Le système économique et social du socialisme

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Le système économique et social du socialisme

Message  ulfmodin le Dim 26 Fév - 16:31

Sans avoir une idée de la forme que pourrait prendre le socialisme, la gauche ne pourra pas aller de l’avant. C’est pour cette raison que j’ai esquissé le système économique et social du socialisme. Le système politique ne s’éclaircira qu’au cours de la lutte.

Le capitalisme a fait faillite. Aujourd’hui il conduit au chômage de masse, à la dégradation de l’environnement et plus généralement au manque de perspective. Le mouvement ouvrier a également fait faillite. Par ailleurs, les ouvriers d’industrie sont actuellement en train de sortir de l’histoire. Ce qui reste, ce sont en premier lieu ses organisations. Leur direction est devenue une couche inférieure de la classe dirigeante de la société de la même façon que la direction plébéienne s’était mêlée en tant que substrat au patriciat, la vieille classe au pouvoir à Rome. Nous devons admettre la triste vérité que la classe ouvrière n’a jamais été un sujet révolutionnaire et que le mouvement ouvrier n’est pas de gauche.

La classe révolutionnaire d’aujourd’hui est l’intelligentsia qui est en cours d’augmentation colossale et qui est capable de diriger un pays et son économie toute seule. En collaboration avec les autres salariés, les propriétaires de petites entreprises et d’autres qui travaillent sous pression concurrentielle, elle abolira le capitalisme et créera une mode de production socialiste. La pensée abstraite déterminera les normes réglant l’industrie, tandis que le travail manuel — ne nécessitant essentiellement que de la pensée concrète — se marginalisera. Naturellement il existe entre l’intelligentsia et les travailleurs manuels une zone grise constituée de gens qui travaillent davantage avec les mains qu’avec la tête, mais elle est en train de diminuer. Le travail intellectuel sera le fondement du travail sous le socialisme.

Le socialisme devient la double négation du capitalisme financier néolibéral. La raison pour laquelle la gauche n’avance pas est tout simplement qu’elle ne dispose pas d’alternative au capitalisme et au « néoliberalisme ». Dans le mouvement ouvrier européen avant 1917, on considérait que le socialisme ne pourrait être introduit que dans des pays hautement developpés ; cette conception s’est averée correcte. La possibilité d’introduire un système socialiste est en effet limitée aux vieux pays industriels en Europe et peut-être encore aux États-Unis. L’Union soviétique était l’antithèse du capitalisme et de la démocratie libérale. C’est cela qui l’a fait chuter. De façon générale, le « socialisme réel » n’a pas été une forme de socialisme, mais plutôt la négation de la négation du despotisme éclairé, où le monarque éclairé et despotique était remplacé par le Politburo tout-puissant, qui selon son meilleur jugement tentait de créer une bonne société, de contrôler les vies des citoyens et de diriger le développement de la société.

Le socialisme deviendra une démocratie économique et une économie mixte (un mélange de l’économie planifiée et de l’économie de marché). Les rapports de production et leur expression juridique, la propriété des moyens de production, deviendront dépendants de leur utilité sociétale. Le droit de propriété individuelle développé dans le « socialisme réel » restera constitutif du socialisme. Le droit de propriété des moyens de production sera organisé de différentes manières alternatives : la propriétaire pourra être l’État ou le peuple, et il pourra s’agir de la propriété privée ou coopérative. En plus, il y aura à la fois de la planification et du marché. Être possedé par l’État ne signifie pas être conforme au socialisme. « Social » signifie « lié à la société », non pas « lié à l’État ». Dans cette distinction on trouve déjà la possibilité de développer le concept de socialisme. On arrivera à une économie réglée dans une société réglée.

Il ne faut pas croire qu’on puisse introduire un système qui durera jusqu’à la fin des temps. Si le modèle que nous créons maintenant est valable pour cinquante ans, il aura bien réussi. Le « socialisme réel » a failli parce qu’on avait interdit la possibilité d’une discussion générale libre, cette dernière étant nécessaire non seulement pour un petit groupe dans la direction d’un parti mais devra être omniprésente dans toute la société. La société moderne requiert une discussion libre pour pouvoir se développer.

La productivité est aujourd’hui tellement élévée qu’on pourrait tout de suite limiter le jour ouvrable à six heures sans devoir baisser notre standard de vie. L’offensive économique et idéologique du capital financier après environ 1976 a cependant été un tel succès que les partis de gauche ont idéologiquement reculé. Les partis ont été incorporés à l’État bourgeois, et les directions de ces partis considèrent comme leur tâche de légitimer le capitalisme financier et en particulier la dictature de la bourgeoisie : la démocracie parlementaire libérale.

On ne pourra pas arriver à la société communiste, car celle-ci est une utopie : qui pourrait définir les besoins dans une société dirigée selon l’adage « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » ? En outre, les richesses terrestres constituent une ressource finie. Le même salaire à chacun indépendamment de la prestation est une idée qui appartient au christianisme primitif, non pas au marxisme. Le slogan du socialisme est « De chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail ». On a besoin d’écarts de revenus modérés pour que les gens reconnaissent qu’ils doivent se développer. La proportion de un à quatre est habituellement considérée comme une échelle appropriée entre le revenu le plus élévé et le revenu le plus faible, ce qui est considérablement inférieur à la proportion actuelle dans les pays industriels de nos jours. Le travail physique dur sera mieux rémunéré que le travail physique léger, le travail intellectuellement exigeant — y compris le travail artisanal hautement qualifié — étant mieux rémunéré que le travail manuel. Dans le « socialisme réel » il était courant que de simples ouvriers étudient pour devenir des ingénieurs, mais qu’ils retournent à l’usine car cela était mieux payé. Il faut avoir tiré quelques leçons de l’histoire.

Nous devrons nous garder d’essayer de mettre en œuvre des utopies. Ceux qui ont essayé d’en mettre en pratique ont simplement fini par baigner dans le sang dans leur impatience de créer la société parfaite. Aucune société heureuse ne pourra être créée, mais nous devons pouvoir atteindre des conditions significativement plus tolérables que celles que nous avons actuellement.

Ulf Modin
Ekenäs, Finlande

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