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Écosocialisme

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Écosocialisme

Message  Duzgun le Jeu 8 Juil - 0:07

Topo sur l'écosocialisme (à améliorer) :
L'écosocialisme


Formation
-

Ecologie


Ceci est la version longue du topo
présenté en introduction
du débat
"Antiproductivisme, objection de croissance, écosocialisme" le vendredi
4 juin 2010
, pour le NPA.



En définissant dans nos principes
fondateurs le socialisme du XXIème siècle que nous défendons, nous nous
sommes définis comme antiproductivistes et écosocialistes. L'objectif
de ce topo est d'expliciter le sens politique derrière ces notions en
partant des raisons pour lesquelles le capitalisme implique
structurellement le productivisme et l'exploitation de la nature, ce
qui le rend totalement incompatible avec l'écologie, pour arriver à sa
réponse, au concept d'écosocialisme et son contenu politique.








1 / Incompatibilité structurelle du capitalisme avec l'écologie
(à l'aune d'une analyse marxiste)


Le capitalisme est un
système économique et social basé sur l'appropriation privée des moyens
de production par la minorité capitaliste, qui oriente la production
en vue de :

  • faire du profit (et le maximiser)
  • accumuler du capital

Ainsi, le capitaliste investit du capital pour en retirer du profit et
retrouver un capital plus important qu'au départ.

a/
Accumulation illimitée de capital dans un monde fini


La première contradiction du
capitalisme est de fonder son existence sur le fait que le monde est
fini (les limites naturelles permettent la propriété capitaliste), tout
en cherchant une accumulation illimitée de capital (qui ne connaît
comme limite que le capital lui-même).

Ainsi, il ne pourrait
pas y avoir de capitalisme
si le monde n'était pas fini, si les
ressources naturelles n'étaient pas limitées :

« Si la terre
(...) était à la libre disposition de chacun, il manquerait un facteur
essentiel pour la formation du capital. Une condition de production
tout à fait essentielle, et, - à part l’homme et son travail - la seule
condition de production originelle, ne pourrait pas être cédée, ne
pourrait pas être appropriée
et, partant, elle ne pourrait pas
faire face à l’ouvrier comme propriété d’autrui ni faire de lui un
salarié. (...) De ce fait, la production capitaliste en général aurait
cessé d’exister. »
(Karl MARX, Théories sur la plus-value, op. cit.,
t.II, p. 41)
Si la terre était illimitée "son appropriation par
les uns ne pourrait exclure son appropriation par les autres"

et il ne pourrait "pas exister de propriété privée du
sol et on ne pourrait pas payer de rente pour la terre"
(Karl
MARX, Théories de la plus-value)

C'est donc le fait que le monde
soit fini et que les ressources naturelles soient en quantités
limitées, qui permet l'apparition de la propriété privée et de la rente
foncière.
A l'inverse, l'abondance relative de ressources
naturelles s'accompagne de l'absence de propriété (ex : Amérindiens,
peuplades primitives, etc).

Dans le même temps, le capitalisme
implique l'accumulation de capital à l'infini : la recherche du
profit maximum nécessite un "cercle sans cesse élargi de circulation"
et exige donc la production constante de nouvelles consommations par
l'élargissement quantitatif des consommations existantes, la création
artificielle de nouveaux besoins (publicité...), de nouvelles valeurs
d'usage, ou la destruction de biens existants. C'est cette recherche
d'accumulation qui génère le productivisme (production pour la
production, et consommation pour la consommation...).

En résumé,
si le monde était illimité, le capitalisme ne pourrait pas exister, et
parce que le monde est limité, le capitalisme mène au désastre
écologique en butant sur les limites naturelles.


b/ Cycle du capital contre cycles naturels

La
deuxième contradiction du capitalisme tient dans la discordance des
temps entre le cycle court du capital et le cycle long de la nature :


  • le cycle du capital (argent - marchandise - argent) est un cycle
    court
  • les cycles naturels sont des cycles relativement longs, parfois
    même à l'échelle de milliers d'années (ex : cycle du carbone et
    formation du charbon et du pétrole)


Le capitalisme est incapable de
prendre en compte les cycles longs de la nature et brise les cycles
naturels, en utilisant sur du court terme des ressources non
renouvelables à l'échelle de temps du capitalisme (puisqu'aucune
ressource n'est "non renouvelable" dans l'absolu : le renouvellement
obéit à des cycles qui peuvent être plus ou moins longs, ou plus ou
moins courts).
Ex : la sylviculture est peu propice à l'exploitation
capitaliste car son cycle est trop long : les arbres poussent moins
vite que les cycles de rotation du capital.


La recherche du profit immédiat (cycle court) est incompatible avec
la préservation de la nature à long terme (cycles longs).
Marx
développe cette question à l'époque sur le cycle des nutriments (brisé
par urbanisation et non-retour du fumier à la terre) :

« La production capitaliste
perturbe le courant de circulation de la matière entre l’homme et le
sol
, c’est-à-dire qu’elle empêche le retour au sol de ces éléments
que l’homme consomme afin de se nourrir et se vêtir ; en conséquence,
elle fait violence au conditionnement nécessaire à une durable
fertilité des sols. En outre, chaque progrès de l’agriculture
capitaliste représente un progrès non seulement dans l’art de
dépouiller le travailleur, mais dans celui d’appauvrir la terre ; toute
amélioration temporaire de la fertilité des sols rapproche des
conditions d’une ruine définitive des sources de cette fertilité. »
K.
Marx (Le Capital, livre 1, chap XV)


Il passe cependant à côté d'un élément essentiel de
l'industrialisation capitaliste de son époque : la rupture du cycle du
carbone par le passage de l'énergie bois (énergie de flux) à l'énergie
charbon (énergie de stock).

c/ Valeurs d'échange contre
valeurs d'usage


Un autre problème du capitalisme est
que pour faire du profit, il oriente la production en vue de produire
des valeurs d'échange (prix de vente sur le marché), au lieu de
produire des valeurs d'usage (répondant aux besoins des
populations).


En conséquence :


  • il génère simultanément surproduction et pénurie (une surproduction
    saturant le marché d'un côté, des besoins réels non satisfaits de
    l'autre)
  • pour le capitalisme, la nature n'a de valeur que par la valeur
    d'échange de ses ressources sur le marché (celles exploitées par la
    production capitaliste).
Or la destruction de la nature (temps
long) ne représente pas une valeur marchande (temps court) : quelle
valeur pour la destruction de la nature? d'une espèce animale ou
végétale? d'un écosystème? Aucune autre que l'éventuel surcoût engendré
à court terme!

La valeur d'échange prend la forme du PIB
(Produit Intérieur Brut), qui est un très mauvais indicateur : les
"services" de la nature ne sont pas comptabilisés, les dommages sur
l'environnement ne sont pas déduits. La "croissance" (de PIB,
c'est-à-dire de valeur d'échange) n'a ainsi aucun sens en terme de
progrès social, de réponse aux besoins réels : c'est l'instrument de
mesure qui est mauvais.


d/ Profit et concurrence

La concurrence entre les capitalistes
implique la nécessité de maximiser son profit pour survivre (ce
qui tire tout effort écologique vers le bas) et une course effrénée
au profit immédiat
, en contradiction une nouvelle fois avec le
temps long de la nature.
Les capitalistes sont contraints d'utiliser
des institutions "régulatrices" comme l'État (ou les instances
internationales) pour prévoir le moyen terme, réguler le capitalisme et
assurer la survie même du système, perpétuant la domination
capitaliste.

Pire, cette recherche du profit à tout prix
implique des prises de risque, au mépris de tout principe de
précaution, non seulement sur le plan financier, mais aussi et surtout
sur le plan social et écologique.
Ex : la marée noire de BP au large
de la Louisiane était largement évitable, mais BP a fait le choix des
solutions techniques les moins chères et les plus risquées juste avant
la catastrophe ("il faut bien prendre des risques").

Il y a une
grande inertie du système dû aux intérêts privés et à la
rentabilité immédiate, qui rend le capitalisme incapable d'anticiper
les problèmes écologiques.

e/ Le mythe du progrès

Les
choix technologiques ne sont pas neutres, ils découlent de la rentabilité,
du profit immédiat et de la possibilité d'appropriation
privée
.
C'est le cas lors de la révolution industrielle, avec un
développement industriel basé sur le charbon plutôt que sur l'énergie
solaire, alors que le principe photovoltaïque était déjà connu au
XIXème, mais jugé pas suffisamment rentable et ne permettant pas une
appropriation privée de l'énergie.

La notion de progrès n'est pas
universelle, mais au contraire socialement déterminée. Marx
fait ainsi la critique du "mythe du progrès" qui développe l'aliénation
capitaliste
:

"tous les progrès de la civilisation ou
toute augmentation des forces productives n'enrichissent pas le
travailleur mais le capital et ne font donc à leur tour qu'accroître
le pouvoir qui exerce sa domination sur le travail
, augmentent
seulement la force productive du capital. Comme le capital est l'opposé
du travailleur, ces progrès n'augmentent que la puissance objective qui
règne sur le travailleur."
(Marx, Manuscrits de 1957-1958)

"Ainsi
elle détruit et la santé physique de l’ouvrier urbain et la vie
spirituelle du travailleur rural. Chaque pas vers le progrès de
l’agriculture capitaliste, chaque gain de fertilité à court terme,
constitue en même temps un progrès dans les ruines des sources durables
de cette fertilité. Plus un pays, les États-Unis du Nord de l’Amérique
par exemple, se développe sur la base de la grande industrie, plus ce
processus de destruction s’accomplit rapidement. La production
capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès
de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où
jaillit toute richesse : la terre et le travailleur."
(K Marx,
Le Capital)
« C’est ainsi que la production capitaliste, en
développant la technologie (…), ne fait qu’épuiser les sources
originaires de toute richesse : la terre et les travailleurs
. »

K. Marx (Le Capital, livre 1, chap XV)

De même pour Engels :

«
Nous ne devons pas nous vanter trop de nos victoires humaines sur la
nature. Pour chacune de ces victoires, la nature se venge sur nous. Il
est vrai que chaque victoire nous donne, en première instance, les
résultats attendus, mais en deuxième et troisième instance elle a des
effets différents, inattendus qui trop souvent annulent le premier.

Les gens qui, en Mésopotamie, Grèce, Asie Mineure et ailleurs, ont
détruit les forêts pour obtenir de la terre cultivable, n’ont jamais
imaginé qu’en éliminant ensemble avec les forêts les centres de collecte
et les réservoirs d’humidité ils ont jeté les bases pour l’état désolé
actuel de ces pays. (...) Les faits nous rappellent à chaque pas que
nous ne régnons nullement sur la nature comme un conquérant règne sur un
peuple étranger, comme quelqu’un qui est en dehors de la nature, mais
que nous lui appartenons avec notre chair, notre sang, notre cerveau,
que nous sommes dans son sein et que toute notre domination sur elle
réside dans l’avantage que nous avons sur l’ensemble des autres
créatures de connaître ses lois et à pouvoir nous en servir
judicieusement. »
(Engels, « Le rôle du travail dans la
transformation du singe en homme », 1876)

Le capitalisme est
avant tout une fuite en avant non maîtrisée et incontrôlable.
C'est
une double exploitation, des travailleurs et de la nature : il
tire son profit non seulement de la plus-value issue du travail, mais
aussi de la rente liée à l'appropriation privée de la nature.

Si
Marx faisait ces observations dès le XIXème, il serait pour autant
anachronique d'en faire un écologiste avant l'heure, l'important est
que son analyse permet de comprendre les mécanismes à l'oeuvre et de
faire une critique pertinente du lien structurel entre
capitalisme, productivisme et destruction de la nature.


2/ L'écosocialisme

a/ De la dérive productiviste
du mouvement ouvrier
à la naissance de l'écologie politique

Pour comprendre les causes de la
dérive productiviste du mouvement ouvrier, il est important de rappeler
qu'il s'est construit sur des bases multiples et notamment
lassaliennes.
Alors que le programme de Gotha (du congrès
d'unification du SPD en 1875, sous forte influence lassalienne),
écrivait "le travail est source de toute richesse", Marx
répondait : "Le travail n'est pas la source de toute richesse. La
nature est tout autant la source des valeurs d'usage
(qui sont
bien, tout de même, la richesse réelle !) que le travail, qui n'est
lui-même que l'expression d'une force naturelle
, la force de
travail de l'homme.
" (Critique
du programme de Gotha
).
Cette critique est tenue secrète
pendant 16 ans de 1875 à 1891 et le SPD se construit sur la base du
programme de Gotha, puis la 2ème Internationale se construit autour de
lui. Le mouvement ouvrier a ainsi été imprégné durablement par des
conceptions lassaliennes productivistes, scientistes et étatistes.

Mais
il est rapidement rattrapé la réalité :




  • à la fois par les désastres écologiques liés au développement du
    capitalisme à l'ouest
    (particulièrement pendant les 30
    glorieuses), qui confirment les dégâts du capitalisme sur la nature
  • mais aussi par les désastres écologiques liés au productivisme
    bureaucratique à l'est
    , qui n'a rien à envier au productivisme
    capitaliste


Ce deuxième productivisme est
différent du productivisme capitaliste, avec des plans bureaucratiques
incitant à user le plus possible de matière première, à l'inverse du
productivisme capitaliste qui cherchera à limiter sa consommation de
matière première, mais est poussé par la recherche du profit et
l'accumulation.
On peut donner deux raisons majeures à ce
productivisme :




  • la concurrence entre les deux blocs poussant à un productivisme
    exacerbé : but absurde de "dépasser les États-Unis" (Krouchtchev)
  • la détermination de la production par une bureaucratie cherchant à
    préserver ses intérêts par une centralisation des productions et des
    décisions : le niveau scientifique et technique aurait permis d'autres
    voies énergétiques, mais avec un risque de décentralisation de la
    production et de perte de pouvoir pour la bureaucratie


De question relativement marginale, la
question écologique est devenue une question centrale de plus en
plus incontournable
dans la deuxième moitié du XXème siècle, ce qui
amène la naissance de l'écologie politique (autour de penseurs
chrétiens en grande partie), autour d'une critique des modes de
production et de consommation de la société capitaliste moderne.


b/ L'apparition du mouvement écosocialiste

Le mouvement écosocialiste apparaît
alors comme une combinaison de l'écologisme et du socialisme,
face à un mouvement ouvrier traditionnel dominé par des bases
staliniennes productivistes, et un mouvement écologiste construit en
extériorité au mouvement ouvrier (bien qu'anticapitaliste au départ).
Il
se développe également en réponse à la dérive capitaliste de la
majorité de l'écologie politique, qui ignorant le lien structurel entre
capitalisme et productivisme, se retrouve récupérée par le système et
tombe progressivement dans l'illusion d'un capitalisme vert, voire d'un
productivisme vert (la "croissance verte").

C'est un
mouvement récent, apparu au cours des trente dernières années, grâce aux
travaux de penseurs de la taille de Manuel Sacristan, Raymond
Williams, Rudolf Bahro (dans ses premiers écrits) et André Gorz
(ibidem), ainsi que des précieuses contributions de James O’Connor,
Barry Commoner, John Bellamy Foster, Joel Kovel (USA), Juan Martinez
Allier, Francisco Fernandez Buey, Jorge Riechman (Espagne), Jean-Paul
Déléage, Jean-Marie Harribey (France), Elmar Altvater, Frieder Otto
Wolf (Allemagne), et beaucoup d’autres, qui s’expriment dans un réseau
de revues telles que Capitalism, Nature and Socialism, Ecologia
Politica
, etc.
Il est développé en France dans les années 90
notamment par Michael Löwy et Pierre Rousset, militants de la IVème
Internationale et de la LCR (mais aussi dans d'autres pays avec par
exemple l'Alliance rouge et verte au Danemark).


Sa structuration est encore plus récente, au travers de quelques
moments clés :



c/ Les bases politiques du mouvement écosocialiste

Le
mouvement écosocialiste est loin d’être politiquement homogène, mais
la plupart de ses représentants partage certains thèmes communs :


  • rupture avec l’idéologie productiviste du progrès - dans sa
    forme capitaliste et/ou bureaucratique - et opposé à l’expansion à
    l’infini d’un mode de production et de consommation destructeur de la
    nature
  • subordonner la valeur d’échange à la valeur d’usage en
    organisant la production en fonction des besoins sociaux et des exigences
    de la protection de l’environnement
    .
  • cette société suppose la propriété collective des moyens de
    production, une planification démocratique qui permette à la
    société de définir les buts de la production et les investissements, et
    une nouvelle structure technologique des forces productives.


Il cherche ainsi à faire converger le
mouvement ouvrier et le mouvement écologiste en débarrassant le
mouvement ouvrier du productivisme et le mouvement écologiste de
tentations naturalistes et antihumanistes : il ne s'agit pas de défendre
la nature ou la planète en tant que telle (elle nous survivra), mais
en tant que condition même d'existence pour l'humanité.

L'homme fait
partie de la nature
et de ses cycles, il n'y est pas extérieur
(contrairement à la vision biblique) :

«De même que les plantes, les
animaux, les pierres, l’air, la lumière, etc., constituent du point de
vue théorique une partie de la conscience humaine, soit en tant
qu’objets des sciences de la nature, soit en tant qu’objets de l’art –
qu’ils constituent sa nature intellectuelle non-organique, qu’ils sont
des moyens de subsistance intellectuelle que l’homme doit d’abord
apprêter pour en jouir et les digérer – de même ils constituent aussi au
point de vue pratique une partie de la vie humaine et de l’activité
humaine. Physiquement, l’homme ne vit que de ces produits naturels,
qu’ils apparaissent sous forme de nourriture, de chauffage, de
vêtements, d’habitation, etc. L’universalité de l’homme apparaît en
pratique précisément dans l’universalité qui fait de la nature entière
son corps non-organique, aussi bien dans la mesure où, premièrement,
elle est un moyen de subsistance immédiat que dans celle où,
[deuxièmement], elle est la matière, l’objet et l’outil de son activité
vitale. La nature, c’est-à-dire la nature qui n’est pas elle-même le
corps humain, est le corps non-organique de l’homme. L’homme vit de la
nature signifie : la nature est son corps avec lequel il doit maintenir
un processus constant pour ne pas mourir. Dire que la vie physique et
intellectuelle de l’homme est indissolublement liée à la nature ne
signifie pas autre chose sinon que la nature est indissolublement
liée avec elle-même, car l’homme est une partie de la nature.
»

(K. Marx, Manuscrits de 1844)

L'écosocialisme
repose sur deux arguments essentiels :




  • l'impossibilité d'étendre (en terme de ressources) le mode
    de production/consommation actuel des pays capitalistes avancés à
    l'ensemble de la planète. Ainsi, le système actuel ne peut se maintenir
    que par l'aggravation des inégalités Nord/Sud, et des inégalités
    en général (le capitalisme vert est générateur d'encore plus
    d'inégalités),
  • la poursuite du développement capitaliste menace directement la
    survie même de l'espèce humaine
    : il n'y a pas un bon capitalisme
    vert contre un mauvais capitalisme productiviste, c'est le système
    capitaliste lui-même qui pose problème.
L'ampleur de la crise écologique,
climatique, mais aussi sociale actuelle amène une véritable crise de
civilisation
qui ne peut être résolue sans des changements rapides
et radicaux (ex : selon le GIEC, les émissions de gaz à effet de serre
des pays capitalistes avancés doivent baisser de 80 à 95% d'ici 2050),
sans quoi nous pourrions arriver à des effets de seuil irréversibles,
au delà desquels il y a des risques d'emballement (climatique
notamment) totalement incontrôlables et imprévisibles.
Aucun
aménagement du système ne peut répondre à l'enjeu écologique actuel, le
changement nécessaire est trop important. Ni un changement des
comportements individuels et des choix de consommation, ni le lobbying
ou même les réformes dans le système actuel ne permettront d'y
répondre, le capitalisme est incapable de faire face à l'ampleur de la
crise actuelle et aux enjeux qu'elle pose, il faut un changement
global et radical de civilisation
.


d/ Notre objectif écosocialiste

L'écosocialisme n'est pas un
affaiblissement du projet socialiste mais au contraire un surplus de
radicalité (pas un simple changement de société, mais un changement de
civilisation à l'échelle mondiale) :




  • il ne se contente pas d'une répartition équitable des richesses
    mais pose la question de la définition de la richesse, du
    contrôle de la production et de la détermination démocratique des
    richesses à produire
  • il ne se contente pas d'un "changement de propriétaire" sur
    l'appareil de production et la technologie capitaliste (par son
    appropriation sociale), mais doit les détruire pour en construire des
    nouveaux, centrés sur la satisfaction des besoins sociaux et
    écologiques :
"les travailleurs ne peuvent pas
prendre possession de l’appareil capitaliste de l’État et le mettre à
leur service. Ils sont contraints de « le briser » et de le remplacer
par une forme de pouvoir politique radicalement différente,
démocratique et non étatique. La même idée s’applique, mutatis
mutandis, à l’appareil productif, lequel loin d’être « neutre »
porte dans sa structure l’empreinte d’un développement qui favorise
l’accumulation du capital et l’expansion illimitée du marché,
conduisant ainsi à la catastrophe écologique
."
(Michael LOWY,
Contribution au débat préparatoire du congrès de la IV)

L'appareil
productif écosocialiste doit ainsi respecter les cycles naturels :
«
A ce point de vue la liberté ne peut être conquise que pour autant que
les hommes socialisés, devenus des producteurs associés, combinent
rationnellement et contrôlent leurs échanges de matière avec la nature
,
de manière à les réaliser avec la moindre dépense de force et
dans les conditions les plus dignes et les plus conformes à la nature
humaine. »
(Le Capital - Livre III, Le procès d'ensemble de la
production capitaliste
)


Ce qui passe par :


  • une transition énergétique : par l'efficience énergétique,
    le passage au renouvelable indépendamment des coûts, la sortie des
    énergies fossiles, la décentralisation de la production énergétique et
    la réorientation de la production matérielle vers les consommations
    locales (suppression des transports inutiles), pour aller vers des
    échanges régulés respectant notamment le cycle du carbone et permettant
    une "décroissance de la consommation des ressources non
    renouvelables"
    (principes fondateurs du NPA)
  • une baisse massive de la production matérielle (rupture
    radicale par rapport au productivisme et rejet de toute forme de
    productivisme) par la suppression des productions nuisibles, inutiles
    ou dangereuses, la suppression des gaspillages, de la publicité, la
    "remise en cause des secteurs d’activité énergétivores, inutiles,
    polluants ou dangereux, en particulier le nucléaire"
    (principes
    fondateurs du NPA), réorientation de la production pour répondre
    aux besoins réels, démocratiquement déterminés (contrôle
    populaire des productions et choix de production),
  • une réduction massive du temps de travail,
    désintensification du travail et contrôle de l'intensité du travail par
    les travailleurs eux-mêmes ("contrôle des cadences"), comme condition
    d'émancipation, mais aussi de démocratie et de participation de tous aux
    décisions (notre écosocialisme vise également l'abolition du
    salariat
    et de la société de classes)
  • un refus de toute appropriation privée de la nature : l'eau, l'air,
    la terre, le vivant, les ressources naturelles, ... doivent être des
    biens communs
    , non privatisables
  • la gratuité de tous les besoins élémentaires (passant
    par exemple par la tarification progressive : gratuité des usages,
    surcoût des mésusages)
  • la suppression de la concurrence et des mécanismes de marché


Pour Tanuro, il y a trois conditions pour que le socialisme soit
réellement écosocialiste :


  • 1°) que les besoins humains soient démocratiquement
    déterminés, ce qui implique un système politique de type autogestionnaire,
    avec pluralisme politique, etc.
  • 2°) que la satisfaction des besoins se fasse dans le respect
    des limites naturelles
    et des contraintes de fonctionnement des
    cycles naturels, en abandonnant l'idéologie de la "domination sur la
    nature" et en acceptant que les technologies ne sont pas neutres,
    ce qui implique une profonde révolution culturelle.
  • 3°) que la lutte se poursuive jusqu'à l'instauration
    d'un socialisme mondial.


e/ La question de la transition

L'objectif
écosocialiste ne reste qu'un objectif abstrait si l'on ne fait le pont
entre la société actuelle et l'objectif écosocialiste.

Pour cela, un écueil est
à éviter et à combattre : celui de la culpabilisation individuelle
et des discours moralistes (issus d'une vision culpabilisatrice
et vertueuse de l'écologie liée à ses racines chrétiennes?), qui sont contre-productifs
car générateurs de résistances au lieu de mobilisations.
Cela ne
veut pas dire être contre l'action individuelle, mais privilégier
l'action collective et surtout les axes de mobilisation contre les réels
responsables
(les capitalistes). Ces luttes permettent également
l'élévation de la conscience politique, pouvant amener à des choix
individuels de "résistance" écologique.

L'écosocialisme s'appuie
sur l'existant, sur le mouvement réel : les plus pauvres sont
bien souvent les plus vulnérables face aux dégâts écologiques, et
développent notamment dans les pays du Sud, des mouvements sociaux ne se
définissant pas comme "écologistes" tout en ayant une dimension
écologique déterminante. C'est ce qu'on nomme "écologie des
pauvres"
, et dont on retrouve de nombreux exemples en Inde, en
Amazonie (lutte de Chico Mendes début 80 contre les latifundistes), en
Bolivie (guerre de l'eau, interventions indigènes à Cochabamba...), etc.


Ainsi, ce n'est pas juste une question
de principe mais avant tout une question d'efficacité : les luttes
écologiques gagnantes sont généralement des luttes sociales,
réussissant à imposer un rapport de force dans la lutte des classes.
La question clé pour une transition écosocialiste est donc celle
de la convergence des luttes écologiques et sociales :




  • amener luttes écologiques sur le terrain de la lutte des classes,
    par le biais des travailleurs concernés (en construisant les luttes
    avec eux et non contre eux)


  • à l'inverse, intégrer systématiquement la dimension écologiste aux
    luttes sociales, en posant la question du contrôle et de la finalité de
    la production (sous peine de ne pas être "transitoires").
C'est à la fois difficile et
indispensable dans des secteurs comme l'industrie automobile, la
chimie, l'énergie, etc. Cela nécessite une vision politique imbriquant
systématiquement les deux questions.

Car les capitalistes sont
tout à fait capables de reconvertir rapidement l'appareil de
production si c'est leur intérêt (afin de préserver leurs profits et
leur rentabilité), mais au prix de licenciements massifs, de reculs
sociaux etc. La question est de savoir qui contrôle la reconversion,
qui décide et maîtrise le processus.
Pour donner les moyens aux
travailleurs de décider eux-mêmes de la finalité de la production et
d'être maîtres de leur propre reconversion, deux conditions sont
nécessaires pour pouvoir réfléchir à la finalité de la production (sans
avoir le couteau sous la gorge et devoir défendre l'emploi pour
l'emploi) : l'interdiction des licenciements et la baisse
massive du temps de travail
. La troisième condition est évidemment
l'appropriation sociale des moyens de production.
Au final, il
est nécessaire d'arriver à une reconversion totale de la production,
une réorientation technologique indépendamment de toute rentabilité
: la transition écosocialiste doit échapper aux impératifs du marché,
et passer par une planification démocratique.

Bien que
l'écosocialisme soit incompatible avec le capitalisme, le mouvement
écosocialiste lutte également pour des réformes immédiates dans
le cadre du capitalisme (il est ainsi favorable aux écotaxes si elles
visent les pollueurs capitalistes et sont socialement justes), tout
comme des "alternatives concrètes" et autres expérimentations à
l'intérieur du système capitaliste.
Cela passe par des mesures de
transition comme par exemple :


  • le développement des transports publics gratuits comme alternative
    au tout-automobile
  • la lutte pour l'annulation de la dette et contre les "ajustements"
    imposés par le FMI et la Banque Mondiale dans les pays du Sud
    (conséquences écologiques et sociales désastreuses)
  • la défense de la santé publique contre la pollution
  • la lutte contre la privatisation de l'eau, le brevetage du vivant,
    etc
  • la lutte pour la réduction du temps de travail avec embauche
    correspondante (diminution de "l'armée de réserve" des capitalistes)
  • l'imposition de règles environnementales contraignantes sur les
    entreprises
  • etc


De par le caractère global et mondial
de la question écologique, la lutte pour l'écosocialisme est une lutte
résolument internationaliste et opposée à tout protectionnisme,
tout repli national. C'est également une lutte nécessairement révolutionnaire
qui pose la question du pouvoir économique et politique, impliquant le
renversement du capitalisme et de ses institutions, afin d'aller vers
une société écosocialiste libérée des entraves de la domination
capitaliste.

Conclusion

Que ce soit comme projet
de société ou comme courant politique organisé, l'écosocialisme est
encore en construction. Il y a cependant un enjeu de taille aujourd'hui
à faire émerger un pôle de l'écologie radicale, qui soit :


  • en rupture claire et nette avec le capitalisme et le productivisme
  • qui assume le débat politique et les divergences en son sein, mais :
  • qui agisse concrètement autour de ses points de convergence, pour
    contester l'hégémonie idéologique tant du capitalisme vert (courant
    écologiste dominant) que du mouvement ouvrier traditionnel
    (productiviste)

C'est ce qu'essaient de faire le Nouveau parti anticapitaliste et le
Mouvement des objecteurs de croissance aujourd'hui. Il faut poursuivre
nos échanges et nos actions communes.



Principales sources de la
présentation
:
Marx, Mode d'emploi (chapître
10. pourquoi Marx n'est ni un ange vert ni un démon productiviste)
,
Daniel BENSAID
Capitalisme,
productivisme, socialisme réel et écosocialisme
, Daniel TANURO
Nature,
croissance, abondance
, Laurent GARROUSTE
Qu’est-ce que
l’écosocialisme ?
, Michael LOWY

Duzgun

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Re: Écosocialisme

Message  rougeole le Ven 9 Juil - 15:36

Un article dans http://quefaire.lautre.net/que-faire/que-faire-no02-janvier-fevrier/article/crise-ecologique-et-logique
Crise écologique et logique
capitaliste












Notre planète connaît une crise écologique d’une
globalité et d’une vitesse sans précédent. On peut distinguer quatre
éléments dans cette crise écologique : la diminution de la biodiversité,
l’épuisement des ressources naturelles, la pollution globale et bien
sûr les changements climatiques.


Par Hendrik Davi [1]

L’activité anthropique a en effet été capable de changer le climat à
cause de l’émission massive des gaz à effet de serre (GES). Ce
changement est le plus impressionnant, car il est rapide, irréversible
et imprévisible. L’origine de ce changement est l’utilisation des
énergies fossiles et l’irrationalité d’un système soumis à la seule loi
du profit. Plus que tout autre élément de la crise écologique, le
changement climatique incrimine directement la logique capitaliste et va
toucher à tous les aspects de notre vie.

Du 7 au 18 décembre 2009, a lieu à Copenhague (Danemark), le sommet
international des Nations Unies sur le climat. Il s’agit de remplacer le
traité international de Kyoto, ratifié en 1997 par 175 pays, par un
nouveau traité pour la période 2013 – 2017. Or les négociations entamées
depuis Kyoto ont été un échec, les émissions de GES n’ont cessé
d’augmenter dans la plupart des pays (voir Tableau 1). Pour éviter de
dépasser le seuil fatidique de 2°C d’augmentation, les pays
industrialisés doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre
de 80 à 95% d’ici 2050, en passant par une réduction intermédiaire de 25
à 40% en 2020.

Au sein du mouvement écologiste il existe un double débat : (1)
Est-ce que le responsable du changement climatique c’est l’homme ou le
système économique ? (2) Favoriser la prise de conscience individuelle
ou sortir du capitalisme ? Après avoir fait un point sur la gravité de
la situation notamment pour les classes les plus démunies, j’essaierai
de montrer en quoi c’est le système de production capitaliste qui est la
cause de la crise climatique, puis pourquoi seule une transformation
révolutionnaire rapide de la société nous permettra
d’éviter le pire.

Tableau 1 : Évolution des émissions de gaz à effet de serre de 1990 à 2004Allemagne-17 %
Canada+28 %
Espagne+49 %
États-Unis+16 %
France-1,7 %
Grèce+27 %
Irlande+23 %
Japon+6,5 %
Royaume Uni-14 %
Portugal+41 %
Russie+29%
Une catastrophe annoncée


Avant d’aller plus loin sur la description des causes et des effets
du changement climatique, rappelons que cette crise s’insère dans un
contexte de crise écologique globale plus large (voir Annexe 1). Cette
crise comporte différentes facettes : pollution, crise de la
biodiversité ou diminution des ressources disponibles. Chacune est liée
aux autres à l’échelle globale (responsabilité du capitalisme) ou
localement. Par exemple, la construction d’une autoroute augmente la
pollution atmosphérique en particules lourdes et la production en GES
(effet sur le climat), mais elle conduit à la diminution de ressources
naturelles (matériaux et pétrole) et est néfaste pour la biodiversité
par la fragmentation de l’habitat. La logique réformiste vise à
dissocier ces différentes facettes pour trouver une réponse à un des
problèmes car répondre à tous, c’est remettre en cause le système. À ce
titre nous devons être vigilant à la sur-médiatisation de la seule crise
climatique.

Néanmoins, cette crise est éminemment critique pour l’humanité et
pédagogique pour amener à l’anticapitalisme. La transformation
climatique déjà observée et à venir est à 93% due aux activités de
l’homme et à l’effet de serre. Le principe de l’effet de serre est
simple, il est connu depuis 1824. La terre produit une énergie thermique
fonction de sa température de surface. Or certains gaz absorbent ce
rayonnement et le rediffuse nt dans l’atmosphère en la réchauffant.
C’est le même principe que dans une voiture l’été ou dans une serre,
sauf que la vitre est ici remplacée par des gaz aux propriétés bien
particulières : ce sont les gaz à effet de serre. Le dioxyde de carbone
(CO2) est celui qui a le rôle le plus important (mais ce n’est pas le
seul). L’effet de serre est un mécanisme naturel mais qui a explosé avec
la révolution industrielle due à la combustion massive de carbones
fossiles (charbon, pétrole), qui entraîne une augmentation de la
concentration de ces gaz, et donc une augmentation de la température. En
effet, depuis 1850, la concentration en gaz carbonique a augmenté de
40% et celle de méthane a été multipliée par 25. Les concentrations en
dioxyde de carbone ou en méthane excèdent très largement les variations
naturelles des 650 000 dernières années.

Le climat a déjà changé. Nous observons une augmentation sensible des
températures : 11 des 12 dernières années sont les plus chaudes jamais
enregistrées depuis 1850, la température globale a augmenté en moyenne
de 0.74°C depuis 100 ans. Des précipitations plus violentes ont été
observées dans certaines zones, alors qu’un assèchement a été observé
dans les régions déjà arides.

Selon les scénarios, les modèles climatiques prévoient une
augmentation de la température globale de 1.1 à 6.4°C. Cette
augmentation variera fortement selon les régions (atteignant +8°C dans
certains endroits), elle sera beaucoup plus forte aux pôles ce qui
accéléra la fonte des glaces. Elle sera par ailleurs accompagnée par une
hausse des extrêmes climatiques (sécheresse, tempêtes, pluies
diluviennes). Un été équivalent à la canicule de 2003 apparaîtra en
France en 2100 comme un été plutôt frais. Il faut bien avoir conscience
qu’une augmentation de quelques degrés en moyenne entraîne des
augmentations beaucoup plus fortes pour certaines régions ou certains
mois. D’autre part, la machine climatique est complexe et de nombreux
effets inattendus peuvent survenir. Si on dépasse les 2°C
d’augmentation, ces changements déjà irréversibles deviendront en plus
imprévisibles à cause de différents effets non linéaire : saturation ou
destruction des puits naturels de carbone que sont les océans et les
forêts, fonte des glaciers entraînant un emballement à la fois de
l’augmentation de températures et de la hausse du niveau des mers (plus
de 3 mètres) ou dégel des sols sibériens avec émission massive du
méthane (GES très puissant) qui y est stocké... À ce titre, l’expression
« changement climatique » est trompeuse : elle évoque une modification
graduelle alors que nous sommes confrontés à un basculement brutal, dont
la vitesse s’accélère. Enfin ne pas dépasser ce seuil de 2°C est
éminemment politique, car c’est un objectif quasi inatteignable pour le
capitalisme.

Les plus touchés seront évidemment les plus démunis. L’immense
majorité des centaines de millions d’êtres humains menacés par la montée
du niveau des océans vivent en Chine, en Inde, au Bangladesh, ou en
Egypte. Par exemple, pour une hausse d’un mètre du niveau des océans, un
quart de la population du Vietnam devrait déménager. La montée de
l’insécurité alimentaire est une autre manifestation criante de
l’injustice climatique. Même au nord ces inégalités face au climat sont
criantes. En septembre 2005, le cyclone Katrina qui a frappé la Nouvelle
Orléans a entraîné la mort de 1500 personnes et le déplacement de
780.000 autres. Les fractions les plus pauvres ont été les plus
touchées : elles habitent dans les zones les plus exposées aux
catastrophes, n’ont pas les moyens de fuir, leurs biens ne sont pas
assurés. 75% de la population dans les quartiers inondés était noire.
Faute d’évacuation prise en charge par les pouvoirs publics, 138.000 des
480.000 habitants de la ville ont été pris au piège. La hausse des
phénomènes de canicule touchera moins les cadres travaillant dans les
bureaux climatisés que les ouvriers des chantiers, de la métallurgie ou
de l’agro-alimentaire.




Des causes bien connues


Les changements climatiques ne sont pas dus à « l’activité humaine »
en général, mais bien au fonctionnement du système capitaliste depuis la
révolution industrielle. En effet, c’est bien la logique capitaliste et
productiviste d’accumulation permise par les énergies fossiles
(charbon, pétrole), qui est en cause. Si on regarde les causes
d’émission des gaz à effet de serre, c’est toute l’économie qui est
concernée : l’anarchie des transports de personnes et de marchandises,
l’énergie requise pour la production manufacturière, ou la production
agricole.

Les sources du productivisme sont au coeur du capitalisme. En effet,
le capitalisme est soumis à deux contradictions majeures qui produisent
mécaniquement productivisme et société de consommation. La première est
la baisse tendancielle du taux de profit : plus il développe les moyens
de production (machines, informatique), plus il doit augmenter le volume
de ces productions pour maintenir le même taux de profit. Pour
survivre, il doit donc être en perpétuelle expansion en s’appropriant de
nouvelles ressources (guerre sans limite) ou en privatisant un nombre
grandissant de secteurs (école, services). Cette logique s’accompagne
d’une augmentation illimitée des moyens de production à la fois œuvre
« civilisatrice » mais aussi mortifère du Capital. La seconde
contradiction est la réalisation de la plus value, car une fois une
marchandise créée il faut bien la vendre, c’est ce qui sous-tend toute
la société de consommation. Il n’y a donc pas de capitalisme sans
société de consommation avec une publicité de plus en plus présente et
sans productivisme. Le capitalisme ne peut vivre sans ses objets
inutiles et sans ses transports anarchiques. Prenons un exemple
concret : on a pu montrer que les ingrédients nécessaires à la
fabrication d’un simple pot de yaourt aux fraises parcouraient près de
10 000 km avant d’être réunis, avec à la clef la consommation de 40
grammes d’équivalent en pétrole par kilo de yaourt. Ce système a ainsi
conduit entre 1970 et 1997 au triplement du transport terrestre sur
route.

Dans ce contexte, l’utilisation des énergies fossiles a été une
véritable aubaine pour les capitalistes. Ces énergies permettaient de
décupler les moyens de production à moindre coût. Ensuite, un autre mode
de production énergétique aurait pu être choisi. Mais cela a été
systématiquement écarté, car le caractère limité et appropriable des
gisements de combustibles fossiles offre la possibilité d’imposer des
prix de quasi monopole, permettant un surprofit important et stable.
Ensuite, les grands groupes énergétiques ont acquis un poids déterminant
qui leur a permis de façonner ce système énergétique en fonction de
leurs propres intérêts. L’acquisition du pétrole ou du gaz conditionne
encore aujourd’hui les choix géostratégiques des grandes puissances
(conflits en Irak, Iran, Afghanistan). Sur le long terme, il n’y a donc
pas de solutions à attendre dans le cadre du système capitaliste.
Surproduction, surconsommation et leur conséquence, les changements
climatiques, sont autant inscrits dans ses gênes que sa capacité à
produire du mal-être et des inégalités.




Les solutions du capitalisme


Pour éviter de dépasser 2°C d’augmentation, les pays industrialisés
doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 80 à 95%
d’ici 2050. Or la combustion des combustibles fossiles fournit 80% de
l’énergie consommée au niveau mondial. Comme l’énergie est la condition
de tout travail, donc de toute activité économique, il faut donc dans un
temps record diminuer la consommation d’énergie et transformer les
infrastructures existantes ce qui implique des investissements lourds.
Non seulement le capitalisme est la source des changements climatiques
mais en plus il est dans l’incapacité structurelle de réagir.
Le marché, écologiquement inefficace et socialement injuste, est la
seule réponse actuelle des capitalistes. Après avoir freiné pendant
trente ans la mise en oeuvre de politiques climatiques, les dirigeants
de la planète s’intéressent enfin à la question. Mais de leur point de
vue, il s’agit avant tout d’ouvrir de nouveaux marchés, avec de nouveaux
profits à la clé. Ils marchandisent l’air avec les droits à polluer en
renforçant au passage la domination des pays industrialisés sur les pays
du sud :des entreprises polluantes du nord achètent des terres dans le
tiers-monde, plantent des arbres à croissance rapide et acquièrent ainsi
les crédits de carbone correspondant au CO2 qu’elles rejettent en
continuant de brûler des combustibles fossiles au nord…Ce système ayant
complètement échoué, ils tentent timidement de changer les modes de
production par une incitation sous forme de taxes (la taxe carbone par
exemple). Ce type de système ne permet les changements structurels
massifs et rapides requis et surtout fait porter le coût des réformes
plus lourdement sur les pauvres, qui sont les plus touchés par
l’augmentation du coût des transports ou des biens de première
nécessité.

Un courant écologiste multiforme propose de changer les comportements
et de revenir à une économie de proximité. Souvent, ces mêmes personnes
se revendiquent de la décroissance et affichent la volonté d’appliquer
dès maintenant des alternatives dans leurs vies. Cependant, il est
indécent de parler de décroissance quand une majeure partie de
l’humanité a du mal à se nourrir. Mais le plus grave est que les tenants
de la décroissance tombent dans un moralisme culpabilisateur car la
seule force de changement serait l’individu, or ce moralisme est
innaceptable et souvent inefficace. Il faudrait manger bio, ne pas
consommer dans les grandes surfaces…Néanmoins, nous aurions tort de
balayer d’un revers de main certains arguments de la décroissance.
Premièrement, la lutte idéologique passe aussi sur un questionnement non
moralisateur sur les comportements (au sens de : Comment on vit ?
Quelle est la place de l’accumulation matérielle ?). Ce questionnement
est fécond et fortement anticapitaliste. Deuxièmement, la mise en place
de techniques alternatives sous forme autogestionnaire est un point
d’appui pour montrer qu’un autre monde est possible. Enfin, l’apport
principal des tenants de la décroissance est de montrer que la planète
ne peut supporter le développement économique actuel. Une révolution
socialiste, si elle est nécessaire ne sera pas suffisante, il faudra une
révolution dans nos moyens de production et de consommation, ce qui
passe par une révolution idéologique et technique.

Une seule solution : lier luttes écologistes et lutte
des classes vers une société écosocialiste



Dissocier les luttes écologistes des luttes sociales est une voie qui
mène à l’impasse. C’est parce que en tant que salariés, nous prenons
conscience des problèmes écologiques, que nous pouvons changer les
choses. Dans ce cadre, nous devons avancer sur trois plans : (1)
développer l’écologie au sein des luttes sociales et le social au sein
des luttes écologistes, (2) proposer un plan d’urgence social et
écologiste qui doit forcément s’attaquer à la propriété privée et la
logique du profit, (3) démontrer que la sortie du capitalisme est
nécessaire et que seule une société ecosocialiste peut préserver les
ressources et répartir les richesses.

Au coeur des luttes, nous devons toujours lier les deux questions.
Une revendication centrale est alors l’interdiction des licenciements.
En effet, concernant l’automobile, le transport routier ou le nucléaire,
nous devons proposer une sortie de ces modes de production et de
transports, mais assorti d’un vrai plan de reconversion à discuter avec
les syndicats et les associations de l’environnement. Sinon écologie et
emploi se retrouvent en concurrence et rien n’est pire. Dans les luttes
écologistes, il faut insister sur la dimension sociale : appauvrissement
des paysans indiens avec les OGMs, souffrance et cancers des
travailleurs du nucléaire. À ce titre, un secteur oublié doit être
réinvesti : la santé et les conditions de travail.

Pour limiter la casse climatique, il faut mettre en œuvre un plan
d’urgence qui se décline par grands secteurs économiques - transport,
habitat, agriculture, industrie et énergie-, sans perdre de vue que tous
ces domaines sont liés, ce qui implique une cohérence globale des
transformations à mener. Il faut d’abord réduire à la source les
émissions de GES par une série de mesures qui concernent tous les
secteurs avec une confrontation plus ou moins forte avec la logique
capitaliste (liste des mesures en Annexe 2). Pour cela il faut réclamer
de nouveaux services publics. Un service public unifié du transport
(SNCF, routes, bus, location de voitures) permettrait d’organiser les
changements structurels sans pénaliser les salariés des différents
secteurs. Ce service public doit être démocratique avec une prise en
charge en partie décentralisée des besoins par les salariés et les
usagers. L’isolation massive des logements ne se fera pas par des
incitations sous forme de déductions fiscales sur les 50% de
propriétaires de leurs logements. Il faut donc un service public du
logement qui permette l’accès au logement pour tous et leur rénovation.
Nous proposons aussi un service public unifié de l’énergie (EDF, AREVA,
TOTAL) avec appropriation collective des profits. Ce service doit mettre
en œuvre une politique tarifaire avec comme principe, une tarification
progressive plus chère pour les gaspillages qui financent la gratuité
d’un socle commun, qui correspond aux besoins. Il doit permettre la
sortie du nucléaire. Enfin, les anticapitalistes doivent défendre une
agriculture paysanne de proximité avec un contrôle public de la
distribution en s’appropriant les profits de la grande distribution.

Mais toutes ces mesures n’ont de sens que dans un cadre de sortie du
capitalisme car plusieurs d’entre elles ne sont pas acceptables par le
système. Néanmoins en tant que révolutionnaires il faut que la dimension
écologiste soit au coeur de notre projet : la planète est limitude et
ses ressources ne sont pas inépuisables. Or Marx le disait déjà, « chaque
progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans
l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller
le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un
temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité.
Plus un pays, les États-Unis du Nord de l’Amérique par exemple, se
développe sur la base de la grande industrie, plus ce procès de
destruction s’accomplit rapidement. La production capitaliste ne
développe donc la technique et la combinaison du procès de production
sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute
richesse : la terre et le travailleur
».

Il faut donc développer un projet écosocialiste dans lequel il
faudrait appliquer à l’appareil productif façonné par le Capital le même
raisonnement que Marx proposait au sujet de l’appareil d’État : « La
classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre telle quelle la
machine de l’État et de la faire fonctionner pour son propre compte
».
Les travailleurs ne peuvent pas se contenter de prendre telle quelle la
machine productive capitaliste et de la faire fonctionner pour son
propre compte : ils doivent la transformer radicalement.


Annexe 1 :
Les autres éléments de la crise écologique




Une
crise des ressources naturelles s’accentue aussi de jour en jour à
cause d’une production irréfléchie. Entre 1930 et 1990 la production de
Nickel a été multipliée par 40, celle d’aluminium par 118 et celle de
chrome par 20. La consommation en eau a triplé depuis 1950, déjà
aujourd’hui 55% des ressources d’eau accessibles en profondeur ou en
surface sont utilisées, dont 70% pour l’irrigation. Le pic de production
de pétrole devrait être atteint en 2010 ou 2030 selon les experts,
conduisant rapidement à des tensions à la fois politiques (guerre) et
sociales (augmentation des prix). Chaque année la surface des forêts
tropicales qui disparaissent est égale en surface à la moitié du
territoire Français (les estimations varient de 60 000 km² à 410 000
km²). Les ressources alimentaires sont aussi menacées. Dans de nombreux
pays du sud, les structures agricoles traditionnelles ont été
déstructurées par les politiques de l’OMC et du FMI qui ont favorisé des
grandes monocultures d’exportation au dépend de l’agriculture vivrière.
Le nombre de malnutris chroniques est de 852 millions, les récentes
émeutes de la faim montrent que de plus en plus de populations pauvres
n’accèdent plus aux denrées de base. Enfin la sur-pêche menace de
nombreuses espèces de poissons, en 50 ans le tonnage des pêches a été
multiplié par 5.

La crise de la biodiversité est le troisième élément de la crise
écologique, elle est due à une disparition des habitats : selon l’UICN
(l’Union Internationale pour la Conservation de la nature), la faune
sauvage en Afrique a perdu 60,3 % des forêts humides de son habitat
d’origine ; 59,2 % des savanes et des steppes ; 58,4 % des forêts
sèches ; 55,4 % des mangroves ; 29,1 % des zones humides et 2,2 % des
zones arides. Les espèces disparaissent aussi à cause de la
surexploitation des ressources : 34000 espèces sont inscrites sur la
liste rouge de l’UICN comme étant menacées par les industries
alimentaires, les industries du bois et l’industrie pharmaceutique.
Selon la FAO, 75 % de la diversité génétique des plantes cultivées a été
rayé de la carte, à cause des contraintes du marché et du poids des
grands semenciers (Monsanto). 5000 à 25000 espèces disparaissent chaque
année en Amazonie. La vitesse d’extinction est 100 à 1000 fois
supérieure à celle qui prévaut lors des grandes extinctions (notamment
celle qui a entraîné l’extinction des dinosaures). Outre les
extinctions, les effectifs de beaucoup de populations naturelles
diminuent, certaines espèces sans disparaître sont donc très fragilisées
et on assiste ainsi à une diminution de la diversité génétique encore
plus importante que celle de la diversité spécifique (nombre d’espèces).

Enfin nous connaissons une pollution globale qui met en danger la
santé humaine. L’activité industrielle et les transports entraînent une
pollution de l’atmosphère, du sol et des eaux océaniques ou
continentales. Les conséquences sur la santé sont dramatiques : entre
1950 et 1988, le taux de cancers aux USA a augmenté de 43.5%, le cancer
tuant 985 000 Américains en 1988, 150 000 français chaque année. Les
70 000 produits chimiques disséminés dans notre environnement et
l’augmentation globale des pollutions n’y sont pas étrangers. La liste
est longue : métaux lourds, hydrocarbures, amiante, mercure, PCB, DDT,
nitrates, pesticides, ozone, sulfures, dioxines, éléments radioactifs
divers dus à l’industrie nucléaire (extraction de l’uranium, transport,
enrichissement, maintenance des centrales, fuites et déchets), etc. Ces
pollutions touchent tout le monde à travers les aliments que l’on mange,
l’air que l’on respire et l’eau que l’on boit, mais l’action est
surtout dramatique pour les travailleurs qui y sont exposés en
permanence.


Annexe 2 :
Liste des mesures transitoires à défendre




  • Développement et gratuité des transports en commun
    de proximité ;
  • Diversifier, rendre accessible et socialiser
    les transports (mesures d’auto-partage), développer les zones piétonnes
    et les zones cyclables ;
  • Diminuer la distance entre lieu de
    travail et lieu de vie (politique d’urbanisme), cela requiert une
    accessibilité au logement pour tous ;
  • Interdire le transport
    routier longue distance ;
  • Favoriser le fret et le ferroutage ;

  • Interdire les transports aériens de courte distance ;
  • Diminuer
    les distances de transport des marchandises par une relocalisation de
    la production agricole et une politique d’aménagement du territoire ;

  • Un plan d’urgence de réquisition des logements vides, de réhabilitation
    et d’isolation de l’habitat ancien ;
  • Développement massif des
    énergies renouvelables avec effort accru sur la recherche ;

  • Moratoire sur les biocarburants et les OGMs ;
  • Faciliter la
    relocalisation de l’économie sous forme de subventions aux productions
    locales ou en favorisant les AMAPs ;
  • Réglementations strictes
    des intrants ;
  • Diversification des cultures et des sources de
    semences.


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Ecosocialisme

Message  gérard menvussa le Jeu 15 Sep - 13:11

Un recueil d'article de notre camarade Michael Lowy permet de reparler à nouveaux frais de l'urgence de concilier rouge (la remise en cause de la propriété privée des moyens de production) et le vert de l'écologie Voila sa préface, offerte sur le site ouèbe de Contretemps

Qu’est-ce que l’écosocialisme ?



L’écosocialisme est un courant politique fondé sur une constatation essentielle : la sauvegarde des équilibres écologiques de la planète, la préservation d’un environnement favorable aux espèces vivantes – y compris la nôtre – est incompatible avec la logique expansive et destructrice du système capitaliste. La poursuite de la « croissance » sous l’égide du capital nous conduit, à brève échéance – les prochaines décennies – à une catastrophe sans précédent dans l’histoire de l’humanité : le réchauffement global.

James Hansen, le climatologue de la NASA aux États-Unis, un des plus grands spécialistes mondiaux sur la question du changement climatique – l’administration Bush avait essayé, en vain, de l’empêcher de rendre public ses diagnostics – écrit ceci dans le premier paragraphe de son livre publié en 2009 : « La planète Terre, la création, le monde dans lequel la civilisation s’est développée, le monde avec les normes climatiques que nous connaissons et avec des plages océaniques stables, est en imminent danger. L’urgence de la situation s’est cristallisée seulement dans les dernières années. Nous avons maintenant des preuves évidentes de la crise […]. La surprenante conclusion c’est que la poursuite de l’exploitation de tous les combustibles fossiles de la Terre menace non seulement les millions d’espèces de la planète mais aussi la survivance de l’humanité elle-même – et les délais sont plus courts que ce que nous pensions. »[1]

Ce constat est largement partagé. Dans son livre incisif et bien informé Comment les riches détruisent la planète (2007), Hervé Kempf présente, sans euphémismes et faux-semblants, les scénarios du désastre qui se prépare : au-delà d’un certain seuil, qu’on risque d’atteindre bien plus vite que prévu, le système climatique pourrait s’emballer de façon irréversible ; on ne peut plus exclure un changement soudain et brutal, qui ferait basculer la température de plusieurs degrés, atteignant des niveaux insupportables. Devant ce constat, confirmé par les scientifiques, et partagé par des millions de citoyens du monde entier conscients du drame, que font les puissants, l’oligarchie de milliardaires qui domine l’économie mondiale ? « Le système social qui régit actuellement la société humaine, le capitalisme, s’arc-boute de manière aveugle contre les changements qu’il est indispensable d’espérer si l’on veut conserver à l’existence humaine sa dignité et sa promesse. » Une classe dirigeante prédatrice et cupide fait obstacle à toute velléité de transformation effective ; presque toutes les sphères de pouvoir et d’influence sont soumises à son pseudo-réalisme qui prétend que toute alternative est impossible et que la seule voie imaginable est celle de la « croissance ». Cette oligarchie, obsédée par la compétition somptuaire – comme le montrait déjà Thorstein Veblen – est indifférente à la dégradation des conditions de vie de la majorité des êtres humains et aveugle devant la gravité de l’empoisonnement de la biosphère[2].

Les « décideurs » de la planète – milliardaires, managers, banquiers, investisseurs, ministres, parlementaires et autres « experts » – motivés par la rationalité bornée et myope du système, obsédés par les impératifs de croissance et d’expansion, la lutte pour les parts de marché, la compétitivité, les marges de profit et la rentabilité, semblent obéir au principe proclamé par Louis XV : « Après moi le déluge ». Le déluge du XXIe siècle risque de prendre la forme, comme celui de la mythologie biblique, d’une montée inexorable des eaux, noyant sous les vagues les villes de la civilisation humaine.

Le spectaculaire échec des conférences internationales sur le changement climatique de Copenhague (2009) et Cancun (2010) illustre cet aveuglement : les puissants de ce monde, à commencer par les USA et la Chine, ont refusé tout engagement chiffré et concret, même minimal, de réduction des émissions de CO2. Les mesures jusqu’ici prises par les pouvoirs capitalistes les plus « éclairés » – accords de Kyoto, paquet action-climat européen, avec leurs « mécanismes de flexibilité » et leurs marchés de droits à polluer – relèvent, comme le montre l’écologiste belge Daniel Tanuro, d’une « politique de Gribouille » incapable d’affronter le défi du changement climatique ; le même vaut, a fortiori, pour les solutions « technologiques » qui ont la préférence du président Obama et des gouvernements européens : la « voiture électrique », les agro-carburants, le « clean carbon » et cette énergie merveilleuse, propre et sûre : le nucléaire (c’était avant Fukushima)… Comme l’avait prévu Marx dans L’Idéologie allemande, les forces productives sont en train de devenir des forces destructives, créant un risque de destruction physique pour des dizaines de millions d’être humain – un scénario pire que les « holocaustes tropicaux » du XIXe siècle, étudiés par Mike Davis.

Quelle est donc la solution alternative ? La pénitence et l’ascèse individuelle, comme semblent le proposer tant d’écologistes ? La réduction drastique de la consommation ? Daniel Tanuro constate avec lucidité que la critique culturelle du consumérisme proposée par les objecteurs de croissance est nécessaire, mais pas suffisante. Il faut s’attaquer au mode de production lui-même. Seule une prise en charge collective démocratique permettrait à la fois de répondre aux besoins sociaux réels, réduire le temps de travail, supprimer les productions inutiles et nuisibles, remplacer les énergies fossiles par le solaire. Ce qui implique des incursions profondes dans la propriété capitaliste, une extension radicale du secteur public et de la gratuité, bref un plan écosocialiste cohérent.[3]



La prémisse centrale de l’écosocialisme, implicite dans le choix même de ce terme, est qu’un socialisme non écologique est une impasse, et une écologie non-socialiste est incapable de confronter les enjeux actuels. Son projet d’associer le « rouge » – la critique marxiste du capital et le projet d’une société alternative – et le « vert », la critique écologique du productivisme, n’a rien à voir avec les combinaisons gouvernementales dites « rouges-vertes », entre la social-démocratie et certains partis verts, autour d’un programme social-libéral de gestion du capitalisme. L’écosocialisme est donc une proposition radicale – c'est-à-dire s’attaquant à la racine de la crise écologique – qui se distingue aussi bien des variantes productivistes du socialisme du XXe siècle – que ce soit la social-démocratie ou le « communisme » de facture stalinienne – que des courants écologiques qui s’accommodent, d’une façon ou de l’autre, du système capitaliste. Une proposition radicale qui vise non seulement à une transformation des rapports de production, de l’appareil productif et des modèles de consommation dominants, mais aussi à créer un nouveau paradigme de civilisation, en rupture avec les fondements de la civilisation capitaliste/industrielle occidentale moderne.

Ce n’est pas le lieu ici de développer une histoire de l’écosocialisme. Rappelons cependant quelques jalons. Il sera question ici essentiellement du courant éco-marxiste, mais on trouve dans l’écologie sociale d’inspiration anarchiste d’un Murray Bookchin, dans la version gauche de l’écologie profonde de Arne Naess, et dans certains écrits des « objecteurs de croissance » (Paul Ariès), des analyses radicalement anti-capitalistes et des propositions alternatives qui sont proches de l’écosocialisme.

L’idée d’un socialisme écologique – ou d’une écologie socialiste – ne commence vraiment à se développer qu’à partir des années 1970, sous des formes très diverses, dans les écrits de certains pionniers d’une réflexion « rouge et verte » : Manuel Sacristan (Espagne), Raymond Williams (Angleterre), André Gorz (France) et Barry Commoner (USA). Le terme « écosocialisme » apparemment ne commence à être utilisé qu’à partir des années 1980 quand apparaît, dans le Parti Vert allemand, un courant de gauche qui se désigne comme « écosocialiste » ; ses principaux porte-paroles sont Rainer Trampert et Thomas Ebermann. Vers cette époque apparaît le livre L’Alternative d’un dissident socialiste de l’Allemagne de l’Est, Rudolf Bahro qui développe une critique radicale du modèle soviétique et est-allemand, au nom d’un socialisme écologique. Au cours des années 1980, le chercheur nord-américain James O’Connor va développer ses travaux en vue d’un marxisme écologique, et fonder la revue Capitalism, Nature and Socialism, tandis que Frieder Otto Wolf, un député européen et dirigeant de la gauche du Parti Vert allemand, et Pierre Juquin, un ex-dirigeant communiste converti aux perspectives rouges/vertes, vont rédiger ensemble le livre Europe’s Green Alternative, (Black Rose, Montréal, 1992), une sorte de tentative de manifeste écosocialiste européen. Parallèlement, en Espagne, autour de la revue de Barcelone, Mientras Tanto, des disciples de Manuel Sacristan comme Francisco Fernandez Buey vont eux-aussi développer une réflexion écologique socialiste. En 2001, un courant marxiste/révolutionnaire présent dans des nombreux pays, la Quatrième Internationale, adopte un document, Écologie et Révolution socialiste, d’inspiration clairement écosocialiste. En cette même année, Joel Kovel et l’auteur du présent ouvrage publient un Manifeste écosocialiste, qui servira de référence pour la fondation, à Paris en 2007, du Réseau Écosocialiste International – qui distribuera, lors du Forum Social Mondial de Belem (Brésil) la Déclaration de Belem, un nouveau manifeste écosocialiste au sujet du réchauffement global. Ajoutons à cela les travaux de John Bellamy Foster et ses amis de la revue de gauche américaine bien connue Monthly Review, qui se réclament d’une révolution écologique avec un programme socialiste ; les écrits des écosocialistes féministes Ariel Salleh et Terisa Turner ; la revue Canadian Dimension, animée par les écosocialistes Ian Angus et Cy Gornik ; les réflexions du révolutionnaire péruvien Hugo Blanco sur les rapports entre indigénisme et écosocialisme ; les travaux du chercheur belge Daniel Tanuro sur le changement climatique et les impasses du « capitalisme vert » ; les recherches d’auteurs français proches du courant altermondialiste comme Jean-Marie Harribey et Jean-Paul Déléage ; les réseaux écosocialistes du Brésil et de la Turquie ; les conférences écosocialistes qui commencent à s’organiser en Chine, etc.

Quelles sont les convergences et les désaccords entre l’écosocialisme et le courant de la décroissance, dont l’influence en France n’est pas négligeable ? Rappelons tout d’abord que ce courant, inspiré par les critiques de la société de consommation – Henri Lefebvre, Guy Debord, Jean Baudrillard – et du « système technicien » (Jacques Ellul) est loin d’être homogène ; il s’agit d’une mouvance plurielle, polarisée par deux pôles assez distants : d’une part des anti-occidentalistes tentés par le relativisme culturel (Serge Latouche), d’autre part des écologistes républicains/universalistes (Vincent Cheynet, Paul Ariès).

Serge Latouche est sans doute le plus controversé des « décroissants ». Certes, une partie de ces arguments est légitime : démystification du « développement durable », critique de la religion de la croissance et du progrès, appel à un changement culturel. Mais son refus en bloc de l’humanisme occidental, de la pensée des Lumières et de la démocratie représentative ; son relativisme culturel et son éloge immodéré de l’âge de pierre sont très discutables. Quant à sa dénonciation des propositions d’ATTAC (Jean-Marie Harribey) pour les pays du Sud – développer les réseaux d’abduction de l’eau, les écoles et les centres de soin – comme « ethnocentriques », « occidentalistes » et « destructrices des modes de vie locaux », elle est difficilement supportable. Enfin, son argument pour ne pas parler du capitalisme – c’est enfoncer une porte ouverte puisque cette critique « a déjà été faite et bien faite par Marx » – n’est pas sérieux : c’est comme si l’on n’avait pas besoin de dénoncer la destruction productiviste de la planète puisque Gorz l’avait déjà faite, « et bien faite »…

Plus intéressant est le courant universaliste, représenté notamment par la revue La Décroissance, même si l’on peut critiquer les illusions « républicaines » de Cheynet et Ariès. Contrairement au premier, ce deuxième pôle a des nombreux points de convergence – malgré les polémiques – avec les altermondialistes d’ATTAC, les écosocialistes et la gauche de la gauche (PG et NPA) : extension de la gratuité, prédominance de la valeur d’usage sur la valeur d’échange, réduction du temps de travail et des inégalités sociales, élargissement du « non-marchand », réorganisation de la production selon les besoins sociaux et la protection de l’environnement.

Dans un ouvrage récent, Stéphane Lavignotte esquisse un bilan du débat entre les « objecteurs de croissance » et les écosocialistes. Faut-il privilégier la critique des rapports sociaux de classe et le combat contre les inégalités, ou la dénonciation de la croissance illimitée des forces productives ? L’effort doit-il porter sur les initiatives individuelles, les expérimentations locales, la simplicité volontaire, ou sur le changement de l’appareil productif et de la « méga-machine » capitaliste ? L’auteur refuse de choisir, et propose plutôt d’associer ces deux démarches complémentaires. Le défi, à son avis, c’est de combiner le combat pour l’intérêt écologique de classe de la majorité, c’est à dire des non-propriétaires de capital, et la politique des minorités actives pour un changement culturel radical. En d’autres termes, réussir – sans cacher les divergences et les désaccords inévitables – une « composition politique » de tous ceux qui savent qu’une planète et une humanité vivables sont contradictoires avec le capitalisme et le productivisme, et qui cherchent le chemin pour sortir de ce système inhumain[4].

Rappelons, pour conclure cette brève préface, que l’écosocialisme est un projet d’avenir, une utopie radicale, un horizon du possible, mais aussi, et inséparablement, une action hic et hunc, ici et maintenant, autour d’objectifs et de propositions concrètes et immédiates. Le seul espoir pour le futur sont des mobilisations comme celle de Seattle en 1999, qui a vu la convergence de écologistes et syndicalistes, ainsi que la naissance du mouvement altermondialiste ; les protestations de cent mille personnes à Copenhague en 2009, autour du mot d’ordre « Changeons le système, pas le climat » ; ou la Conférence des Peuples sur le Changement Climatique et la Défense de la Mère Terre, à Cochabamba en avril 2010, rassemblant plus de trente mille délégués de mouvements indigènes, paysans et écologistes du monde.

________________



Le présent recueil d’articles n’est pas une mise en forme systématique des idées ou pratiques écosocialistes, mais plus modestement la tentative d’en explorer certains aspects, certains terrains et certaines expériences. Il ne représente, bien entendu, que l’opinion de leur auteur, qui ne coïncide pas nécessairement avec celle d’autres penseurs ou réseaux se réclamant de ce courant. Il ne vise pas à codifier une doctrine nouvelle, ni une quelconque orthodoxie. Une des vertus de l’écosocialisme c’est précisément sa diversité, sa pluralité, la multiplicité des perspectives et des approches, souvent convergents ou complémentaires – comme le montrent les documents publiés en annexe, qui émanent de différents réseaux écosocialistes – mais aussi, parfois, divergentes ou même contradictoires.



Paris, avril 2011.

Michael Löwy, Écosocialisme, « Les Petits Libres », Mille et une nuits, 2011.

gérard menvussa

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A Marxist Ecological Vision

Message  Roseau le Dim 9 Déc - 17:26

DAVENPORT Nicholas
The following article is adapted from a presentation at the Solidarity summer school in August 2012. Nicholas Davenport is a member of the newly formed Ecosocialism Working Group of Solidarity. The editors of Against the Current view this contribution as part of an urgently needed discussion.
http://www.solidarity-us.org/site/node/3718

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Débat avec le parti de gauche sur l'écosocialisme

Message  gérard menvussa le Mer 13 Mar - 14:45

un article de Danniel Tanuro publié dans "Contretemps"

A propos du « Manifeste écosocialiste » du Parti de Gauche

Auteur de L'impossible capitalisme vert, Daniel Tanuro propose dans cet article une analyse du Manifeste écosocialiste du Parti de gauche. Mettant en évidence les avancées réelles contenues dans ce texte mais aussi ses limites, il contribue ainsi au débat crucial sur la nécessaire stratégie écosocialiste.



Le Manifeste écosocialiste du Parti de Gauche est un document important. Pour la première fois en France, une force politique représentée dans les enceintes parlementaires se réclame de l’écosocialisme pour tenter de conjuguer revendications sociales et exigences écologiques, dans une perspective de rupture avec le capitalisme. La condamnation du productivisme est sans appel. Le fait que le texte écarte comme socialement injuste et écologiquement criminelle la stratégie social-démocrate de relance du système (Thèse 6 : « Nous n’attendons donc ni la reprise de la croissance ni les effets bénéfiques de l’austérité : nous ne croyons ni à l’une ni aux autres ») témoigne d’une prise de conscience de la gravité de la situation ainsi que de l’urgence des mesures à prendre pour y faire face. C’est dire que le Manifeste contribue à ouvrir un débat politique fondamental : quelle alternative à la cogestion du capitalisme par les Verts et le social-libéralisme ? Quel programme, quel projet de société, quelle stratégie pour un socialisme antiproductiviste ?

Ce débat ne fait que commencer. La gauche, pour l’approfondir, gagnerait à s’immerger davantage encore dans les problèmes environnementaux, dont elle peine à prendre la mesure. A cet égard, la pente gravie par le Parti de Gauche depuis que ses fondateurs ont quitté le PS est remarquable. Cependant, le point n’est pas encore atteint à notre avis d’où les militant-e-s pourraient embrasser du regard toute l’immensité des défis. Le chemin qui reste à parcourir peut se mesurer notamment au fait que le Manifeste écosocialiste du PG considère les technologies comme socialement neutres (Thèse 13 : « Le problème n’est pas la technique en soi mais bien l’absence de choix et de contrôle citoyen »… comme si l’hypothèse d’un « nucléaire socialiste » était envisageable !) et ne dit rien des agrocarburants, du gaz de schiste ou de la capture-séquestration du carbone. Mais notre principale critique est que le PG ne se prononce pas pour l’abandon des combustibles fossiles et n’aborde pas franchement certaines contraintes majeures de la transition vers un système intégralement fondé sur les énergies renouvelables. En fait, en dépit de toutes les excellentes choses qu’il contient, le Manifeste du PG ne semble pas saisir l’ampleur formidable du défi énergétique/climatique à relever dans les quarante ans qui viennent et qui constitue selon nous la raison essentielle pour laquelle l’écosocialisme est une nécessité brûlante.



Les données de base du problème

On ne répétera jamais assez les données de base du problème : au-delà de 1,5°C de hausse par rapport à l’ère préindustrielle, le réchauffement de la basse atmosphère entraînera plus que probablement des catastrophes écologiques et sociales irréversibles. La machine à désastres est déjà en route - on le voit à la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes. Mais le pire – notamment une élévation d’un à trois mètres du niveau des océans, impliquant le déménagement à relativement court terme de centaines de millions de personnes – peut encore être évité. Or, pour avoir une chance sur deux que la hausse de température reste au-dessous de 2,4°C, les conditions à remplir sont draconiennes : il convient que les pays développés se passent quasi-totalement des combustibles fossiles d’ici 2050 et que les émissions mondiales de gaz à effet de serre diminuent de 50 à 85% à cette échéance, pour être ramenées à zéro avant 2100 (à ce moment-là, en réalité, elles devaient même commencer à être négatives, ce qui signifie que l’écosystème Terre devrait absorber plus de dioxyde de carbone qu’il n’en émet). Les énergies renouvelables peuvent prendre le relais. Leur potentiel technique est amplement suffisant. Mais la transition est extrêmement compliquée car il s’agit, en un délai très court, de remplacer le système énergétique existant par un autre, complètement différent et beaucoup plus cher.



Changer de système énergétique

Les éléments à prendre en considération sont les suivants :

- Si l’on refuse la technologie nucléaire – il faut la refuser, pour quantité de raisons qu’on ne développera pas ici – et si l’on respecte le principe des responsabilités communes mais différenciées des pays – il faut le respecter, pour des raisons de justice Nord/Sud évidentes – alors il découle que le succès de la transition vers les renouvelables nécessite de réduire la demande finale d’énergie de moitié environ dans l’Union Européenne et des trois quarts aux Etats-Unis ;

- Une réduction d’une telle ampleur n’est pas réalisable uniquement par des mesures d’économie d’énergie. Une diminution de la production matérielle et des transports est indispensable également. Il ne suffit donc pas d’équilibrer la suppression des productions inutiles ou nuisibles, d’une part, et l’accroissement des fabrications écologiques, d’autre part : le bilan d’ensemble doit être négatif ;

- Les objectifs en termes d’émission signifient que 80% environ des réserves connues de charbon, de pétrole et de gaz naturel doivent rester dans le sol. Or ces réserves sont la propriété de compagnies capitalistes, ou de compagnies d’Etat capitalistes, elles apparaissent à l’actif de leurs bilans. Leur non-exploitation équivaudrait à une destruction de capital. Inacceptable pour les actionnaires, cela va de soi ;

- Sauf exceptions, les énergies renouvelables restent plus chères que les énergies fossiles et le resteront en gros pendant les deux décennies devant nous. En pratique, la hausse des prix du pétrole a pour principal effet de rentabiliser l’exploitation des sables bitumineux, des gaz de schiste, des huiles lourdes et de l’offshore profond, toutes entreprises profitables du point de vue capitaliste mais éminemment destructrices du point de vue environnemental, et dont l’efficience énergétique (le rapport entre l’input et l’output énergétique) est souvent très faible ;

- Globalement, la transition vers les renouvelables n’est pas enclenchée. Les Nations Unies en font le constat : « Le changement de technologie énergétique s’est ralenti considérablement au niveau du mix énergétique global depuis les années 1970, et il n’y a pas de preuve à l’appui de l’idée populaire que ce changement de technologie énergétique s’accélère. (…) En dépit des taux de croissance impressionnants de la diffusion des technologies énergétiques renouvelables depuis 2000, il est clair que la trajectoire actuelle ne s’approche nulle part d’un chemin réaliste vers une décarbonisation totale du système énergétique global en 2050 » (UN, World Economic and Social Outlook 2011, pp 49-50).

- Une des raisons de cette situation – qui contraste avec l’image diffusée par les médias – est que l’utilisation pleinement rationnelle des renouvelables nécessite la construction d’un système énergétique alternatif, complètement neuf, décentralisé, économe et muni de dispositifs de stockage. Dans le cadre du système centralisé et gaspilleur actuel, 1GW de capacité éolienne intermittente nécessite le backup de 0,9 GW fossile : les renouvelables ne font que s’ajouter aux énergies traditionnelles. Eviter ce doublon implique de construire en dix ans un réseau « intelligent ». Une entreprise « gigantesque, nécessitant un progrès technologique, une coopération internationale et des transferts sans précédents » (Ibid., p. 52).



L’obstacle du Capital

Les implications économiques, donc politiques et sociales, du changement de système énergétique sont bien résumées par ce même rapport des Nations Unies : « Globalement, le coût du remplacement de l’infrastructure fossile et nucléaire existante est d’au moins 15 à 20.000 milliards de dollars (un quart à un tiers du PIB mondial – DT). La Chine à elle seule a accru sa capacité électrique au charbon de plus de 300 GW entre 2000 et 2008, un investissement de plus de 300 milliards de dollars, qui commencera à être rentable à partir de 2030-2040 et fonctionnera peut-être jusqu’en 2050-2060. En fait, la plupart des infrastructures énergétiques ont été déployées récemment dans les économies émergentes et sont complètement neuves, avec des durées de vie d’au moins 40 à 60 ans. Clairement, il est improbable que le monde (sic) décide du jour au lendemain d’effacer 15 à 20.000 milliards de dollars d’infrastructures et de les remplacer par un système énergétique renouvelable dont le prix est plus élevé » (UN, World Economic and Social Outlook 2011, p. 53).

S’il était consulté et correctement informé des enjeux, « le monde » déciderait sans aucun doute de remplacer le système fossile par un système renouvelable. Mais les Etats capitalistes ne prendront pas cette décision, quoiqu’ils soient informés. D’une manière générale, ils sont absolument incapables de trouver en quarante ans une solution humainement acceptable à l’enchevêtrement de difficultés ci-dessus. La loi du profit l’en empêche. Aucune taxe carbone, aucun marché des droits d’émission n’apporteront de solution. Pour avoir une chance d’être efficace, taxe ou droit devraient aller jusqu’à 600 ou 700 dollars la tonne de CO2 dans certains domaines tels que le transport, ce qui est évidemment inconcevable. Tous les secteurs clés de l’économie (automobile, aéronautique, construction navale, chimie et pétrochimie, production électrique, sidérurgie, cimenterie, agroalimentaire, etc.) seraient lourdement pénalisés. Croire que les patrons des entreprises concernées accepteront qu’on touche à leurs marges, croire que les Etats rivaux représentant ces patrons se mettront d’accord pour toucher simultanément aux marges de tous les patrons dans tous les pays, c’est croire au Père Noël. L’échec depuis 20 ans (vingt ans !) des sommets internationaux sur le climat en atteste à loisir. Et cela n’est pas près de changer dans le contexte de la guerre de concurrence qui fait rage depuis 2008 !



Une triple catastrophe

Aucun doute n’est permis : dans le cadre du système, on va à vive allure vers une triple catastrophe écologique, sociale et technologique. Ce dernier aspect ressort clairement des scénarios concoctés par l’Agence Internationale de l’Energie et adoptés, avec des variantes, par l’OCDE, la Banque Mondiale, l’UNEP et d’autres institutions internationales. Pour tenter de concilier la croissance capitaliste avec les objectifs climatiques, sans changer de système énergétique, tous ces organismes avancent en effet les mêmes combinaisons de propositions (le même « mix énergétique ») : tripler le parc de centrales nucléaires ; accroître l’utilisation du charbon, des sables bitumineux et du gaz de schiste ; augmenter considérablement la production d’agrocarburants ; accroître en général l’exploitation de la biomasse, notamment par le recours croissant aux plantes – en particulier aux arbres – génétiquement modifiés… A noter que ces scénarios, s’ils étaient mis en œuvre, permettraient au mieux de limiter la concentration en CO2eq à 550 ppm, ce qui correspondrait à une hausse de température entre 2,8 et 3,2°C… Inacceptable !

Dans tous ces cas de figure, la capture-séquestration du carbone est présentée comme l’œuf de Colomb permettant de poursuivre la combustion des fossiles sans que les quantités de gaz carbonique produites soient envoyées dans l’atmosphère. En réalité, il y a de bonnes raisons de craindre que le déploiement massif et à long terme de cette technologie soit une nouvelle solution d’apprenti-sorcier, une façon de balayer les déchets sous le tapis. D’une manière générale, les écosocialistes devraient s’y opposer… sauf éventuellement dans le cadre bien limité de plans de reconversion des travailleurs occupés dans certaines entreprises polluantes promises à fermeture. A noter que c’est précisément de cette technologie qu’il était question avec le projet ULCOS de Florange. Ce cas montre bien la difficulté de l’articulation concrète du social et de l’environnemental dans le contexte ultra-défensif d’aujourd’hui…



Croissance, non-croissance, décroissance

Du point de vue écologique, la principale faiblesse du Manifeste du PG est, selon nous, de ne pas prendre à bras-le-corps cette formidable question de la transition énergétique et de la politique capitaliste en la matière. Il ne suffit pas de contester la « relance de la croissance du PIB » (Thèse 6), ou de juxtaposer « la nécessaire réduction de certaines consommations matérielles et la nécessaire relance de certaines activités » (Thèse 10) : il faut aller plus loin et admettre que, au moins dans les pays capitalistes développés, une décroissance nette de la production matérielle et des transports est indispensable pour réussir la transition et éviter une transformation irréversible de l’environnement, aux conséquences sociales catastrophiques.



Quelle « règle verte » ?

Il est vrai que le Manifeste assortit la « relance de certaines activités » de « la prise en compte systématique de l’empreinte écologique générée ». Reprenant un thème central de la campagne présidentielle de JL Mélenchon, le texte propose d’instaurer « la règle verte » comme « indicateur central de pilotage de l’économie ». L’explication donnée est la suivante (Thèse 10) : «En plus des dégâts déjà commis à rattraper en matière d’émission de gaz à effet de serre et de perte de biodiversité, nous adoptons comme moyen d’évaluation des politiques publiques, de retarder chaque année le jour du ‘dépassement global’. Il s’agit de la date où nous avons prélevé à l’échelle mondiale le volume de ressources renouvelables égal à ce que la planète est en mesure de régénérer et où nous avons produit les déchets qu’elle est capable de digérer. Notre objectif est de la repousser au 31 décembre, c’est-à-dire de neutraliser notre empreinte écologique. Cela implique la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre et l’arrêt du nucléaire qui produits des déchets que nul ne sait gérer ».

La réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre et l’arrêt du nucléaire n’étaient pas mentionnés dans la première version de ce texte, soumise en décembre aux Assises pour l’écosocialisme. L’intégration de ces amendements est très positive, mais néanmoins insatisfaisante. D’abord parce que le texte ne va pas au-delà de l’objectif non chiffré et assez vague de « réduire notre dépendance aux ressources épuisables » (Thèse 9). Ensuite parce que « l’empreinte écologique globale » est un indicateur contestable et sans réelle portée pratique :

- Contestable parce que, en amalgamant les prélèvements des ressources renouvelables et non renouvelables pour les rapporter à la population, l’empreinte donne une image biaisée de l’insoutenabilité. Elle dilue la responsabilité majeure des combustibles fossiles (80% environ de l’empreinte résulte de la combustion de ceux-ci) et détourne ainsi l’attention des lobbies du charbon, du pétrole et du gaz. Par contre, elle attire l’attention sur la question de la population, qui est le cheval de bataille des néomalthusiens ;

- Sans portée pratique parce que la soutenabilité de l’empreinte écologique « à l’échelle mondiale » n’engage le gouvernement d’un pays particulier que si elle est déclinée en objectifs nationaux concrets, mesurables et vérifiables en fonction de la responsabilité historique du pays considéré dans la « crise écologique globale». Or, cette déclinaison nationale n’est pas si simple à réaliser.

Faire face à l’urgence en adoptant une « règle verte » est certainement une idée à maintenir, mais l’indicateur choisi doit être pertinent, clair, mesurable et vérifiable. L’empreinte écologique frappe l’imagination (« il faudrait trois planètes ! ») mais crée aussi beaucoup de confusion. Il s’agirait plutôt d’adopter une loi stipulant que, tout en sortant du nucléaire, et sans avoir recours aux « crédits de carbone », la France diminuera chaque année ses émissions de CO2 fossile dans une proportion telle que le pays atteigne au minimum 80 à 95% de réduction d’ici 2050, en passant par une étape intermédiaire de 25 à 40% en 2020 (par rapport à 1990)… et en visant plus de 100% (c’est-à-dire des émissions négatives) entre 2050 et 2100.



Internationalisme : encore un effort !

L’adoption d’une telle loi est un des moyens par excellence par lequel la France – ou n’importe quel autre pays capitaliste développé – peut « assurer sa responsabilité devant l’humanité en supprimant la dette écologique ». Mais ce n’est pas le seul. A cet égard, beaucoup de choses importantes et justes sont dites à la Thèse 17, sur la dimension internationale de l’écosocialisme (« Porter un combat internationaliste et universaliste »). Cependant, le texte passe à côté du problème principal : comment concilier la stabilisation du climat avec le droit au développement des peuples du Sud ? Le défi, répétons-le, est tout simplement gigantesque. D’un côté, trois milliards d’êtres humains souffrent du fait que leurs besoins essentiels ne sont pas ou mal satisfaits : il faudrait donc produire davantage. De l’autre, les contraintes climatiques à respecter d’ici 2050 interdisent de relancer massivement la production matérielle au niveau global, et commandent même de la réduire dans les pays développés.

Quelle est l’issue ? Personne ne peut décemment prétendre avoir la réponse clé en main. Il est cependant insuffisant d’écrire que l’on « contribue aux débats pour lier politiques de développement et de progrès social et préservation de l’environnement » et que l’on soutient la démarche de « l’initiative Yasuni ITT ». Le PG reconnaît « la responsabilité des pays dits du Nord, de l’Organisation mondiale du commerce, du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale vis à vis des peuples du Sud ». Il devrait en tirer quelques conclusions programmatiques : outre l’adoption unilatérale par la France d’un plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre, il s’agirait par exemple d’annuler la dette, de ne pas importer d’agrocarburants, de reconnaître le droit à la souveraineté alimentaire, de dénoncer REDD+, de transférer gratuitement des technologies vertes et de verser – sous forme de dons, pas de prêts ! – des sommes pour l’adaptation aux changements climatiques. Ces quelques mesures nous semblent indispensables à un internationalisme écosocialiste conséquent.



Stratégie transitoire

Les rapports scientifiques sur le « changement global » en attestent : le défi énergétique/climatique est le problème environnemental et social majeur auquel le genre humain doit faire face. C’est à partir de cette question centrale que les écosocialistes doivent élaborer ensemble une stratégie, un programme, des tactiques, des formes de lutte. Il ne s’agit pas de prendre des postures idéologiques, de surenchérir sur le PG par purisme ou d’être plus radical que lui en vertu de dogmes sacrés. Il s’agit de prendre la mesure de l’extrême gravité de la situation objective, et d’en tirer sobrement les conclusions politiques qui s’imposent. Celles-ci ne peuvent être que radicalement anticapitalistes et internationalistes. C’est le fondement même du mode de production qui est en cause. Le Manifeste du PG le dit aussi, et c’est dans ce cadre commun que le débat peut avoir lieu.

Comment faire ? Toute la difficulté stratégique réside dans le gouffre béant entre la nécessité impérieuse d’une alternative (éco)socialiste et le niveau de conscience actuel des populations, en particulier des exploité-e-s et des opprimé-e-s. C’est pour combler ce vide, pour jeter un pont sur ce gouffre qu’il importe de répondre à la fois aux demandes sociales et aux urgences écologiques à travers un programme de revendications qui permette d’amorcer la rupture. Il semble évident que ce programme doit mettre en perspective la formation d’un gouvernement capable de l’appliquer – aux niveaux national, européen et mondial. Mais la formation d’un gouvernement ne devrait pas justifier le rabaissement du programme au-dessous du niveau permettant effectivement la rupture. On peut douter qu’il y ait accord sur ce point quand on se souvient que Jean-Luc Mélenchon, à quelques jours des Assises pour l’écosocialisme, se déclarait candidat au poste de Premier Ministre d’un gouvernement de gauche avec le PS et les Verts…



Expropriation de l’énergie et de la finance

Dans sa première version, le Manifeste du PG revendiquait la nationalisation de l’énergie, pas celle de la finance. Cette lacune a été corrigée. Il faut s’en réjouir car l’expropriation des lobbies de ces deux secteurs très imbriqués est vraiment une condition sine qua non de la rupture. Elle trace le cadre au sein duquel peuvent être déclinées toute une série de revendications écosocialistes grandes et petites, allant de la création de régies publiques municipales pour l’isolation et la rénovation des logements jusqu’à la gratuité des transports en commun, en passant par l’encouragement à l’agriculture organique de proximité, l’interdiction de l’obsolescence programmée, la gratuité des services (eau, électricité, mobilité, chauffage) jusqu’à un niveau correspondant aux besoins de base (avec tarification rapidement progressive au-delà), la reconversion des salarié-e-s des entreprises polluantes avec maintien de leurs acquis, la réduction généralisée du temps de travail à 30 heures sans perte de salaire, etc. En-dehors de ce cadre, ce programme perd sa cohérence et se délite en mesures éparses dont certaines sont digérables par le système, d’autres pas.

Un gouvernement qui s’engagerait à appliquer un programme de rupture digne de ce nom serait immédiatement confronté à la riposte de la bourgeoisie internationale, notamment à travers l’Union Européenne. Il devrait protéger sa politique de celle-ci. Pas au nom de la nation, mais au nom d’une autre Europe à construire, une Europe dont sa politique donnerait un avant-goût aux autres peuples. Quoique le Manifeste ait été amélioré sur ce point (Thèse 16 : « Si l’échelon européen peut être pertinent pour de grandes politiques environnementales et sociales, leur mise en œuvre ne sera possible que par la construction d’une autre Europe, sous le contrôle démocratique des peuples »), il conviendrait d’avoir une démarche plus offensive encore, pointant la nécessité d’une assemblée constituante des peuples d’Europe. Car c’est seulement au niveau du sous-continent qu’un programme écosocialiste digne de ce nom peut se déployer. A travers la mise sur pied de services publics européens de l’énergie, de l’eau, des transports, du logement. A travers une réorientation de la recherche et de l’industrie vers les besoins de ces services. A travers une gestion commune des ressources naturelles.



Autogestion ou étatisme ?

Le Manifeste du PG a raison de conclure (Thèse 18) que « compte tenu de l’ampleur de son objectif, la remise en cause du modèle productiviste capitaliste ne peut résulter d’une simple alternance électorale et de décisions venues d’en haut ». En effet, cette remise en cause n’est possible que par une mobilisation sociale en profondeur. Une mobilisation de toutes et tous, quelles que soient leurs convictions philosophiques et religieuses. Ce point mérite sans doute discussion. Pour nous, il n’y a par exemple aucune raison que la participation au combat écosocialiste soit subordonnée à l’acceptation de la laïcité telle que le PG la conçoit. Cette condition va à l’encontre de l’unité nécessaire et urgente contre les catastrophes imminentes. La gestion de l’écosystème Terre « en bon père de famille » est compatible avec le fondement humaniste de toutes les religions, de toutes les cosmologies. Pour peu qu’ils luttent pour des revendications qui émancipent les hommes et les femmes en pratique – sur Terre, pas au ciel – peu importe que les acteurs croient en Dieu ou pas.

Le point clé est que cette mobilisation soit couplée à une auto-organisation démocratique. Imposer le contrôle des salarié-e-s dans les entreprises, élire des comités de grève, occuper les entreprises en cas de grève, former des comités d’habitant-e-s qui exigent de déterminer eux-mêmes les critères et les priorités des municipalités, encourager les luttes de masse contre les projets technologiques délirants (tels que Notre Dame des Landes), favoriser partout les liens directs entre producteurs et consommateurs pour se passer de la médiation du capital et du marché, appuyer la lutte autonome des femmes et de tous les opprimé-e-s : telle est la voie à suivre.

Le Manifeste du PG fait des pas importants dans cette direction, en évoquant « l’intervention continue des salariés dans la gestion des entreprises » et des « conférences de participation populaire pour redéfinir les critères d’utilité sociale et environnementale et l’articulation entre les différents échelons » de la « planification écologique » (Thèse 13). Mais ces propositions gagneront à être précisées car, d’une manière générale, la perspective du Manifeste est davantage étatiste et centralisatrice qu’autogestionnaire et décentralisée. Elle fait l’impasse sur la nature de classe de l’Etat, pare la République française de vertus qu’elle n’a pas et présente pour ainsi dire une conception « top-down » de l’émancipation socialiste (Thèse 4 : « l’émancipation de la personne humaine passe par le partage de la richesse, la démocratisation du pouvoir et l’éducation globale »).

La voie à suivre est longue et difficile, semée d’embûches. C’est celle du combat pour une alternative anticapitaliste. « Depuis longtemps, le monde possède le rêve d'une chose dont il lui suffirait de prendre conscience pour la posséder réellement », disait Marx. Cette chose aujourd’hui est l’écosocialisme, rêve d’une humanité qui entretiendra collectivement le jardin de la Terre avec joie, prudence et responsabilité. Il n’y a ni raccourci ni sauveur suprême. La conscience de la possibilité concrète de cette chose ne peut se forger que dans l’action solidaire, dans la lutte sans frontières contre ce système absurde, qui porte en lui la catastrophe écologique et sociale comme la nuée porte l’orage.

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Re: Écosocialisme

Message  sylvestre le Lun 18 Mar - 15:55

Perso, je trouve sympa ces débats, mais ils ont quand même tendance à légèrement planer dans la stratosphère. Crier "changer le système, pas le climat", c'est sympa, et assez juste, mais pas très opérant pour mettre en marche les larges masses....
Une expérience à creuser, les mobilisations contre le "racisme environnemental" aux Etats-Unis. Evidemment l'articulation race/classe s'articule elle-même à la question écologique. En effet les quartiers populaires sont typiquement assez pourris au niveau environnement : déchets industriels, pollution atmosphérique, peu d'endroits où acheter de la bouffe saine, ou des vêtements sains (c'est fou ce qu'il y a comme composants problématiques dans les vêtements). Faire le lien entre projet stratégique et mobilisations sur des objectifs immédiats : une bonne méthode, je trouve.




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Re: Écosocialisme

Message  philippulus le Lun 18 Mar - 18:24

1) On produit salement des produits dégueulasses.
2) A partir de là, deux possibilités :
a) Concentrer ces productions chez les gueux et donc dans le cas des US, chez les noirs (notamment mais pas que). Injustice et racisme.
b) Les répartir dans toute la population au nom de la justice environnementale et de la justice tout court.
3) Autre possibilité : sortir de l'environnementalisme, passer à l'écologie et d'abord se poser la question : est-il absolument nécessaire de produire ces merdes ? Dans l'immense majorité des cas, la réponse est non.

Gros problème : dans le contexte actuel, prôner l'arrêt d'un nombre très respectable de productions inutiles et/ou nocives mais néanmoins fort pourvoyeuses d'emplois n'est pas vendable. La probabilité de mobiliser "les masses" sur cette affaire, même quand elles en sont les premières victimes, est inférieure à zéro.
Par contre, la proposition 2.b est vendable. Mais elle n'est pas compatible avec un projet stratégique réellement "écosocialiste".

Alors comment quitter la stratosphère sans se remettre à ramper dans un productivisme soft et "humanisé" ? Comment se fait-il que Daniel Tanuro en soit réduit à examiner de façon critique le Manifeste écosocialiste du PG pour combler l'absence d'un tel document de référence émanant, au hasard, du NPA, alors que cela aurait dû être, à mon sens, la première de ses taches ?

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Re: Écosocialisme

Message  Roseau le Lun 18 Mar - 18:40

Concernant l'emploi, il y a une proposition, celle de la socialisation des secteurs concernés,
et leur retructuration en fonction des besoins, mais dans le respect des équilibres écologiques.
Deux bons exemples concernant le NPA:
le programme de sortie du nucléaire,
et celui pour l'automobile.
Bp de travail encore à faire...

Concernant Daniel Tanuro, il a fait bp de propositions,
et soulevé aussi des interrogations, avec le mérite de poser de bonnes questions,
sans prétendre avoir seul, et dès maintenant les bonnes réponses...
On en est tous loin, enfin les gens sérieux...

Voir ici quelques textes et vidéo
http://npa2009.org/search/node/Tanuro

et aussi son rapport introductif au deuxième séminaire Ecologie (début Mars cette année)
de l'Institut de Formation de la IVème Inter
http://www.iire.org/en/iire-activities-mainmenu-30/22-courses-at-iire/320-iire-second-ecology-seminar-first-conference.html



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Message  sylvestre le Mar 19 Mar - 11:25

philippulus a écrit:
Alors comment quitter la stratosphère sans se remettre à ramper dans un productivisme soft et "humanisé" ?

Je pense qu'il est impossible de quitter la stratosphère sans lutter pour "humaniser la société", c'est à dire sans lutter pour des réformes - c'est pour moi la leçon de toute l'histoire des luttes émancipatrices, formalisée dans la tradition marxiste par Réforme et révolution de Rosa Luxemburg, les élaborations sur le front unique dans les années 20, etc. Pour rappeler en bref : non seulement l'obtention de réformes par des luttes populaires permet d'améliorer leur situation, quand bien même ce ne serait que de manière partielle, mais elle contribue la meilleure école pour que les exploités se rendent compte de leur propre force et connaissent leur propre capacité à changer la société de manière plus radicale.

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Re: Écosocialisme

Message  philippulus le Mar 19 Mar - 13:57

Ah, les luttes !
Depuis au moins trente ans, toutes défensives et presque toutes perdues. De quand date la dernière lutte émancipatrice victorieuse ?
Je me trompe peut-être, mais je pense que la tâche première d'une organisation politique qui se donne pour objectif un changement radical de société, c'est à minima d'être capable d'élaborer un "manifeste" qui puisse ouvrir de nouvelles perspectives. Cela n'a rien de stratosphérique et il me semble bien qu'à une époque où l'essentiel était de sauver sa peau, certains éprouvèrent l'absolue nécessité de rédiger un manifeste : le programme du CNR. Ce qui eut pour effet immédiat de renforcer quantitativement et qualitativement la lutte du moment.
Mais je comprend bien qu'on ne peut pas tout faire et qu'élaborer en continu des plate-formes vides destinées à se compter est fortement chronophage.

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Re: Écosocialisme

Message  sylvestre le Mar 19 Mar - 16:09

philippulus a écrit:Ah, les luttes !
Depuis au moins trente ans, toutes défensives et presque toutes perdues. De quand date la dernière lutte émancipatrice victorieuse ?

Il y en a quasiment tous les jours, je ne vois même pas de quoi tu veux parler. Des luttes défensives gagnées (et la dialectique offensive/défensive est souvent subtile), ça peut être des salariés qui obtiennent des tickets restaurant substantiels quand leur cantine ferme après deux jours de grève (un bon souvenir personnel !).

Sinon je n'ai absolument rien contre les manifestes, mais là où ça devient vraiment intéressant c'est quand on peut faire le lien entre luttes immédiates et objectifs programmatiques.

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Re: Écosocialisme

Message  Roseau le Jeu 4 Avr - 3:19

« Il est nécessaire de proposer une alternative radicale, antisystémique, anticapitaliste : l’écosocialisme »
LOWY Michael
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article28314

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Re: Écosocialisme

Message  Roseau le Sam 20 Avr - 22:23


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Re: Écosocialisme

Message  gérard menvussa le Dim 21 Avr - 11:30


Sinon je n'ai absolument rien contre les manifestes, mais là où ça devient vraiment intéressant c'est quand on peut faire le lien entre luttes immédiates et objectifs programmatiques.
C'est précisément le mérite du travail de la quatriéme internationale de faire la liaison entre "luttes" et élaboration théorique de l'éco socialisme

Une histoire du mouvement antinucléaire en Allemagne a expliqué pourquoi une large majorité de la population allemande continue à s’opposer au nucléaire et pourquoi Merkel a été contrainte de fermer toutes les centrales nucléaires après la catastrophe de Fukushima.

L’expérience de certaines luttes écosocialistes victorieuses menées par des peuples indigènes en Amérique Latine et en même temps l’absence de résistance contre les projets de forages en mer profonde le long des côtes brésiliennes, montre que les luttes sont possibles mais pas toujours faciles à organiser.

La plupart des personnes présentes ne connaissaient pas les nouvelles luttes écologiques menées par des jeunes en Russie. Ces luttes ont commencé quand le régime de Poutine a voulu construire une autoroute traversant l’ancienne forêt de Khimi près de Moscou. Deux jeunes camarades russes y avaient participé et ils ont parlé aussi d’autres luttes en Russie contre la pollution chimique, les projets de grands barrages etc. Ce mouvement a vite été criminalisé par le régime. Un des deux participants de Russie a été accusé de terrorisme lors des luttes pour la forêt de Khimi, il a été en prison mais il a réussi à obtenir l’asile politique aux Pays-Bas.

L’expérience des luttes écosocialistes dans l’île de Mindanao (Philippines) est fascinante. Cette lutte combine la défense des terres ancestrales des peuples indigènes avec la lutte pour la souveraineté alimentaire contre l’agrobusiness, la reconversion de l’agriculture chimique en agriculture bio dans différentes régions et groupes de villages.

En l’Europe, on a eu des rapports sur la lutte contre la privatisation de l’eau en Aragon (État Espagnol), sur le mouvement écologique au Pays Basque : ce mouvement a pu empêcher aussi bien l’implantation de centrales nucléaires que la construction de grands barrages. Ensuite on a eu un rapport sur les luttes contre la construction d’un nouveau aéroport à Notre Dame des Landes dans l’ouest de la France, sur le travail écosocialiste à Genève (Suisse) et sur la campagne pour un million d’emplois verts dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique en Grande-Bretagne.Cette campagne démontre qu’on peut impliquer les grandes centrales syndicales dans les luttes écosocialistes à condition de lier ces luttes écologiques à la justice sociale.

Un jeune militant de Solidarity, organisation sympathisante de la Quatrième Internationale aux Etats-Unis, a expliqué qu’il y a actuellement une nouvelle génération de jeunes qui commence à s’impliquer dans les mobilisations contre le projet de grand oléoduc qui transportera le pétrole extrait des sables bitumineux de l’Alberta (province du Canada) vers le Golfe du Mexique au Sud des Etats-Unis. Le fait qu’Obama signera ce projet détruira les illusions chez certains d’entre eux dans le Parti Démocrate.

Au Canada, ce sont avant tout les peuples premiers qui ont commencé la lutte dans les provinces ou on extrait du pétrole des couches de sables bitumineux. Une participante du Québec a décrit l’État Canadien comme un état voyou en ce qui concerne le changement climatique en cours.

Et il y a un rapport (dialectique, dirais je si je n'avais pas peur de dire un gros mot) entre les luttes (victorieuses ou pas, on apprend aussi beaucoup de nos défaites) et "le programme"... Ce qui est par contre une impasse, c'est de séparer les deux !

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Rencontres écosocialistes à Genève, 24-26 janvier

Message  Roseau le Dim 15 Déc - 17:26


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Re: Écosocialisme

Message  Roseau le Ven 6 Juin - 14:33

3 jours pour changer le monde - Atelier sur l’écologie
Topo présenté pour l'atelier
"Crise écologique : pourquoi il faut renverser le capitalisme"
http://tendanceclaire.npa.free.fr/

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Re: Écosocialisme

Message  Roseau le Lun 6 Oct - 22:39

La décroissance, une révolution commune et démocratique

C'est « maintenant » qu'il faut « avancer vers une société dont les indicateurs écologiques et économiques repasseront sous les seuils de l’injustice sociale, de l’absurdité économique et de l’irresponsabilité écologique », plaident Thierry Brulavoine, Michel Lepesant et Christine Poilly, du Mouvement des objecteurs de croissance.
http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/061014/la-decroissance-une-revolution-commune-et-democratique

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Re: Écosocialisme

Message  Roseau le Sam 11 Oct - 13:37

Résumé de l'intervention faite, par Catherine Ségala au nom du NPA,
à l'occasion de l'Université d'été des Décroissants, au mois d'Août de cette année.

Le capitalisme est fondé sur la marchandisation du monde en vue de réaliser des profits.

Pour accroître ses profits il dispose de plusieurs outils, l’exploitation de la force de travail, l’amélioration de la productivité, l’accroissement de la consommation. Le tout comme on le sait nous conduit aujourd’hui à une exploitation des ressources naturelles bien plus rapide que leur renouvellement, à une catastrophe climatique, essentiellement due à l’utilisation des énergies fossiles, à la mise en péril de nombreuses espèces végétales et animales, à commencer par la notre. Par ailleurs l’énergie atomique ne peut constituer une alternative, Tchernobyl, Fukushima en attestent, et la France, premier pays « atomique » au monde, est la plus menacée.

La crise actuelle, écologique, sociale, politique, économique, n’a qu’un seul responsable : le capitalisme qui n’a qu’un seul moteur, le profit, à travers la marchandisation universelle, la création illimitée de faux besoins, éteignant les notions de plaisir, et de bien être puisque les besoins ne sont jamais satisfaits, et épuisant la planète.

La position du NPA se distingue de celle des décroissants en ce qu'elle met en cause le capitalisme lui-même, s'appuie sur le monde du travail et sur les luttes sociales pour les salaires, contre les licenciements. Nous ne croyons pas que la décroissance soit une fin en soi, mais nous pensons que c’est aux causes de la crise, notamment écologique, qu’il faut s’attaquer.

Qu’elle s’exerce sur les lieux de travail ou à domicile, qu’elle soit pratiquée par les États ou par des firmes multinationales, qu’elle s’opère sur les hommes, les femmes, les enfants et les animaux ou sur la nature, l’exploitation et la destruction sont inscrites dans les fondements même du capitalisme.

À l'heure où nous assistons au réchauffement climatique, à ses conséquences catastrophiques, et à un écocide tel que la Terre n'en a pas connu depuis la disparition des dinosaures, sortir de ce système est une urgence absolue,

L’Ecosocialisme dont se revendique le NPA « C’est un courant de pensée et d’action en rupture avec l’idéologie productiviste du progrès (dans sa forme capitaliste et/ou bureaucratique) et opposé à l’expansion infinie d’un mode de production et de consommation destructeur de la nature (...) C’est une tentative originale d’articuler les idées fondamentales du socialisme marxiste avec les acquis de la critique écologique ». Michael Löwy

Être écosocialiste c’est faire le lien entre la transformation des rapports de production, de l’appareil productif, des modèles de consommation dominants et la sauvegarde des équilibres écologiques de la planète. En effet, le basculement climatique nous rappelle qu’aucun projet émancipateur ne peut faire l’impasse sur la prise en compte des limites et des contraintes naturelles.

Être écosocialiste implique de poser les bonnes questions:

•de quels biens et services avons-nous besoin ?

•que devons-nous produire, comment, en quelles quantités ?

•qui va décider ?

•dans quel environnement voulons-nous vivre ?

•comment prendre en compte les impacts de nos choix sur la biosphère ?

•quelles seront les conséquences de ces choix, comment les gérer ?

Nous ne pouvons faire l’impasse sur ces questions qui posent la nécessité d’une transformation radicale de la société et la redéfinition d’un nouveau projet, d’un choix de civilisation et osons le mot, d’une nouvelle utopie.

Être anticapitaliste ce n’est pas seulement exproprier les possédants, collectiviser les moyens de production, mettre en place la planification économique, c’est aussi prévoir le contrôle démocratique organisé pour permettre à la population elle-même de prendre les décisions qui la concernent et d’en contrôler les effets. En aucun cas ce contrôle ne pourra être fait seulement par l’État. Seul l’exercice du pouvoir de décider, de contrôler par la population est la garantie d’une gestion réellement démocratique.

Nous ne pouvons pas non plus faire l'impasse sur la dette écologique accumulée par les pays industrialisés du Nord envers les pays du Sud, à cause du pillage des ressources, des dommages causés à environnement, des vies perdues ou gâchées, des cultures anéanties...Nous rejetons les alternatives capitalistes tels les agrocarburants qui poursuivent ce pillage du Sud.

Notre écosocialisme est nécessairement anticapitaliste et égalitaire, anti-productiviste, féministe, internationaliste, autogestionnaire et anti-autoritaire.

Le NPA propose :

Sortir en moins de 10 ans du nucléaire, et réaliser une transition énergétique permettant de sortir des énergies fossiles, qui suppose l'expropriation sans indemnité ni rachat des grands groupes de l'énergie, l'exploitation exclusivement publique de la ressource énergétique, des unités de fabrication à la distribution, sous contrôle des travailleurs du secteur et des usagers,

Relocaliser la gestion de l'énergie, sans renoncer à une nécessaire mutualisation de l'approvisionnement et du stockage, ni à la planification énergétique. En ce sens, les énergies renouvelables, disponibles partout et en grande quantité sont un formidable vecteur d'expérimentation démocratique et de créations d’emplois,

Rendre gratuites les énergies et l’eau pour les besoins de base, payantes pour les mésusages,

Sortir du tout automobile, au profit du transport collectif,

Relocaliser l’emploi et la consommation pour freiner la dépense énergétique liée aux transports, rendre les transports collectifs gratuits dans le cadre d’un service public autogéré,

Ralentir la consommation c’est diminuer le temps de travail, retrouver du temps libre,

Supprimer la publicité, vecteur du consumérisme et pollueur de l’espace public,

Lutter contre l’obsolescence programmée en imposant des garanties de 10 à 15 ans, pièces et main d’œuvre, y compris sur les voitures,

Créer les structures d’une véritable prise des décisions dans l’entreprise, dans la cité, par les travailleurs, les consommateurs…

Garantir l’accès libre et gratuit de chacun à la santé, exproprier l’industrie pharmaceutique,

Permettre une éducation et un accès à la culture libre, gratuit, et une réappropriation culturelle de l’espace publique,

Reconvertir l’agriculture vers l’agriculture biologique, agroforesterie, permaculture, génératrices d’emploi, et garantes de la santé des consommateurs et de la préservation des sols. Irait de pair l’éducation à une alimentation moins ou pas carnée,

Retisser les liens entre ville et campagne, via notamment à de nouveaux circuits d’approvisionnement locaux,

Créer les conditions de l’autonomisation des individus, la revalorisation du travail invisible, notamment celui des femmes, l’intégration de chacun dans des tissus locaux issus des expériences déjà existantes : AMAP, SEL, villes en transition…

Nous n'attendons pas de « grand soir » pour agir. Nous devons donc lutter dans tous les espaces politiques, géographiques, productifs pour les subvertir. Il ne suffit pas de s’attaquer au consumérisme, il faut s’attaquer au mode de production lui-même.

-utiliser chaque lutte ou conflit pour sensibiliser les travailleurs et les syndicats aux conséquences de leurs productions sur leur santé et sur celle de la planète.

-continuer, comme nous le faisons déjà à utiliser les élections comme porte voix de nos revendications : transports gratuits, remunicipalisation de l’eau, cantines bio…

-développer les initiatives telles celle du « 12 avril » qui a regroupé des partis, syndicats, associations, pour lutter contre l’austérité, et prouve qu’il est possible de se grouper contre un adversaire commun, au-delà de nos divergences, de même le « Forum de l’écologie radicale » lancé le 8 juin et qui poursuit son travail, et la nécessaire solidarité que nous devrons mettre en œuvre face à la CPO 21 en 2015.

Le NPA n’est pas à la recherche de convergences électorales mais à la recherche d’un front commun contre le capitalisme, le productivisme et pour l’égalité de tous.

Commission Nationale Écologie du NPA

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Re: Écosocialisme

Message  Roseau le Lun 3 Nov - 17:40

Ecole Écosocialiste 2014 - Trois semaines de formation pour des militant.e.s des mouvements sociaux
http://www.iire.org/fr/activites/ecole-ecosocialiste/item/551-ecosocialist-school-2014-3-weeks-course-for-social-movement-activists.html

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Re: Écosocialisme

Message  Babel le Lun 24 Nov - 23:42

Quelques réflexions sur L’Ecosocialisme de Michael Löwy… sur fond de répression policière et de crime d’Etat

Marxisme et écosocialisme

Juan Luiz Hernandez Historien, professeur, Université de Buenos Aires
Traduction par Ivan Matewan

Dans cet article, paru d’abord dans la revue politique et culturelle argentine Ideas de izquierda (n° 12, août 2014), Juan Luiz Hernandez propose une synthèse de l’écosocialisme tel que celui-ci est élaboré dans l’ouvrage de Michaël Löwy Écosocialisme : L’alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste (Mille et Une Nuits, 2011).
Avant tout courant de pensée visant à lier les principes de l’écologisme et du socialisme, l’écosocialisme part du constat fondamental que la protection d’un environnement favorable aux espèces vivantes, y compris la nôtre, le respect des équilibres naturels et la lutte contre la dégradation des écosystèmes au sens le plus large sont inconciliables avec le capitalisme, ce mode de production qui ne voit en l’homme comme la nature que sources de profit.
En effet, la protection de l’environnement ne saurait passer par ni la création des capitaux dits "verts", ni des marchés des droits à polluer. Ce prétendu "capitalisme vert" n’est qu’un leurre. Mais l’écologie politique n’est pas non plus inhérente au projet socialiste : les socialismes de la fin du XIXe et du XXe siècles étaient avant tout productivistes. Autrement dit, ils visaient le développement le plus poussé des forces productives sans se poser la question environnementale. Au contraire, l’écosocialisme s’efforce d’intégrer pleinement cette question au projet socialiste en préconisant une transition au socialisme fondée sur la protection de l’environnement dans laquelle les populations définiraient elles-mêmes démocratiquement les priorités.
Se pose alors la question de savoir quel est l’acteur central à même de porter cette transformation ? Dans un contexte politique français démontrant le lien organique entre les politiques réactionnaires et anti-sociales menées par le gouvernement contre la classe ouvrière, les classes populaires et la jeunesse (destruction du code du travail autant que les services publics, Pacte de Responsabilité), projets de construction directement soumis aux intérêts des patrons de l’agroalimentaire et destructeurs au plan écologique (barrage de Sivens dans le Tarn), et criminalisation des résistances, répression policière, meurtre d’Etat et militarisation de l’espace public, la question se pose de comment construire avec le gouvernement, et derrière lui le patronat, un rapport de forces à la hauteur de l’attaque brutale et concertée qu’ils sont en train de mener. Dans son livre, Löwy semble s’adresser à tous les mouvements sociaux, et notamment aux mouvements "verts", sans clairement attribuer de rôle spécifique et central à la classe des producteurs, c’est-à-dire la classe ouvrière elle-même : or comme nous le voyons aujourd’hui, il faut aller plus loin dans l’analyse.
Les mobilisations en défense des libertés démocratiques, les batailles écologiques, et la lutte de la jeunesse étudiante et lycéenne, à elles seules ne peuvent construire ce rapport de forces global. Par sa place centrale au sein du procès de production et son savoir-faire technique, c’est la classe ouvrière seule qui serait à même de jouer le rôle dirigeant et hégémonique d’une révolution socialiste dont la préservation de l’environnement serait l’un des étendards ; dans l’immédiat, fédérer et renforcer les luttes ouvrières, et écologiques et de la jeunesse dans le sens d’un anticapitalisme de combat, massif et offensif, au travers de mobilisations unitaires fortes, est ce à quoi nous devons œuvrer.

Suite...

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Crise écologique et logique capitaliste

Message  Roseau le Lun 8 Déc - 13:11


Notre planète connaît une crise écologique d’une globalité et d’une vitesse sans précédent.
On peut distinguer quatre éléments dans cette crise écologique :
la diminution de la biodiversité, l’épuisement des ressources naturelles,
la pollution globale et bien sûr les changements climatiques.

Par Hendrik Davi
http://www.quefaire.lautre.net/Crise-ecologique-et-logique

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Re: Écosocialisme

Message  Roseau le Dim 14 Déc - 3:28

Le Havre (76) : succès de la première rencontre pour une alternative sociale et solidaire
http://npa2009.org/agir/le-havre-76-succes-de-la-premiere-rencontre-pour-une-alternative-sociale-et-solidaire

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Re: Écosocialisme

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