments de l’homosexualité que nous ne trouverions pas valables du point de vue révolutionnaire. Mais rien ne nous permet de dire qu’un homosexuel ne peut pas être lui aussi un révolutionnaire. Et ce sont sans doute mes préjugés qui me font dire : même un homosexuel peut être révolutionnaire. Bien au contraire, il y a de fortes chances pour qu’un homosexuel soit parmi les plus révolutionnaires des révolutionnaires.

Le Mouvement de Libération des Homosexuels et le Mouvement de Libération des Femmes doivent participer pleinement à nos congrès, meetings et manifestations. Nous savons qu’au sein de Libération des Femmes, il y a des factions, que certains groupes y sont plus révolutionnaires que d’autres ; mais n’utilisons pas les actions d’un petit nombre pour dire que l’ensemble du mouvement est réactionnaire et contre-révolutionnaire, car c’est faux.

Vis-à-vis des factions, nous devons nous comporter comme nous le faisons vis-à-vis de n’importe quel groupe ou parti qui se veut révolutionnaire. Nous devons nous efforcer de déterminer si ces factions œuvrent sincèrement en faveur de la révolution à partir d’une situation d’oppression réelle (et puisqu’il s’agit de femmes, nous ne pouvons que tenir ce dernier point pour acquis). Si elles font des actions réactionnaires ou contre-révolutionnaires, nous devons critiquer ces actions. Si nous jugeons qu’un groupe révolutionnaire en esprit et désirant être révolutionnaire en pratique n’en fait pas moins des erreurs d’interprétation sur la doctrine révolutionnaire ou ne comprend pas la dialectique des forces sociales existantes, c’est cela que nous devons critiquer, et non les critiquer parce qu’il s’agit de femmes luttant pour leur liberté. Il en va de même pour les homosexuels.

Nous ne devons jamais dire d’un mouvement qu’il est malhonnête quand ses membres font tout ce qu’ils peuvent pour être honnêtes ; ils font des erreurs honnêtes, voilà tout. Nos amis ont le droit de faire des erreurs. L’ennemi n’a pas le droit de faire des erreurs, car son existence même est une erreur dont nous souffrons. Mais le Front de Libération des Femmes et le Front de Libération des Homosexuels sont nos amis ; ils sont nos amis ; ils sont nos alliés potentiels, et nous avons besoin du plus d’alliés possible.

Nous devons être prêts à discuter du sentiment d’insécurité que l’homosexualité fait naître chez beaucoup d’entre nous. Par « sentiment d’insécurité », j’entends la peur qu’il y ait là une menace pour notre virilité. Je comprends cette peur. Etant donné le long processus de conditionnement qui a mené à l’insécurité du mâle américain, il est normal que l’homosexualité provoque en nous certains blocages. J’ai moi-même certains blocages face à l’homosexualité masculine, alors que je n’en ai aucun face à l’homosexualité féminine, et c’est bien symptomatique. Je suppose que c’est une menace pour moi, sauf dans le cas des femmes où c’est encore une histoire érotique et sexuelle.

Il faut faire attention à ne pas utiliser des expressions qui pourraient détourner de nous nos amis. Nous devons bannir de notre vocabulaire des expressions comme « sale pédé » ou « lavette », et surtout nous garder d’utiliser des termes qui désignent habituellement les homosexuels pour qualifier des hommes qui sont les ennemis du peuple, comme Nixon ou Mitchell. Les homosexuels ne sont pas les ennemis du peuple.

Nous devons essayer de former une coalition active avec les groupes de Libération des Homosexuels et Libération des Femmes. Nous devons toujours traiter les forces sociales en les évaluant correctement ; or, les femmes et le nombre toujours croissant d’homosexuels avec qui nous entrons en contact représentent une partie importante de la population.

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La date de naissance formelle du Mouvement américain de Libération des homosexuels remonte au 28 juin 1969. Ce jour-là (« Christopher Street Liberation Day »), les clients du « Stonewall inn », un bar de Greenwich Village, s’opposaient à une rafle policière, déclenchant la première « émeute d’homosexuels » de l’histoire. C’est à partir de là que se constitua le « Gay Liberation Front » (« Gay », « gai », est le terme que les homosexuels anglophones utilisent pour se désigner entre eux) qui bourgeonna très vite et forma des sections à Los Angeles, Chicago, Boston, Philadelphie, Berkeley, etc. Le G.L.F. s’est vite révélé comme un mouvement militant et révolutionnaire : ses membres ne conçoivent pas leur libération en dehors de l’hypothèse globale de la révolution socialiste. A l’intérieur du G.L.F., il y a de nombreuses factions politiques (maoïstes, anarcho-maoïstes, hippies et une frange libérale de gauche), ainsi qu’un caucus de lesbiennes assez puissant qui milite en même temps dans Libération des Femmes (le « Péril lavande »). Le G.L.F. a été extrêmement actif ces derniers mois dans la communauté homosexuelle, s’efforçant de fournir des contre-institutions, d’assurer la protection légale ou paralégale des homosexuels contre la police et la « mafia » des bars, de combattre la discrimination homosexuelle dans l’emploi, etc. Mais c’est surtout à l’intérieur du mouvement révolutionnaire qu’ils ont joué un rôle important : critiquant la division sexiste des rôles, remettant en question les normes bourgeoises encore prévalentes chez les « militants révolutionnaires », ils ont complété d’une manière décisive la révolution culturelle entamée par les groupes de femmes au sein du mouvement. Les militants homosexuels se sont joints au reste du mouvement révolutionnaire lorsqu’il a pris la rue en Mai 70. Ils soutiennent les Panthères Noires et l’ensemble des groupes révolutionnaires, qui ont désormais chacun un « caucus » d’homosexuels en leur sein. Dans certains cas, surtout à Los Angeles, des groupes d’homosexuels sont passés à l’action directe. Ainsi, les « Panthères mauves » et d’autres groupes de Los Angeles couvrent les murs de la ville et notamment ceux des commissariats, d’énormes inscriptions noires et rouges, et menacent de passer à la résistance armée et au terrorisme pour protéger leur communauté des atteintes policières spécialement brutales. Le 28 juin dernier, une manifestation commémorant Christopher Street a rassemblé de dix à quinze mille homosexuels à New York, avec pour slogans : « Ho-ho, ho-mosexual », « Out of the closet and into the street » (« sortez des cabinets et prenez la rue »).

Byrrh

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