Jaurès, la république et le socialisme

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Jaurès, la république et le socialisme

Message  Roseau le Jeu 13 Juin - 11:42

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Re: Jaurès, la république et le socialisme

Message  Achille le Jeu 13 Mar - 23:16




« Dégager Jaurès de sa légende »
Le Monde.fr | 12.03.2014 à 13h21 • Mis à jour le 12.03.2014 à 14h11 | Par Antoine Flandrin

Comment organise-t-on une exposition sur Jean Jaurès ? Incarnation de la méritocratie à la française, député à 25 ans, brillant orateur, fondateur du socialisme moderne, historien passionné par la Révolution française, cette icône de la République a inscrit sa stature dans la mémoire commune. Pour célébrer le centenaire de sa mort, les Archives nationales (AN) ont fait appel à un solide conseil scientifique : Magali Lacousse, conservateur aux AN, les historiens Romain Ducoulombier, spécialiste des gauches en France, et Gilles Candar, auteur avec Vincent Duclert, d'une biographie qui vient de paraître chez Fayard (Jean Jaurès, 688 p., 27 euros). Leur volonté a été de « dégager Jaurès de sa légende ». « Nous n'avons pas voulu le confiner à un rôle de surhomme, il fut également critiqué, caricaturé et insulté », explique Magali Lacousse.

Avant d'être cette figure de la démocratie, consensuelle, « panthéonisée », Jaurès s'est retrouvé au cœur de nombreuses polémiques. De la question sociale à l’affaire Dreyfus, du socialisme à la séparation de l’Eglise et de l’Etat, de l’internationalisme à la guerre, il rencontra sur son chemin de nombreux adversaires. Vilipendé par la droite, notamment pour ses opinions pacifistes, il fut accusé de faire le jeu de l'Allemagne, ce qui lui valut le surnom de « Herr Jaurès ». L’exposition des « unes » des journaux de gauche et de droite de l’époque permet de montrer les différents traitements dont il fit l’objet. Les dessins de caricature — Jaurès dansant avec une Prussienne coiffée d’un casque à pointe — publiées notamment dans L’Illustration viennent contrebalancer les tableaux et les croquis où il est représenté en tribun. « L’impact démonstratif de l'iconographie est l’un des principes forts de cette exposition », affirme Magali Lacousse.

Lire l'article de Thomas Wieder : Jean Jaurès, un prophète socialiste

Un souci d'équilibre que l'on retrouve tout au long de l'exposition. La volonté d'établir des distinctions est également manifeste. Chantre du pacifisme, Jaurès fut également l'auteur d'une proposition de loi sur « l'Armée nouvelle » (1910). « Dans les années qui ont précédé l'éclatement du premier conflit mondial, il a toujours expliqué que son combat pour la paix n'était pas un refus de la guerre en général. Ce qu'il rejetait, c'était les guerres de conquêtes et d'oppression, mais cela ne l'empêchait pas d'accepter les guerres défensives, menées par les démocraties pour résister aux Etats autoritaires et militaristes », rappelle Vincent Duclert dans le Hors-Série Le Monde consacré à Jaurès.

Les commissaires se sont également efforcés de représenter les sentiments ambivalents d’une époque tourmentée. Les archives exposées montrent que les rivaux d’hier cessent de s’opposer au lendemain de la mort de Jean Jaurès, le 31 juillet 1914, trois jours avant le début de la guerre. Celui qui essaya jusqu'au bout d'empêcher la guerre fut assassiné par Raoul Villain, un jeune nationaliste à la personnalité fragile. La une de L’Humanité dont Jaurès  fut le fondateur évoque sa mort tragique, tandis que L’Echo de Paris sous la plume de Maurice Barrès, figure de proue du nationalisme français, lui rend hommage. L’heure est déjà à l’« Union sacrée ». L’assassinat plonge les Français dans l'effroi. Le 4 août, 300 000 personnes assistent à ses funérailles. Le jour même, l'Allemagne envahit la Belgique et le Luxembourg.

Ce choc marque le basculement d'une époque à une autre. Un choc mis en scène dès le sas d’entrée de l’exposition. Le visiteur est plongé dans les dernières heures de la vie de Jean Jaurès. Les vêtements qu’il portait le soir de sa mort sont exposés derrière une vitrine. La table où il dînait rue du Croissant est quant elle dissimulée derrière un écran de projection où des images d’époque défilent. Entre deux séquences, la silhouette d'un bras armé surgit. Les coups de feu retentissent. Soudain, les images cessent. On aperçoit alors la table sur laquelle Jaurès s’effondra. Le parti pris de placer virtuellement le visiteur, non pas à l'intérieur du restaurant où était attablé Jaurès, mais derrière le rideau qui séparait la salle de la rue, soit à quelques pas de l’assassin, se défend. Il permet de ne pas limiter l’occupation de l’espace de cette pièce initiale à la scène du crime, mais d’ouvrir sur le contexte inquiétant de la déclaration de guerre de l’Allemagne et de la mobilisation. Une mise en scène qui demande un effort d’attention accrue de la part du visiteur.

Voir : la reconstitution de l'assassinat de Jean Jaurès, extrait du film « Jaurès est vivant ! », coécrit par Jean-Noël Jeanneney et Bernard George qui sera diffusé par Arte cet été.

L’exposition retrace ensuite le parcours de Jaurès de ses premiers combats politiques pour la défense des grévistes de la verrerie de Carmaux (1895) à ses grands discours sur la loi de séparation des Eglises et de l'Etat (1905), contre le protectorat au Maroc (1912), contre la guerre (1912), en passant par la défense du capitaine Dreyfus (1898-1906). Ce déroulé chronologique gagne en efficacité grâce à l'apport d'archives souvent inédites. « Nous avons favorisé les prêts extérieurs, en sollicitant une quarantaine d'institutions : les services d'archives mais également les musées, les bibliothèques et les collections privées », précise Magali Lacousse. L'Humanité a ainsi mis à disposition le manuscrit de son premier éditorial, intitulé « Notre but », signé par Jaurès. Un peu plus loin, un rapport de police nous apprend qu'il avait pensé à d'autres titres de journal : « La Lumière » et « XXe siècle ». Un exemplaire de son Histoire socialiste de 1789 à 1900 publié en 1901 est également exposé. Le visiteur découvre que Jaurès avait aussi écrit sur Bonaparte. Dans le cadre de cette histoire de France écrite d'un point de vue socialiste, celui-ci confia à l'un de ses camarades la tâche d'écrire un chapitre sur Napoléon. A la suite d'un désistement, Jaurès finira par écrire ce manuscrit qui sera publié en 1921. « Jaurès était un vrai historien, insiste Magali Lacousse. Pour son Histoire socialiste de la Révolution française, il est venu consulter les archives. Nous avons son dossier de lecteur. »

L'humanité du personnage occupe bien sûr une place centrale dans l'exposition. Jaurès aimait les gens. Proche du peuple, il était ouvert sur le monde : l'exposition s'arrête sur son voyage en Amérique du Sud, où il fit la rencontre des socialistes brésiliens, uruguayens et argentins (1911), et sur le dîner gargantuesque qu'il offrit à son camarade allemand Schneidemann, après l'élection d'une centaine de députés socialistes outre-Rhin.  Difficile d'échapper au sentimentalisme au moment de clore cette exposition. La dernière pièce ressemble à une chapelle. Les images de son entrée au Panthéon défile avec Jacques Brel en fonds sonore : « Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? » Les commissaires n'oublient pas que de leur côté, les écrivains et les artistes ont célébré le destin romanesque d'un homme qui mourut pour la paix.

« Jaurès ». Exposition aux archives nationales de Paris, Hôtel de Soubise. 60, rue des Francs-Bourgeois, 75003 Paris. Du 5 mars au 2 juin 2014.

lemonde.fr/centenaire-en-france/article/2014/03/12/degager-jaures-de-sa-legende_4381616_4366887.html

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Jaurès,la Dame aux lunettes noires et le Président

Message  Roseau le Jeu 24 Avr - 18:25

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Re: Jaurès, la république et le socialisme

Message  Roseau le Lun 30 Juin - 22:12

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Re: Jaurès, la république et le socialisme

Message  sylvestre le Mar 1 Juil - 12:58

Un bon texte de Zinoviev sur les socialistes français, et notamment Jaurès : https://www.marxists.org/francais/zinoviev/works/1916/00/socialistesfrancais.htm

Extrait :
L'arbitrage ou la révolution ! Le biographe de Jaurès résume ainsi son point de vue. Et ce dilemme caractérise on ne peut mieux le tribun disparu.

La classe ouvrière doit s'insurger... au nom de l'arbitrage, pour contraindre les gouvernements à s'incliner devant le tribunal arbitral de la Haye !

Peut-on concevoir plus parfaite utopie ?

Tout le jauressisme est là : pacifisme à doublure révolutionnaire.

D'une part, les appels les plus révolutionnaires, la dénonciation impitoyable des flibustiers « coloniaux ».

De l'autre, cette déclaration : « aucune contradiction pour les prolétaires socialistes et internationalistes à participer de façon active à l'organisation populaire de la défense nationale ».

D'une part, l'intelligence la plus nette du rôle du militarisme entre les mains des impérialistes. — De l'autre, les projets de création de « l'armée nouvelle », d'une « armée idéale au service de l'idéal ». — Jaurès, écrit son biographe, « aime passionnément l'armée parce qu'il adore la France. ». Tout Jaurès est là.
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Re: Jaurès, la république et le socialisme

Message  Dinky le Jeu 31 Juil - 13:07

Il y a cent ans, 31 juillet 1914 : Jaurès assassiné


Au soir du 31 juillet 1914, un activiste nationaliste assassinait Jean Jaurès, dirigeant du Parti socialiste (Section française de l'Internationale ouvrière).

L'assassin avait peut-être agi de sa propre initiative, mais son geste concluait des années de propagande nationaliste, de préparation politique et morale, en faveur de la colonisation, de la « grandeur de la France » et pour la revanche contre l'Allemagne, bref, en faveur de la guerre. Cette campagne de l'extrême droite, reprise progressivement par tous les partis politiques bourgeois, exprimait de plus en plus clairement et de façon de plus en plus virulente, le fait que la France se préparait à la guerre afin de garder et même d'étendre son empire colonial. Les nationalistes dénonçaient un ennemi extérieur, l'Allemagne, ainsi qu'un ennemi intérieur, le mouvement ouvrier, et en particulier l'un de ses dirigeants les plus populaires, Jean Jaurès.

Jaurès était un intellectuel républicain venu au socialisme par conviction que la classe ouvrière était la seule force sociale capable, en changeant la société, en instaurant la propriété collective des moyens de production, de réaliser les idéaux de la Révolution française, de la république démocratique. Une fois cette certitude acquise, que jamais il ne remit en cause, il consacra sa vie, ses forces, son talent, à aider le prolétariat à devenir cette force organisée et consciente qui devait changer le monde et en finir avec le capitalisme.

À cette époque, entre 1890 et 1914, la classe ouvrière européenne se développait en nombre, en concentration, en organisation. Les organisations ouvrières, politiques et syndicales, grandissaient, faisaient élire des dizaines de députés, conquéraient des mairies. La classe ouvrière se battait et parvenait à améliorer ses conditions de travail et de vie inhumaines. Les militants socialistes, et Jaurès n'était pas le dernier, allaient dans les cortèges de travailleurs en grève, affrontaient avec eux la répression, connaissaient les procès et parfois la prison, portaient la parole du prolétariat jusqu'au Parlement. Les objectifs des grévistes se formulaient en projets de loi que les députés socialistes, parmi lesquels Jaurès, défendaient à l'Assemblée nationale.

Jaurès parcourait le pays, de meeting en conférence, rencontrant les militants, galvanisant les énergies, gagnant ses auditeurs au socialisme, à l'organisation ouvrière, à l'avenir collectiviste. Les souvenirs abondent de ceux qui, des années, voire des dizaines d'années après un discours de Jaurès, racontent comment leur vie en fut changée.

Dans la vaste organisation qu'était l'Internationale ouvrière, les débats sur la tactique étaient permanents. Jaurès appartenait à l'aile réformiste et était capable de proposer des positions de compromis que Lénine ou Rosa Luxemburg dénonçaient comme autant de compromissions. Jaurès estimait par exemple qu'un socialiste peut, dans certains cas, devenir ministre d'un gouvernement bourgeois. Ce à quoi Rosa Luxemburg rétorquait qu'il ne s'agit pas alors « d'une conquête partielle de l'État bourgeois par les socialistes, mais d'une conquête partielle du parti socialiste par l'État bourgeois ». Jaurès croyait convaincre les gouvernements bourgeois, par la force de son verbe, voire par des manœuvres parlementaires. Les faits ont démenti ses espérances. Mais en dépit de ces illusions, Jaurès restait sur le terrain de la révolution sociale.

Les dernières années de sa vie furent occupées à combattre la guerre qui venait. Si l'assassin de Jaurès n'était pas parvenu à lui ôter la vie, celui-ci aurait-il, seul de tous les dirigeants socialistes français, résisté à la pression belliciste et refusé de tomber dans « l'union sacrée » avec la bourgeoisie ? Trotsky, qui le tenait pour « le prototype de l'homme supérieur qui doit naître des souffrances et des chutes, des espoirs et de la lutte » ne le pensait pas. Mais il ajoutait qu'il « ne se serait jamais résigné à l'abaissement qu'a subi le parti socialiste français... et nous avons le droit de croire qu'au moment de la révolution le grand tribun eût déterminé, choisi sans erreur sa place et lutté jusqu'au bout ».

Jaurès assassiné, sa mémoire et son idéal furent immédiatement trahis par ses successeurs qui trouvèrent, en trafiquant ses discours ou en mentant tout simplement, des écrits de Jaurès pour justifier leur participation aux ministères de guerre et appeler les travailleurs français à aller éventrer leurs frères de classe allemands.

En 1924, Jaurès fut travesti par les représentants de l'ordre bourgeois en « héros national ». En transférant ses cendres au Panthéon, les politiciens, les historiens, les journalistes ont tout fait pour effacer le caractère de classe de ses choix. Les dirigeants staliniens ont continué le travail, galvaudant à leur tour la mémoire de Jaurès en même temps qu'ils trahissaient son internationalisme, la lutte de classe, sa foi dans la mission de la classe ouvrière.

Et récemment, un Sarkozy et même un Le Pen tentèrent de se l'annexer en en faisant un des hérauts du nationalisme en France. Quant au Parti socialiste actuel, lié si intimement à la classe dominante, il ne sait même pas qu'il fête le premier siècle de la trahison de ce qu'il fut à l'origine, et de l'homme dont la vie fut un combat pour l'émancipation sociale.

Mesurer François Hollande à Jean Jaurès ? C'est ridicule et même indécent. Hollande est corps et âme un larbin de la bourgeoisie. Jaurès fut, au risque de sa vie, un véritable combattant pour le socialisme.

Paul GALOIS


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Jaurès face à la guerre

Message  Roseau le Jeu 31 Juil - 19:46

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Re: Jaurès, la république et le socialisme

Message  gérard menvussa le Jeu 31 Juil - 20:04

Citons la conclusion, par trotsky, dont l'esprit différe quand même beaucoup de celle proposée par lutte ouvriére :

« Avec la passion qui alliait en lui l’opportunisme politique et l’idéalisme révolutionnaire, il mit tout en œuvre pour atteindre son but : la force de son éloquence de tribun, ses relations dans la coulisse avec les membres du gouvernement et son «élève» Viviani, et pour finir la pression des masses […] Il poussa jusqu’au bout l’idée de la collaboration avec la gauche bourgeoise […] En suivant ce chemin, Jaurès s’engageait dans une impasse avec tout l’aveuglement de l’idéologue qui consent à fermer les yeux sur beaucoup de choses à condition de ne pas renoncer à son idée directrice. Ce n’est pas la myopie de la taupe, mais bien la cécité de l’aigle, dont le regard a été brûlé par «L’Idée». »

A la limite, ce qui se rapproche le plus de jaures (toute proportion gardée) c'est mélenchon. On connais meilleure référence pour le socialisme....
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