Et si on se dirigeait vers une réédition du scénario 2002 ?

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Message  BouffonVert72 le Sam 26 Fév - 5:51

Je ne comprends pas l'argument de la "tactique". Soyez plus clairs.

En politique, un peu de principes de temps en temps ne peut pas faire de mal... Surtout si c'est dument réfléchit...
En gros, certains ne résisteront pas à la peur que leur inspire l'ED (ce qu'on peut tout-à-fait comprendre), et tomberont dans le piège électoraliste... (oui, c'est moi qui dit ça, lol).

Mais admettons le scénario catastrophe que nous nous abstenions révolutionnèrement tous lors d'un duel NS-MLP ou DSK-MLP, et que c'est MLP qui est finalement élue... Pensez-vous vraiment que l'ensemble du pays laisserait faire ça ?
Je pense qu'il y aurait grêves générales, grosses manifs, puis blocage total du pays qui forcerait MLP à quitter le pouvoir immédiatement...
Et là nous, révolutionnaires & co, nous pourrions agir, et qui sait...

C'est pourquoi je pense que l'abstention révolutionnaire est le meilleur choix dans tous les cas de figures...
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Re: Et si on se dirigeait vers une réédition du scénario 2002 ?

Message  gérard menvussa le Sam 26 Fév - 10:12


Vals
Tout ce que peuvent dire les révolutionnaires avec la
modeste audience qui est la leur, c'est que tout ces gens là se valent,
qu'ils sont soumis aux diktats du capital, et que c'est au capitalistes
qu'il faut s'attaquer et pas à ses hommes (et femmes) de main, quelle
que soit la couleur de leur cravate ou la teneur de leurs mensonges.

moi je te parie ta collection complète des comptes rendu des cercles léon trotsky reliè pleine peau contre ma collection de BI de feu la ligue que si jamais l'hypothése dsk le pen arrivait sur le tapis, ce ne serait pas ça le discours de ton organisation...Et que comme soldat discipliné de la Révolution mondiale, tu approuvera sans discuter...
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Re: Et si on se dirigeait vers une réédition du scénario 2002 ?

Message  yannalan le Sam 26 Fév - 11:10

Sur le terme "abstention révolutionnaire". Quand on parle de ça, ça veut dire un truc comme le FLNKS du temps de Machoro, vider les bureaux de vote, etc... Pas aller pêcher à la ligne avec un fanion rouge. Et je crois pas qu'on aura les forces pour en 2012

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Re: Et si on se dirigeait vers une réédition du scénario 2002 ?

Message  gérard menvussa le Sam 26 Fév - 11:45

Je suis persuadé que si on a un second tour Le pen DSK personne (ni npa, ni lo, ni poi) n'appellera à l'abstention, fusse t elle "bourgeoise" Je parie ma collection reliée de bouquin sur Besancenot (liste sur demande contre 4€ en timbre)
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Re: Et si on se dirigeait vers une réédition du scénario 2002 ?

Message  Toussaint le Sam 26 Fév - 14:47

Tout ce que peuvent dire les révolutionnaires avec la modeste audience qui est la leur, c'est que tout ces gens là se valent, qu'ils sont soumis aux diktats du capital, et que c'est au capitalistes qu'il faut s'attaquer et pas à ses hommes (et femmes) de main, quelle que soit la couleur de leur cravate ou la teneur de leurs mensonges.
Et certainement pas bavarder sur ce qu'ils feraient au deuxième tour dans telle ou telle fumeuse hypothèse.....(sachant en plus que compte tenu de leur influence réelle , ce que diront ou feront électoralement les révollutionnaires ne pèsera pas bien lourd.

Pour une fois, d'accord avec vals.
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ANNIVERSAIRE 21 AVRIL 2002

Message  mykha le Lun 21 Avr - 11:36

L'Edito de Lutte Ouvrière entre les deux tours de la Présidentielle de 2002:

Le choix entre la peste et le choléra

La peste et le choléra : jamais cette expression populaire n'a correspondu autant à la réalité !
Le Pen est un ennemi avéré des travailleurs et, de plus, il véhicule une idéologie réactionnaire de la pire espèce, qu'il faut absolument combattre.
Chirac est un homme de la droite, ouvertement dans le camp du Medef, c'est-à-dire du grand patronat. Mais, en fonction des circonstances, il est susceptible de se conduire exactement comme Le Pen et Mégret.
Les résultats du premier tour font qu'on va nous demander de choisir entre les deux.

Toute la presse et tous les partis politiques présentent l'éviction de Jospin pour le deuxième tour comme un séisme politique, une catastrophe sans nom, voire une situation jamais vue.
La présence de Le Pen au deuxième tour n'est pas due à une véritable montée de l'extrême droite, contrairement à tout ce que la presse semble dire. En fait, il ne faut pas se démoraliser de ce résultat.
A l'élection présidentielle précédente de 1995, qui a vu l'élection de Chirac, l'extrême droite était constituée de Le Pen et de De Villiers. A eux deux, ils avaient obtenu 19,74 % des suffrages. Aujourd'hui, à ce premier tour, Le Pen et Mégret réunis obtiennent 19,45 %, c'est-à-dire un score inférieur pour l'extrême droite d'aujourd'hui à celui de 1995.
Par ailleurs, Chirac à lui tout seul fait plus que Le Pen. Et ce dernier ne bat Jospin que de 1 % des voix. C'est la loi électorale, destinée à préfabriquer les élections, qui fait qu'un candidat peut être éliminé du second tour à 1 % près.
En fait, tout le problème est que, trop confiants en eux-mêmes et dans leur soutien populaire, les partis de la gauche plurielle, qui gouvernent ensemble depuis cinq ans, se sont présentés séparément à cette élection.
Si le PCF et les Verts avaient été solidaires de leur patron Jospin, ils ne se seraient pas présentés contre lui et aujourd'hui Jospin dépasserait largement Le Pen, de plus de 6 % des voix. Mais ils ont voulu ratisser trop large en présentant des candidatures séparées, et cela leur est retombé sur le nez.
Aujourd'hui ils osent accuser l'extrême gauche, Lutte Ouvrière et la Ligue Communiste Révolutionnaire, d'avoir fait chuter Jospin. Mais ce n'est pas l'extrême gauche. L'extrême gauche n'était pas au gouvernement, elle ne devait aucune solidarité à Jospin. Ceux qui pleurent aujourd'hui auraient dû penser plus tôt aux risques qu'ils faisaient courir à la candidature de celui-ci.
Alors, il ne faut pas qu'une seule voix de travailleur aille à Le Pen. Même ceux des travailleurs qui ont voté pour lui au premier tour doivent prendre conscience qu'ils tresseraient la corde, non seulement pour les pendre, mais pour pendre tous les ouvriers, s'ils recommençaient au deuxième tour.
Si Chirac ne battait pas Le Pen, ce serait surprenant, car il sera très certainement élu avec une énorme majorité. A tel point que cela passera pour un véritable plébiscite de sa personne. Il passera pour le sauveur de la démocratie contre le fascisme, pour le sauveur des valeurs républicaines et celui qui a protégé la République. Il passera même pour celui qui a protégé les travailleurs, les syndicats, les militants.
En fait, ce qui est le pire, c'est que cela lui laissera les mains entièrement libres. Il se servira de son score, qui rappellera peut-être les meilleurs scores de De Gaulle, pour se poser en homme providentiel et faire ainsi passer toutes les mesures réactionnaires qu'il ne manquera pas de prendre à l'avenir.
Voilà pourquoi les travailleurs ne doivent pas voter Le Pen. Mais, d'un autre côté, moins Chirac pourra se prévaloir de voix des travailleurs, mieux cela vaudra pour le monde du travail.
Bien entendu, chacun doit faire le choix qui lui semble le plus justifié, mais chacun devra penser à ce que ce choix pourrait entraîner pour l'avenir.
Arlette LAGUILLER
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ANNIVERSAIRE 21 AVRIL 2002

Message  mykha le Lun 21 Avr - 12:20

LO du 26 avril 2002

On ne combat pas Le Pen en soutenant Chirac

Le fait que le deuxième tour de l'élection présidentielle voie s'opposer les seuls Chirac et Le Pen a fait naître une émotion parmi bien des sympathisants de gauche, jeunes et moins jeunes. Des dizaines de milliers de jeunes lycéens ou étudiants sont descendus dans la rue pour faire connaître leur rejet des idées de Le Pen. C'est tant mieux, et Lutte Ouvrière a été, et continuera bien sûr de l'être, totalement partie prenante de ces manifestations.

Mais du côté des partis de la gauche plurielle - PS, PCF, Verts -, la seule perspective proposée est celle du vote Chirac au second tour en se contentant, en guise de raisonnement politique, de ce choix électoral : voter Chirac empêchera Le Pen de passer, disent-ils, en oubliant que cela veut dire aussi cautionner sa politique passée et à venir, dont rien ne nous garantit qu'elle ne rivalisera pas avec celle de Le Pen sur le terrain de la réaction, et dont on est assuré en tout cas qu'elle s'attaquera au monde du travail et à la population laborieuse, aux retraites, aux salaires, aux services publics.
C'est en fait parce que les partis de la défunte « gauche plurielle » n'ont pas d'autre politique à proposer qu'ils voudraient enfermer l'électorat de gauche dans ce piège. Et pourtant, le choix, pour faire réellement barrage à l'extrême droite et à ses idées, ne peut pas être seulement de plébisciter le 5 mai prochain celui qui opprimera demain les classes populaires. Que l'on baptise cette union nationale derrière le candidat de la droite du nom pompeux de « front républicain » ou autrement, c'est lier par avance les mains à la population, la désarmer et la démoraliser, puisque « c'est elle qui aura choisi » son futur président.

Pourtant faire campagne contre Le Pen n'implique pas obligatoirement d'appeler à voter Chirac ! Cette position, en fait, est, sur le plan électoral, l'aveu que les partis de la gauche plurielle ne se sentent même pas capables de s'adresser aux électeurs de Le Pen du 21 avril pour les convaincre de ne pas renouveler leur vote.
Bien sûr, parmi les électeurs de Le Pen il y a de fieffés réactionnaires qui rêvent de mettre la classe ouvrière au pas, et accessoirement tous ceux qui se réclament des idées progressistes ; mais il y a aussi malheureusement de nombreuses personnes issues des milieux populaires qui sont trompées par la démagogie de Le Pen, et qui ne voient pas qu'en réalité Le Pen est aussi leur ennemi et même leur pire ennemi. Il est vrai que si l'électorat Le Pen se maintient à un niveau élevé c'est bien souvent parce que la politique menée depuis des années par les partis de gauche les a déçus... et ces partis sont donc mal placés aujourd'hui, entre deux tours d'élection présidentielle, pour changer de langage et de politique et pour trouver le moyen de s'adresser à tous ceux qu'ils ont déçus en menant au gouvernement une politique complètement étrangère aux préoccupations des classes populaires.
Chirac, quant à lui, est le représentant attitré de la grande bourgeoisie, formé et propulsé en politique pour être son représentant zélé dans les allées du pouvoir et le défenseur intransigeant des intérêts particuliers du grand patronat.

Dire qu'on peut s'opposer à Le Pen et à ses idées en votant Chirac, c'est une duperie qui ne peut que renforcer la fausse image du leader du Front National, contribuer à lui donner l'auréole d'un opposant radical au système dans son ensemble, lui le milliardaire chef d'entreprise qui n'est autre que l'ultime rempart du monde des possédants. C'est d'autant plus une duperie que Chirac peut très bien, demain, reprendre lui-même à son compte tout ou partie de la politique de Le Pen. Il n'y a pas de cloison étanche entre la droite et l'extrême droite. Les choix entre l'une et l'autre que font les politiciens sont bien souvent affaire de circonstances et d'opportunités politiques.

Il faut rappeler que Chirac a construit son ascension politique en faisant revivre le mythe de l'ancien parti d'extrême droite de De Gaulle, le Rassemblement du Peuple Français, (RPF), en fondant en 1976 le Rassemblement Pour la République (RPR), qui se présentait comme le représentant d'une droite dure et radicale face au laxisme de Giscard à qui il reprochait de reprendre à son compte les idées de la gauche. Pour plaire à l'électorat raciste et xénophobe, il mit en avant les valeurs de « la patrie », parla « des bruits et des odeurs » des immigrés dans les HLM, leur cuisine et le reste... Et c'est bien à dessein, quand Chirac revint au pouvoir en 1986, que son ministre de l'Intérieur Pasqua organisa démonstrativement des charters pour expulser les immigrés et qu'une série de lois répressives furent préparées.

Alors Chirac est tout à fait capable de reprendre à son compte, une fois au pouvoir, la politique qui vise à plaire à l'électorat de Le Pen, en généralisant la chasse aux immigrés et en édictant des lois répressives xénophobes. Sans parler des lois antiouvrières qu'un plébiscite en sa faveur l'encouragerait à prendre, en se sentant « légitimé par la nation tout entière ».
Rappelons aussi que toute une partie de l'encadrement des partis d'extrême droite d'aujourd'hui vient du RPR ou de l'UDF, certains comme Madelin, eux, ayant fait le chemin inverse. Le passage d'un bord à l'autre n'a jamais posé de problèmes dans ces milieux où l'on se combat surtout pour des raisons d'influence électorale et de choix politiciens. Alors, présenter Chirac et ses compères comme un rempart contre Le Pen et ses idées serait une douce plaisanterie, si les choses n'étaient pas sérieuses.
En réalité, certains à gauche voudraient se servir de cette sorte d'union nationale dans le vote Chirac, pour cacher leur véritable politique, qui refuse de s'attaquer au pouvoir du grand patronat et à sa dictature économique qui pèse sur les conditions de vie de la population laborieuse
Faire cause commune avec un tel ennemi avéré des travailleurs, ce n'est pas faire barrage à la pire des réactions, c'est au contraire faire son lit.


Paul SOREL
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ANNIVERSAIRE 21 AVRIL 2002

Message  mykha le Lun 21 Avr - 12:27

LO 26 AVRIL 2002:

Analyse : Après le premier tour

A en juger par les titres à la Une des journaux au lendemain du premier tour de la présidentielle - le « séisme », le « choc », la « bombe Le Pen » -, la présence de Le Pen au deuxième tour de cette élection n'est pas seulement une surprise, mais serait aussi un événement politique majeur.
Le fait qu'un représentant de l'extrême droite soit au deuxième tour de l'élection présidentielle est, en effet, une nouveauté. Est-elle pour autant l'expression d'une poussée de l'extrême droite ?
Voyons d'abord les chiffres
L'électorat de Le Pen atteint en effet 4 805 307 votants (16,86 %). C'est un électorat numériquement important mais il était déjà de 4 571 138 votants (15,00 %) lors de la précédente présidentielle, en 1995, et 4 375 894 (14,39 %) en 1988.
Si, à l'électorat de Le Pen, on ajoute celui de Mégret, qui a obtenu 667 123 voix (2,34 %), cela fait donc en 2002 un électorat d'extrême droite de 5 472 430 votants (19,20 %). Pour mesurer ce même électorat en 1995, il faut ajouter aux votes obtenus par Le Pen ceux de De Villiers, qui jouait à peu près sur le même registre que Le Pen : le repliement national, la démagogie anti-immigrés avec une bonne dose de xénophobie, mais sur une partition un peu plus châtiée, chère à son personnage de marquis sorti d'une autre époque. Le total des voix obtenues par Le Pen et De Villiers a été à l'époque de 6 014 373, soit 19,74 % de l'électorat.
En l'occurrence, l'audience de l'extrême droite, bien qu'à un niveau très élevé, ne s'est pas élargie et se serait même quelque peu rétrécie. Tout au plus peut-on dire qu'après avoir traversé la crise que l'on sait, et qui a divisé le Front National entre Le Pen et Mégret, le premier a très nettement pris le dessus par rapport à son concurrent.
La presse cite, sur le ton de l'affolement, le pourcentage important des votes obtenus par Le Pen dans certaines régions, comme par exemple en Alsace. Elle « oublie » d'ajouter cependant qu'aussi bien dans le Haut-Rhin que dans le Bas-Rhin, Le Pen obtient moins de voix cette année qu'en 1995.
Le recul important de l'électorat du Parti Communiste dans un département où son influence était naguère déterminante, en Seine-Saint-Denis, fait dire à la presse que ce département est l'expression du progrès important de l'extrême droite. Mais si, dans ce département, Le Pen recueille 70 232 voix, il en avait recueilli 91 176 en 1995.
La nouveauté donc, si nouveauté il y a, n'est pas un progrès de l'extrême droite mais le recul de Jospin. Malgré ce recul important, l'écart qui sépare Le Pen de Jospin n'est que de 194 558 voix (0,68 %). Et s'il a suffi de cette mince différence pour écarter Jospin, c'est en raison de la loi électorale qui ne laisse en présence au deuxième tour que les deux premiers arrivés du premier tour, même si la différence entre le deuxième et le troisième est tout à fait minime.

Mais le ton catastrophé de la quasi-totalité de la caste politique et de la grande presse ne vient pas d'une erreur d'appréciation. Il s'agit purement et simplement de mensonges ou, si l'on veut, de propagande intéressée.
Chirac et son camp ont évidemment intérêt à se présenter comme des « sauveurs de la République et de la démocratie » face à la menace de l'extrême droite. Chirac, cet homme du patronat, ce politicien avec de multiples casseroles accrochées à ses basques, peut ainsi escompter une élection quasi plébiscitaire, alors que deux jours avant il n'était pas en situation d'en espérer autant.
Du côté de la gauche, brandir la « menace fasciste » permet de justifier son honteux alignement derrière Chirac et, par la même occasion, de tenter de faire oublier sa responsabilité dans le maintien d'une extrême droite électoralement forte dans le pays depuis pas loin d'une vingtaine d'années.
Personne ne peut penser sérieusement que Le Pen puisse être élu face à Chirac.
Bien que Chirac ait perdu quelque 700 000 électeurs entre les premiers tours de 1995 et de 2002, les 5 660 440 voix qu'il a obtenues sont cependant supérieures aux voix qui se sont portées sur Le Pen et Mégret. Autant dire que, rien qu'avec l'apport de la droite parlementaire réunie derrière son nom, il ne courra aucun risque et est certain d'être réélu.
Mais, du Parti Socialiste au Parti Communiste, en passant par les Radicaux de gauche et les Verts, tous les partis de la Gauche plurielle, qui ont choisi de ne pas donner leurs voix à Jospin au premier tour, ont choisi de les donner à Chirac au second.

Ainsi donc Chirac, déjà soucieux de l'opinion publique de l'extrême droite pendant la campagne électorale, et qui le sera encore plus une fois réélu, pourra prendre des mesures réactionnaires, avec la caution de toute la Gauche plurielle.
L'avenir dira si la préoccupation de Chirac de plaire à l'extrême droite se traduira par une politique antiouvrière plus ouverte et par des mesures d'extrême droite (en matière de sécurité, vis-à-vis des travailleurs immigrés, etc.) ou en cherchant à associer l'extrême droite directement au pouvoir. Dans les deux cas cependant, l'arrivée de Chirac à la présidence de la République ne sera certainement pas un barrage contre les idées de cette dernière, mais une voie possible pour accéder aux sommets de l'Etat pour celle-ci.

Le recul du Parti Socialiste...
C'est le recul de l'électorat socialiste qui est le fait marquant de cette présidentielle, et pas un prétendu progrès de l'extrême droite. Il suffit de comparer le nombre des votes recueillis par Jospin cette année, 4 610 749 (16,18 %) à ceux de 1995, 7 097 786 (23,30 %) pour mesurer le recul. Sans même évoquer les 10 367 200 votes (34,10 %) recueillis par Mitterrand au premier tour de l'élection de 1988. Malgré les rodomontades des dirigeants socialistes qui, malgré leur débâcle électorale, continuent à vanter leur gestion gouvernementale, Jospin a payé cinq ans de politique antiouvrière et propatronale.
S'il y a une chose qui apparaît clairement au vu de la baisse des voix en faveur de Jospin et de l'accroissement du nombre d'abstentions, c'est qu'une grande partie de l'électorat populaire ne voulait plus de Jospin et de la politique qu'il incarnait. Et l'image de Jospin, annonçant son abandon de la vie politique en même temps que le constat de sa déroute lamentable, pourrait passer pour le symbole de ce Parti Socialiste veule, lâche, qui, à force d'être attentif aux intérêts, aux aspirations et même au qu'en dira-t-on des classes possédantes, a été organiquement incapable de sentir le ras-le-bol montant dans la population laborieuse. Même au lendemain de sa défaite, ses responsables n'ont pas pu s'empêcher d'en accuser les abstentionnistes, les « extrémistes », voire cet électorat qui n'a pas su apprécier tout ce qu'ils ont fait au gouvernement.

... entraînant la chute du Parti Communiste
De toutes les autres composantes de la Gauche plurielle, c'est le Parti Communiste qui paie le plus cher en influence électorale sa participation au gouvernement Jospin. En 1995, où pourtant l'électorat du Parti Communiste était déjà sans commune mesure avec ce qu'il avait été il y a vingt ans ou plus, Robert Hue avait recueilli 2 632 460 votes (8,64 %). Cette fois, Robert Hue se retrouve avec 960 757 votes (3,37 %). C'est une véritable débâcle. C'est aussi l'expression du fait que le rejet du gouvernement Jospin vient en partie de l'électorat du Parti Communiste et, en particulier, de son électorat ouvrier.
Si les Verts ont tiré leur épingle du jeu malgré toutes les couleuvres avalées par leurs ministres dans le domaine de l'écologie, c'est que leur électorat se recrute dans des milieux qui ont moins souffert de la politique de Jospin que le monde du travail.
Quant aux Radicaux de gauche, leur meilleur atout a été que personne ne connaît leurs ministres, ni même sans doute leur participation au gouvernement, et qu'ils ont choisi une candidate qui n'est même pas membre de leur parti.
En revanche, même si certains ministres du Parti Communiste ne sont pas plus connus du public que les ministres radicaux de gauche, il n'en est pas de même de la participation du Parti Communiste au gouvernement. Car c'est cette participation qui a servi de caution au gouvernement Jospin auprès du monde du travail pour toutes les mesures antiouvrières ou propatronales, des privatisations aux 35 heures, en passant par la continuation des mesures prises par la droite pour les retraites, la Sécurité sociale, la politique des quotas en matière de santé, etc.
La déroute électorale de Robert Hue sanctionne toute la stratégie du Parti Communiste, basée sur le sacrifice des intérêts du monde du travail pour quelques strapontins ministériels.
Tout au long de la campagne, les rares fois où le Parti Communiste évoquait un argument politique au lieu de se contenter d'injures ou de calomnies, Robert Hue a opposé le « réalisme » de sa politique à la prétendue utopie des objectifs défendus par Arlette Laguiller. Qu'il soit dit en passant que, s'il est bien difficile de dire dans quelle mesure les calomnies véhiculées par la presse du Parti Communiste ou par certains de ses militants dans les quartiers ou dans les usines ont pu nuire aux résultats d'Arlette Laguiller, ce qui en tout cas est évident, c'est qu'elles n'ont pas suffi à sauver Robert Hue du naufrage.

La faute à l'extrême gauche ?
L'idée que c'est l'extrême gauche qui a fait chuter Jospin est non seulement véhiculée dans les milieux du Parti Socialiste mais, comble du cynisme, même dans d'autres milieux de la Gauche plurielle, en particulier parmi les Verts. Passons sur le fait que les Verts, ayant participé au gouvernement Jospin, sont co-responsables de la politique menée et qui s'est traduite par la chute des votes en faveur de Jospin. Mais si les Verts tenaient tellement à ce que Jospin passe bien le premier tour, pourquoi donc ont-ils présenté - ainsi que le Parti communiste et même les Radicaux de gauche - un candidat à eux, opposé à Jospin ?

En ce qui concerne Lutte Ouvrière, la Ligue Communiste Révolutionnaire ou le Parti des Travailleurs, nous n'avons pas été des alliés de Jospin. Il était normal que nous nous présentions contre lui.
Les quatre candidats de la Gauche plurielle - sans compter le cas particulier de Chevènement - ont totalisé 7 727 983 voix, c'est-à-dire un nombre de voix supérieur de 2 200 000 par rapport à l'ensemble des voix de Le Pen et de Mégret. Si ces quatre composantes de la Gauche plurielle, qui ont été alliées au gouvernement, avaient été solidaires de la politique de celui-ci et avaient soutenu Jospin, non seulement celui-ci aurait été au deuxième tour mais, au premier tour, aurait largement dépassé Chirac. S'ils ont choisi de se présenter indépendamment, ce n'est même pas pour des raisons politiques puisqu'ils ont mené la même pendant cinq ans et qu'ils avaient annoncé que, de toute façon, ils soutiendraient Jospin au deuxième tour, et donc sa politique. Ils l'ont fait dans un but très intéressé, de boutique : se mettre dans la meilleure situation pour négocier avec le Parti Socialiste des circonscriptions éligibles pour les législatives et, en cas de victoire de la gauche, des sièges de ministre. De surcroît, pas plus que le Parti Socialiste, ils n'ont vu que la désaffection de l'électorat à leur égard était telle que Jospin, concurrencé par son propre camp, risquait de ne pas passer le premier tour. Outre sa propre politique, le Parti Socialiste ne peut s'en prendre qu'à la trahison de ses propres alliés.

L'extrême droite et le monde du travail
La droite regroupée derrière Chirac, comme la Gauche plurielle, chacune à sa façon, essaient de faire oublier leur politique passée en agitant la menace de l'extrême droite. Il ne faut pas tomber dans ce piège.
Au-delà du jeu de ces partis, la présence et la consolidation de l'extrême droite dans ce pays sont bien sûr préoccupantes pour le monde du travail. Elles sont préoccupantes en raison de la démagogie que ce milliardaire réactionnaire véhicule et des effets nuisibles de cette démagogie dans le monde du travail lui-même. Malgré ses quelques flatteries verbales en direction des « ouvriers », des mineurs, des métallos et des petits, cet homme est un adversaire féroce de la classe ouvrière. Le seul avenir qu'il lui réserve est de la faire marcher au pas. Il se présente en homme du changement, mais sa politique est de servir le grand patronat, tout autant que le fait ouvertement Chirac ou hypocritement Jospin, mais avec des méthodes plus autoritaires si possible.

Mais, pour contrebalancer l'influence de Le Pen dans les couches populaires, il ne s'agit pas de soutenir ce « front républicain » qui est en train de se dessiner avant le deuxième tour derrière Chirac et après peut-être sous d'autres formes. Le Parti Socialiste, comme les partis de la droite, sont aussi responsables les uns que les autres de la persistance d'une extrême droite influente dans ce pays. Les prendre pour des sauveurs, c'est au contraire favoriser la montée future de l'extrême droite.
Combattre l'extrême droite, c'est au contraire contribuer à ce que les travailleurs, dégoûtés des trahisons des uns et des autres, retrouvent confiance en eux-mêmes, reprennent le chemin de la lutte et retrouvent les valeurs du monde du travail. Et c'est cet avenir que l'extrême gauche doit préparer.

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Re: Et si on se dirigeait vers une réédition du scénario 2002 ?

Message  verié2 le Lun 21 Avr - 12:50

Je ne sais pas trop pourquoi tu reviens sur ces analyses de 2002. Ce qui me frappe en les relisant, c'est tout de même que LO, malgré un certain nombre de constatations et d'arguments justes, notamment sur le vote Chirac, tend systématiquement à minimiser le développement du FN. Si nous considérons les dernières municipales, certes le FN a gagné bien davantage en pourcentage qu'en nombre de voix, en raison de l'abstention massive d'une partie de l'électorat, et en particulier de l'électorat de gauche. Mais le fait même que son électorat se soit mieux mobilisé est déjà un succès pour le FN.

Son autre succès est d'avoir non seulement gagné la bataille de la dédiabolisation et d'être traité comme les autres partis par la majorité des grands médias TV, mais d'avoir désormais pignon sur rue et attiré toutes sortes de personnalités qui n'auraient pas osé se compromettre avec lui auparavant. Enfin, il me semble que son principal succès, c'est la progression considérable de ses idées nauséabondes sur lesquelles s'aligne à quelques nuances prêts toute une partie de la classe politique.

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Re: Et si on se dirigeait vers une réédition du scénario 2002 ?

Message  mykha le Lun 21 Avr - 13:04

LO ne minimise rien mais n'embraye pas non plus derrière les antiFN "démocratiques" de droite ou de gauche qui utilisent le FN pour regrouper derrière leurs blancs panaches. LO n'embraye pas non plus derrière un "antifascisme" de pacotille qui créent des illusions sur la façon de faire reculer le poison des idées puantes propagées par le FN mais pas que.

Son autre succès est d'avoir non seulement gagné la bataille de la dédiabolisation et d'être traité comme les autres partis par la majorité des grands médias TV, mais d'avoir désormais pignon sur rue et attiré toutes sortes de personnalités qui n'auraient pas osé se compromettre avec lui auparavant. Enfin, il me semble que son principal succès, c'est la progression considérable de ses idées nauséabondes sur lesquelles s'aligne à quelques nuances prêts toute une partie de la classe politique.

C'est bien là le problème. Les idées réactionnaires ont progressé au rythme du recul de la conscience de classe des travailleurs et du mouvement ouvrier. Et bien sûr, la crise du capital, sans perspective de combat collectif d'envergure, renforce les nationalismes, la xenophobie, les replis communautaires.
Au delà de la montée électorale du FN, de son intégration au personnel politique de la bourgeoisie, le vrai problème, ce n'est pas une mobilisation "antifasciste", c'est la remobilisation du monde du travail sur la base de ses intérêts de classe et contre tous les gestionnaires ou aspirants gestionnaires (comme le FN) des affaires des capitalistes.

Je ne sais pas trop pourquoi tu reviens sur ces analyses de 2002.

Tout simplement parce qu'on est le 21 avril et que c'est l'occasion de reposer un problème dont l'actualité montre qu'il n'a hélas pas disparu ou reculé.


Dernière édition par mykha le Lun 21 Avr - 13:33, édité 1 fois
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Re: Et si on se dirigeait vers une réédition du scénario 2002 ?

Message  gérard menvussa le Lun 21 Avr - 13:22

Je ne sais pas trop pourquoi tu reviens sur ces analyses de 2002.
Dont feed the trolls ! Sans doute pour ne pas répondre à  la question posée par le npa a leur attentisme : http://forummarxiste.forum-actif.net/t3275p540-lutte-ouvriere#87578]http://forummarxiste.forum-actif.net/t3275p540-lutte-ouvriere#87578. Ils ont ensuite beau jeu de déplorer "la perte des repères de classes" auquels ils participent pourtant activement par leur attentisme !
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gérard menvussa

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Re: Et si on se dirigeait vers une réédition du scénario 2002 ?

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