Migrations

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Migrations

Message  Roseau le Ven 4 Oct - 14:43

Lampedusa : Le capitalisme tue !

Communiqué NPA
Au moins 130 morts hier encore au large de l’île italienne de Lampedusa. Probablement bien davantage puisque seulement 151 des 400 à 500 demandeurs d'asile naufragés, pour la plupart originaires de Somalie et d' Érythrée, ont été ramenés à terre.

Autant de victimes de ce qu'ils appellent la « maîtrise des flux migratoires » ! Nouvel épisode d'une longue série qui a déjà fait des milliers de morts pour la seule Méditerranée et qui, en dépit des larmes de crocodile et des proclamations des (ir)responsables européens, n'a aucune raison de s'arrêter.

Sur fond de xénophobie montante, L'Europe entretient des dispositifs de surveillance d'un coût faramineux, (tels que Frontex, dont le budget par temps de crise est passé de 6, 3 Millions d’€ en 2005 à plus de 118 Millions en 2011), suffisamment efficaces pour tuer, mais pas assez bien entendu pour sauver les naufragés ni priver les capitalistes de nouveaux arrivages de sans-papiers si utiles pour s’attaquer aux salaires et aux conditions de travail de toutes et tous.

La violence contre les immigrés s’exerce des rivages de Lampedusa, au travail sans papier, à l’exclusion du logement, au racisme qui se développe, jusqu’à Calais où les réfugiés, notamment syriens, qui cherchent à gagner l’Angleterre, sont traqués par les forces de l’ordre jusque sur les grues du port.

Le NPA est partie prenante de toutes les mobilisations pour la régularisation de tous les sans-papiers, la liberté de circulation et d’installation, la fermeture des centres de rétention, le respect du droit d’asile.

Le capitalisme fait sa loi. Les peuples doivent construire entre eux les solidarités nécessaires pour résister ensemble à cette violence et construire un monde libéré de la loi du profit et de la concurrence entre toutes et tous.

Montreuil, le 4 octobre 2013
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Message  sylvestre le Ven 4 Oct - 15:26

Très bon communiqué, très mauvais titre. Alors qu'il est urgent de dénoncer précisément ce qui est la cause de ces morts, à savoir les lois anti-immigration, dire "le capitalisme tue", c'est placer la dénonciation à un niveau d'abstraction qui la rend inopérante.
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Re: Migrations

Message  Roseau le Ven 4 Oct - 15:47

Le titre arrive comme un cheveu sur la soupe,
car le communiqué est superficiel.
Il faut toujours, à propos des drames et tragédies de l'émigration,
dénoncer notre classe dominante, et son régime le capitalisme,
responsable de l'exploitation des peuples, du saccage de la nature,
et les chasse d'une terre à l'autre.
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Re: Migrations

Message  verié2 le Ven 4 Oct - 19:43

Honteux !
Sur plusieurs chaînes TV (BFM, ITV etc), les deux tiers du temps d'antenne attribué au drame de Lampedusa sont consacrés... au discours du pape !Suspect Sur BFM notamment, les deux tiers du temps au pape lui-même, un autre tiers à un humanitaire qui a fait l'éloge du discours du pape.

Non seulement l'Europe, par sa politique sécuritaire, envoie des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants à la mort, mais la propagande récupère le drame au profit d'un pape qui joue les humanistes après avoir été membre de la Garde de fer et avoir soutenu la dictature et les forces les plus réactionnaires en Argentine.

Sur le contenu du discours papal, bien entendu les pleurnicheries habituelles, la condamnation de l'égoïsme humain en général, ce qui ne mange pas de pain béni, mais pas de la politique inhumaine des Etats impérialistes...

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Re: Migrations

Message  CCR le Lun 7 Oct - 12:03

Indignation feinte et fausses larmes du gouvernement italien et de l’Union Européenne
Après la mort de centaines d’immigrés à Lampedusa


Jamila Al-Mukhtar
Source: http://www.ccr4.org/Apres-la-mort-de-centaines-d-immigres-a-Lampedusa

Les images des corps inanimés des migrants « clandestins » repêchés en mer puis alignés à Favarolo, sur la jetée du port de Lampedusa, ont fait le tour du monde, suscitant horreur et indignation. Une tragédie ? Un massacre plutôt.


L’incendie du 3 octobre, au large de Lampedusa, d’une embarcation partie du port libyen de Misurata et qui transportait à son bord 500 réfugié-e-s originaires, pour la plupart, d’Erythrée, de Somalie et du Ghana, a fait plus de 100 morts alors que 250 personnes sont toujours portées disparues. Parmi les survivants, nombreux sont ceux qui témoignent de l’absence de secours, dans un premier temps, de la part de bateaux de pêche qui auraient vu l’embarcation des migrants se retourner puis couler à pic sans pour autant intervenir, cela comme conséquence de la législation anti-immigration qui empêche aux embarcations civiles d’apporter de l’aide aux « clandestins » l’arrivée des garde-côtes.

La population de petite île italienne de Lampedusa, entre la Tunisie et la Sicile, est désespérée. Elle l’a fait savoir en descendant dans la rue pour dénoncer le fait que Lampedusa vit dans la douleur et porte sur ses épaules le poids de l’indifférence du reste du monde. « Lampedusa veut accueillir les migrants en vie, et non pas lorsqu’ils sont morts », pouvait-on lire sur certaines pancartes. Le cimetière de l’île est, pour ainsi dire, complet. Les cadavres sont transférés dans un hangar de l’aéroport et le centre de rétention de l’île tourne au-delà de ses capacités, avec plus de 1350 réfugiés qui s’y entassent.

Pendant ce temps, une journée de deuil national a été décrétée par le gouvernement italien de coalition gauche-droite. « Plus jamais ça ! », s’est étranglé Enrico Letta, le président du Conseil. « C’est une honte », a aussitôt renchéri le Pape François qui avait choisi de se rendre, en juillet, à Lampedusa pour son premier déplacement en dehors de Rome. Sans vergogne, pour le coup, Angelino Alfano, actuel ministre de l’Intérieur et ancien bras-droit de Silvio Berlusconi, a proposé la candidature de Lampedusa au prix Nobel de la Paix, en disant regretter le peu de collaboration de l’Union Européenne par rapport à la gestion des flux migratoires.

Des frontières blindées pour défendre la « Forteresse Europe »

Il est vrai que l’UE n’a pas développé jusqu’à présent de législation parfaitement homogène sur cette question et chaque pays continue à appliquer son propre arsenal législatif (et répressif). Pour ce qui est de l’Italie, c’est la loi Bossi-Fini de 2002 (du nom des ministres Ligue du Nord et Alliance Nationale du gouvernement Berlusconi de l’époque) qui continue à être appliquée et qui prévoit notamment l’expulsionimmédiate des immigrés clandestins lorsque ils sont arrêtés. La loi a été renforcée en 2009 à travers le « Paquet sécurité » [‘Pacchetto Sicurezza’], dont la principale « innovation » a été l’introduction dans le droit pénal du « délit de clandestinité », mesure qui a été condamnée y compris par la Cours de Justice européenne en 2011 comme parfaitement contraire aux droits fondamentaux.

Même si l’UE ne compte pas une législation uniforme, cela ne veut pas dire que les pays de l’UE ne se coordonnent pas pour renforcer les contrôles et les expulsions sensés garantir la « sécurité » des frontières de l’Union. Depuis une quinzaine d’années, les centres pour l’identification et l’expulsion des candidats à l’immigration se sont multipliés dans tous les pays méditerranéens. Il en existe aujourd’hui prés de 500, tandis que, le budget de Frontex s’élève à 88 millions d’euros par an. Cette agence européenne, mise en place en 2004 pour surveiller les frontières de l’UE, dispose en effet de 26 hélicoptères, 22 avions, 113 bateaux sans compter des dizaines d’équipes d’intervention, tout cela pour mieux défendre la « Forteresse Europe ». Cela n’a pas non plus empêché les pays du Sud de l’UE de continuer à demander davantage de subventions à Bruxelles pour blinder un peu plus leurs frontières, une opération aussi injuste qu’inutile lorsque l’on sait que l’objectif affiché est de bloquer les flux de migrants.

Sous-traitance du contrôle et de la répression des flux de réfugiés

La stratégie consistant à sous-traiter aux pays du Sud de la Méditerranée les questions migratoires, à travers la construction de prisons en Libye et de systèmes de contrôle dans le Sahara est le complément de ces politiques. Human Rights Watch a accusé Tripoli à plusieurs reprises d’arrestations arbitraires et d’actes de torture dans des centres de détentions financés par le gouvernement italien. Rome finance également des vols charters d’expulsés, qui partent de la Libye avec à leur bord des migrants, ainsi que des moyens logistiques facilitant ces expulsions par voie terrestre.

Pleurer sur la tragédie de Lampedusa comme s’il s’agissait d’une catastrophe naturelle signifie ignorer les causes systémiques qui produisent ce genre d’événements. Il s’agit, par ailleurs, d’un événement qui n’a rien d’exceptionnel comme le montrent les données officielles sur les « voyages du (des)espoir » des vingt dernières années. Prés de 20.000 personnes ont trouvé la mort en Méditerranée, dont 6.200 dans le seul Canal de Sicile, entre le Maghreb et l’Italie. Quelques heures avant le naufrage de Lampedusa, toujours au large de l’île, une embarcation avec à son bord 463 migrant-e-s avait accosté, et le premier octobre, à Scili, dans la province de Raguse, treize migrants avaient trouvé la mort par noyade après avoir dû se jeter à la mer à partir d’une embarcation qui transportait 160 Erythréens. Le massacre de Lampedusa est donc loin d’être un cas à part.

L’industrie de la clandestinité fonctionnelle au capitalisme européen

Crier au scandale au nom du fait que des dizaines de personnes perdent la vie, tous les jours, en essayant de se rendre en Europe pour tenter d’échapper à des conditions de (sur)vie insoutenables dans leur pays d’origine démontre l’hypocrisie la plus complète de l’impérialisme européen et de ses gouvernements qui font semblant d’oublier leurs responsabilités par rapport à la mise en place de ce que l’on pourrait appeler « l’industrie de la clandestinité ».

En effet, dans le meilleur des cas, les migrants qui ne se noient pas en Méditerranée mais débarquent en Europe et échappent à la détention à leur arrivée, deviennent des travailleurs serviables et corvéables à merci, victimes du racisme institutionnel, soumis au chantage de patrons petits et gros qui les font travailler dans des conditions souvent proche de l’esclavage, et tout ça est totalement fonctionnel à l’économie européenne. Les événements de Rosarno, dans le Sud de l’Italie, nous le rappellent, lorsqu’en 2010, des centaines d’ouvriers agricoles sans-papiers de Calabre s’étaient rebellés, avaient fait éclater le scandale de ces hommes et femmes vivant entassés dans des hangars ou sous des tentes et travaillant comme saisonniers pour quelques euros par jour. Ce sont là les conditions conditions que connaissent une bonne partie des travailleurs sans-papiers en Europe, et pas seulement dans la plaine agricole de Gioia Tauro d’où viennent les oranges que l’on retrouve sur nos tables. Là encore, le gouvernement italien avait crié au scandale comme si ce qui se passait à Rosarno était une exception, en non la règle. Là encore, les fausses larmes et l’indignation feinte occultaient la logique systémique qui préside à l’économie de la clandestinité. Une fois de plus, elles transforment en une mauvaise farce ce qui est une tragédie quotidienne.

05/10/13

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Lois et politiques meurtrières

Message  Roseau le Lun 7 Oct - 22:41



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Message  Roseau le Jeu 10 Oct - 16:27



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Europe meutrière et récidiviste

Message  Roseau le Ven 18 Oct - 13:09

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Message  Roseau le Jeu 24 Oct - 3:44

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Message  Copas le Ven 1 Nov - 13:45

Parler des migrants précaires, c'est également parler des travailleurs domestiques qui représentent dans les 3.6% des travailleurs de la planète .

Une grande partie de ces travailleurs domestiques sont migrants, souvent clandestins et sans droits, livrés sans défense au travail au noir et sans droit.

Toutefois, des réactions existent et visent à structurer ces travailleuses. Des idées pour toutes et tous.



En grande majorité, les travailleurs domestiques sont des travailleuses,  des femmes, souvent des migrantes, et trop souvent des enfants, soumis à agressions des droits humains et du travail,  des heures de travail sans limites, des petits salaires sans avantages, des maltraitances physiques et des abus sexuels, du travail forcé et de l'esclavage.




Longtemps considéré comme inférieur, ce « travail de femmes » qui s’effectue dans des maisons privées, en tant que nounou, femme de ménage, dans le secteur des soins et du nettoyage, a été exclu de la protection de presque toutes les législations .

Pour les travailleurs domestiques migrants, un rapport de l’association Human Rights Watch (HRW) a mis en lumière les abus fréquents dont bon nombre d’entre eux sont victimes, comme la confiscation de leur passeport, l’enfermement forcé sur le lieu de travail, les coups et parfois les années de travail non payé.
La signature récente d'une charte de l'ONU (en Septembre 2013) destinée à réglementer et protéger un petit peu ces travailleuses est un pas en avant du monde du travail.

Dans une série d'endroits du monde, des travailleuses domestiques se sont rebellées, ont fait grève, comme les grèves et mobilisations des femmes de chambre à Hong Kong qui régulièrement essayent de faire reculer  le non-droit qui leur est imposé.



Femmes de chambre philippines et indonésiennes à Hong Kong :

Bataille judiciaire


La nouvelle convention de l'ONU sur le travail des domestiques :

http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---ed_norm/---relconf/documents/meetingdocument/wcms_157837.pdf

Sit in de protestation sur les salaires des domestiques migrantes à Hong Kong :


On se rappellera les conséquences de la poussée de la classe ouvrière indonésienne, la fermentation sociale en Chine et dans sa partie de Hong Kong,  la construction d'organisations ouvrières de migrants comme Indonesian Migrant Workers Union (IMWU), qu'on retrouvera dans une série de batailles comme celles des femmes de chambres à Hong Kong, dans des batailles aux Pays bas, sur tous les continents, etc...




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Message  Copas le Ven 1 Nov - 14:16

La solidarité avec les travailleurs migrants au Qatar



L'exploitation des népalais dans les monarchies du golfe persique et dans le sud-est asiatique



Remarques : La solidarité c'est bien mais il est indispensable de penser l'organisation de ces travailleurs et cela se fait par les communautés nationales émigrées , c'est du moins ce qu'on peut voir qui marche concretement (et ça permet d'articuler ensuite comme à Hong Kong, de fait, femmes de chambre philippines et indonésiennes).

La solidarité s'en s'organiser du dedans c'est rester en deçà des défis rencontrés et des possibilités puisque certains arrivent à developper des organisations de travailleurs migrants
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Message  Copas le Ven 22 Nov - 20:58

Le mouvement de solidarité internationale en soutien aux prolétaires migrants éthiopiens agressés, tués ou expulsés en masse par les flics de l'Arabie Saoudite a été important.
Au premier rang, dans de nombreux pays, des prolétaires migrants éthiopiens .

France, Allemagne, Suède, USA, de Seattle à Francfort...






Sad Ethiopian Message from Saudi Arabia
Stop stop
A Jedda les prolétaires migrants menacés bloquent une route en protestation
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Message  Roseau le Mer 15 Jan - 14:09

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Re: Migrations

Message  Copas le Mer 4 Juin - 1:21





La remise d'une pétition de 103 007 signatures au gouvernement de HongKong pour fin de la sur-exploitation des travailleurs domestiques migrants a eut lieu récemment
Beaucoup de travailleuses indonésiennes domestiques sur-exploitées à Hong Kong résistent.
Cette résistance est exceptionnelle et doit amener à réfléchir sur l'exemple donné par les plus exploitées des exploitées.



La pétition est venue à la veille du procès d'un employeur d'une jeune indonésienne, Erwiana Sulistyaningsi, domestique, torturée, sur-exploitée, travaillant 21 heures par jour et dormant à même le sol, pendant 8 mois.
La patronne l'avait relâché en menaçant de mort sa famille si elle parlait et l'a renvoyé chez elle avec 9 $ en poche affaiblie, ne pouvant plus travailler à cause de ses blessures dues aux coups et mauvais traitements sur-infectées.
Une très grande émotion naquit en Indonésie et à Hong Kong. La patronne criminelle fut mise en prison et relâchée par une caution d'un million de $, à comparer avec les 9 $ qu'elle donna à Erwiana Sulistyaningsi pour se débarasser d'elle.

Erwiana Sulistyaningsi :




Les organisations de domestiques migrants, souvent des femmes résistantes pour leurs droits dans des conditions épouvantables face à des patrons en général super-riches, se sont développées en Asie du Sud-Est et tentent de mettre le pied dans les monarchies pétrolières avec un immense courage.



Cette bataille essaye d'obtenir des lois protectrices des états pour ces domestiques migrants. Cette bataille est d'autant plus difficile que  les gouvernements concernés, de Dubaï à Monaco, de Hong-Kong à l'Arabie Saoudite, des états occidentaux aux états pétroliers, laissent faire, voir protègent les super-riches coupables de ces atteintes et crimes contre les droits de l'homme. Bien plus les lois existantes précarisent et rendent clandestines, à la merci de leurs employeurs tourmenteurs, ces travailleuses.

Sans papiers, elles n'ont aucune défense légale ni existence légale. Elles sont d'autant plus victimes de patrons prédateurs.

Des premiers succès ont été engrangés comme une convention internationale de protection des travailleurs domestiques à l'ONU :
C189 - La Convention  n° 189  sur les travailleuses et travailleurs domestiques, entrée en vigueur le 5 Septembre 2013,
Convention concernant le travail décent pour les travailleuses et travailleurs domestiques.
http://www.ilo.org/dyn/normlex/fr/f?p=NORMLEXPUB:12100:0::NO::P12100_ILO_CODE:C189
La bataille pour contraindre les états à la ratification de cette convention fait rage sur la planète dans les pays où les travailleuses domestiques migrantes s'organisent.
Ensuite après la ratification par les états, reste à l'appliquer réellement.


Le 22 Mai 2014 s'est tenu le congrès d’une fédération internationale de domestiques migrants à Berlin.
L'International Domestic Workers Federation . http://idwfed.org/


La bataille de cette catégorie de travailleurs sur la planète se trouve dans le chemin mondial du développement de luttes de classe sur toute la planète.
Plus prosaïquement elle est sous le souffle du renouveau des très grandes organisations syndicales indonésiennes qui influent l'ensemble des batailles sociales en Asie.

Les travailleuses domestiques migrantes comportent de plus en plus de jeunes femmes instruites obligées de subir ce type d'exploitation pour se nourrir et nourrir leurs familles. C'est un trait partagé par de plus en plus de prolétaires sur la planète : surexploités, mal payés et mal traités, ils n'en sont pas moins de plus en plus instruits, communicants et informés (dés qu'ils le peuvent pour ces deux derniers aspects).

Erwiana Sulistyaningsi, le cheminement de la jeune domestique indonésienne torturée à Hong Kong est symptomatique :
Erwiana est né le 7 Janvier 1991 à Rohmad . Son père est un travailleur à temps partiel, précaire.
Après avoir été diplômée d'une école secondaire, elle veut aller à l'université pour devenir expert-comptable. Mais elle ne peut y aller en raison de sa situation sociale.  Elle s'exile pour devenir domestique à Hong Kong avec l'espérance de gagner de l'argent pour nourrir ses parents et payer ses études.



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Message  Roseau le Mer 4 Juin - 1:37

Encore une fois, merci Copas pour des informations clés,
qui rendent compte des luttes de masse de notre classe.
Il faut regarder au delà des grenouillages politiciens parisiens
pour comprendre que le capitalisme a conquis la planète,
et que c'est cela précisément qui sonne le glas des révolutions en cours et à venir.
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Message  Copas le Dim 27 Juil - 12:41

« Vous les domestiques, vous êtes comme des ordures pour nous »



Devant un hangar de l'aéroport d'Antananarivo, Herinirina attend le corps de sa femme qui arrive d'Arabie saoudite. Elle faisait partie des nombreuses domestiques malgaches qui disent avoir été réduites en esclavage dans le Golfe.

En effet, comme des dizaines de milliers de Malgaches depuis une quinzaine d'années, Solange, 34 ans, avait quitté Madagascar pour travailler dans une famille. Elle est morte le 26 janvier, moins d'un an après son arrivée, d'un arrêt cardiaque sans cause apparente selon le rapport médical saoudien qui cite « la volonté de Dieu ». Pourtant, elle avait lancé un appel de détresse un mois avant sa mort. « Lors du dernier contact téléphonique, elle a dit : Je ne sais pas où je suis, ni quelle est mon adresse. Je ne serai bientôt plus parmi vous, prenez soin de nos deux enfants », explique Herinirina, qui a porté plainte.

« Madagascar est un exemple parmi d'autres en Afrique », note le porte-parole de l'Organisation internationale du travail à Genève, Hans von Rohland. « Un rapport récent de l'OIT sur l'Éthiopie montre que le trafic d'Éthiopiens vers le Moyen-Orient et le Soudan est un phénomène important », ajoute-t-il. Plus largement, le Bangladesh, l'Indonésie, le Sri Lanka, les Philippines ou le Népal fournissent des milliers d'ouvriers ou d'employés de maison aux pays du Golfe. Et les organisations de défense des droits de l'homme dénoncent régulièrement les mauvais traitements et même les tortures.

Du Clorox...
« Mon patron m'a jeté du Clorox (un produit ménager) et de l'acide sur les yeux. J'ai dit à ma patronne que je voulais aller à l'hôpital, mais elle n'a pas voulu et a dit qu'il fallait que je travaille, que je le veuille ou non, malade ou pas », raconte ainsi Zitale Nirina, 39 ans, revenue à Madagascar. « Je commençais le travail à 06h00, je déjeunais à 15h00 et je me couchais à 02h00 du matin. » « On me traitait comme une esclave, comme un chien. Mon patron me disait : Vous les domestiques, vous êtes comme des ordures pour nous », ajoute Annick, 20 ans, revenue du Koweït.

La suite .../...



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Re: Migrations

Message  Roseau le Mar 6 Jan - 15:06

« Quelle politique migratoire pour la France ? »

Les immigrés sont devenus les boucs-émissaires de tous nos maux. A tel point qu’un parti d’extrême-droite est arrivé en tête dans notre pays aux dernières élections européennes. A l’heure où le nombre de demandeurs d’emploi avoisine en France les 5,5 millions, certains voient dans la « maîtrise » de l’immigration une solution. « Le travail fait “ naître ” l’immigré, mais rend sa présence illégitime quand l’emploi vient à manquer »[1]. Les économistes ont-ils leur mot à dire sur la question migratoire ? On peut tout à fait considérer que cette question est éminemment politique. Ce qui est sûr, c’est que des arguments prétendument scientifiques sont souvent mobilisés sans être fondés sur de réelles statistiques et analyses. Cette conférence a pour objectif de débattre sur les idées reçues et de rétablir certaines vérités. Y aurait-il trop d’étrangers en France ? La France serait-elle devenue un pays d’immigration massive ? Le nombre d’étrangers a-t-il une incidence sur notre marché du travail et notre taux de chômage ? Les étrangers perçoivent-ils trop d’aides sociales ? Cette conférence qui fera intervenir un économiste, un démographe et un sociologue aura pour objectif de dresser un bilan, d’un point de vue pluridisciplinaire, sur la réalité de l’immigration en France et sur les politiques qui pourraient être mises en œuvre.

Conférence-débat

Le Mercredi 14 Janvier 2015 de 20h15 à 22h30

Salle Bruxelles, FIAP Jean Monnet,

30 rue Cabanis 75014 Paris M° Glacière

(Entrée libre et gratuite).

Le débat aura lieu avec :
- El Mouhoub Mouhoud, économiste, Professeur à l’Université Paris Dauphine

- François Heran, démographe, responsable du département SHS (Sciences humaines et sociales) de l'ANR (Agence nationale de la Recherche), ancien Directeur de l’INED (Institut national d’études démographiques)

- Nicolas Jounin, Sociologue, Maître de conférences à l’Université Paris 8



Il sera animé par : Sabina Issehnane, membre du CA des Économistes atterrés, Maître de conférences à l’Université Rennes 2 & Dominique Plihon, membre du CA des Économistes atterrés, Professeur d’économie à l’Université Paris 13

D'ici là, retrouvez les analyses et positions des « atterrés » sur le sujet dans les chroniques et articles de notre site http://atterres.org


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Re: Migrations

Message  Copas le Lun 20 Avr - 7:57

Plus de 700 morts dans le naufrage d'un navire de migrants entre l'Afrique du nord et l'Europe, 450 morts la semaine dernière, ce qui n'a pas été répertorié.

L'hémorragie humaine causée par le mur érigé en mer par l'Union Européenne tourne à une gigantesque tragédie.
Des masses soulevées très importantes fuient des régimes fascises et des organisations armées ultra-réactionnaires qui bouleversent leurs vies. A cela se rajoute la connaissance du monde et la volonté de fuir des zones plongées dans la misère et/ou le développement du capitalisme en Afrique, les interventions militaires impérialistes, de puissances régionales et de régimes assoiffés de sang et de fric.

Vouloir identifier une seule cause à ces migrations de plus en plus large est vain. Par contre toutes ces populations qui cherchent à se réfugier là où elles espèrent être à l'abri, respirer et se projeter vers l'avenir, butent sur les murs érigés par l'Union Européenne et les Etats-Nations... et meurent le longe des côtes de l'UE.

Ce n'est que le début.

Par exemple, la moitié de la population syrienne est sur les routes de l'exil interne et externe, plusieurs millions ayant déjà franchi les frontières, fuyant pour l'essentiel un régime fasciste qui continue d'écraser sa population sous des barils d'explosifs et de gaz lâchés par hélicos jetés sur les quartiers populaires des grandes villes, pendant que ce régime laisse rentrer des troupes de Daesh dans le camp palestinien de Yarmouk.
Les tragédies à l’œuvre dont aucune force du mvt ouvrier ne peut se laver les mains demandent d'exiger des états européens de sauver les populations en fuite et de les accueillir.

Cette question en annonce beaucoup d'autres.
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Re: Migrations

Message  MO2014 le Lun 20 Avr - 9:45

Le mur meurtrier de la Méditerranée : L’assassinat institutionnel de masse de l’Union européenne
21 mars 2015
Saïd Bouamama

3419 migrants sont morts en 2014 en tentant de traverser la Méditerranée selon l’agence de Nations-Unies pour les réfugiés(1). Ce chiffre macabre fait de la Méditerranée la frontière la plus meurtrière, le nombre total de décès pour le monde entier étant de 4272. Sur une durée plus longue ce sont plus de 20 000 migrants qui ont perdu la vie depuis l’an 2000. La tendance est de surcroît à une hausse permanente, l’année 2014 ayant battu tous les records en laissant loin derrière le précédent pic qui était de 1500 décès en 2011. Les discours politiques et médiatiques construisent chaque nouveau drame comme des catastrophes imprévisibles sur lesquelles les gouvernements européens n’auraient aucune prise et aucune responsabilité. Le discours de la catastrophe cache un processus d’assassinat de masse de l’Union Européenne.

Les angles morts sur les causes structurelles

Le premier angle mort des discours politiques et médiatiques est celui des causes économiques poussant des dizaines de milliers d’Africains à risquer leurs vies dans des traversées qu’ils savent meurtrières. Depuis les indépendances politiques de la décennie 60, d’autres mécanismes que l’occupation militaire directe sont venus prendre le relais pour assurer la reproduction du « pacte colonial » c’est-à-dire la construction des économies africaines selon les besoins de l’Europe et non selon les besoins des peuples africains. Sans être exhaustif rappelons quelques-uns de ces mécanismes.
Les accords de coopération économique, financière et monétaire que les différents pays européens imposent aux pays africains impliquent une vente des matières premières à des coûts inférieurs à celui du marché mondial et interdisent la taxation des produits importés d’Europe. Prenons l’exemple du dernier accord signé entre l’Union Européenne et les 15 États de l’Afrique de l’Ouest dit « Accord de partenariat économique » (APE). Cet accord interdit la taxation des 11, 9 milliards d’euros de produits importés par l’Union Européenne en 2013. Il met ainsi l’agriculture vivrière locale en concurrence avec l’agriculture industrielle européenne poussant à la misère des centaines de milliers de paysans. Les conséquences coulent de source :
« Cet Accord renforcera une migration massive de populations privées d’avenir dans leur pays, dans une situation où la population d’Afrique de l’ouest fera plus que doubler d’ici 2050, atteignant 807 millions d’habitants (contre 526 millions pour l’UE à la même date), et dans un contexte de réchauffement climatique particulièrement accentué dans cette région.(2) »
Le caractère exploiteur de ces accords est tel que le professeur Chukwuma Charles Soludo, déclare le 19 mars 2012 que l’APE d’Afrique de l’Ouest constitue un (AO) « second esclavage(3). Mais l’APE n’est que la systématisation à grande échelle de logiques de mises en dépendance antérieures comme « l’aide liée » imposant le recours aux entreprises françaises en échange d’un financement de projets d’aménagement, les Plans d’Ajustement Structurel imposant des réformes libérales en échange d’un crédit ou d’un report de remboursement d’une dette, ou pire encore l’institution du Franc CFA qui permet le contrôle des politiques monétaires de la zone franc. Ces causes directes de la paupérisation africaine et de la pression migratoire sont tues par le discours politique et médiatique dominant. Elles démentent l’idée d’une catastrophe imprévisible sur laquelle l’homme n’aurait aucune prise. Le discours médiatique de la catastrophe n’est qu’un processus de masquage des causes économiques structurelles.
Bien sûr de tels mécanismes ne sont possibles que par le recours direct ou indirect à la force allant de l’assassinat des opposants à ces politiques en passant par les coups d’Etats ou les guerres ouvertes. C’est la raison de la fréquence des interventions militaires européennes directes ou indirectes en Afrique. Si la France est la plus présente dans ces aventures guerrières en Afrique c’est sur la base d’une délégation européenne. Face à la montée des puissances émergentes, face à la concurrence économique états-unienne et chinoise, l’Europe mandate ainsi la France pour la défense des intérêts de l’ « Eurafrique » c’est-à-dire pour la consolidation d’un néocolonialisme socialisé à l’échelle de l’Union Européenne. Cette « Eurafrique » économique et militaire est un vieux projet de certaines fractions du capital financier européen. Elle a été freinée par les concurrences entre les différents pays européens qui tendent à être mises au second plan du fait de l’exacerbation de la concurrence liée à la mondialisation capitaliste. Voici comment Aimé Césaire alertait déjà en janvier 1954 sur l’Eurafrique en se trompant uniquement sur la nationalité du soldat :
« Je le répète : le colonialisme n’est point mort. Il excelle, pour se survivre, à renouveler ses formes ; après les temps brutaux de la politique de domination, on a vu les temps plus hypocrites, mais non moins néfastes, de la politique dite d’Association ou d’Union. Maintenant, nous assistons à la politique dite d’intégration, celle qui se donne pour but la constitution de l’Eurafrique. Mais de quelque masque que s’affuble le colonialisme, il reste nocif. Pour ne parler que de sa dernière trouvaille, l’Eurafrique, il est clair que ce serait la substitution au vieux colonialisme national d’un nouveau colonialisme plus virulent encore, un colonialisme international, dont le soldat allemand serait le gendarme vigilant(4).»

Ces guerres directes ou indirectes(5) sont la seconde cause de la pression migratoire. Ce n’est pas seulement pour survivre économiquement que des milliers d’africains risquent leurs vies en méditerranée mais pour fuir les guerres européennes et leurs conséquences en termes d’installation de régimes dictatoriaux ou pire encore le chaos comme en Lybie ou au Congo avec l’installation de « seigneurs de guerres » avec lesquels le commerce peut continuer. Le discours médiatique de la catastrophe masque également la responsabilité européenne vis-à-vis de cette cause des migrations contemporaines.

Si les causes évoquées ci-dessus suffisent pour comprendre la hausse de la pression migratoire, elles ne suffisent pas à expliquer l’augmentation du nombre de décès au cours de la migration. Pour cela il faut orienter le regard vers les réponses de l’Union Européenne à cette pression migratoire. Ces réponses se concrétisent depuis 2005 par l’action de l’agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne (FRONTEX). Le statut d’agence offre une autonomie importante qui a été encore renforcée le 10 octobre 2011 en l’autorisant à posséder désormais son propre matériel militaire. Les moyens financiers mis à disposition de FRONTEX sont en augmentation constante : 19 millions d’euros en 2006 et 88 millions d’euros en 2011(6).
Concrètement l’agence organise des patrouilles militaires afin de refouler les migrants vers des pays voisins d’une part et signe des accords avec des États tiers pour qu’ils fassent barrage en amont sur les candidats à la migration d’autre part. Pour mener à bien sa première mission, l’agence dispose de moyens militaires en constante augmentation mis à disposition par les États membres ou en possession propre : plus d’une quarantaine d’hélicoptères et d’avions, d’une centaine de bateaux et environ 400 unités d’équipement tels que des radars, des sondes, des caméras, etc(7). Nous sommes bien en présence d’une logique de guerre contre les migrants. De tels moyens militaires permettent à l’agence d’assurer en particulier des patrouilles fréquentes dans les eaux territoriales des États membres mais également dans les eaux internationales. La Ligue belge des droits de l’homme décrit à juste titre l’agence comme une « véritable armée au service de la politique migratoire d’une Europe forteresse, menant à armes inégales une guerre aux migrants qui n’ont rien de soldats(Cool ». Cette logique de guerre conduit les candidats à la migration à des prises de risques de plus en plus importantes pour échapper à la surveillance des patrouilles de FRONTEX. La hausse du nombre de décès n’est pas le fait d’une catastrophe imprévisible mais le résultat de décisions prises en toute conscience des conséquences meurtrières.
La seconde mission de FRONTEX consistant en la signature d’accords avec les pays africains riverains de la méditerranée n’est rien d’autre qu’une externalisation du « sale boulot » pour reprendre une expression de la juriste Claire Rodier(9). Les conséquences de cette externalisation sont logiques :
« Cette externalisation qui consiste, pour les Etats européens, à sous-traiter la gestion de l’immigration irrégulière aux pays limitrophes (Maghreb, Europe de l’Est) a plusieurs avantages : d’une part, elle opère un transfert du « sale boulot » (déportations de masse, détentions arbitraires, tortures) dans des pays dont les standards sont moins élevés qu’en Europe, en permettant de s’affranchir des obligations que les lois européennes imposent en matière de respect des droits de l’homme ; d’autre part, elle participe du rapport de dépendance que l’UE entretient avec son voisinage proche. Car, aux pays concernés, on promet, en échange de leur collaboration, le financement d’actions de coopération ou des contreparties de nature politique ou diplomatique(10). »
Aux morts de ma méditerranée, il convient donc d’ajouter les sévices, les brutalités et les morts de la sous-traitance. Ce rôle d’installation des conditions de l’assassinat institutionnel de masse est, bien entendu, absent des reportages que nos médias diffusent à chaque naufrage meurtrier.

Le discours médiatiques sur les passeurs
Ayant occulté les causes structurelles de la hausse de la pression migratoire et les causes de sa traduction en décès dans la méditerranée, il ne reste au discours médiatiques qu’à ne se centrer que sur les passeurs. Ceux-ci seraient les seuls responsables de la situation et la lutte contre les réseaux de passeurs est présentée comme la solution. Le centrage des discours politiques et médiatiques sur les seuls passeurs contribue une nouvelle fois à occulter les véritables raisons des drames réguliers de la méditerranée.
Nous n’avons, bien entendu, aucune sympathie pour ces passeurs. Nous devons néanmoins rappeler que tant qu’il y a une demande de migrants, il y aura une offre de passages clandestins. C’est le propre des politiques qui ne veulent pas s’attaquer aux causes d’un problème social que de n’aborder que l’offre et d’occulter la demande. S’attaquer aux seuls dealers sans s‘interroger sur la demande de « paradis artificiels » d’un nombre grandissant de citoyens, adopter une politique prohibitionniste en matière d’alcool sans s’attaquer aux causes de l’alcoolisation, etc. Les exemples sont nombreux de ces politiques hypocrites prétendant agir sur les conséquences alors que les causes restent occultées.
Confrontés à une hausse des risques de contrôle, les passeurs sont incités à se débarrasser de leurs cargaisons encombrantes le plus tôt possible et par n’importe quel moyen. « De nouveaux éléments recueillis, mardi 16 septembre, par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) sont venus confirmer la thèse selon laquelle ce sont bien les passeurs qui ont volontairement embouti le bateau de centaines de migrants avant que celui-ci ne coule » souligne Elise Vincent dans l’édition du Monde du 16 septembre 2014. Si ces criminels doivent être poursuivis et jugés, il n’en demeure pas moins que de telles pratiques ne sont possibles que parce que la politique européenne en crée les conditions.
Ces mêmes orientations politiques créent une occasion de profit en or pour la mafia par l’exploitation de ceux qui ont pu échapper à la mort. Le journaliste de l’agence Reuter décrit comme suit cette nouvelle « poule aux œufs d’or » de la mafia à Lampedusa :
« Ici, à huit heures de bateau de la Sicile, la mafia fait déjà ses affaires en accueillant des migrants dans des centres exploités par des sociétés privées sur délégation de l’Etat. C’est toujours les mêmes qui gagnent les appels d’offre depuis des années. Un migrant rapporte en subvention une trentaine d’euros par jour. Avec ces dizaines de milliers de migrants, c’est un business en or, plus rentable même que le trafic de drogue, de l’aveu d’un gangster, piégé par des écoutes téléphoniques lors d’une enquête sur la corruption à Rome. Ce qui est vrai dans la capitale sera vrai partout en Italie. Une illustration de cette organisation, c’est le scenario, toujours le même, qui précède les secours. A bord des rafiots pourris partis de Libye, il n’y a rien à manger ou à boire, pas d’essence, mais un téléphone satellitaire pour appeler au secours. Un équipement bien trop coûteux pour les passeurs. A terre, les migrants fournissent une main d’œuvre à bon marché. Dans l’agriculture pour les hommes, dans la prostitution pour les femmes. Un véritable trafic d’esclaves, et les esclavagistes sont Africains et Italiens(11). »

Les travaux de recherche sur les discriminations considèrent qu’une des formes de celles-ci est la discrimination systémique c’est-à-dire étant la conséquence d’un système et non d’une décision volontaire de discriminer. Nous pouvons emprunter le même concept en ce qui concerne les morts de la méditerranée. Certes l’assassinat de ces migrants n’est pas direct. Il est en revanche le résultat inéluctable des politiques de l’Union Européenne tant dans sa politique africaine que dans sa politique migratoire, tant dans la hausse de la pression migratoire que dans sa traduction en décès à grande échelle.

Notes

(1) http://www.unhcr.fr/54871a45c.html,
(2) Communiqué de presse, Non à la signature de l’Accord de Partenariat Économique UE-Afrique de l’Ouest par le Conseil de l’Union européenne !, 11 décembre 2014, http://www.solidarite.asso.fr/IMG/p…,

(3) Jacques Berthelot, Il est urgent d’arrêter d’imposer les APE, 16 janvier 2013, http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/po…,

(4) Aimé Césaire, Le colonialisme n’est pas mort, La nouvelle critique, n° 51, janvier 1954, p. 28.

(5) Conférer pour aller plus loin, Raphaël Granvaud, Que fait l’armée française en Afrique, Agone, Marseille, 2009.
(6) Frontex, le bras armé de l’Europe Forteresse, demain le Monde, n° 18, mars-avril 2013.

(7) Ibid.
(Cool Frontex : guerre aux migrants » – le document audio, http://www.liguedh.be/les-fichiers-…,

(9) Claire Rodier, Xénophobie Business, à quoi servent les contrôles migratoires, La Découvertes, Paris, 2012.
(10) Interview de Claire Rodier dans Libération du premier octobre 2012.
(11) Antonio Parrinello, Reuters du 17 janvier 2015.

MO2014

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Re: Migrations

Message  Copas le Mar 21 Avr - 0:01

Tract du NPA :

La fermeture des frontières tue !


Ce dimanche 19 avril, 700 personnes ont péri  en essayant de traverser la Méditerranée. La semaine précédente, le 12 avril, ils étaient 400. Depuis des centaines d'autres sont en danger.

Selon un rapport du Haut Comité des Réfugiés (HCR) plus de 207 000 migrants, dont une part importante de mineurs seuls, ont tenté la traversée de la Méditerranée en 2014. 3419 d'entre eux  y ont perdu la vie soit 5 fois plus qu'en 2013..

Cette hécatombe n’est en rien une fatalité.

La politique criminelle de l’Union européenne

L'explosion du nombre de candidats à la traversée résulte de la misère et de la guerre dans les régions de départ, au Moyen-Orient en Afrique sub-saharienne de l'Est ou en Afghanistan.

Elle s'explique aussi par l'infamie de la politique européenne. Les  États européens  prétendent agir pour réduire les naufrages et sauver des vies,mais ne font que verrouiller, avec la politique des visas, l’aide de l’agence Frontex ou du système de surveillance Eurosur, l’accès à leur territoire.

La fin de l’opération « Mare Nostrum », programme de sauvetage italien depuis le naufrage de Lampedusa, et son remplacement par une patrouille  européenne qui n’a pas pour mission première de sauver mais de surveiller (l'opération « Triton » placée sous l'égide de l'agence européenne FRONTEX), réduit encore un peu plus la politique européenne à une simple surveillance passive, donc complice. Un laisser-faire criminel. Rien ne pourra empêcher des dizaines de milliers d’êtres humains de fuir les souffrances de la misère et de la guerre dont les grandes puissances portent une lourde responsabilité. Face au désespoir, rien n'est dissuasif.

Liberté de circulation pour toutes et tous


Les gouvernants européens, Hollande en tête,  dénoncent les passeurs qualifiés de "terroristes". Mais les migrantEs ne recourraient pas aux services des passeurs au péril de leur vie s’ils pouvaient voyager de façon régulière si les visas ne leur étaient pas refusés, s'ils pouvaient circuler librement.

C'est toute la politique de non-asile qui doit changer radicalement en donnant l'absolue priorité à la protection, à la sécurité, à la santé des migrantEs. Ce qui suppose d'en finir avec Frontex et d'assurer le droit d’asile à celles et ceux qui fuient les guerres, la misère, la répression, les catastrophes climatiques...

Pour le directeur de Frontex "Il faut envoyer un signal à ceux qui ne sont pas des demandeurs d’asile et qui sont des migrants en situation irrégulière".  C'est donc bien avec cette politique qu'il faut en finir.  Ils l'appellent immigration « choisie », elle est choisie en fonction des intérêts du patronat pour lui fournir un prolétariat au rabais. Le racisme ne servant qu'à légitimer la surexploitation et les discriminations.

La liberté de circulation et d’installation, l'égalité des droits  pour  toutes et tous dans les différents pays de l’UE c'est le combat que doivent mener ensemble celles et ceux qui sont indignéEs  par les drames de la Méditerranée, en rupture avec la logique  capitaliste qui met les peuples et les travailleurs en concurrence les uns et les autres pour accroître les profits.
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Message  MO2014 le Mar 21 Avr - 13:25

Frantz Fanon : « Les nations européennes se vautrent dans l’opulence la plus ostentatoire. Cette opulence européenne est littéralement scandaleuse car elle a été bâtie sur le dos des esclaves, elle s’est nourrie du sang des esclaves, elle vient en droite ligne du sol et du sous-sol de ce monde sous-développé. Le bien-être et le progrès de l’Europe ont été bâtis avec la sueur et les cadavres des Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes. Cela nous décidons de ne plus l’oublier.

Le colonialisme et l’impérialisme ne sont pas quitte avec nous quand ils ont retiré de nos territoires leurs drapeaux et leurs forces de police. Pendant des siècles les capitalistes se sont comportés dans le monde sous-développé comme de véritables criminels de guerre. Les déportations, les massacres, le travail forcé, l’esclavagisme ont été les principaux moyens utilisés par le capitalisme pour augmenter ses réserves d’or et de diamants, ses richesses et pour établir sa puissance. Il y a peu de temps, le nazisme a transformé la totalité de l’Europe en véritable colonie. Les gouvernements des différentes nations européennes ont exigé des réparations et demandé la restitution en argent et en nature des richesses qui leur avaient été volées […]. Pareillement nous disons que les États impérialistes commettraient une grave erreur et une justice inqualifiable s’ils se contentaient de retirer de notre sol les cohortes militaires, les services administratifs et d’intendance dont c’était la fonction de découvrir des richesses, de les extraire et de les expédier vers les métropoles. La réparation morale de l’indépendance nationale ne nous aveugle pas, ne nous nourrit pas. La richesse des pays impérialistes est aussi notre richesse. […] L’Europe est littéralement la création du tiers monde. »

(Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 94)

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Re: Migrations

Message  verié2 le Mar 21 Avr - 16:26

Edito de L'Etincelle (Fraction du NPA - Le tract central du NPA est très bien aussi de même que l'édito de LO.)

Contre leur Europe des barbelés et des victimes par milliers, Travailleurs de tous les pays, unissons-nous !

Dans la nuit de samedi à dimanche, un chalutier qui transportait plus de 700 personnes a chaviré au large des côtes libyennes. Seuls 28 rescapés ont pu être recueillis par un navire marchand, envoyé sur place suite à l'appel à l'aide reçu par les garde-côtes italiens. Ce drame aura donc fait au moins 700 victimes, qui s'ajoutent aux plus de 450 morts et disparus des deux précédents naufrages en Méditerranée la semaine dernière.  Gouvernements européens responsables Ceux que les médias appellent des « migrants » sont des hommes, mais aussi de plus en plus de femmes et d'enfants, de familles qui fuient la misère et la guerre dans de nombreux pays. Ils tentent au péril de leur vie d'atteindre l'Europe. Les risques encourus lors de ces voyages permettent de mesurer le niveau d'horreur de ce qu'ils fuient : guerre civile en Syrie, dictature en Érythrée, chaos total en Libye ou Somalie, et maintenant au Yémen où l'on compte des centaines de milliers de déplacés. Toutes ces guerres étant au bout du compte engendrées par l'exploitation et la misère que le système capitaliste fait régner sur la planète, tout particulièrement au Moyen Orient et en Afrique. Les dirigeants européens pointent du doigt les « passeurs » sans scrupules qui embarquent ces désespérés sur des embarcations de fortune en échange de milliers d'euros. C'est pourtant la politique de l'Union Européenne qui rend possible leur rapacité et leur toute puissance vis-à-vis des migrants. Le droit d'asile, qui fait prétendument partie des « valeurs » de l'Europe, n'existe pas. L'Union Européenne ne cesse de renforcer la surveillance de ses frontières extérieures, il est de plus en plus difficile d'y entrer légalement. Face à ce verrouillage, les personnes qui veulent l'atteindre prennent donc de plus en plus de risques. Même l'obligation du secours en mer est remise en cause. L'alarmante hausse des noyés coïncide avec la fin, en octobre dernier, du dispositif Mare Nostrum. Mis en place par la marine italienne, il avait permis le sauvetage de 150 000 personnes en un an. Mais l'Union Européenne a refusé de participer aux frais et lui a substitué le dispositif Triton, encadré par l'agence Frontex (dispositif policier européen de surveillance des frontières, dont le but n'est pas de sauver des vies humaines mais au contraire de les mettre en péril par des blocages).

Diviser pour mieux régner... et exploiter

Depuis de nombreuses années, les partis au pouvoir en Europe mènent des politiques xénophobes, laissant croire que l'arrivée d'immigrés serait la cause de l'aggravation de la crise économique. Rien n'est plus faux. Du travail et des choses utiles à produire, il y en aurait pour bien plus de monde encore, si l'on produisait pour les besoins de tous et non pour les profits de quelques-uns. Mais du Front national au PS, en passant par l'UMP, tous nous mentent en nous montrant du doigt les immigrés, en ciblant ceux-là ou ceux-ci parmi les derniers arrivés, et ce faisant en encourageant le racisme. L'Europe serait assiégée ? Mais regardons la France par exemple qui, dans sa grande « générosité », n'a accueilli que 1 000 réfugiés syriens depuis le début du conflit, tandis que les pays frontaliers de la Syrie en ont accueillis plus de trois millions. Ils veulent surtout monter les travailleurs les uns contre les autres, pour masquer la réalité : c'est le capitalisme qui est responsable de la montée du chômage et de la pauvreté. Actionnaires des grands trusts, millionnaires et milliardaires continuent de s'enrichir, où qu'ils soient dans le monde. Pour eux et pour leur argent, pas de frontières, c'est la libre circulation... et la libre exploitation de l'écrasante majorité d'entre nous. C'est leur âpreté aux gains, leur course aux matières premières à commencer par le pétrole, qui causent les guerres, auxquelles s'ajoute la ténacité des Hollande et autres à aider leurs dictateurs amis à anéantir sous les bombes les espoirs des révolutions arabes de ces dernières années.  

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Re: Migrations

Message  MO2014 le Mer 22 Avr - 10:14



Dans l’exposition d’esquisses cartographiques « Cartes en colère », présentée à la Maison des métallos à Paris en octobre 2012, une petite série de documents proposaient une vision - sous différents angles - de la question migratoire dans le monde : quatre esquisses pour tenter de montrer la « véritable stratégie de guerre » mise en œuvre par les pays riches pour contenir les « envahisseurs ».

à lire en entier ici : http://visionscarto.net/mourir-aux-portes-de-l-europe

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Re: Migrations

Message  MO2014 le Lun 7 Sep - 22:30


Le danger d’assimiler trafic de migrants et traite humaine

Assimiler les passeurs à des trafiquants d’êtres humains est une tactique délibérée de la part des décideurs politiques pour gérer l’émigration comme s’il s’agissait d’un acte criminel

L’Union européenne a répondu à la crise des migrants en Méditerranée en criminalisant l’émigration et en proposant une solution militaire pour mettre un terme aux décès de migrants dus à des noyades. L’Europe a légitimé cette politique catastrophique en assimilant les passeurs à des trafiquants d’êtres humains, une tactique délibérée de la part des décideurs politiques pour gérer l’émigration comme s’il s’agissait d’un acte criminel.

La politique proposée par l’Union européenne consistant à attaquer les bateaux de réfugiés en faisant usage de la force militaire a rencontré une forte opposition, près de 550 spécialistes de l’esclavage et de l’émigration ont récemment signé une lettre ouverte condamnant le programme, mais la critique de la réponse européenne à la crise doit également se concentrer sur la justification de l’approche à un niveau politique.

Au cœur de celle-ci, l’Union européenne a justifié son programme d’action militarisé en assimilant le « trafic de migrants » à la « traite d’êtres humains » - les deux termes ayant été régulièrement utilisés de manière interchangeable par les hauts responsables politiques au cours des derniers mois.

Une déclaration issue de la réunion extraordinaire du Conseil européen le 23 avril évoque le fait de « lutter contre les trafiquants pour prévenir les flux de migration clandestine ». Le Premier ministre italien, Matteo Rinzi, a comparé les trafiquants d’êtres humains à des marchands d’esclaves, une comparaison risible car il n’existe aucune similitude hormis l’implication d’une mer et d’un bateau dans les deux situations.

Cependant, un mois plus tard la Commission européenne a changé sa formulation, et une déclaration adoptée le 13 mai mentionnait « la lutte contre le trafic de migrants comme étant une priorité ». Le terme « trafic » apparaît également dans une fiche d’informations portant sur l’émigration publiée le 27 mai.

Le fait que les termes « trafic » et « traite » aient été utilisés pour décrire la même crise est probablement un choix conscient de la part de ceux qui exercent une influence dans les coulisses du pouvoir.

Il est difficile de croire que les hauts responsables de Bruxelles, majoritairement des avocats, ne comprennent pas que le trafic et la traite ne sont pas équivalents sur le plan juridique. Le trafic est un phénomène consensuel, tandis que la traite implique une coercition, et une relation entre un trafiquant et un migrant qui s’étend au-delà du passage des frontières.

Les différences entre les termes se sont cependant resserrées ces derniers temps puisqu’il a été constaté que les passeurs se rendaient coupables de nombreux actes de violence contre les migrants, y compris de viols, de kidnappings et de chantages, tout cela au nom du profit. Néanmoins, il subsiste une distinction claire entre le trafic et la traite.

La raison qui se cache derrière le fait que l’Union européenne associe le trafic de migrants et la traite d’êtres humains peut constituer une tentative qui vise à priver les migrants de tout pouvoir ; le discours dominant relatif à l’émigration décrit ceux qui se déplacent comme étant des criminels ou des victimes.

Dans cette narration, le passeur endosse le rôle du méchant, faisant du migrant une victime impuissante incapable de prendre ses propres décisions, dupée pour se lancer dans un voyage dangereux. Ce qu’on oublie, c’est que les personnes qui franchissent les limites sont préparées à prendre tous les risques nécessaires pour sauver ou pour améliorer leurs vies et celles de leurs familles.

De ce fait, l’Europe criminalise l’acte même de fuir des crises politiques et économiques sérieuses. L’émigration est dépeinte comme un crime afin d’être gérée comme une question de droit et d’ordre, et de ce fait exercer un contrôle et une surveillance - et dans ce cas, même une action militaire - remplacent l’assistance et la fourniture d’une procédure d’asile équitable.

En vérité, l’Union européenne ne dispose pas d’une connaissance approfondie des réseaux de passeurs. Les migrants et les réfugiés africains à qui j’ai parlé à Malte ont souligné le fait que les passeurs libyens qui facilitaient leur passage des frontières travaillent en très étroite collaboration avec des associés corrompus occupant des postes officiels très haut placés et avec lesquels ils partageaient des liens familiaux, tribaux, ainsi que des liens de clans.

J’ai entendu des histoires sur des violations des droits de l’homme sur le trajet me menant vers la Libye, mais selon mes sources, ceux qui gèrent l'embarquement sur les bateaux en Libye - les bateaux qui seront détruits dans le cadre du programme Nafor Med de l’UE - sont des passeurs, et pas des trafiquants. Ces personnes comblent simplement le vide créé par des exigences strictes en matière de visas, comme l’accord de responsabilité du transporteur et d’autres mesures visant à empêcher les gens de partir vers un continent européen plus stable et plus sûr.

Perturber les réseaux des passeurs ne fera que contribuer à augmenter les dangers liés au fait de traverser la Méditerranée tout comme ce fut le cas avec la militarisation de la lutte antidrogue : il est probable que les prix des passeurs augmentent, ce qui exposera alors les émigrants à un risque plus élevé en termes d’abus.

Si les prix sont plus élevés, il est alors plus probable qu’un passeur finisse par devenir un trafiquant, effectivement ceux qui n’ont pas l’argent nécessaire pour payer le voyage peuvent être forcés de rembourser la dette après leur arrivée en Europe et d’accepter des travaux forcés. Les migrants peuvent également être kidnappés et retenus en otages par les passeurs qui demandent de fortes rançons à leurs familles, exactement comme dans la péninsule du Sinaï en Egypte où les Érythréens sont retenus captifs par des tribus bédouines.

Etant donné l’instabilité en Libye, il est possible que ces scénarios deviennent encore plus sombres avec des groupes de différentes milices et le groupe autoproclamé Etat islamique profitant tous des migrants désespérés essayant d’atteindre l’Europe en partant de leurs côtes.

Evidemment, les passeurs ne sont pas des hommes d’affaires jouant les Robin des Bois - volant les riches pour donner aux pauvres -, mais en réalité, les réseaux de passeurs ont été créés afin de répondre aux politiques européennes portant sur l’émigration. En fait, les passeurs aident des personnes à fuir des guerres, des persécutions politiques et une pauvreté extrême en l’absence de canaux de distribution légaux et sûrs vers l’Europe.

Si l’Europe souhaite sincèrement aider ceux qui se déplacent, au lieu de prétendre être le noble sauveur combattant des « marchands d’esclaves » démoniaques, elle devra proposer des alternatives à ces itinéraires mortels. Le fait d’avoir recours à des comparaisons inexactes et émotives se révélera totalement inutile pour mettre un terme à cette crise - l’évocation des marchands d’esclaves par l’Union européenne étant également quelque peu ironique étant donné l’histoire coloniale de l’Europe.

Les termes associés à l’esclavage ne prennent pas en compte le rôle des contrôles de l’immigration dans la crise des migrants. Il semble que la préposition derrière le programme européen sur l’émigration vise à baisser le nombre de personnes atteignant l’Europe. L’objectif ne consiste pas à protéger les réfugiés de facto (par opposition aux réfugiés « de jure », c’est-à-dire les réfugiés reconnus sur un plan légal), mais de « protéger » une société d’accueil des réfugiés.

Sur un plan politique, le programme militaire est plus attrayant que des programmes de réinstallation et de relogement, car l’Europe est tout simplement réticente ne serait-ce qu’au fait d’examiner les demandes d’asile de ceux ayant survécu à la traversée. Cette approche fait penser à un commentaire du ministre de l’Intérieur de l’époque, Jack Straw, qui, dans une allocution remontant à 2001, s’était plaint du fait que : « Des milliers de migrants aspirants profitent d’un aspect de la Convention [de Genève], à savoir que cette dernière impose aux Etats une obligation d’étudier toute demande d’asile déposée sur leur territoire, cette dernière soit-elle justifiée ou non ».

Le problème ici réside dans le fait qu’il est impossible de déterminer si une demande d’asile est sans fondement à moins de la voir. Et pour ce faire, les demandeurs d’asile doivent arriver en Europe en vie et, dans l’état actuel des choses, s’en remettre à des réseaux de passeurs.

http://www.middleeasteye.net/node/44345

MO2014

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