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C. L. R. James

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C. L. R. James

Message  MO2014 le Lun 18 Jan - 13:36

C. L. R. James. La vie révolutionnaire d’un “Platon noir”, de Matthieu Renault, éd. La Découverte, 19,50€



Dans une biographie publiée le 14 janvier dernier, le journaliste Matthieu Renault retrace la vie de Cyril Lionel Robert James, intellectuel trinidadien du XXe siècle dont les combats ont évolué au gré de ses voyages en Europe, en Afrique et aux Etats-Unis, mais qui est resté, de son arrivée en Angleterre à sa mort, un marxiste convaincu.

“Je parle en tant que marxiste-léniniste. Cette formule est usurpée par beaucoup aujourd’hui mais je vais parler en tant que tel. Je le suis depuis de longues années. Je ne vois pas de raison de changer.” Ainsi parlait Cyril Lionel Robert James à la fin de sa vie. Né en 1901 dans le petit village de Tunapuna, près de Port of Spain, sur l’île de Trinité, devenue une crown colony britannique depuis1797, ce “Platon noir” est l’objet d’une biographie réalisée par le docteur en philosophie politique Matthieu Renault, qui avait déjà croqué le portrait d’une autre figure de la pensée anticolonialiste, Frantz Fanon.

Fils d’instituteur et arrière-arrière-petit-fils d’esclave, C. L. R. James a grandi abreuvé des plus grands auteurs britanniques, des poètes John Keats, Lord Byron et Edmund Spenser aux romanciers réalistes Charles Dickens, Henry Fielding et George Eliot. N’étant pas parvenu à mener une carrière professionnelle dans le cricket, il s’est néanmoins passionné toute sa vie pour ce “sport (anti)impérial par excellence” qui “fut importé  par les colons anglais, approprié par les colonisés avant de devenir, aux Antilles comme ailleurs dans l’Empire britannique, un vecteur d’affirmation nationale”, développe l’auteur.

La révolution par l’autonomie des masses

Au-delà des stratégies de ce sport complexe, c’est la dimension sociale de ce divertissement qui fascine le Trinidadien. D’ailleurs, le cricket illustre bien la trajectoire de l’homme, qui développa des idées anticoloniales et révolutionnaires tout en se revendiquant toute sa vie comme l’héritier d’une pensée occidentale, au point d’être souvent taxé d’eurocentrisme, lui qui migra vers l’Angleterre en 1932 et vécu quinze ans aux Etats-Unis avant d’en être expulsé en 1953.

Brillante dans la narration de la vie de James au gré de ses voyages et de ses multiples combats – pour la révolution socialiste et l’émancipation des Noirs aux Etats-Unis, pour l’indépendances des colonies, pour l’union de l’Afrique et le panafricanisme – cette biographie est davantage confuse pour un lecteur néophyte lorsqu’il s’agit de restituer la pensée jamesienne, complexe et évolutive. L’auteur, qui explique vouloir mettre la lumière sur cette “figure méconnue”, nous perd parfois dans une masse de références qui ne facilite pas la lecture.

En revanche, le chercheur dépeint à merveille ce personnage attaché à l’autonomie des masses dans le processus d’indépendance, qui s’est lié d’amitié avec quelques uns des plus grands penseurs et activistes de gauche du XXe siècle, de Léon Trotski à Martin Luther King en passant par Kwame Nkrumah et George Padmore. Toujours engagé dans les mouvements politico-culturels des pays qu’il a traversés, James essayait d’y adapter le logiciel révolutionnaire marxiste : aux Etats-Unis, il voulait “américaniser le bolchévisme”, en Tanzanie, il a aidé à la création de l’Ujamaa, conception d’un socialisme africain adoptée par Julius Nyerere en 1967 après la Déclaration d’Arusha.

Mais cette biographie nous apprend également que la vie militante de C. L. R. James, auteur de nombreux ouvrages dont les plus célèbres sont Les Jacobins noirs et Beyond a Boundary, était jonchée de scissions et d’oppositions avec ses anciens compagnons de route. L’homme finit sa vie seul dans son petit appartement de Brixton, à Londres. Jusqu’à la fin, le lecteur a le sentiment d’un homme incompris, dont les ouvrages ont beaucoup inspiré les post-colonial studies ainsi que les Black studies, alors même qu’il réfutait cette approche et considérait que “la Caraïbe était un espace au sein duquel se rejouaient, dans ‘de nouveaux termes’, les ‘vieux problèmes’ de la civilisation occidentale”.

MO2014

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