« Chaque bataille de rue est comme un stage de perfectionnement pour la police »

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Re: « Chaque bataille de rue est comme un stage de perfectionnement pour la police »

Message  gérard menvussa le Lun 11 Oct - 20:49

Un article trés intéressant de Claude Guillon

À LA GUERRE SOCIALE COMME À LA GUERRE !
lundi 11 octobre 2010.

À la suite des émeutes du quartier de La Villeneuve, à Grenoble, Nicolas Sarkozy annonce en conseil des ministres, le mercredi 21 juillet 2010 « une véritable guerre contre les trafiquants ».

Le 30 juillet 2010, à Grenoble, après des incidents consécutifs au décès d’un braqueur abattu par la police, il fait le lien entre la délinquance et « cinquante ans d’immigration insuffisamment régulée, qui ont abouti à mettre en échec l’intégration ». Il appelle à une « guerre nationale » contre cette délinquance, ainsi dénoncée comme d’origine étrangère.

1. De quelle « guerre » s’agit-il ?

Dans le discours dominant, le thème de la « guerre » n’est pas d’apparition récente. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, il est omniprésent sous sa variante de « guerre économique » (leitmotiv d’un Michel Debré) et, plus subtilement, comme institutionnalisation d’une « guerre froide » transposée sur le terrain intérieur.

En 1980, alors que le gouvernement Giscard d’Estaing-Raymond Barre envisage de modifier les textes sur la sûreté intérieure, Le Monde écrit : « Toute séparation formelle entre temps de paix et état de guerre tend à disparaître définitivement, au profit d’une situation de crise générale à laquelle doivent désormais se préparer les institutions, civiles et militaires, contribuant à la sécurité [1].

Le « terrorisme », réel, fantasmé et/ou instrumentalisé fournira à la fin des années 1980 une représentation commode de l’ennemi extérieur et intérieur. En 1986, le discours programme de Jacques Chirac évoque ce que j’ai appelé, par référence aux « classes dangereuses », les trois « figures dangereuses » du « terroriste », de l’étranger et du jeune délinquant. À l’intérieur de ce dispositif idéologique et guerrier, un déplacement commode permettra, après 1989, de pallier la disparition de l’épouvantail du bloc de l’Est, supposé pourvoyeur de poseurs de bombes, au profit de l’islamisme radical. Désormais, les trois figures dangereuses se croisent idéalement dans le jeune délinquant, enfant d’immigrés, donc supposé enrôlable par le terrorisme islamique.

Ayant à l’esprit ce court rappel historique, on ne trouvera rien d’étonnant à la récurrence du thème de la « guerre » dans le discours de Nicolas Sarkozy. Il est présent dès son arrivée au ministère de l’Intérieur, en juin 2002, lorsqu’il exhorte 2 000 cadres de la police à la mobilisation : « Nous allons gagner la guerre contre l’insécurité ». Guerre encore, contre les délinquants, en octobre de la même année, après l’incendie de plusieurs véhicules à Strasbourg. « Guerre aux trafiquants », et même aux « chauffards routiers » en 2003. Guerre aux « bandes violentes » pour le désormais président de la République en 2008. Il déclare en 2009 : « Notre pays doit enrayer le phénomène des bandes et de haine dirigés contre deux piliers de la République, l’école et la police ».

Toujours en 2009, la même rhétorique s’applique à l’absentéisme scolaire, c’est la « guerre sans merci contre le décrochage scolaire ». Pas davantage de merci, comme bien l’on pense, contre « la criminalité », en mai 2010 après le décès en service d’une policière [2].

L’apparent bric-à-brac des « cibles » gagne en cohérence une fois reconsidéré comme cibles de ce que j’ai appelé la terrorisation démocratique, correspondant aux figures dangereuses évoquées plus haut : délinquance multiforme (de l’école buissonnière au braquage), immigration, dont il ne suffit plus qu’elle soit « régulière » et légale, attaques violentes contre les institutions et leurs personnels.

On voit que ce recours systématique au thème de la guerre s’inscrit sur le moyen terme (quarante années) et ne saurait être considéré comme une simple rodomontade ou une question de « style » propre au seul Nicolas Sarkozy.

Il indique bien plus tôt une tendance de fond des patronats et États occidentaux à mettre à profit la mondialisation pour revenir à une gestion capitaliste plus violente, présentant les conquêtes ouvrières comme des archaïsmes : services publics, droits sociaux et syndicaux, etc.

Tandis qu’une guerre mondiale permanente et tournante permet, « à l’extérieur », de gendarmer le monde et d’assurer la circulation des sources d’énergie (Irak, Afghanistan, Kosovo), la terrorisation démocratique devenue mode de gouvernement est l’instrument d’une guerre tout aussi réelle : la guerre des classes.

Ancien premier flic de France, soucieux, en bon parvenu, d’afficher en tout, du choix de son épouse à celui de sa montre, son attachement à la bourgeoisie (et au spectacle), M. Sarkozy se veut l’artisan magnifique - incompris, si nécessaire - de la mutation de la république bourgeoise au service du capitalisme moderne.

Ça n’est certes pas la première fois que la lutte de classes en France aura « créé des circonstances et des conditions qui ont permis à un médiocre et grotesque personnage de jouer le rôle de héros [3] ».

2. Quel est le moral des troupes ?

« La multiplication des violences dans les quartiers alarme les policiers », constatait Le Monde (28 août 2010) : « Responsables policiers et syndicalistes ne dissimulent pas leurs inquiétudes face aux tensions et aux violences contre les forces de l’ordre dans les quartiers sensibles. Avec une double angoisse : celle d’un embrasement des quartiers qui répondrait au décès d’un jeune lors d’une course-poursuite ou lors d’affrontements avec la police ; ou, à l’inverse, d’un mouvement de colère des policiers dans l’hypothèse de la mort d’un fonctionnaire au cours d’émeutes urbaines. »

Faisant allusion à divers faits survenus en août 2010, tirs au fusil à Auxerre, Corbeil-Essonnes, Toulouse, le quotidien ajoutait : « Après les nuits d’émeutes dans le quartier de la Villeneuve à Grenoble, en juillet, où les policiers avaient dû répliquer à balles réelles à des tirs d’armes à feu, les dernières semaines ont été marquées par d’autres incidents graves. »

L’émeute de Grenoble faisait suite à la mort de Karim Boudouda, après le braquage du casino d’Uriage. « Des mesures de sécurité exceptionnelles ont été adoptées afin d’assurer la protection des policiers de la brigade anticriminalité (BAC) impliqués dans la course-poursuite et la fusillade. [...] “Nous avons notamment identifié des menaces que nous estimons sérieuses sur l’un des fonctionnaires de la BAC”. [...] Les fonctionnaires pris pour cibles ont été mis en congé et leurs domiciles sont désormais surveillés par la gendarmerie ou la police [4]. »

Plus au sud, à la suite du contrôle à son domicile d’un CRS en arrêt de travail à la suite d’une blessure au bras, 48 de ses collègues se sont simultanément mis en arrêt maladie. Ce mouvement de protestation contre « les façons de faire de la hiérarchie et les pressions exercées sur les personnels » a entraîné le retour à sa caserne de Carcassonne de la cinquante-septième compagnie républicaine de sécurité qui se rendait à Paris, le 31 août 2010. Elle a fait demi-tour à hauteur de Cahors. Un syndicaliste policier FO de l’Aude estimait que les violences exercées contre les policiers en 2009 ont doublé par rapport à l’année précédente : « On ne refuse pas de faire notre travail, mais nous n’en avons plus les moyens humains et techniques [5]. »

Il apparaît que les membres des forces du maintien de l’ordre sont victimes des mêmes modes de management que les autres travailleurs, et qu’ils s’en rendent compte. Par ailleurs, le fait que les fusils soient désormais pointés sur leurs têtes, et non plus seulement dans le dos des jeunes de banlieue, semble provoquer une amorce de prise de conscience de la violence de la « guerre » à laquelle appelle M. Sarkozy depuis huit ans, et dont ils sont la piétaille.

Passons sur l’étonnement douloureux, et probablement sincère, de ces fantassins de la guerre sociale devant le fait que des catégories de pauvres, traditionnellement cibles des dites « bavures » policières, décident d’ignorer les règles du jeu et le monopole étatique de la violence : nous sommes armés et nous tirons sur vous. Rappelons, à titre indicatif, qu’entre 1977 et 2001, 196 personnes ont été tuées par la police, des jeunes pour la plupart, fils d’immigrés [6], et que le parquet de Bobigny a requis un non-lieu, le 9 septembre 2010, pour les deux policiers mis en cause pour « non assistance à personne en danger » dans la mort de deux adolescents, Zyed et Bouna, à Clichy-sous-Bois en octobre 2005.

Du strict point de vue de la psychologie individuelle, on conviendra aisément qu’il puisse être désagréable, et même traumatisant, d’être la cible de tirs de fusils de chasse ou de carabines 22 LR. Par ailleurs, le renversement brutal de perspective (se trouver de l’autre côté du viseur) a de quoi sidérer momentanément les capacités d’analyse.

On ne peut dès lors qu’observer avec intérêt toutes les stratégies d’échappement, qu’elles soient utilisées comme substitut à la grève (interdite) ou même maniées par les hiérarchies locales à titre préventif. Se faire porter pâle, surtout collectivement, est en effet une bonne manière de ne pas avoir à tirer sur des inconnus, tout en évitant qu’ils vous prennent pour cible.

Force est de constater, du seul point de vue des autorités cette fois, les impasses dans lesquelles elles se trouveront rapidement engagées. Admettons que l’on fasse protéger par des gendarmes ou des CRS les domiciles des policiers des BAC impliqués dans des fusillades meurtrières. Qui surveillera les domiciles des gendarmes et des CRS ? Certainement pas les CRS, eux-mêmes en arrêt maladie, qui préfèreront braver les contrôles plutôt qu’avoir à garder leur caserne comme s’ils étaient en service...

On lit ici et là que des policiers ruent dans les brancards, persuadés que les consignes qu’on leur donne l’ordre d’appliquer, en matière de rafles d’étrangers par exemple, n’ont d’autre visée que de propagande. Il semble que sur des théâtres d’opérations pourtant supposés plus « valorisants », en Afghanistan par exemple, les soldats de la « vraie guerre » vérifient sur le terrain que leur présence n’est nullement souhaitée par les populations qu’ils sont censés protéger de la barbarie, et que se multiplient départs à la retraite anticipés, non renouvellement de contrats, etc.

Souhaitons sincèrement aux individus dont la triste fonction sociale, qu’ils ont accepté de remplir pour des raisons économiques, souvent à l’aube de leur vie, n’a pas totalement altéré le sens moral, la conscience de classe et l’instinct de conservation, de prendre le large tant qu’il est temps...

3. Retraites ou offensive ?

Le journal Le Monde, qui n’a jamais dérogé à son rôle d’almanach du bon sens, c’est-à-dire de compilation de la pensée bourgeoise sur le monde, écrit dans un éditorial à propos de la loi contre les retraites du gouvernement Sarkozy-Fillon : « Sur le plan tant démographique, compte tenu de l’allongement de l’espérance de vie qui rend inéluctable la hausse de la durée de cotisation, qu’économique, en raison des déficits du régime, la réforme des retraites était nécessaire. » Ayant ainsi approuvé sur le fond le discours du gouvernement et de la classe dont il défend les intérêts, l’éditorialiste peut se donner l’air de discuter sévèrement les détails, annonçant au passage ce que seront les aménagements que l’on on peut attendre de la part de « la gauche », si elle revenait aux affaires : « Un projet inéquitable et une mauvaise méthode débouchent aujourd’hui sur un blocage social à hauts risques [7] ».

La seule préoccupation des gestionnaires, de « droite » comme de « gauche », également commune aux dresseurs de chiens et aux publicitaires, est donc bien le conditionnement, des produits et de ceux qu’il faut convaincre de les convoiter.

- Guerre sociale et bourrage de crânes

La caractéristique du projet contre les retraites et de l’espèce d’exposé des motifs que résume complaisamment le journaliste est un ensemble de non-dits, précisément constitutifs du mensonge bourgeois sur l’histoire et le monde :

a) Le salariat, c’est-à-dire l’exploitation du travail, est une fatalité indépassable, qui assure la domination de la nature par l’homme et sa supériorité sur le babouin.

b) Les dits « avantages acquis » ou « acquis sociaux », c’est-à-dire les concessions faites par la bourgeoisie au prolétariat en lutte, au cours de l’histoire de la lutte des classes, doivent au contraire être considérés comme temporaires, momentanés, « précaires » comme toute vie, ainsi que le rappelait la patronne des patrons français.

c) Plus ces acquis sont anciens dans l’histoire de la lutte des classes, plus facilement ils seront dénoncés comme des archaïsmes incompatibles avec les nécessités de l’économie moderne.

d) L’économie moderne est une science objective qui permet d’organiser rationnellement la domination de l’homme sur la nature et la satisfaction harmonieuse des besoins humains. Et non l’idéologie propre au capitalisme moderne, qui exploite le travail et met l’ensemble de la vie humaine sous le signe de la marchandise et du profit.

Si l’on accepte de telles prémisses, il devient en effet impossible de discuter autrement que sur d’infimes détails, de calendrier par exemple, tant de la loi contre les retraites que de la disparition des services publics ou du démantèlement du Code du travail.

La seule position cohérente pour un mouvement social qui interdirait effectivement la réforme engagée contre les retraites consiste à dire : Nous n’avons pas de comptes à rendre, rien que des comptes à régler. Nous ne discutons pas avec vous. Nous n’accepterons jamais de nous faire exploiter plus longtemps, sous le prétexte obscène qu’un certain nombre d’entre nous vivront quelques années de plus que leur grand parents.

La nature d’un tel mouvement est anticapitaliste. Il se heurte nécessairement, non seulement au gouvernement et au patronat, mais aux grandes centrales syndicales, lesquelles ont récemment renégocié leur rôle dans la régulation des rapports d’exploitation à propos de la représentativité [8].

Au moment où je rédige ces notes (10 octobre 2010), nous nous trouvons au croisement de plusieurs paradoxes.

Nicolas Sarkozy cherche en quelque sorte à prouver à quel point il peut être impopulaire, ce par quoi il entend démontrer qu’il incarne bien l’économie-science-objective en lutte contre les archaïsmes émotionnels (la prise de la Bastille ; le Front populaire ; le-facteur-qui-profite-de-sa-tournée-pour-apporter-le-pain-à-la-vieille-dame). Il en attend, peut-être à tort, un bénéfice électoral en 2012.

Au contraire, pourrait-on dire, les syndicats, assurés de leur survie économique, doivent mettre en scène le respect de certaines formes dites démocratiques : le patronat peut certes baiser les travailleurs, mais non sans recueillir, comme l’on dit à l’hôpital, leur « consentement éclairé », notamment à l’échelle de l’entreprise ou de la branche. Peu importe ici de savoir si les ministres et les dirigeants des CFDT, CGT, FO etc. se concertent en de secrètes visioconférences (ce qui est infiniment probable), il suffit que chacun joue sa partition au mieux de ses intérêts propres.

Ou autrement dit : il ne s’agit pas de savoir si, d’un point de vue « moral », les syndicats « font le jeu du gouvernement » en « trahissant » leurs adhérents. Ils jouent le rôle de syndicats modernes, dans une démocratie capitaliste : prévenir la formation et surtout la généralisation de mouvements sociaux qui mettraient en péril leur existence propre comme celle du système. Ce rôle central n’est contradictoire ni avec une fonction de conseil juridique sur les lieux de travail ni avec l’opposition, éventuellement musclée, au patronat lors de conflits localisés [9].

Enfin, beaucoup de celles et ceux qui ont participé aux « journées d’action », tout en étant hostiles à la stratégie générale des syndicats et/ou n’étant pas syndiqués eux-mêmes, se sont glissés dans les mots d’ordre limités de grève et de manifestations parce qu’ils reflétaient bien, à ce moment, leur propre niveau de détermination ou leurs possibilités limitées de se « payer » des jours de grève.

Il a été abondamment souligné que les mobilisations ont concerné l’ensemble du territoire, villes moyennes comprises, ainsi que des entreprises moyennes ou de l’artisanat dans lesquelles les syndicats sont peu implantés. Il serait intéressant de ce point de vue (mais hélas hors de portée) de pouvoir comparer la carte de la mobilisation présente avec celles des manifestations et grèves des années 1994-1995, dont beaucoup donnèrent lieu à des incidents violents ou tournèrent à l’émeute. Se dessinerait la carte de ce qu’on appellera, faute de mieux, un « mécontentement social », dont ni les défaites, au niveau national, européen et mondial, ni la répression ni la propagande médiatique n’ont empêché la persistance dans le temps et dans l’espace.

En revanche, des victoires partielles à l’échelle nationale (contre la loi Devaquet, le plan Juppé [malgré le soutien actif de la CFDT], le CPE, etc.) revivifient l’histoire des luttes, même s’il s’agit le plus souvent d’une « mémoire collective » assez vague, et oublieuse d’une infinité d’informations qui n’ont pas été collectées sur le moment.

- L’amendement dit la vérité

Ça n’est évidemment pas l’effet du hasard, mais plutôt un aveu de la place du projet de loi contre les retraites dans l’arsenal de la guerre sociale, si le gouvernement en a profité pour faire voter des mesures annoncées depuis quelques années contre la médecine du travail. Le prétexte étant, selon Éric Woerth, que la question est liée à la pénibilité du travail, précisément évoquée à propos des retraites.

Spécialiste reconnu, quoique non pratiquant, de « l’usage de la brosse à cheveux », M. Woerth fait ici mentir le dicton chinois selon lequel l’expérience est un peigne pour les chauves. Cette fois il dit vrai, et sa position est d’une parfaite cohérence. En effet, la médecine du travail concerne le travail, et même, peut-on dire sans trop s’aventurer, les travailleurs. Avec le code du même métal, la médecine du travail est un archaïsme parmi d’autres, la trace fossile d’un compromis entre le capital et les travailleurs, malheureusement laissé à l’abandon et par les syndicats et par la majorité des médecins du travail eux-mêmes. Les uns et les autres considérant, sans doute à juste titre, que le strict respect des conditions de sécurité des travailleurs telles que définies par les textes, et la pratique d’une médecine de qualité à leur service, s’apparenteraient vite à une grève du zèle susceptible de bloquer des secteurs entiers d’activité (le bâtiment, par exemple).

L’enterrement du système des retraites était donc une occasion logique de se débarrasser de ce résidu. Les médecins du travail, outre leur dispersion et leur très relatif esprit de résistance, sont âgés : les ¾ d’entre eux ont plus de 50 ans et 1 700 départs à la retraite étaient prévus entre 2008 et 2013 [10]. Il suffira de ne pas les remplacer et... de transférer certaines catégories de travailleurs sous la responsabilité de médecins non spécialisés en médecine du travail, ce que prévoient les amendements au texte contre les retraites de 2010. Ils prévoyaient même, mais c’était afficher un peu trop crûment l’objectif de la manœuvre, que les médecins du travail exercent désormais « sous l’autorité de l’employeur » ! Ce sera semble-t-il « en lien avec l’employeur », précision oiseuse, puisque c’est évidemment déjà le cas. Mais il fallait faire croire à une erreur de rédaction...
4. De quelle guerre s’agit-il ? (bis)

Je me suis souvent inscrit en faux contre les assimilations réductrices de l’action répressive de tel gouvernement bourgeois (c’était déjà le cas pour De Gaulle et Pompidou...) avec celle de l’État français sous protectorat nazi. Elles présentent l’inconvénient de faire du « fascisme » - et de « l’antifascisme » ! - des catégories morales, qui fondent la révolte en dehors de l’histoire et de la lutte des classes.

Il ne s’ensuit pas qu’aucune comparaison ne soit pertinente. Or l’importance, depuis au moins vingt-cinq ans, du thème « terroriste » dans la propagande d’État et dans l’élaboration de l’arsenal de la terrorisation démocratique, associée à la nouvelle définition européenne du « terrorisme » (en gros toute opposition à l’État), font associer presque automatiquement le discours dominant d’aujourd’hui avec celui qui qualifiait les résistant(e)s de « terroristes » durant l’Occupation.

Cette (dis)qualification avait évidemment pour fonction de mettre en scène l’absence supposée de légitimité des résistant(e)s, non pas combattants clandestins mais « armée du crime ».

Après la Libération, ce discours est difficile à tenir. Il est donc infléchi. Le général Le Barazer de Lannurien témoigne au procès Pétain, en 1945. Il répète ce que Pétain a dit devant la commission d’instruction : « Je n’ai jamais rien fait contre la Résistance ; j’ai toujours combattu le terrorisme ». Selon Lannurien, « quand on tue quelqu’un au coin d’un bois c’est un crime de droit commun ».

Il y aurait donc eu une « bonne Résistance », à l’égard de laquelle Vichy est supposé avoir fait preuve d’une neutralité bienveillante ( !), peut-être une résistance d’opinion (elle n’est pas précisément décrite), et des « terroristes », délinquants de droit commun, qui dissimulaient leurs crimes sous des oripeaux politiques et/ou patriotiques.

Cette seconde forme du discours sur le « terrorisme » est étonnamment proche du discours dominant actuel. En effet, peut être désormais qualifié de « terrorisme » tout ce qui s’oppose au système politique et économique en place, surtout si cette opposition viole le monopole d’État de la violence, ne serait-ce que de manière symbolique (sans atteinte au personnes, piratage informatique par ex.). Dans cette acception, plus large qu’elle n’a jamais été depuis la Seconde Guerre mondiale, le « terroriste » est un délinquant de droit commun qui feint d’avoir un idéal. Ce rapprochement entraîne mécaniquement la confusion dans le discours dominant entre les thèmes de la « guerre au terrorisme », au sens ancien (saboteurs, poseurs de bombes), et de la « guerre à la délinquance » (droits communs sans idéal).

Il est normal que le gouvernement Sarkozy-Fillon considère comme un enjeu idéologique de taille d’écarter toute assimilation entre sa politique et celle de l’État français. On disputera donc de savoir si une rafle est bien une rafle lorsqu’elle ne concerne « que » des Roms, placés en détention puis expulsés, et non des Juifs promis à l’extermination. Rappelons au passage que le mot rafle, d’emploi courant dans le vocabulaire policier, suscitait moins de controverse appliqué à des prostituées ou à des travailleurs algériens dans les années 1960.

La question du vocabulaire adéquat et des rapprochements historiques s’est reposée à propos de l’expulsion systématique des Roms, entreprise pendant l’été 2010, à l’instigation de Nicolas Sarkozy. Le Courrier des Balkans a publié un extrait du Rapport final de la Commission sur l’holocauste en Roumanie, de 2004. Il fait apparaître que les Roms victimes de la politique sarkozyenne sont parfaitement fondés à évoquer les exactions dont ils ont été victimes pendant la période où le militaire d’extrême droite Ion Antonesu a dirigé la Roumanie, engagée au côté de l’Allemagne nazie (1940-1944).

En effet, le recensement des Roms de 1942, sur lequel devaient s’appuyer durant la guerre les 25 000 expulsions vers la Transnistrie (entre l’actuelle Moldavie et l’Ukraine [11]), prenait en compte soit le nomadisme soit, pour les sédentaires, l’absence de moyens de subsistance, la mendicité et la délinquance. « Les documents du gouvernement sur les Roms n’invoquaient pas la race comme un motif de déportation. Ils ne faisaient pas référence à une “infériorité” raciale ou à un “danger” racial [qu’ils] auraient constitué. »

Autrement dit, une réelle politique raciste ou de purification ethnique peut très bien être menée sans référence explicite à la « race » de ses victimes. De même, nous n’ignorons pas qu’il peut exister des camps de concentration dépourvus de chambres à gaz, la République en a ouvert aux combattants espagnols, et même de clôtures barbelées, les staliniens (et les tsars avant eux) en ont peuplé la Sibérie.
5. Identité nationale, « race » et paranoïa génétique

Je ne peux revenir ici sur le détail des textes qui mobilisent, au service des lois de terrorisation, des angoisses sexuelles archaïques. J’en ai fait l’inventaire dans La Terrorisation démocratique (Libertalia, 2009). Je rappellerai tout de même, puisque journaliste et « démocrates critiques » semblent perpétuellement (re)découvrir ce type de textes, que la loi du 24 juillet 2006 prévoyait déjà que le fait de contracter mariage ou de reconnaître un enfant « aux seules fins d’obtenir ou de faire obtenir » un titre de séjour ou une naturalisation est punie de 5 ans d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. On voit que la « police des sentiments » que le député Vert Noël Mamère accuse, en 2010, le gouvernement de vouloir créer, existait déjà. Corollaire logique de ces dispositifs, la loi prévoit également la « vérification de filiation » par des tests ADN, tests destinés aux seules mères, à la suite de débats et tractations fangeux avec une partie de la droite, inquiète d’une inquisition qui pourrait concerner demain la famille bourgeoise. Effet de ces tergiversations : le décret d’application du texte n’a jamais été publié. Cela n’empêche pas cette paranoïa sexuelle et génétique de revenir dans l’actualité à l’occasion de l’examen du nouveau projet Besson de 2010.

Après avoir organisé la répression de supposés « mariages blancs », le gouvernement Sarkozy-Fillon s’en prend, via le projet Besson, aux « mariages gris », c’est-à-dire où le conjoint étranger aurait trompé le conjoint français sur ses sentiments afin d’obtenir un titre de séjour... On voit bien que les textes visant les blancs auraient pu être utilisés contre les gris, mais M. Besson assure qu’il est « normal » que la pénalisation des seconds soit plus sévère que celle des premiers puisqu’il y a « tromperie volontaire » (gris) et non fraude conjointe (blancs)... Si l’on écarte le diagnostic psychiatrique de délire, la seule logique compréhensible de ces arguties est de désigner « l’étranger » comme séducteur-violeur de conscience et voleur d’identité nationale. Tarif : 7 ans de prison (au lieu de 5) et 30 000 euros d’amende (puisque la responsabilité est prise en charge par un seul, l’amende est doublée... « Normal » !).

On notera que la paranoïa sexuelle et génétique est instrumentalisée dans d’autres pays démocratiques afin de tenter de remettre en cause le « droit du sol ». C’est ainsi qu’aux États-Unis, des politiciens Républicains se sont fait une spécialité de dénoncer un nouveau danger terroriste : les bébés. Ils passent de l’idée, après tout plausible, que des étrangères franchissent illégalement la frontière pour accoucher sur le territoire des États-Unis afin de faire bénéficier leur progéniture de la nationalité américaine, à celle, beaucoup plus farfelue que des organisations terroristes envoient leurs sympathisantes accoucher aux États-Unis. Une fois rentrées chez elles, elles les « dorloteraient pour en faire de futurs terroristes »... américains ! L’idée suggérée est qu’ainsi la nation américaine dorlote (to coddle) elle-même à distance ceux qui viendront la détruire. « Et un jour, explique sans rire le Républicain Louie Gohmer, vingt, trente ans plus tard, ils seront envoyés pour aider à la destruction de notre mode de vie [12]. » C’est sous le vocable étrange de « anchor babies », des « bébés ancres » (par analogie avec des mines flottantes ?), que ces terroristes à peine sortis du ventre de leur mère sont désignés à la méfiance des citoyens américains. Ici la vieille paranoïa machiste rejoint la propagande « antiterroriste » : créatures diaboliques, les femmes ont bien des façons de jouer les kamikazes ; qu’elles séduisent, se laisse séduire, accouchent ou se fassent sauter à la bombe, on ne saurait trop s’en méfier.

La méfiance est d’ailleurs une qualité officiellement recommandée en temps de guerre. Les oreilles ennemies vous écoutent et l’ennemi se cache dans le sein de la nation où elle le réchauffe innocemment.

La logique plus ou moins assumée des tentatives réformatrices évoquées plus haut, abouties ou non, est de substituer le droit du sang au droit du sol, même si la motivation avouée est aussi politique et culturelle que possible : défendre « l’identité nationale » ou l’american way of life.

Sans se référer à l’idée d’une « race pure » ou supérieure, ces textes recourent néanmoins à une logique raciale ou racialiste puisque génétique. Le « corps identité », déjà utilisé par les techniques de reconnaissance et de contrôle biométriques [13] fonde un contrôle génétique des populations, des inclinations, des mariages, des procréations, des reconnaissances d’enfants, des acquisitions de nationalité, etc.

Ce mélange inextricable de nationalisme culturel et de paranoïa raciale mène assez logiquement non seulement à retreindre l’accès à la nationalité - surtout par le sexe : mariage, filiation - mais aussi à faire de la dite nationalité une qualité jamais définitivement acquise, dont on peut être sommé à tout moment de prouver qu’on la mérite encore.

Vont dans ce sens les pratiques, au demeurant illégales, de persécution administrative contre des personnes dont l’un des parents est né à l’étranger ou qui sont nées dans d’anciennes colonies, lorsqu’elles doivent faire renouveler leur carte d’identité. Vont également dans ce sens la multiplication des cas où la nationalité acquise « récemment » peut être retirée à une personne. Nicolas Sarkozy proposait, lors du discours de Grenoble du 30 juillet 2010 la déchéance de nationalité pour toute personne d’origine étrangère « qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un policier, d’un militaire de la gendarmerie ou de tout autre dépositaire de l’autorité publique ». La loi de 2006 prévoyait déjà une mesure équivalente, durant les 4 années suivant le mariage pour un(e) conjoint(e) de Français(e) ayant porté atteinte aux « intérêts fondamentaux de la nation » ou convaincu d’activité « terroriste ». La disposition que M. Sarkozy appelait de ses vœux a aussitôt été intégrée au projet de loi Besson contre l’immigration, et votée en première lecture à l’Assemblée nationale le 30 septembre 2010.

Pratiquant la surenchère, à moins qu’il se soit agi de faire paraître « modérées » les propositions sarkozyennes, le ministre de l’Intérieur Hortefeux proposait en août 2010 de déchoir de leur nationalité les polygames et « en cas d’excision, de traite d’êtres humains ou d’actes de délinquance grave » [14]. C’est le même Hortefeux qui avait limité aux seules mères de famille (étrangères) le recours aux test ADN, actuellement au réfrigérateur de la terrorisation, en attente de jours plus favorables.

On vérifie ici que l’arsenal de terrorisation ne peut être considéré comme un ensemble de textes « d’exception », monstrueuse excroissance qu’il suffirait ou même qu’il serait possible de retirer par quelque opération chirurgicale, mais comme la traduction d’une logique de guerre intérieure qui irrigue l’ensemble de la législation pénale et civile et sert de modèle à ses réformes successives.
Aux lectrices et aux lecteurs de conclure...

...En gardant présent à l’esprit que le texte qu’ils viennent de lire se présentait comme des notes (prises en préparation d’une émission de radio [15]).

J’ajoute tout de même que l’échec de l’actuel mouvement qui prend la défense des retraites comme occasion de se manifester ne signifierait nullement la fin de la lutte des classes ou la victoire définitive des gestionnaires de la terrorisation. « Si on perd cette fois, c’est mort ! », entend-je dire. Mais non. La vie sera certes rendue plus difficile, tout comme la complique la disparition du service public de la poste et comme la menacera la disparition programmée du service public de la santé. Cela n’est pas rien, mais cela n’est pas la fin de l’avenir, la fin de l’histoire, que nous écrivons ensemble.
Contact : guillon.claude[AT]free.fr

[1] Le Monde, 5 novembre 1980, cité in Guillon, « Anecdotes démocratiques », De la Révolution. 1989, l’inventaire des rêves et des armes, 1988.

[2] « Nicolas Sarkozy, huit ans de “déclarations de guerre” », Le Monde.fr, 21 juillet 2010.

[3] Marx, Avant-propos au 18 brumaire de Louis Bonaparte, Œuvres, La Pléiade, Politique I.

[4] Le Monde, 28 juillet 2010 ; c’est moi qui souligne.

[5] La Dépêche.fr, 1er septembre 2010.

[6] Maurice Rajsfus, La Police et la peine de mort, L’esprit frappeur, 2002.

[7] Le Monde, 26-27 septembre 2010.

[8] Le fait qu’un accord ait été passé ne signifie pas qu’il sera appliqué loyalement par l’État, ainsi que les syndicats commencent à le soupçonner.

[9] Concernant la CGT, la « culture d’entreprise » (on défend le job) et la mainmise persistante des staliniens sur le service d’ordre font que les adversaires les plus violemment et opiniâtrement pourchassés (à coup de barre de fer) ont été et sont encore à gauche de l’organisation : anarchistes, anarcho-syndicalistes, trotskystes, maoïstes, etc. Profitant d’un recrutement et de pratiques militaro-viriles, par ailleurs déplorables, la Gauche prolétarienne maoïste a pu en maintes occasions, dans les années 1970, renverser le rapport de force physique, tandis que les militants de Lutte ouvrière, au contraire, avaient consigne de leur organisation de ne pas répliquer physiquement aux fréquentes agressions staliniennes.

[10] Le Monde, 17 septembre 2010.

[11] On estime qu’« environ 11 000 Roms déportés sont morts en Transnistrie, notamment de faim, de froid et de maladie ».

[12] Voir Daily news, 27 juin 2010 ; article de Lorraine Millot du 12 août 2010, sur son rhétorique « Great America », Libération.fr.

[13] Voir Guillon, Je Chante le corps critique. Usages politiques du corps, H&O, 2008.

[14] (Le Monde, 3 août 2010).

[15] En direct sur Radio libertaire, le 7 octobre 2010, dont un problème technique semble empêcher le téléchargement.
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Re: « Chaque bataille de rue est comme un stage de perfectionnement pour la police »

Message  yannalan le Mer 13 Oct - 10:53

Pour revenir sur l'histoire, dans le passé, jusqu'à la guerre de 14, on faisait facilement intervenir l'arme contre la classe ouvrière, de façon directe et plutôt meurtrière parfois. Vu les problèmes, une Garde Mobile a été créée après guerre et spécialisée dans le "maintien de l'ordre". Renforcée après 45 par les CRS,puis par des détachements de plus en plus spécialisés.
Je me souviens, dans une réunion de LO, pendant une caravane qui passait à Boulogne/mer, une retraitée était venue dire que "de son temps " (les années 45/50) "quand la JC sortait en manif, les flics ramenaient pas toutes leurs dents au poste" (avec un bel accent picard).
On peut compare les équipements, même par rapport à 68 il y a pas photo ! Il y a un entraînement plus actif, la constitution d'équipes plus autonomes (voir nouveau parc automobile CRS par exemple,petits vans au lieu de gros cars), de "groupes de choc" dans les escadrons de gendarmes (ils s'entrainent près de chez moi) A la limite, c'est pas étonnant que les gamins leur tirent dessus, on ne peut rien leur faire autrement ou presque. Et encore, ils ne sortent que des armes assez ridicules...

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Re: « Chaque bataille de rue est comme un stage de perfectionnement pour la police »

Message  gérard menvussa le Jeu 14 Oct - 3:44

Puisqu'on parle d'histoire, il faut se souvenir que les "CRS" sont une création du parti communiste (avec une politique entriste de ces derniers dans la fameuse compagnie en question, juste aux grèves de 1947) Mais bon, c'est vrai que l'armée a été remplacée (en france, ce n'est pas le cas partout) par la "police" ou la "gendarmerie" comme force de répression. Mais si un tel basculement a été possible, on peut parfaitement envisager que le basculement contraire soit tout aussi possible (du ministére de l'intérieur a celui des armées) Le tout, c'est de voir les conditions politiques qui entrainent un tel basculement...
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Re: « Chaque bataille de rue est comme un stage de perfectionnement pour la police »

Message  yannalan le Jeu 14 Oct - 14:39

De toute manière, les gendarmes sont déjà des militaires. La frontière n'est pas si étanche. En ce moment le gouvernement fait de la com avec Vigipirate en baladant des militaires partout dans les gares, les aéroports, etc... pour que dalle dans la mesure où, de toutes façons, il ne sont pas réellement armés.
Si ils sortent des unités avec des objectifs de combat, faudra vraiment que ça branle sévère dans le manche...

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Nouveau pour mutiler les manifestants, les grenades « flash-bang »

Message  gérard menvussa le Jeu 18 Nov - 22:36

Dans l'excellente revue (web) "Numérolambda", ce reportage. Mis à part son sujet, trés intéressant (mais ça ne m'a pas l'air d'être une nouveauté, soit dit en passant), on voit comment flics et armées collaborent et coopèrent dans l'élaboration d'une doctrine de maintien de l'ordre.




Jusqu'ici
n°2 (clic pour PDF)

Le dernier numéro du bulletin Jusqu’ici
(n°2) nous rappelle à quel point les manifestants sont toujours de très
bons cobayes pour tester de nouvelles armes de maintien de l’ordre.
Nous évoquions l’an dernier, aux Etats-Unis, les camions anti-émeutes
et leurs canons
acoustiques
qui donnent la nausée, testés en Irak et à Gaza, puis
employés à grande échelle lors du contre-sommet du G20 de Pittsburgh —
comme lors du coup d’Etat au Honduras en septembre 2009. Ces armes sont
appelées « non létales » ou, dans une novlangue plus douce, « à
létalité réduite »
. Après le pistolet à impulsion électrique et
le flash-ball, trop has been, une autre petite merveille du maintien de
l’ordre high-tech est expérimenté discrètement au gré des conflits
sociaux depuis 2006. La France n’a pas encore de canons LRAD qui font
gerber. Elle préfère les « grenades assourdissantes ». Des armes qui ne
sont pas conçues pour tuer, mais qui peuvent mutiler sans fioritures.
Le «jargon industrialo-administratif» les désigne par «grenade à
main à effets non létaux»
, «grenade de désencerclement», «Dispositif
balistique de dispersion (DBD)»
ou encore «Dispositif manuel
de protection (DMP)»
.
Dans un rapport souvent cité («Les armes non
létales»
,
2005), David Humair, un expert de l’armée suisse, met
les choses au point :
Il convient de souligner que certaines armes non létales
produisent des résultats que les armes létales traditionnelles sont
incapables d’engendrer. Dès lors, leur utilisation dans le cadre d’une
opération, bien loin de servir à «humaniser» le conflit,
permet de donner un avantage décisif à la troupe qui les engage en
parallèle à des moyens létaux.
(…) Dans le cadre d’une émeute,
le recours à la force létale risque d’engendrer une spirale ascendante
de la violence: la non-létalité est donc un argument important. (…)
Parmi les armes non létales déjà en service destinées à la maîtrise de
personnes, il faut mentionner, entre autres, les armes à
décharge électrique, les grenades aveuglantes et assourdissantes
(flash-bang), les gaz irritants, les mousses ultra-gluantes
et
un moyen qui a fait ses preuves depuis longtemps, le filet.
Le « filet »? Pas assez techno, mon capitaine. A notre connaissance,
les grenades « éblouissantes » n’ont pas encore été employées lors de
conflits civils. On leur préfère, aux côtés des flash-ball, les
« flash-bang » (assourdissantes). C’est donc la dernière mode. Elles
explosent à vous faire pêter les tympans, mais elles balancent surtout
des bouts de caoutchouc et de métal qui ont déjà causé de graves
mutilations.

Lorient, 19/10/10 (credit François Destoc
// Le Télégramme)
En plus des dizaines de blessés graves victimes des flash-ball ces
dernières années, comme
à Montreuil en 2009
, il y donc aussi les mutilations par grenades.
Ça vaut le coup de relancer
la pétition
contre toutes les armes non létales, initiée en 2009
après les bavures de Montreuil.


Les gendarmes et le préfet, qui se justifie dans la presse
locale
, parlent de « grenades explosives ». C’est un peu plus
subtil que ça, poursuit Jusqu’ici:
Grenade DBD du fabricant SAPL

La société SAPL, qui commercialise des grenades de ce
type, signale dans la fiche technique du DBD95/DMP une intensité
sonore de 165 décibels
[dB] (un avion au décollage émet à 140
dB, ce qui est déjà bien au-delà du seuil de douleur et de danger
pour l’oreille humaine). L’explosion, qui disperse les 18 plots
de caoutchouc contenu dans la grenade, est suffisamment forte pour
briser des vitres
– mais aussi et surtout pour blesser des
personnes.
Voire pour les mutiler : lors d’une manifestation contre
les nanotechnologies à Grenoble, en juin 2006, une
femme a la joue ouverte. Même ville, en mai 2007, une
jeune femme perd un œil, le goût et l’odorat alors
qu’elle observe une manifestation sauvage en réaction à l’élection
présidentielle. En 2009, un homme doit être
amputé de deux orteils
à la suite de la manifestation du 29
janvier à Saint-Nazaire (« en cas de guerre civile,
il faut du répondant »
, lui a répondu la police des polices
[selon un papier de Ouest-France repris
sur ce forum
]). En avril de la même année,
plusieurs dizaines de personnes sont blessées (brûlures et plaies) lors
du contre-sommet de l’OTAN à Strasbourg [vidéo
ci-dessous].
En février 2010, les arroseurs sont arrosés : 16
gendarmes sont atteints
(essentiellement des troubles
auditifs) lors d’un exercice dans le centre d’entraînement de
Saint-Astier.


Grenoble et Genève, labos à
coeur ouvert



C’est donc à
Grenoble que des « DMP » ont été testées en premier, lors du mouvement
anti-CPE d’avril 2006. Extrait de récits
croisés
du 4 avril, journée houleuse:
Manif anti-CPE, Grenoble, mars 2006 (credit
Felix Le Fe)

On s’échappe par où on peut, des grenades assourdissantes
et des grenades « défensives » (en réalité utilisées offensivement, ces
grenades projettent violemment des morceaux compacts de caoutchouc en
explosant) sont lancées et les tirs de flashball fusent. (…)
Un autre récit
publié sur indymedia
, en 2008, tente un premier bilan:
Alors qu’à Grenoble, en moins de deux ans, on dénombre
déjà trois blessées graves (dont deux au visage) à cause d’éclats de
grenade de désencerclement (grenades à fort effet de souffle qui
propulsent violemment des morceaux de caoutchouc), des flics osent dire
que ces armes ne sont pas dangereuses.
Jusqu’ici a retrouvé une «étude
thématique» (.pdf)
de la CNDS, la commission de déontologie de la
sécurité (qui doit bientôt disparaître) intitulée « Usage des
matériels de contrainte et de défense par les forces de l’ordre »
.
Les grenades DMP ont fait des dégâts lors d’une manif lycéenne.

Grenoble, 15 mai 2008 (credit Felix Le Fe)

Lors de la manifestation du 15 mai 2008 à Grenoble
(38) … , la grenade de désencerclement dite DMP, arme de 1ère catégorie,
a grièvement blessé trois personnes : Mlle P.B. a
produit un certificat médical décrivant la présence d’une « plaie
contuse de la face antéro-interne de la jambe gauche mesurant 6 cm de
diamètre », ayant occasionné une ITT de 21 jours. La cicatrisation de
cette plaie a nécessité plus de six semaines. Son amie, Mlle E.S., a
également été heurtée par des débris de grenades, lui provoquant de
volu- mineux hématomes. Enfin, M. C.F., a été projeté à terre par un
débris de grenade, qui a provoqué des blessures justifiant une ITT
inférieure à 8 jours et des soins durant vingt jours.
Ces blessures ont été occasionnées à la fois en raison d’une utilisation
non conforme aux instructions
, mais également en contradiction
avec la présentation technique (…) de la police nationale, où il
est dit à tort que le DMP provoquent une déflagration accompagnée d’une
projection de rectangles de caoutchouc « non susceptibles de
blesser »
.
Cette information devrait être corrigée, et il
importerait de rappeler qu’il s’agit d’une munition de 1ère catégorie, susceptible
de provoquer de graves brûlure en cas de lancer dans des conditions
inadéquates
. Sur un plan technique, il conviendrait de munir
les DMP d’un bouchon allumeur dans un matériau moins dangereux que le
métal, un exercice effectué à Grenoble en février 2009 ayant démontré
que ce bouchon était susceptible de s’élever à la hauteur d’une
quinzaine de mètres
.

Genève, mars 2003 (source indymedia)

La première trace d’usage de ces armes mutilantes, nous l’avons
trouvé en Suisse. Selon un rapport
de la Legal Team (.pdf)
du contre-sommet du G8 en mai/juin 2003 (qui
avait lieu à Evian, de l’autre côté du Las Léman), la police de Genève
s’est surpassée. Au moins six cas d’usage abusif de ces mêmes «grenades
assourdissantes» sont rapportées (à partir de la page 31), faisant au
moins quatre blessés graves, dont un journaliste très sérieusement:
Un des cas est celui largement relayé par la presse d’un
journaliste britannique, visé par plusieurs grenades assourdissantes.
… ces grenades assourdissantes ont été, selon nos observations,
utilisées comme des armes lancées directement contre le corps des
personnes. Le journaliste a perdu une partie de son mollet et a dû
subir plusieurs opérations. Selon son témoignage et celui d’une autre
personne, il a été pris pour cible par des policiers et cinq ou six
grenades ont explosé tout près de lui.
La suite au prochain numéro. Et aux grenades « éblouissantes ». On
aura donc l’occasion de perdre un oeil au flash-ball, et de perdre la
vue à la grenade.
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Re: « Chaque bataille de rue est comme un stage de perfectionnement pour la police »

Message  yannalan le Mar 30 Nov - 11:36

Je pense que l'attaché militaire français au Brésil va aller étudier de près la "prise' de la favela"

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Re: « Chaque bataille de rue est comme un stage de perfectionnement pour la police »

Message  gérard menvussa le Jeu 23 Déc - 17:10

La militarisation du "maintien de l'ordre" c'est aussi le rapprochement "police gendarmerie" (depuis que cette dernière dépend de l'intérieur)

Contre les émeutes, police et gendarmerie font brigade commune

LEMONDE pour Le Monde.fr | 23.12.10 | 10h12 • Mis à jour le 23.12.10 | 15h14

Voilà déjà trois semaines qu'ils s'entraînent en toute discrétion à Saint-Egrève (Isère) un terrain militaire situé à proximité de Grenoble. Après avoir reçu en catimini il y a deux semaines, la visite du directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Péchenard, les hommes de la nouvelle unité mixte d'intervention rapide (UMIR) créée dans la capitale des Alpes, ont reçu dans la matinée de jeudi 23 décembre et cette fois en grande pompe, le ministre de l'intérieur Brice Hortefeux.

Dernier avatar parmi d'autres des brigades chargées de rétablir l'ordre public, cette unité est destinée à faire face aux émeutes qui peuvent survenir dans les quartiers sensibles – comme ce fut le cas en juillet à La Villeneuve à Grenoble. Elle est composée de policiers et de gendarmes, et devrait être portée sur les fonts baptismaux début janvier 2011.

Formée de 23 policiers et de 9 gendarmes recrutés au sein d'unités déjà existantes, elle n'est dans les faits, qu'une équipe mobilisée en fonction des circonstances. "Au quotidien elle n'existe pas", relativise une source policière. "Cette unité ne sera pas permanente, l'Etat n'ayant pas les moyens de créer de nouvelles structures", précise le colonel Jean-Valéry Lettermann, commandant du groupement de gendarmerie de l'Isère. Entre deux incidents ou émeutes, les "spécialistes" du maintien de l'ordre qui la constituent resteront attachés à leur unité habituelle au sein de la gendarmerie ou de la direction départementale de la sécurité publique.

"ON N'ENVERRA PAS N'IMPORTE QUI AU CASSE-PIPE"

Pour l'heure, cette initiative, présentée comme inédite, se limite à Grenoble. Outre qu'elle officialise le rapprochement police-gendarmerie amorcé tout au long de l'année écoulée, elle devrait s'étendre sur l'ensemble du département.

Encouragée par le préfet Eric Le Douaron, un ancien policier nommé dans l'Isère après les incidents de La Villeneuve, la mise en place de cette UMIR pourrait servir de laboratoire au niveau national. Son commandement sera confiée au directeur départemental de la sécurité publique ou au colonel de gendarmerie, selon qu'elle sera appelée à agir en zone police ou en zone gendarmerie.

Plus vite et plus fort, telle pourrait être sa devise. Assistée d'une brigade canine spécialisée, sa mission sera notamment de procéder dans les meilleurs délais aux interpellations des meneurs. Toutefois, elle ne devrait être mobilisée qu'en cas de force majeure. Notre volonté, c'est de l'utiliser le moins possible. Il ne faut pas la banaliser. Un peu comme l'arme atomique, elle a "vocation à ne pas servir", souligne le colonel Lettermann.

Pour le principal syndicat de policiers, SGP Unité-Police, ce dispositif supplémentaire qui, en termes d'effectifs, a un effet totalement neutre, répond toutefois "à un besoin réel, car avec une telle brigade, on n'enverra pas n'importe qui au casse-pipe". Son représentant grenoblois, Daniel Chomette, aime à rappeller qu' "en 20 ans, Grenoble, qui a augmenté sa population de 20 %, a perdu 200 policiers", alors que dans le même laps de temps, "la délinquance s'est professionnalisée".
Yves Bordenave (avec Benoît Pavan à Grenoble)



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Re: « Chaque bataille de rue est comme un stage de perfectionnement pour la police »

Message  gérard menvussa le Mer 15 Juin - 13:11

La militarisation du maintien de l'ordre dans les ghettos est d'autant plus d'actualité que des maires (de gauche) demandent l'intervention "de la troupe" ou des "casques bleus", c'est selon. Et évidement ça excite les réactionnaires...

L’armée en banlieue : le sondage « explosif » de France-Soir

par Augustin Fontanier, le 15 juin 2011

Le quotidien du milliardaire russe Alexandre Pougatchev est décidément prêt à tout pour relancer ses ventes. Et dans l’attirail du rabatteur de chalands à moindre coût on trouve, en bonne place, le sondage d’opinion auquel on fait dire n’importe quoi, et d’où l’on tire un bon gros titre bien accrocheur. Ainsi, vendredi 10 juin, la « une » de France-Soir est sans nuance : « L’armée dans les cités : les Français disent oui » . Et « les Français » l’ont dit à France-Soir.

Résumé de l’affaire : jeudi 2 juin, excédé par les affrontements auxquels se livrent des trafiquants de drogue dans sa ville depuis un mois, le maire de Sevran, Stéphane Gatignon, déclare à l’AFP : « Je demande au ministre de l’Intérieur d’envisager une présence de l’armée 24 heures sur 24 avec une fonction de force d’interposition afin de faire cesser les règlements de compte et d’éviter les risques de balles perdues et de tragédies ». Simple effet d’annonce destiné à faire prendre conscience de la situation ou appel véritable à une intervention militaire ? Quoi qu’il en soit, la machine médiatique s’emballe.

Et France-Soir n’est pas en reste. Le titre de « une » est développé dans une double page coiffée de ce titre fervent : « L’armée en banlieue ? Oui ! » Qui prononce ce « oui » ? « Les Français », les sondés ou la rédaction de France-Soir ? Un peu tout le monde, manifestement, et ce n’est pas l’éditorial du directeur de la rédaction, Rémy Dessarts, fermement intitulé « Le temps d’agir », qui nous incitera à penser le contraire. Citant pêle-mêle les patrouilles militaires dans le cadre du plan Vigipirate, l’aide apportée par l’armée pendant les catastrophes naturelles et… la présence française en Libye et en Afghanistan, il en appelle à la fin « des préjugés en tous genres » et répond par avance au sondage : « le niveau de délinquance et de violence qui règne dans les zones urbaines difficiles peut justifier que l’on songe à donner un coup de main de grande ampleur aux forces de l’ordre ». Et d’ailleurs, comme le « montre » le sondage, « les Français » pensent comme lui.

Pour illustrer sa double page, le journal a choisi une photographie d’un véhicule blindé stationnant au pied d’une barre, un militaire observant, depuis la tourelle, quelques enfants. Signe d’une grande rigueur journalistique, le quotidien laisse la photo dépourvue de la moindre légende, ce qui ne manquera pas de semer le trouble dans l’esprit du lecteur. Difficile, en effet, d’interpréter une image sans références temporelles et géographiques précises. L’armée en banlieue ? Avec France-Soir, elle y est déjà !

Des sondés « enthousiastes »

On l’a compris, pour faire parler « les Français », le journal s’est contenté de commander un sondage, réalisé par l’institut Ifop. En l’occurrence, comme seule le signale une phrase à la fin de l’article d’« analyse », « les Français » sont en réalité une partie des 1 013 « auto-sondés » par Internet. Et pour faire parler « les Français » dans le sens qui l’arrange, France-Soir en isole le résultat qui lui convient. Car, à la lecture des résultats complets, affichés en page 3, on découvre que 81 % des sondés se déclarent d’accord avec la proposition « Ce n’est pas à l’armée mais aux forces de police d’assurer la sécurité publique ». Un chiffre massif, mais qui ne mérite manifestement pas la « une ». Par ailleurs, nous dit-on, 63 % des sondés craignent que « le recours à l’armée [puisse] conduire à ce que la situation dégénère dans certains quartiers sensibles. » Apparemment, donc, « Les Français disent oui » à une intervention a-normale, qui a de bonnes chances d’empirer la situation. Le point mériterait qu’on s’y arrête, mais France-Soir ne juge pas bon de s’en préoccuper outre mesure [1]. « Les Français » ? En réalité, 57 % des sondés, qui pensent que « le recours à l’armée est justifié compte tenu de l’insécurité existant dans certains quartiers ». Un « recours à l’armée » qui, en l’absence de toute autre précision, est une formule choc, mais à peu près vide de sens. Qu’importe : « les Français » ont répondu...

Malgré les précautions d’usage dans les « analyses », qui s’efforcent de faire preuve de prudence, les résultats du sondage sont vendus avec ferveur : ils « sont explosifs », prévient Rémy Dessarts. « Pourcentage très impressionnant » ; « spectaculaire », renchérit Dominique de Montvallon qui, il est vrai, tire des résultats des conclusions assez remarquables : « A gauche on est réservé : 47% seulement répondent oui (...). A droite, on s’y résout ou on adhère avec enthousiasme. » Depuis quand les sondages mesurent-ils l’enthousiasme de leurs sondés ? Et sur le site du journal, sans craindre la contradiction, une « vidéo-trottoir » qui interroge des passants les montre, dans leur très grande majorité (cinq sur six), hostiles à l’intervention armée. Alors, pour ou contre, « les Français » ?
***

Un titre de « une » et une double page exemplaire du recours aux sondages sous le règne de l’information marchandisée : d’une « petite phrase » on fabrique un « débat » [2], ou mieux, une « polémique », essentiellement médiatique, qu’on entretient par un sondage, avant de passer à autre chose sans avoir rien dit d’autre qu’une pseudo-information montée en mayonnaise : « Les Français » veulent envoyer « l’armée en banlieue ».

Pour être tout à fait exact, il n’y avait pas qu’une pseudo-information. Car le sondage posait deux questions, et la seconde méritait elle aussi le détour – et pourquoi pas la « une » ? « En France, avez-vous le sentiment que ces derniers mois la délinquance a augmenté / est restée stable / a diminué ? » Ceux qui voudraient connaître le « sentiment » de « l’opinion » sur la délinquance des derniers mois pourront satisfaire leur curiosité sur le site de France-Soir.

Augustin Fontanier (avec Olivier Poche)
Notes

[1] Le journal se contente de mentionner le paradoxe entre les réponses, dans son interview de Stéphane Gatignon et dans l’éditorial de Rémy Dessarts, qui le commente ainsi : « nos compatriotes sont donc à la fois inquiets, fatalistes et clairvoyants » !

[2] Le sondage porte explicitement sur ce prétendu « débat » : « il existe un débat sur le recours à l’armée. Etes-vous d’accord... etc. »
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Re: « Chaque bataille de rue est comme un stage de perfectionnement pour la police »

Message  yannalan le Mer 15 Juin - 15:39

La gendarmerie c'est déjà l'armée... Je vois vraiment pas ce que l’infanterie ou les blindés feraient en plus. Il n'en ont aucune envie d'ailleurs

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Re: « Chaque bataille de rue est comme un stage de perfectionnement pour la police »

Message  gérard menvussa le Mer 15 Juin - 21:01

ils n'en ont aucune envie certe. Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne. Un militaire, ça ferme sa gueule, et ça n'a pas le droit de démissionner.

Pour le moment, l'armée sert surtout "psychologiquement". Mais si on entend parler de plus en plus, c'est qu'il y a une (bonne) raison.
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Re: « Chaque bataille de rue est comme un stage de perfectionnement pour la police »

Message  Oudiste le Jeu 16 Juin - 0:14

gérard menvussa a écrit:Mais si on entend parler de plus en plus, c'est qu'il y a une (bonne) raison.

Il y a la démagogie électoraliste bien sûr, mais il y a aussi des scénarios de guerre civile de "basse intensité" étudiés tout à fait officiellement à l'Ecole de Guerre (ex-CID) depuis la fin des années 90 et à l'IHESI.

Opération banlieues – Comment l’État prépare la guerre urbaine dans les cités françaises
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Message  Roseau le Jeu 16 Juin - 0:31


Comment les armées se préparent au combat urbain
http://www.monde-diplomatique.fr/2009/03/LEYMARIE/16937
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Re: « Chaque bataille de rue est comme un stage de perfectionnement pour la police »

Message  yannalan le Jeu 16 Juin - 13:12

Le "maintien de l'ordre", des unités militaires en ont fait au Kosovo entre autres et ils s'y entraînent, ainsi qu'au combat en zone urbaine qui est encore une autre affaire. Pour le moment, les forces traditionnelles ne sont pas débordées, loin de là. Même en 68, l'armée s'est contentée de garder des points fixes ou des sites importants.
Mais à moins d'être naïf, on se doute bien qu'encas de crise très importante, la bourgeoisie n'hésitera pas...

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Re: « Chaque bataille de rue est comme un stage de perfectionnement pour la police »

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