Sur le mot d'ordre d'interdiction des licenciement

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Sur le mot d'ordre d'interdiction des licenciement

Message  Gaston Lefranc le Dim 1 Avr - 1:18

Sur le mot d'ordre d' « interdiction des licenciements »
http://tendanceclaire.npa.free.fr/contenu/autre/artpdf-342.pdf

Gaston Lefranc

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Re: Sur le mot d'ordre d'interdiction des licenciement

Message  verié2 le Dim 1 Avr - 10:13

Je suis fondamentalement d'accord sur le fait que revendiquer une loi interdisant les licenciements, en expliquant que les patrons ont "les moyens", "de l'argent" pour assurer le plein emploi en prenant sur leurs profits est une démarche réformiste qui induit les travailleurs en erreur sur la nature du capitalisme et de la crise.

Sur ce plan, le NPA et LO ont pratiquement la même propagande. La seule différence est que le NPA entre davantage dans les détails, ce qui donne un caractère "encore plus" réformiste au mot d'ordre d'interdiction des licenciements. Mais LO comme le NPA revendiquent une loi. LO reste seulement un peu plus dans le flou artistique.

La réponse que tu proposes, à la place de celle de Poutou dans son interview, est bonne à mon avis. Mais, dans ce cadre, il y a la possibilité de développer une argumentation. C'est beaucoup plus difficile en quelques phrases à la TV.

Il me semble qu'il y a plusieurs difficultés :
-Il est difficile de parler de mots d'ordre "transitoires" dans la situation actuelle qui n'est ni révolutionnaire ni pré-révolutionnaire. C'est pour cela que certains mots prennent un caractère réformiste. Relier ces mots d'ordre avec la nécessité d'un gouvernement ouvrier, d'accord, à la condition de comprendre que ce n'est que de la propagande. Et, quitte à faire de la propagande, autant qu'elle soit claire !
-Aucun travailleur ne peut avoir l'illusion qu'on va partager le travail et interdire les licenciements dans le système actuel, ce qui rend, non seulement réformiste mais peu crédible, la revendication d'une "bonne loi". Même en soulignant comme le fait LO que les travailleurs devraient obliger les patrons à l'appliquer.
-Il n'y a pas que les grandes entreprises. Dans les PME, et notamment les plus petites, on voit mal comment on pourrait empêcher les patrons de licencier ou de fermer...
-Sur les délocalisations, c'est tout de même assez compliqué. Il ne suffit pas de dire qu'on va redémarrer la production sans patrons. La division internationale du travail rend cette "solution" assez difficile dans de nombreuses activités. Ca ne me semble pas systématiquement faux de revendiquer la garantie du maintien des revenus.
-D'une manière générale, il me semble qu'il faut en effet mettre l'accent sur le fait que la société dispose des moyens matériels nécessaires, et non sur "l'argent", comme le font plus ou moins systématiquement LO et le NPA. Mais, encore une fois, nous nous heurtons au problème de la division internationale du travail...
___
Bref, si la critique de la propagande de LO et du NPA me semble juste, il est plus difficile d'élaborer une autre propagande...

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Re: Sur le mot d'ordre d'interdiction des licenciement

Message  Roseau le Dim 1 Avr - 20:02

Faire croire que dans la crise actuelle l'on peut durablement interdire les licenciements,
ou créer une branche de la Sécu garantissant la continuité du contrat de travail ne suffit pas.
C'est une vision technique d'économistes sans perspective alternative au capital ou sans conscience du niveau de la crise.
LO a bien fait de ne pas mettre le doigt là-dedans.

Effectivement, la critique de Gaston est pertinente. Il donne en conclusion la bonne réponse.
« Dans le cadre du système capitaliste, une entreprise qui n'est
pas rentable doit en effet fermer et les salariés se retrouvent à la rue. C’est inacceptable. Il
faut se battre contre la fermeture et contre tout licenciement, en ayant recours à la grève,
jusqu’à l’occupation de l’entreprise. Si cela ne suffit pas, les travailleurs peuvent même
relancer la production sous leur propre direction, tout en exigeant l’expropriation : des
exemples prouvent que l’on peut produire sans patron. Comme l’État (loi, gouvernement,
tribunaux, police,…) va tout faire pour l’empêcher, il faut s’efforcer de créer une grande
solidarité des salariés de la région, de se regrouper avec d’autres travailleurs d’entreprises
en lutte et d’obtenir le soutien le plus large possible des syndicats. Mais cette situation ne
peut être que provisoire, car, soumise à la concurrence, l’entreprise relancée par ses
travailleurs risque à nouveau de couler. Il n’y a pas de solution durable à ce problème dans
le cadre du capitalisme. Pour sauvegarder l’emploi et le niveau de vie, il faut une
mobilisation de masses des travailleurs balayant les gouvernements qui veulent nous faire
payer la crise, instaurant un gouvernement composé à tous les niveaux des salariés
(ouvrier d’automobile, infirmière, facteur, caissière, etc.) et exproprier les grands groupes
capitalistes ».

Maintenant, concernant la concurrence internationale,
que Vérié introduit fort à propos dans la discussion,
il faut rappeler que libre-échange et protectionnisme,
dans le cadre de l'économie capitaliste, sont les deux faces de la même médaille.

Dans l'économie socialiste à venir, cad planifiée pour les besoins non pas des français,
mais de l'humanité, les échanges se feront en fonction d'accords de coopération entre Etats,
prenant en compte toutes les relations, pas seulement les échanges de biens et services,
et fondés sur la satisfaction optimum des besoins durables, cad compatibles avec la protection de la planète.


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Re: Sur le mot d'ordre d'interdiction des licenciement

Message  verié2 le Jeu 5 Avr - 15:49

C'est regrettable que personne n'intervienne sur ce sujet, pourtant à l'ordre du jour.
Voici par exemple un article pris dans le dernier numéro de LO. Il illustre bien à mon avis l'article de Gaston Lefranc. LO s'applique ici à démontrer que la revendication d'interdire les licenciements est "réaliste", sans évoquer de loi cette fois, mais sans nous dire dans quelle société cela serait possible. Or le lecteur ne peut que comprendre que cette revendication serait réalisable dans le cadre du système actuel, qui plus est en période de crise ! au même titre que n'importe quelle revendication, en citant comme exemple... le travail des enfants ou le salaire minimum. (Salaire minimum qui, faut-il le rappeler, n'est de fait pas toujours respecté.)

Or, certes, le partage du travail entre tous n'a rien d'utopique... mais dans une société gouvernée par les travailleurs. Or LO insiste lourdement sur le fait qu'il suffirait de prendre un peu d'argent dans les caisses du patronat, qui sont pleines. Ce qui ne peut que laisser penser que c'est possible dans le cadre du système capitaliste, au prix d'un petit effort imposé aux patrons.

Pourquoi ne pas dire franchement que, si les moyens techniques et matériels existent pour partager le travail entre tous, cela ne sera possible qu'au prix de la transformation de la société ? C'est certes de la pure propagande pour le moment, mais il en va de même pour cette lutte qui permettrait d'imposer ce sacrifice aux patrons...

LO pense-t-elle que les travailleurs ne sont pas capables de comprendre cela ? Ou que cela leur ferait peur ? Les dissuaderait de lutter, alors qu'un objectif dans le cadre du système semblerait davantage à leur portée ? Mais l'entrée en lutte des travailleurs ne dépend pas de nous, ou peu : quand ils le voudront, les travailleurs ne nous demanderont pas notre avis. En revanche, développer une compréhension claire de la situation et du fonctionnement du capitalisme dépend en partie de nous...

J'aimerais bien avoir l'avis d'autres camarades du NPA et de LO sur cette question...



Lutte ouvrière 4 avril
Interdire les licenciements, c'est possible !

Interdire les licenciements serait impossible, répondent certains au programme mis en avant par Nathalie Arthaud. Mais lorsque le chômage atteint près de 10 % de la population active, lorsque le travail précaire touche la quasi-totalité des jeunes travailleurs et presque tous ceux qui retrouvent du travail après avoir été licenciés, lorsque des centaines de milliers de travailleurs de plus de 50 ans se retrouvent sans travail, avec la certitude de ne jamais en retrouver un et de dériver rapidement vers la misère, c'est un drame social qui nécessite un traitement d'ensemble.

L'interdiction des licenciements, la répartition du travail entre tous, mais aussi l'obligation d'embauche des travailleurs précaires s'imposent. Et ces mesures doivent s'appliquer à l'échelle de toute la société.

Car enfin cette économie, qui a mis sur la touche des millions de travailleurs utiles, continue à fonctionner, la production est réalisée, les bâtiments sortent de terre, les trains roulent et les malades sont soignés. Seulement tout cela se fait d'un côté avec moins de travailleurs, mais contraints à des rythmes infernaux, et moins de dépenses publiques, plus de profits et plus de cadeaux de l'État aux capitalistes de l'autre.

Qu'est-ce qui changerait donc si on réintégrait les quatre millions de chômeurs dans les entreprises et les services publics, si on interdisait aux patrons de se servir des intérimaires comme variable d'ajustement ? La vie de tout le monde du travail d'abord, sur lequel ne pèseraient plus cette menace permanente, cette démoralisation et cette coupure artificielle entre ceux qui ont encore un emploi et ceux qui courent après. Le travail serait moins pénible, puisque réparti entre plus de bras, et le service public serait mieux à même de remplir sa fonction. Les caisses de retraite, d'assurance maladie et de chômage s'en porteraient évidemment mieux. Bien entendu, le budget public devrait être réorienté : une plus grande partie consacrée aux salaires des travailleurs utiles, une moindre ou rien du tout à aider les parasites nuisibles de la haute finance, par exemple.

Bien sûr, les profits privés seraient aussi diminués, dans des proportions qu'on ne peut pas deviner à l'avance. Mais il y a largement de quoi faire : ceux des quarante sociétés dites du CAC 40 représentent à eux seuls déjà plus de 70 milliards d'euros cette année, sans parler des bénéfices accumulés.

Le patronat a toujours décrété impossible, sous peine de ruine générale, ce qu'il ne voulait pas faire : depuis l'interdiction du travail des enfants jusqu'à l'instauration d'un salaire minimum, depuis les lois sur l'hygiène jusqu'à celles sur la retraite. Tout a été impossible, jusqu'à ce que les travailleurs l'imposent par la force. Il pourrait en être de même pour l'interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous.
P. G.


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Re: Sur le mot d'ordre d'interdiction des licenciement

Message  Roseau le Jeu 5 Avr - 16:21

Tu as eu le mien, que j'avais déjà exprimé.
Et je crois que la majorité des camarades sont d'accord.
C'est pour les licenciements comme sur le reste des revendications.
On ne rassemble pas des révolutionnaires en cachant la vérité.
On ne se lie pas aux travailleurs du XXIème siècle comme aux soldats et paysans de la Russie de 1917.

Les réformistes, dans leur lutte des places, racontent n'importent quoi,
cad ce que la conscience dominée peut comprendre.
Lire le programme du FdG...tentative avec 70 ans de retard,
donc surréaliste de réformer le capitalisme mondialisé.

Les révolutionnaires disent que pour la question des licenciements (donner du travail à tous),
et généralement pour notre émancipation économique, sociale, et politique, comme pour sauver la planète,
il faut une "révolution sociale", le "pouvoir des travailleurs".
Ce sont les termes mêmes et l'argument des Principes Fondateurs du NPA.
C'est aussi clair pour LO.
D'ailleurs, Olivier autrefois, Philippe aujourd'hui, parlent des fois le language de vérité.
LO aussi il me semble.

Pourquoi alors les uns et les autres dérapent des fois dans les bêtises du réformisme ?
Pour le NPA, c'est le poids mort des vieux dirigeants droitiers, remerciés,
mais on commence seulement à en sortir.

Pour LO, c'est un moment électoral seulement ?
Je ne suis pas assez sûr pour oser une explication...
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Re: Sur le mot d'ordre d'interdiction des licenciement

Message  Gaston Lefranc le Ven 6 Avr - 0:43

Oui, cet article de LO est particulièrement clair !

Et Roseau, je suis désolé, mais tu ne peux pas te voiler la face : il ne s'agit pas d'un moment d'égarement. Les directions de LO et du NPA martèlent à longueur de temps que l'interdiction des licenciements est parfaitement possible sans révolution sociale, qu'il suffit de prendre sur les profits faramineux, et que tout ira bien : cela fera rentrer du fric dans les caisses de la sécu, et tout ira bien.

Alors certes, il y a des phrases justes dans les principes fondateurs, mais encore une fois ne nous voilons pas la face : le "gouvernement des travailleurs", la "révolution sociale", c'est pour les jours de fête, c'est glissé, de temps en temps, dans les textes, et quand cela l'est, c'est de façon très abstrait et pas articulé aux revendications (comme par exemple l'interdiction des licenciements). Et dans les interventions publiques, notamment à la télévision, il n'y a plus rien de ces formules des principes fondateurs : on fait croire au contraire qu'on peut mettre en place plein de mesures dans le cadre du système, et que cela pourrait marcher formidablement.

Et Roseau, inutile d'imputer tout ce qui ne va pas aux dirigeants de la GA. Aujourd'hui, ce n'est pas la GA qui fait la campagne. La résolution politique qui est sortie du dernier CPN est en net retrait par rapport aux précédents : plus rien sur la question du pouvoir, du gouvernement des travailleurs. C'est assez dramatique, alors qu'il faudrait justement expliquer aux travailleurs l'imposture mélenchonienne, et opposer notre projet politique révolutionnaire à cette resucée du mitterrandisme. Mais on dit qu'on est content pour Mélenchon, que Mélenchon n'est pas adversaire, et même qu'on partage un grand nombre de solutions avec lui. Dans ces conditions, en effet, c'est presque une incitation à voter Mélenchon ! Car si il n'y a rien de bien fondamental qui nous distingue de Mélenchon (sauf qu'on serait un peu plus "à gauche"), autant voter en effet pour le type qui pèse 15% dans les sondages plutôt que pour celui qui fait 0,5%.

Bref, soyons lucides, et ne croyons pas que le départ de la GA règle les problèmes d'orientation. Ce n'est pas du tout le cas. Et la leçon à tirer de la crise d'aujourd'hui, c'est qu'on ne construit rien sur l'ambiguité, les confusions savamment entretenues. On se voilerait la face en considérant que Grond et consorts sont simplement des "renégats". Il faut comprendre ce qui rend possible le vote des principes fondateurs, le vote de "nos réponses à la crise", et ... le vote Mélenchon. Et il faut surtout en tirer les leçons pour l'avenir : arrêtons les compromis boîteux, les textes confus et illisibles : soyons clairs, et défendons une stratégie révolutionnaire et concrète, combattons les démagogues réformistes et leurs idées keynésiennes. Ce n'est pas la voie de la facilité, mais nous construirons quelque chose de solide. Dommage que la campagne Poutou (qu'il faut malgré tout faire à fond !) n'ait pas permis d'amorcer ce virage. Mais organisons nous pour refonder le NPA sur des bases révolutionnaires.

Gaston Lefranc

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Re: Sur le mot d'ordre d'interdiction des licenciement

Message  Roseau le Lun 9 Avr - 16:21

Gaston Lefranc a écrit:Oui, cet article de LO est particulièrement clair !

Et Roseau, je suis désolé, mais tu ne peux pas te voiler la face : il ne s'agit pas d'un moment d'égarement.

J'avais conclu par sur un égarement, mais sur ceci
Pourquoi alors les uns et les autres dérapent des fois dans les bêtises du réformisme ?
Pour le NPA, c'est le poids mort des vieux dirigeants droitiers, remerciés,
mais on commence seulement à en sortir.

Mais je suis sur le fond d'accord avec toi. Dont acte.
Je n'avais pas mentionné la GA,
mais dirigeants réformistes, car le poids et bois mort,
centriste hérité de la LCR, est plus lourd que cela.

A ce propos, ce qui est l'indice d'une nécessaire refondation,
outre ce que tu mentionnes, c'est que le CPN d'un parti "anticapitaliste"
ait refusé, pour la propagande d'une campagne électorale,
principale tribune dont il disposera d'ici des années,
le mot d'ordre d'"expropriation des entreprises du CAC 40".
Une faute impardonnable, qui restera la marque d'une désertion.

La refondation, sur les bases du mouvement ouvrier,
et prenant en compte la crise en cours,
loin des rêveries des" trente miteuses", et très urgente.

Il semble qu'elle concerne autant le NPA que LO...
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