Euro 2016

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Message  MO2014 le Ven 3 Juin - 17:02

Du racisme dans le foot? Et puis quoi encore!
2 juin 2016 | Par Michaël Hajdenberg

Karim Benzema estime ne pas avoir été sélectionné en équipe de France en raison de ses origines ? Tout le monde lui tombe dessus. Si la question se pose, c'est pourtant bien qu'au-delà de son cas, les préjugés raciaux et les discriminations sont monnaie courante dans le football français.


Le cocktail est parfait : football, politique, racisme, sextape. Tout est réuni pour occuper le terrain en attendant le début de l’Euro le 10 juin. Au début, on regarde ailleurs : Benzema est quand même gonflé, avec l’affaire judiciaire qu’il a sur le dos, d’attribuer sa non-sélection à une partie de la France raciste. Et puis, on écoute les réactions, offusquées. Comment ose-t-il ? Du racisme ? Dans le football ? Ce milieu si pur, où justement on fait une place aux Noirs et aux Arabes ? Thierry Braillard, ministre des sports, balaie d’un revers de main : « Il n'y a absolument pas de racisme dans cette fédération. »

Les autorités, qu’elles soient footballistiques ou politiques, font comme si les propos de Benzema sortaient de nulle part. Comme s’il n’y avait pas de terreau. Jamel Debbouze et Éric Cantona, aux avant-postes, sont traités comme de doux illuminés, des écorchés vifs, des traumatisés. Car on ne compte pas seulement 60 millions de sélectionneurs en France. Mais aussi 60 millions d’arbitres, dont les plus médiatiques ont tranché : Benzema a marqué un but contre son camp, en faisant croire à tous les Arabes qui ne réussissent pas, que c’est parce qu’ils sont discriminés.

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Bien peu se demandent pourquoi Benzema pense cela. Et pourquoi il trouve un écho dans toute une partie de la population française. Dans son interview à Marca, Benzema explique qu’« une partie » de la France est raciste, et que cela peut jouer. Peut-être que sa couleur de peau influence, consciemment ou non, l’avis d’une majorité de Français qui, selon les sondages, souhaitent son exclusion – Noël Le Graët, président de la FFF, a d’ailleurs rappelé les courriers racistes qu’ils avaient reçus l’incitant à mettre « l’Arabe dehors ». Peut-être que les sondages influencent le premier ministre Manuel Valls, qui a publiquement pris position dans le même sens. Peut-être qu’il est difficile pour un sélectionneur, de faire complètement abstraction d’une demande d’un premier ministre.

Karim Benzema, du temps où il portait le maillot de l'équipe de France © Reuters Karim Benzema, du temps où il portait le maillot de l'équipe de France © Reuters

Benzema a commencé par dire : « Je ne crois pas que Deschamps soit raciste. » Mais, comme toujours, le débat a été biaisé : « Comment peut-on dire que Deschamps est raciste ? » Le même argument avait surgi lorsque Mediapart avait révélé l’affaire des quotas : « Mais non, Blanc n’est pas raciste ! Il a joué avec des Noirs, et il en sélectionne toujours. » Si on veut éviter le qualificatif – qui met rarement tout le monde d’accord – parlons de préjugés, de discriminations.

Car il y a des faits. En avril 2011, nous publions les propos tenus lors d’une réunion officielle de la fédération française de football. Le projet est de mettre secrètement en place des quotas à l’entrée des centres de formation de la FFF pour ne pas prendre trop d’enfants ayant des origines étrangères. Le motif ? Ne pas former des joueurs qui pourraient plus tard choisir de jouer pour une autre sélection. Laurent Blanc, alors sélectionneur de l’équipe de France, assiste à la discussion, valide ce projet illégal et l’agrémente de remarques sur les joueurs noirs comme : « Les Espagnols, ils m'ont dit : “Nous, on n'a pas de problème. Nous, des blacks, on n'en a pas”. »

À l’époque, Laurent Blanc se voit contraint de présenter ses excuses au 20 heures de TF1. La ministre des sports Chantal Jouanno s’offusque « des sous-entendus très souvent à la limite de la dérive raciste », et le président de la commission d'enquête de la FFF, le député Patrick Braouezec, estime qu’il faut changer de directeur technique national (DTN).

Cinq ans plus tard, François Blaquart, à l’origine du projet discriminatoire et qui avait été puni d’un simple avertissement, est toujours DTN. Mohamed Belkacemi, qui avait enregistré la discussion lors de la réunion, n’est, lui, plus à la fédération française de foot. Il a été placardisé ; a préféré partir. Sollicité par Mediapart, il explique ne plus vouloir revenir sur cet épisode, qui lui a trop coûté, à lui et à sa famille.
« On n'est jamais revenu au score. C'est la race, pas la race, j'en sais rien »

Les autorités du foot n’ont visiblement jamais compris ce qu’on leur reprochait. En juin 2013, Jean-Pierre Louvel, président du syndicat des clubs professionnels, reconnaît dans un livre l’existence de « quotas tacites » : « Tous les clubs dosent et font en quelque sorte des quotas, pas trop de ceci ou cela… » La ministre des sports de l’époque estime que « ce sont des propos qui tombent sans ambiguïté sous le coup de la loi ».

Mais Jean-Pierre Louvel reste en poste, et assume auprès de Mediapart : « Si vous avez 60 %, voire 80 %, de joueurs d'origine d'africaine dans un club, ce n'est pas un mal en soi, mais cela signifie mettre à l'écart des gens qui ne sont pas de leur culture. La vie sociale du club n'est plus la même. (...) Il y a par exemple des joueurs qui viennent de tribus dominantes et, du coup, ce sont toujours eux qui décident et pas les autres. » Lui aussi présente alors un argument imparable : « Et qu'on ne me dise pas que je suis raciste, ma belle-fille est camerounaise. » Interrogé à l'époque par Mediapart, le président de la FFF, répond « n’en avoir rien à secouer », avant de nous raccrocher au nez.

Noël Le Graët, président de la FFF © Reuters Noël Le Graët, président de la FFF © Reuters
Dans le même livre que celui précité, le journaliste Daniel Riolo explique que « le nombre de joueurs musulmans est désormais limité à Rennes ». Et qu’« à Saint-Étienne, le coach a passé consigne. Il ne veut plus de joueurs africains ». Les clubs ne prennent même pas la peine de démentir. Tout cela indiffère le monde du foot.

Il faut dire que ce type de préjugés semblent assez partagés dans le milieu. Lors d’une enquête sur le Paris football Club, en 2012, l’un des présidents du club, Pierre Ferracci, assume ne pas vouloir recruter trop de Noirs : « Tout le monde vous dira que les blacks, certains blacks, sont doués techniquement, très forts physiquement, parfois un peu décontractés, un peu indolents, et que ça peut être préjudiciable en terme de concentration. »

L’autre président du club, Guy Cotret, approuve : « Quand on a une composition d'équipe avec seulement des joueurs africains, en termes de mobilisation, d'esprit de révolte, ce n'est pas toujours facile à animer. Ils ont un caractère qui engendre un certain laxisme. » Il désire alors réduire le nombre de joueurs noirs de son effectif. « À chaque fois qu'on a été mené au score, on n'est jamais revenu, on ne l'a jamais emporté. C'est la race, pas la race, je n'en sais rien. »

Guy Cotret n’a jamais été mis en difficulté pour ces propos. Il est même devenu depuis président d’Auxerre, un club à la notoriété autrement plus importante. Preuve que les préjugés touchent toutes les classes, Pierre Cotret est un ancien membre du directoire de la Caisse nationale des Caisses d’épargne, directeur général délégué de Nexity et président du Crédit foncier de France ; Pierre Ferracci est une figure phare du milieu social français (voir l'enquête de Mediapart sur ses pratiques).

En 2014, c’était au tour de l’entraîneur et ancien joueur Willy Sagnol de se lancer dans Sud-Ouest : « L’avantage du joueur typique africain, c’est qu’il n’est pas cher quand on le prend, c’est un joueur qui est prêt au combat, qui est qualifié de puissant sur un terrain… Mais le foot ce n’est pas que ça, c’est aussi de la technique, de l’intelligence, c’est de la discipline, donc il faut de tout. » Pape Diouf, ancien président (noir) de l’Olympique de Marseille, demande une journée de grève. Le parti socialiste exige une sanction. Mais Thierry Braillard, déjà secrétaire d'État aux sports, se contente de qualifier les propos de l'entraîneur girondin de « maladresse ». Quant au club employeur, il trouve que « l’interprétation de l’interview semble plus tenir de réactions épidermiques et malveillantes que d’une analyse objective des mots prononcés par Willy Sagnol ».

C’est donc clair : Benzema vit dans un monde imaginaire. À ce rythme, ne va-t-il pas aller jusqu’à imaginer qu’il est plus difficile pour un entraîneur noir ou arabe de trouver un poste ? Dès 2004, l'ancien joueur noir Jean Tigana racontait que son échec dans la course au poste de sélectionneur de l’équipe de France était lié à sa couleur de peau. Il confiait qu’un très haut dirigeant avait estimé qu’ « il y avait déjà assez de joueurs noirs sur le terrain, on n'allait pas en mettre un en plus sur le banc ».

Dans les années 1990, Éric Cantona et David Ginola étaient les grands bannis de l’équipe de France, alors qu’ils faisaient partie des meilleurs joueurs du monde. Ils payaient, entre autres, des caractères bien trempés. Ni eux ni personne n’auraient songé à mettre leur exclusion sur le compte de leurs origines. Aujourd’hui, si le débat existe, c’est bien parce qu’il y a des raisons.
https://www.mediapart.fr/journal/france/020616/du-racisme-dans-le-foot-et-puis-quoi-encore?onglet=full

MO2014

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