Crise autour de l'équipe de France de football

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Crise autour de l'équipe de France de football

Message  Gauvain le Mer 23 Juin - 18:53

C'est dans l'actualité politique...

je commence avec ça :

L'obsession raciale autour de l'équipe de France est odieuse




Par Marwan Mohammed et Laurent Mucchielli | Sociologues, chercheurs au CNRS | 22/06/2010 | 19H24









Contre le Brésil en finale de la Coupe du monde 1998, les deux coups
de tête victorieux de Zidane étaient français, marseillais et
populaires, des buts « black-blanc-beur ». Le Pen était alors bien
ridicule et bien raciste à dire qu'il n'y avait pas assez de Blancs
dans cette équipe.
Contre l'Italie en finale en 2006, c'était un coup de tête kabyle,
un coup de tête des cités, pour l'honneur. Mais on excusait le moment
de faiblesse du héros national. En 2010 en revanche, aucune pitié :
c'est l'hallali et ce sont des analyses qui, finalement, se rapprochent
de celles de Le Pen.
Alain Finkielkraut, figure de l'intelligentsia néoconservatrice parisienne, voit dans la déroute morale et humaine de
l'équipe de France de football le résultat d'une « division ethnique »
et « religieuse », la conséquence de la présence et de l'action
négative d'une « une équipe de voyous qui ne connaît qu'une seule
morale : celle de la mafia », d'une « génération caillera », « de gens
qui se foutent de la France ».
Et ses propos ne sont pas isolés. Sous des formes plus « soft », ces
questions font en réalité le tour des rédactions de presse ces derniers
jours.
Nous-mêmes avons été sollicités à plusieurs reprises pour nous
prononcer sur la dimension raciale et sur le côté « racaille de
banlieues » des problèmes de l'équipe de France. Et nous sommes
proprement scandalisés par ce pseudo-débat, qui menace de nous
ridiculiser bien plus que le comportement des joueurs sur le terrain.
Les Bleus sont réduits à leurs origines



D'abord, ce défoulement relève du café du commerce, il ne repose sur
aucune analyse sérieuse. Dans leurs clubs européens, les Bleus sont des
grands joueurs au palmarès impressionnant et au professionnalisme
reconnu. On se les arrache à prix d'or.
Mais tout d'un coup, dans la déconfiture hexagonale actuelle, ils
sont réduits à leur couleur de peau et à leur milieu social
d'appartenance réel ou fantasmé. Il y a actuellement dix Blancs en
équipe de France et treize Noirs. Parmi les treize Noirs, sept sont
originaires des DOM-TOM et six sont d'origine africaine. Sur les 23
joueurs, seuls cinq sont nés en région parisienne. Enfin, d'un point de
vue religieux, la plupart ne se sont pas prononcés sur leur
appartenance ou non.
Impossible donc de conclure sur cette dimension qui serait centrale
dans le naufrage des Bleus selon monsieur Finkielkraut, expert bien
connu en banlieues et en football. Et encore heureux qu'il n'y ait pas
d'Arabe dans cette équipe de « génération caillera » ! Nasri, Benzema
et Ben Arfa n'ont pas été sélectionnés. C'est que les Arabes, comme a
dit un ministre de la République française, « Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes »… Ouf, on l'a échappé belle !
Une forme de racisme en train de se banaliser



Ensuite, cette obsession raciale nous semble révélatrice d'une très
inquiétante évolution dans le débat politico-médiatique. Cette façon de
réduire les personnes et leurs actes à leurs origines est extrêmement
dangereuse et totalement odieuse. Cette façon d'identifier une
« racaille de cités qui sommeille » derrière tout jeune homme à la
couleur de peau non blanche est extrêmement dangereuse et totalement
odieuse.
Ces procédés nient les personnalités et leur pluralité, ils
traduisent un profond mépris pour les milieux populaires et une forme
de racisme en train de se banaliser.
Enfin et surtout, ces commentaires conduisent à occulter ce que les
observateurs avertis voyaient venir depuis au moins quatre ans, à
savoir les dysfonctionnements nombreux et cumulés dans la gestion
sportive et humaine de cette sélection.
Là où, du fond de leur canapé, certains fantasment du racial, du
religieux et de la cité mafieuse, le moindre entraineur de foot amateur
verrait une incapacité à gérer ce qui constitue n'importe quelle équipe
de foot : des sous-groupes, des égos, des différences, de nombreux
antagonismes qu'il appartient à un staff, de la fédération jusqu'à
l'entraîneur, de transcender pour faire exister une dynamique de groupe.
Photo : l'équipe de France refuse de s'entraîner, le 20 juin en Afrique du Sud (Charles Platiau/Reuters)

http://www.rue89.com/2010/06/22/lobsession-raciale-autour-de-lequipe-de-france-est-odieuse-155945
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Re: Crise autour de l'équipe de France de football

Message  Gauvain le Jeu 24 Juin - 11:54

Article du NPA :


Accueil


Foot fric folie






mercredi 23 juin 2010





Les exploits de l’équipe de France de football en Afrique
du Sud donnent lieu à des déchaînements nationalistes, prompts à faire
oublier la vraie crise.


Les déboires des Bleus font
décidément couler beaucoup d’encre et de salive. « Va te f..., fils de
p... », « Mutinerie », « Imposture », « Déshonneur national »,
« Traîtrise », les grossièretés, les poncifs machistes ou nationalistes
et les qualificatifs racoleurs n’ont pas manqué pour commenter le
feuilleton français en Afrique du Sud. Les vestiaires des footballeurs
n’ont pas le monopole de la folie et de la démesure.
En réalité, ce
feuilleton à bien des égards ubuesque est le produit de la faillite
d’un système. Un système où des jeunes recrutés de plus en plus jeunes,
pour la plupart dans des quartiers pauvres du tiers monde ou des pays
capitalistes développés, sont l’objet d’enjeux politico-financiers et
reçoivent des rémunérations astronomiques, de quoi faire perdre tout
sens de la réalité. Thierry Henry gagne 18, 8 millions d’euros par an
soit 1 567 fois le Smic1, 8 000 fois le revenu d’un jeune du township
qu’il a visité entre deux entraînements.
Un foot business où les
intérêts en jeu sont phénoménaux. Les coups bas, les magouilles, les
petites crasses entre amis, les manœuvres du foot n’ont rien de
différent de celles des requins de la finance. En arrière-plan de cette
affaire, on sent bien la lutte pour le pouvoir au sommet du foot
français. Derrière l’affrontement de certaines personnalités de la
génération de 1998 – les Zidane ou Lizarazu – et des vieux chefs de la
Fédération française de football amenés par Escalette, il y a des
intérêts financiers et politiques divergents.
C’est la preuve, s’il en était encore besoin, que le fric pervertit tout.
Le
football est un sport populaire né dans la classe ouvrière anglaise du
xixe siècle. C’est le seul qui soit véritablement mondialisé. C’est
aussi un mouvement associatif puissant, basé sur une armada de
bénévoles et qui procure du plaisir à des millions de jeunes. C’est
parfois l’occasion de manifestations de fraternité populaire, comme en
témoigne le sifflement bruyant mais joyeux des vuvuzelas ou la descente
en masse dans les rues de France d’une foule bigarrée pour célébrer la
victoire « black, blanc, beur » de 1998. On en est bien loin
aujourd’hui. Pire même, cet épisode peut alimenter à divers titres le
délire nationaliste. Envoyée spéciale de Sarkozy au Mondial, Bachelot
en appelle au « sursaut national », à « l’honneur de la patrie ». Des
thématiques qui peuvent aussi servir l’extrême droite, prompte à
fustiger les joueurs mercenaires « apatrides » recrutés parmi la
« racaille » des quartiers immigrés. Du côté du pouvoir ou de Le Pen,
tout est bon pour occuper les esprits, utiliser le racisme pour
diviser, faire sonner les trompettes de la patrie pour faire oublier le
chômage, la précarité, l’austérité, les 10 millions d’Africains qui
meurent de faim, bref, la vraie crise.
Fred Borras

1. Chiffre de 2009, tirés du site de l’Observatoire des inégalités (inegalites.fr).
Une erreur factuelle qui affaiblit quand même la démonstration du camarade Fred Borras : le football n'est pas né dans la classe ouvrière anglaise... Il est né dans les prestigieuses public schools de Cambridge, Rugby, etc. Il n'a pu devenir "populaire" (au sens de : pratiqué par le peuple, et en particulier par les couches pas trop pauvres du prolétariat) qu'avec la professionalisation, quelques décennies après l'apparition du jeu dans les années 1850. En l'occurrence, c'est pas l'argent qui a tout perverti, au contraire même. (Même s'il va de soi que les salaires d'un joueur pro du début du XXe siècle n'avait rien à voir avec ce qu'il est maintenant, un footballeur était payé comme un ouvrier qualifié, voire moins bien).
Etrange formule d'ailleurs, "le fric pervertit tout"... entre ça et "il y a des sommes énormes en jeu", c'est pas faux, mais c'est pas très précis quand même. Si on veut être plus précis, on peut quand même rappeler que ceux qui ont financièrement le plus à perdre dans l'affaire, ce sont les sponsors, ce sont TF1, Adidas et Compagnie. Ce ne sont ni les joueurs, ni, je pense, la Fédération.
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Le Football Professionnel, Une crise annoncée. (déclaration de la CGT)

Message  fée clochette le Lun 28 Juin - 15:14

[justify]Le Football Professionnel,
Une crise annoncée.


Un problème lié à la financiarisation du sport

Que dire aujourd’hui du psychodrame qui vient de se jouer en Afrique du Sud lors du premier round de la Coupe du Monde de Football ? Nous avions écrit il y a peu, que le sport professionnel était utilisé par les politiques, comme au temps de la Rome Antique, pour détourner le peuple des problèmes du moment. Du pain et des jeux pour faire oublier les mauvais coups passés ou en préparation. D’où l’omniprésence de certains ministres sur le terrain de la polémique. N’a t-on pas vu le président Sarkozy lui-même intervenir, puis se réjouir de l’attribution de l’Euro 2016. c’était bon pour une remontée dans les sondages.
Le football est l’illustration de ce que l’argent et le sport professionnel font de plus mauvais. Le sport est devenu un prétexte, les joueurs des instruments au service du profit. Le modèle est devenu celui de l’argent facile, même s’il provient de l’exercice d’un talent inné, perfectionné par un système élitiste.

Un modèle qui se délite

C’est ainsi que, loin du sport pour tous, loin des règles de respect de l’autre et de respect du jeu, impliquant correction vis-à-vis des autres joueurs comme vis-à-vis du corps arbitral et des entraîneurs, les joueurs sont devenus des mercenaires au service de l’argent. Ne donnant pas l’envie de jouer dans une équipe nationale, passant d’un club à l’autre, d’un pays à l’autre, au gré des gains possibles et des avantages fiscaux, il sont devenus ces mercenaires tant adulés il y a peu, et tant décriés aujourd’hui. Ils sont le reflet de la société modelée par les gouvernements successifs, et aggravée par Sarkozy. Anelka, après avoir eu de multiples problèmes relationnels dans la plupart des clubs où il est passé, vit en Angleterre et se vante d’échapper au fisc Français. Idem pour l’ex idole du mondial 98, Zidane, qui vit en Espagne.
Les salaires de ces joueurs sont hors du domaine commun. Pourquoi cet écart entre les salaires des footballeurs qui leur octroi un statut hors norme, et celui de la plupart des salariés qui apportent une réelle plus value au pays, mais qui sont nettement inférieurs ? Sont ils des modèles pour les jeunes ? On peut en douter. En effet il suffit d’aller sur le terrain du monde de l’éducation sportive, où des jeunes en section sport – études, spécialité football, réclament d’être indemnisés pour jouer un match d’entraînement, afin d’en être convaincus.

Des joueurs qui insultent entraîneurs et journalistes à la manière de Sarkozy et son "casse toi pôv con". Des joueurs qui ignorent leurs supporteurs. Des joueurs qui donnent l’impression de ne pas prendre de plaisir à jouer. Des joueurs qui se vautrent dans le clanisme, quitte à donner raison à ceux qui parlent de communautarisme. Nous avons affaire pour certains à ce que d’aucuns nomment les voyous – milliardaires. Pendant ce temps les dirigeants des petits clubs amateurs peinent à faire vivre leur sport favori. Panne de subventions, utilisation des véhicules personnels pour les déplacements, lavage et entretien des maillots à la charge des dirigeants, c’est à mettre en face des centaines de millions d’euros déboursés pour ces nouveaux jeux du cirque. Dans ces conditions se pose la question de l’écart entre éducation sportive populaire et sport
professionnel, censé être le sommet du modèle. Le football, comme le spectacle, donne l’illusion d’être un moyen de promotion sociale pour jeunes défavorisés.

La place du système financier dans le football

Mais ces joueurs, au demeurant pitoyables par le spectacle qu’ils offrent, ne sont que le reflet d’un système affairiste. C’est celui qui a transformé le sport et les joueurs en marchandise, en favorisant la génération de profits financiers. Prenons le cas de l’affaire des grands stades. Il s’agit de faire payer l’Etat et les collectivités pour le plus grand bénéfice des dirigeants des clubs professionnels. Le cas de l’Olympique Lyonnais dirigé par Aulas, est significatif. Seul club Français introduit en Bourse grâce à la complaisance de l’ancien ministre Jean-François Lamour, le club n’est qu’un élément de la nébuleuse regroupant diverses sociétés à but lucratif. A cela il faut ajouter les droits de retransmission télévision générant de généreux profits. Le football n’est devenu qu’un prétexte. L’argent est omniprésent dans le football, et pourtant une association qui avait sollicité une subvention de 10 000 euros pour emmener des jeunes handicapés à la coupe du monde, a essuyé un refus de la FIFA. Pas de réponse non plus de la FFF et une fois de plus silence radio du CNOSF. Dernièrement, à la hussarde, ce sont l’ouverture des paris en ligne qui s’ajoutent à cette dérive financière. Pour y arriver, il est à noter que tout se passe dans l’environnement de l’Elysée, lequel adopte systématiquement les propositions de ceux qui ont voulu cette dangereuse évolution. Frédéric Thiriez, Président de la ligue professionnelle, pourrait être Ministre des Sports et les amendements Aulas la règle pour diriger le football. Gageons que d’ici peu resurgira ce qu’avait voulu JF Lamour, à savoir la professionnalisation des fédérations disposant de ligues professionnelles. Terminé les bénévoles et place aux professionnels appointés chez les dirigeants. Exit le sport amateur qui ira jouer dans la cour des petits. C’est la position de franck Leboeuf ancien joueur de l’équipe de France. Il est regrettable que la majorité de nos concitoyens adhèrent à un système perverti.

L’accès des Sud Africains à la coupe du monde

Enfin dernier élément proprement scandaleux : l’éviction de la grande majorité des Sud Africains à cette soi - disante grande fête du football. La plupart des habitants des township, ces quartiers où se regroupe la misère pour une grande majorité, n’ont pas les moyens de s’offrir une place lors des différents matchs. Mais il n’ont pas plus le moyen de les regarder à la télévision. Les droits de retransmission imposés par la FIFA, étant tellement élevés que seules les chaînes privées payantes ont pu se les offrir. Les Africains du Sud ne profiteront pas non plus des retombées économiques, en dehors du travail généré par la construction des équipements. Mais ils vont payer pour les réactionnaires
de la FIFA, car cette coupe du monde à un coût supporté par l’ensemble du peuple. C’est la même situation que pour les Jeux Olympiques où un pays comme la Grèce, qui vient de défrayer la chronique économique, s’est retrouvé endetté pour des dizaines d’années, et des stades qui ne servent pas. La dette pour les pauvres, les bénéfices pour les hiérarques du football.

Pour conclure il faudrait aussi évoquer la question du rôle, plus où moins maffieux, des agents sportifs, et celle du recrutement de jeunes joueurs africains pour la plupart. Dans des conditions douteuses ces jeunes, qui ont rêvé d’une brillante carrière en Europe, se retrouvent en grand nombre lâchés dans la nature, sans contrats, donc sans revenus ni aucun moyen de retourner chez eux. Vraiment il y a quelque chose de pourri au royaume du football. La CGT a toujours condamné ces dérives, qui vont s’accentuer avec les décisions gouvernementales de séparer sport pour tous du sport professionnel ou assimilé, donc lié au système financier. C’est le symbole d’une France en crise. C’est aussi un psychodrame loin des préoccupations du moment.
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Re: Crise autour de l'équipe de France de football

Message  Gauvain le Lun 5 Juil - 13:07

Excellente tribune libre dans Au CLAIRE de la lutte :


Tribune libre : À bas le consensus national contre la « grève » de l’équipe de France

Par Gaston Lefranc et Lászlo Merville (30 juin 2010)

Au CLAIR de la Lutte n°7

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Lors
de la mi-temps du match France-Mexique, dans les vestiaires, le
joueur Nicolas Anelka aurait
proféré des insultes à son entraîneur (1),
ce dernier étant énervé que le joueur ne soit pas, selon lui,
bien placé sur le terrain. Quoi de plus commun dans ce genre de
compétition sportive ? Ce n’est pas la première fois et ça
ne sera bien sûr pas la dernière... Mais ce qui est plus rare,
c’est que ces propos sortent du vestiaire pour aller tout droit se
loger (de façon déformée) dans l’antre médiatique... La meute
des journalistes et des politiciens s’est ensuite jetée avec une
violence incroyable contre Anelka et de façon plus globale contre
ces joueurs millionnaires qui faisaient honte à « la
France ». Il fallait bien un bouc émissaire. La haine est
d’autant plus grande que les sponsors et médias vont perdre
beaucoup d’argent. Il fallait donc tenter de rattraper le coup en
proposant des émissions spéciales, des articles à tout-va, des
analyses, des commentaires, et même des interventions politiques,
sur l’« affaire Anelka », « l’équipe du
désastre », « les usurpateurs »...

Mais
l’affaire ne s’arrête pas là. Après la publication dans
l’Équipe
samedi 18 juin, Sarkozy, depuis Moscou, condamne de façon
solennelle les propos « inacceptables » d’Anelka. Le
soir même, la Fédération Française de Football l’exclut sur la
seule base de l’article de l’Équipe,
sans preuve, sans réunion, sans conseil de discipline, sans droit
de se défendre. C’est un abus de pouvoir total, qui vise à jeter
un joueur en pâture, pour mieux faire oublier ses propres
responsabilités et tenter de sauver sa tête (on parle ici non
seulement des dirigeants de la FFF – qui auront du mal à la
sauver ! – mais aussi du pouvoir politique qui avait tant misé
sur les « Bleus »).


où tout devient plus intéressant, c’est le lendemain de
l’exclusion d’Anelka… quand les joueurs sortent de leur rôle
et font la « grève » de l’entraînement. Solidaires
de leur coéquipier, bien conscients qu’il a été jeté en pâture
et que cela aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre eux,
les joueurs de l’équipe de France sont venus au stade et ont
signifié leur refus de s’entraîner. Ils ont rédigé une lettre
unanime justifiant leur action et expliquant, de façon claire, leur
opposition à la décision de la FFF d’exclure Anelka et leur
volonté d’agir collectivement pour « marquer
leur opposition à l’attitude des plus hautes instances du
football français ».








Concertation
des joueurs de l’équipe de France pendant leur « grève »







De
façon assez surprenante, Domenech, le sélectionneur, a lu le
communiqué des joueurs sans qu’on sache s’il s’en
solidarisait dans une certaine mesure. Le doute était permis
puisque le matin, dans l’émission Téléfoot,
il avait complètement minimisé les propos d’Anelka, affirmant
que « ça
n’a pas d’impor-tance ».

Le lendemain, recadré, Domenech a corrigé le tir et a bien montré
qu’il n’était qu’un pion grassement payé servant les
intérêts de ses patrons, déclarant : « Je
tiens à préciser que la sanction prise contre Nicolas Anelka est
justifiée et que je soutiens la Fédération dans cette décision. »

Il a aussi affiché toute sa morgue et son mépris pour la « grève »
des joueurs.


Quelle est
la signification
de cette
« grève » ?





Attardons-nous sur la
signification de cette « grève ». Certes, les joueurs
sont des millionnaires pourris par le fric. Mais ils n’en
demeurent pas moins des pions à qui on demande de jouer au foot et
de fermer leurs gueules. Tant qu’ils jouent au foot (bien si
possible…), chantent gentiment la Marseille, clament leur fierté
de représenter « la France », l’élite
politico-médiatique ne trouve rien à redire à leurs salaires
mirobolants.
Or,
avec cette « grève », les joueurs ont montré que même
eux, qui pourtant évoluent dans un milieu où s’exacerbent
l’individualisme et le cynisme, pouvaient sortir au moins un
instant de leur statut de « marchandise ». Ils ont eu
une réaction collective en rupture avec la logique marchande,
contre la domination et l’arbitraire. Ils se sont pris en main et
ont oublié un (court) temps le rôle dans lequel on voulait les
cantonner. Ils ont redressé la tête et ont fait passer la
solidarité avec leur pote réprimé avant toutes les autres
considérations. Ils ont osé mettre en péril leurs contrats et
leurs revenus futurs. Il ne s’agit évidemment pas de pleurer sur
leur (futur) sort, mais de comprendre la logique de leur acte. On
pourrait postuler que rien d’intéressant ne peut sortir d’un
tel milieu et regarder tous ces épisodes avec condescendance et
mépris (2).
Mais il nous semble au contraire intéressant de souligner que, même
au cœur d’un monde pourri par le fric, il existe des
contradictions, des luttes et une part d’humanité qui n’a pas
été totalement anéantie par la réification marchande. Un grain
de sable est apparu et a déréglé le spectacle capitaliste où
chacun doit être à sa place et ne pas en bouger.



La haine de
la bourgeoisie contre les « grévistes »





Il
est édifiant de voir à quel point
cette « grève » a désarçonné les autorités du foot.
Le directeur délégué de la FFF a démissionné de rage, des
membres du staff ont pleuré d’incompréhension, avant bien sûr
de se ressaisir dans un second temps. Le
sens de la « mutinerie » des joueurs de l’équipe de
France est confirmé par les réactions des porte-parole de la
bourgeoisie. Ils se déchaînent et montrent leur vrai visage,
hypocrite, moralisateur, répugnant. Le poète, romancier et
dramaturge Fernando Arrabal l’exprime fort bien : « Les
vrais traîtres sont les accusateurs. Publics. Aux micros. Aux
écrans. Unanimes. Les calomnies se haussent, indélébiles. Les
charognards éclaboussent de leur propre ignominie les révoltés.
La frontière entre vie privée et domaine public est napalmisée.
Les victimes sont couvertes de crachats et clouées au pilori.
Amen.
» (3)
Le parallèle avec la haine pour les grèves ouvrières est
frappant :


  • On cherche à faire passer les
    joueurs pour des enfants gâtés qui s’amusent à « faire
    grève » alors que les Français souffrent. Cela fait
    irrésistiblement penser à la façon dont les médias cherchent à
    disqualifier les grèves étudiantes quand elles vont trop loin. On
    cherche à réduire leur action à un « caprice » et on
    refuse de parler de « grève », préférant les termes
    de « fronde », « mutinerie », « putsch »,
    etc. Autant de mots pour éviter le spectre de la « grève »
    à la veille de la mobilisation du 24 juin…

  • On cherche à opposer les
    « meneurs » qui manipulent et terrorisent les
    « gentils » qui voudraient travailler (s’entraîner).
    Dès le lendemain de la « grève », la presse a crié
    victoire en prétendant avoir identifié les meneurs (Malouda, Evra,
    Henry, Abidal… des « racailles » qui exportent dans
    l’équipe de France les mœurs barbares de leurs cités d’origine)
    et les « gentils » (Gourcuff, Sagna, Lloris, etc.), qui
    sont allés pleurés dans les jupes de Bachelot et des dirigeants de
    la FFF. La presse a raconté ensuite que les méchants meneurs
    avaient empêché les gentils de sortir du bus et d’aller
    s’entraîner !

  • On
    dénonce la « prise en otage » du bon peuple et on
    incite les grévistes à se désolidariser des meneurs. Ainsi,
    Lizarazu, consultant pour TF1 et RTL, aboie le message voulu par ses
    patrons : « Ce
    qui m’a profondément choqué, c’est la prise en otage de ce
    maillot de l’équipe de France qui n’appartient à personne.
    L’espace d’une journée, ils se le sont approprié. C’est
    impardonnable. J’espère que très vite, certains joueurs vont se
    désolidariser. »
    Tout
    est dit : l’espace d’une journée, ils se sont comportés
    comme des êtres humains réfléchissant, écrivant ce qu’ils
    pen-saient et agissant sans en avoir référé à leurs sponsors qui
    les couvrent de millions tout en les tenant en laisse.

  • On appelle au châtiment des
    mutins, les meneurs ou ceux qui refusent de se repentir. Ainsi,
    Domenech a puni le capitaine Evra, Malouda (unanimement considéré
    comme le meilleur bleu lors de cette Coupe du monde), Abidal, Henry,
    en refusant de les faire débuter le dernier match (Malouda et Henry
    rentreront malgré tout en cours de match… pour limiter la
    casse !). Il s’agissait de siffler la fin de la récréation
    et de montrer que le pouvoir reprenait les choses en main. Mais cela
    ne suffira pas. Ils devront payer d’une manière ou d’une autre.
    Jean-Jacques Bourdin, présentateur de la matinale de RMC, a lancé
    une pétition pour que les Bleus renoncent à l’argent perçu
    pendant le Mondial. Par contre, ce même Bourdin s’est bien gardé
    de lancer une pétition au sujet des 12 000 euros de cigares de
    Christian Blanc, de l’appartement de Fadela Amara mis à
    disposition de son frère aux frais du contribuable, des
    accointances de Woerth avec Bettencourt la fraudeuse, du gros chèque
    de Christine Boutin pour son rapport sur la mondialisation, etc. Et
    Jean-Philippe Maurer (député UMP du Bas-Rhin) en a rajouté une
    couche en demandant la mise en place d’une « enquête
    parlementaire » pour faire toute la lumière...

  • On
    appelle enfin au rétablissement de l’ordre. Sans craindre d’en
    faire trop, Guy Roux a martelé : « Mai
    68, c’était une république qui tournait rond à côte de ça. On
    est quand même dans un stade avancé d’anarchie. »

    Heureuse-ment, le général Sarkozy reprend les choses en main pour
    en finir avec la chienlit, il convoque Thierry Henry à l’Élysée
    dès sa descente d’avion au moment même où deux millions de
    travailleurs manifestent contre sa contre-réforme des retraites et
    il annonce solennellement des « états généraux » du
    football…





Racisme et
mépris de classe s’étalent au grand jour





Les
joueurs ont réussi à susciter une vaste union nationale, du FN au
PCF, dénonçant l’outrage à la France et aux Français dont se
seraient rendus coupables les joueurs ! Lizarazu exprime sa
« honte
d’être français »,

Bachelot martèle aux joueurs : « C’est
l’image de la France que vous avez ternie.
»
On ressort les
vieilles interviews pour démasquer « l’anti-France »
qui se cache au cœur même de l’équipe nationale. Ainsi Abidal,
qui avait osé déclarer : « J’ai
pris la peine de lire les paroles en détail et je ne me sens pas
représenté par cet hymne […]. Je représente la France, je suis
très heureux d’être français, mais cet hymne, lui, ne me
représente pas. »


Mais
pourquoi ces joueurs sont-ils aussi indifférents à l’importance
de représenter « la France » ? Finkielkraut a la
réponse : cette équipe est une « bande
de onze petites frappes »,

une « bande
de voyous qui ne connaît que la morale de la mafia »

et qui souffre de « divisions
ethniques et religieuses »
.
Finkielkraut se sent mal : « On
a plutôt envie de vomir avec cette génération caillera. Il est
temps de recruter des gentlemen
»
(comme Gourcuff, précise-t-il). Ces discours aux relents racistes
pointent du doigt ces joueurs issus des quartiers populaires (bien
souvent noirs et arabes) qui pourrissent les joueurs bien élevés,
blancs, parlant un « français correct », qui
persécutent les premiers de la classe. Pour Finkielkraut, il faut
en finir avec cette racaille, qui prétend pouvoir naviguer sur le
terrain de l’élite bien élevée.

De
même, Libération
rapporte mercredi 23 juin que, lors de leur réunion de groupe, les
élus UMP se sont « lâchés », caractérisant les
joueurs de l’équipe de France de « racailles »
et « petits
merdeux ».

Partout, les éditorialistes déversent leur haine, trop longtemps
retenue : « sous-éduqués »,
« caïds de collège ».

Ce sont pourtant les mêmes qui, en 1998, avaient voulu nous faire
croire à l’unité nationale derrière la belle équipe
« Blacks-Blancs-Beurs » dont les origines sociales et
ethniques n’étaient pourtant guère différentes, mais qui avait
quant à elle emporté la coupe du Monde, qui plus est en France
même.
Quant
à Pierre Laurent, nouveau dirigeant du PCF, il pleurniche que « la
fête soit un peu gâchée ».

Qu’il se rassure, le show capitaliste continue, business
as usual
, après
une parenthèse « consternante » (selon les mots du
PCF).




Le business
reprend ses
droits





La
plupart des joueurs ont en effet des remords : ils ont été
entraînés par la logique de leur action de solidarité sans se
rendre compte des conséquences. Malouda explique ainsi :
« Personne
n’a imaginé l’image que cet épisode [le refus de s’entraîner]
donnerait de nous. »

Ils sont désormais anxieux des conséquences de ce moment de
« folie ». Ils s’excusent, regrettent et promettent de
ne plus recommencer. Ce revirement n’est pas étonnant et la
rébellion ne pouvait pas avoir de base solide dans un tel milieu,
même si quelques joueurs persistent et signent. Chacun doit rentrer
dans le rang pour que continue à tourner ce monde capitaliste et
pathétique. Mais ce que l’équipe de football ne peut pas faire,
la grande équipe anti-capitaliste et anti-impérialiste de France,
la classe ouvrière unie au-delà des différences de catégories,
de genres et d’origines ethniques, prenant conscience de sa force
et de sa capacité à prendre en main son propre destin, le fera
demain en se soulevant par la grève générale...




1)
L’Equipe
a d’abord rapporté, en gros titre, qu’Anelka aurait lancé à
Domenech : « Va
te faire enculer sale fils de pute ! »

Personne n’a confirmé ces propos, alors que plusieurs joueurs ont
affirmé que les paroles d’Anelka n’étaient pas celles-là. En
fait, il semblerait que la vraie phrase ait été : « Va
te faire foutre, toi et ta tactique de merde. »
Mais
L’Équipe
a probablement déformé volontairement les propos pour mieux vendre
son torchon.


2)
C’est grosso
modo

l’axe de l’article de Tout
est à nous !

sur le sujet jeudi 24 mars, qui ne voit que « feuilleton
ubuesque » et « propos machistes », et qui passe
ainsi complètement à côté de la signification de la « grève »
des joueurs.



3) http://laregledujeu.org/arrabal/2010/06/22/643/23-gavroche-sans-dieu-ni-maitre-f-arrabal-liberation-foot/
http://tendanceclaire.npa.free.fr/article.php?id=214
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Re: Crise autour de l'équipe de France de football

Message  Duzgun le Lun 5 Juil - 22:22

Dommage que ce soit beaucoup trop long, comme souvent (toujours?).
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Re: Crise autour de l'équipe de France de football

Message  Gauvain le Mar 6 Juil - 12:15

Duzgun a écrit:Dommage que ce soit beaucoup trop long, comme souvent (toujours?).

Bah, un article de fond un peu sérieux est toujours un peu long. Les articles de Contretemps font aussi cette longueur.
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Re: Crise autour de l'équipe de France de football

Message  topaze le Mer 14 Juil - 22:11

Moi ce qui m’a choqué dans l'article c’est ça :



'C’est aussi un mouvement associatif puissant, basé sur une armada de
bénévoles et qui procure du plaisir à des millions de jeunes. C’est
parfois l’occasion de manifestations de fraternité populaire, comme en
témoigne le sifflement bruyant mais joyeux des vuvuzelas ou la descente
en masse dans les rues de France d’une foule bigarrée pour célébrer la

victoire «black, blanc, beur» de 1998. On en est bien loin
aujourd’hui.'



Comme si en 98, l’hystérie nationaliste n’était pas présente et comme si cette victoire n’avait pas servi à faire oublier les attaques que faisait passer le gouvernement Jospin. D’ailleurs aujourd’hui en Espagne on voit bien l’hystérie nationaliste très présent et le gouvernement de gauche utilise cette victoire de l’équipe d’Espagne pour appeler à l’union sacré, comme en France en 98 et à mon avis c’est a dénoncé et pas a s’en féliciter comme le fait l'article



Topaze. Lecteur de Révolution Internationale. http://fr.internationalism.org/

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Re: Crise autour de l'équipe de France de football

Message  sylvestre le Lun 2 Aoû - 18:57

Dans l'émission l'Actu au Karsher du 25 juin 2010 sur Beur FM, Benjamin Lancar, président des Jeunes UMP, s'emporte sur l'équipe de France... et dérape.

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Re: Crise autour de l'équipe de France de football

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