Italie 1918-1922 : Les Arditi del Popolo.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Italie 1918-1922 : Les Arditi del Popolo.

Message  nico37 le Dim 12 Aoû - 12:52

Italie 1918-1922 : Les Arditi del Popolo.
Texte anglais, traduit par le Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannerisation

Une histoire des milices populaires qui ont combattu les fascistes italiens : la naissance, le développement et le déclin du premier groupe anti-fasciste au monde.

Au sortir de la Première Guerre mondiale, la classe ouvrière italienne est en pleine effervescence révolutionnaire, pas encore prêts à conquérir le pouvoir, paysans et travailleurs/euse, en 1918, obtiennent du gouvernement de nombreuses concessions : augmentation de salaires, journée de travail de 8 heures et reconnaissance de la représentation syndicale.
Toutefois, en 1919, le mouvement ouvrier se radicalise. Durant cette seule année, il y a eu 1663 grèves à travers la péninsule, tandis qu'au mois d’août, à Turin, une nouvelle dynamique militante s'installe et grandit avec la création d'un comité autonome1 (précurseur des conseils ouvriers), ce qui prouve la capacité qu'ont les travailleurs/euses à s'organiser de façon autonome selon des principes libertaires, principes qui avaient « l'objectif potentiel de préparer les personnes, les organisations et les idées, dans une opération de contrôle pré-révolutionnaire permanent, de se substituer à l'autorité des patrons dans l'entreprise et de réorganiser radicalement la vie sociale »*.

Dans les campagnes, la paysannerie a ouvert un second front contre l’État en occupant les terres qui lui avaient été promises avant la guerre. Le décret Visochi de septembre 1919 légalise juridiquement les coopératives qui avaient déjà été mises en place, parallèlement les « ligues rouges » aidaient à la formation d'un puissant syndicat de paysans jounaliers. Pourtant, c'est aussi en 1919 que le capital montre les premiers signes de défense face à ces assauts répétés. Une assemblée d'industriels et des propriétaires terriens à Gènes en avril a été l'occasion de sceller les premières pierres de la « Sainte alliance » face à la montée du pouvoir ouvrier. Main dans la main, les Fédérations Générales de l'Industrie et de l'Agriculture y élaboreront une stratégie commune visant à démanteler les syndicats de travailleurs/euses et les conseils ouvriers qui émergent.

Mais le capital ne pouvait assumer seul la lutte contre le mouvement ouvrier. Les travailleurs/euse devaient être soumis et intimidés, leur esprit de révolte brisé tant dans les rues qu'aux champs.
Le capital se tourna donc vers la main armée du fascisme et son leader : Benito MUSSOLINI.

La mise en place des escadrons fascistes.

Immédiatement à la fin de la guerre, on voit fleurir de nombreuse ligues anti-ouvrières : " Fasci italiani di combattimento" (les faisceaux de combat) de MUSSOLINI, la Ligue Anti-Bolchévique, les Faisceaux pour l’Éducation Sociale, UMUS (?), Italia redenta (Italie Rachetée)...Dans le même temps, des soldats démobilisés s'organisent en une troupe d'élite de 20 000 hommes prés à en découdre et seront d'emblée mis à profit par le courant anti-rouges.

Ce mouvement a essentiellement prise dans les classes moyennes et moyennes inférieures. Ex officiers, sous-officiers, cols blancs, étudiants, tavailleurs/euse indépendants se sont alliés à la cause fasciste dans les villes, tandis que dans les campagnes, les enfants de fermiers, de petits propriétaires terriens et d'administrateurs/trices se sont spontanément engagés contre la menace rouge. La police et l'armée encourageaient les fascistes, incitant les anciens officiers à rejoindre et entraîner les escouades en leur prêtant des véhicules et des armes, elles autorisaient des criminels à s'enrôler sous couvert d'immunité et de rémunération. Les permis de port d'arme, refusés aux ouvriers et paysans, étaient délivrés gratuitement aux escadrons fascistes et les munitions des arsenaux d’État donnèrent aux "chemise Brunes " un avantage militaire conséquent. En fin de compte, en novembre 1921, les diverses escouades ont été réunis au sein d'une organisation militaire (Principi) avec une hiérarchie, des sections, des cohortes, des légions et un uniforme spécial.

Les Arditi del popolo

Pour compenser les lacunes du PSI (Partito Socialista Italiano) et de la CGL (Confederazione Generale del Lavoro- syndicat majoritaire), des militants de courants divers (anarcho-syndicalistes, socialistes de gauche, communistes, républicainEs) ont formé, dans l'été 1921, une milice populaire : les Arditi del Popolo 2 (AdP-Soldats du Peuple) pour combattre les fascistes.
Bien que politiquement divers, les AdP étaient une organisation majoritairement ouvrière. Les travailleurs/euses été recrutés dans les usines, les fermes, les chemins de fer, les chantiers navals, chantiers de construction, les ports et les transports publics. Certaines parties de la classe moyenne se sont également impliquées comme des étudiants, des employés de bureau...
Structurellement, l'AdP était calquée sur l'organisation militaire avec des bataillons, compagnies et des escadrons. Un escadron était composé de 10 membres et un chef de groupe. Quatre escadrons constituaient une compagnie avec un commandant et trois compagnies constituaient un bataillon avec son commandant. Des escadrons à vélo ont été créés pour maintenir les liens entre le commandement général et la main-d'oeuvre dans son ensemble.

Malgré cette structure hiérarchisée, l'AdP demeure flexible et peut réagir rapidement aux menaces fascistes. Le comportement de l'AdP était dicté par les groupes politiques influents localement bien que la plupart des sections disposaient d'une autonomie virtuelle sur leurs actions.
Ces sections ont rapidement été mises en place dans toutes les régions du pays, soit en tant que nouveauté, ou dans le cadre de groupes déjà existants comme le PCI (Partido Comunista d'Italia), les paramilitaires Arditi Rossi (les soldats rouges) à Trieste, les Figli di Nessuno (Les fils de Personne) à Gènes et Vercelli ou encore la Lega Proletaria (ligue prolétarienne-liée au PSI).Dans l'ensemble, au moins 144 sections ont été mises en place par la fin de l'été 1921, avec un total d'environ 20.000 membres. Les principales sections sont les sections du Lazio avec environ 3.300 membres, suivie de la Toscane, 18 sections, avec un total de 3.000 membres.

L'AdP construit rapidement sa propre identité culturelle, les différentes sections affichant fièrement leurs propres logos et images de la guerre facilement reconnaissables grâce à un crâne entouré d'une couronne de laurier avec un poignard entre ses dents, et la devise "A Noi" (pour nous). Le logo du commandement était un poignard entouré d'une couronne de laurier et de chêne. Ceux et celles de Civitavecchia n'ont pas laissé beaucoup de place à l'imagination pour leur bannière (une hache brisant le symbole fasciste faisceau).

Refusant l'uniforme, la plupart des membres de l'AdP portaient un pull noir, un pantalon gris foncé et une fleur rouge à la boutonnière. Leurs chansons étaient directes et belliqueuses comme leurs caractères :

« Rintuzziamo la violenza
del fascismo mercenario
tutti uniti sul calvario
dell'umana redenzione.
Questa eterna giovinezza
si rinnova nella fede

per un popolo che chiede
uguaglianza e libertà »
« Nous endiguons la violence
des fascistes mercenaires.
Tous unis dans le Calvaire
de la rédemption humaine.
Cette éternelle jeunesse
est renouvelée dans la foi
pour les gens qui réclament
l'égalité et la liberté. »

L'offensive fasciste.

L'anarchiste italien Errico Malatesta, commentant les occupations en masse d'usines dans le nord de l'Italie en septembre 1920, auxquelles participèrent 600 000 travailleurs/euses, a prédit: « Si nous ne sommes pas vigilants à la fin, nous paierons avec des larmes de sang pour les craintes que nous avons inculqué à la bourgeoisie ». Ses paroles ont été prophétiques, car le PSI et la CGL, au lieu d'étendre la lutte des usines aux collectivités agricoles, ont collaboré avec l'état pour remettre les ouvriers au travail.
C'est à partir de ce moment que celui-ci est passé à l'offensive et que les faisceaux de combat de Mussolini furent suffisamment armés pour prendre les rues. Jusqu'à la formation des AdP, la plupart des fascistes pouvaient agir selon leur bon vouloir. Après l'attaque de la mairie de Bologne, les escadrons fascistes balayèrent les campagnes tel une faux menant des « expéditions » punitives contre les villages « rouges ». Suite à ces succès, ils commencèrent à attaquer les villes : bureaux syndicaux, locaux des coopératives et journaux de gauche ont été détruits à Trieste, Modène et Florence dans les premiers mois de 1921. Comme L'écrit Rossi ils ont eu « un immense avantage sur le mouvement ouvrier quand à leur logistique de transport et de rassemblement. Les fascistes sont généralement sans attache... ils peuvent vivre n'importe où... Les travailleurs, au contraire, sont enracinés...

Ce système donne à l'ennemi tous les avantages: celui de l'offensive sur la défensive, et celui de la guerre de mouvement sur une guerre de position.** »
Mais à partir de mars 1921, la structure défensive des travailleurs/euses face aux fascistes devient plus conséquente, comme à Livorno où, lorsque ces derniers attaquèrent un quartier ouvrier ( Borgo dei Cappucini), c'est tout le voisinage qui les boutât hors de la ville. En avril, quand les fascistes lancèrent un assaut sur l'une des centrales syndicales (Camera del Lavoro), les ouvrierEs se mirent en grève (le 14 du mois) et encerclèrent l'escadron ne laissant à la police d'autre choix que de prendre sa défense. En Juillet, la classe ouvrière créa sa propre milice armée - les Arditi del Popolo.

Les Arditi del Popolo en action.

Les Arditi sortirent de l'ombre pour la première fois le 19 juillet 1921 en encerclant et attaquant une place de Piombino où avait lieu un meeting fasciste. La garde royale tenta une intervention mais dû, elle aussi, renoncer face aux miliciens.
Les AdP tinrent la rue pendant quelques jours avant qu'un renfort trop important de policiers ne les oblige à se retirer.
A Sarzana, ils aidèrent les habitants bien décidés à capturer un des plus importants dirigeant fasciste : Renato Ticci. Quand un escadron de 500 hommes arriva pour le sauver, les AdP les repoussèrent au loin dans la campagne, 20 fascistes trouvèrent la mort (sûrement plus) et leur chef d'escadron déclara : « Mon unité, si longtemps habituées à vaincre un ennemi qui s'enfuit presque toujours, ou n'opposant qu'une faible résistance, ne pouvait pas, et ne savait pas comment se défendre ».

La trahison.

Mais, alors que l'élan impulsé par les AdP se répandait partout, il furent trahis par le PSI qui préféra signer un pacte de non-agression avec les fascistes, et ce, au moment où ils étaient les plus vulnérables.
Les dirigeants socialistes et de la CGL forcèrent leurs militants à quitter l'organisation anti-fasciste. Matteotti, un responsable syndical, confirma la trahison dans l'organe de son organisation, Battaglia Sindicale : « Restez chez vous, ne répondez pas aux provocations. Même le silence et la lâcheté sont parfois des actes de bravoure. ». Les communistes allèrent plus loin en formant leurs propres sections (d'une conscience de classe plus « pure »), ce qui accentua la chute des AdP.
Selon Gramsci, « [le PCI employa] cette stratégie afin que ces membres ne soient pas dirigéEs par d'autres que les responsables du parti. ». Bientôt, ne restèrent plus que 50 sections pour 6000 membres, la plupart anarcho-syndicalistes de l'Unione Sindicale Italiana (USI) et anarchistes de l'Unione Anarchica Italiana (UAI). De nombreuses sections se reformèrent en septembre à Piombino. Les fascistes brûlèrent les bureaux du PSI avant d'être interceptés et chassés par les anarchistes, tout juste trahis par les socialistes. Piombino devint peu à peu l'avant poste de la lutte contre le fascisme repoussant des assauts toujours plus forts en avril 1922, et tombant finalement après un jour et demi de dur combat quand les escadrons fascistes (aidés par la garde royale) prirent les bureaux de l'USI.

En juillet 1922, une grève générale réformiste pour la défense "des libertés civiles et de la constitution",(l'arrêt du travail n'étant pas et ne pouvant être accompagné d'actions directes offensives) acheva toute les possibilités combatives du mouvement ouvrier. Lors des grèves les fascistes prirent la place des ouvriers et se rendirent ainsi maîtres des rues. Avec l'échec de ces grèves, les fascistes réunirent leurs forces pour mater les dernières poches de résistance, il ne fallut pas moins de 2000 combattants des escadrons pour faire tomber Livorno.

NOTES :
1-Shop stewards’ movement dans le texte (Leur développement se situe avant la guerre de 1914 en Écosse autour du Clyde Workers’Committee, puis du National Shop-Stewards, et plus tard d’un Workers’ Committee Movement, tous indépendants de l’organisation syndicale officielle Trade Union Congress ; plusieurs grèves importantes furent menées pendant la guerre avec la répression que l’on peut imaginer. Plus tard, ces comités shop-stewards furent plus ou moins intégrés de fait dans le fonctionnement du système, mais ce n’est qu’avec le gouvernement Thatcher que leur pouvoir et leur rôle, déjà bien diminués disparurent pratiquement. L’autonomie de la classe ouvrière, http://www.matierevolution.fr)

2-Ardito désigne un soldat des troupes d'assaut de la Première Guerre mondiale.
* L. Williams - Proletarian Order (1975)
**A.Rossi - The Birth of Fascism (1938)

nico37

Messages : 7046
Date d'inscription : 10/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Italie 1918-1922 : Les Arditi del Popolo.

Message  Vals le Jeu 8 Nov - 16:03

29 octobre 1922, la Marche sur Rome de Mussolini -- le mouvement ouvrier écrasé par le fascisme


Le 29 octobre 1922, il y a 90 ans, Mussolini accédait au pouvoir au terme de la Marche sur Rome. Ses troupes fascistes, les Chemises noires, avaient commencé à converger vers la capitale italienne la veille. Il voulait donner l'allure d'une révolution à ce qui ne fut à ce moment qu'un changement de gouvernement dans les règles constitutionnelles, mais qui allait installer pour plus de vingt ans la dictature fasciste.

Face à la convergence des troupes de Mussolini le 28 octobre, l'état de siège fut d'abord proclamé par le gouvernement, puis levé le jour même, le roi Victor-Emmanuel III ayant refusé de signer le décret le proclamant. Dès le lendemain, le roi proposa à Mussolini de prendre la tête du gouvernement. Les Chemises noires poursuivirent malgré tout leur marche, sans rencontrer aucune résistance, et entrèrent dans la capitale le 30 octobre, avec Mussolini à leur tête. Mais cette arrivée théâtrale au pouvoir ne faisait que confirmer les résultats d'un combat qui s'était livré bien avant dans tout le pays, au cours duquel les hommes de main de Mussolini, avec la complicité de l'appareil d'État, avaient écrasé les organisations du mouvement ouvrier.

Le mouvement révolutionnaire trahi

Au sortir de la Première Guerre mondiale, en 1919 et 1920, l'Italie, comme bien d'autres pays d'Europe, avait été touchée par une vague révolutionnaire, à l'exemple de la révolution russe de 1917. Au cours de ces deux années rouges, le Biennio Rosso, la classe ouvrière avait occupé les usines et la paysannerie les terres. Le prolétariat italien était alors organisé massivement au sein du Parti socialiste italien, le PSI, et au sein de syndicats puissants. Mais les dirigeants réformistes de ce Parti socialiste et les chefs syndicaux de la Confédération générale du travail (CGL) ne voulaient pas de la révolution. « La dictature du prolétariat était une réalité, il fallait seulement l'organiser et en tirer toutes les conclusions. La social-démocratie prit peur et fit marche arrière. Après des efforts audacieux et héroïques, le prolétariat se retrouva devant le vide. L'effondrement du mouvement révolutionnaire fut la condition préalable la plus importante de la croissance du fascisme », écrivit plus tard Trotsky.

Le fascisme mobilisé contre les organisations ouvrières

La bourgeoisie, qui avait tremblé durant les années révolutionnaires, passa vite à la contre-offensive une fois le danger révolutionnaire écarté. Il lui fallait supprimer à l'avenir tout risque de voir une telle situation se reproduire, et pour cela écraser le mouvement ouvrier. Le mouvement fasciste de Mussolini lui en offrit la possibilité. Aussi, quand celui-ci créa ses bandes fascistes, elle les finança et les arma.

Mussolini, après avoir été un militant socialiste, se révéla surtout un aventurier à la recherche d'une opportunité politique pour lui-même. La crise économique, touchant de plein fouet une petite bourgeoise aigrie et désespérée, la lui fournit. Il reprit le nom de « faisceaux » (fasci) des comités révolutionnaires siciliens du siècle précédent et embrigada dans ses « faisceaux de combat » des petits bourgeois ruinés, des nationalistes désoeuvrés, encadrés par d'anciens officiers disposant de complicités dans l'armée ou la police, tous unis dans la même haine des « rouges », pour faire le coup de poing contre le Parti socialiste et les syndicats et jouer les briseurs de grève.

Tant que le prolétariat italien était à l'offensive, ces bandes n'eurent qu'une influence toute relative. Mais le reflux des luttes, après septembre 1920, leur laissa le champ libre. Dès lors les commandos fascistes se mirent à organiser systématiquement leurs expéditions punitives. Plusieurs centaines, voire des milliers de militants fascistes concentraient leurs forces sur une localité, saccageaient les sièges des partis et des syndicats ouvriers, détruisaient les rédactions des journaux de gauche, incendiaient les Bourses du travail. Ils poussaient à la démission les municipalités socialistes. Ils passaient à tabac les militants qui tentaient de s'opposer ou bien leur administraient une purge à l'huile de ricin, ou tout simplement les assassinaient.

La lâcheté des dirigeants réformistes

Face à cela, le Parti socialiste, paralysé par son propre réformisme, ne fit que conseiller la patience face aux agressions fascistes et la confiance dans la protection des institutions bourgeoises, au moment même où police, armée et tribunaux se montraient les complices directs des Chemises noires de Mussolini. Au fond, celles-ci ne représentaient pas une grande force et jouaient surtout de leur mobilité et de leur centralisation. Mais face à elles, les dirigeants du Parti socialiste et des syndicats n'essayèrent pas de coordonner les forces des militants qui tentaient de résister, paralysant d'avance toute riposte des travailleurs. Il est vrai qu'organiser celle-ci à l'échelle du pays aurait impliqué une mobilisation révolutionnaire du prolétariat, ce que les dirigeants réformistes voulaient éviter à tout prix.

« Craignant la mobilisation révolutionnaire des ouvriers, les réformistes italiens mettaient tous leurs espoirs dans l'État. (...) Leur mot d'ordre était : « Victor Emmanuel, interviens ! » », écrivit Trotsky dix ans plus tard. Le principal dirigeant réformiste, Turati, synthétisa sa politique en déclarant aux militants que, face à l'offensive fasciste, il fallait « avoir le courage d'être un lâche », ajoutant, pour répondre à leurs questions angoissées, qu'il fallait supporter en silence les violences et surtout ne pas leur répondre.

Quant au tout jeune Parti communiste, né en janvier 1921 d'une scission au sein du Parti socialiste, lors du congrès de Livourne, minoritaire et inexpérimenté, il eut tendance à sous-estimer le danger du fascisme. La situation ne lui laissa pas le temps de surmonter ses erreurs et sa faiblesse.

De la trahison de la révolution à la dictature et à la guerre


Il fallut attendre août 1922 pour voir les dirigeants du mouvement ouvrier appeler, bien tard, à une grève générale de riposte. Ce fut un échec et les fascistes purent saisir l'occasion d'affirmer leur force, à l'exception notable de la ville de Parme, qui sut organiser la résistance et les chasser, montrant ce qu'il aurait été possible de faire à l'échelle du pays. Mais, dès lors, la voie du gouvernement était ouverte à Mussolini.

Une fois Mussolini au pouvoir, fin octobre 1922, la dictature se mit en place, de façon progressive toutefois. Jusqu'en 1925, des possibilités de riposte allaient encore exister. Puis le nouveau pouvoir montra toute son efficacité pour museler la classe ouvrière. Ses organisations furent interdites, les militants ouvriers arrêtés et envoyés en prison ou en déportation. Dans les usines, le patronat put s'attaquer aux travailleurs, les embrigader dans les syndicats fascistes, imposer des salaires diminués de 40 à 50 % sans plus craindre de réaction. La prétendue « révolution fasciste » et la renaissance nationale au nom d'une mythologie reprise à la Rome impériale n'allaient être que la dictature la plus crue du grand capital et de sa soif de profits. Elle allait ensuite lancer l'armée italienne dans de nouvelles guerres coloniales, en Éthiopie et en Libye, qui seraient le prologue d'une nouvelle catastrophe pour tous les prolétaires d'Italie et d'ailleurs : la Deuxième Guerre mondiale.

Aline RETESSE


Lutte Ouvriere 9 novembre 2012
avatar
Vals

Messages : 2770
Date d'inscription : 10/07/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Italie 1918-1922 : Les Arditi del Popolo.

Message  yannalan le Jeu 20 Juin - 18:33

Arditi del Popolo (soldats du peuple)

"arditi" en 15/18 dansl'arme italienne,c'étaient les troupes de choc pour les coups de main, en France à l'époque, ça s'appelait les corps francs. (cf film "capitaine Conan)
En plus actuel ce seraient les "commandos du peuple"

yannalan

Messages : 2073
Date d'inscription : 25/06/2010

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Arditi del popolo

Message  Prado le Jeu 20 Juin - 21:18

yannalan a écrit:

"arditi" en 15/18 dansl'arme italienne,c'étaient les troupes de choc pour les coups de main, en France à l'époque, ça s'appelait les corps francs. (cf film "capitaine Conan)
En plus actuel ce seraient les "commandos du peuple"

Arditi del Popolo (« Soldats du Peuple »), organisation antifasciste, est en effet née, en 1921, de la scission de la section romaine des Arditi d'Italie. Les Arditi qui ont pris cette initiative étaient emmenés par un sympathisant anarchiste Argo Secondari, qui déclara :
«  Tant que les fascistes continueront à brûler nos maisons du peuple, maisons sacrées des travailleurs, tant que les fascistes assassineront les frères ouvriers, tant qu'ils continueront la guerre fratricide, les Arditi d'Italie ne pourront rien avoir de commun avec eux. Un sillon profond de sang et de décombres fumants divisent les fascistes et les Arditi. »
Les Arditi del Popolo comprenaient 20 000 hommes. D'autres estimations évoquent le nombre de 50 000 hommes en considérant les inscrits, les sympathisants et les participants aux actions.
Leur création reçut le soutien de l'Internationale communiste et, en Italie, d'Antonio Gramsci, mais pas de la majorité (bordiguiste) du PCd'I.

Selon un article de Wikipedia dont je tire l'ensemble de ces informations, "l'évènement qui eut l'écho le plus important fut sans aucun doute l'engagement des Arditi del Popolo dans la défense de Parme contre les squadristi fascistes en 1922 : la version la plus répandue parle de 20 000 squadristi fascistes, d'abord sous les ordres de Roberto Farinacci puis de Italo Balbo, qui ont attaqué et ont été repoussés et mis en fuite par à peine 350 Arditi del Popolo (commandés par Antonio Cieri et Guido Picelli qui mourront en Espagne). L'appui en masse de la population ainsi que l'action des femmes qui assuraient le ravitaillement et participèrent aux combats furent fondamental pour la résistance et la victoire".


Prado

Messages : 1278
Date d'inscription : 02/09/2011

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Italie 1918-1922 : Les Arditi del Popolo.

Message  Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum