Le mouvement trotskiste dans l'Histoire (vision stalinienne XXIè siècle)

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Le mouvement trotskiste dans l'Histoire (vision stalinienne XXIè siècle)

Message  nico37 le Sam 10 Juil - 20:33

Trotski, le mouvement trotskiste dans l'Histoire, le trotskisme en France aujourd'hu
Caroline ANDREANI Approches marxistes mai 2009

Les communistes, et pour ce qui nous intéresse plus spécifiquement les communistes français issus du Parti communiste français, ont tout au long de leur histoire eu des rapports conflictuels avec les mouvements trotskistes. Trotski a eu une influence importante dans le courant communiste français, puisqu'il a effectué de longs séjours en France avant la Révolution d'Octobre, qu'il avait des contacts avec des militants français et qu'il a eu une influence indéniable sur les militants français lors de son deuxième exil en France dans les années 30. Sa disgrâce et sa mise au ban du mouvement communiste ont donc eu des répercussions en France, qui est devenu un des points d'ancrage du courant trotskiste.
Dans l'histoire récente, c'est bien entendu l'irruption des courants trotskistes sur la scène politique française en Mai 68 et leur construction lente et minutieuse dans une période où le Parti communiste a connu, lui, un recul terrible, accéléré par l'effondrement de l'URSS et par la Mutation, qui retient l'attention des observateurs politiques.
N'a-t-on pas entendu, au moment des présidentielles de 2007, les responsables du Bureau national du Pcf déplorer la stratégie de la LCR, accusée de plomber les choix stratégiques – la candidature unique des collectifs antilibéraux – du Pcf ? Les résultats calamiteux de Robert Hue et de Marie-George Buffet, dépassés par les candidats trotskistes en 2002 et en 2007, montrent que les partis trotskistes, même bien inférieurs en nombre et dans leur implantation au Pcf, sont capables d'exister sur la scène politique nationale et d'avoir une écoute populaire. Pourquoi Arlette Laguiller en 2002, Olivier Besancenot en 2002 puis en 2007, sont-ils arrivés devant les candidats communistes ? Pourquoi le NPA tient-il la dragée haute au Pcf ? Est-ce un mouvement irréversible ou conjoncturel ? Communistes et trotskistes sont-ils condamnés, à être rivaux ou peuvent-ils ponctuellement trouver des terrains de convergence, mener des actions communes, développer des alliances ? Toutes ces questions, l'article présent ne cherche pas à leur donner des réponses absolues, mais plutôt à esquisser bref panorama du trotskisme, et à lancer des pistes de réflexion sur les relations entre les mouvements trotskistes et communistes aujourd'hui.
Trotski, itinéraire d'un révolutionnaire

Les historiens communistes ont peu travaillé sur ce personnage, pourtant brillant, qui a joué un rôle de premier plan dans le mouvement révolutionnaire russe, durant les révolutions de 1905 et 1917. La disgrâce de Trotski a fait qu’il a été systématiquement effacé des livres d’histoire écrits par des communistes. Or, Trotski a été un des principaux dirigeants de la révolution d’Octobre, et les trotskistes considèrent qu'ils sont les véritables héritiers des bolcheviks, trahis par la bureaucratisation du pouvoir mise en place par Staline.
Les premiers pas

Trotski, Lev Davidovitch Bronstein, est né en 1879, à Ianovka, un village de Russie du sud. Il est issu d’une famille juive de la paysannerie moyenne. A neuf ans, sa famille l’envoie poursuivre des études à Odessa. A dix-sept ans, il continue ses études à Nikolaïev, études qu’il abandonne rapidement. Il devient un des animateurs clandestins d’une organisation qui regroupe de nombreux étudiants, l’Union ouvrière de la Russie méridionale, qui édite des bulletins diffusés aux ouvriers dans les usines. La police démantèle ce groupe en 1898 et Trotski est envoyé pour deux ans en prison à Nikolaïev, Kherson, et Odessa. C’est en prison qu’il parfait ses connaissances théoriques, en rencontrant d’autres militants révolutionnaires emprisonnés, et qu’il prend connaissance d’ouvrages de Lénine, notamment « Que faire ? ».
Il s’évade, et fin 1902, il réussit à rejoindre Londres où il rencontre Lénine, Plekhanov, Vera Zassoulitch et les futurs mencheviks. Lénine l’impose à la rédaction de l'Iskra.
On est à la veille du II° congrès du Parti social-démocrate, qui voit la scission entre les bolcheviks (majoritaires) et les mencheviks (minoritaires). Durant le congrès, Trotski condamne l’hypercentralisme défendu par Lénine et se rallie aux mencheviks. Mais il rompt rapidement avec eux, parce qu’ils refusent la réunification.
Jusqu’à la veille de la révolution d’Octobre, Trotski reste isolé, recherchant la réunification entre mencheviks et bolcheviks, tout en développant autour de lui un réseau de militants et de sympathisants.
La révolution de 1905

En 1905, quand éclate la révolution, Trotski est un des premiers révolutionnaires russes en exil à revenir. Il entre clandestinement en Russie en février, et se rend à Kiev. Au début de l'été, il part pour Saint-Pétersbourg. Il devient membre du premier soviet, éditorialiste de son organe, les Izvestia, avant de devenir président du soviet en décembre 1905. Quelques jours plus tard, l'ensemble du soviet est arrêté. Il a alors acquis la stature d'un dirigeant politique national. C'est durant cette période qu'il élabore la théorie de la révolution permanente, théorie centrale pour le mouvement trotskiste.
La théorie de la révolution permanente

Quels sont les principes de cette théorie ?
La classe bourgeoise, à l'échelle du monde, est incapable d'assurer les tâches des révolutions démocratiques bourgeoises. La paysannerie a un rôle révolutionnaire primordial, mais elle est incapable de conduire la révolution. Seul le prolétariat peut fournir un programme et une direction à la révolution, et il doit mener avec la paysannerie une lutte contre l'influence de la bourgeoisie.
La victoire de la révolution ne peut se faire qu'au moyen de la dictature du prolétariat. Elle ne peut s'arrêter au stade démocratique et se transforme donc forcément en révolution socialiste, devenant une révolution permanente. Cette révolution socialiste ne peut s'achever dans les limites nationales, et doit se développer au niveau international pour assurer sa victoire définitive.
Cette théorie de la révolution permanente s’oppose aux positions de Lénine sur la prise de pouvoir par le prolétariat ou aux positions des mencheviks qui se contentent d’espérer une révolution bourgeoise.
L’exil 1906-1917

En 1906, après un procès d'un mois, Trotski est condamné à la déportation perpétuelle par le régime tsariste pour sa participation à la révolution de 1905. Il s'évade lors de son transfert en Sibérie, et il réussit à rejoindre la Finlande où commence une longue période d'exil.
En 1907, Trotski se rend au congrès de Londres du Parti social-démocrate. Il se rapproche alors de Lénine et des bolcheviks. A partir de 1908, il s'installe à Vienne, puis à Paris à partir de 1914.
C’est alors qu’éclate la première guerre mondiale. Trotski, comme Lénine, fait partie de cette toute petite minorité opposée à la guerre, qui condamne l’attitude des dirigeants de la II° Internationale qui ont sombré dans le bellicisme, l’Union sacrée et la collaboration de classes. A la Conférence de Zimmerwald de septembre 1915, Trotski et Lénine sont pratiquement sur les mêmes positions.
Trotski est alors expulsé par le gouvernement français.
C'est au cours de ces années d'exil en France qu'il noue des relations avec des militants français, notamment Alfred Rosmer, Pierre Monatte et Fernand Loriot.
Aucun gouvernement européen n’acceptant de l’accueillir, Trotski doit s’exiler aux Etats-Unis. Il ne reviendra en Russie qu’en 1917, un mois après Lénine, après avoir appris qu’une révolution a éclaté en Russie.
La révolution de 1917

Comme Lénine, Trotski a bien compris qu’il fallait forcer le destin et ne pas se contenter de la révolution de février qui a porté Kerenski et les mencheviks aux affaires. Il pousse donc, comme Lénine avec les « thèses d’avril » à une nouvelle étape, à savoir la prise du pouvoir par les soviets. En juillet, alors que Lénine se réfugie en Finlande pour éviter d’être arrêté, Trotski est jeté en prison. Mais la révolution se poursuit et les bolcheviks, rejoints par le courant de Trotski en août, démettent Kerenski et prennent le pouvoir. Trotski, à la tête du soviet de Petrograd, est un des principaux dirigeants de la révolution. Il exerce successivement les fonctions de commissaire au peuple aux Affaires étrangères, puis à la Guerre.
Des divergences d’appréciation politique apparaissent au moment de la signature du traité de Brest-Litovsk. Trotski, envoyé pour signer la paix, tergiverse jusqu’à la reprise de l’avancée militaire allemande. Sur injonction de Lénine, qui comprend qu’il faut signer la paix à tout prix, Trotski signe le traité de paix dans les plus mauvaises conditions qui soient le 3 mars 1918.
Pendant la guerre civile, Trotski joue un rôle essentiel, en organisant l’Armée rouge dans un pays détruit par la guerre, dont les soldats, épuisés, veulent arrêter les combats et rentrer chez eux. Trotski sillonne la Russie, reconstruit une armée qui se bat et réussira à vaincre les troupes envoyées par les « démocraties » occidentales pour venir à bout de la révolution.
La prise de pouvoir de Staline

A partir de 1921, Trotski est en charge de l’économie. Il lui faut mettre en œuvre la reconstruction d’un pays exsangue dans un contexte économique et social complexe.
C’est aussi la période du déclin de Lénine, durement affaibli physiquement. Le pouvoir de Staline s’affirme contre l’ensemble des dirigeants communistes. Si l’on glose beaucoup sur le « testament » de Lénine, où il prend ses distances avec Staline, Lénine pose également un jugement négatif sur Trotski. Il ne juge pas plus souhaitable que l’un ou l’autre dirige le pays.
Le contexte n’est pas favorable à la République des Soviets. Malgré d’importants mouvements révolutionnaires dans de nombreux pays d’Europe, et contrairement aux attentes des bolcheviks, la révolution ne s’est pas propagée. La réaction y a mis les moyens, avec la répression sanglante de la révolution spartakiste de 1918 en Allemagne et l’éradication de la révolution hongroise. La toute jeune III° Internationale a commis de graves erreurs d’appréciation dans plusieurs pays, et provoqué un désastre en Chine en exigeant du Parti communiste la soumission au Kouo-min-tang, stratégie qui se solde par le massacre des communistes chinois. Les thèses de Staline de la construction du socialisme dans un seul pays prennent alors le pas sur toute autre stratégie politique.
Parallèlement, Staline met le Comité central du Parti communiste au pas, exilant certains dirigeants, les envoyant en prison ou en déportation, liquidant physiquement certains autres. L'opposition de gauche se trouve contrecarrée et éliminée. Malgré le rapprochement entre Trotski, Zinoviev et Kamenev au sein de l’Opposition unifiée, Staline a pris tellement de poids dans le Parti qu’ils ne réussissent pas à empêcher sa prise de pouvoir complète. En 1927, Staline réussit à exclure Trotski, qui est expulsé de Russie.
Deuxième exil

Commence alors la dernière partie de la vie de Trotski, qu’il passera en exil jusqu’à son exécution au Mexique en 1940 sur les ordres de Staline. Trotski passe d’abord quatre ans en Turquie de 1929 à 1933. Il s’installe en France de 1933 à 1935, puis en Norvège jusqu’en 1936, avant de partir pour le Mexique.
Au cours de son deuxième séjour en France, Trotski noue des contacts avec une nouvelle génération de militants et responsables politiques français, qui vont constituer des pivots dans le développement ultérieur des groupes trotskistes : Pierre Naville, David Rousset, Fred Zeller... Au cours de cette période, Trotski incite ses sympathisants à pratiquer l'entrisme à la SFIO, stratégie régulièrement redécouverte par certains courants trotskistes, et qui se termine généralement par l'absorption des militants trotskistes dans les organisations qu'ils étaient censés infiltrer.
La montée du fascisme en Europe, l’échec dramatique des communistes allemands et de la III° Internationale face à l’arrivée de Hitler au pouvoir sont pour Trotski autant de confirmations de sa critique sur la stratégie calamiteuse de l’Internationale et la politique menée par Staline.
Trotski entreprend de tisser des liens avec des responsables communistes dans différents pays. Il ne créé pas d’emblée la IV° Internationale. Son objectif est plutôt sur le long terme : rassembler des cadres dirigeants un peu partout dans le monde autour du corpus idéologique qu’il a constitué jusque-là et qu’il poursuit, au prix d’un travail acharné dans des conditions matérielles difficiles.
La IV° Internationale est constituée le 3 septembre 1938 à Périgny en France, dans un contexte difficile pour les militants proches de Trotski : harcèlement, et surtout assassinats ciblés contre l’entourage de Trotski : en 1937, son secrétaire en Norvège, Erwin Wolf est enlevé et assassiné en Espagne ; son fils, Léon Sedov, est assassiné en février 1938 ; son secrétaire Rudolf Klément l'est en juillet 1938, alors qu'il prépare la conférence de fondation de la IV° Internationale.
La conférence de fondation de la IV° Internationale comprend une vingtaine de délégués de onze pays, et des contacts existent avec une vingtaine d'autres pays principalement d'Europe et d'Amérique Latine. Les axes programmatiques de cette nouvelle internationale ont été définis cinq ans auparavant, en 1933, dans les « Onze points de l'opposition de gauche internationale » établis par Trotski et l'Opposition de gauche internationale, qui regroupait les opposants à Staline.
Le texte véritablement fondateur de la IV° Internationale, rédigé par Trotski en 1938, est le Programme de transition ou l'agonie du capitalisme, et les tâches de la IV° Internationale, qui constitue un cadre programmatique pour les militants trotskistes.
Malgré les mesures de sécurité prises par l’entourage de Trotski, celui-ci est finalement assassiné en 1940 par Ramon Mercader, un agent du NKVD..
Certains historiens glosent sur la violence de Trotski en mettant en avant la période où il était à la tête de l'Armée rouge. Ils prétendent que s'il avait pris le pouvoir à la place de Staline, il aurait adopté les mêmes méthodes. La question ne se pose pas dans ces termes. La révolution d'Octobre a été une période extrêmement violente, parce que la jeune révolution a été attaquée de toutes parts et que les bolcheviks ont du la défendre par les armes. La décision de Lénine de suspendre les tendances à l'intérieur du parti bolchevik et l'interdiction de tous les partis dans l'optique de défendre la révolution a permis à Staline de concentrer et de conserver tous les pouvoirs. La prise de pouvoir par Staline et l'élimination de toute opposition ont surtout été l'expression d'un rapport de forces au sein de la Révolution. Ces choix, si terribles soient-ils, ont aussi permis à l'expérience soviétique de se poursuivre pendant 70 ans, avec des acquis sociaux indéniables pour les peuples.

L'évolution des mouvements trotskistes en France depuis la mort de Trotski
Le mouvement trotskiste a survécu à l'assassinat de son fondateur. Malgré la deuxième guerre mondiale, malgré les difficultés nombreuses à commencer par l'hostilité des communistes envers les trotskistes, malgré les divisions qui caractérisent le mouvement trotskiste, ce dernier a survécu. La IV° Internationale n'a pas connu un développement important. Elle s'est divisée et elle reste avant tout un laboratoire d'idées. De nombreux partis trotskistes ne se reconnaissent pas dans son Secrétariat unifié, héritier de la IV° Internationale, ce qui ne les empêche pas d'exister et d'avoir une expression politique et une implantation.
La Deuxième guerre mondiale
Pour le mouvement trotskiste, le baptême du feu commence avec la Deuxième guerre mondiale. Les trotskistes qui ont fait de l'entrisme dans le Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert (1938-1940) créent des comités pour la IV° Internationale et font paraître un bulletin, La Vérité, à partir d'août 1940.
Le mouvement trotskiste se divise en courants, qui adoptent des postures différentes en fonction de l'appréciation qu'ils ont de la guerre.
En France, deux courants se développent de manière clandestine. D'une part, les militants des comités pour la IV° Internationale organisés dans le Parti ouvrier internationaliste (POI) s'investissent dans la résistance dans les comités de ménagères, dans les syndicats, à la hauteur de leurs forces, avec l'idée qu'il faut développer la résistance avec les travailleurs allemands. Un deuxième groupe, organisé dans le Comité communiste internationaliste, considérant que la lutte pour l'indépendance nationale masque la réalité de la lutte de classes, privilégie la résistance dans les usines. En février 1944, les deux groupes fusionnent pour donner naissance au Parti communiste internationaliste (PCI).
Ces militants, lorsqu'ils sont découverts par les nazis, sont impitoyablement réprimés. Il ne fait pas bon non plus pour eux être identifiés comme trotskistes par les militants communistes : des militants trotskistes sont exécutés dans les maquis et même à la Libération. Pourtant, ils ne constituent pas une menace car leurs forces militantes sont limitées.
L'après-guerre
Après la Libération, les militants trotskistes font irruption sur la scène politique française à travers la grève de Renault organisée par Voix Ouvrière (Union Communiste, groupe indépendant du PCI, dirigé par Barta), ancêtre de Lutte Ouvrière. Cette grève, racontée dans La véritable histoire de Lutte ouvrière, est lancée dans le contexte de la « bataille de la production » défendue par Thorez et le Pcf. Les ministres communistes, contraints de donner publiquement leur soutien à la grève qui s'est étendue à toute l'usine de Billancourt, sont alors chassés du gouvernement par Ramadier, président du conseil. Bien que victorieuse, la grève de 1947 n'a pas l'effet escompté par le groupe Barta, ie qu'elle ne s'étend pas en tâche d'huile comme prémisse d'une future révolution. Les militants trotskistes de Renault ne réussiront pas à capitaliser leur investissement syndical. Dans les mois qui suivent, le groupe de disloque et Barta, dirigeant historique, rompt avec ses camarades, laissant le mouvement se dissoudre.
Dans les années 50, les espoirs des militants trotskistes d'une révolution générale sont déçus, des divergences apparaissent au sein du PCI. Celui-ci est dirigé par Yvan Craipeau, secrétaire du parti, qui défend le projet d'un parti de masse, avec des alliances en direction des jeunesses socialistes et de minoritaires de la SFIO. Cette orientation ne convient pas aux autres courants au sein du PCI, qui veulent éviter une dilution du courant trotskiste. Ce sont finalement les militants historiques du trotskisme, autour de Craipeau, qui quittent le PCI. Les militants qui restent, organisés en courants, ne tardent pas à se diviser à nouveau. A la fin des fins, Ce sont les dirigeants Frank et Lambert qui restent aux commandes du PCI, les autres décidant de partir.
Les années 60-70
La grande difficulté des mouvements trotskistes en France, c'est leur faiblesse numérique alors que le Parti communiste est hégémonique. De la fin des années 1950 à Mai 68, commence pour ces militants une longue traversée du désert. Elle est marquée par de nouvelles divergences idéologiques, et de nouvelles divisions. En même temps, le volontarisme des différents courants trotskistes, leur acharnement militant, empêche la disparition de leur sensibilité. Grâce à Mai 68, ces mouvements vont connaître un véritable renouveau, leur permettant de desserrer l'étau politique formé par le Pcf, de pénétrer de nouveaux milieux, et surtout de recruter une nouvelle génération de militants. C'est à cette époque que s'affirment les trois principaux partis que nous connaissons aujourd'hui, Lutte Ouvrière, le Parti des Travailleurs (ex OCI, actuel Parti ouvrier indépendant), et la Ligue communiste révolutionnaire qui vient de donner naissance au Nouveau parti anticapitaliste.
D'autres, importants dans les années 60-70, ont aujourd'hui complètement disparu du paysage politique : le Parti communiste révolutionnaire trotskiste, issu d'un groupe scissionnaire du PCI des années 50, animé par un militant nommé Posadas ; les Groupes marxistes révolutionnaires (GMR),
qui publiaient Sous le drapeau du socialisme, animés principalement par Pablo, Marquis, Grobla.
Les divisions de la IV° Internationale
A la fin de la 2e guerre mondiale, malgré un contexte difficile, la IV° Internationale a survécu. Il existe des mouvements trotskistes dans une trentaine de pays. Mais l'Internationale reste d'une grande faiblesse. Qui plus est, l'appréciation de la situation politique internationale et de la stratégie à appliquer envers les partis communistes « staliniens » divise ses dirigeants. En 1952-1953, la IV° Internationale se divise en deux, entre le Comité International pour la IV° Internationale et le Secrétariat unifié pour la IV° Internationale. Le Comité International est créé est réaction à la stratégie développée par Pablo (Michel Raptis), qui préconise la tactique de l'entrisme dans les partis communistes. Ce courant s'incarne dans le Secrétariat unifié.
A partir des années 60, les deux groupes entament un rapprochement, qui se concrétise en 1963 par un congrès de réunification. Mais dans la même période, d'autres courants se sont développés, qui eux, ne participeront pas à la réunification. C'est notamment le courant de Juan Posadas, un dirigeant latino-américain qui pense qu'il faut faire porter l'effort sur les mouvements anti-colonialistes dans lesquels il voit les germes de mouvements révolutionnaires.
Depuis les années 60, le Secrétariat unifié de la IV° Internationale a réussi bon an mal an à réunifier la plupart des courants trotskistes, même si plusieurs partis se réclamant du trotskisme, comme Lutte Ouvrière, ne reconnaissent toujours aucune légitimité) la IV° Internationale.

Les partis trotskistes actuels
La Ligue communiste révolutionnaire est le parti trotskiste affilié et reconnu par le Secrétariat unifié de la IV° Internationale. Ce parti est issu de deux organisations dissoutes en juin 1968, le groupe Frank-Lequenne du PCI et la Jeunesse communiste révolutionnaire animée par Krivine, Bensaïd et Weber (passé dans les années 80 avec armes et bagages au Parti socialiste).
Ce parti connaît une influence grandissante depuis qu'Olivier Besancenot a succédé à Alain Krivine comme porte-parole de la LCR au début de la décennie 2000. Il est tourné vers les combats sociétaux depuis sa création : féminisme, droit à l'avortement, anti-racisme, combats contre l'homophobie, droits des sans-papiers, droit au logement..., ainsi que vers les questions internationales.
Contrairement à Lutte Ouvrière et au Parti ouvrier indépendant qui recrutent dans le monde du travail en s'attachant au milieu ouvrier, la LCR recrute beaucoup chez les étudiants, les cadres intermédiaires, la fonction publique (enseignants). Il semble y avoir une importante rotation parmi les militants de la LCR. Dans les années 70, beaucoup de leurs cadres ont quitté le parti pour prendre leur carte au Parti socialiste.
Au début 2009, après un long processus de maturation, la LCR s'est auto-dissoute pour donner naissance au Nouveau parti anticapitaliste. Ce dernier ne se revendique pas comme trotskiste, mais un courant trotskiste existe en son sein. L'ambition de la LCR avec l'opération NPA, est d'attirer à elle des militants politiques – socialistes, communistes, trotskistes en rupture de ban – et associatifs qui ne se retrouveraient pas dans le cadre d'un parti trotskiste. Avec l'effondrement du Pcf, une partie des votes à l'élection présidentielle de 2002, se sont portés sur Olivier Besancenot. Ce transfert de voix semble se confirmer avec les résultats de la présidentielle de 2007. Il faut reconnaître que le choix d'Olivier Besancenot comme porte-parole de la LCR a été judicieux. Cet homme jeune, issu du monde du travail, avec un discours clair se revendiquant de l'anti-capitalisme, ne faisant pas de concessions à ses adversaires qu'ils soient de droite ou socialistes, est beaucoup plus crédible que d'autres dirigeants politiques. Il incarne incontestablement un renouveau. Mais la politique ne se fait pas seulement dans les médias.
L'ambition de la LCR, et actuellement du NPA, est de capitaliser parmi les militants communistes. Mais ce mouvement a-t-il les forces militantes nécessaires et la culture politique des militants sur lesquels il lorgne ? Il se pourrait que dans cette opération d'auto-promotion du NPA, les militants de l'ex-LCR aient placé des espoirs inatteignables.
Lutte Ouvrière, héritière de Voix Ouvrière, renaît à partir de 1956 à l'initiative du militant Robert Barcia (dit Hardy), membre du groupe Barta durant la guerre et l'après-guerre. Ce mouvement se caractérise par son indépendance politique, ce qui lui a certainement évité le jeu des divisions internes et des scissions à répétition. Il ne reconnaît aucune légitimité au Secrétariat unifié de la IV° Internationale. Il privilégie le militantisme de terrain, à travers la diffusion de bulletins d'entreprises. Contrairement à la LCR, Lutte Ouvrière s'investit rarement sur le terrain international, ne voulant pas disperser ses forces militantes tout entières consacrées au développement de l'organisation dans le monde du travail. Ses militants s'investissent aussi dans l'action syndicale, mais contrairement au PT, sans chercher à capter les directions des appareils. Ils militent de préférence à la CGT, même si beaucoup ont adhéré à FO, chassés de la CGT par certains militants communistes.
Des trois groupes trotskistes, Lutte Ouvrière est certainement celui qui a le moins développé l'anti-communisme. Il ne pratique pas non plus l'entrisme. Le paradoxe, c'est que Lutte Ouvrière continue à défendre de manière critique le bilan de l'Union soviétique quand les dirigeants du Pcf cherchent à prendre leurs distances avec cette histoire.
Leur dirigeante emblématique, Arlette Laguiller, vient de passer le flambeau à Nathalie Arthaud.
Le Parti ouvrier indépendant
Le Parti ouvrier indépendant (POI) est l'héritier de Organisation communiste internationaliste (OCI), fondée en 1953 par Pierre Boussel (Pierre Lambert), exclu avec plusieurs de ses camarades du Parti communiste internationaliste. En 1981, l'OCI reprend le nom de Parti communiste internationaliste, qui devient en 1988 le Mouvement pour un parti des travailleurs (MPPT), puis en 1991 le Parti des Travailleurs (PT), avant de donner naissance au POI.
L'originalité de ce courant est son affiliation au Comité international pour la reconstruction de la IV° Internationale, un collectif de liaison entre mouvements trotskistes qui considèrent que la IV° Internationale a été détruite par le « pablisme ».
Le POI est très certainement le parti trotskiste le plus important numériquement. Il a des relations étroites avec de nombreux mouvements trotskistes dans le monde, ce qui lui permet de mener des campagnes internationales, contrairement à Lutte ouvrière. Il a notamment développé les Comités anti-Maastricht et développé une analyse sans concession de l'Union européenne, préconisant la sortie de l'UE.
Son mode de recrutement est analogue à celui de LO, et l'investissement de ses militants aussi important qu'à Lutte Ouvrière.
Au niveau politique, c'est un parti qui n'hésite pas à se lancer dans de grandes campagnes nationales comme celle de la défense des services publics, en cherchant à y associer les appareils et les militants d'autres organisations, ainsi que les élus locaux. Par exemple, dans le cadre de la campagne qu'il mène actuellement sur l'interdiction des licenciements, il s'est adressé à tous les partis politiques. Sa direction a rencontré celle du Parti communiste français, et cette démarche n'est sans doute pas étrangère au dépôt du projet de loi contre les licenciements financiers par les députés communistes à l'Assemblée nationale en mai.
Pour conclure ?
Militants communistes, nous sommes obligés de faire un constat : en 2009, notre parti n'est plus le parti hégémonique qu'il était dans les années 50-60-70 et même 80. Le recul de notre implantation électorale a favorisé l'émergence de scores importants aux partis trotskistes. D'ailleurs, qui n'a jamais rencontré un communiste avouant avoir voté pour tel ou tel candidat trotskiste parce qu'il ne se retrouvait pas dans les discours et les programmes du Pcf ?
Au delà de l'aspect électoral, ce sont nos pratiques politiques qui ont changé envers les trotskistes. Bien entendu, notre histoire reste prégnante et la méfiance existe toujours. Elle est parfois pleinement compréhensible, comme lorsque les militants de la LCR font systématiquement le jeu du Parti socialiste contre les communistes. La culture anti-communiste – fut-elle justifiée par nos anciennes pratiques – est un fond commun des militants trotskistes. Mais nous pouvons constater une évolution. Lutte Ouvrière a pris l'initiative au moment des élections municipales de 2008 de participer à des listes dirigées par le Pcf, et l'expérience a été très positive, permettant aux uns et aux autres de faire un bout de chemin ensemble. Le POI n'hésite plus à interpeller les élus communistes pour leur demander leur participation ou leur soutien à leurs initiatives. Le Npa, au temps où il était encore LCR, a participé aux côtés du Pcf à la campagne pour le NON au référendum sur le Traité constitutionnel de mai 2005.
Le Pcf a perdu son hégémonie dans la classe ouvrière. Et malheureusement, son discours est actuellement inaudible, incompréhensible, et très souvent en décalage avec les préoccupations immédiates du monde du travail. Il y avait un espace à occuper, et les organisations trotskistes en occupent une partie.
Les divisions héritées de l'histoire doivent être surmontées. Nous sommes militants communistes, et l'originalité de la Gauche communiste, c'est de penser que les courants trotskistes sont, eux aussi, communistes. Nous devons donc travailler ensemble, sans concurrence, sans animosité, sans arrières-pensées, puisque nous avons un objectif commun, le renversement du système capitaliste et l'établissement d'une société véritablement communiste.
Mai 2009
Sources :
Articles consultables sur internet :
Denis COLLIN, Jacques COTTA, « Pour une discussion raisonnée sur l'histoire et le bilan du trotskisme », La Sociale, http//la-sociale-viabloga.com, 27 janvier 2008
Henri DUTHU, « Survivance du trotskisme », http://www.initiationphilo.fr, sans date
Marc LAZAR, « Trotski, les trotskistes et la France », communication à l'Académie des Sciences morales et politiques, http://www.asmp.fr, 1er décembre 2003
Jean-Guillaume LANUQUE, Claude PENNETIER, « La France, Trotski, les trotskismes », Le Monde, 13 juin 2001, http://france-mail-forum.de
Michel LEQUENNE, « Trotski et le trotskisme », http://www.europe-solidaire.org, 2002
Jan MALEWSKI, « Après 70 ans, quelle actualité de la IV° Internationale ? », Inprecor, n°541-542, http://orta.dynalias.org/inprecor, 10 septembre 2008
articles de Wikipedia sur le trotskisme et la IV° Internationale
Ouvrages :
Robert BARCIA, La véritable histoire de Lutte ouvrière, entretiens avec Christophe BOURSEILLER, Denoël, 2003
Jean-Jacques MARIE, Le trotskysme, Champs Flammarion, 1977
Jacques ROUSSEL, Les enfants du prophète, histoire du mouvement trotskiste en France, Spartacus, 1972

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