« STOP-CRÈVE » : L’UTOPIE ULTIME ?

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« STOP-CRÈVE » : L’UTOPIE ULTIME ?

Message  Roseau le Ven 3 Jan - 0:12

L'anthropologue et économiste Paul Jorion invite demain vendredi 3 janvier de 17h à 18h puis de 21h à 22h
à débattre du sujet sur ce site.
http://www.pauljorion.com/les_debats/?p=356
Voici son introduction au débat:
Lorsque je jette un regard en arrière sur les sept années d’existence du blog, ce qui me frappe en premier, c’est la montée en puissance de l’abattement.

La raison en est simple : la crise semblait porteuse d’un espoir qui ne s’est pas concrétisé. Un monde s’écroulait, un autre se présenterait nécessairement pensions-nous pour prendre sa place, monde nouveau qui, porté par notre enthousiasme, pouvait difficilement être pire que celui en liquidation. Or nos dirigeants nous ont fait comprendre qu’ils n’étaient pas partant pour autre chose que ce que nous avions déjà : nous aurions droit à une lamentable tentative de reconstitution à l’identique du modèle moribond, ce serait cela ou rien.

Alors, ils ont verrouillé. C’est ce qu’ils avaient le pouvoir de faire et c’est ce qu’ils ont effectivement fait. Qu’ils se proclament conservateurs ou progressistes durant les campagnes électorales n’a fait aucune différence. Le résultat, c’est que nous avons droit au même qu’avant, mais en pire.

Notre réponse ? Essentiellement rien. Si : des blogs (aujourd’hui en déconfiture) et la hausse de la rouspétance, une rouspétance sans projet, sans autre contenu que le ressentiment.

Les utopies ont parfois dérapé tragiquement (c’est le moins qu’on puisse dire) mais elles ont aussi galvanisé les énergies : elles ont produit de manière tendancielle en tout cas un monde où la qualité de la vie s’est améliorée au fil des âges.

Notre indignation (pour les plus faibles), notre rébellion (pour les plus forts), voient se dresser devant elles les thuriféraires satisfaits du système en effondrement qui ricanent et nous disent : « Mais que mettriez-vous donc à la place ? », sachant la vulnérabilité des anciennes utopies dues à leurs échecs sanglants. Ce qu’ils veulent provoquer chez nous par leur défi, c’est davantage encore d’abattement.

Une rébellion plus ferme encore est la seule réponse possible à cette provocation (le pic de ma popularité sur Google – merci Pierre Haski !), mais l’absence d’un projet mobilisateur des énergies n’en est pas moins aveuglante pour autant.

J’ai évoqué dans Misère de la pensée économique (2012), « Notre mortalité et ce que nous en avons fait » (pp. 26-31), où je rappelle que notre espèce ne s’est jamais remise du choc de la découverte de notre mortalité individuelle. Notre réponse spontanée a été de l’ordre du déni : nous avons inventé des religions qui nous ont proposé le mythe d’une immortalité garantie après la mort. Malgré de beaux restes, et quelques derniers rougeoiements des brandons, ces religions sont elles aussi en voie de liquidation.

Au rêve d’une immortalité qui advient une fois constatée empiriquement la faillite du corps qui se dégrade finalement par la pourriture, s’est substitué l’or, ou si l’on veut, l’argent, s’imposant comme substitut unique et universel à l’immortalité par l’ébriété et l’anesthésie des sens qu’il peut procurer.

Force est de constater aujourd’hui sur quelle navrante voie de garage l’or et l’argent nous ont conduits : s’ils ont pu distraire de leur fin prochaine les individus les plus fortunés, ils ont inexorablement creusé la tombe de l’espèce en tant que telle.

La seule alternative à l’or et à l’argent, ersatz pathétiques de l’immortalité individuelle, c’est le produit d’origine, à savoir l’immortalité biologique proprement dite : le « Stop-crève » prôné à la fois naïvement et merveilleusement par François Cavanna dans les années 70.

Certains affirment que cet objectif est à notre portée sur le plan scientifique. Mais faut-il vraiment le viser ? Faut-il tenter de se mobiliser en vue d’un tel objectif ? Constitue-t-il l’utopie ultime dont toutes celles qui l’ont précédé ne seraient que de pâles reflets ?

L’immortalité individuelle est-elle le seul projet susceptible de nous sortir de notre abattement (abattement qui nous conduira sûrement à l’abattoir, et peut-être même pas lentement) ? Ma tendance naturelle serait de me ranger parmi les sceptiques, mais j’ai peut-être tort et je voudrais vous entendre à ce sujet. Demain vendredi 3 janvier, de 17h à 18h, puis de 21h à 22h, je lancerai une discussion sur « L’immortalité comme utopie ultime ? » sur « Les débats du blog de PJ ».


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Roseau

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