L'escroquerie par les banques de l'argent des immigrés

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L'escroquerie par les banques de l'argent des immigrés

Message  Aura le Lun 28 Fév - 2:01

L'argent des immigrés: le scandale

in Mediapart, vendredi 25 février 2011


L'historien et politiste Olivier Le Cour Grandmaison dénonce les prélèvements
mirifiques opérées par les banques sur l'argent envoyé par les immigrés à leurs
familles restées au pays.


Ils ont en moyenne des revenus largement inférieurs aux nationaux des pays dans
lesquels ils vivent, ils occupent les emplois les moins qualifiés et les moins bien
rémunérés. Ils sont victimes de discriminations à l'embauche, de la précarité et de
licenciements qui les frappent plus souvent qu'à leur tour; et pourtant, ils
s'obligent à des sacrifices financiers significatifs pour envoyer chaque mois de
l'argent à leur famille demeurée au pays. Pauvreté, privations, épreuve douloureuse
de l'exil, et pour les sans-papiers la peur constante de l'arrestation et de
l'expulsion. Telle est la situation de beaucoup d'immigrés qui vivent en France;
elle n'est une douce terre d'accueil que dans les discours ronflants mais fallacieux
des membres du gouvernement et de la majorité qui le soutient.

En 2010, les sommes ainsi transférées se sont élevées, au niveau international, à
325 milliards de dollars selon une étude de la Banque mondiale, laquelle constatait
aussi que ces montants sont trois fois supérieurs à l'aide publique consentie par
les Etats qui, pour les plus riches d'entre eux, ne consacrent que 0,30% de leur
revenu national brut à l'aide au développement. Voilà qui en dit long sur la
générosité prétendue des principaux bailleurs de fonds et sur le développement
solidaire tant vanté par certains ministres de la République qui, en cette matière
comme en beaucoup d'autres, se paient à bon compte avec la fausse monnaie de leurs
déclarations convenues.

En France, ces transferts atteignent 8 milliards d'euros en 2010, soit une
progression de 10% par an depuis 2002. Leurs destinations principales sont les pays
du Maghreb et de l'Afrique subsaharienne. Toutes origines confondues, ces sommes
représentent 6,6% du PIB du Maroc, 7 % au Togo, 9,1% au Sénégal, entre 11 et 12,5%
au Mali et 20% aux Comores. Concrètement, cela signifie que de dizaines voire des
centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, sans doute parfois aussi les
habitants de villages, voire de quartiers entiers de certaines villes, dépendent
très largement de cet argent pour vivre, manger, se loger et, dans le meilleur des
cas, étudier. Une manne indispensable donc qui n'a, en l'espèce, rien de céleste
puisqu'elle est le fruit du dur labeur de ceux qui ont été contraints à l'exil. A
preuve, selon certaines sources, ces transferts de fond représentent plus de 50% des
revenus des bénéficiaires au Maroc, au Sénégal et aux Comores, et 2/3 au Mali
cependant!
que près de 80% des sommes ainsi perçues sont affectées à la consommation
courante. Comme le note Claire Naiditch, en conclusion de sa thèse d'économie
soutenue à l'université de Paris I en 2009, l'argent ainsi envoyé à un «effet
positif de court terme sur les revenus des ménages et les indices de pauvreté».

Reste que les immigré(e)s qui travaillent dans les conditions que l'on sait, en
prélevant sur leur maigre salaire des sommes substantielles doivent payer, en France
notamment, des commissions particulièrement élevées: 15 % en moyenne pour 140 euros
envoyés. Toujours selon la Banque mondiale, les tarifs pratiqués dans ce pays sont
parmi les plus élevés au monde. Deux opérateurs financiers principaux dominent ce
marché international particulièrement lucratif: Western Union et Money Gram qui
réalisent environ 65% des opérations et s'enrichissent en touchant chaque jour des
commissions très importantes. D'après une étude réalisée par des chercheurs
américains, des commissions de 12,5% représentent entre 10 et 15 milliards de
dollars par an; au lieu de parvenir à leurs destinataires dans les pays du Sud, ces
derniers finissent en partie dans les caisses des sociétés spécialisées en transfert
d'argent.

Ce scandale financier et humain est parfaitement connu puisque des experts de la
Banque mondiale ont établi de leur côté qu'une baisse de 5% seulement du coût de ces
transactions permettrait d'augmenter de 3,5 milliards de dollars par an les sommes
envoyées par les immigrés à leur famille et à leurs proches. Lors de la réunion du
G8, qui s'est tenu en juillet 2009 à l'Aquila en Italie, les chefs d'Etat et de
gouvernement, avaient promis d'agir et de réduire de 50% les coûts réels des
transferts à l'horizon 2013. Quelle hâte! Les immigrés concernés seront sans doute
particulièrement touchés par tant de prévention à leur endroit. Qu'a fait le
ministre français, Eric Besson alors en charge de l'Immigration, de l'Identité
nationale, de l'Intégration et du développement prétendument solidaire? Rien ou
presque. Quelques négociations ici et là auxquelles s'est ajoutée la rénovation d'un
tableau comparatif établi en 2007 par l'Agence française de développement permettant
de prendre !
connaissance des tarifs pratiqués par les différentes sociétés de transferts, les
banques et la Poste.

Comme on peut le lire sur le site officiel du ministère de l'Intérieur aujourd'hui
en charge de l'Immigration, ce tableau «est l'illustration de l'engagement, aussi
bien de l'Etat que des établissements financiers, à aboutir à une plus grande
transparence et à une information claire et complète des migrants sur les modalités
et coûts de ces envois d'argent». Cette prose convenue et creuse, qui mobilise
quelques «éléments de langage» aujourd'hui en vogue parmi les conseillers en
communication chargée de promouvoir l'action des membres du gouvernement, n'engage à
rien. Plus grave, les tarifs pratiqués restent très onéreux pour les immigrés. De
l'aveu même d'Eric Besson, qui a tenu une conférence de presse le 20 mai 2010 sur
cette question: «les coûts des transferts de fond demeurent trop élevés, dépassant
bien souvent 8 à 10 % de la somme transférée et approchant quelquefois 20%».
Remarquable bilan, assurément, de celui qui se vantait de mettre en ouvre une
«politique ferme ma!
is humaine» et cherchait à redorer son misérable blason par la promotion d'actions
réputées favorables aux migrants et à leur pays d'origine.

Aux responsables politiques qui disent savoir de quoi ils parlent et affirment être
bien informés des réalités sur lesquelles ils prétendent agir, recommandons
l'expérience simple suivante. Entrez donc dans une agence parisienne de Western
Union, par exemple, et vous pourrez constater que la situation n'a pas véritablement
changé. A destination de l'Afrique, les «prix du service» sont les suivants: jusqu'à
100 euros, les frais sont de 10 euros, de 100,1 à 200 euros, de 15 euros. Mais ils
sont de 8 euros 50 pour un transfert inférieur à 50 euros et de 15 euros pour un
transfert compris entre 50, 1 euros et 100 euros selon d'autres tarifs fournis par
la Banque Postale cette fois. En effet, dans le cadre d'un partenariat sans doute
lucratif établi depuis 1994 avec Western Union, et régulièrement reconduit depuis
cette date, la Banque postale propose dans son réseau de plus de 6000 points de
vente les prestations de cette société de transfert de fonds. Comme l'a reconnu le
vice-!
président et directeur exécutif de Western Union en Europe, Hikmet Ersek, «la
Banque postale nous aide véritablement à étendre l'offre de service (...) en
France». Assurément.

Mais quelles sont les conditions financières de cet accord? Combien ces prestations
rapportent-elles à la Banque postale? Comment les tarifs sont-ils établis?
Impossible de le savoir. Le bilan d'activité et le bilan financier de cet
établissement n'en disent rien, et l'un de nos interlocuteurs, salarié de la Banque
postale joint par téléphone, a refusé de nous communiquer ces éléments
d'information. La Banque postale aurait-elle des choses à cacher en la matière, elle
qui communique pourtant régulièrement sur le sujet et a mobilisé il y a peu le
joueur de football sénégalais, Mamadou Niang, pour promouvoir la nouvelle
tarification applicables aux transferts d'argent? Mystère. Ajoutons enfin que l'Etat
est actionnaire à 100% du groupe La Poste et de sa filiale la Banque postale, et que
le ministre de tutelle actuel n'est autre qu'Eric Besson qui prétendait, dans le
cadre de ces responsabilités passées au ministère de l'Immigration, vouloir faire
baisser les tarifs de façon si!
gnificative. Il n'en a rien fait dans le passé et il persévère dans cette voie lors
même qu'il aurait les moyens d'agir. Admirable.

«Service» ose écrire le dirigeant de Western Union. «Service» peut-on lire aussi sur
les dépliants fournis aux clients potentiels. Une ignominie bien plutôt qui
prospère, dans tous les sens du terme, sur un «marché» toujours «oligopolistique»
comme on le reconnait du côté du ministère des Finances cependant qu'à cause de cela
les immigré(e)s et leur famille perdent chaque année des sommes très importantes en
frais exorbitants.

A quand un véritable service public pour venir vraiment en aide à celles et ceux qui
sont victimes de ces pratiques indignes? Il n'y a rien à espérer de ce gouvernement
qui s'acharnent contre les immigrés et les sans-papiers. Que les candidates et les
candidats, qui aspirent à remplacer Nicolas Sarkozy à la présidence de la République
en 2012, disent ce qu'ils comptent faire pour que cesse ce scandale. Il y a urgence;
la vie de centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, parmi les plus
pauvres du monde, dépend en partie de leur réponse.

O. Le Cour Grandmaison


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