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En poésie, la parole est libre

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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Re: En poésie, la parole est libre

Message  Babel le Dim 4 Nov - 9:14

Et si je meurs l’hiver
attendez que vienne l’été

Et si je meurs à l’aube
attendez que vienne le soir
Que la corolle solaire
saigne sur la paume du ciel

Je veux un ciel qu'écarlatent
les désarrois du monde
Je veux un ciel qu'ébouillante
aux pôles le lait de vos tétons

Et si je meurs à midi
attendez que vienne le soir
Patience

Plaquez mes omoplates au sol
N'écoutez pas si je crie
la tête au nord
bras en croix
Et feu !

Le vent en haillons gris
fera ses tourbillons.

Babel

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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Les onze poèmes

Message  Babel le Mer 12 Déc - 20:20

... utilisés par Chostakovitch pour la composition de sa 14e symphonie.

1. De profundis

Los cien enamorados
duermen para siempre
bajo la tierra seca.
Andalucía tiene
largos caminos rojos.
Córdoba, olivos verdes
donde poner cien cruces
que los recuerden.
Los cien enamorados
duermen para siempre.

De profundis

Les cent amoureux
dorment à jamais
sous la terre sèche.
L'Andalousie a
de longues routes rouges.
A Cordoue, verts oliviers,
où planter cent croix
qui se souviennent d'eux.
Les cent amoureux
dorment à jamais.

Lorca


2. Malagueña

La muerte
entra y sale
de la taberna, etc.
Pasan caballos negros
y gente siniestra
por los hondos caminos
de la guitarra.
Y hay un olor a sal
y a sangre (de hembra)
en los nardos febriles
de la marina.
La muerte
entra y sale
y sale y entra
la muerte
de la taberna.

Malagueña

La mort
entre et sort
de l'auberge, etc.
Passent des chevaux noirs
et de sinistres gens
par les chemins creux
de la guitare.
Il y a un parfum de sel
et de sang
dans les tubéreuses fébriles
du bord de la mer.
La mort
entre et sort, etc.
...de l'auberge.

Lorca


3. La Loreley

A Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l'évêque la fit citer
D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté

Ô belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m'ont regardée évêque ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes ô belle Loreley
Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

Mon cœur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j'en meure

Mon cœur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
Mon cœur me fit si mal du jour où il s'en alla

L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

Va-t-en Lare en folie va Lore aux yeux tremblants
Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc

Puis ils s'en allèrent sur la route tous les quatre
La Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le fleuve,
Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves

Là-haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là-bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

Mon cœur devient si doux c'est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

Guillaume Apollinaire
[d'après Brentano, 1801]


4 Le Suicidé

Trois grands lys Trois grands lys sur ma tombe sans croix
Trois grands lys poudrés d'or que le vent effarouche
Arrosés seulement quand un ciel noir les douche
Majestueux et beaux comme sceptres des rois

L'un sort de ma plaie et quand un rayon le touche
Il se dresse sanglant c'est le lys des effrois
Trois grands lys Trois grands lys sur ma tombe sans croix
Trois grands lys poudrés d'or que le vent effarouche

L'autre sort de mon cœur qui souffre sur la couche
Où le rongent les vers L'autre sort de ma bouche
Sur ma tombe écartée ils se dressent tous trois
Tout seuls tout seuls et maudits comme moi je crois
Trois grands lys Trois grands lys sur ma tombe sans croix

Guillaume Apollinaire


5. Les Attentives I

Celui qui doit mourir ce soir dans les tranchées
C'est un petit soldat dont l'œil indolemment
Observe tout le jour aux créneaux de ciment
Les Gloires qui de nuit y furent accrochées
Celui qui doit mourir ce soir dans les tranchées
C'est un petit soldat mon frère et mon amant

Et puisqu'il doit mourir je veux me faire belle
Je veux de mes seins nus allumer les flambeaux
Je veux de mes grands yeux fondre l'étang qui gèle
Et mes hanches je veux qu'elles soient des tombeaux
Car puisqu'il doit mourir je veux me faire belle
Dans l'inceste et la mort ces deux gestes si beaux

Les vaches du couchant meuglent toutes leurs roses
L'Aile de l'oiseau bleu m'évente doucement
C'est l'heure de l'Amour aux ardentes névroses
C'est l'heure de la Mort et du dernier serment
Celui qui doit périr comme meurent les roses
C'est un petit soldat mon frère et mon amant Guillaume Apollinaire


6. Les Attentives II

Mais Madame écoutez-moi donc
Vous perdez quelque chose
- C'est mon cœur pas grand-chose
Ramassez-le donc
Je l'ai donné je l'ai repris
Il fut là-bas dans les tranchées
Il est ici j'en ris j'en ris
Des belles amours que la mort a fauchées

Guillaume Apollinaire


7. À la Santé

I
Avant d’entrer dans ma cellule
Il a fallu me mettre nu
Et quelle voix sinistre ulule
Guillaume qu’es-tu devenu

Le Lazare entrant dans la tombe
Au lieu d’en sortir comme il fit
Adieu adieu chantante ronde
Ô mes années ô jeunes filles

II
Non je ne me sens plus là
Moi-même
Je suis le quinze de la
Onzième

Le soleil filtre à travers
Les vitres
Ses rayons font sur mes vers
Les pitres

Et dansent sur le papier
J’écoute
Quelqu’un qui frappe du pied
La voûte

III
Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène
Tournons tournons tournons toujours
Le ciel est bleu comme une chaîne
Dans une fosse comme un ours
Chaque matin je me promène

Dans la cellule d’à côté
On y fait couler la fontaine
Avec les clefs qu’il fait tinter
Que le geôlier aille et revienne
Dans la cellule d’à côté
On y fait couler la fontaine

IV

Que je m’ennuie entre ces murs tout nus
Et peints de couleurs pâles
Une mouche sur le papier à pas menus
Parcourt mes lignes inégales

Que deviendrai-je ô Dieu qui connais ma douleur
Toi qui me l’as donnée
Prends en pitié mes yeux sans larmes ma pâleur
Le bruit de ma chaise enchaînée

Et tous ces pauvres cœurs battant dans la prison
L’Amour qui m’accompagne
Prends en pitié surtout ma débile raison
Et ce désespoir qui la gagne

V
Que lentement passent les heures
Comme passe un enterrement

Tu pleureras l’heure où tu pleures
Qui passera trop vitement
Comme passent toutes les heures

VI
J’écoute les bruits de la ville
Et prisonnier sans horizon
Je ne vois rien qu’un ciel hostile
Et les murs nus de ma prison

Le jour s’en va voici que brûle
Une lampe dans la prison
Nous sommes seuls dans ma cellule
Belle clarté Chère raison

Guillaume Apollinaire


8. Réponse des cosaques zaporogues au sultan de Constantinople

Plus criminel que Barrabas
Cornu comme les mauvais anges
Quel Belzébuth es-tu là-bas
Nourri d'immondice et de fange
Nous n'irons pas à tes sabbats

Poisson pourri de Salonique
Long collier des sommeils affreux
D'yeux arrachés à coup de pique
Ta mère fit un pet foireux
Et tu naquis de sa colique

Bourreau de Podolie Amant
Des plaies des ulcères des croûtes
Groin de cochon cul de jument
Tes richesses garde-les toutes
Pour payer tes médicaments

Guillaume Apollinaire


9. O Delvig, Delvig !

O Del'vig, Del'vig! Chto nagrada
I del vysokikh i stikhov?
Talantu chto i gde otrada
Sredi zlodejev i glupcov?

V ruke surovoj Juvenala
Zlodejam groznyj bych svistit
I krasku gonit s ikh lanit.
I vlast' tiranov zadrozhala.

O Del'vig, Del'vig, chto gonen'ja?
Bessmertije ravno udel
I smelykh vdokhnovennykh del
I sladostnogo pesnopenja!

Tak ne umrjot i nash sojuz,
Svobodnyj, radostnyj i gordyj!
I v schast'je i v neschast'je tvjordyj
Sojuz ljubimcev vechnykh muz!


O Delvig, Delvig!

O Delvig, Delvig! Où est la récompense
des belles actions et de la poésie ?
Où et comment la joie du talent
parmi les fripons et les fous ?

De la main austère de Juvénal
le fouet redoutable siffle sur les fripons,
leur ôtant la couleur de leurs joues,
et la puissance des tyrans fut ébranlée.

O Delvig, Delvig ! Où est la persécution ?
L'immortalité est la même
pour les nobles et vaillantes actions,
pour la douceur de chants poétiques.

Ainsi notre union ne mourra pas,
fière, joyeuse, libre
et dans la joie et dans la peine, ferme
est l'union des amants de l'éternelle muse.

Wilhelm Küchelbecker (1797-1846)


10. Der Tod des Dichters

Er lag. Sein aufgestelltes Antlitz war
bleich und verweigernd in den steilen Kissen,
seitdem die WeÙ und dieses Von-ihr-Wissen,
von seinen Sinnen abgerissen,
zurükfiel an das teilnahmslose Jahr.
Die, so ihn leben sahen, wuftten nicht,
wie sehrer Eines war mit allem diesen;
denn Dieses : diese Tiefen, diese Wiesen
und diese Wasser waren sein Gesicht.
O sein Gesicht war diese ganze Weite,
die jetzt noch zu ihm will und um ihn wirbt,
und seine Maske, die nun bang verstirbt,
ist zart und offen wie die lnnenseite
von einer Frucht, die an der Luft verdirbt.

La Mort du poète

Il gisait. Son visage offert était
blême et absent sur l'oreiller penché
depuis que le monde et ce qu.il en sut
détaché de son esprit
était retombé dans l'insensible année.
Ceux qui l'avaient vu vivre ne surent jamais
combien il était un avec tous ceux-ci.
Ceux-ci donc: ces gouffres, ces prairies
et ces eaux étaient sa face.
O sa face était tous les lointains
qui viennent encore à lui pour le courtiser;
et son masque, maintenant effaré par la mort,
est tendre et ouvert comme l'intérieur
d'un fruit qui se corrompt à l'air.

Rilke


11. Schluß-Stück

Der Tod ist groft.
Wir sind die Seinen
lachenden Munds.
Wenn wir uns mitten im Leben meinen,
wagt er zu weinen
mitten in uns.

Pièce finale

La mort est grande.
Nous sommes à elle,
la bouche riante.
Lorsque nous nous croyons au sein de la vie
elle ose pleurer
dans notre sein.

Rilke


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Message  Babel le Sam 15 Déc - 8:19

Les revenantes

J’ai souvent las erré
Entre les nids d’abeilles.
Elles m’ont lacéré
De douceurs sans pareilles.

Tâchant d’être docile
Et soulager ma honte,
J’ai nourri mon exil
Au miel de leurs rencontres.

J'en sais dont les baisers
Se gravent sur la bouche,
Qu’à les tant désirer
Notre vue s’effarouche ;

J'en sais qui s’apitoient,
Et d'autres qu’on courtise,
Les prenant pour des proies
Dont nous sommes la prise.

Mes belles revenantes
Rivées au firmament,
Le ciel qui vous enfante
Connaît-il nos tourments ?

A l'ombre bienveillante
De vos scintillements
Nous vivons dans l'attente
D'être indéfiniment
Heureux.


Une maison coquette
Entourée de genêts
Où broutent des squelettes
Au fort accent cockney ;

Un bouquet de pivoines,
Quelques croissants, du thé,
Odette a mis pour Swann
Sa parure d’été.

Et que de larmes feintes,
De soupirs entravés !
Que de fièvres éteintes
Sur des serments crevés !

Est-il ardeur plus vaine
Que de garder en soi
L'ombre de ces fredaines
Et leurs frissons de soie ?

Mes belles revenantes…

Dans le grand lac gercé
Où finissent les courses,
Nos chevaux harassés
Salueront la Grande Ourse.

Mais que reste l’écho
De ces élans furtifs
Où se paya l’écot
Du temps itératif.

Les quatorze prénoms
Que porte ma mémoire,
Dans mes nuits d’abandon
Ouvrent leur mante noire,

Et du ventre au cercueil,
Du berceau à la tombe,
Mettent tout leur orgueil
A veiller ceux qui tombent.

Mes belles revenantes…

Que pleuvent les sanglots
Sur des soleils de flaques,
Comme un chant de grelots
Le long des catafalques !

De nos froissements d’elles,
Je n’emporte avec moi
Que la note cruelle
De son rire narquois.

Est-il erreur plus forte
Que de garder au cœur
Ce chien qui nous rapporte
Sa ration de douleur ?

Un remords nous étrangle,
Lentement, lentement,
Et nous fige dans l’angle
Obscur du reniement.

Mes belles revenantes…

Que faut-il que l’on tue
Lorsque nos ombres fuient
Et que l’on s’habitue
Au soleil de minuit ?

A nos années posthumes,
Aux enfants que nous fûmes,
Aux azalées qu’on hume
A deux sur le bitume.

Mes belles revenantes…

Babel

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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Re: En poésie, la parole est libre

Message  Babel le Sam 5 Jan - 11:58

… Ou d’autres fois brisant la pesanteur atroce
Et la monotonie des jours réitérés
Nous tirons la nacelle et nous roulons carrosse
Sur le dais de velours de nos corps étirés.

Le revers de ma main posé sur ta poitrine
Ton coude au creux du lit et mon souffle à ton cou
Papa maman s'en vont cueillir des églantines
-- Le cahot des pavés a rompu leur licou !

Mais la course arrêtée de nos rumeurs d'extase
Laisse un soleil meurtri jaillir de son fourreau
Lorsque proliférant comme des métastases

Et baignant nos yeux secs de remords infinis
Au milieu des sanglots et des cris d'agonie
Dehors le temps poursuit son travail de bourreau.

Babel

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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Re: En poésie, la parole est libre

Message  Babel le Sam 12 Jan - 12:09

Quand sera épuisée la tendresse des rides
Et que le ciel de suie souillera nos baisers,
Nous couvrirons nos fronts d'un peu de terre humide
Pour y entendre battre nos cœurs apaisés.

Le long d'une allée sombre où chacun tient registre
Égrenant ses regrets, ses pardons, ses amen,
Et des secrets si lourds que la dalle au teint bistre
Dans le remord du lierre abrite un cyclamen,

Sous la sauge et le thym, dans le suc des jonquilles,
De tapis d'herbe folle aux oiseaux clairsemée,
Avec de lents essors qui les recroquevillent,
Nos corps prendront le temps pour apprendre à s'aimer.

Car si nos os blanchis sont amers comme l'encre
Du sang qui se durcit dans le creux des vaisseaux,
Nos fibres ulcérées par le travail du chancre
Sauront s'épanouir en de vibrants faisceaux.

Quand sera épuisée la tendresse des rides
A l'ombre d'un cyprès s'inclinant en arceau,
Nous tournerons nos fronts vers un soleil aride
Pour voir la mort renaître au fond de son berceau.

Babel

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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Re: En poésie, la parole est libre

Message  Roseau le Dim 10 Mar - 16:37

Have you heard of “too big to fail !”?
Now they say “too big to jail !”
They know they have the whole power
Because they finance the lawyer!

They don’t care about Justice
Nor about the State Police
They have put the money somewhere
But no one can really know where!

They only want to be The Boss
And let the others share the loss
They will be away if the war
Starts at the corner or next door!

They act as the worst parasites
Because they have more than 2 seats
And they look for good protection
Even with weapons in action!

Are they part of Humanity
Or just dealers in the city?
Can their children say anything
Else than “Bring me here everything!”?

Signature : luami CREER
« Un médiateur d’ l’innovation
Qui allie raison et passion
Pour mieux vivre le temps restant
Et en partager les instants ! »
http://luami.viabloga.com/
Roseau
Roseau

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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Juan Gelman

Message  Babel le Mar 19 Mar - 8:40

L'élection au siège pontifical d'un complice des tortionnaires argentins m'a remis en mémoire les poèmes de Juan Gelman, mis en musique par Juan Cedron. Déjà postés (probablement dans le forum antérieur) l'ensemble de 4 textes qui constitue Le chant du coq reste pour moi associé aux "30.000 disparus", assassinés au cours des années 1976-1982 où la junte militaire fut au pouvoir.

Leur auteur, Juan Gelman, est né à Buenos Aires en 1930. Poète, traducteur, journaliste et militant révolutionnaire; ayant reçu des menaces de mort, il quitte l’Argentine en 1975, un peu avant que ne s’installe la junte.

Le 26 août 1976 les deux enfants de Juan Gelman, Nora Eva (19 ans) et Marcelo Ariel (20 ans), ainsi que la compagne de celui-ci, María Claudia Iruretagoyena (19 ans), enceinte de sept mois, sont enlevés. Son fils et sa belle-fille sont portés disparus. En 1978, Gelman apprend que sa belle-fille a accouché en captivité, sans que l'on puisse lui préciser où, ni le sexe de l'enfant.

Le 21 décembre 1989, les médecins légistes identifient les restes de Marcelo Ariel, retrouvés dans un baril contenant ciment, graisse et fer, à proximité de Buenos Aires. On l'avait assassiné d'une balle dans la nuque.

En 1998, Gelman découvre que sa belle-fille a été déportée en Uruguay - alors également sous dictature militaire - dans le cadre du Plan Condor et assassinée après avoir donné naissance à une petite fille à l'Hôpital Militaire de Montevideo. La petite fille a été donnée en adoption à un couple stérile de policiers uruguayens, proche du réseau d'adoption illégale que les dictatures du Cône sud pratiquaient pour éliminer jusqu'à la mémoire des enfants des opposants.

Quand on demande à Juan Gelman s’il peut pardonner, après l’exil et la disparition des siens, il répond : « Non, je ne crois pas au pardon. Pour une raison très simple ; je ne sais pas à qui les victimes ont délégué leur faculté de pardonner. Je ne peux m’arroger cette faculté. Je crois en la justice. »

(Sources : wikipedia & Lumière des jours, le blog de Jacques Ancet :
http://www.blogg.org/blog-55642-billet-deux_recueils_de_juan_gelman-1323541.html )


CARTAS suivi de RUIDOS
[le premier poème raconte l'histoire d'un enfant qui, n'ayant pas pu être torturé dans le ventre de sa mère, réapparait comme un cheval capable de vaincre l'ennemi].



Entre tus brazos y mis brazos ¿es como si hubiese una
tela de fuerzas contrarias perros célebres vientos una tela de amor donde
alguien avisa que las bestias estaban en algún lugar de la oscuridad
coceando sombras coceando impacientes o como ciegas

o ciegas de verdad o sin ojos?
¿o una tela donde la camarada escribe
"el día 20 de abril a las 20.05 nació
el chiquito que esperé cuidé defendí tanto tiempo contra" escribe
contra la oscuridad que está en algún lugar de las bestias contra

la oscura bestia la picana los golpes al vientre donde él
"que defendí tanto tiempo" escribe "con la colaboración de todas
"ustedes mis compañeras y amigas" escribe y cuando el
día 24 (lunes) lo acostó por la noche y lo pasó a su cunita

"sus ojitos no se abrían ni lo harían jamás" escribe
actalectasia pulmonar hemorragias dijeron los médicos
"los golpes la picana la violación la cárcel de su madre"
escribe el niño "fue testigo y mártir de la causa y héroe" ¿escribe?
¿o una tela de amor

¿donde tanto dolor ya durmió bastante y quiere saber dónde están los caballos?
¿o demasiado hemos hecho esperar a los ángeles?
¿hay una lamparita que hizo esperar demasiado a los ángeles una lamparita humana suave?

¿hay caballos para derrotar al enemigo?
¿el que vivió 5 días no es un caballo para derrotar al enemigo?
¿no convirtió sus manitas en un caballo para derrotar al enemigo?
¿no está galopando o corriendo ahora entre tus brazos y mis brazos amada?

¿no está acaso corriendo o galopando entre tus brazos y mis brazos ahora?
¿así tiemblan nuestros amores nuestras dichas?
¡oh noche que todo lo cubrís!
¿así chirrían los goznes oxidados de nuestra gracia?

RUIDOS

Esos pasos ¿lo buscan a él?
ese coche ¿para en su puerta?
esos hombres en la calle ¿acechan?
ruidos diversos hay en la noche

sobre esos ruidos se alza el día
nadie detiene al sol
nadie detiene al gallo cantor
nadie detiene al día

habrá noches y días aunque él no los vea
nadie detiene a la revolución
nada detiene a la revolución
ruidos diversos hay en la noche

esos pasos ¿lo buscan a él?
ese coche ¿para en su puerta?
esos hombres en la calle ¿acechan?
ruidos diversos hay en la noche

sobre esos ruidos se alza el día
nadie detiene al día
nadie detiene al Sol
nadie detiene al gallo cantor

CAMBIOS



"No olviden lo orgullosos
que cuando a la tumba vayan
allí lo mismo se rayan
humildes y poderosos"
pero nosotros no solamente queremos la igualdad en la muerte
también queremos la igualdad en la vida
queremos la justicia en vida
¿por qué estaba triste ese peón de ferrocarril en la mañana apoyado contra la verja de la estación?
¿por qué se le perdía la mirada sin ver a nadie de los que pasaban junto a él?
¿por qué estaba triste ese hombre?
¿por qué hay tantos hombres y tantas mujeres tristes en el país?
¿por qué a cierta hora del día parece que un oleaje de tristeza fuera a arrasar la ciudad?
¿por qué tanta gente sale por sus ojos así o saca por sus ojos tristeza?
¿por qué esa tristeza golpea de noche las ventanas?
estas reflexiones suben en mí
metido en la litera alta de la celda 4 en el pabellón de castigo de la cárcel Villa Devoto
Eugenio abajo oye su radio a transistores
un rayo de sol pasea lento por la celda
¿por qué se pasea ese rayo de sol por acá?
Eugenio quedó encorvado por las torturas pero no sacaron una sola palabra de él
Eugenio es un obrero tierno delicado
no le sacaron una sola palabra
la mujer de Eugenio a veces llora sin saber por qué
interminablemente sin saber por qué llora y deja la casa una semana o dos
lo deja a Eugenio una semana o dos
un rayo de sol pasea por la celda ahora
¿y yo? ¿por qué estoy oyendo crepitar la tristeza de Eugenio
si sé que hay pocos tan puros como él?
¿entonces su pureza no lo defiende del dolor?
¿a veces se le pierde la mirada sin ver a nadie de los que pasan junto a él entonces?
en las celdas de enfrente del pabellón de castigo
los comunes no tienen litera ni colchón
a medianoche les dan un colchón para dormir
tienen que ir a buscarlo desnudos
los guardiacárceles obligan a los comunes desnudos a correr
tirarse al suelo arrastrarse para buscar el colchón
el invierno no puede calentar las baldosas heladas del pabellón de castigo
Eugenio se encorva más todavía cuando el jadeo de los comunes choca contra la puerta de la celda 4
¿esos ruidos tapan las crepitaciones de la tristeza de Eugenio?
¿Eugenio crepita de furor ahora?
¿la tristeza se le congela en pajaritos que arden de furor?
¿en furor va a dar la tristeza de los pobres del mundo?
¿la tristeza de ese peón de ferrocarril dará en furor?
¿un oleaje de furor arrasará la ciudad?
¿arrasará las literas del pabellón de castigo y los comunes y nosotros?
nosotros no solamente queremos la igualdad en la muerte
también queremos la igualdad en la vida
queremos la justicia en vida
aunque sea corta y larga la muerte

GLORIAS
(Poème écrit en 1972, année du massacre de Trelew).



¿era rubia la pulpera de Santa Lucía? ¿tenía los ojos celestes?
¿Y cantaba como una calandria la pulpera?
¿Reflejaban los ojos la gloria del día?
¿Era la gloria del día inmensa luz?

Son preguntas inútiles para este invierno
no se las puede echar al fuego para que ardan
no sirven para calentar en el país
no sirven para calentar al país helado de sangre.

Por una sábana de luz iría la pulpera santa voz
graciosamente moviendo sus alrededores sus invitaciones
y el olor de sus pechos y la penumbra de sus pechos
hacían bajar el sol sobre la pampa bajaban a la noche como un telón.

¿Quién no se iba a perder en esa noche? ¿Quién no se iba a encontrar allí mesmo pasando
su furia por la suavidad que la pulpera fundó?
Horas se podría estar contando esta historia y otras parejadamente tristes
sin calentar un solo gramo del país sin calentarle ningún pie

¿Acaso no está corriendo la sangre de los 16 fusilados en Trelew?
Por las calles de Trelew y demás calles del país ¿No está corriendo esta sangre?
¿Hay algún sitio del país donde esa sangre no está corriendo ahora?
¿No están las sábanas pegajosas de sangre amantes?

¿Y llena de sangre la pulpera y sus ojos celestes ahogados en sangre?
¿Y la calandria hundida en sangre y la gloria del día
con alas empapadas de sangre sin poder volar?
¿No hay sangre en la penumbra de tus pechos amada?

¿Y dónde no la hay esa sangre caída de los 16 fusilados en Trelew?
¿Y no habría que ir a buscarla?
¿Y no se la habría de oír en lo que está diciendo o cantando?
¿No está esa sangre acaso diciendo o cantando?

¿Y quién la va a velar? ¿Quién hará el duelo de esa sangre?
¿Quién le retira amor? ¿Quién le da olvido?
¿No está ella como astro brillando amurada a la noche?
¿No suelta acaso resplandores de ejército mudo bajo la noche del país?

Con sangre verdaderamente están regando el país ahora
oh amores 16 que todavía volarán aromando
la justicia por fin conseguida el trabajo furioso de la felicidad
oh sangre así caída condúcenos al triunfo

Como calandrias de sus pechos caía y
como sangre para apagar la muerte y
como sangre para apagar la noche y
como sol como día.

Le Chant du coq
Poèmes de Juan Gelman

Juan Cedrón - chant et guitare
Miguel Praino - violon
Jorge Sarraute - chant, guitare et contrebasse
César Strocio - bandoneón

participation:
Paco Ibánez - chant et guitare
François Rabbath - contrebasse

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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Juan Gelman (2)

Message  Babel le Mer 20 Mar - 15:16

La langue de Gelman est imprégnée du dialecte de Buenos Aires, le porteño. Elle s'inspire de la langue des mystiques (Jean de la Croix, Thérèse d’Avila), en laquelle il trouve l'équivalent de ce sentiment d'absence qui l'habite depuis la mort de son fils, et de l'arrachement né de l'exil :
“Ahí sentí una identidad de sentimientos muy fuerte, de dejarse hablar por una presencia ausente del amado, en ellos era Dios, en mí era mi hijo muerto, la lejanía, la tragedia en mi país, a nadie le gusta que lo echen de su tierra”."
(entretien accordé au Diario de Yucatàn en février dernier
http://yucatan.com.mx/sin-categoria/hay-que-moverse-del-lugar-de-la-victima-juan-gelman)

Son écriture mêle une volonté de recherche et d'expérimentation sur le langage à une grande musicalité, ce qui rend la tâche du traducteur difficile et invite à plutôt lire ses textes dans leur version d'origine.

Comentario IX

¿hacia uno vamos?/¿me sos?/¿te
soy en esta noche alabada como fuego que gira?/¿caen
marchitas las distancias/crujen
como hojas que el otoño pisó?/¿distancias

de vos a mí/de vos a vos como aguas
secretas donde floto/ramita
a la deriva de vos?/¿mar que moja mi frente/
mi paladar/mi olvido/mis huesitos?/¿oleaje que canta

en la mitad de vos?/¿flor que mira/camino
donde pasó la pena a pie/¿o como niño en tus brazos
dormido?/¿vida nueva en tus brazos/
fragantes como vos?

COMMENTAIRE IX

allons-nous faire un ? / m’es-tu ? / te
suis-je dans cette nuit célébrée comme feu qui tourne ? /
flétries tombent-elles les distances / Craquent-elles
comme feuilles écrasées par l’automne ? / distances

de toi à moi / de toi à toi comme des eaux
secrètes où je flotte / rameau
à la dérive de toi ? / mer qui mouille mon front /
mon palais / mon oubli / mes petits os / houle qui chante

au milieu de toi ? / fleur qui regarde / route
où est passée la peine à pied ? / ou comme un enfant dans tes bras
endormi ? / vie nouvelle dans tes bras /
parfumés comme toi ?

L'Opération d’amour, poèmes, présenté et traduit de l’espagnol par Jacques Ancet, postface de Julio Cortázar, Gallimard, 2006, p. 36
(Source : Poezibao http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/11/anthologie_perm.html )

LE COURAGE

Mot qui se consume en respirant, nommer ses impossibles, os qui ont brûlé pour lui donner de l'ombre, palais achevé dans ses salives, ce qui a été corps et se calcine pour que commence l'horizon. Le vers creuse la poésie et, autour du monde, l'aube vaseuse est une forêt de sang. Ou les pas de la mort effrayée ? Il n'y a déjà plus de villes refuges, Cédès, Arama, Asor ont le front trempé de sueur, se sont enfuies leurs alouettes vers les bâtons du soleil. Tout est déjà naissance.

L'ANIMAL

Je cohabite avec un obscur animal.
Ce que je fais de jour, il le mange de nuit.
Ce que je fais de nuit, il le mange de jour.
La seule chose qu'il ne mange pas c'est ma mémoire. Il s'acharne à palper
la moindre de mes erreurs et de mes peurs.
Je ne le laisse pas dormir.
Je suis son obscur animal.

Extraits de Les salaires de l'impie et autres poèmes, éditions PHI, 2002


sud-américains

est-il parti à travers l’air ou était-il
une invention de gorge verte ?
Isidore Ducasse de Lautréamont
est parti à travers l’air ou était :
une invention de gorge verte
un Isidore de l’autre amour
qui mangeait des visages pourris
mélancolies désespoirs
peines toutes blanches tristes rages
et dressait ensuite son courage
et remplaçait l’infortune
par l’une ou l’autre clarté
le sud-américain mag-
nifique aux algues dans la bouche
où trouvait-il des clartés ?
il les trouva sur des visages pourris
mélancolies désespoirs
peines toutes blanches tristes fureurs
qui lui touchèrent le coeur
comme on dit le pourrirent
désespéré attristé
on le vit comme un petit oiseau
au coin de Canelones et Boul’ Mich’
promenant la Mélanco Lie
comme une fiancée pure
dissimulant des viols
commis dans le quartier
« oh douce fiancé » lui disait-il
la clouant contre ses bras
ouverts et une sorte de
mer lui sortait
par le regard par la bouche
par les poignets par la nuque
« voyons comment tu meurs » lui
disait-il « ma belle » lui disait-il
pendant qu’il l’aimait spécialement
et la désarmait à Paris
comme une fête comme un feu
hier continue de crépiter
dans une chambre de Poissonnières
qui sent la sueur américaine
ea Ducasse Lautréamont
montévidéen ea ea
eu vide o monte de ta mort
pareille à une boule d’or
une chaleur dégainée
la tristesse décapita
la fureur apaisa
il est parti à travers l’air ou était
un Isidore Ducasse mort
cette fois-ci seulement
ou comme pluie d’un autre amour
mouilla Notre Dame de
la Commune armée et aimée
avec la beauté qui montait
de sa gorge vert pourri
en mille neuf soixante-sept
par le ravin des perroquets
on l’entendit presque voler
ou il semblait crépiter
contre la forêt trouée
les désespoirs du pays
les mélancolies les plus grosses
mais ce fut l’autre qui tomba
cette fois-ci seulement
pendant que Ducasse se reposait
dans un campement d’ombres


Les belles compagnies

il arrive souvent qu'un vautour me travaille les entrailles sans les dévorer mais plutôt en les aimant ou les déchirant comme pour donner le jour à mes visages ultimes et regarde-les me dit-il regarde ce que tu manges animal me dit-il le beau vautour


Par la parole tu me connaîtras

tout l'avalanche les peines les oublis
les pénombres la chair la mémoire
la politique le feu le soleil d'oiseaux
les plumes les plus violentes les astres
les repentirs près de la mer
les visages la houle la tendresse
parfois à peine pénombrent
oublient brûlent raillent astrent
politisent ensoleillent oisellement
plument se repentent et mémorisent maréent
s'envisagent et houlent ou s'attendrissent
se cherchent et se lèvent quand ils tombent
meurent comme des substances naissent comme des substances
s'entrechoquent sont la cause de mystères
balbutient bavent se mangent se boivent
se pleuvent pour dedans aux fenêtres
se voient venir circulent dans leurs bras
finissent par donner dans la parole comme morts
ou comme vivants tournent cillent
libres dans le son pris dans le son
ils arpentent le monde humainement
n'appartiennent à personne astres mers
comme des repentirs comme des oublis
peines en feu ou politiques
pénombres de la chair oiseaux de ce visage
et l'avalanche la mémoire la houle

Extrait d'Obscur ouvert, éditions PHI, 1997
Poèmes traduits par Jean Portante

(Source : francopolis http://www.francopolis.net/Vie-Poete/juangelman.htm )

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Message  Roseau le Mer 20 Mar - 15:38

Merci Babel!
Magnifique. Prenez le temps de l'émotion!
Ca définirait pas la poésie ?


Dernière édition par Roseau le Ven 22 Mar - 22:31, édité 1 fois
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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Poésie cosmique...

Message  Roseau le Jeu 21 Mar - 17:56

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/21/l-enfance-de-l-univers-devoilee_1851505_3244.html
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Message  fée clochette le Ven 22 Mar - 22:28

http://aquariumvert.wordpress.com/aux-origines-de-laquarium-vert/

Rire des sous-bois

Forêt que je connais, maison de fous pour arbres
Enfermés dans les bois. La clé chez le gardien.
Ils hurlent, s’arrachant les oiseaux de la tête,
Pendant l’orage, ils boivent le vin des éclairs.

Par leurs verts corridors, verts de l’éveil du cuivre,
Se promènent les jours. Ils viennent un par un
En chemise blanche et par les mêmes corridors
Disparaissent, taches bouillonnantes sur la blancheur.

Chaque arbre est prison en prison. Mais les racines
Courent avec le rire moussu des sous-bois,
Fouillant, cherchant, palpant des ossements, des crânes,
Pour que se vrille en eux la folie de la vie.
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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Re: En poésie, la parole est libre

Message  Babel le Sam 23 Mar - 20:33

fée clochette a écrit:http://aquariumvert.wordpress.com/aux-origines-de-laquarium-vert/

Rire des sous-bois

Forêt que je connais, maison de fous pour arbres
Enfermés dans les bois. La clé chez le gardien.
Ils hurlent, s’arrachant les oiseaux de la tête,
Pendant l’orage, ils boivent le vin des éclairs.

Par leurs verts corridors, verts de l’éveil du cuivre,
Se promènent les jours. Ils viennent un par un
En chemise blanche et par les mêmes corridors
Disparaissent, taches bouillonnantes sur la blancheur.

Chaque arbre est prison en prison. Mais les racines
Courent avec le rire moussu des sous-bois,
Fouillant, cherchant, palpant des ossements, des crânes,
Pour que se vrille en eux la folie de la vie.
C'est beau.

Roseau a écrit:http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/21/l-enfance-de-l-univers-devoilee_1851505_3244.html
Ça aussi.

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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty LIBÉRER LE TEMPS, par Annie Le Brun

Message  Roseau le Mar 2 Avr - 17:43


« Le devoir de l’œil droit est de plonger dans le télescope tandis que l’œil gauche interroge le microscope. » Comment ne pas être saisi par la justesse de cette phrase que la toute jeune Leonora Carrington écrit dans l’extraordinaire récit relatant son internement entre 1940 et 1941 dans un hôpital psychiatrique espagnol, après que l’arrestation de son amant Max Ernst par la gendarmerie française l’a jetée dans un chaos intérieur qu’elle ne parvient plus à distinguer de celui du monde en guerre ? Comment ne pas y voir un exemple de cet « illuminisme de la folie lucide » que Michelet attribuait à la Sorcière, symbole de ces jeunes femmes qui, aux plus sombres moments de l’histoire, ont instinctivement protégé la vie menacée, jusqu’à en périr ? Comment aussi ne pas reconnaître dans ce regard dédoublé, dont l’amplitude renvoie à sa pusillanimité sinon à sa fausseté l’approche des experts, ce qui nous manque aujourd’hui le plus ?

Que nous soyons à un tournant où tout le paysage est en train de changer est devenu incontestable. Encore faut-il le regard qui convient, quand il y va de la « survie de l’espèce » et quand, on le sait, pour repenser l’économie, si les analyses les plus rigoureuses s’imposent au jour le jour, il n’en reste pas moins indispensable de s’écarter de l’économie, afin de prendre autant de hauteur que de profondeur, sans lesquelles il est impossible de penser ailleurs et autrement. Ne serait-ce que pour « sortir du cadre », dès lors qu’il importe avant tout et beaucoup plus de refuser ce qui est que de savoir où on va. Il n’est pas d’autre façon d’échapper au « réalisme » qui, non seulement utilisé comme argument-matraque pour faire accepter l’inacceptable, n’en finit pas d’induire la notion d’efficacité comme nécessité appelée à déterminer toute entière la lutte contre cet inacceptable.

D’où cette sinistre collusion entre réel et « réalisme ».

« Réalisme » politique, « réalisme » économique, « réalisme » artistique, « réalisme » érotique…, « réalisme » qui n’a de réalité que celle qu’on lui accorde mais que nous sommes de plus en plus enclins à confondre avec celle des détenteurs de « l’argent réel », tant il est cherché à nous la faire prendre pour argent comptant. Et cela dans la mesure même où il est, malgré tout, toujours possible de ne lui prêter aucun crédit. Ne serait-ce pas d’ailleurs une des raisons pour lesquelles on en proclame de toutes parts l’impossibilité ? Quoi qu’on en dise, la « société du spectacle » n’est pas une fatalité, le concept en étant même devenu une grille de lecture qui empêche de voir.

C’est pourtant au nom de cette « réalité » qu’escroquerie financière et escroquerie existentielle en sont arrivées à se conforter et à se recouvrir l’une l’autre. Ce que, dès 1954, Leonora Carrington avait pressenti : « Tout ce que nous prenons pour la ‘Réalité’ est le petit cauchemar coagulé dans le mental de l’homme qui domine notre espèce : ‘l’homme bien’, ‘l’homme puissant’. » Non sans avoir précisé auparavant : « Les chiens policiers ne sont pas à proprement parler des animaux. Les chiens policiers sont des bêtes perverties qui n’ont pas une mentalité animale. Les policiers n’étant plus des êtres humains, comment les chiens policiers pourraient-ils être des animaux ? »

Telle est effectivement la « réalité », à laquelle il revient à chacun d’accepter ou non de se soumettre. De sorte qu’il n’aura jamais été aussi urgent que l’œil droit s’engouffre dans le télescope tandis que l’œil gauche s’enfonce dans le microscope. D’autant qu’on ne peut voir loin, si on ne sait pas regarder de très près. Question d’optique dont l’incidence politique est considérable : c’est assez pour que ni les êtres ni les choses ne soient plus réduits à leur simple fonction sociale. Et là est notre chance de faire apparaître un AUTRE temps, non pas celui que les moins mal intentionnés proposent comme avenir, mais le temps que nous portons en nous et qu’il faut libérer de ses travestissements, temps convenu, temps du mesurable, temps de la stratégie, temps caricaturé jusqu’à nous faire croire que « le temps, c’est de l’argent ».

Du coup, si, comme le rapporte Walter Benjamin, lors de la révolution de Juillet, « au soir du premier jour de combat, on vit en plusieurs endroits de Paris, au même moment et sans concertation, des gens tirer sur des horloges », ne serait-il pas temps de libérer le temps ?

À commencer par le penser en dehors de toutes les positivités dont les belles âmes n’ont de cesse de l’affubler, toujours afin de contrer, par avance, l’imprévisible qu’il est par essence. Car ce temps n’est pas le temps libre mais le temps de la liberté. Le temps libre n’est qu’une pause dans le temps du compte, alors que le temps de la liberté est celui qui, d’échapper aux grilles consensuelles, est toujours à même d’ouvrir un espace, où plus rien n’est à sa place, fût-ce une seconde, une heure, un jour… L’important est que le regard change. En fait, il n’est pas de plus luxueuse façon de dépenser le temps que d’en faire surgir cet espace au cœur même de ce qui est.

Et si certains perçoivent quelques frémissements en ce début de printemps, ne serait-ce pas que se rappelle à nous ce temps qui nous hante, ce temps qui n’a de cesse de nier dans les grandes largeurs ce qui contraint, ce qui amoindrit, ce qui limite ? L’aurions-nous oublié, il est en chacun, ce temps du commencement qui n’a pas fini de nous étonner et parfois même de nous émerveiller.
Source: http://www.pauljorion.com/blog/?p=51972
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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Ruy Blas (acte III scène II)

Message  Roseau le Mer 3 Avr - 18:51


"Bon appétit, messieurs !

O ministres intègres !

Conseilllers vertueux ! voilà votre façon

De servir, serviteurs qui pillez la maison !

Donc vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure,

L'heure sombre où l'Espagne agonisante pleure !

Donc vous n'avez ici pas d'autres intérêts

Que remplir votre poche et vous enfuir après !
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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Re: En poésie, la parole est libre

Message  Babel le Sam 27 Avr - 19:34

Bad trip

1.

" Le sol fait jaillir le gazon.
Emplissez-vous des eaux des mers
A en débonder l’horizon
Petits têtards au ventre clair !

Tourne, contourne, astre luisant,
Luciole de l’univers !
Tu mûris et tresses les ans,
La vie se vêt d’un fuseau vert.

Amphibiens de toute espèce,
Arbre de vie sur le couchant,
Préparons les fastes des liesses :
La lune aiguise son tranchant.

Une torpeur sur le glébeux,
Adam sommeille dans sa chair.
Tâtez sa côte ôtez-en deux
Crachez puis pétrissez kasher !

Le grand fleuve s’appelle Amour,
C’est en été qu’il se traverse,
Quand l’or des nuits luit d’un faux jour
Et l’ensemence à la renverse.

Tous vont bientôt sous le ciel courbe
S’unir dans des ruisseaux de lait,
Ou s’élever hors de la tourbe
En de phosphorescents palais.

2.

Mais pourquoi cela brûle-t-il
Fils impie aux membres sanglants ?
Lèvres d’airain, langue subtile
As-tu goûté de l’ortolan ?

Suffoquant seul dans ton cloaque
Au tison de tes désirs fous,
Cette ferveur paranoïaque
Dis, ça te conduira jusqu’où ?

... Et l’ombre enfanta des punaises,
Nos jours se couvrirent de taons.
Bruissant par delà les cimaises
D’El Hayyah sort Léviathan.

Que ma parole tue repose
Sur les bords du gouffre d’envie,
En pâmoisons blanches et roses
Soupire en vain l’âme ravie...

Les oiseaux s’échappent par couples
Du jardin devenu désert.
Des rampants à l’échine souple
Forgent une cité de fer.

Vous mangerez l’herbe des champs
A la sueur de vos narines,
Croissez, multipliez, méchants,
Broyez vos os pour la farine !


3.

Le germe meurt le ciel brûle,
Tout un chacun mange son frère.
Sillons creusés sous la férule
Gorgés de pleurs et de prières...

Maudits, cent fois maudits soyez,
Qui n’avez su vous rendre libres,
Quand l’eau du ciel aura noyé
Tout mon dégoût jusqu’à la fibre !

...


Dernière édition par Babel le Sam 29 Juin - 16:36, édité 3 fois

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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Re: En poésie, la parole est libre

Message  Roseau le Sam 27 Avr - 23:56

Merci encore une fois et chapeau, si c'est de toi!
Et bravo au FMR!
Pas seulement des attaques personnelles
et le trollage des chargés de com,
mais beaucoup d'infos utiles,
et en bonus de bon goût, vraie poésie, et bonne musique !
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Message  Babel le Sam 4 Mai - 22:35

Comme la nouvelle convention est au vers libre, ils s'y sont tous mis. Voilà un siècle que ça dure, cette arythmie. On se risque à peine avec des mots riquiquis, collés les uns aux autres dans des agglutinements narcissiques où le verbe parcimonieux s'autoculte en ayant des frilosités de pensionnaire d'hospice. Tous pareils, grippés, chlorotiques, anémiés. Gnagnagna.
Pff, le dépit fait parfois écrire de ces âneries ! Smile

..............


Ce qu’on dit au poète à propos de fleurs

À Monsieur Théodore de Banville.

I

Ainsi, toujours, vers l’azur noir
Où tremble la mer des topazes,
Fonctionneront dans ton soir
Les Lys, ces clystères d’extases !

À notre époque de sagous,
Quand les Plantes sont travailleuses,
Le Lys boira les bleus dégoûts
Dans tes Proses religieuses !

− Le lys de monsieur de Kerdrel,
Le Sonnet de mil huit cent trente,
Le Lys qu’on donne au Ménestrel
Avec l’œillet et l’amarante !

Des lys ! Des lys ! On n’en voit pas !
Et dans ton Vers, tel que les manches
Des Pécheresses aux doux pas,
Toujours frissonnent ces fleurs blanches !

Toujours, Cher, quand tu prends un bain,
Ta chemise aux aisselles blondes
Se gonfle aux brises du matin
Sur les myosotis immondes !

L’amour ne passe à tes octrois
Que les Lilas, − ô balançoires !
Et les Violettes du Bois,
Crachats sucrés des Nymphes noires !...

II

O Poètes, quand vous auriez
Les Roses, les Roses soufflées,
Rouges sur tiges de lauriers,
Et de mille octaves enflées !

Quand Banville en ferait neiger
Sanguinolentes, tournoyantes,
Pochant l’œil fou de l’étranger
Aux lectures mal bienveillantes !

De vos forêts et de vos prés,
O très paisibles photographes !
La Flore est diverse à peu près
Comme des bouchons de carafes !

Toujours les végétaux Français,
Hargneux, phtisiques, ridicules,
Où le ventre des chiens bassets
Navigue en paix, aux crépuscules ;

Toujours, après d’affreux desseins
De Lotos bleus ou d’Hélianthes,
Estampes roses, sujets saints
Pour de jeunes communiantes !

L’Ode Açoka cadre avec la
Strophe en fenêtre de lorette ;
Et de lourds papillons d’éclat
Fientent sur la Pâquerette.

Vieilles verdures, vieux galons !
O croquignoles végétales !
Fleurs fantasques des vieux Salons !
− Aux hannetons, pas aux crotales,

Ces poupards végétaux en pleurs
Que Grandville eût mis aux lisières,
Et qu’allaitèrent de couleurs
De méchants astres à visières !

Oui, vos bavures de pipeaux
Font de précieuses glucoses !
− Tas d’œufs frits dans de vieux chapeaux,
Lys, Açokas, Lilas et Roses !...

III

O blanc Chasseur, qui cours sans bas
A travers le Pâtis panique,
Ne peux-tu pas, ne dois-tu pas
Connaître un peu ta botanique ?

Tu ferais succéder, je crains,
Aux Grillons roux les Cantharides,
L’or des Rios au bleu des Rhins, −
Bref, aux Norwèges les Florides :

Mais, Cher, l’Art n’est plus, maintenant,
− C’est la vérité, − de permettre
À l’Eucalyptus étonnant
Des constrictors d’un hexamètre ;

Là !... Comme si les Acajous
Ne servaient, même en nos Guyanes,
Qu’aux cascades des sapajous,
Au lourd délire des lianes !

− En somme, une Fleur, Romarin
Ou Lys, vive ou morte, vaut-elle
Un excrément d’oiseau marin ?
Vaut-elle un seul pleur de chandelle ?

− Et j’ai dit ce que je voulais !
Toi, même assis là-bas, dans une
Cabane de bambous, − volets
Clos, tentures de perse brune, −

Tu torcherais des floraisons
Dignes d’Oises extravagantes !...
− Poète ! ce sont des raisons
Non moins risibles qu’arrogantes !...

IV

Dis, non les pampas printaniers
Noirs d’épouvantables révoltes,
Mais les tabacs, les cotonniers !
Dis les exotiques récoltes !

Dis, front blanc que Phébus tanna,
De combien de dollars se rente
Pedro Velasquez, Habana ;
Incague la mer de Sorrente

Où vont les Cygnes par milliers ;
Que tes strophes soient des réclames
Pour l’abattis des mangliers
Fouillés des hydres et des lames !

Ton quatrain plonge aux bois sanglants
Et revient proposer aux Hommes
Divers sujets de sucres blancs,
De pectoraires et de gommes !

Sachons par Toi si les blondeurs
Des Pics neigeux, vers les Tropiques,
Sont ou des insectes pondeurs
Ou des lichens microscopiques !

Trouve, ô Chasseur, nous le voulons,
Quelques garances parfumées
Que la Nature en pantalons
Fasse éclore ! − pour nos Armées !

Trouve, aux abords du Bois qui dort,
Les fleurs, pareilles à des mufles,
D’où bavent des pommades d’or
Sur les cheveux sombres des Buffles !

Trouve, aux prés fous, où sur le Bleu
Tremble l’argent des pubescences,
Des Calices pleins d’Œufs de feu,
Qui cuisent parmi les essences !

Trouve des Chardons cotonneux
Dont dix ânes aux yeux de braises
Travaillent à filer les nœuds !
Trouve des Fleurs qui soient des chaises !

Oui, trouve au cœur des noirs filons
Des fleurs presque pierres, − fameuses ! −
Qui vers leurs durs ovaires blonds
Aient des amygdales gemmeuses !

Sers-nous, ô Farceur, tu le peux,
Sur un plat de vermeil splendide
Des ragoûts de Lys sirupeux
Mordant nos cuillers Alfénide !

V

Quelqu’un dira le grand Amour,
Voleur des sombres Indulgences :
Mais ni Renan, ni le chat Murr
N’ont vu les Bleus Thyrses immenses !

Toi, fais jouer dans nos torpeurs,
Par les parfums les hystéries ;
Exalte-nous vers les candeurs
Plus candides que les Maries...

Commerçant ! colon ! médium !
Ta Rime sourdra, rose ou blanche,
Comme un rayon de sodium,
Comme un caoutchouc qui s’épanche !

De tes noirs Poèmes, − Jongleur !
Blancs, verts, et rouges dioptriques,
Que s’évadent d’étranges fleurs
Et des papillons électriques !

Voilà ! c’est le Siècle d’enfer !
Et les poteaux télégraphiques
Vont orner, − lyre aux chants de fer,
Tes omoplates magnifiques !

Surtout, rime une version
Sur le mal des pommes de terre !
− Et, pour la composition
De Poèmes pleins de mystère

Qu’on doive lire de Tréguier
À Paramaribo, rachète
De Tomes de Monsieur Figuier,
− Illustrés ! − chez Monsieur Hachette !

Alcide Bava.

A(rthur) R(imbaud),

14 juillet 1871.



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Message  Roseau le Sam 4 Mai - 23:42

D'accord, mais il faut que tu saches que ça me plait,
et je dois pas être le seul.
Merci aussi pour Michaux.
J'écouterai prochainement, dans la compagnie de la nuit,
un verre à la main peut-être, l'émission entière sur Michaux, qui commence fort.
Ca promet !
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Message  Babel le Mer 8 Mai - 13:41

Roseau a écrit:D'accord, mais il faut que tu saches que ça me plait,
et je dois pas être le seul.
Merci aussi pour Michaux.
J'écouterai prochainement, dans la compagnie de la nuit,
un verre à la main peut-être, l'émission entière sur Michaux, qui commence fort.
Ca promet !
Le message auquel le tien répondait a sauté, suite à une erreur de manip' de ma part : au lieu de citer, j'ai effacé. Avec mes excuses.

Le reste étant perdu, je rétablis Michaux :


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Message  fée clochette le Jeu 9 Mai - 17:38

Par la parole tu me connaîtras
tout l'avalanche les peines les oublis
les pénombres la chair la mémoire
la politique le feu le soleil d'oiseaux
les plumes les plus violentes les astres
les repentirs près de la mer
les visages la houle la tendresse
parfois à peine pénombrent
oublient brûlent raillent astrent
politisent ensoleillent oisellement
plument se repentent et mémorisent maréent
s'envisagent et houlent ou s'attendrissent
se cherchent et se lèvent quand ils tombent
meurent comme des substances naissent comme des substances
s'entrechoquent sont la cause de mystères
balbutient bavent se mangent se boivent
se pleuvent pour dedans aux fenêtres
se voient venir circulent dans leurs bras
finissent par donner dans la parole comme morts
ou comme vivants tournent cillent
libres dans le son pris dans le son
ils arpentent le monde humainement
n'appartiennent à personne astres mers
comme des repentirs comme des oublis
peines en feu ou politiques
pénombres de la chair oiseaux de ce visage
et l'avalanche la mémoire la houle

JUAN GELMAN
fée clochette
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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Re: En poésie, la parole est libre

Message  Babel le Jeu 16 Mai - 9:23

Bribes


Étouffer nos voix nues
dans l'ombre d'un baiser
arpenter l'inconnu
de chemins balisés

surprendre


***

scaphandre roi
descendre en soi

parcelles silice
par elles s’immiscent

s'étrangle un cri
dans l'angle gris

mes doigts se jouent
de toi se nouent

Janus jaunisse
anus anis

vertèbres nues
ténèbres mues

le feu aux ouïes
on veut et jouit

paumes unies
parmi les plis

s'aimantent

dehors le temps
sa horde tend

s'invente


***


Tout ce que je veux, c'est ne pas mourir à l'hôpital, à l'hospice ou en prison.
Et je sais que pour moi la seule chose qui compte, c'est la grâce.
Mais comme je ne crois pas en Dieu, j'en fais porter le poids sur le vivant.

Grâce espiègle de ma petite, ou de l'aînée aux émois dissonants.
Grâce de C. - ses yeux d'ombre et de miel, l'arrondi de son épaule,
et la courbe qui la relie au cou.

Grâce de la chatte, quand elle attrape un merle et le tue.
Grâce de la Tourvel, le corps dévasté, l'esprit à l'abandon.
Grâce du coup d'archet sur le nerf du violon,
et du fruit rond pendu tout au bout de la branche,

d'un tremblé de lumière entre deux blocs de grès,
d'un rayon de ciel dans l'eau,
d'une pensée qui s'offre, du geste qui soutient
l'espoir qui s'affranchit.

Le reste, je m'en fous.










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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Re: En poésie, la parole est libre

Message  Babel le Ven 14 Juin - 13:58

Tous les savoirs en se diversifiant convergent vers une connaissance universelle
dont la poésie porte le souvenir

Ils brisent les cloisons qu'ils ont eux-mêmes dressées
pour s'avancer dans le grand fleuve humain
le fleuve de l'unité retrouvée
entre l'être et lui-même soi et le monde
révélant les signes enfouis d'une communication sensible
de l'un à l'autre
informulée
gisant dans l'indicible
murmure des eaux et du vent la chanson
du grillon
sur le crâne
fracassé
du gibier
humain
s'abreuvant
de son sang le
baignant
de larmes ce
corps sec
vidé
aux odeurs lourdes
de sa décomposition
         putréfaction
dans le soleil ardent des multitudes vives
pour laisser fredonner
en soi
le chant tenace d'une résurrection en bête fauve
en oiseau                            
                              [reste l'ombre
                               la trace
                               l'écho ]
qui
trempe dans l'orchidée de son ventre ouvert la pointe acérée d'un bec d'ivoire
l'enfonce
traçant avec le sang d'ébène les premières lettres du nom de son amour

l'ombre                           cueillir l'ombre
la trace                           humer la trace
l'écho                              capter l'écho
                                     de ce qui sera
                                     dans ce qui fut


La marche de nos vies
se fait à reculons           [ on va
                                   [ le nez à terre
exhumant de l'humus     [ des choses mortes ]

les filaments de notre vie future
là où
le ruisseau invisible murmure
sa plainte d'espoir


la mort
                                                                      après tout
petit

la mort n'est rien
                                   qu'un temps
en devenir

Babel

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Message  Vic le Dim 8 Sep - 15:37

https://www.youtube.com/watch?v=ubRhbktHLu4
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Message  Roseau le Sam 26 Oct - 19:52

http://npa2009.org/node/39299
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En poésie, la parole est libre - Page 3 Empty Re: En poésie, la parole est libre

Message  Babel le Mar 5 Nov - 7:40

On nous demande de croire
à tout ce qui n'existe pas

On nous demande d'aimer
sans que nous sachions pourquoi

On nous demande de chanter
quand nous cousons nos plaies ouvertes

On nous demande de crier
et nos voix restent sans écho

On ne demande d'admettre
ce qui se refuse à l'esprit

On nous demande de mourir
c'est pourquoi nous vivons encore.

Babel

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