Jean-Paul Sartre

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Re: Jean-Paul Sartre

Message  mykha le Ven 7 Fév - 11:00

Pour te prouver que je ne "pratique pas le déni", je peux te dire que je suis globalement d'accord avec ce que tu dis ci-dessus et qui est beaucoup plus honnête que tes formulations antérieures (déviationnisme, collaboration avec l'ennemi de classe) qui avaient une connotation volontairement polémique.
Imaginons qu'un Mandel ait, en vieillissant, basculé dans l'autre camp, les mots que tu emploies auraient pu avoir du sens. C'était en effet un intellectuel engagé réellement dans le combat de la classe ouvrière et, à sa façon, dans la lutte pour la reconstruction de partis révolutionnaires.
Ce que je voulais dire, c'est qu'on ne peut pas dévier d'un engagement que l'on n'a pas, ou collaborer avec un ennemi de la classe dont on n'a pas réellement épousé la cause en militant pour elle.
Pour rompre réellement avec la classe dominante, l'intellectuel bourgeois ou petit-bourgeois doit effectivement se mettre au service de "l'autre classe" . Et ce n'est pas le cas des intellectuels dont nous parlions.

Pour revenir aux assertions de Copas, on peut dire effectivement que les Rousseau, Voltaire ou Diderot ont eu une réelle influence, un poids, sur la bourgeoisie révolutionnaire du XVIIIeme siècle et sur ses dirigeants et militants.
Et si un Hugo a pu avoir une influence politique au XIXeme siècle, c'est encore sur cette bourgeoisie républicaine contre la bourgeoisie réactionnaire....et contre le prolétariat armé, menaçant la dictature bourgeoise.
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Re: Jean-Paul Sartre

Message  gérard menvussa le Ven 7 Fév - 22:57

Imaginons qu'un Mandel ait, en vieillissant, basculé dans l'autre camp, les mots que tu emploies auraient pu avoir du sens. C'était en effet un intellectuel engagé réellement dans le combat de la classe ouvrière et, à sa façon, dans la lutte pour la reconstruction de partis révolutionnaires.
Mandel n'était pas plus un "intelectuel" que disons Barcia (qui n'était pas plus un "militant ouvrier")
Rousseau, Voltaire ou Diderot ont eu une réelle influence, un poids, sur la bourgeoisie révolutionnaire du XVIIIeme siècle et sur ses dirigeants et militants.
Et si un Hugo a pu avoir une influence politique au XIXeme siècle, c'est encore sur cette bourgeoisie républicaine contre la bourgeoisie réactionnaire....et contre le prolétariat armé, menaçant la dictature bourgeoise.

Victor hugo avait autant (sinon plus) d'influence sur le "prolétariat républicain" hégémonique en son temps que sur la bourgeoisie de la même couleur.
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Re: Jean-Paul Sartre

Message  Babel le Sam 8 Fév - 8:18

gérard menvussa a écrit:
Victor hugo avait autant (sinon plus) d'influence sur le "prolétariat républicain" hégémonique en son temps que sur la bourgeoisie de la même couleur.
Oui, enfin... Totor est grand et la girouette est son prophète : entre le fusilleur des barricades de 48 et l'auteur des Misérables, entre l'acolyte du futur Napoléon III et son contempteur grandiloquent, entre le Prudhomme flétrissant l'action de la Commune et le défenseur des victimes de la répression versaillaise, se dessine un parcours qui n'a de remarquable que la fréquence de ses volte-face.

Laissant de côté les élucubrations panglossiennes d'aucuns (*), j'aurais voulu parler de ce qui m'avait fait réagir le plus vivement à la lecture de ce fil : l'avis émis par Byrrh sur Bourdieu. Celui-ci me semble particulièrement injuste et manifester une réelle mésestimation de l'importance de son travail. Le temps me manque.

J'ai juste celui, avant d'y revenir plus longuement, de poster ce texte d'Annie Ernaux, paru peu après la mort de celui-ci : il dit en des termes plus justes que je ne saurais le faire tout ce que nous devons à l'activité de ce chercheur-militant :

Bourdieu : le chagrin.
Annie Ernaux. LE MONDE, 05.02.02.
http://www.homme-moderne.org/societe/socio/bourdieu/mort/aernau.html

La manière dont la mort de Pierre Bourdieu a été annoncée et commentée dans les médias, le 24 janvier, à la mi-journée, était instructive. Quelques minutes en fin de journal, insistance - comme s'il s'agissait de l'alliance incongrue, désormais impensable, de ces deux mots - sur "l'intellectuel engagé". Par-dessus tout, le ton des journalistes révélait beaucoup : celui du respect éloigné, de l'hommage distant et convenu. A l'évidence, par-delà le ressentiment qu'ils avaient pu concevoir vis-à-vis de celui qui avait dénoncé les règles du jeu médiatique, Pierre Bourdieu n'était pas des leurs. Et le décalage apparaissait immense entre le discours entendu et la tristesse, qui, au même moment, envahissait des milliers de gens, des chercheurs et des étudiants, des enseignants, mais aussi des hommes et des femmes de tous horizons, pour qui la découverte des travaux de Pierre Bourdieu a constitué un tournant dans leur perception du monde et dans leur vie.

Lire dans les années 1970 Les Héritiers, La Reproduction, plus tard La Distinction, c'était - c'est toujours - ressentir un choc ontologique violent. J'emploie à dessein ce terme d'ontologique : l'être qu'on croyait être n'est plus le même, la vision qu'on avait de soi et des autres dans la société se déchire, notre place, nos goûts, rien n'est plus naturel, allant de soi dans le fonctionnement des choses apparemment les plus ordinaires de la vie.
Et, pour peu qu'on soit issu soi-même des couches sociales dominées, l'accord intellectuel qu'on donne aux analyses rigoureuses de Bourdieu se double du sentiment de l'évidence vécue, de la véracité de la théorie en quelque sorte garantie par l'expérience : on ne peut, par exemple, refuser la réalité de la violence symbolique lorsque, soi et ses proches, on l'a subie.

Il m'est arrivé de comparer l'effet de ma première lecture de Bourdieu à celle du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, quinze ans auparavant : l'irruption d'une prise de conscience sans retour, ici sur la condition des femmes, là sur la structure du monde social. Irruption douloureuse mais suivie d'une joie, d'une force particulières, d'un sentiment de délivrance, de solitude brisée.

Cela me reste un mystère et une tristesse que l'œuvre de Bourdieu, synonyme pour moi de libération et de "raisons d'agir" dans le monde, ait pu être perçue comme une soumission aux déterminismes sociaux. Il m'a toujours semblé au contraire que, mettant au jour les mécanismes cachés de la reproduction sociale, en objectivant les croyances et processus de domination intériorisés par les individus à leur insu, la sociologie critique de Bourdieu défatalise l'existence. En analysant les conditions de production des œuvres littéraires et artistiques, les champs de luttes dans lesquelles elles surgissent, Bourdieu ne détruit pas l'art, ne le réduit pas, il le désacralise simplement, il en fait ce qui est beaucoup mieux qu'une religion, une activité humaine complexe. Et les textes de Bourdieu ont été pour moi un encouragement à persévérer dans mon entreprise d'écriture, à dire, entre autres, ce qu'il nommait le refoulé social.

Le refus opposé, avec une extrême violence parfois, à la sociologie de Pierre Bourdieu vient, me semble-t-il, de sa méthode et du langage qui lui est lié. Venu de la philosophie, Bourdieu a rompu avec le maniement abstrait des concepts qui la fonde, le beau, le bien, la liberté, la société, et donné à ceux-ci des contenus étudiés concrètement, scientifiquement. Il a dévoilé ce que signifiaient dans la réalité le beau quand on est agriculteur ou professeur, la liberté si l'on habite la cité des 3 000, expliqué pourquoi les individus s'excluent eux-mêmes de ce qui, de façon occulte, les exclut de toute façon.

Comme dans la philosophie et, le meilleur des cas, la littérature, c'est encore et toujours de la condition humaine qu'il s'agit, mais non d'un homme en général, des individus tels qu'ils sont inscrits dans le monde social. Et si un discours abstrait, au-dessus des choses, ou prophétique, ne dérange personne, il n'en est pas de même dès lors qu'on donne le pourcentage écrasant d'enfants issus de milieux dominants intellectuellement ou économiquement dans les grandes écoles, qu'on révèle de manière rigoureuse les stratégies du pouvoir, ici et maintenant aussi bien chez les universitaires (Homo academicus) que dans les médias.

Question de langage ; substituer, par exemple, à "milieux, gens, modestes" et "couches supérieures" les termes de "dominés" et "dominants", c'est changer tout : à la place d'une expression euphémisée et quasi naturelle des hiérarchies, c'est faire apparaître la réalité objective des rapports sociaux.

Le travail de Bourdieu, acharné comme Pascal à détruire les apparences, à rendre manifeste le jeu, l'illusion, l'imaginaire social, ne pouvait que rencontrer des résistances dans la mesure où il contient des ferments de subversion, où il débouche sur une transformation du monde, dont l'ouvrage qu'il a dirigé avec son équipe de chercheurs, le plus connu, montre la misère.

Si, avec la mort de Sartre, j'ai pu avoir le sentiment que quelque chose était achevé, intégré, que ses idées ne seraient plus actives, qu'il basculait, en somme, dans l'histoire, il n'en va pas de même avec Pierre Bourdieu. Si nous sommes tant à éprouver le chagrin de sa perte - j'ose, ce que je fais rarement, dire "nous", en raison de l'onde fraternelle qui s'est propagée spontanément à l'annonce de sa mort - nous sommes aussi nombreux à penser que l'influence de ses découvertes et de ses concepts, de ses ouvrages, ne va cesser de s'étendre. Comme ce fut le cas pour Jean-Jacques Rousseau, à propos de qui je ne sais lequel de ses contemporains s'insurgeait de ce que son écriture rendît le pauvre fier.


(* Tel Dogante qui, s'autorisant de son avis autorisé sur l'ensemble la production philosophique et intellectuelle du siècle dernier, nous assène magistralement le résultat de sa patiente expertise : " hors Lénine, point de salut". Merci bien.)

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Sur le rôle de l’intellectuel

Message  Babel le Lun 10 Fév - 7:41

Compilation réalisée par Le Monde Diplomatique - mai 2006.

Nizan : contre les chiens de garde
Que font les penseurs de métier au milieu de ces ébranlements ? Ils gardent encore leur silence. Ils n’avertissent pas. Ils ne dénoncent pas. Ils ne sont pas transformés. Ils ne sont pas retournés. L’écart entre leur pensée et l’univers en proie aux catastrophes grandit chaque semaine, chaque jour, et ils ne sont pas alertés. Et ils n’alertent pas. L’écart entre leurs promesses et la situation des hommes est plus scandaleux qu’il ne fut jamais. Et ils ne bougent point. Ils restent du même côté de la barricade. Ils tiennent les mêmes assemblées, publient les mêmes livres. Tous ceux qui avaient la simplicité d’attendre leurs paroles commencent à se révolter, ou à rire.
(Paul Nizan, Les Chiens de garde, réédité par Agone, Marseille, 1998.)

Foucault : l’intellectuel spécifique
Pendant longtemps, l’intellectuel dit « de gauche » a pris la parole et s’est vu reconnaître le droit de parler en tant que maître de vérité et de justice. On l’écoutait, ou il prétendait se faire écouter comme représentant de l’universel. Être intellectuel, c’était être un peu la conscience de tous. (...) Il y a bien des années qu’on ne demande plus à l’intellectuel de jouer ce rôle. (...) Les intellectuels ont pris l’habitude de travailler non pas dans l’universel, l’exemplaire, le juste-et-le-vrai-pour-tous, mais dans des secteurs déterminés, en des points précis où les situaient soit leurs conditions de travail, soit leurs conditions de vie (le logement, l’hôpital, l’asile, le laboratoire, l’université, les rapports familiaux ou sexuels). Ils y ont gagné à coup sûr une conscience beaucoup plus concrète et immédiate des luttes. Et ils ont rencontré là des problèmes qui étaient spécifiques, non universels, différents souvent de ceux du prolétariat ou des masses. Et cependant, ils s’en sont rapprochés, je crois pour deux raisons : parce qu’il s’agissait de luttes réelles, matérielles, quotidiennes, et parce qu’ils rencontraient souvent, mais dans une autre forme, le même adversaire que le prolétariat, la paysannerie ou les masses (les multinationales, l’appareil judiciaire et policier, la spéculation immobilière) ; c’est ce que j’appellerais l’intellectuel spécifique par opposition à l’intellectuel universel.
(Michel Foucault, Dits et écrits II, 1976-1988, Gallimard, Paris, 2001.)

Bourdieu : l’intellectuel collectif
Nombre de travaux historiques ont montré le rôle qu’ont joué les think tanks dans la production et l’imposition de l’idéologie néolibérale qui gouverne aujourd’hui le monde ; aux productions de ces think tanks conservateurs, groupements d’experts appointés par les puissants, nous devons opposer les productions de réseaux critiques, rassemblant des « intellectuels spécifiques » (au sens de Foucault) dans un véritable intellectuel collectif capable de définir lui-même les objets et les fins de sa réflexion et de son action, bref autonome. Cet intellectuel collectif peut et doit remplir d’abord des fonctions négatives, critiques, en travaillant à produire et à disséminer des instruments de défense contre la domination symbolique qui s’arme aujourd’hui, le plus souvent, de l’autorité de la science ; fort de la compétence et de l’autorité du collectif réuni, il peut soumettre le discours dominant à une critique logique qui s’en prend notamment au lexique (« mondialisation », « flexibilité », etc.), mais aussi à l’argumentation (...) ; il peut aussi le soumettre à une critique sociologique, qui prolonge la première, en mettant à jour les déterminants qui pèsent sur les producteurs du discours dominant (à commencer par les journalistes, économiques notamment) et sur leurs produits ; il peut enfin opposer une critique proprement scientifique à l’autorité à prétention scientifique des experts, surtout économiques.
Mais il peut aussi remplir une fonction positive, en contribuant à un travail collectif d’invention politique. L’effondrement des régimes de type soviétique et l’affaiblissement des partis communistes dans la plupart des nations (...) ont libéré la pensée critique. Mais la doxa néolibérale a rempli toute la place laissée ainsi vacante et la pensée critique s’est réfugiée dans le « petit monde » académique, où elle s’enchante elle-même d’elle-même, sans être en mesure d’inquiéter qui que ce soit en quoi que ce soit.
Toute la pensée politique critique est donc à reconstruire, et elle ne peut pas être l’œuvre d’un seul, maître à penser livré aux seules ressources de sa pensée singulière, ou porte-parole autorisé par un groupe ou une institution pour porter la parole supposée des gens sans parole. C’est là que l’intellectuel collectif peut jouer son rôle, irremplaçable, en contribuant à créer les conditions sociales d’une production collective d’utopies réalistes.
(Pierre Bourdieu, Contre-Feux 2, Raisons d’agir, Paris, 2001.)

Sartre : ne plus dialoguer avec la bourgeoisie
En 1972, Jean-Paul Sartre explique pourquoi lui, « intellectuel bourgeois », a accepté de prendre la direction d’un périodique maoïste, La Cause du peuple, dont les précédents responsables de publication ont été condamnés. Dès lors que ce journal « ne s’adresse pas au lecteur bourgeois », Sartre doit dénouer cette contradiction.

(...) La bourgeoisie s’est toujours méfiée – à raison – des intellectuels. Mais elle s’en méfie comme d’êtres étranges qui sont issus de son sein. La plupart des intellectuels, en effet, sont nés de bourgeois qui leur ont inculqué la culture bourgeoise. Ils apparaissent comme gardiens et transmetteurs de cette culture. De fait, un certain nombre de techniciens du savoir pratique se sont, tôt ou tard, faits leurs chiens de garde, comme a dit Nizan. Les autres, ayant été sélectionnés, demeurent élitistes même quand ils professent des idées révolutionnaires. Ceux-là, on les laisse contester : ils parlent le langage bourgeois. Mais doucement on les tourne et, le moment venu, il suffira d’un fauteuil à l’Académie française ou d’un prix Nobel ou de quelque autre manœuvre pour les récupérer. C’est ainsi qu’un écrivain communiste peut exposer actuellement les souvenirs de sa femme à la Bibliothèque nationale et que l’inauguration de l’exposition est faite par le ministre de l’éducation nationale.
Cependant il est des intellectuels – j’en suis un – qui, depuis 1968, ne veulent plus dialoguer avec la bourgeoisie. En vérité, la chose n’est pas si simple : tout intellectuel a ce qu’on appelle des intérêts idéologiques. Par quoi on entend l’ensemble de ses œuvres, s’il écrit, jusqu’à ce jour. Bien que j’aie toujours contesté la bourgeoisie, mes œuvres s’adressent à elle, dans son langage, et – au moins dans les plus anciennes – on y trouverait des éléments élitistes. Je me suis attaché, depuis dix-sept ans, à un ouvrage sur Flaubert qui ne saurait intéresser les ouvriers car il est écrit dans un style compliqué et certainement bourgeois. Aussi les deux premiers tomes de cet ouvrage ont été achetés et lus par des bourgeois réformistes, professeurs, étudiants, etc. Ce livre qui n’est pas écrit par le peuple ni pour lui résulte des réflexions faites par un philosophe bourgeois pendant une grande partie de sa vie. J’y suis lié. Deux tomes ont paru, le troisième est sous presse, je prépare le quatrième. J’y suis lié, cela veut dire : j’ai 67 ans, j’y travaille depuis l’âge de 50 ans et j’y rêvais auparavant. Or, justement, cet ouvrage (en admettant qu’il apporte quelque chose) représente, dans sa nature même, une frustration du peuple. C’est lui qui me rattache aux lecteurs bourgeois. Par lui, je suis encore bourgeois et le demeurerai tant que je ne l’aurai pas achevé. Il existe donc une contradiction très particulière en moi : j’écris encore des livres pour la bourgeoisie et je me sens solidaire des travailleurs qui veulent la renverser.
(Jean-Paul Sartre, Situations X, Gallimard, Paris, 1976.)

Gilles Deleuze : une théorie doit servir...
C’est ça, une théorie, c’est exactement comme une boîte à outils. Il faut que ça serve, il faut que ça fonctionne. Et pas pour soi-même. S’il n’y a pas des gens pour s’en servir, à commencer par le théoricien lui-même qui cesse alors d’être théoricien, c’est qu’elle ne vaut rien ou que le moment n’est pas venu. On ne revient pas sur une théorie, on en fait d’autres, on en a d’autres à faire. C’est curieux que ce soit un auteur qui passe pour un pur intellectuel, Proust, qui l’ait dit si clairement : traitez mon livre comme une paire de lunettes dirigées sur le dehors, eh bien, si elles ne vous vont pas, prenez-en d’autres, trouvez vous-même votre appareil qui est forcément un appareil de combat.
(Gilles Deleuze, « Les intellectuels et le pouvoir.
Entretien entre Michel Foucault et Gilles Deleuze », L’Arc, no 49, Aix-en-Provence, mai 1972.)

Edward Said : la politique est partout
La politique est partout. On ne peut lui échapper en se réfugiant dans le royaume de l’art pour l’art et de la pensée pure, pas plus d’ailleurs que dans celui de l’objectivité désintéressée ou de la théorie transcendantale. Les intellectuels sont de leur temps, dans le troupeau des hommes menés par la politique de représentation de masse qu’incarne l’industrie de l’information ou des médias ; ils ne peuvent lui résister qu’en contestant les images, les comptes rendus officiels ainsi que les justifications émanant du pouvoir et mises en circulation par des médias de plus en plus puissants – et pas seulement par des médias, mais par des courants entiers de pensée qui entretiennent et maintiennent le consensus sur l’actualité au sein d’une perspective acceptable. L’intellectuel doit, pour y parvenir, fournir ce que Wright Mills appelle des « démasquages » ou encore des versions de rechange, à travers lesquelles il s’efforcera, au mieux de ses capacités, de dire la vérité. (...) L’intellectuel, au sens où je l’entends, n’est ni un pacificateur ni un bâtisseur de consensus, mais quelqu’un qui engage et qui risque tout son être sur la base d’un sens constamment critique, quelqu’un qui refuse quel qu’en soit le prix les formules faciles, les idées toutes faites, les confirmations complaisantes des propos et des actions des gens de pouvoir et autres esprits conventionnels. Non pas seulement qui, passivement, les refuse, mais qui, activement, s’engage à le dire en public. (...) Le choix majeur auquel l’intellectuel est confronté est le suivant : soit s’allier à la stabilité des vainqueurs et des dominateurs, soit – et c’est le chemin le plus difficile – considérer cette stabilité comme alarmante, une situation qui menace les faibles et les perdants de totale extinction, et prendre en compte l’expérience de leur subordination ainsi que le souvenir des voix et personnes oubliées.
(Edward W. Said, Des intellectuels et du pouvoir, Seuil, Paris, 1996.)

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Re: Jean-Paul Sartre

Message  sylvestre le Lun 3 Mar - 19:58

Intéressants points de vue sur la période du RDR et l'attitude de Sartre vis à vis du militantisme politique.


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Sartre et engagement politique

Message  Roseau le Sam 15 Nov - 0:54

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Re: Jean-Paul Sartre

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