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Palestine-Israël - histoire

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Palestine-Israël - histoire

Message  Vals le Jeu 30 Sep - 17:35

Lutte Ouvrière n°2200 du 1er octobre 2010


Le « Septembre noir » de 1970 : Hussein de Jordanie contre les Palestiniens


Il y a quarante ans, le 17 septembre 1970, commençait ce qu'on allait appeler le « Septembre noir » des Palestiniens. L'armée jordanienne intervenait massivement contre les organisations et les populations palestiniennes réfugiées sur son territoire. Les bombardements des principales villes du pays, le pilonnage par l'artillerie des camps de réfugiés allaient faire des milliers de morts.

Au lendemain de la création d'Israël, en 1948, la Jordanie, qui avait annexé la Cisjordanie palestinienne, avait été l'un des principaux pays d'accueil des Palestiniens chassés de leurs terres par les armées israéliennes. L'occupation de la Cisjordanie par Israël après la guerre des Six-jours de juin 1967 provoqua un afflux de nouveaux réfugiés. À la fin des années 1960, les Palestiniens constituaient 60 % de la population - l'armée jordanienne elle-même était composée en majorité de Palestiniens - et le pays était devenu l'une des bases principales des organisations nationalistes palestiniennes et le point de départ de la plupart des opérations militaires des fedayins contre Israël, et donc la principale cible des opérations de représailles de l'armée israélienne. Mais c'est du régime arabe « ami » de Jordanie qu'allait venir le coup décisif.

Les conséquences de la défaite arabe de 1967

Depuis la fondation de l'État d'Israël, en 1948, les dirigeants des États arabes avaient pourtant fait de la tragédie du peuple palestinien et de la lutte contre Israël « la cause sacrée du monde arabe ». Mais il ne s'agissait pour eux que d'une démagogie bien commode, destinée à détourner le mécontentement de leurs populations contre l'ennemi extérieur. C'est ainsi, avec l'appui et les finances des États de la Ligue arabe, que fut créée, le 28 mai 1964, l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Mais il s'agissait là de canaliser et contrôler la révolte du peuple palestinien, tout en montrant que les dirigeants arabes aidaient effectivement ce peuple frère.

La débâcle des armées arabes face à l'offensive de l'armée israélienne, en juin 1967, changea la situation. En six jours les armées égyptienne, syrienne et jordanienne s'effondrèrent. L'Égypte perdit la bande de Gaza, qu'elle avait annexée en 1948, et la péninsule du Sinaï, la Syrie fut amputée du plateau du Golan, et la Jordanie de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Les dirigeants arabes perdirent tout crédit aux yeux des masses arabes et des populations palestiniennes. Celles-ci se tournèrent vers les organisations nationalistes comme le Fatah de Yasser Arafat ou le FPLP de Georges Habache qui affirmaient leur volonté de ne pas baisser les armes, et de continuer la lutte armée.

Nées à la fin des années 1950, ces organisations, qui s'inspiraient de l'exemple du FLN algérien et s'étaient lancées à partir de 1964 dans une politique d'attentats, étaient restées jusque-là très minoritaires. Au lendemain de la guerre des Six-jours, elles multiplièrent les opérations de commando contre Israël. En mars 1968, des fedayins du Fatah mirent en échec des forces israéliennes supérieures en nombre qui avaient lancé une attaque sur Karameh, un village jordanien. Ces faits d'arme soulevèrent l'enthousiasme. Des milliers de jeunes Palestiniens de Jordanie, de Syrie, d'Égypte ou du Liban rejoignirent les fedayins, ces combattants armés de la cause palestinienne. De 1968 à 1970, leurs effectifs furent multipliés par dix. Les organisations nationalistes palestiniennes investirent l'OLP et en prirent le contrôle. En 1969, Yasser Arafat en devint le président.

L'émergence d'un mouvement palestinien puissant, bénéficiant d'une grande popularité dans l'ensemble du monde arabe, et échappant à leur contrôle, fut perçue comme une menace par les régimes arabes. Et cela même si les dirigeants palestiniens, derrière Yasser Arafat, n'avaient pourtant à aucun moment cherché à tirer parti contre eux du soutien des masses arabes et avaient donné de multiples gages de leur volonté de ne pas s'ingérer dans leurs affaires intérieures.

Les dirigeants arabes, se méfiaient néanmoins des organisations palestiniennes, et de la capacité de leurs dirigeants à maîtriser le mouvement de masse qui les portait. Même à leur corps défendant, les fedayins pouvaient devenir un point de ralliement et un ferment révolutionnaire pour tous les opprimés de la région et en tout cas un facteur d'instabilité pour tous les régimes du Moyen-Orient.

Le roi Hussein choisit l'affrontement

En Jordanie, la menace était immédiate pour le roi Hussein. Les organisations palestiniennes, fortes de 40 000 hommes en armes, y constituaient, de fait, un État dans l'État. Elles avaient déjà pris le contrôle de plusieurs zones du royaume. Dans la capitale, Amman, les fedayins tenaient le haut du pavé et exerçaient, en concurrence avec les forces royales, des tâches de police. Or, si les dirigeants de l'OLP n'envisageaient pas de renverser Hussein, celui-ci en revanche n'était pas disposé à tolérer le pouvoir de l'OLP. Dans l'épreuve de force inévitable ce fut donc le roi Hussein qui passa à l'action.

En juillet 1970, après plusieurs mois de tension entre Israël et l'Égypte, avec pour toile de fond une partie de bras de fer entre les États-Unis et l'URSS, Nasser, qui faisait jusque-là figure de chef de file du nationalisme arabe, acceptait le plan de paix proposé par le secrétaire d'État américain Rogers et approuvé par l'URSS. Il fut imité par la Jordanie et par tous les gouvernements arabes. Ce plan, présenté comme la dernière chance d'un retour à la paix dans la région, mais qui ignorait les revendications nationales des Arabes de Palestine, ne pouvait qu'être rejeté par les organisations palestiniennes. Une campagne internationale dénonça alors celles-ci comme des fautrices de guerre irresponsables. C'est dans ce contexte qu'Hussein put lancer son offensive militaire contre les fedayins et les camps de réfugiés en Jordanie.

Hussein de Jordanie bénéficiait du soutien ouvert des États-Unis, qui menacèrent d'intervenir militairement « pour protéger leurs ressortissants » si les troupes d'Hussein étaient mises en difficulté. Il bénéficia aussi du soutien tacite de l'ensemble des régimes arabes, de l'Égypte de Nasser à l'Arabie Saoudite du roi Fayçal. Seule la Syrie fit mine de vouloir défendre les Palestiniens en faisant entrer quelques tanks en Jordanie, mais ceux-ci furent retirés aussitôt.

Après dix jours de massacres, les accords du Caire, conclus le 27 septembre entre le roi Hussein et Yasser Arafat sous l'égide du président égyptien Nasser, furent censés mettre fin aux combats. Mais dans les mois qui suivirent, l'armée d'Hussein traqua dans tout le pays les combattants palestiniens qui avaient survécu aux massacres. Les combattants palestiniens, laissés sans perspectives, sans directives, payèrent le refus de l'OLP de s'appuyer sur la sympathie des masses populaires arabes pour s'en prendre aux régimes en place. Mais il fallut encore un an aux troupes d'Hussein pour éradiquer toute présence palestinienne armée sur le territoire jordanien. En juillet 1971, les troupes royales écrasaient les derniers combattants palestiniens réfugiés dans le nord du pays.

Le « Septembre noir » était la démonstration que dans leur combat contre l'oppression israélienne, les Palestiniens n'avaient rien à attendre des dirigeants des États arabes, quelle que soit leur démagogie nationaliste ou progressiste. Ces dirigeants, au même titre que ceux de l'État israélien et de l'impérialisme américain, refusaient toute remise en cause du statu quo régional, et même simplement de faire droit aux revendications nationales du peuple palestinien... même au prix d'un massacre. La même situation allait d'ailleurs se reproduire un peu plus tard au Liban, à partir de 1975. Les Palestiniens allaient être ainsi menés de défaite en défaite parce que, dans le partage du Moyen-Orient effectué par l'impérialisme, il n'y avait pas de place pour eux ; mais aussi parce que, face à cette situation, les perspectives nationalistes de l'OLP se révélaient trop étroites.

Jean-Jacques LAMY

Vals

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  Vals le Sam 30 Oct - 2:42


30 octobre 1956 : Israël envahit le Sinaï

Le 26 juillet 1956, Nasser annonce à la foule, massée sur la place Muhammad Ali à Alexandrie, la nationalisation de la Compagnie universelle du canal de Suez. Le prestige du raïs égyptien rayonne sur tout le monde arabe.

Paris, Londres et Tel-Aviv se concertent et conviennent secrètement d’un plan d’action. Les forces israéliennes attaquent dans la nuit du 29 au 30 octobre dans le Sinaï. Six jours plus tard, elles occupent toute la presqu’île, faisant plus de 5000 prisonniers et s’emparant de 100 chars T34. Londres et Paris, appliquant le scénario mis au point secrètement en juin, adressent un ultimatum conjoint à l’Égypte et à Israël, leur enjoignant un cessez-le-feu immédiat et un retrait à 10 miles du canal, faute de quoi les forces franco-britanniques interviendraient. L’ultimatum exige également le stationnement d’une force alliée le long du canal pour garantir la liberté de circulation. Le Caire rejette l’ultimatum, Israël l’accepte. Pour la première fois au Conseil de sécurité, Londres use de son droit de veto contre les États-Unis, qui ont été placés devant le fait accompli par leurs alliés.

Le 2 novembre une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies demande aux États d’arrêter toute action et en outre à Israël de se retirer sur la ligne d’armistice. Mais les forces franco-britanniques débarquent à Port-Saïd le 5 novembre, occupent rapidement la ville et se dirigent vers Ismaïlia.

Le lendemain, ces troupes reçoivent l’ordre de s’arrêter. Les deux gouvernements anglais et français cèdent aux injonctions de l’O.N.U. et aux menaces des États-Unis. Israël, son objectif atteint, obtempère également.

Peu après, une force internationale relève français et britanniques qui se retirent le 22 décembre. Elle s’installe sur une ligne d’armistice qui va de la Méditerranée à la mer Rouge. Elle ne peut en principe être retirée qu’avec l’accord commun de l’Égypte et d’Israël. Mais Dag Hammarskjöld, secrétaire général de l’O.N.U., convient tacitement avec Le Caire que la force internationale, qui stationne du côté égyptien, pourrait être retirée si l’Égypte en exprimait le désir. Les Israéliens de leur côté n’évacueront le Sinaï et en particulier Charm el-Cheikh, le point qui contrôle le détroit d’Akaba, que le 14 mars 1957.

d'après l'Encyclopaedia Universalis



Extrait de l'exposé du « Cercle Léon Trotsky » du 24.10.1986 :
[Dans l'immédiat après-guerre] l’impérialisme américain tentait de prendre, au Moyen-Orient, la relève de la Grande-Bretagne et de la France. La première guerre israélo-arabe lui fournit l’occasion, déjà, d’appuyer la création d’Israël. Mais c’est dans tout le Moyen-Orient que les capitaux américains, les fonctionnaires, les financiers, les techniciens en tout genre et en particulier ceux des compagnies pétrolières, débarquèrent en masse. Les USA ne tardèrent pas à devoir affronter les mêmes problèmes qu’avaient affrontés, avant eux, la France et l’Angleterre. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, dès 1953, on vit la CIA à l’oeuvre en Iran pour aider le chah à renverser le gouvernement nationaliste de Mossadegh, qui avait osé toucher aux profits des compagnies pétrolières.

L’impérialisme français, durant toute cette période, ne jouait plus au Moyen-Orient qu’un rôle très marginal. Non seulement il était affaibli sur le plan économique, mais il était de plus absorbé par ses interventions militaires dans les colonies qui lui restaient, l’Indochine d’abord, l’Algérie ensuite.

Il est vrai que cela ne l’empêcha pas de se livrer à l’aventure militaire que constitua, en 1956, l’expédition de Suez, organisée conjointement par Israël, la France et l’Angleterre, pour tenter de s’opposer à la nationalisation du canal de Suez par le régime égyptien de Nasser. Mal leur en prit. Les dirigeants américains n’étaient pas d’accord ; ils leur intimèrent l’ordre de rembarquer immédiatement leurs troupes. Les Russes, avertis que les Américains étaient contre l’intervention, envoyèrent à leur tour un ultimatum à la France, à l’Angleterre et à Israël pour qu’ils évacuent l’Égypte. Et tout ce monde-là dut rembarquer au plus vite !

Suez fut donc, pour les impérialismes anglais et français, un recul piteux. Il marquait la fin d’une période. Aux yeux du monde entier, les deux vieilles puissances coloniales avaient été renvoyées à la niche par les dirigeants de l’impérialisme américain. De la part de celui-ci, c’était un avertissement clair et net : la France et l’Angleterre n’avaient plus les moyens désormais de mener une politique qui soit un peu autonome à l’égard des Etats-Unis. Elles étaient priées de se le tenir pour dit. A partir de ce moment, on voudrait bien d’elles comme comparses. Mais à condition qu’elles obéissent et qu'elles comprennent bien que l’époque où elles faisaient à elles seules la loi au Moyen-Orient était définitivement révolue.

La marque au fer rouge du colonialisme

Et pourtant, c’est justement dans cet après-guerre qui voyait l’affaiblissement définitif de la présence franco-anglaise, dans cette période d’instabilité que le Moyen-Orient connaissait et connaît encore, que les résultats du colonialisme des deux puissances européennes ont été, si l’on peut dire, consacrés.

Pendant toute la période coloniale, la France et l’Angleterre ont tracé des frontières, attisé des haines nationales, se sont appuyées sur telle ou telle couche sociale pour créer des semblants d’Etat ou de simples bandes armées affublées de ce nom. Elles ont créé des sources de conflits innombrables dans ce qui était leurs zones d’influence. Mais toutes ces frontières, tous ces découpages absurdes qui tranchaient dans la chair des peuples, tous ces conflits sont restés là. Ils sont comme autant de plaies que le colonisateur a ouvertes, mais qu’il a pris bien garde de ne pas refermer en partant.

Le 26 juillet 1956, Nasser annonce à la foule, massée sur la place Muhammad Ali à Alexandrie, la nationalisation de la Compagnie universelle du canal de Suez. Le prestige du raïs égyptien rayonne sur tout le monde arabe.

Paris, Londres et Tel-Aviv se concertent et conviennent secrètement d’un plan d’action. Les forces israéliennes attaquent dans la nuit du 29 au 30 octobre dans le Sinaï. Six jours plus tard, elles occupent toute la presqu’île, faisant plus de 5000 prisonniers et s’emparant de 100 chars T34. Londres et Paris, appliquant le scénario mis au point secrètement en juin, adressent un ultimatum conjoint à l’Égypte et à Israël, leur enjoignant un cessez-le-feu immédiat et un retrait à 10 miles du canal, faute de quoi les forces franco-britanniques interviendraient. L’ultimatum exige également le stationnement d’une force alliée le long du canal pour garantir la liberté de circulation. Le Caire rejette l’ultimatum, Israël l’accepte. Pour la première fois au Conseil de sécurité, Londres use de son droit de veto contre les États-Unis, qui ont été placés devant le fait accompli par leurs alliés.

Le 2 novembre une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies demande aux États d’arrêter toute action et en outre à Israël de se retirer sur la ligne d’armistice. Mais les forces franco-britanniques débarquent à Port-Saïd le 5 novembre, occupent rapidement la ville et se dirigent vers Ismaïlia.

Le lendemain, ces troupes reçoivent l’ordre de s’arrêter. Les deux gouvernements anglais et français cèdent aux injonctions de l’O.N.U. et aux menaces des États-Unis. Israël, son objectif atteint, obtempère également.

Peu après, une force internationale relève français et britanniques qui se retirent le 22 décembre. Elle s’installe sur une ligne d’armistice qui va de la Méditerranée à la mer Rouge. Elle ne peut en principe être retirée qu’avec l’accord commun de l’Égypte et d’Israël. Mais Dag Hammarskjöld, secrétaire général de l’O.N.U., convient tacitement avec Le Caire que la force internationale, qui stationne du côté égyptien, pourrait être retirée si l’Égypte en exprimait le désir. Les Israéliens de leur côté n’évacueront le Sinaï et en particulier Charm el-Cheikh, le point qui contrôle le détroit d’Akaba, que le 14 mars 1957.

d'après l'Encyclopaedia Universalis



Extrait de l'exposé du « Cercle Léon Trotsky » du 24.10.1986 :


[Dans l'immédiat après-guerre] l’impérialisme américain tentait de prendre, au Moyen-Orient, la relève de la Grande-Bretagne et de la France. La première guerre israélo-arabe lui fournit l’occasion, déjà, d’appuyer la création d’Israël. Mais c’est dans tout le Moyen-Orient que les capitaux américains, les fonctionnaires, les financiers, les techniciens en tout genre et en particulier ceux des compagnies pétrolières, débarquèrent en masse. Les USA ne tardèrent pas à devoir affronter les mêmes problèmes qu’avaient affrontés, avant eux, la France et l’Angleterre. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, dès 1953, on vit la CIA à l’oeuvre en Iran pour aider le chah à renverser le gouvernement nationaliste de Mossadegh, qui avait osé toucher aux profits des compagnies pétrolières.

L’impérialisme français, durant toute cette période, ne jouait plus au Moyen-Orient qu’un rôle très marginal. Non seulement il était affaibli sur le plan économique, mais il était de plus absorbé par ses interventions militaires dans les colonies qui lui restaient, l’Indochine d’abord, l’Algérie ensuite.

Il est vrai que cela ne l’empêcha pas de se livrer à l’aventure militaire que constitua, en 1956, l’expédition de Suez, organisée conjointement par Israël, la France et l’Angleterre, pour tenter de s’opposer à la nationalisation du canal de Suez par le régime égyptien de Nasser. Mal leur en prit. Les dirigeants américains n’étaient pas d’accord ; ils leur intimèrent l’ordre de rembarquer immédiatement leurs troupes. Les Russes, avertis que les Américains étaient contre l’intervention, envoyèrent à leur tour un ultimatum à la France, à l’Angleterre et à Israël pour qu’ils évacuent l’Égypte. Et tout ce monde-là dut rembarquer au plus vite !

Suez fut donc, pour les impérialismes anglais et français, un recul piteux. Il marquait la fin d’une période. Aux yeux du monde entier, les deux vieilles puissances coloniales avaient été renvoyées à la niche par les dirigeants de l’impérialisme américain. De la part de celui-ci, c’était un avertissement clair et net : la France et l’Angleterre n’avaient plus les moyens désormais de mener une politique qui soit un peu autonome à l’égard des Etats-Unis. Elles étaient priées de se le tenir pour dit. A partir de ce moment, on voudrait bien d’elles comme comparses. Mais à condition qu’elles obéissent et qu'elles comprennent bien que l’époque où elles faisaient à elles seules la loi au Moyen-Orient était définitivement révolue.

La marque au fer rouge du colonialisme

Et pourtant, c’est justement dans cet après-guerre qui voyait l’affaiblissement définitif de la présence franco-anglaise, dans cette période d’instabilité que le Moyen-Orient connaissait et connaît encore, que les résultats du colonialisme des deux puissances européennes ont été, si l’on peut dire, consacrés.

Pendant toute la période coloniale, la France et l’Angleterre ont tracé des frontières, attisé des haines nationales, se sont appuyées sur telle ou telle couche sociale pour créer des semblants d’Etat ou de simples bandes armées affublées de ce nom. Elles ont créé des sources de conflits innombrables dans ce qui était leurs zones d’influence. Mais toutes ces frontières, tous ces découpages absurdes qui tranchaient dans la chair des peuples, tous ces conflits sont restés là. Ils sont comme autant de plaies que le colonisateur a ouvertes, mais qu’il a pris bien garde de ne pas refermer en partant.

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  Roseau le Lun 1 Juil - 0:56


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Palestine: histoire du colonialisme

Message  Roseau le Sam 26 Juil - 15:44


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Remarquable !

Message  Roseau le Mer 30 Juil - 13:19


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Sélection de livres sur la Palestine

Message  Roseau le Jeu 31 Juil - 13:29


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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  sylvestre le Ven 1 Aoû - 9:48

alexi a écrit:
Prado :
Ah ! comme le monde serait plus beau si, partout dans le monde, indigènes et colons voulaient bien se donner la main.
Tous les habitants d'Israël ne sont pas des colons !

Israël est un Etat colonial. Lorsqu'il était un projet Herzl le décrivait ainsi, notamment en contact avec le colonialiste britannique Cecil Rhodes, colonisateur de ce qui allait devenir la Rhodésie, puis le Zimbabwe, ainsi qu'à bien d'autres interlocuteurs et dans son livre l'Etat juif.

C'est un Etat colonial parce qu'il est bâti sur l'expulsion, l'expropriation et la marginalisation sociale de sa population d'origine.


sylvestre

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  alexi le Ven 1 Aoû - 10:15

Il faudrait donc identifier tous les habitants d'Israël à son Etat ?!

alexi

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  verié2 le Ven 1 Aoû - 10:25

alexi a écrit:Il faudrait donc identifier tous les habitants d'Israël à son Etat ?!
Certes non. Mais ceux-ci doivent choisir leur camp. Tout comme les Pieds noirs en Algérie. Leur attachement à l'idéologie sioniste-coloniale repose tout de même sur des bases matérielles, même si elles peuvent parfois être minces, à savoir les privilèges dont ils bénéficient par rapport aux Arabes isrèliens et aux Palestiniens.

verié2

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  Prado le Ven 1 Aoû - 10:30

alexi a écrit:
Prado :
Ah ! comme le monde serait plus beau si, partout dans le monde, indigènes et colons voulaient bien se donner la main.
Tous les habitants d'Israël ne sont pas des colons !
Mis à part des indigènes, il y a effectivement les enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants et arrière-arrière-petits-enfants des colons. Tout comme dans l'Algérie française.

alexi a écrit:
Les alliés des classes populaires palestiniennes se trouvent en Israël même, et réciproquement. Encore faut-il avoir cette perspective politique en vue.
Des alliés pour quels objectifs ?  Jusqu'à présent, cela ne saute pas aux yeux. Mais il est vrai que tout est dans tout et réciproquement.

Prado

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  sylvestre le Ven 1 Aoû - 10:35

La question posée était : les habitants d'Israël sont ils des colons ?
La réponse est que la majorité juive des habitants d'Israël sont des colons, au sens neutre et scientifique du terme.
Nous ne sommes pas des déterministes ni des essentialistes, il est possible à un colon de se dissocier du colonialisme, c'est ce qu'ont fait notamment nos camarades du Matzpen.
Force est de constater cependant que la très grande majorité des colons continue de soutenir la nature coloniale de leur Etat, ce qui est du reste une condition de sa survie.
Dans tous les cas, dans une situation coloniale, les révolutionnaires ne s'accrochent pas à une symétrie fausse, à des slogans sur la "fraternité entre les peuples", etc. car la condition d'une fraternité possible c'est le démantèlement de l'Etat colonial, sa défaite.

Sur le thème aussi, je viens de croiser ce texte d'Hannah Arendt.

http://www.solidarites.ch/journal/d/article/2971

Hannah Arendt contre le sionisme colonial
Le bref extrait ci-dessous est tiré d’un article d’Hannah Arendt, paru en août 1945, dans le journal Menorah.* Il a été republié dans le recueil Zionism Reconsidered, édité en 1970, sous la direction de Michael Selzer. Le centenaire de la naissance de l’auteure des Origines du totalitarisme(1951) est l’occasion de rappeler ici ses prises de positions par rapport aux orientations majoritaires du mouvement sioniste dans l’immédiat après-guerre. Rappelons qu’en décembre 1948, elle signera une lettre au New York Times, notamment en compagnie d’Albert Einstein, pour protester contre le voyage de Menahem Begin aux Etats-Unis, après le massacre de la population palestinienne du village de Deir Yassin. Ils y dénonçaient le «Parti de la liberté» (Herout), principal ancêtre du Likoud, comme parti terroriste et fasciste. (jb)

Le résultat final de cinquante ans de politique sioniste est incarné dans la récente résolution du secteur le plus important et le plus influent de l’Organisation Sioniste Mondiale. Les sionistes américains de gauche comme de droite ont adopté à l’unanimité [en octobre 1944] la revendication d’un «Commonwealth juif libre et démocratique... (qui) engloberait la totalité de la Palestine, entière et non divisée».

C’est un tournant dans l’histoire du sionisme; cela signifie que le programme révisionniste [c-à-d de l’aile droite de sionisme, les prédécesseurs du Likoud d’aujourd’hui et les partis plus à droite], jusqu’ici fermement rejeté, a été finalement victorieux. La Résolution [de 1944] va même un pas plus loin que le Programme de Biltmore de 1942 [du nom de l’hôtel de New York, où ce document a été adopté], dans lequel la minorité juive accordait des droits de minorité à la majorité arabe. Cette fois-ci, les Arabes ne sont pas même mentionnés dans la résolution qui, de toute évidence, leur laisse le choix entre l’émigration volontaire et une citoyenneté de deuxième classe. Elle semble admettre que seules des raisons opportunistes avaient empêché préalablement le mouvement sioniste d’exposer ses buts finaux.

C’est un coup mortel pour ces partis juifs, en Palestine même, qui avaient infatigablement prêché la nécessité d’une entente entre les peuples arabe et juif. Par ailleurs, cela va considérablement renforcer la majorité dirigée par Ben-Gourion qui, suite à de nombreuses injustices en Palestine, et aux terribles catastrophes en Europe, sont devenus plus nationalistes que jamais... [Par conséquent] les sionistes ont perdu pour longtemps toute chance de négociation avec les Arabes; parce que, quoi que les sionistes puissent proposer, on ne leur fera pas confiance...
Perspectives de partition
Le Gouvernement britannique peut décider demain de partager le pays et peut sincèrement croire qu’il a trouvé un compromis praticable entre les exigences juive et arabe... Mais il serait présomptueux de croire que la partition future d’un si petit territoire... puisse résoudre le conflit entre deux peuples, particulièremement dans une période où des conflits similaires ne sont pas solubles territorialement sur des espaces plus étendus. Le nationalisme est déjà assez nocif, lorsqu’il ne croit en rien d’autre que dans la force brute de la nation. Un nationalisme qui dépend nécessairement, comme on peut l’admettre, de la force d’une nation étrangère, est certainement pire. Voilà le sort menaçant du nationalisme juif et de l’Etat juif qu’on nous propose...

Même une majorité juive en Palestine — et même la déportation de tous les Arabes palestiniens, qui est ouvertement réclamée par les révisionnistes — ne modifierait pas substantiellement une situation dans laquelle les Juifs devront soit demander protection à une nation extérieure contre leurs voisins, soit arriver à un accord effectif avec ceux-ci. Si un tel accord n’est pas négocié, il y a le danger imminent que, du fait de leur besoin et de leur volonté d’accepter la présence de n’importe quelle puissance apte à garantir leur existence dans le bassin méditerranéen, les intérêts juifs se heurtent à ceux de tous les autres peuples méditerranéens; de telle manière, qu’au lieu d’un «conflit tragique», nous pourrions nous trouver confrontés à autant de conflits insolubles qu’il y a de nations présentes en Méditerranée...

Les sionistes, s’ils continuent à ignorer les peuples méditerranéens et ne se préoccupent que des grandes puissances éloignées, apparaîtront comme leurs instruments, les agents d’intérêts étrangers hostiles. Les Juifs qui connaissent leur propre histoire devraient réaliser qu’un tel état des choses conduira nécessairement à une nouvelle vague de haine des Juifs; l’antisémitisme de demain prétendra que les Juifs ont non seulement profité de la présence des grandes puissances étrangères dans la région, mais qu’ils ont en réalité manigancé cela et sont coupables de ses conséquences.


* Notre traduction de l’original anglais.

sylvestre

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  sylvestre le Ven 1 Aoû - 10:40

Un autre texte classique, indispensable sur la question :

http://revuesocialisme.pagesperso-orange.fr/s5israel.html

La nature de classe d’Israël

Moshe Machover et Akiva Orr (1969)

Note de la rédaction
Cet article a été traduit de l’anglais à partir d’un texte publié dans l’International Socialist Review (Etats-Unis) en mai-juin 2002. Les notes appartiennent aux auteurs. Les intertitres sont de la rédaction.
___________________________________________________________________________
LA SOCIETE ISRAELIENNE, comme toute société de classe, met en jeu des intérêts sociaux conflictuels – des intérêts de classe qui donnent lieu à une lutte de classes interne. Mais la société israélienne dans son ensemble a été engagée depuis 50 ans dans un conflit continu externe entre le sionisme et le monde arabe, et en premier lieu avec les Palestiniens. Lequel de ces deux conflits est primordial, et l’autre subordonné ? Quelle est la nature de cette subordination et quelle est sa dynamique ? Ce sont des questions auxquelles toute personne qui s’intéresse à la société et à la politique israéliennes se doit de répondre.
Pour des révolutionnaires qui militent en Israël, ces questions ne sont pas théoriques.

Les réponses données déterminent la stratégie de la lutte révolutionnaire. Ceux qui considèrent que le conflit de classe interne prédomine concentrent leurs efforts sur la classe ouvrière israélienne et accordent une importance moindre à la lutte contre le caractère colonisateur, chauvin et discriminatoire de l’État sioniste. Ils considèrent que le conflit externe est un aspect du conflit interne. Dans cette perspective, la dynamique interne de la société israélienne conduira à une révolution en Israël, sans faire dépendre celle-ci d’une révolution sociale dans le monde arabe.

L’expérience dans les pays capitalistes « classiques » a souvent démontré que les intérêts de classe – et les conflits qui en découlent – sont prédominants par rapport aux intérêts et aux conflits externes. Cependant, dans certains cas spécifiques, cette théorie ne s’applique pas. Par exemple, dans un pays sous domination coloniale directe, la dynamique de la société colonisée ne peut pas être déduite de façon mécanique des conflits internes à cette société. En effet, dans ces cas, le conflit avec la puissance coloniale prédomine. Israël n’est ni un pays capitaliste classique ni une colonie classique. Ses caractéristiques économiques, sociales et politiques sont uniques à tel point que toute tentative de l’analyser en appliquant des théories ou des analogies développées pour d’autres sociétés serait une caricature. L’analyse doit se fonder sur les caractéristiques et l’histoire spécifique de la société israélienne.

Immigration
Le premier trait crucial de la société israélienne est que les Israéliens sont majoritairement soit des immigrés soit des enfants d’immigrés. En 1968, d’une population adulte (de plus de 15 ans) qui s’élevait à 1 689 286, seuls 24 % étaient nés en Israël ; seuls 4 % avaient des parents nés en Israël (1). La société israélienne est encore une société d’immigrés et présente beaucoup des caractéristiques propres.

Dans une telle société, les classes sociales elles-mêmes (sans parler de la conscience de classe) sont encore en voie de formation. L’immigration crée une mentalité spécifique, basée sur l’impression d’avoir « tourné une page ». En règle générale, l’immigré a changé de métier, de rôle social et de classe sociale. Dans le cas d’Israël, la majorité des immigrés viennent de la petite bourgeoisie, qu’ils soient originaires des villes de l’Europe centrale et orientale, ou du monde arabe. Le nouvel immigrant vit dans l’espoir de changer de position sociale. En plus, il voit que toutes les positions avantageuses dans la nouvelle société sont prises par des immigrés de la génération précédente, ce qui aiguise ses ambitions de s’élever dans l’échelle sociale en travaillant dur. L’immigrant considère que le rôle social qu’il occupe n’est que provisoire. Son père ne fut que très rarement un ouvrier, et lui-même espère devenir indépendant un jour – ou tout au moins que son fils pourra le devenir.

La conscience – et la fierté – de classe qui existent chez les ouvriers anglais ou français n’existent pas chez les ouvriers israéliens, et leur paraissent étranges. Un ouvrier anglais, si on lui demande ses origines, répondra presque automatiquement en termes de classe, et définira ses attitudes vis-à-vis d’autres personnes également en termes de classe. Un ouvrier israélien, cependant, utilisera des catégories ethniques – « polonais », « oriental », etc. La plupart des Israéliens se définissent toujours par rapport à leurs origines ethniques et géographiques, et une telle conscience sociale empêche évidemment la classe ouvrière de jouer un rôle indépendant, sans parler d’un rôle révolutionnaire qui vise la transformation totale de la société.

Aucune classe ouvrière ne peut jouer un rôle révolutionnaire dans la société tant que la majorité de ses membres ambitionnent d’améliorer leur situation de façon individuelle, dans le cadre de la société existante, en quittant les rangs de leur classe. Cette vérité est renforcée quand le prolétariat n’accepte pas son existence en tant que classe sociale stable avec ses propres intérêts de groupe et son propre système de valeurs opposées à celles de l’ordre social existant. Une communauté d’immigrants ne se donne pas facilement comme objectif la transformation totale de la société, dans la mesure où ses membres viennent de changer de statut social et politique et vivent encore dans des conditions d’une grande mobilité sociale.

Ceci ne signifie pas que la classe ouvrière israélienne est incapable de devenir une force révolutionnaire à l’avenir - seulement que l’action politique à mener à l’intérieur de cette classe ne peut pas procéder sur les mêmes bases et avoir les mêmes attentes que dans un pays capitaliste classique.


Société de colons
Si le caractère unique de la classe ouvrière israélienne ne résidait que dans le fait qu’elle était composée principalement d’immigrés, alors nous pourrions supposer qu’avec le temps et une propagande socialiste patiente elle commencerait à jouer un rôle indépendant, voire révolutionnaire. Dans un tel cas, le travail d’éducation patient ne serait pas très différent de celui mené ailleurs. Cependant, Israël n’est pas simplement une communauté d’immigrés ; c’est une société de colons.

Cette société, qui existe depuis 80 ans, ne fut pas créée dans le vide mais dans un pays habité par un autre peuple. Le conflit permanent entre la société des colons et les Arabes palestiniens déportés ne s’est jamais arrêté et il a façonné la structure même de la sociologie, de la politique et de l’économie israéliennes. La deuxième génération de dirigeants israéliens en est entièrement consciente. Dans un discours célèbre lors de l’enterrement de Roy Rutberg, un membre d’un kibboutz tué par des combattants palestiniens en 1956, le général Dayan déclara :

Nous sommes une génération de colons, et sans le casque d’acier et le canon nous ne pouvons ni planter un arbre ni construire une maison. N’hésitons pas devant la haine qui enflamme des centaines de milliers d’Arabes qui nous entourent. Ne tournons pas la tête de crainte que nos mains tremblent. C’est la destinée de notre génération, l’alternative de notre vie, d’être prêts et armés, forts et durs, de crainte que l’épée tombe de notre poignet et que notre vie s’arrête.(2)

Cette vision franche de la situation contraste brutalement avec la mythologie officielle sioniste de colons « qui font fleurir le désert ». Dayan décrit la situation encore plus clairement en précisant que les Palestiniens avaient de très bons arguments puisque « nous cultivons leurs champs sous leurs yeux ».

Quand Marx a écrit sa phrase célèbre selon laquelle « Un peuple qui en opprime un autre ne pourra jamais lui-même devenir libre. », il n’émettait pas un simple jugement moral. Il voulait dire que dans une société dont les dirigeants oppriment un autre peuple la classe exploitée qui ne s’oppose pas activement à cette oppression devient inévitablement complice de cette oppression. Même si cette classe n’en profite pas directement, elle peut devenir victime de l’illusion qu’elle partage des intérêts en commun avec ses propres dirigeants en la perpétuant. Une telle classe tend à suivre sa classe dirigeante plutôt qu’à menacer son pouvoir.

Ceci est encore plus vrai quand l’oppression a lieu, non pas dans un pays lointain, mais « chez eux », et quand l’oppression nationale et l’expropriation sont les conditions de l’émergence et l’existence de la société dominante. Des organisations révolutionnaires existent en Israël à l’intérieur de la communauté juive depuis les années vingt et ont accumulé une expérience pratique considérable. Cette expérience confirme de façon éclatante que Marx avait bien raison. Dans le contexte de la société israélienne, ceci signifie que tant que le sionisme domine politiquement et idéologiquement cette société, et fixe les règles du jeu politique, il n’existe absolument aucune chance que la classe ouvrière israélienne devienne une classe révolutionnaire.

L’expérience de 50 ans ne fournit pas un seul exemple de mobilisation des travailleurs israéliens sur des questions matérielles ou syndicales contre le régime israélien lui-même ; il est impossible de mobiliser ne serait-ce qu’une minorité du prolétariat sur cette base. Au contraire, les travailleurs israéliens préfèrent presque toujours mettre leur loyauté envers la nation devant celle envers leur classe. Même si cette situation est susceptible de changer, nous devons essayer de comprendre pourquoi elle dure depuis 50 ans.

Discrimination ethnique
Un troisième facteur crucial est la composition ethnique du prolétariat israélien. Les couches les plus exploitées de la classe ouvrière israélienne sont composées d’immigrés originaires d’Asie et d’Afrique (3). Au premier abord, on pourrait penser que cette correspondance entre les divisions de classe et les divisions ethniques devait aiguiser les conflits internes de classe en Israël. Il existe effectivement une tendance dans ce sens, mais le facteur ethnique a plutôt eu l’effet opposé depuis une vingtaine d’années.

En devenant des prolétaires dans une société capitaliste moderne, beaucoup des immigrés venus d’Asie et d’Afrique ont quand même réussi à améliorer leur niveau de vie. Le mécontentement de cette frange de la population a été dirigé non pas contre leur condition de prolétaires mais contre leur condition d’« orientaux », c’est-à-dire contre le fait qu’ils étaient méprisés par ceux d’origine européenne – voire victimes de discrimination.

Les dirigeants sionistes ont pris quelques mesures pour essayer de fusionner les deux groupes. Mais, en dépit de celles-ci, les différences restent importantes et en fait s'agrandissent (4). Au milieu des années soixante, les deux tiers des ouvriers non-qualifiés étaient des « Orientaux » ; 38 pour cent des « Orientaux » vivaient à au moins 3 personnes par pièce (contre 7 pour cent des « Européens ») ; et des 120 membres de la Knesset [parlement] seulement 16 étaient d’origine « orientale » avant les élections de 1965 (21 après celles-ci).

Alors, pourquoi Israël ne réussit-il pas à intégrer les différents éléments de sa population juive et à améliorer le niveau de compétences des Juifs orientaux ? La réponse se trouve dans la nature de l’Etat d’Israël. Avec la croissance de l’économie, une demande importante fut créée pour des ouvriers qualifiés. Il existait deux façons évidentes de répondre à cette demande : soit lancer une campagne massive d’éducation d’un grand nombre de juifs orientaux non-qualifiés ou semi-qualifiés, soit recruter des ouvriers qualifiés juifs de l’étranger. La dynamique à la fois du capitalisme et du sionisme conduisit à la deuxième solution, ce qui eut comme conséquence le maintien de la position inférieure des juifs orientaux dans la société israélienne.

En plus de la tendance générale sous le capitalisme de maintenir les divisions de classe existantes, dans le cas présent il est moins cher d’importer des ouvriers qualifiés que d’en former dans le pays. En plus, à part l’intérêt intrinsèque de l’immigration juive du point de vue sioniste, un mouvement massif des Juifs orientaux vers les emplois mieux qualifiés créerait un autre problème pour le sionisme. Les emplois laissés vacants dans les couches moins qualifiées de la classe ouvrière seraient alors occupés inévitablement par la main d’œuvre arabe, qui dominerait ainsi des secteurs clé du prolétariat israélien. Ceci serait intolérable pour la direction sioniste (5). Ainsi il n’y a pas de doute que, tant que la société israélienne gardera son caractère capitaliste et exclusivement juif, les divisions ethniques correspondront dans une large mesure aux divisions de classe.

Cependant, de telles divisions et différences sont interprétées par les orientaux en termes ethniques. Ils ne disent pas « Je suis exploité et victime de la discrimination parce que je suis un travailleur », mais « …parce que je suis un oriental ».

Parti semi-fasciste
En plus, dans le contexte actuel de la société israélienne coloniale, les ouvriers orientaux constituent un groupe équivalent aux « blancs pauvres » des États-Unis ou les « pieds-noirs » algériens. De tels groupes ne supportent pas d’être identifiés avec des Arabes, des Noirs ou d’autres « Indigènes », qu’ils considèrent comme « inférieurs ». Leur réponse est de s’identifier avec les éléments les plus chauvins, les plus racistes et les plus discriminatoires de l’establishment. La plupart des partisans du parti semi-fasciste, l’Herut, sont des immigrés d’Asie et d’Afrique, et ceci doit faire réfléchir tous ceux qui prônent, comme stratégie révolutionnaire, une alliance future entre les Palestiniens arabes et les juifs orientaux, soit à cause de leur condition commune d’exploités, soit à cause de leur patrimoine culturel commun, la plupart des juifs orientaux étant originaires des pays arabes.

Ceci dit, il est important de noter les sentiments d’amertume qui traversent par vagues la communauté juive orientale. Les mouvements les plus importants à cet égard furent les protestations violentes mais de courte durée à Haïfa juste avant la guerre de Suez en 1956, et celui qui commença avant la guerre de juin 1967, et qui connut une renaissance en 1970 avec la création des Panthères Noires israéliennes. Il est très encourageant que ces Panthères Noires aient commencé à comprendre certains aspects du lien qui existe entre le sort qui leur est réservé et la nature sioniste-capitaliste d’Israël.

Importations de capitaux
La société israélienne n’est pas seulement une société de colons formée par un processus de colonisation d’un pays déjà peuplé, elle est également une société qui bénéficie de privilèges uniques. Elle profite d’un apport extérieur de ressources matérielles d’une quantité et d’une qualité sans équivalent. On a calculé qu’en 1968, Israël reçut 10 % de l’aide accordée à tous les pays sous-développés (6). Israël est un cas unique au Proche-Orient ; le pays est financé par l’impérialisme sans être exploité économiquement par celui-ci. Ceci a toujours été le cas. L’impérialisme utilise Israël pour ses propres raisons et en paye le prix par un soutien économique. Oscar Gass, un économiste américain qui fut conseiller économique au gouvernement d’Israël, écrivit récemment :

Ce qui est unique dans ce processus de développement (…) est le facteur de l’importation de capitaux (…) Pendant la période 1948 – 1968, Israël reçut 7,5 milliards de dollars d’importations de biens et de services qu’il n’en exporta. Ceci représente un excédent d’importations par rapport aux exportations de  2650 $ par habitant (à l’intérieur des frontières d’avant juin 1967) par an pendant 21 ans. De ces importations (…) seulement 30 % environ arrivèrent dans des conditions nécessitant une exportation de dividendes, d’intérêts ou de capitaux. Ceci est une circonstance sans équivalent ailleurs, et qui limite sérieusement la signification du développement économique d’Israël comme modèle pour d’autres pays (7).

70 % de ce déficit fut couvert par des « transferts nets unilatéraux de capitaux » qui ne furent accompagnés d’aucune condition concernant le retour sur capital ou le paiement de dividendes. Ils consistèrent en des dons récoltés par l’United Jewish Appeal, des réparations reçues du gouvernement allemand, et des subventions du gouvernement des États-Unis. Les 30 % qui restent furent des « transferts de capitaux à long terme », c’est-à-dire des titres du gouvernement israélien, des prêts de gouvernements étrangers, et des investissements privés. Ceux-ci bénéficient en Israël d’exonérations d’impôts et de garanties de bénéfices aux termes d’une loi pour l’encouragement des investissements de capitaux (Cool ; cependant, cette source quasi-capitalistique d’investissements fut beaucoup moins importante que les dons unilatéraux et les prêts à long terme.

Dans la période allant de 1949 à 1965, des transferts de capitaux (toutes formes confondues) vinrent dans les proportions suivantes de la communauté juive internationale (60 %), du gouvernement allemand (28 %), du gouvernement américain (12 %). Des transferts unilatéraux de capitaux, 51,5 % vinrent de la diaspora juive, 41 % du gouvernement allemand et 7,4 % du gouvernement américain. Des transferts de capitaux à long terme, 68,7 % vinrent de la communauté juive, 20,5 % du gouvernement américain et
11 % d’autres sources. Entre 1949 et 1965, l’épargne nette dans l’économie israélienne tourna en moyenne autour de zéro (de + 1 % à -1 %), alors que les investissements représentèrent environ 20 % du PNB. Comme nous l’avons vu, ces investissements vinrent essentiellement de l’extérieur sous forme d’investissements à long terme et unilatéraux. En d’autres termes, la croissance économique en Israël fut basée entièrement sur l’afflux de capitaux étrangers (9).

Conférences de milliardaires
Depuis 1967, cette dépendance vis-à-vis des capitaux étrangers a augmenté. La situation au Proche-Orient a entraîné une augmentation des dépenses militaires. Selon le ministre israélien des Finances, les dépenses militaires en janvier 1970 représentèrent 24 % du PNB, soit le double des dépenses des États-Unis (en pourcentage du PNB), trois fois celles de la Grande-Bretagne, et quatre fois celles de la France (10). Ce phénomène a tari les sources intérieures d’investissements et créé des difficultés en ce qui concerne la balance des paiements, et a donc augmenté le besoin d’investissements étrangers.

Entre 1967 et 1968, trois « conférences de milliardaires » eurent lieu en Israël ; des capitalistes étrangers furent invités à aider à augmenter l’afflux de capitaux et la participation étrangère aux projets industriels et agricoles. En septembre 1970, le ministre israélien des Finances, Pinhas Sapir, rentra d’un voyage de trois semaines aux États-Unis, dans le but de récolter des fonds, et résuma ainsi la situation à l’époque :
Nous nous sommes fixés comme objectif de récolter un milliard de dollars dans la communauté internationale juive dans l’année à venir, à travers l’United Jewish Appeal et la campagne pour les Israel Development Bonds [titres du gouvernement israélien] sponsorisée par l’Agence Juive. Cette somme dépasse de 400 millions celle récoltée dans l’année 1967 – une année record. (…) Pendant la visite récente en Israël des membres de l’équipe américaine pour la recherche économique nous leur avons expliqué que, même si nous réussissons à récolter tout ce que nous attendons de l’United Jewish Appeal et de la campagne pour les Israel Development Bonds, il nous manquera encore des millions de dollars. Après avoir résumé nos besoins en armements nous avons informé les Etats Unis que nous aurons besoin de 400 à 500 millions de dollars par an. (11)

Il apparaît donc clairement que la dépendance d’Israël vis-à-vis des États-Unis a changé de façon significative depuis la guerre de 1967. Les efforts financiers de la communauté juive internationale (basés sur l’exploitation de leurs peurs et de leurs sentiments) ne suffisent plus pour financer l’augmentation du budget militaire. La moyenne d’environ 500 millions de dollars récoltés de cette façon doit maintenant être doublée, sans compter les 500 millions qu’il faut demander directement au gouvernement des États-Unis. Il est évident que la réponse des États-Unis à cette demande dépend de ce qu’ils obtiennent en échange. Dans le cas particulier d’Israël, il ne s’agit pas d’obtenir un bénéfice strictement économique (12).

Le capital britannique a développé également des liens étroits avec Israël (13). 20 % des importations israéliennes proviennent de la Grande-Bretagne, et les échanges ont presque doublé depuis la guerre de juin 1967. British Leyland [fleuron à l’époque de l’industrie automobile britannique – NDLR ] a participé avec l’Histadrout [la centrale syndicale sioniste] (qui détient 34 % des actions) à une entreprise de construction d’autobus, et avec des capitaux privés israéliens à la fabrication de voitures et de jeeps.

La participation accrue des capitaux étrangers en Israël a entraîné certains changements dans l’économie du pays, qui sont également le résultat de la pression subie par celle-ci sous les effets du niveau des dépenses militaires. L’économie est devenue plus « productive » selon les critères capitalistes américains. Le système d’impôts a été réformé, les conditions d’investissement « libéralisées », et des généraux de l’armée envoyés se former dans des écoles de gestion aux États-Unis puis nommés à la tête d’entreprises industrielles. En 1968-1969, le gouvernement imposa un gel des salaires, et des entreprises publiques furent même privatisées – comme la participation de 26 % de l’État dans la raffinerie de pétrole d’Haïfa.

Confiscation des biens palestiniens
Cet afflux de ressources de l’étranger n’inclut pas les biens des réfugiés palestiniens confisqués comme « biens abandonnés » par l’appareil d’État sioniste. Ces biens incluent des terres cultivées et non-cultivées ; seulement 10 % des terres appartenant à des organismes sionistes en 1967 furent acquises avant 1948. Il y a également une grande quantité de maisons, et même des villes entières comme Jaffa, Lydda et Ramleh qui furent désertées en 1948 et dont les propriétés furent ensuite confisquées.

Les capitaux qui ont afflué vers Israël ne furent pas acquis par la bourgeoisie israélienne – qui est relativement petite en taille – mais par l’appareil d’État et les partis sionistes (14). Celui-ci est aux mains des appareils des partis travaillistes depuis les années 1920. Ce phénomène explique l’utilisation qui a été faite de ces capitaux, ainsi que des biens confisqués. Des fonds collectés à l’étranger sont canalisés par l’Agence Juive, qui, avec le gouvernement et l’Histadrout, fait partie du triangle d’institutions dirigeantes.

Tous les partis sionistes, du Mapam à l’Herut, ont leurs représentants dans l’Agence Juive. Celle-ci finance des secteurs de l’économie israélienne, en particulier des secteurs non rentables de l’agriculture, comme les kibboutzim [fermes collectives], et elle subventionne également les partis sionistes
eux-mêmes, leur permettant de financer leur presse et leurs entreprises économiques. Les fonds sont partagés selon le pourcentage de voix obtenues lors des élections précédentes, et ce système de subventions permet aux partis sionistes de survivre bien après la disparition des forces sociales qui les ont créés.

Bureaucratie sioniste
Sur le plan historique, le but de ce système a été de renforcer le processus de colonisation, selon l’idéologie des partis travaillistes sionistes, et de renforcer le pouvoir de la bureaucratie sioniste elle-même sur la société israélienne.

Cette stratégie a réussi, puisque non seulement les travailleurs, mais même la bourgeoisie israélienne, sont subordonnés au pouvoir institutionnel et économique de la bureaucratie travailliste. Celle-ci a façonné la plupart des institutions, des valeurs et des pratiques de la société israélienne sans qu’aucune alternative ne réussisse à s’imposer à l’intérieur, avec comme seules contraintes les limites imposées par l’impérialisme et la résistance des Arabes. La plus grande partie de cet afflux énorme de ressources a été consacrée à l’encouragement de l’immigration et aux projets en matière de logement et d’emploi qu sont nécessaires pour faire face à l’augmentation de la population juive, qui progressa de 600 000 en 1948 à 2,4 millions en 1968.

Ce processus fut accompagné de relativement peu de corruption personnelle, mais de beaucoup de corruption politique et sociale. L’afflux de ressources eut un impact décisif sur la dynamique de la société israélienne, car la classe ouvrière israélienne partagea, directement ou indirectement, cette transfusion de capitaux. Israël n’est pas un pays où l’aide étrangère va entièrement dans les poches d’intérêts privés ; c’est un pays où cette aide subventionne la société tout entière.

Les travailleurs juifs ne reçoivent pas leur part sous forme d’argent, mais sous forme de logements neufs à des prix relativement accessibles qui n’auraient jamais pu être construits à l’aide de capitaux internes seulement. Ils la reçoivent sous forme d’emplois industriels qui n’auraient jamais pu être créés ou maintenus sans subventions externes. Et ils la reçoivent sous forme d’un niveau de vie général qui ne correspond pas à la production générée par l’économie. La même chose est vraie en ce qui concerne les profits de la bourgeoisie israélienne dont l’activité économique et les conditions de rentabilité sont régulées par des subventions, des licences d’importation et des exonérations d’impôts.

De cette façon, la lutte entre la classe ouvrière israélienne et ses employeurs, qu’ils soient la bureaucratie ou des capitalistes, concerne non seulement le partage du surplus créé par les travailleurs eux-mêmes, mais aussi le partage de cette source externe de subventions.

Un rôle de chien de garde
Quelles étaient les circonstances politiques qui permirent à Israël de recevoir une aide externe si importante et dans des conditions si favorables ? La réponse à cette question fut donnée très tôt – en 1951 – par l’éditorialiste du quotidien Ha’aretz :
On a donné à Israël un rôle équivalent à celui d’un chien de garde. Il n’y a aucune crainte qu’Israël entreprenne une politique agressive contre les pays arabes si c’est en contradiction avec les souhaits des États-Unis et la Grande-Bretagne. Mais si, pour une raison ou une autre, les puissances occidentales préfèrent fermer leurs yeux, on pourra compter sur Israël pour punir ceux de ses États voisins dont l’attitude discourtoise pour l’Occident dépasserait les limites de l’acceptable. (15)

Cette évaluation du rôle d’Israël au Proche-Orient a été confirmée maintes fois, et il est clair que les politiques étrangères et militaires d’Israël ne peuvent être déduites de la seule dynamique des conflits internes. L’économie israélienne tout entière est fondée sur le rôle politique et militaire particulier que le sionisme et la société coloniale jouent sur l’échiquier du Proche-Orient. Si l’on considère le cas d’Israël sans tenir compte de la situation dans la région on ne peut expliquer le fait que 70 % des capitaux importés ne soient pas liés à la recherche du profit. Mais le problème est résolu dès lors que l’on traite Israël comme un facteur de la situation au Proche-Orient. Le fait qu’une grande partie de ces fonds proviennent de dons récoltés par les sionistes dans les communautés juives un peu partout dans le monde ne change pas le fait que ces fonds représentent une aide de l’impérialisme. Ce qu’il faut retenir surtout est le fait que le département du Trésor des États-Unis considère ces fonds récoltés aux Etats-Unis pour être envoyés à l’étranger comme des dons à des œuvres de charité qui sont exonérés d’impôts. Ces dons dépendent de la bonne volonté du gouvernement des États-Unis et il est raisonnable de penser que cette bonne volonté n’existerait plus si Israël menait une politique anti-impérialiste.

Ceci signifie que, quoique des conflits de classe existent dans la société israélienne, ils sont limités par le fait que la société dans son ensemble est subventionnée depuis l’étranger. Ce statut privilégié est lié au rôle d’Israël dans la région, et, tant qu’Israël continuera à jouer ce rôle il y a peu de chances que des conflits sociaux internes puissent assumer un caractère révolutionnaire.

En revanche, une percée révolutionnaire dans le monde arabe changerait cette situation. En libérant l’énergie des masses populaires arabes, une telle percée modifierait radicalement l’équilibre du pouvoir et rendrait obsolète le rôle politico-militaire traditionnel d’Israël, réduisant en même temps son intérêt pour l’impérialisme. Dans un premier temps, le pouvoir d’Israël serait probablement utilisé pour essayer d’écraser le mouvement révolutionnaire dans le monde arabe, mais une fois cette tentative déjouée, le rôle politico-militaire d’Israël vis-à-vis du monde arabe n’aurait plus raison d’être.

Le régime sioniste, qui dépend des privilèges que ce rôle lui apporte, deviendrait vulnérable à un défi révolutionnaire à l’intérieur même d’Israël.

Cette analyse ne signifie pas qu’il n’y a rien à faire pour les révolutionnaires à l’intérieur d’Israël, à part attendre l’émergence de conditions externes objectives qu’ils ne peuvent pas influencer. Elle signifie seulement que leur action politique doit être basée sur une stratégie qui reconnaît les caractéristiques uniques de la société israélienne, plutôt que sur une stratégie qui reproduit les analyses générales du capitalisme classique. La tâche principale des révolutionnaires qui acceptent cette évaluation de la situation est de mener un travail politique en direction de ces couches de la population israélienne qui sont touchées directement par les résultats politiques du sionisme et qui doivent en payer le prix. Ces couches incluent la jeunesse israélienne, qui doit mener « une guerre éternelle imposée par le sort », et les arabes palestiniens qui vivent sous la domination israélienne (16).

Ces couches partagent une tendance anti-sioniste qui fait qu’elles sont des alliés potentiels dans la lutte révolutionnaire à l’intérieur d’Israël et la lutte révolutionnaire à travers le Proche-Orient. Quiconque suit de près les luttes révolutionnaires dans le monde arabe devient conscient du rapport dialectique entre la lutte contre le sionisme à l’intérieur d’Israël et la lutte pour la révolution sociale dans le monde arabe. Une telle stratégie n’implique pas que l’activité à l’intérieur de la classe ouvrière israélienne doit être abandonnée ; elle implique seulement que cette activité doit être subordonnée à la stratégie générale de la lutte contre le sionisme.

NOTES
(1) Statistical Yearbook of the Israeli Government, 1969.
(2) Moshe Dayan, in Davar, 2 mai, 1956.
(3) La grande majorité de ceux qui arrivèrent avant 1948 était d’origine européenne ; entre 1948 et 1951, les proportions furent à peu près égales ; depuis, la majorité des immigrants est d’origine non-européenne. En 1966 déjà, seulement la moitié de la population d’Israël était d’origine européenne.
(4) Voir Statistical Yearbook (Jerusalem), 1969.
(5) « Il existe un grand danger si nous utilisons beaucoup d’[arabes] dans l’économie israélienne – un danger qui n’a rien à voir avec la sécurité. Ils sont une bombe à retardement. (…) Certains secteurs de l’économie dépendent déjà de la main-d’œuvre arabe des Territoires occupés, et les travailleurs juifs sont en train d’abandonner des secteurs entiers de l’économie. .» (Haim Gevati, Ministre de l’agriculture, in Yediot Aharonot, 20 mai, 1970).
(6) Le Monde, 2 juillet, 1969.
(7) Journal of Economic Literature, décembre1969, p. 1177.
(Cool Cette loi fut votée en 1959.
(9) Ces chiffres viennent de The Economic Development of Israel, N. Halevi et R. Klinov-Malul, publié par la Banque d’Israël et Frederick A. Praeger, 1968. La catégorie « autres sources », inclue sous « transferts de capitaux à long terme », a été omise des chiffres pour les transferts à long terme et unilatéraux mis ensemble.
(10) Prof. D. Patienkin in Ma’ariv, 30 janvier, 1970.
(11) Yediot Aharonot, 30 septembre, 1970. Sur un total de $1,034 millions d’aide des Etats-Unis à des pays étrangers, à l’exclusion du Vietnam, en 1970, Israël reçut $500 millions.
(12) Au début de décembre 1970, Sapir présenta son budget pour la période 1970-1971, dont 40% étaient consacrés aux dépenses militaires. Ceci inclut : l’achat d’armements, en partie couvert par les $500 millions promis par [le président américain] Nixon ; le développement de l’industrie de l’armement ; et les dépenses de fonctionnement des opérations de sécurité nationale.
(13) Voir “ Why this nation does buy British ?”  The Times (Londres), 28 mars, 1969.
(14) Le terme « establishment sioniste » est celui utilisé couramment en Israël pour le groupe dirigeant présent dans la toile d’institutions sionistes.
(15) Ha’aretz, 30 septembre, 1951.
(16) Pour le mouvement d’opposition en Israël, en particulier parmi les lycéens, voir l’article d’Akiva Orr « Israël : Opposition grows », Black Dwarf, 12 juin 1970. [Black Dwarf fut un journal édité entre autres par des membres de la Quatrième Internationale en Grande-Bretagne à la fin des années soixante et au début des années soixante dix – NDLR.]

sylvestre

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  alexi le Ven 1 Aoû - 10:43

Prado :
Mis à part des indigènes, il y a effectivement les enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants et arrière-arrière-petits-enfants des colons. Tout comme dans l'Algérie française.

Donc les enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants et arrière-arrière-petits-enfants des colons d'origine doivent payer la faute originelle ?

Des alliés pour quels objectifs ? Jusqu'à présent, cela ne saute pas aux yeux.

Quand on n'a pas une analyse de classe, c'est normal d'avoir une mauvaise vue.

alexi

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Palestine-Israël - histoire

Message  sylvestre le Ven 1 Aoû - 10:58

alexi a écrit:
Prado :
Mis à part des indigènes, il y a effectivement les enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants et arrière-arrière-petits-enfants des colons. Tout comme dans l'Algérie française.

Donc les enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants et arrière-arrière-petits-enfants des colons d'origine doivent payer la faute originelle ?

Connais-tu l'histoire de l'Algérie ? La France y a été la puissance coloniale de 1830  à 1962. Un nombre important de ce qu'on appelait la population "européenne" en 1954 y était né, avait des parents qui y étaient nés, des grands-parents qui y étaient nés, etc. Il se trouvaient tout de même en situation coloniale, c'est à dire jouissant de privilèges et participant à un ordre social qui opprimait tout un peuple.
Il ne s'agit pas quand on se trouve dans une telle situation de "payer la faute originelle". Il s'agit de connaître sa place dans l'ordre social, et, si on a la prétention d'être révolutionnaire, ou même tout simplement de combattre pour la justice et l'égalité, de se dissocier de cet ordre colonial et de le combattre.

On peut à ce sujet rappeler que la chose n'a pas été évidente pour la gauche française, et même pour le Parti Communiste à ses origines, voir là-dessus ce texte de Robert Louzon : "une honte"

sylvestre

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  alexi le Ven 1 Aoû - 10:58

Sylvestre :
Dans tous les cas, dans une situation coloniale, les révolutionnaires ne s'accrochent pas à une symétrie fausse, à des slogans sur la "fraternité entre les peuples", etc. car la condition d'une fraternité possible c'est le démantèlement de l'Etat colonial, sa défaite.
Pour ma part, je préfère parler de fraternité entre les classes ouvrières, qui comme chacun le sait est internationale.
Je n'oublie pas pour autant la situation coloniale des palestiens par l'Etat d'Israël et je ne tire pas un trait d'égalité.
Je ne crois pas cependant que la défaite de l'Etat sioniste serait suffisant pour la fraternité entre les peuples et leur bien-être, seul le renversement des différents états le pourrait.

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Palestine-Israël - histoire

Message  Prado le Ven 1 Aoû - 11:18

alexi a écrit:
Prado :
Mis à part des indigènes, il y a effectivement les enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants et arrière-arrière-petits-enfants des colons. Tout comme dans l'Algérie française.
Donc les enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants et arrière-arrière-petits-enfants des colons d'origine doivent payer la faute originelle ?
Non, et c'est pourquoi il faut bien trouver une solution pour que tout le monde puisse coexister sur une terre appartenant aux Palestiniens. Le problème, c'est que les descendants des colons d'origine font pire que ces derniers et que des nouveaux colons ne cessent d'arriver en Palestine avec le désir de poursuivre l'épuration ethnique.

alexi a écrit:
Prado :Des alliés pour quels objectifs ?  Jusqu'à présent, cela ne saute pas aux yeux.
Quand on n'a pas une analyse de classe, c'est normal d'avoir une mauvaise vue.
Quand on ne comprend pas ce qu'est une situation coloniale, on croit que le même programme s'applique dans toutes les situations. C'est un problème presque aussi vieux que le mouvement ouvrier.

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  verié2 le Ven 1 Aoû - 11:18

alexi
Je ne crois pas cependant que la défaite de l'Etat sioniste serait suffisant pour la fraternité entre les peuples et leur bien-être, seul le renversement des différents états le pourrait.
C'est tout à fait juste. On le voit bien en considérant les Etats qui sont nés des luttes de libération nationale : Algérie, Afrique du Sud et même Vietnam. Mais cela ne peut pas être une raison suffisante pour ne pas soutenir ces luttes. Le projet de Trotsky était que les communistes en prennent la tête. En l'absence de communistes, sinon ultra minoritaires, devrait-on cesser de soutenir ces luttes et l'objectif de démantèlement des systèmes coloniaux ?

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  alexi le Ven 1 Aoû - 12:01

Vérié :

En l'absence de communistes, sinon ultra minoritaires, devrait-on cesser de soutenir ces luttes et l'objectif de démantèlement des systèmes coloniaux ?

Beaucoup confondent soutenir une lutte de libération nationale avec se mettre au service de ceux qui dirigent cette lutte, indépendamment de la nature de classe de ses dirigeants.
Ce n'est pas parce que l'on défend une autre perspective que l'on ne défend pas le droit à l'indépendance.
Refuser de défendre notre perspective, c'est renoncer.

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  sylvestre le Ven 1 Aoû - 12:42

alexi a écrit:
Sylvestre :
Dans tous les cas, dans une situation coloniale, les révolutionnaires ne s'accrochent pas à une symétrie fausse, à des slogans sur la "fraternité entre les peuples", etc. car la condition d'une fraternité possible c'est le démantèlement de l'Etat colonial, sa défaite.
Pour ma part, je préfère parler de fraternité entre les classes ouvrières, qui comme chacun le sait est internationale.
Je n'oublie pas pour autant la situation coloniale des palestiens par l'Etat d'Israël et je ne tire pas un trait d'égalité.
Je ne crois pas cependant que la défaite de l'Etat sioniste serait suffisant pour la fraternité entre les peuples et leur bien-être, seul le renversement des différents états le pourrait.

Si quand je dis "nécessaire" tu me réponds que ce n'est pas suffisant, il va être difficile de discuter.

sylvestre

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  alexi le Lun 4 Aoû - 19:22

Pour faire plaisir à Vérié, un article plus récent que 1948 :

Un compte-rendu de LO d'une conférence internationale qui s'était tenue en novembre 1973 :


(...) Pour être un pas en avant, la destruction de l’État sioniste ne peut être le fait que des prolétariats juif et arabe et nous nous refusons à prêcher aux prolétaires arabes la croisade nationaliste contre Israël. La victoire militaire des États arabes ne ferait pas avancer d’un pas la libération des masses arabes. Et si, contre l’impérialisme américain, nous sommes dans le camp des pays arabes, y compris si la victoire de ce camp signifie la destruction de l’État d’Israël, nous ne pensons absolument pas que cette destruction serait en soi positive. Nous pensons, au contraire, que la classe ouvrière arabe doit avoir une stratégie vis-à-vis de la classe ouvrière israélienne pour la détacher du sionisme et la rallier à son combat, c’est-à-dire qu’elle doit lui garantir tous les droits nationaux, y compris celui d’avoir son propre État. Cela ne signifie pas qu’un État juif séparé serait souhaitable. Un État binational au sein duquel Juifs et Arabes vivraient ensemble, aurait des avantages considérables, et politiques et économiques, pour tous les habitants de la Palestine. Mais cet État ne peut se décréter par en haut. Il doit correspondre aux voeux des pays qui le construiront. Et, dans ces conditions, opposer l’État binational au droit des Juifs à avoir leur propre État, c’est finalement refuser les droits nationaux aux Juifs, c’est se faire l’avocat du nationalisme arabe.

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  verié2 le Lun 4 Aoû - 19:38


Alexi
Un compte-rendu de LO d'une conférence internationale qui s'était tenue en novembre 1973
Je suis 100 %d'accord avec ce texte, qui souligne d'ailleurs que LO se place dans le camp des pays arabes, tout comme nous devons nous placer aujourd'hui dans le camp des Palestiniens, tout en ayant conscience de ce qu'est le Hamas et du fait que sa victoire "ne ferait pas avancer la libération des masses arabes" - pour reprendre l'expression utilisée par LO.

Tout comme je suis 100 % d'accord avec l'édito de LO mis en ligne par Dinky, qui explique bien le rôle particulier joué par l'Etat d'Israël au service de l'impérialisme.

En revanche, ton choix de reproduire sans commentaire un bref texte de 1948 pouvait donner l'impression que tu renvoies dos à dos les deux camps. Ca serait bien que tu t'exprimes sans te contenter de reproduire des textes...

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  alexi le Lun 4 Aoû - 19:54

Vérié :
Ca serait bien que tu t'exprimes sans te contenter de reproduire des textes...

Le texte de 1948 apportait une hauteur de vue que l'on ne retrouve pas ici et se suffisait à lui-même sauf à toi manifestement.

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  Pedrolito le Lun 4 Aoû - 20:05

Cette perspective me semble plus internationaliste que celle (exprimée par Stef ici) qui vise à virer tous les Juifs de la terre de Palestine, sauf les descendants de l'ancien yishouv.

C'est curieux que des militants et sympathisants qui se disent internationalistes soutiennent cette dernière optique :
- que deviendraient les populations juives expulsées, sachant qu'elles sont originaires de régions (qu'elles ont quittées depuis bien longtemps pour la plupart) où elles étaient des minorités opprimées ? En ce sens, le cas de la Palestine n'a rien à voir avec l'Empire colonial français et l'Algérie.
- de plus, entre nouveau et ancien yishouv, et les migrants depuis 1948, il aurait fallu que les populations ne se soient pas mélangées depuis...
Sans même considérer qu'Israël est une puissance militaire sans égale dans la région (et même dans le monde). Selon le contexte, si les autorités israéliennes se retrouvaient acculées, et sommées de faire évacuer le territoire, accepteraient-elles sans sourciller ou se défendraient-elles jusqu'au bout quitte à user de la force nucléaire ?

En considérant cela, la fin de l'État d'Israël ne pourra venir que par la base. En ce sens, je partage l'idée exprimée dans ce texte.

P.S. : rapport au texte de Barta de 1948, ç'aurait été mieux de le mettre dans son intégralité, car il montre comment les puissances impérialistes occidentales ont retourné leurs vestes depuis.


Dernière édition par Pedrolito le Lun 4 Aoû - 20:31, édité 2 fois

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Re: Palestine-Israël - histoire

Message  verié2 le Lun 4 Aoû - 20:06

alexi a écrit:
Vérié :
Ca serait bien que tu t'exprimes sans te contenter de reproduire des textes...

Le texte de 1948 apportait une hauteur de vue que l'on ne retrouve pas ici et se suffisait à lui-même sauf à toi manifestement.
Franchement, je ne comprends pas ton point de vue. Es-tu oui ou non d'accord pour ne pas renvoyer dos à dos Israéliens et Palestiniens ? Opposes-tu ce texte de 1948 à ceux publiés plus récemment par LO ?

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Re: Palestine-Israël - histoire

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