Exhibit B

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Exhibit B

Message  verié2 le Jeu 11 Déc - 18:32

Quelqu'un a-t-il vu le spectacle Exibit B ?
Voici le texte que m'envoie un copain.

POLEMIQUE AUTOUR D’EXIBIT B  (EXHIBITION).

J’ai enfin vu « Exibit B » ce dimanche 7 décembre au CentQuatre, spectacle vivant anti-raciste.

Oui j’ai été ému, des larmes aux yeux me sont même venues, j’ai eu du mal à soutenir le regard de ces figurant(e)s et comédien(ne)s noir(e)s qui reproduisent les atrocités qu’ont subi « leurs ancêtres » et jusqu’à aujourd’hui avec les expulsions et les charters !
Oui voir ces « tableaux vivants », c’est bien plus fort que de lire ou de voir des films sur le colonialisme.
Oui en sortant j’avais envie de crier contre le racisme, le colonialisme et l’exploitation des hommes et des femmes de là-bas par des entreprises occidentales capitalistes.

L’an dernier en feuilletant le programme du 104 je m’étais dit que c’était de mauvais goût de reproduire à notre époque les zoos humains du début du XXème siècle en Europe et d’en faire « un spectacle ». Maintenant je sais que Brett Bailey, artiste Sud-Africain blanc, qui a connu l’apartheid, a fait œuvre utile.
Oui c’est une œuvre artistique et pédagogique contre l’oppression même si il y manque les révoltes de ces peuples opprimés et les représentations de leurs bourreaux responsables de ces horreurs.

Ici, c’est en tant qu’être humain que je m’exprime, pas parce que je suis blanc.

Ceux qui veulent interdire ce « spectacle » à Paris, comme à Londres ou à Saint Denis, se trompent de combat, c’est notre droit de venir voir ce que l’on veut ! Ils se comportent comme les intégristes chrétiens qui ont aussi voulu interdire un spectacle au 104 car ils disaient qu’il blasphémait leur christ. Mais finalement ils sont aussi intégristes qu’eux et avec leur rassemblement devant le 104, ils veulent aussi dissuader le public de couleurs de venir voir Exibit B. En faisant cela ils enferment les noirs dans un communautarisme exécrable. Il n’y a aucun paternalisme dans Exibit B comme le dénonce ses détracteurs, bien au contraire, c’est justement une remise en cause de « la supériorité de l’homme blanc ». Est-ce que les opposants à Exibit B peuvent croire un seul instant que le public qui vient au 104 à cette occasion est raciste et anti négroïde comme ils disent ? Ils feraient mieux de garder leur force contre la xénophobie ambiante, le racisme réel et le nationalisme bien actuel.

Ce qui est vrai, c’est que le néo-colonialisme existe toujours, la preuve ici avec la Franceafrique et les interventions occidentales en Afrique et ailleurs pour conserver leurs chasses gardées.

Aujourd’hui un tribunal, suite à une plainte, vient d’autoriser Exibit B à continuer, tant mieux ! Il est à souhaiter qu’ici et ailleurs, quelle que soit la couleur de sa peau que le plus de monde, et notamment un public scolaire, découvre la réalité de l’exploitation coloniale de part le monde, elle qui a fait la richesse des grandes puissances européennes depuis des siècles.

Face à la reconstitution théâtrale de la barbarie coloniale le metteur en scène a prévu dans ce spectacle des sas pour permettre aux spectateurs d’une part d’entrer dans le calme à l’intérieur des salles en silence et seul pour affronter les visions de souffrance et d’autre part en sortant avec la possibilité d’exprimer son ressenti par écrit ou oralement avec des personnes habilitées.
De toute façon, on ne sort pas indemne de cette « pièce à conviction » que représente cette performance artistique.

Philippe
09/12/2014
Et voici ce que je lui ai répondu, mais j'aimerais avoir d'autres avis.
Salut Philippe,

Je n'ai pas vu le spectacle en question, donc je n'ai pas d'avis. Toutefois, le spectacle de l'humiliation extrême dans toute son horreur peut, me semble-t-il, choquer. je sais par exemple que c'est le cas pour les spectacles sur les camps de concentration où l'horreur est toujours édulcorée. Les victimes elles-mêmes n'aiment d'ailleurs pas parler de ce qu'elles ont vécu. Les Noirs français n'ont évidemment pas vécu eux-mêmes ces horreurs, mais ils peuvent se sentir atteints dans leur dignité.

As-tu vu par exemple La Vénus noire ? C'est un bon film, mais il m'a tout de même mis mal à l'aise. Bref, je peux comprendre ces réactions, même si elles sont peut-être excessives et si, n'ayant pas vu le spectacle, je répète que je n'ai pas d'avis...

Amitiés

verié2

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Re: Exhibit B

Message  gérard menvussa le Jeu 11 Déc - 18:52

Je pense que le fond du probléme, c'est que ce spectacle soit filmé par un blanc. Qui plus est, d'afrique du Sud. Peu importe qu'il puisse montrer ses "quartiers de noblesses" et son engagement anti apartheid et antiraciste. Il faut plutot voir ça comme les controverses qui ont éclaté avec "Django" de Quentin Tarantino...
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Re: Exhibit B

Message  verié2 le Jeu 11 Déc - 18:55

Le communiqué du NPA de Saint Denis
Le NPA Saint-Denis déplore que les manifestations qui se sont tenues devant le théâtre Gérard Philipe de Saint Denis demandent l’interdiction de l’installation EXHIBIT B. Sans avoir vu la pièce, pas plus que la plupart des manifestants, et sans porter de jugement sur la qualité artistique de l’œuvre nous ne comprenons pas qu’une installation qualifiée par son auteur d’ « antiraciste » et qui représente une partie sombre mais réelle de l’histoire de l’esclavage, de la colonisation et des expulsions de sans-papiers puissent être l’objet d’une demande de censure. Malgré la volonté affirmée de provoquer la discussion et la réflexion sur ces situations, les manifestants refusent le débat et se replient sur un discours identitaire qui exclut toute légitimité de parole à un artiste non issus de la communauté noire.
Les manifestants devant le TGP se trompent de colère. Pourtant, les raisons légitimes de se révolter sont nombreuses face à la banalisation des préjugés en tout genre, face aux attaques des gouvernements contre les immigrés, face aux violences policières. Le passé colonial et le présent impérialiste, le racisme ordinaire et institutionnalisé, demandent une critique large et démocratique, ouverte à tous-tes, sans censure de la culture, sans « protection » policière.
Le NPA réaffirme son soutien aux victimes du racisme et du colonialisme et continuera, aux côtés de toutes et de tous ceux qui se battent, de lutter contre les crimes, les actes ou les discours xénophobes d’où qu’ils viennent.

Saint-Denis, le 29 novembre 2014

Gérard Ménussa
Je pense que le fond du probléme, c'est que ce spectacle soit filmé par un blanc. Qui plus est, d'afrique du Sud. Peu importe qu'il puisse montrer ses "quartiers de noblesses" et son engagement anti apartheid et antiraciste. Il faut plutot voir ça comme les controverses qui ont éclaté avec "Django" de Quentin Tarantino...
C'est possible évidemment, je n'en sais rien...
Mais, tout de même, il me semble que le spectacle de l'humiliation poussée à l'extrême peut humilier ceux qui sentent très proches, par la couleur de peau, des victimes.

verié2

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Re: Exhibit B

Message  Roseau le Jeu 11 Déc - 19:08

Ne l'ai pas vu et n'irai pas le voir.
Je comprends parfaitement les protestations.
Si c'est l'intention, ce n'est pas comme cela que l'on lutte contre le racisme et le colonialisme.
Il y a suffisamment à faire, en solidarité directe avec ceux qui subissent encore ces fléaux.
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Re: Exhibit B

Message  sylvestre le Ven 12 Déc - 15:53

J'ai signé la pétition contre ce spectacle et pense que mouvement de protestation est une excellente chose. Sur la démarche du spectacle ce texte (traduit de cette source) traduit bien ce que je pense : un spectacle qui vise à titiller la culpabilité blanche (sentiment qui ne peut exister que si les spectateurs pensent d'une part qu'il y a une "solidarité blanche", que ce soit dans la fierté ou dans la honte du passé, d'autre part que ce sont eux les Blancs qui ont la puissance, la possibilité de décider ce qui est et ce qui n'est pas, et non les opprimés se révoltant pour leur propre émancipation).
Le mouvement de protestation est franchement salutaire, et montre la volonté de ces militant-es de s'affranchir d'un "antiracisme par en haut" qui, dans le spectacle comme dans sa politique, reproduit ce qu'il prétend dénoncer.
Le communiqué du NPA de Saint-Denis est déplorable, surtout dans un contexte de répression policière franchement raciste.
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sylvestre

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Re: Exhibit B

Message  MO2014 le Ven 12 Déc - 17:06

Déclaration commune du PIR et de la BAN
Exhibit B : les points sur les i
Publié le 10 décembre 2014 par BAN et PIR

Les protestations noires et antiracistes contre l’exposition Exhibit B ont mis en ébullition les appareils répressifs et idéologiques de l’ordre postcolonial blanc, notamment de la presse officielle qui, en prétendant défendre la « liberté d’expression » et le droit de l’exposition à se tenir, a surtout cherché à recouvrir la voix des protestataires. L’exposition présentée comme « antiraciste » et dénonciatrice des « zoos humains » doit se tenir derrière une ligne de CRS, repoussant les hordes noires des portes du temple « civilisé » de la « culture » et de l’art où, à grand renfort de repentance autosatisfaite, on représente le calvaire des ancêtres de ceux qu’on réprime dans la rue d’en face. N’est-ce pas le plus grand des désaveux ?

L’exposition a finalement révélé la division centrale entre deux types d’antiracisme : l’antiracisme blanc, institutionnel et moral qui promène sa bonne conscience dans les couloirs de l’exposition et l’antiracisme politique et matérialiste qui manifeste dans la rue.

Parmi les nombreuses réactions à ce sujet, on observe l’unité de l’antiracisme blanc, tant dans le champ politique, en commençant par les mairies communiste et socialiste de Saint-Denis et de Paris et le Parti de Gauche, que parmi les organisations des droits de l’homme et antiracistes qui y ont pignon sur rue, comme le MRAP, la LDH et la LICRA, pour venir à la rescousse de l’exposition. La CGT « Spectacle » s’est aussi empressée de venir apporter de l’eau à leur moulin. Tous ont défendu le même leitmotiv : l’exposition serait antiraciste, dénonciatrice de l’esclavagisme et la protection de la liberté d’expression doit garantir son bon déroulement contre les manifestants. Or, quelle étrange exposition que celle qui vient « informer du racisme » à Saint-Denis et dans le 19ème arrondissement de Paris, sur des territoires dont les populations ont toutes les chances d’en être mieux informées qu’elles, et dont le bon déroulement tient à la répression et censure de ceux-là mêmes pour qui on prétend « représenter le racisme ».

Parmi les cautions intellectuelles mobilisées par la presse consensuelle, tant par le Nouvel Observateur que par Libération, celles de Blanchard et Amselle retiennent notre attention. En effet, au milieu de leurs différences d’approche, ils démontrent l’unité du champ intellectuel blanc (à quelques exceptions près), concomitante à celle du champ politique, quand le privilège blanc est contesté. Blanchard est considéré comme un tenant des « études postcoloniales », en France, bien que reposant sur une optique molle, mercantile et désarticulée de leurs enjeux politiques cruciaux. Quant à Amselle, il est tout heureux de s’être trouvé une entrée dans l’espace médiatique au travers de sa défense polémiste et acharnée de l’universalisme blanc. L’un est un promoteur enthousiaste de l’exposition. L’autre a accusé les opposants de suivre une « stratégie essentialiste » et d’opposer Noirs et Blancs dans une « lutte de race » qu’il assimile à une lutte raciale[1]. Les deux s’unissent pour dénoncer la racialisation du débat public et le prétendu interdit racial qui motiverait les protestations contre l’exposition. Voilà donc – s’insurgent-ils ! – qu’on nous réduit à l’état de blancs et que les noirs auraient des droits spécifiques sur la lutte contre la négrophobie, ceci aboutissant selon eux à reproduire les catégories qui alimentent le racisme, au détriment de l’universalisme inhérent au combat antiraciste.

Pour les apologistes de l’exposition, mettre des noirs en cage serait donc le summum de la repentance et de l’universalisme antiraciste. Le noir décolonial, lui, ne voit que des noirs en cage. Et cela lui fait mal. Par sa condition et son expérience, son « littéralisme » est mieux éclairé que toute la somme de discours conceptuels, raffinés et subtils qui prétendent lui faire voir autre chose que ce qu’il voit. Que l’antiracisme blanc ait élevé un monument à notre humanité commune, en mettant des noirs en cage, dit tout ce qui nous sépare encore d’elle. De quoi Exhibit B est-il donc le nom ? Du privilège blanc, caché dans les coulisses de l’exposition, et de l’exclusion sociale du noir, nié en tant qu’agent social et historique et mué en objet « culturel » ! La même instance blanche qui, depuis son trône, nie l’existence des races sociales, expose et essentialise la race noire, enchaînée et muette, en conservant le monopole de l’antiracisme et de l’universel. Un tel antiracisme, investi de grands et faux principes moraux, est donc l’une des armes du privilège blanc, afin de sauvegarder sa position de « sujet universel » dans l’histoire contre la lutte concrète des dominés et, dans ce cas, contre la protestation politique des noirs. Tandis que la protestation conteste ce monopole et ses effets pervers d’exclusion (ou d’inclusion paradoxale), où les mécanismes de la violence raciste sont reproduits plutôt que subvertis, on l’accuse de censure « raciale ».

Qui censure qui ?

C’est, pourtant, dans l’accès privilégié à la parole et à la représentation et dans la délégitimation massive de la parole dissonante par les organisations et médias qui concentrent les ressources et les réseaux que se situe la véritable censure. D’autant que la protection de la liberté d’expression est à géométrie variable et s’érige surtout quand il s’agit de défendre ces privilèges. Il est ainsi vain de défendre la liberté d’expression, quand l’accès à celle-ci reste contrôlé et inégal et que les indigènes, Noirs, Arabes, musulmans, les Rroms, les habitants des quartiers populaires, les SDF, les chômeurs et les prolétaires (blancs y compris) y sont marginalisés. Cela revient à défendre le droit de ceux qui jouissent de ce privilège, c’est-à-dire en particulier les classes supérieures, blanches et masculines.

Ils ne font que recouvrir le privilège blanc dont l’exposition est l’expression derrière le langage de l’universel, en inversant perversement les termes du problème. Tandis qu’il existe, en France, un privilège blanc quant à la définition légitime de l’antiracisme (et donc à la définition du racisme légitime), à l’accès à la parole publique et à la promotion des œuvres dans les circuits de l’art, voilà donc que ceux qui résistent et s’opposent à cette hégémonie sont mis absurdement à la place des « dominants ». L’inversion des rôles est semblable à celle qui s’opère dans la sempiternelle dénonciation du prétendu « racisme antiblanc ». Il ne faut donc pas s’étonner que certaines organisations qui ont intégré le « racisme antiblanc » au catalogue de leurs cibles morales soient aujourd’hui en première ligne pour soutenir l’exposition Exhibit B.

Bref, il ne peut y avoir défense de la liberté d’expression sans son corollaire : l’égalité d’accès à l’expression, pour tous. Or, nous savons que celui-ci est contrôlé et confiné dans le cadre des institutions de l’ordre social et racial. C’est pourquoi la « défense de la liberté d’expression » est pour nous un cul de sac qu’on nous pardonnera de ne pas vouloir emprunter. Sa valeur dépend d’une transformation structurelle plus ample, où elle prend sens, non seulement contre la censure mais aussi contre la société du spectacle.

L’antiracisme blanc se meurt, vive l’antiracisme décolonial!

Brett Bailey est un vrai antiraciste, nous en sommes convaincus. Tout comme celles et ceux qui aujourd’hui viennent à sa rescousse. Leur antiracisme est réel et sincère. Nous lui/leur reconnaissons cette pleine dignité. Mais c’est là le problème. Les limites de l’antiracisme blanc, c’est qu’il reproduit une logique d’exclusion similaire à celle que nous vivons à l’échelle de toute la société. Et c’est là sa limite. En dernière instance, le dépassement du noir-objet dans les résistances noires met en lumière le problème blanc, où le blanc passe du statut de « sujet de l’histoire » à celui de sujet objectivé.

Si on prend du recul, si on s’éloigne des couloirs de l’exposition pour contempler l’ensemble de la scène, ce qui devient significatif, c’est le contraste entre l’exposition et la rue, entre les noirs passifs des cages de l’exposition et les noirs insurgés dans la rue, entre le déambulement tranquille des spectateurs dans les couloirs de l’exposition et la colère des manifestants qu’on repousse au dehors, en les gazant et matraquant. Le spectacle qu’on croit menacé par la censure de la rue est le théâtre de la censure véritable de la résistance des noirs qu’il met en scène et exclut, afin justement de conserver le monopole blanc sur la lutte antiraciste.

De ce point de vue, l’exposition n’est que l’une des manifestations de la confrontation des antiracismes. Le divorce entre l’antiracisme institutionnel et les antiracismes « subalternes » a connu d’autres grands révélateurs, comme l’« affaire du voile » et l’« affaire Dieudonné », bien que les toutes premières ruptures se soient opérées dans les années 80 après la Marche pour l’égalité, où justement s’opéra cette dépossession des luttes de l’immigration et de ses descendants par l’instauration d’un antiracisme institutionnel. SOS Racisme a amorcé ce basculement et les organisations unies derrière l’apologie de l’exposition, bien que distinctes, en sont dans une certaine mesure les héritières.

L’exposition et l’antiracisme blanc sont sans aucun doute investis de « bonnes intentions ». Néanmoins, ils sont eux-mêmes pris au piège du système raciste qui les a faits blancs et, en prétendant faire œuvre de contrition et de pénitence, ils se confrontent forcément avec leurs propres limites et paradoxes car le racisme, structurel et systémique les transcende et les situe concrètement d’un côté de la fracture raciale. Qu’il le veuille ou non, Brett Bailey et la plupart de ses laudateurs se trouvent du côté du privilège racial, et se révèlent incapables de comprendre la logique d’exclusion dont ils se rendent complices. Une exposition qui a des prétentions antiracistes a, ainsi, malgré elle, des effets racistes ! Ainsi, notre conseil fraternel serait de leur dire que leur tâche devrait consister davantage à décoloniser les blancs et à promouvoir l’antiracisme politique dans leurs espaces. En dernière instance, ils ne peuvent sortir de leurs propres impasses que par les luttes des indigènes, noirs et arabes et le respect de l’autonomie de ces luttes. Toute possible convergence ne peut résulter que de ce respect et de la complémentarité des tâches en ce sens.

Nous, organisations signataires de ce communiqué, accusons donc l’ordre postcolonial blanc, ses appareils, ses agents au sein des champs artistique, intellectuel, politique et médiatique, d’avoir, par cette prise de défense de la « liberté d’expression » et l’invocation d’un supposé « racisme anti blanc », tenté de falsifier et faire taire une protestation contre une exposition illégitime de notre point de vue. En prétendant soulever le « débat universel de l’antiracisme » par la mise en cage de Noirs, elle a abouti à leur répression. Brett Bailey a déclaré, avec une arrogance qui ne l’honore pas, « Que le show continue ! » Contre le spectacle et ses barbelés qui nous censurent, nous répondons : Que la lutte continue !
Paris le 10 décembre 2014
Brigade anti-négrophobie, Parti des Indigènes de la République
http://indigenes-republique.fr/exhibit-b-les-points-sur-les-i/

MO2014

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Re: Exhibit B

Message  verié2 le Ven 12 Déc - 18:36

Déclaration commune du PIR et de la BAN
Exhibit B : les points sur les i
Publié le 10 décembre 2014 par BAN et PIR
Cette bouillie est bien difficile à comprendre ! Je comprends pour ma part que, comme le disait Gérard Ménussa, ces groupes refuseraient aux Blancs de parler du racisme vécu par les Noirs. En raisonnant de la sorte, seules les femmes pourraient défendre un point de vue féministe, les hétéros n'auraient pas le droit de parler des problèmes des homos. Et, pourquoi pas, Marx et Engels n'auraient pas eu le droit de parler des prolétaires puisqu'ils n'étaient pas prolétaires eux-mêmes. C'est absolument stupide, un des meilleurs livres sur les révoltes d'esclaves a été écrit par Styron, écrivain blanc.

De toute manière, les Noirs d'aujourd'hui, toujours avec ce raisonnement, ne seraient pas habilités à parler de l'esclavage, puisqu'ils ne l'ont jamais subi. Parce que, les contrôles au faciès et les discriminations dans la France de 2014, c'est le paradis à côté de la vie des esclaves de l'Alabama au 18ème et 19ème siècle.

Cette attitude donne l'impression d'une volonté de revendiquer une sorte de droit de propriété exclusive sur ce sujet, comme Spike Lee, qui, aux Etats Unis, ne supporte pas que Tarantino ait tourné un film sur l'esclavage.
__
Il n'en reste pas moins que les Noirs, mais pas seulement eux ! puissent se sentir humiliés par cette exposition, quelles que soient les bonnes intentions de l'artiste. (C'est un autre problème que celui posé par ce refus stupide d'accorder aux Blancs le droit de parler des Noirs. De plus, s'il est vrai que les artistes blancs ont davantage accès aux médias, l'accès des artistes noirs ne garantit rien du tout. Il y a des exemples célèbres d'Oncles Tom médiatisés et instrumentalisés, de Amstrong à Henri Salvador et beaucoup d'autres...)

Le spectacle de la déchéance humaine est difficile à supporter, s'il n'est pas accompagné d'explications, de mise dans le contexte etc. Imaginons une exposition sur les camps où on verrait des détenus se battre entre eux, faire les pires saloperies pour un crouton de pain, les femmes juives se prostituer auprès des kapos et des SS pour survivre etc, le tout sans la moindre explication.
__
Reste la question de la fameuse liberté artistique. Bien sûr, nous sommes tous contre la censure et pour cette liberté. Mais il faut reconnaître aussi le droit d'exprimer son indignation contre une manifestation que l'on estime injurieuse pour une catégorie. Il me semble que nous n'aurions pas défendu la liberté de l'exposition sur les Juifs pendant l'occupation et que nous n'aurions pas condamné les FTP qui ont mis une bombe dans le cinéma où l'on projetait Le Juif Süss au nom de la liberté d'expression cinématographique. Donc, dans ces circonstances-là, tout dépend de quel côté on se place... On ne peut pas s'appuyer sur une sorte de principe intangible.

En, l'occurrence, me semble-t-il, la meilleure solution serait peut-être que des membres d'associations demandent un droit d'expression pendant cette exposition.

verié2

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Re: Exhibit B

Message  verié2 le Ven 12 Déc - 18:47

Extrait du texte dont Sylvestre a fourni le lien :

Oui l'art est censé élargir la liberté d'expression, mais pour dire vrai, la libre expression est toujours limitée par les réalités politiques du jour, localisée. Pour offrir une analogie, un artiste allemand, à qui on aurait donné une plate-forme semblable au Centre Barbican pour qu'il mette en scène des corps empilés de juifs vivants dans une chambre à gaz de carton-pâte, cela aurait-il été considéré comme de l'art? Ceux qui pensent que la comparaison est excessive, soit ils ignorent les faits historiques, soit ils pensent que la vie des africains est de piètre valeur.
En effet, c'est bien cela qui pose problème. En revanche le reste du texte est beaucoup plus contestable.

verié2

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Re: Exhibit B

Message  MO2014 le Ven 12 Déc - 19:05

Un texte qui pose correctement le problème :

Exhibit B: représentation du racisme et sous-représentation des minorités raciales

29 novembre 2014 |  Par Eric Fassin

Exhibit B fait scandale : jeudi 27 novembre, les manifestations hostiles à l’installation ont amené le Théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis à suspendre la première représentation. Les clivages se creusent. Deux antiracismes s’affrontent aujourd’hui dans une incompréhension mutuelle : c’est l’aboutissement d’un processus de racialisation de la société française.

Une œuvre d’art, antiraciste dans ses intentions, peut-elle être jugée raciste dans ses effets ?  Ce paradoxe est au cœur de la polémique contre Exhibit B. Si Brett Bailey y dénonce les politiques de la race qui déshumanisent ceux qu’elles asservissent, ses critiques l’accusent de reproduire cette dégradation en portant atteinte à la dignité humaine. Qu’en est-il ? L’installation expose, sous forme de tableaux vivants qui sont des natures mortes, des figures historiques de la domination raciale, à commencer par la célèbre « Vénus hottentote ».

Il s’agit d’abord des violences épouvantables de l’histoire coloniale : au Congo belge, on coupait la main à des milliers de travailleurs insuffisamment productifs, et dans les camps de concentration allemands de Namibie, on obligeait des Africaines à récurer les crânes de leurs frères exterminés. Toutefois, on ne saurait réduire l’œuvre à quelque « repentance » passéiste. Car cette galerie d’horreurs nous ramène au présent : un réfugié congolais, un migrant érythréen, un Somalien décédé lors son expulsion, tous sont qualifiés d’« objets trouvés » : c’est signifier brutalement la violence actuelle des politiques d’immigration.

Les politiques de la race visent à déshumaniser ceux qui sont racialisés ; néanmoins, ce sont ceux qui les racialisent qui perdent leur humanité. En 1950, le Discours sur le colonialisme le pointe avec force : « la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot ». Pour Aimé Césaire, « il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. » « Exhibit », en anglais, c’est l’exposition ; c’est aussi et surtout une pièce à conviction dans le procès intenté aux politiques de la race par cet artiste sud-africain blanc. Mais comment représenter la déshumanisation des bourreaux sans redoubler ce qu’ils ont fait subir à leurs victimes ? Pour dénoncer les zoos humains, Brett Bailey ne les a-t-il pas reconstitués ?

Aussi convient-il de s’interroger sur le dispositif artistique. Le parti pris de l’artiste est sans équivoque : tout en donnant à voir des corps noirs, il retourne le regard sur les spectateurs que les acteurs ne quittent pas des yeux. Bouleversé, j’avais d’ailleurs écrit un texte enthousiaste en découvrant Exhibit B en 2013 : « la race, ça nous regarde »… Cependant, acteurs et personnages sont réduits au silence. Les Noirs apparaissent ainsi privés de toute capacité d’agir, victimes éternellement passives de la domination raciale : des « Nègres marrons », dont la révolte a arraché leurs communautés à l’esclavage, il n’est pas question ici.

Les interprétations qui s’affrontent autour de l’œuvre donnent à penser : le sens n’en tient pas seulement à ce qui est montré, ni aux intentions proclamées ; il faut également prendre en compte qui donne à voir, et pour qui, et surtout dans quel contexte. Si la Vénus noire d’Abdellatif Kechiche n’a pas suscité les mêmes réactions, le patronyme du réalisateur non moins dérangeant sur la violence raciste n’y est pas pour rien. De même, il est révélateur qu’Exhibit B n’ait pas suscité de mobilisation l’année dernière au Festival d’Avignon, si peu « divers », et qu’à l’inverse aujourd’hui les pétitionnaires soient particulièrement choqués qu’un tel spectacle soit présenté « dans des villes multiethniques comme Paris ou Saint-Denis ».

Il serait évidemment absurde de réserver une œuvre antiraciste aux Blancs. Mais le public culturel est défini en termes non seulement de classe, mais aussi de couleur ou d’origine. Ces acteurs noirs sont, pour les spectateurs blancs, comme un reproche vivant ; mais aux minorités raciales venues découvrir l’installation, que disent et leur regard et leur silence ? La polémique m’a donc amené à le comprendre, l’esthétique du spectacle pose problème : selon notre expérience, et donc notre apparence, nous n’y voyons pas forcément la même chose – sans que cette réception différenciée soit prise en compte dans la mise en scène.

On aurait tort de réduire ces critiques au communautarisme : il ne s’agit pas de prétendre que les Noirs seuls pourraient parler des Noirs, mais au contraire de revendiquer que l’art doit pouvoir s’adresser à toutes et tous à la fois. C’est donc l’inverse qui pose problème : tout se passe comme si les Blancs pouvaient quasiment seuls parler des non-Blancs, et comme s’il allait de soi qu’un spectacle sur le racisme ne s’adresse pas ou presque aux racisés. Dans la culture, comme dans l’université, la représentation « aveugle à la race » l’est trop souvent aux discriminations raciales qui sont pourtant la négation de l’universalisme. Exhibit B n’est donc pas le problème ; la polémique est plutôt le révélateur d’une cécité collective qui dépasse l’œuvre.[souligné par MO2014 pour tenter de répondre à la confusion de verié2 sur le sujet]

Il me paraît contre-productif d’appeler à l’interdiction de ce spectacle, ou d’en provoquer l’annulation, au risque d’opposer les militants de l’antiracisme aux défenseurs de la liberté artistique ; mais il me semblerait également contre-productif de balayer d’un revers de main l’émotion de celles et ceux qui se sentent humiliés et offensés : l’antiracisme ne peut pas faire abstraction des premiers intéressés. Les deux postures pourraient bien faire le jeu de partis ou personnalités qui ne sont pas plus les amis des Noirs que des artistes… Mieux vaut donc prendre l’installation, mais aussi la polémique, pour point de départ d’une discussion sur la représentation du racisme en même temps que sur la sous-représentation des racisés, en particulier (mais pas seulement) dans le monde de la culture. C’est l’occasion de retourner une situation mal engagée pour faire avancer la cause de l’égalité – non pas contre, mais avec l’art.
http://blogs.mediapart.fr/blog/eric-fassin/291114/exhibit-b-representation-du-racisme-et-sous-representation-des-minorites-raciales

MO2014

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Re: Exhibit B

Message  verié2 le Ven 12 Déc - 20:46

MO2014
tout se passe comme si les Blancs pouvaient quasiment seuls parler des non-Blancs, et comme s’il allait de soi qu’un spectacle sur le racisme ne s’adresse pas ou presque aux racisés. Dans la culture, comme dans l’université, la représentation « aveugle à la race » l’est trop souvent aux discriminations raciales qui sont pourtant la négation de l’universalisme. [souligné par MO2014 pour tenter de répondre à la confusion de verié2 sur le sujet]
Je ne sais pas si je suis confus ou si je commets des confusions, mais les auteurs des textes de ce genre sont sacrément confus. Ou peut-être écrivent-ils à l'intention des seuls sociologues... qu'ils soient Noirs ou Blancs. Shocked
il me semblerait également contre-productif de balayer d’un revers de main l’émotion de celles et ceux qui se sentent humiliés et offensés : l’antiracisme ne peut pas faire abstraction des premiers intéressés.
Sur ce point, en revanche, je suis entièrement d'accord.
Pour prendre une comparaison, essayons d'imaginer une expo Exhibit F sur le sort des femmes battues et violées, réduites à l'esclavage, où on ne verrait que des femmes attachées dans des positions obscènes, le visage sanguignolent etc. Ca attirerait tous les sados-masos du quartier et il y aurait une levée de boucliers des féministes, que "l'artiste" soit homme ou femme. A ce propos, le fait d'appartenir à un genre ou une race ne donne ni droit ni autorité pour parler d'un sujet. Il y a trop de contre-exemples.

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Re: Exhibit B

Message  alexi le Sam 13 Déc - 0:48

Vérié :
Bien sûr, nous sommes tous contre la censure et pour cette liberté.

Pas tous puisque Sylvestre a signé une pétition contre ce spectacle.
Que certains veulent le dénoncer est une chose. S'allier avec les mêmes
qui cherchent à l'interdire et à empêcher par la force son bon déroulement en est une autre.
L'oeuvre artistique a pour fonction d'interpeller celui qui passe à sa portée.
Et à priori ce spectacle va dans le bon sens avec de nombreux retours positifs comme celui de l'ami de Vérié.
Que le PIR condamne un tel spectacle qui égratigne son pré carré n'est pas étonnant et donne plutôt l'envie d'y aller. Very Happy

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Re: Exhibit B

Message  verié2 le Sam 13 Déc - 12:15

Alexi
Que certains veulent le dénoncer est une chose. S'allier avec les mêmes
qui cherchent à l'interdire et à empêcher par la force son bon déroulement en est une autre.
Tu admets donc qu'on puisse "dénoncer" ce spectacle. Le problème ne se limite pas à celui de la sacro-sainte "liberté artistique" et d'expression. Encore une fois, comment réagirions-nous face à un spectacle antisémite ? Je ne préconise pas de brûler les romans de Céline ou Tintin au Congo, mais ça ne me semblerait pas absurde d'exiger qu'ils soient précédés de préfaces expliquant l'antisémitisme, le racisme, le colonialisme, le contexte historique plutôt que de les mettre tels quels entre les mains des enfants et même des lecteurs en général.

Il me semble qu'il faut tenir compte des sentiments de colère et d'humiliation d'une partie de la population. Il y avait tout de même des centaines de manifestants à Saint Denis, qui se sont fait matraquer et gazer par la police. Que tu (ou beaucoup d'autres antiracistes, Blancs ou Noirs) estiment que cette indignation est injustifiée n'empêche pas qu'elle est bien réelle et qu'on ne peut pas la mettre sur le même plan que l'indignation des culs bénis contre un spectacle anti-clérical.

Que des communautaristes, voire des racistes, cherchent à instrumentaliser cette indignation est encore un autre problème. Mais nous leur facilitons la tâche en ignorant cette indignation. J'ai donné deux exemples : un spectacle représentant de la même façon des femmes violées et humiliées et un spectacle représentant des détenus de camps de concentration ramenés à des comportements bestiaux par leur conditions de détention et leurs bourreaux. Qu'en penses-tu ?

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Message  alexi le Sam 13 Déc - 14:46

Vérié :
Tu admets donc qu'on puisse "dénoncer" ce spectacle

Alexi :
Et à priori ce spectacle va dans le bon sens

Vérié :
Le problème ne se limite pas à celui de la sacro-sainte "liberté artistique" et d'expression. Encore une fois, comment réagirions-nous face à un spectacle antisémite ? Je ne préconise pas de brûler
Comme d'habitude "Tu ne préconise pas" MAIS tu acceptes que l'on interdise de force ce spectacle, que l'on bouscule ses spectateurs.

Vérié :
J'ai donné deux exemples : un spectacle représentant de la même façon des femmes violées et humiliées et un spectacle représentant des détenus de camps de concentration ramenés à des comportements bestiaux par leur conditions de détention et leurs bourreaux. Qu'en penses-tu ?
Comme si l'art, cinématographique ou autres, n'avait pas déjà traité tes exemples.

La révolution communiste n'a pas la crainte de I'art :
http://s1.e-monsite.com/2010/06/11/76925279art-revo-pdf.pdf

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Message  gérard menvussa le Sam 13 Déc - 15:18

Amusant ! Alexis peut il nous rappeler la critique de "portier de nuit" par "lutte ouvriére", qu'on s'amuse un peu ?
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Message  Dinky le Sam 13 Déc - 16:08

gérard menvussa a écrit:Amusant ! Alexis peut il nous rappeler la critique de "portier de nuit" par "lutte ouvriére", qu'on s'amuse un peu ?

On peut se demander (une fois de plus) ce que LO a à voir avec tout ça.
Je n'ai d'ailleurs jamais entendu dire que LO ait fait circuler une pétition pour interdire un film ou soit allée vociférer pour faire annuler un spectacle.
Critiquer, oui, bien sûr, c'est un droit symétrique à celui de créer, de produire une oeuvre.
Toute licence en art, comme disait l'autre.

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Message  Giaches_de_Wert le Sam 13 Déc - 16:57

gérard menvussa a écrit:Amusant ! Alexis peut il nous rappeler la critique de "portier de nuit" par "lutte ouvriére", qu'on s'amuse un peu ?

Elle était au moins compréhensible, contrairement aux élucubrations de D. Bensaïd sur le même sujet, une page entière dans "Rouge"...

Tout ça me donne envie d'aller voir le spectacle, tout comme une certaine polémique m'avait donné envie d'aller voir "La journée de la jupe"... J'avais d'ailleurs apprécié le film, et le débat courtois qui avait suivi la projection, sur l'opportunité, ou non, de le qualifier de "raciste".

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Message  sylvestre le Sam 13 Déc - 17:23

alexi a écrit:
Comme d'habitude "Tu ne préconise pas" MAIS tu acceptes que l'on interdise de force ce spectacle, que l'on bouscule ses spectateurs.

Cette crainte de la censure est absurde : le spectacle a eu lieu. Contrairement à ce que tu sembles croire, les militants antiracistes noirs n'ont guère l'oreille du ministère de l'intérieur.
Et non seulement plusieurs ont été bousculés, mais encore gazés, encerclés par les CRS, poursuivis en justice.

On ne peut pas se prétendre marxiste si on ne fait pas la différence entre un censure contre un spectacle par en haut et un mouvement de protestation contre un spectacle par en bas. Pensons par exemple que le mouvement féministe américain a connu comme date marquante les protestations contre le concours de Miss Amérique en 1968.

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Re: Exhibit B

Message  verié2 le Sam 13 Déc - 17:48

Giaches de Wert
Tout ça me donne envie d'aller voir le spectacle, tout comme une certaine polémique m'avait donné envie d'aller voir "La journée de la jupe"... J'avais d'ailleurs apprécié le film, et le débat courtois qui avait suivi la projection, sur l'opportunité, ou non, de le qualifier de "raciste".
La journée de la jupe est un film raciste et sécuritaire. Exhibit B n'est pas un spectacle raciste, mais un spectacle antiraciste maladroit qui heurte la sensibilité d'une partie de la population.

Je reprends donc pour la troisième fois la comparaison avec les camps de la mort et avec les femmes violées, en vous demandant quelles seraient les réactions que susciteraient des spectacles sur ces sujets traités de la même manière.
Sylvestre
On ne peut pas se prétendre marxiste si on ne fait pas la différence entre un censure contre un spectacle par en haut et un mouvement de protestation contre un spectacle par en bas.
Je pense en effet que c'est la bonne façon de poser le problème. Les féministes ne se privent pas de manifester contre toutes sortes de spectacles, à commencer par celui des affiches publicitaires sexistes. A tort ou à raison, parfois avec excès sans doute, mais parce que cela choque leur sensibilité et qu'elles se sentent humiliées par ces spectacles.

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Re: Exhibit B

Message  alexi le Sam 13 Déc - 20:38

Gérard :
Amusant ! Alexis peut il nous rappeler la critique de "portier de nuit" par "lutte ouvriére", qu'on s'amuse un peu ?
Je veux bien rire avec toi mais je ne connais pas ce texte.

Sylvestre :
Cette crainte de la censure est absurde : le spectacle a eu lieu.

Lu dans Le Parisien sur les différents soirs de représentation (qui vont d'ailleurs disparaître prématurément de l'affiche puisque l'accès au théâtre est bloqué par les manifestants :

"Gérard-Philipe, le directeur a décidé peu avant 20 heures d'annuler la représentation de ce jeudi.
«Non au racisme déguisé», «Je ne suis pas un objet», «Respectez vos ancêtres».
Voilà ce que l'on pouvait lire sur quelques-unes des pancartes brandies en début de soirée devant le théâtre par plus de deux cents manifestants très virulents. Ils étaient venus réclamer l'annulation d'Exhibit B, une exposition-performance de l'artiste sud-africain Brett Bailey."

"L'entrée principale du théâtre était bloquée par les manifestants.

«Des manifestants ont ensuite voulu envahir la salle pour empêcher le spectacle d'avoir lieu. Il y a eu cinq minutes de tension mais la situation a été contrôlée par les forces de l'ordre» selon la police. Toutefois, il y a eu «quelques dégâts». Une vitre du théâtre a été brisée et des barrières renversées."


Dernière édition par alexi le Dim 14 Déc - 0:18, édité 2 fois

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Re: Exhibit B

Message  Roseau le Sam 13 Déc - 21:56

sylvestre a écrit: On ne peut pas se prétendre marxiste si on ne fait pas la différence entre un censure contre un spectacle par en haut et un mouvement de protestation contre un spectacle par en bas. Pensons par exemple que le mouvement féministe américain a connu comme date marquante les protestations contre le concours de Miss Amérique en 1968.


Je me souviens à Paris aussi, nous (LC) avons, avec le mouvement féministe, secoué au moins un des ces marchés de la femme à Paris.
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Re: Exhibit B

Message  gérard menvussa le Dim 14 Déc - 16:00

Giaches_de_Wert a écrit:
gérard menvussa a écrit:Amusant ! Alexis peut il nous rappeler la critique de "portier de nuit" par "lutte ouvriére", qu'on s'amuse un peu ?

Elle était au moins compréhensible, contrairement aux élucubrations de D. Bensaïd sur le même sujet, une page entière dans "Rouge"...

Tout ça me donne envie d'aller voir le spectacle, tout comme une certaine polémique m'avait donné envie d'aller voir "La journée de la jupe"... J'avais d'ailleurs apprécié le film, et le débat courtois qui avait suivi la projection, sur l'opportunité, ou non, de le qualifier de "raciste".

La critique de Daniel Bensaid est tout a fait compréhensible (pour qui a un minimum de bonne foi) même si trés marquée par les débats (en particulier esthétiques et "politiques") de l'époque qui sont certainement un peu difficile a apréhender (d'autant que le "camp du désir" marqué par deleuze, guattari et utilise un vocabulaire assez peu usité par nos camarades de l'union communiste (trotskystes) qui préférent d'autres langues de bois) J'en livre la conclusion :

Qu’une classe asservie depuis des siècles lutte pour son émancipation dans le cadre qui lui est imposé, qu’elle n’ait ni le choix des armes, ni le temps de polir ses idées, cela va de soi. Et ce n’est pas aux maîtres de s’en plaindre, c’est le verdict du miroir.

Mais il y a autre chose. Qu’on se souvienne du combat de Politzer contre l’irrationalisme et l’obscurantisme nazis (La Philosophie et les mythes). Il fut livré au nom de la Raison et des Lumières, de Descartes et de Diderot. Au nom de l’idéologie jacobine et démocratique du Front populaire, de la raison bourgeoise ; et non de la conscience révolutionnaire. C’est l’aboutissement logique des capitulations staliniennes. Bataille à reculons !

Et c’est la même bataille que reprend François Maurin dans sa critique de Portier de nuit (L’Humanité du 10 avril) : le nazisme, ce ne sont pas les pulsions, les rapports sadomasochistes, c’est d’abord l’acharnement du grand capital, le déchaînement de ses bandes armées. Certes, mais c’est insuffisant. À une subjectivité chavirante, enveloppée de désir, il n’oppose qu’une science anonyme derrière laquelle s’efface le sujet militant.

Pourtant, il y a autre chose à opposer. Une subjectivité historique, révolutionnaire, naissant d’une collectivité consciente. Une subjectivité autour de laquelle rôdaient, en Union soviétique des années vingt, les mouvements pour la reconstruction du mode de vie et dont la notion d’un homme nouveau esquissait l’horizon encore diffus. Une telle subjectivité palpite et on ne pourrait expliquer autrement la force symbolique, le rayonnement d’une figure comme celle du Che.

La « vertu militante » qui attriste Fourquet, avec son cortège de « qualités » nécessaires à la lutte (« dévouement », « discipline », « honnêteté »), peut être aussi une aventure et une esthétique. C’est même inhérent à son enjeu : transformer le monde, changer la vie. À condition de ne pas troquer la Révolution pour son ombre. Sur ce terrain, les tiédeurs et les fadeurs réformistes continuent à faire le lit du fascisme.

l'article entier est disponible ici : http://danielbensaid.org/Portier-de-nuit

Mon interlocuteur pourrait il faire de même ? Et rappeler "l'ouverture d'esprit" de lutte ouvriére à l'occasion de la sortie de ce film ?
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Re: Exhibit B

Message  verié2 le Lun 15 Déc - 9:37

verié2 a écrit:
Giaches de Wert
Tout ça me donne envie d'aller voir le spectacle, tout comme une certaine polémique m'avait donné envie d'aller voir "La journée de la jupe"... J'avais d'ailleurs apprécié le film, et le débat courtois qui avait suivi la projection, sur l'opportunité, ou non, de le qualifier de "raciste".
La journée de la jupe est un film raciste et sécuritaire. Exhibit B n'est pas un spectacle raciste, mais un spectacle antiraciste maladroit qui heurte la sensibilité  d'une partie de la population.
Un fait montre bien la différence entre les deux. L'extrême-droite a massivement récupéré La journée de la jupe, s'en est bruyamment réjouie, passé en boucle certaines séquences, son réalisateur a été porté aux nues par divers sites réacs comme celui des "patrons juifs français". Aucun site d'extrême-droite n'aurait l'idée de récupérer Exibit B en montrant des photos d'esclaves noirs martyrisés et aucun ne le fait bien évidemment. En revanche,Exibit B a heurté la sensibilité d'une partie de la population noire et pas seulement celle de quelques organisations communautaristes...

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Re: Exhibit B

Message  sylvestre le Lun 15 Déc - 16:20

Accablant :
Exhibit B. lundi 7 décembre 2014 devant le 104. à 2 minutes :
"CRS : c'est interdiction totale de passer
manifestant : ah bon, mais le monsieur, là, c'est pas interdiction de passer ?pourquoi ?
CRS : bah, parce que ... vous savez bien ... parce que ... c'est une manifestation africaine.
manifestant : ah d'accord. donc, les deux femmes blanches, elles peuvent y aller ?
CRS : vous êtes avec eux ?
manifestant : donc, vous avez la consigne d'arrêter les Africains ? donc, tous les blacks ?
CRS : Voilà"

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Re: Exhibit B

Message  MO2014 le Lun 15 Déc - 16:40

Ridicule et accablant en effet. Le CRS qui s' emmêle (à 2':00") dans ses justifications racistes...
La morale de l'histoire : des noirs empêchés de manifester contre un spectacle raciste par des CRS pratiquant le filtrage au faciès.
(le principal c'est qu'Alexi puisse passer et aller à "l'exposition".)

sylvestre a écrit:Accablant :
Exhibit B. lundi 7 décembre 2014 devant le 104. à 2 minutes :
"CRS : c'est interdiction totale de passer
manifestant : ah bon, mais le monsieur, là, c'est pas interdiction de passer ?pourquoi ?
CRS : bah, parce que ... vous savez bien ... parce que ... c'est une manifestation africaine.
manifestant : ah d'accord. donc, les deux femmes blanches, elles peuvent y aller ?
CRS : vous êtes avec eux ?
manifestant : donc, vous avez la consigne d'arrêter les Africains ? donc, tous les blacks ?
CRS : Voilà"


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Re: Exhibit B

Message  alexi le Lun 15 Déc - 20:59

MO :
(le principal c'est qu'Alexi puisse passer et aller à "l'exposition".)
Mais non, je suis favorable à ce que tu puisses aussi y aller ! Laughing

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