Je ne suis PAS Charlie

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  verié2 le Mar 13 Jan - 19:04

Plus fort que la caricature mise en ligne plus haut ("J'en vois un qui n'et pas Charlie"), cette "journaliste-politologue-experte" veut traquer ceux qui ne sont pas Charlie, et ce n'est pas un fake !

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  yannalan le Mar 13 Jan - 19:13

Oui, ça ne m'étonne pas.Ceci dit, il y avait 60 millions de personnes en gros qui n'ont pas manifesté... Elle va avoir du boulot...

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  topaze le Mer 14 Jan - 7:32

Verie2 tu dis :
'Toute une mouvance ? Entre la pratique religieuse, l'islam rigoriste, l'intégrisme et le terrorisme, il y a plus que des nuances. Quant aux jeunes qui réagissent ainsi, il faut tout de même distinguer entre provocation, réaction exaspérée et véritable approbation du massacre. Avec ce discours, on risque vite de voir ouvrir des Guantanamo à la française pour parquer une partie des jeunes - qui l'est d'ailleurs déjà pour une part en prison depuis longtemps'.

Il peut avoir des nuances mais est ce que le fond du probléme n’est pas ce qui est dit dans la suite de l’article. Je cite:

Et le pire n'est pas encore là. Le pire, c'est que l'acte extrême des frères Kouachi, d'Amedy Coulibaly et de leurs éventuels complices n'est que la pointe émergée d'un iceberg, de toute une mouvance qui prospère de plus en plus dans les banlieues pauvres, une mouvance qui s'est exprimée lorsqu'un certain nombre de jeunes ont exprimé l'idée que "Charlie Hebdo l'avait bien cherché en insultant le prophète", et que l'assassinat des dessinateurs était quelque chose de "normal".

C'est là aussi une manifestation de l'avancée de la barbarie, de la décomposition au sein de nos sociétés "civilisées". Cette plongée d'une partie de la jeunesse, et pas seulement celle issue de l'immigration, dans la haine et l'obscurantisme religieux est un symptôme, parmi beaucoup d'autres mais particulièrement significatif de la crise extrême, du pourrissement de la société capitaliste.

Aujourd'hui, un peu partout (en Europe aussi et particulièrement en France), de nombreux jeunes sans avenir, au parcours chaotique, humiliés par des échecs successifs, par la misère culturelle et sociale, deviennent les proies faciles des recruteurs sans scrupules (souvent liés à des États ou expressions politiques comme Daesh) qui drainent dans leurs réseaux ces paumés aux conversions aussi inattendues que soudaines, les transformant en des tueurs à gages potentiels ou en chair à canon pour le "djihad". Avec l'absence de perspective propre à la crise actuelle du capitalisme, une crise économique mais aussi sociale, morale et culturelle, avec le pourrissement sur pied de la société qui sue la mort et la destruction par tous les pores, la vie de bon nombre de ces jeunes est devenue à leurs propres yeux sans objet et sans valeur. Elle prend souvent et très rapidement la coloration religieuse d'une soumission aveugle et fanatisée qui inspire toutes sortes de comportements irrationnels et extrêmes, barbares, alimentés par un nihilisme suicidaire puissant. L'horreur de la société capitaliste en décomposition, qui a fabriqué ailleurs des enfants soldats en masse (par exemples en Ouganda, au Congo ou au Tchad particulièrement depuis le début des années 1990), génère maintenant au cœur même de l'Europe de jeunes psychopathes, tueurs professionnels au sang-froid, totalement désensibilisés et capable du pire sans même attendre une rétribution pour cela. Bref, cette société capitaliste en putréfaction, laissée à sa propre dynamique morbide et barbare, ne peut qu'entraîner progressivement toute l'humanité vers le chaos sanglant, la folie meurtrière et la mort. Comme le montre le terrorisme, elle ne cesse de fabriquer toujours plus nombreux des individus totalement désespérés, broyés et capables des pires atrocités ; fondamentalement ces terroristes, elle les façonne à son image. Si de tels "monstres" existent c'est parce que la société capitaliste est devenue "monstrueuse". Et si tous les jeunes qui sont affectés par cette dérive obscurantiste et nihiliste ne s'enrôlent pas dans le "Djihad", le fait que beaucoup d'entre eux considèrent comme des "héros" ou des "justiciers" ceux qui ont franchi ce pas constitue bien une preuve du caractère de plus en plus massif du désespoir et de la barbarie qui envahit la société.


Yannalan tu dis :
Même le CCI s'y met.... C'est pire qu'en 14...

qu'est ce que tu veux dire?

Topaze. Lecteur de revolution internationale http://fr.internationalism.org/

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  yannalan le Mer 14 Jan - 12:57

Ca me paraît clair, vous soufflez dans le sens du vent.
une mouvance qui prospère de plus en plus dans les banlieues pauvres, une mouvance qui s'est exprimée lorsqu'un certain nombre de jeunes ont exprimé l'idée que "Charlie Hebdo l'avait bien cherché en insultant le prophète", et que l'assassinat des dessinateurs était quelque chose de "normal".
La presse bourgeoise est déchaînée là-dessus, le Monde lui-même en était à faire un appel pour qu'on lui signale des lycées où la minute de silence n'aurait pas été respectée... comme si les ados ne faisaient jamais de provoc gratuites.Comme s'ils n'en avaient pas marre que des profs venus souvent d'un "autre e monde" viennent leur faire la morale "républicaine".
Après, que le capitalisme soit pourrissant, bon, on le savait déjà...

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  verié2 le Mer 14 Jan - 13:04

Yannalan
Ca me paraît clair, vous soufflez dans le sens du vent.
L'histoire a en effet montré que les gens qui tiennent des discours ultra-gauches sont souvent tout aussi sensibles aux pressions sociales que les autres. Voire Jules Guesdes et quelques autres... Bon, pour l'instant le CCI n'a pas sombré dans l'union nationale, mais ce passage aurait pu être écrit par Le Figaro...

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  Byrrh le Mer 14 Jan - 15:25

Les couvertures de Charlie Hebdo ont le public qu'elles méritent.



Dernière édition par Byrrh le Mer 14 Jan - 16:54, édité 1 fois

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  verié2 le Mer 14 Jan - 16:42

Les couvertures de Charlie Hebdo ont le public qu'elles méritent.
Euh... celle de droite, c'est Barjot ? Mais celle de gauche ?

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  Byrrh le Mer 14 Jan - 16:49

verié2 a écrit:
Les couvertures de Charlie Hebdo ont le public qu'elles méritent.
Euh... celle de droite, c'est Barjot ? Mais celle de gauche ?
Barjot est au centre. Je ne sais pas si ses deux accompagnatrices sont particulièrement connues.

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  Eugene Duhring le Mer 14 Jan - 20:00

Byrrh a écrit:Les couvertures de Charlie Hebdo ont le public qu'elles méritent.

A vouloir poster comme on tweete on finit par dire des conneries sans nom. A ton avis quand le FN s'approprie des thématiques de l'EG, doit-on en déduire que l'EG a le public qu'il mérite ? Inutile de sombrer dans les raccourcis douteux ...

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  gérard menvussa le Mer 14 Jan - 20:57

quand le FN s'approprie des thématiques de l'EG
Tiens tiens ? Régularisation de tous les sans papier ? Ils ont réhabilités la lutte de classe ? Ils défendent la lutte de classe ?

A mon avis, le pcf "old style" faisait bien de combattre l'usage des produits psychotropes dans notre belle jeunesse. Maintenant elle fait des ravages chez ses adhérents.

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  Dinky le Mer 14 Jan - 21:48

RIEN


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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  verié2 le Jeu 15 Jan - 0:10

Merci Charlie
Cette récupération est particulièrement déplaisante. Non seulement Charlie se vautrait dans l'islamophobie, soutenait les guerres impérialistes, mais ses dessins présentaient souvent les prolos-beaufs de façon méprisante. Et cela, les militants de LO ne l'ignoraient pas et l'avaient critiqué à diverses reprises. Alors que vise LO ? A grappiller un peu de la popularité posthume de Charlie ? LO tombe très bas avec cette démagogie qui ne lui rapportera même pas l'indulgence des partisans de l'Union nationale. Car, sur le terrain de la récupération, il faut se lever tôt pour avoir sa part et tout est déjà pris.

On pouvait tout à fait exprimer notre émotion, notre indignation et notre hommage aux victimes sans les encenser de cette façon, en emboîtant le pas de 99 % des médias bourgeois.


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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  alexi le Jeu 15 Jan - 0:24

Vérié :
LO tombe très bas avec cette démagogie qui ne lui rapportera même pas l'indulgence des partisans de l'Union nationale.
Je pense que LO s'en moque éperdument et le fait pour bien des raisons mais manifestement cele t'échappe totalement.

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Ceux qui ne communient pas dans l'islamophobie

Message  Roseau le Jeu 15 Jan - 1:01


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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  Byrrh le Jeu 15 Jan - 1:40

Eugene Duhring a écrit:
Byrrh a écrit:Les couvertures de Charlie Hebdo ont le public qu'elles méritent.

A vouloir poster comme on tweete on finit par dire des conneries sans nom. A ton avis quand le FN s'approprie des thématiques de l'EG, doit-on en déduire que l'EG a le public qu'il mérite ? Inutile de sombrer dans les raccourcis douteux ...
Plus approximatif et vasouillard que ta remarque, ce serait difficile... Là, on ne parle pas du FN qui est censé "s'approprier des thématiques de l'extrême gauche" (lesquelles ? comment ?).

On parle d'un journal de gauche qui prête le flanc à l'un des leitmotivs mensongers de la "Manif pour tous"... ce qui permet à une ex-représentante de celle-ci de réaliser facilement cette consternante photo, qui n'est pas un montage (elle a été postée par Barjot elle-même sur son compte Facebook).

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  MO2014 le Jeu 15 Jan - 1:53

Roseau a écrit:Je ne suis pas Charlie
par Schlomo Sand
http://www.npa2009.org/idees/schlomo-sand-je-ne-suis-pas-charlie

Ce texte est lire et diffuser, extrait :

...
Un vent mauvais, un vent fétide de racisme dangereux, flotte sur l’Europe : il existe une différence fondamentale entre le fait de s’en prendre à une religion ou à une croyance dominante dans une société, et celui d’attenter ou d’inciter contre la religion d’une minorité dominée. Si, du sein de la civilisation judéo-musulmane : en Arabie saoudite, dans les Emirats du Golfe s’élevaient aujourd’hui des protestations et des mises en gardes contre la religion dominante qui opprime des travailleurs par milliers, et des millions de femmes, nous aurions le devoir de soutenir les protestataires persécutés. Or, comme l’on sait, les dirigeants occidentaux, loin d’encourager les « voltairiens et les rousseauistes » au Moyen-Orient, apportent tout leur soutien aux régimes religieux les plus répressifs.

En revanche, en France ou au Danemark, en Allemagne ou en Espagne où vivent des millions de travailleurs musulmans, le plus souvent affectés aux tâches les plus pénibles, au bas de l’échelle sociale, il faut faire preuve de la plus grande prudence avant de critiquer l’islam, et surtout ne pas le ridiculiser grossièrement. Aujourd’hui, et tout particulièrement après ce terrible massacre, ma sympathie va aux musulmans qui vivent dans les ghettos adjacents aux métropoles, qui risquent fort de devenir les secondes victimes des meurtres perpétrés à Charlie Hebdo et dans le supermarché Hyper casher. Je continue de prendre pour modèle de référence le « Charlie » originel : le grand Charlie Chaplin qui ne s’est jamais moqué des pauvres et des non instruits.

De plus, et sachant que tout texte s’inscrit dans un contexte, comment ne pas s’interroger sur le fait que, depuis plus d’un an, tant de soldats français sont présents en Afrique pour « combattre contre les djihadistes », alors même qu’aucun débat public sérieux n’a eu lieu en France sur l’utilité où les dommages de ces interventions militaires ? Le gendarme colonialiste d’hier, qui porte une responsabilité incontestable dans l’héritage chaotique des frontières et des régimes, est aujourd’hui « rappelé » pour réinstaurer le « droit » à l’aide de sa force de gendarmerie néocoloniale. Avec le gendarme américain, responsable de l’énorme destruction en Irak, sans en avoir jamais émis le moindre regret, il participe aux bombardements des bases de « daesch ». Allié aux dirigeants saoudiens « éclairés », et à d’autres chauds partisans de la « liberté d’expression » au Moyen-Orient, il préserve les frontières du partage illogique qu’il a imposées, il y a un siècle, selon ses intérêts impérialistes. Il est appelé pour bombarder ceux qui menacent les précieux puits de pétrole dont il consomme le produit, sans comprendre que, ce faisant, il invite le risque de la terreur au sein de la métropole.

Mais au fond, il se peut qu’il ait bien compris ! L’Occident éclairé n’est peut-être pas la victime si naïve et innocente en laquelle il aime se présenter ! Bien sûr, il faut être un assassin cruel et pervers pour tuer de sang-froid des personnes innocentes et désarmées, mais il faut être hypocrite ou stupide pour fermer les yeux sur les données dans lesquelles s’inscrit cette tragédie...
http://www.ujfp.org/spip.php?article3768


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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  Eugene Duhring le Jeu 15 Jan - 1:54

Byrrh a écrit:
Eugene Duhring a écrit:
Byrrh a écrit:Les couvertures de Charlie Hebdo ont le public qu'elles méritent.

A vouloir poster comme on tweete on finit par dire des conneries sans nom. A ton avis quand le FN s'approprie des thématiques de l'EG, doit-on en déduire que l'EG a le public qu'il mérite ? Inutile de sombrer dans les raccourcis douteux ...
Plus approximatif et vasouillard que ta remarque, ce serait difficile... Là, on ne parle pas du FN qui est censé "s'approprier des thématiques de l'extrême gauche" (lesquelles ? comment ?).

On parle d'un journal de gauche qui prête le flanc à l'un des leitmotivs mensongers de la "Manif pour tous"... ce qui permet à une ex-représentante de celle-ci de réaliser facilement cette consternante photo, qui n'est pas un montage (elle a été postée par Barjot elle-même sur son compte Facebook).
Remarque plus consternante encore que la première. En quoi Charlie Hebdo est responsable de l'utilisation des tentatives de récupération par ces trois nazes. Dis-moi ? J'ai commencé à feuilleter la production de Charlie Hebdo. Des caricatures de bourgeoises catho du type manif pour tous comme ces 3 là, ça en regorge. Il est évident qu'elles en ont soigneusement sélectionné d'autres. Si elles se revendiquent de Charlie Hebdo, c'est à elles d'assumer leurs propres caricatures.
Sinon dans le registre de la récupération, le FN avec Jaurès il fallait oser. Peut-on comme tu sembles l'affectionner, rapprocher le FN ses valeurs de celles des militants PS ? A te lire, il semble que oui ! Vasouillard, lesquelles, comment ? Il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas comprendre.

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  Byrrh le Jeu 15 Jan - 2:11

La vache, tu es bouché. Je répète donc : Barjot utilise d'autant plus facilement cette Une de Charb qu'elle reprend l'un des fantasmes favoris de la "Manif pour tous" (mariage pour tous + PMA pour les couples de femmes -> prélude à la marchandisation du corps des femmes par les homos). Dans le même numéro, mais en pages intérieures, il y a d'ailleurs un autre dessin de Charb : deux homos, dépeints comme deux précieux bourgeois, s'apprêtent à glisser une pièce dans une femme dont le corps est un distributeur de fœtus ; une légende accompagne le dessin : "GPA - Amis gays, les femmes ne sont pas des distributeurs de bébés...". A cette légende, les deux personnages répondent : "Si ! Mais faut avoir la monnaie...".

Comme diraient certains : "Merci Charlie"...

Eugene Duhring a écrit:Des caricatures de bourgeoises catho du type manif pour tous comme ces 3 là, ça en regorge. Il est évident qu'elles en ont soigneusement sélectionné d'autres.
Intéressante remarque. Car c'est un peu ce qu'on se dit en feuilletant le dernier numéro de Lutte ouvrière que Verié évoque plus haut sur ce fil : on a sélectionné des dessins (et des dessinateurs), et on en a écartés d'autres. Et pour cause !

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Lordon: Charlie a tout prix ?

Message  Roseau le Jeu 15 Jan - 3:47


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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  MO2014 le Jeu 15 Jan - 10:49


La conclusion est intéressante :
Il y aurait enfin matière à questionner la réalité de l’« union nationale » qu’on célèbre en tous sens. Tout porte à croire que le cortège parisien, si immense qu’il ait été, s’est montré d’une remarquable homogénéité sociologique : blanc, urbain, éduqué. C’est que le nombre brut n’est pas en soi un indicateur de représentativité : il suffit que soit exceptionnellement élevé le taux de mobilisation d’un certain sous-ensemble de la population pour produire un résultat pareil.

Alors « union nationale » ? « Peuple en marche » ? « France debout » ? Il s’agirait peut-être d’y regarder à deux fois, et notamment pour savoir si cette manière de clamer la résolution du problème par la levée en masse n’est pas une manière spécialement insidieuse de reconduire le problème, ou d’en faire la dénégation. A l’image des dominants, toujours portés à prendre leur particularité pour de l’universel, et à croire que leur être au monde social épuise tout ce qu’il y a à dire sur le monde social, il se pourrait que les cortèges d’hier aient surtout vu la bourgeoisie éduquée contempler ses propres puissances et s’abandonner au ravissement d’elle-même. Il n’est pas certain cependant que ceci fasse un « pays », ou même un « peuple », comme nous pourrions avoir bientôt l’occasion de nous en ressouvenir.

Il y a une façon aveuglée de s’extasier de l’histoire imaginaire qui est le plus sûr moyen de laisser échapper l’histoire réelle — celle qui s’accomplit hors de toute fantasmagorie, et le plus souvent dans notre dos. Or, l’histoire réelle qui s’annonce a vraiment une sale gueule. Si nous voulons avoir quelque chance de nous la réapproprier, passé le temps du deuil, il faudra songer à sortir de l’hébétude et à refaire de la politique. Mais pour de bon.

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  verié2 le Jeu 15 Jan - 10:54


Monde Diplo
il se pourrait que les cortèges d’hier aient surtout vu la bourgeoisie éduquée contempler ses propres puissances et s’abandonner au ravissement d’elle-même.
Je ne dispose d'aucun élément statistique, mais je ne crois pas qu'il n'y avait que ou très majoritairement "la bourgeoisie éduquée" ou même "bourgeoisie + petite bourgeoisie éduquées", même si ça fait du monde. Je connais trop de gens autour de moi qui n'appartiennent pas à ces couches sociales et qui y sont allés : cheminots, esthéticiennes, mères de famille, retraités modestes etc.

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  MO2014 le Jeu 15 Jan - 11:59

verié2 a écrit:

Monde Diplo
il se pourrait que les cortèges d’hier aient surtout vu la bourgeoisie éduquée contempler ses propres puissances et s’abandonner au ravissement d’elle-même.
Je ne dispose d'aucun élément statistique, mais je ne crois pas qu'il n'y avait que ou très majoritairement "la bourgeoisie éduquée" ou même "bourgeoisie + petite bourgeoisie éduquées", même si ça fait du monde. Je connais trop de gens autour de moi qui n'appartiennent pas à ces couches sociales et qui y sont allés : cheminots, esthéticiennes, mères de famille, retraités modestes etc.

Mon expérience confirme l'hypothèse du texte : la plupart des participants étaient , "blanc, urbain, éduqué", parce que j'ai vu dans mon quartier (populaire banlieue parisienne, forte immigration) où une majorité ne s'est pas déplacée. Un autre phénomène commence à être relaté par les médias, le refus de l'injonction "je suis Charlie" et de la minute de silence dans les écoles des quartiers populaires.
Il faudrait faire un travail statistique pour comparer les mobilisations des villes ouvrières à celles des villes plus cols blancs. J'ai été frappé par la faiblesse des chiffres de Marseille par exemple.

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  MO2014 le Jeu 15 Jan - 12:33

De la « Liberté d’Expression » à la « Marche Républicaine »

amalgames, manipulations et blanchiment d’images autour de Charlie Hebdo


par Philippe Blanchet
15 janvier 2015

L’assassinat perpétré dans la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier a donné lieu à un emballement émotionnel bien compréhensible et à un emballement médiatico-politique beaucoup plus suspect, y compris parce que le second a très vite exploité le premier en pratiquant ce qui me semble être des confusions et des instrumentalisations par l’usage de mots ambigus.

J’ai moi-même été choqué et abasourdi par cet assassinat et par ses motivations possibles en l’apprenant presque aussitôt le mercredi vers 11h30. Mais dès les informations de la mi-journée, l’intervention du président de la république française et les commentaires qui l’ont accompagnée me laissaient dubitatif. En effet, F. Hollande a interprété l’assassinat, aussitôt sur place puis le soir même à la télévision, comme une attaque terroriste contre « la France », contre « la République », contre « la démocratie », et appelait à « l’unité nationale » contre ce terrorisme et cette atteinte aux « valeurs de la République », affirmation reprise en boucle par de très nombreuses personnes dans les médias qui y ont ajouté leur crainte du « communautarisme » et de « l’islamisme ». Cela a conduit à de très nombreux rassemblements publics, d’abords spontanés, puis appelés par différentes organisations politiques, syndicales, religieuses, associatives, etc. sous des désignations comme, entre autres, « rassemblement citoyen » jusque à la « marche républicaine » du dimanche 11 janvier.

Or, à reprendre ces évènements sous ces termes, sans aucune explicitation du sens qu’on attribue à ces termes ni des raisons pour lesquelles on reprend ces évènements sous ces termes, on crée au moins des ambigüités majeures et même des amalgames très discutables. Lorsqu’en plus on confronte ces discours aux actes qui les complètent ou les mettent en œuvre, qui les exemplifient, on peut y voir des dérives particulièrement inquiétantes, choquantes, scandaleuses.

Une attaque de la France ?

Est-ce qu’en attaquant Charlie Hebdo on attaque la France en tant que telle ? Il faudrait pour cela soit que Charlie Hebdo soit un emblème de la France, soit que Charlie Hebdo ait été choisi parce que c’est un média français et/ou que sa rédaction se trouve en France. Il est clair que Charlie Hebdo n’est pas un média emblématique de la France : ni par son image à l’international, ni par son contenu, ce média n’est un symbole de la France ; il n’est jamais cité parmi ce qui représente la France quand on fait des enquêtes sur ce sujet par exemple auprès des personnes qui apprennent le français dans le monde, dont la plupart ignore même son existence. Ou alors est-ce parce que la France serait l’exemple même d’un pays de liberté d’expression dont Charlie Hebdo serait à son tour un exemple parlant ? On verra ci-dessous que ce n’est justement pas le cas.

Est-ce que Charlie Hebdo a été attaqué parce qu’il est en France ? Rien ne permet de l’affirmer et on peut faire l’hypothèse au moins aussi solide que la rédaction de Charlie Hebdo aurait pu subir la même agression si ça avait été un média belge ou allemand ou états-unien. Affirmer que c’est la France qu’on attaque en assassinant douze personnes au siège de cet hebdomadaire, c’est une extrapolation très discutable. A quoi sert cette extrapolation ? A donner une dimension nationale à un évènement qui est un drame pour l’humanité sans question de nationalité. Cela revient à capter une émotion collective au profit d’un projet national.

Une attaque de la liberté d’expression ?

Comme il s’agit probablement de représailles contre les positions anti-religieuses régulières de Charlie Hebdo, et surtout de ses représentations du prophète musulman destinée à se moquer de ses adorateurs extrémistes, oui bien sûr, c’est clairement une attaque contre la liberté d’expression, destinée à punir et à terroriser. C’est cette atteinte gravissime à la liberté d’expression, et elle seule, qui aurait dû motiver une réaction indignée. Or on l’a détournée vers un enjeu national et, dans ce cadre surtout, vers la question de ce qu’on a appelé « l’islamisme ».

Attaquer la liberté d’expression, est-ce que c’est attaquer la France ? Et surtout à travers Charlie Hebdo ? La réponse est deux fois non. Une fois parce que c’est oublier que l’Etat français a plusieurs fois interdit Charlie Hebdo, à l’époque où il s’appelait Hara Kiri. C’est, bien au contraire, parce que le gouvernement français avait interdit le célèbre numéro de Hara Kiri titrant à la mort de De Gaulle « Bal tragique à Colombey : un mort » que la rédaction de Hara Kiri a contourné cette censure en reparaissant aussitôt sous un autre nom, celui de Charlie Hebdo. Et pourquoi cette interdiction ? Parce que, dans le contexte où un dancing (comme on disait à l’époque) avait brulé entrainant la mort de dizaines de personnes, Hara Kiri avait plaisanté sur la mort du général De Gaulle : un blasphème, en quelque sorte. Il faut avoir un terrible toupet pour oser aujourd’hui faire de Charlie Hebdo l’emblème d’une liberté d’expression caractéristique de la république française.

D’une manière générale, et bien que le mythe national fasse de la France « le pays des Droits de l’Homme » [1], la France est loin d’être un exemple de liberté d’expression et, plus largement, de respect des Droits humains. L’Etat français bafoue tous les jours les Droits humains et les textes internationaux de protection de ces Droits que la France a pourtant ratifiés. Qu’il s’agisse par exemple du Droit d’asile, du traitement des étrangers, de ses lois sur la nationalité, de la justice (avec sa procédure expéditive de comparution immédiate), de ses prisons, de devoir de secours aux plus démunis, de sa politique linguistique ou éducative, de sa politique étrangère ou économique, et de bien d’autres domaines encore, la France est régulièrement condamnée par la Cour européenne des Droits humains, rappelée à l’ordre par des organismes internationaux comme le Conseil des Droits humains de l’ONU, montrée du doigt par des organismes non gouvernementaux de protection des Droits humains et de lutte contre les discriminations.

En même temps qu’on élève au nom de la France une protestation contre l’atteinte à la liberté d’expression que représente l’assassinat de la rédaction de Charlie Hebdo, l’Etat français poursuit en justice les auteurs de la chanson intitulée « Nique la France » dans laquelle le groupe ZEP dénonce le colonialisme français, poursuit en justice une personne mandatée par un parti politique (le NPA) qui a appelé à manifester en juillet dernier contre les massacres israéliens en Palestine, interdit les manifestations de solidarité avec les Palestiniens assassinés ; tout comme l’Etat a répondu à la libre expression de Rémi Fraisse en envoyant l’armée le tuer à coup de grenade offensive et comme il a interdit l’expression publique de l’émotion collective à la mort de Rémi Fraisse. Et la liste pourrait s’allonger de manière presque infinie…

Que peut donc signifier une « liberté d’expression » à la française ? Occulter tout cela et se présenter comme le pays de la liberté d’expression, c’est surtout une vaste opération de blanchiment de l’image de la France qui brouille la notion même de liberté d’expression et c’est même, d’une certaine façon, une hypocrisie qui lui manque de respect.

Une attaque de la république ?

La république est un type d’organisation politique où le pouvoir exécutif n’est pas détenu de façon héréditaire (au contraire d’une monarchie). La personne qui exerce ce pouvoir peut être désignée de façon démocratique à des degrés divers (voir la question de la démocratie ci-dessous) ou non. Une république n’est pas forcément ni une démocratie, ni un Etat respectueux des Droits humains (dont la liberté d’expression), même si, dans l’idéal, il est plus cohérent qu’une république soit démocratique. On ne voit vraiment pas en quoi le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo est une « attaque contre la république ». N’est-ce pas là un autre détournement de l’enjeu majeur de l’attentat contre Charlie Hebdo ?

Du coup, on ne comprend pas le sens de l’expression « marche républicaine ». Si ça avait eu lieu en Belgique ou au Royaume-Uni, l’aurait-on appelée « marche monarchique » ? Au Luxembourg, « marche granduchique » et à Andorre « marche principautaire » ? On retrouve ici un des fréquents usages détournés de la notion de république dans le discours médiatique et politique français, comme lorsqu’on parle de « front républicain » pour s’opposer au Front National. Ça n’a rien de particulièrement républicain. En fait on pourrait plutôt dire par exemple « Marche des Droits humains » pour s’opposer à l’attaque contre la liberté d’expression, tout comme « Front des Droits humains » ou « Front Humaniste » aurait beaucoup plus de sens face au programme politique attentatoire aux Droits humains du Front National. Mais ce serait beaucoup plus engageant et je ne suis pas sûr que tous ceux et celles, individus et organisations, qui ont appelé à la « Marche Républicaine » ou qui y ont participé soient des défenseurs des Droits humains ni même seulement de la liberté d’expression, tant sur le plan des principes que de leurs comportements quotidiens.

On pourrait objecter que quand on dit « la République » (la majuscule n’existant pas à l’oral), on veut dire « la république française ». C’est un raccourci égocentrique, ou plutôt ethnocentrique. Il est dangereux puisqu’il laisse à penser qu’il n’y a qu’un seule république, la française, ou en tout cas une seule qui compte ou qui compte plus que les autres, et de réduire la France à son statut constitutionnel de république.

Une attaque de la démocratie ?

Démocratie signifie gouvernement par le peuple. C’est, en théorie, une organisation politique où le peuple se gouverne lui-même. En général, d’ailleurs, seule une partie du peuple participe à cette gouvernance. D’une part parce qu’une autre partie est exclue du droit d’y participer : en France par exemple les femmes n’y participaient pas jusqu’en 1945, les mineurs et les habitants qui n’ont pas la nationalité française n’y participent pas encore de nos jours. D’autre part parce que beaucoup d’Etats ont opté pour un système de représentation où quelques élu-e-s gouvernent et/ou choisissent des gouvernants pour l’ensemble de la population admise au droit de vote. Ce système de représentations tend à priver la population de son pouvoir de façon relativement durable (entre deux élections par exemple). C’est ce qui fait dire au politologue Philippe Corcuff que la France n’est pas un Etat démocratique mais un Etat à système représentatif dont l’idéal est démocratique ; l’idéal, mais pas les pratiques.

Les usages fréquents du terme et de ses dérivés, en France, confondent démocratie et liberté, démocratie et Droits humains, démocratie et justice ou équité. Si l’on peut considérer que le droit de vote présuppose une certaine liberté d’expression, celle-ci peut être plus ou moins limitée. On peut en effet démocratiquement restreindre les Droits humains, y compris la liberté d’expression, notamment par le jeu de la majorité numérique. De nombreuses démocraties ont des politiques totalitaires. Hitler est arrivé au pouvoir de façon démocratique. La démocratie française permet l’existence et l’expression d’un parti politique dont le programme est contraire aux Droits humains, et l’élection d’élu-e-s qui censurent la présence d’une presse humaniste dans des bibliothèques publiques). Le système éducatif de la démocratie française est l’un des plus inégalitaires au monde et le système économique français produit en permanence des atteintes graves aux Droits humains, des discriminations, des injustices et des iniquités.

En attaquant à l’arme meurtrière la rédaction de Charlie Hebdo, est-ce qu’on attaque la démocratie ? Seulement de façon indirecte et très partielle et seulement si on considère, comme je le disais plus haut, que le droit de vote présuppose une certaine liberté d’expression et d’information. En confondant les libertés fondamentales et la démocratie, on fait croire qu’il suffit qu’un système, comme la France, soit démocratique pour que les libertés et les Droits y soient garantis. Or, c’est loin d’être le cas. Autre entrée dans l’opération de blanchiment qui détourne de la question essentielle : celles des droits et des libertés.

Une attaque « islamiste » ?

En appelant « islamisme » l’extrémisme suspecté d’être à l’origine de ce terrorisme, on inscrit cet extrémisme dans une continuité qui parait du coup de l’ordre de l’évidence entre islam et extrémisme ou terrorisme. Les termes « christianisme, judaïsme, protestantisme, bouddhisme, confucianisme » sont des dérivés en –isme du nom d’une religion ou d’un prophète. Ils ne sont pas péjoratifs, ni même négatifs. « Islamisme » l’est. En l’employant, on glisse implicitement dans l’islamophobie. De la même façon, quand on parle du dieu révéré par les chrétiens, les mormons ou les juifs on dit « dieu ». On ne dit pas « deus », « god » ou « yahvé » par exemple. Quand on parle des musulmans, on dit presque toujours « allah », mot arabe qui signifie tout simplement dieu. Ce faisant, on crée une « étrangeté » qu’on ne crée pas à propos des autres religions. On en fait une religion à part (alors que juifs, chrétiens et musulmans révèrent le même dieu). C’est parce que cette islamophobie rampante est présente, même aussi implicitement, dans de grandes parties de la société française (et notamment dans les discours publics qui y circulent), que la suspicion de motivation « islamiste » de l’attentat a aussitôt été diffusée et reprise sans le moindre instant de doute et avant toute vérification. On déporte ainsi le problème de l’extrémisme –quel qu’il soit, musulman, chrétien, religieux, politique, national, etc.– vers un supposé problème spécifique de l’islam.

L’unité « nationale » et le « communautarisme »

Face aux réactions passionnelles qu’a suscitées cet assassinat, on a appelé de divers bords, à commencer par celui du président de la république française, à « l’unité nationale », au sursaut de « la Nation », à la fois face au terrorisme et contre les conflits qui pourraient avoir lieu entre divers groupes d’habitants du pays. On a pensé bien sûr aux attaques diverses que pourraient subir des personnes au motif qu’elles sont de religion musulmane. On oublie en employant ces termes que la « nation » n’est constituée que de ses « nationaux », c’est-à-dire de ses ressortissants, ceux et celles qui ont la « nationalité ». En appelant la « nation » à l’unité, on exclut de cet appel tous les habitants et habitantes de France qui n’ont pas la nationalité française, on divise et on exclut au lieu de rassembler.

Parallèlement, on peut penser qu’appeler à l’unité nationale, à l’affirmation d’une communauté nationale, c’est lutter contre ce qu’on appelle souvent en France le « communautarisme », avec une connotation péjorative, et qui serait à l’origine de comportements potentiellement agressifs entre « communautés ». Là aussi, on entretient un flou qui a des conséquences graves. Le communautarisme est un mode d’organisation politique selon lequel les individus appartiennent à des communautés (linguistiques, culturelles, nationales, religieuses, etc.) à l’intérieur d’un Etat, d’une manière officielle qui leur donnent des droits et des obligations particuliers. C’est le cas au Canada ou en Suisse, par exemple. Ce n’est pas la même chose que le sentiment d’appartenir à plusieurs communautés humaines en même temps qu’on a, par exemple, la nationalité française. Il est d’ailleurs concrètement impossible qu’un Etat de 65 millions d’habitants comme la France ne soit constitué que d’individus qui seraient les seuls interlocuteurs de l’Etat sans aucun collectif en parallèle : cela signifierait aucune collectivité territoriales, aucune association, aucun parti, aucun syndicat, etc. L’abus de l’usage du terme « communautariste » pour désigner toute appartenance collective autre que française et toute particularité, crée une discrimination entre une communauté valorisée, la communauté nationale française, et d’autres communautés dévalorisées (régionales, communales, sportives, professionnelles, linguistiques, culturelles, religieuses, etc.). Ceci est renforcé par le fait que la construction de la communauté nationale française, depuis la création de la France moderne à la Révolution de 1789, a toutes les caractéristiques d’un processus d’ethnicisation : inculcation d’une seule langue, d’une seule culture, d’une seule histoire imposées comme communes, uniformisation centralisée, dynamique assimilationniste, etc. Du coup, en stigmatisant toute diversité, on exclut au lieu d’inclure et on peut susciter les extrémismes communautaires que l’on prétend prévenir. On renforce les dérives du discours nationaliste dominant par la diffusion de significations implicites de termes sur lesquels on ne s’interroge pas.

Et comment finalement on a aussi parlé de tout autre chose que de l’essentiel

L’analyse des mots employés pour parler de l’assassinat terroriste commis par des extrémistes au sein de la rédaction de Charlie Hebdo montre combien a pu être détourné l’enjeu majeur (à mes yeux) de cet évènement abominable. C’est, pour moi, une autre abomination que ces amalgames, cette récupération, cette manipulation non seulement de la mort de ces personnes mais aussi de l’émotion spontanée et pleine d’humanité qu’elle a aussitôt suscitée.

Quand on voit que des gens comme Omar Bongo (président-dictateur de la république du Gabon grâce entre autres au néocolonialisme de la France), Benyamin Netanyahou (premier ministre israélien, responsable des massacres de civils palestiniens et d’une politique particulièrement attentatoires aux Droits humains en Palestine), ou Viktor Orban (premier ministre d’extrême-droite de Hongrie et responsable d’une politique particulièrement attentatoires aux Droits humains), ont participé aux côtés du président français à la « marche républicaine » (« nationale et démocratique », on pourrait ajouter « citoyenne », autre terme fourretout et trompeur), on se dit que, vraiment, ce n’est ni la liberté d’expression, ni la liberté de penser, ni les Droits humains que ces gens-là y ont soutenu, pas plus que l’élan populaire de compassion pour les victimes et leurs proches, ni même la mémoire des dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo qu’ils y ont honoré.
P.-S.

http://lmsi.net/De-la-Liberte-d-Expression-a-la

MO2014

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Re: Je ne suis PAS Charlie

Message  verié2 le Jeu 15 Jan - 13:05

Pas très convaincu par cet article, même s'il contient évidemment des choses justes. Car, si l'auteur nous explique ce que n'est pas l'attentat, il ne nous dit pas ce qu'il est à son avis. Pour ma part, je pense que c'est un acte de guerre consécutif aux guerres impérialistes, une retombée des conflits et massacres du Moyen Orient. Avec pour exécutants de pauvres types déboussolés et fanatisés pour toutes les raisons que nous connaissons. La religion et la liberté d'expression ne sont que les prétextes idéologiques.

Ce qu'il faut expliquer sans relâche, c'est qu'on ne peut pas vivre en paix confortablement dans un univers en crise économique à feu et à sang. Les crimes de l'impérialisme nous retombent inévitablement sur le dos un jour ou l'autre, même si ça frappe des innocents.

Le texte de Schlomo Sand est bien meilleur :
Je ne suis pas Charlie
par Schlomo Sand
http://www.npa2009.org/idees/schlomo-sand-je-ne-suis-pas-charlie

verié2

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Re: Je ne suis PAS Charlie

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