Une fondation pour militaires "NostAlgériques"

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Une fondation pour militaires "NostAlgériques"

Message  nico37 le Jeu 21 Oct - 20:19

UNE FONDATION POUR MILITAIRES «NOSTALGERIQUES»

par K.Selim, Le Quotidien d'Oran, 19 octobre 2010
Kassaman et des fleurs jetées dans la Seine. C'était, ce dimanche 17 octobre 2010, sur le pont Saint-Michel, entre trois cents et quatre cents personnes recueillies à la mémoire des centaines d'Algériens jetés dans la Seine par une police remontée de haine et munie d'un permis de tuer sans équivoque de la part du préfet Maurice Papon.

Des Algériens, bien sûr, mais aussi de nombreux Français qui ne se résignent pas à ce que ce «crime d'Etat», commis de manière préméditée il y a 49 ans, soit recouvert du voile de l'oubli officiel.

Ces Français, engagés dans une trentaine d'associations, continuent avec une constance méritoire d'exiger la «reconnaissance officielle du crime commis par l'Etat français les 17 et 18 octobre 1961», «la liberté d'accès effective aux archives pour tous, historiens et citoyens» et le «développement de la recherche historique sur ces questions dans un cadre franco-algérien et international».

Des prises de parole et une voix ferme qui lance l'alerte : au refus de reconnaissance des faits va s'ajouter, pour ce mardi, le lancement d'une «Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie, des combats de Tunisie et du Maroc», managée par d'anciens cercles militaires très nostalgiques de la colonisation et de ses «bienfaits», grands défenseurs de la torture et dont la jonction est évidente avec des courants d'extrême droite xénophobe.

Celui qui a lancé la mise en garde, sur le pont, est à la fois historien et vice-président de la Ligue des droits de l'homme, Gilles Manceron. Il a rappelé que cette fondation est le produit de la loi scélérate du 23 février 2005 qui glorifiait le colonialisme et ses «bienfaits». Pour G. Manceron, sa mise en place est un indicateur que la France se trouve à la «croisée des chemins» entre une grande partie de la population «qui veut que la vérité soit dite sur la nature de la colonisation et, d'autre part, une fraction de celle-ci, plus âgée, surtout implantée dans le Midi de la France, qui ne veut rien reconnaître ni regarder en face et reste attachée aux dénégations et aux anciens mensonges».

Hubert Falco, secrétaire d'Etat à la Défense et aux Anciens Combattants, prétend que cette fondation va permettre de «réconcilier toutes les mémoires entre les ennemis d'hier, qu'ils soient issus du FLN ou de l'OAS». Cette manière insidieuse de mettre sur le même plan les bourreaux et les victimes en les «réconciliant» n'est même pas vraie. Une fondation contrôlée par des «institutions à la tête desquelles se trouvent des généraux qui persistent dans la justification de l'emploi de la torture par l'armée française en Algérie et dans la négation du mouvement nationaliste algérien», ne sert pas la réconciliation.

C'est même une entreprise guerrière visant à entretenir l'esprit colonial.

Le fait qu'elle soit mise en place deux jours après la commémoration de la ratonnade de Paris d'octobre 1961 en dit suffisamment long sur les intentions de ceux qui sont derrière. La loi scélérate du 23 février 2005 a beau avoir été débarrassée de l'article 4 qui imposait une histoire officielle, ses autres dispositifs, chargés de justifier l'inacceptable, continuent de prolonger ses méfaits. Et d'empoisonner le présent et l'avenir des relations entre Algériens et Français.

Alors que l’Algérie a mis sous le coude la loi criminalisant le colonialisme : Les partisans de la loi du 23 février persistent et signent Par : Omar Ouali, Liberté, 18 octobre 2010

Les anciens de “l’Algérie française” et du courant xénophobe s’apprêtent à installer, demain, la fondation pour la mémoire, prévue par l’article 3 de la loi du 23 février 2005 qui considère le colonialisme comme “une entreprise civilisatrice”.

La récente annonce faite par le président de l’APN, au sujet de la décision des autorités politiques algériennes de mettre sous le coude le projet de loi portant criminalisation du colonialisme, ne semble pas être mesurée à sa juste portée du côté français. Du moins de la part des anciens de l’Algérie française et du courant xénophobe de l’extrême, qui n’ont visiblement rien perdu de leurs ardeurs nostalgiques pour l’empire perdu. Et pour cause, ils s’apprêtent à installer, demain mardi, la fondation pour la mémoire. Cette fondation est prévue par l’article 3 de la loi scélérate du 23 février 2005 qui considère le colonialisme comme “une entreprise civilisatrice”. Cette fondation qui jouit certainement de la bénédiction du pouvoir élyséen, soucieux de ménager l’électorat lepéniste, suscite néanmoins un tollé auprès d’organisations de la société civile française et d’universitaires qui la dénoncent.
C’est le cas de l’historien Gilles Manceron, historien et vice-président de la Ligue des droits de l’Homme, pour qui la mise en place de cette fondation montre que la société française est “à la croisée des chemins”.
Cet historien souligne “le paradoxe entre une grande partie de la population française, souvent jeune, qui veut que la vérité soit dite sur la colonisation et une autre fraction de celle-ci, plus âgée, surtout implantée dans le Midi de la France, qui ne veut rien reconnaître ni regarder en face, et reste attachée aux dénégations et aux anciens mensonges”.

C’est cette tranche de l’opinion qui a mené à l’occasion du dernier Festival de Cannes une croisade hystérique contre le film de Rachid Bouchareb Hors-la-loi. C’est encore elle qui avait soutenu l’érection de plusieurs monuments à la gloire de l’Algérie française et des tueurs de l’OAS, insiste cet historien qui rappelle à juste titre que “c’est cette fraction de l’opinion qui a poussé à l’adoption de la loi du 23 février 2005 qui prétendait présenter la colonisation comme positive”.

Gilles Maceron déplore aussi le fait que cette fondation, dont le but est de “légitimer les crimes coloniaux” soit contrôlée par “des institutions à la tête desquelles se trouvent des généraux qui persistent dans la justification de l’emploi de la torture par l’armée française en Algérie et dans la négation du mouvement nationaliste algérien”.
Cette fondation est en porte-à-faux avec la proposition du président Sarkozy d’avoir un regard apaisé sur le passé colonial, mais elle constitue surtout une torpille au travail conduit par de nombreux universitaires français en collaboration avec leurs collègues algériens pour une réécriture “honnête” de l’Histoire, s’insurge cet historien.

Un autre historien, Olivier Le Cour Grandmaison, lui aussi partisan de “laisser l’Histoire aux historiens”, voit dans cette fondation en ce moment précis des desseins électoralistes. “L’offensive de la majorité actuelle (la droite UMP, ndlr) se poursuit sous des formes diverses et se poursuivra sans doute jusqu’en 2012” pour des raisons électoralistes, argumente-t-il. Mettant en relief la “singularité” de la France dans son rapport avec son passé colonial, il explique que la loi “scandaleuse” du 23 février 2005 qui “sanctionnait une interprétation positive, officielle et mensongère de la colonisation française”, n’a “aucun équivalent européen, sinistre exception française” et n’est pas l’épilogue d’une offensive idéologique menée, il y a cinq ans, mais bien le prologue d’un combat en réhabilitation qui n’a jamais cessé depuis.
C’est la raison pour laquelle Olivier Le Cour Grandmaison juge “essentiel” que les candidats des gauches parlementaires et radicales présents au premier tour de l’élection présidentielle de 2012 “prennent clairement position pour l’abrogation de cette législation”. Et ce n’est certainement pas une coïncidence fortuite que la mise en place de cette fondation intervienne aussi deux jours après la commémoration des massacres d’Algériens par la police du préfet Maurice Papon, le 17 octobre 1961 à Paris. D’ailleurs de nombreux chercheurs et des scientifiques ont refusé d’entrer dans son conseil scientifique, estimant qu’au lieu d’être un outil au service de la recherche historique, “elle risque de capter des archives privées dans des conditions difficiles à contrôler, relevant son caractère partial quant au travail sur la mémoire” de la guerre de Libération nationale.

nico37

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