Algérie

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Re: Algérie

Message  Copas le Mar 30 Déc - 0:55

La chute des prix du pétrole, la corruption du régime et la concentration accélérée du capital en Algérie exacerbe les tensions.
Le régime se coltine depuis des années avec des révoltes et secousses de la jeunesse, des émeutes à répétition.

Dernièrement la décision de geler les recrutements dans la fonction publique est la dernière porte qui se ferme pour une jeunesse instruite et informée du monde.

En Tunisie et au Maroc il y a eut des mouvements puissants de jeunes chômeurs diplômes réunissant par moments un nombre considérable d'adhérents et de participants aux initiatives de ces mouvements.

En Algérie aussi cela a existé, mais mezza voce, car le gouvernement a pu réprimer tout en lâchant du mou quand ça chauffait trop.
La décision de gel des recrutements dans la fonction publique si elle durait pourrait provoquer des affrontements de forte ampleur, d'autant plus que le service public, notamment la santé, bataille depuis un moment pour des recrutements.

Cette mesure devra avoir des arrangements, rapidement.

Gel du recrutement dans la fonction publique Les demandeurs d’emploi inquiets

http://www.elwatan.com/une/les-demandeurs-d-emploi-inquiets-29-12-2014-283333_108.php

Réveil brutal sur une réalité économique sur laquelle des spécialistes, des pans entiers de la classe politique et du mouvement associatif n’ont cessé d’alerter depuis des années.

Si le gouvernement, lui qui n’a pas cessé de louer ses propres politiques en matière économique, a pris la douloureuse décision de geler les recrutements dans la Fonction publique, c’est qu’il y a vraiment péril en la demeure. Conséquence néfaste pour un pays qui vit de sa seule rente pétrolière, la mesure prise pour assurer, dit-on, «les équilibres internes et externes», suite à la chute brusque mais attendue des prix des hydrocarbures, peut s’avérer dramatique sur le plan social.

Ces dernières années, la Fonction publique a constitué une véritable soupape pour les pouvoirs publics, car étant le plus important secteur recruteur en Algérie. Le pouvoir s’en est servi maintes fois pour éteindre le feu de la contestation sociale en procédant à des programmes de recrutement de masse pour absorber un chômage endémique chez les jeunes. Avait-il d’ailleurs d’autre choix que de créer des milliers de postes dans le corps de police, qu’il a offerts aux jeunes chômeurs du Sud au cœur d’une protestation sociale sans précédent dans le pays ?

Quinze ans après et une manne pétrolière providentielle abondante, la politique du président Bouteflika n’a hélas permis aucune alternative à une jeunesse coincée dans l’engrenage sans issue du chômage.
Lorsqu’on est jeune diplômé, peut-on admettre le fait que l’on doit réprimer, pendant une année, tout espoir de se faire recruter par la Fonction publique ?
La mesure est terrifiante : les jeunes en général et les diplômés en particulier, ceux qui sont déjà sur le marché de l’emploi et ceux qui vont arriver, doivent se faire violence et attendre, reclus, que les pouvoirs publics lèvent la suspension. Et ce n’est pas évident. Rien ne dit que le marché pétrolier va rebondir d’ici là. Pis encore, qui peut garantir que la dégringolade ne va pas se poursuivre ? Les prix se décident à Londres et sont soumis à l’implacable loi de l’offre et de la demande, sur laquelle l’Algérie n’a plus aucune influence. En plus de la problématique de l’emploi que pose avec acuité le penchant facile à l’austérité du gouvernement Sellal, il va de soi que d’autres secteurs, et pas des moindres, vont souffrir des effets d’une mesure que l’on ne peut que qualifier d’impopulaire. Ce sont les secteurs de l’éducation, de la santé et de l’administration qui devront prendre leur mal en patience.


L’éducation nationale, qui a déjà exprimé ses besoins en matière de recrutements, va-t-elle renoncer aux concours qu’elle prévoit d’organiser au début de l’année prochaine ? La santé aura, elle aussi, du mal à combler son déficit en personnel paramédical. Quant à l’administration, il lui sera difficile de satisfaire la «permanisation» des jeunes qu’elle a recrutés dans le cadre du préemploi et qui attendent – depuis des années pour certains d’entre eux – de se voir affecter des postes budgétaires par la Fonction publique. Comme dans toutes les crises économiques, c’est cette dernière qui est la première cible des coupes d’austérité. L’on n’en est qu’aux premiers effets de la crise.

Faute d’avoir construit une économie émancipée de la dépendance quasi totale de la rente pétrolière – ce qui était largement à la portée de l’Algérie –, l’Exécutif, à sa tête le président Bouteflika, est au moins coupable d’imprévoyance. Et comme toujours, cela retombe sur les couches les plus vulnérables. Dans la situation qui est celle de l’économie nationale victime d’une gouvernance chaotique qui dure depuis 15 ans, l’on ne peut plus parler d’erreurs, mais de dérives. Les Algériens en découvrent, à leurs dépens, les prémices.
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Re: Algérie

Message  sylvestre le Ven 16 Jan - 15:08

L’opposition au gaz de schiste rassemble le sud de l'Algérie
Plus de 15 000 à In Salah, 4 000 à Tamanrasset, 5000 à Ouargla
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Re: Algérie

Message  Copas le Dim 25 Jan - 22:47

Des ouvriers chinois en grève illimitée

Les travailleurs chinois de l'entreprise Gbicx implantée au sud-ouest de la ville de Tébessa sont entrés en grève illimitée début janvier.

Leurs revendications portaient sur :

Des conditions de travail inadmissibles, dangereuses et humiliantes d'une part
La réduction des effectifs des manœuvre et ouvriers professionnels affectés au chantier de construction des 3 400 logements de la plaine de Rafana.

Le conflit s'est déroulé en plusieurs temps :
40 ouvriers en grève ont été renvoyés vers leur pays.
La grève des travailleurs chinois du site s'est étendue suite à ce renvoi
Les travailleurs à la suite d'agressions ont réagi et des affrontements ont eu lieu
La police est intervenue et a mis les travailleurs chinois dans des bus vers Alger.

C'est l'entreprise chinoise Gbicx qui avait décroché un contrat pour la construction de 6000 logements qui a été au centre du conflit.
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Re: Algérie

Message  MO2014 le Lun 15 Juin - 17:29

Algérie, les vents contraires de la rente, par Omar Benderra (Algeria-Watch, 13 juin 2015)

À la mémoire de l’ami Ahsène Taleb

Tenir la chronique des crises de la dictature algérienne est un exercice particulièrement pénible, illustrant parfaitement le propos de Francesco Guicciardini, philosophe politique florentin contemporain de Machiavel qui constatait amèrement que rien n’est plus triste que de vivre son temps d’existence durant la période de déclin de sa cité. Pour Omar Benderra, le peuple algérien bâillonné et privé de l’exercice de ses libertés fondamentales est la victime des crises et le témoin depuis des lustres d’une interminable série de scandales, l’un chassant l’autre, concernant tous les secteurs d’un État déliquescent. Cette contribution est la version longue et remaniée pour Algeria-Watch d’un article publié par le journal panarabe Essafir-El-Arabi le 11 juin 2015.

Autoroute Est-Ouest, Sonatrach 1, 2 et pourquoi pas 3, Khalifa Bank 1 et 2… Les affaires de corruption se succèdent en Algérie sous le regard d’une population blasée qui n’ignore rien des forfaitures de ceux qui commandent au pays. Litanie des scandales, des procès préfabriqués pour tenter le solde de tous comptes d’une gestion proprement flibustière. Ce que la justice spectacle fait mine de juger n’est qu’une partie – celle que l’on ne peut masquer – de l’océan de rapine sur lequel vogue ce régime.

En effet, contrairement à ce qu’insinue une certaine presse, tant algérienne que française, l’Algérie n’est pas « frappée » par des scandales, pas plus que le gouvernement n’est « éclaboussé » par la corruption : le pays vit bel et bien, depuis très longtemps, sous l’emprise d’un système de prédation organisée et coordonnée par les chefs de l’armée et de la police politique secrète. Dans cette organisation, le « gouvernement » n’est qu’un secrétariat exécutif au service d’une camarilla mafieuse. Un groupe d’individus qui ne se montrent jamais (et pour cause…), invisibles tireurs de ficelles, généraux de l’ombre et leurs hommes d’affaires, algériens ou étrangers, que le défunt président Boudiaf appelait les « décideurs ».

Infitah et sale guerre

Plus que jamais dans l’histoire du pays depuis l’indépendance, la loi du pouvoir – son ciment et sa raison d’être – est celle de l’accaparement dans un rapport de pure prédation. Au sommet des appareils de pouvoir, il n’existe plus de personnalités ou de sensibilités animées par le souci de l’intérêt général, le bien commun ou préoccupées par le devenir du pays. L’État est accessoire aux stratégies d’enrichissement de ceux qui le contrôlent. Dans ce système, expurgé des derniers éléments issus de la guerre de Libération, complètement installé par le putsch du 11 janvier 1992, la pérennité du régime est inséparable de la captation de la rente nationale. Le partage du butin est opéré sous la supervision des chefs du DRS (Département du renseignement et de la sécurité), acronyme pompeux des moukhabarates algériens.

De fait, le coup d’État censé empêcher l’arrivée au pouvoir des islamistes du FIS a permis aux barons du régime d’imposer l’infitah (ouverture) de l’économie sous les auspices du FMI avec lequel un « accord de stand-by » a été signé en 1994. Escamotée par les atrocités de la guerre antisubversive des années 1990, cette pseudo-libéralisation a consisté à démanteler une grande partie du secteur public et à transférer à vil prix ces actifs à des clientèles du régime, tandis que les décideurs prélevaient leur dîme sur les contrats hydrocarbures et les importations de produits de consommation de base. La mer de sang de la « sale guerre » est le bouillon de culture où s’est formée la variante locale de bourgeoisie compradore militarisée de laquelle ont émergé, au cours de la décennie suivante, la majorité des néo-oligarques qui ont aujourd’hui pignon sur rue.

Cette ouverture délinquante par transfert opaque d’actifs et dévolution régalienne de secteurs d’importations (produits alimentaires, médicaments et de large consommation dans une première phase) à des hommes liges choisis par le DRS en fonction de leur obéissance est en soi un détournement massif inaugural, les autres en découlant en toute logique. Si les bénéficiaires de cette opération sont, pour beaucoup, identifiés, le coût de cet énorme transfert reste à évaluer en termes d’impact sur les capacités nationales de production.

L’âge d’or de la rente

En 1999, la désignation d’Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’État, entérinée selon l’usage néocolonial par des élections grossièrement truquées, a coïncidé avec la hausse durable, au-delà de cent dollars le baril, des prix pétroliers. Cette hausse inédite a entraîné une augmentation sans précédent des revenus du pays.

Cette formidable aisance financière s’est accompagnée – les dieux sont décidément ironiques – d’une réhabilitation internationale du régime à la suite des attentats de septembre 2001. Cette respectabilité retrouvée a permis de diversifier et multiplier les achats (y compris d’armements), les contrats d’importation étant la source la plus aisée de prélèvements occultes. Cette situation de prix élevés, véritable âge d’or de la rente qui a duré jusqu’en 2014, a permis une frénésie de dépenses publiques totalisant sans doute – les chiffres officiels étant douteux par nature, la prudence est de mise – plusieurs centaines de milliards de dollars durant la période.

Le cumul des dessous de table et autres commissions versés à chaque contrat de réalisation d’infrastructure donne le vertige, dans une situation où tous les marchés sont systématiquement surévalués, parfois à des niveaux absurdes. Comme le coût de l’autoroute Est-Ouest, plus de 17 milliards de dollars pour 5 milliards de pots-de-vin, exemple parmi une multitude… Toutes les opérations de réalisations d’infrastructures donnent lieu à des pactes de corruption qui ne sont pas limités, loin s’en faut, aux activités « civiles ». Les importations massives d’armements donnent lieu aux mêmes libéralités, comme l’opinion a pu le constater avec le scandale du contrat d’achat de plusieurs dizaines d’hélicoptères italo-britanniques Agusta-Westland en 2013.

Le volume financier du commissionnement algérien est astronomique, à tel point d’ailleurs que les banquiers et analystes évitent de communiquer des fourchettes d’évaluation. D’autant que la corruption n’est pas unilatérale, elle implique aussi bien des décideurs algériens que des donneurs d’ordre – et protecteurs – étrangers. Commissions et rétrocommissions intriquées créent les conditions d’une solidarité crapuleuse entre acheteurs, vendeurs et « facilitateurs » de divers horizons. L’organisation de cette « grande » corruption est d’autant plus inattaquable qu’elle bénéficie de la couverture politique d’autorités, en Europe notamment, favorables naturellement à la pérennité de ces juteuses pratiques.

Corruption à tous les étages

Malgré son omniprésence dans toutes les transactions commerciales internationales du pays, cette « grande » corruption aboutit rarement dans les prétoires. La justice algérienne, ou ce qui en tient lieu, montrant peu d’enthousiasme à se saisir de ce type de dossier. Les affaires les plus significatives, celles concernant l’ancien ministre du Pétrole et le ministère de la Défense, ont été révélées grâce à des enquêtes menées en dehors du pays et rapportées par la presse étrangère. En effet, le dossier Sonatrach-ENI-Saipem constitué par le parquet de Milan permet d’avoir une vue complète sur un réseau-type de corruption et de recyclage impliquant Chakib Khelil, inamovible ministre du Pétrole et escroc international. C’est cette même justice italienne qui a mis au jour le scandale de fausses factures et de corruption concernant un méga-contrat d’hélicoptères. Démontrant, s’il en était besoin, qu’aucun secteur n’échappe aux prélèvements occultes.

La presse « indépendante » algérienne (arabophone comme francophone), visiblement mal à l’aise face à de tels dossiers, confie les couvertures judiciaires à ses journalistes « sécuritaires » (une sorte d’avant-garde des médias mondiaux en matière de désinformation). Lesquels révèlent à l’occasion, outre une discutable expertise du terrorisme, une maîtrise inattendue, encore qu’approximative, des mécanismes de la délinquance financière. Ces médias disciplinés sont relayés par des radios et des télévisions privées, où des « communicants » se chargent de noyer le poisson dans des analyses lénifiantes. Nul n’ignore la finalité de ces mascarades juridiques et personne n’est dupe de ces contorsions éditoriales. Il faut bien purger les scandales avant d’inévitables échéances…

Les bénéficiaires réels de ces détournements massifs et systématiques ne sont jamais évoqués. Les responsables directs, ceux qui assurent l’interface des contrats, sont hors d’atteinte, protégés par une des rares règles, non écrite mais observée avec constance, du régime qui veut que les ministres ne soient jamais poursuivis pour quelque malversation que ce soit. La justice algérienne est chargée par les moukhabarates d’assurer le spectacle analgésique mais bien peu convaincant de procès scénarisés, pour livrer quelques vagues lampistes à la vindicte médiatique.

Ainsi, l’ancien ministre du Pétrole coule donc des jours tranquilles aux États-Unis. La justice algérienne s’est bien gardée à ce jour d’ordonner la moindre saisie-arrêt sur les comptes helvétiques de ce délinquant avéré et de ses complices. Observons que la justice américaine, d’habitude plutôt sourcilleuse, ne s’est guère émue qu’un citoyen américain (l’ex-ministre est aussi ressortissant des États-Unis) se soit rendu coupable de faits d’une telle gravité… Pour sa part, le ministre chargé de la passation des contrats des autoroutes, qui a centralisé le prélèvement de plusieurs milliards de corruption, a été reconduit dans des fonctions gouvernementales lors du remaniement ministériel opéré le 14 mai 2015. Les bénéficiaires ultima ratio, eux, sont décidemment à l’abri des regards…

L’opinion a quant à elle eu droit à la polémique, portée au pinacle, opposant l’égérie locale de la IVe Internationale (Mme Louisa Hanoune) à une périphérique ministre de la Culture (Mme Nadia Labidi) autour de quelques vénielles indélicatesses. Bref, le dérisoire mis en scène pour tenter d’occulter l’essentiel, très vieux ressort d’un régime nourri aux meilleures sources de la guerre psychologique et de la manipulation de masse.

Gaspillage et incompétence

S’ils sont fort actifs dans l’exercice de leurs rôles d’aiguilleurs des flux de corruption, ces gouvernants de façade sont cependant bien incapables de stimuler les activités et d’enclencher la moindre dynamique de croissance. Ces centaines de milliards de dollars dilapidés depuis vingt ans n’ont eu qu’un bien faible impact sur la croissance et la création d’emplois. Plus gravement, les conditions sociales se sont profondément dégradées, les Algériens ne sont pas soignés et le secteur éducatif est abandonné. La rente a laminé l’économie et a démoralisé la société.

Ces ressources n’ont que très peu profité à un pays dont l’économie reste outrageusement captive des seuls revenus des hydrocarbures et qui importe tout ce qu’elle consomme. Le gaspillage massif de capitaux issus d’une ressource rare et non renouvelable a seulement servi à constituer des patrimoines à l’étranger et à alimenter les fortunes dissimulées par des banques ad hoc dans tous les refuges fiscaux, exotiques ou non, de la planète.

Ces vingt dernières années ont été celles d’une effarante gabegie et d’une gestion encore plus démagogique et irresponsable que toutes celles qui l’ont précédé. L’économie est encore plus dépendante et davantage fragilisée par les subventions généralisées destinées à acheter la paix sociale. Le niveau actuel des prix du pétrole, autour de 60 dollars en moyenne, est totalement insuffisant pour assurer l’équilibre budgétaire et le financement des importations. Les 200 milliards de dollars de réserves de change dont se gargarisaient les chantres du régime permettront de faire face aux importations pendant deux ou trois ans, tout au plus.

La crise comme horizon

Le coup d’accordéon est sévère et les marges de manœuvre se contractent, annonçant le retour de situations de tensions financières de même nature, mais d’une magnitude très supérieure, que celles qui ont présidé aux explosions sociales des années 1980. Le glacial consensus des experts est sans équivoque, confirmé par une récente étude de l’OPEP : pour la prochaine décennie les prix du pétrole se situeront nettement en dessous de la barre des cent dollars. Les estimations de l’organisation de Vienne pour les prix du pétrole en 2025 se situent entre 40 et 76 dollars le baril[1]…

Le retour à l’endettement externe à moyenne échéance – dès 2019 ? – n’est pas seulement pure hypothèse. L’exploitation des gaz et pétroles de schiste en Amérique du Nord impacte directement le segment des pétroles légers (light sweet crudes) du marché global des hydrocarbures, ce qui implique que Sonatrach devra baisser les prix du Sahara Blend. Pour les experts, cet effet perdurera probablement pendant quelques années.

De surcroît, les prix du gaz naturel liquéfié (GNL) seront de plus en plus liés aux prix du gaz naturel américain plutôt qu’aux prix du pétrole brut et des produits raffinés, comme cela a été le cas pour l’Algérie. Cette tendance devrait se confirmer au cours des prochaines années et l’Algérie ne devrait obtenir que 30 % à 40 % du prix auquel elle vendait son GNL au cours des années de vaches grasses[2]. Si l’on combine ces éléments à la croissance rapide de la demande intérieure et – au mieux – à une production stagnante, les quinze prochaines années pourraient connaître une tendance pour les revenus hydrocarbures exactement inverse de celle qui prévalait au cours des quinze années précédentes.

Il apparaît donc que les vents favorables des quinze dernières années pourraient se transformer en vents debout pour les quinze années à venir… Le contrat social actuel, subventions pour le peuple et corruption au sommet, est donc intenable et le régime semble démuni de moyens pour imposer une alternative moins fondée sur les subsides et la concussion.

Ce retournement de situation, parfaitement prévisible, et la réaction entre déni et désarroi qu’il provoque dans les sphères dirigeantes constituent le plus sûr révélateur du non-gouvernement de l’Algérie. L’adaptation à la chute des revenus externes se situe donc dans la continuité d’improvisation et d’approximations du régime issu du putsch du 11 janvier 1992.

La rente, unique planche de salut

Ainsi, la démagogique campagne « Consommez algérien » lancée au printemps 2015 par un gouvernement dont l’incompétence égale l’immoralité se heurte à la réalité d’une production nationale quasi inexistante. Réorganiser à court terme l’économie sur une base productive, comme l’annoncent des oligarques en mal de légitimité, est un vœu pieux tant les carences structurelles sont multiples et profondes. Ce volontarisme verbal se heurte à la réalité d’une administration dysfonctionnelle, à l’incompétence et à la corruption des cadres que le régime coopte depuis plus de vingt ans pour expédier les affaires courantes.

Les dirigeants du régime rentier en sont parfaitement conscients : ils n’ont pas les moyens d’une politique de redressement, tout simplement parce que ce régime en est l’antithèse. Parce que la condition de sa pérennité, de l’enrichissement ininterrompu de ses membres et du maintien de son emprise sur le pays, repose sur le blocage des initiatives et la stérilisation de la créativité de la société. La dépendance à la rente est totale, comme le confirme la décision de recourir à la fracturation hydraulique et de produire des hydrocarbures de schiste, mise en œuvre en 2014[3].

La compulsion prédatrice l’emporte sur toute autre considération et menace gravement l’avenir du pays. L’admirable mobilisation, depuis janvier 2015, des populations de la ville saharienne d’In-Salah, soucieuses des générations futures, de l’avenir de leur région et du pays tout entier jette une lumière crue sur les intentions réelles d’un régime qui n’hésite pas à sacrifier les intérêts stratégiques à long terme pour maintenir des capacités d’exportation d’hydrocarbures

Est-il plus grand scandale que celui qui consiste à mettre en péril l’immense nappe hydraulique fossile pour exploiter les gaz de schiste ? C’est pourtant cette option destructrice aux conséquences dévastatrices qui est retenue, contre la volonté populaire, par les rentiers au pouvoir.

Le régime acculé n’a plus que ses polices pour réprimer des manifestants pacifiques, ceux d’In-Salah ou ceux qui s’expriment au nom des chômeurs, sous l’œil plus que complaisant des diplomates de la « communauté internationale » en poste à Alger.

La bruyante communication du vide

La dictature a réussi à faire le vide autour d’elle et a réduit le champ politique à une scène désincarnée où des acteurs sans ancrage tentent de tenir le rôle d’hommes ou de femmes politiques. Cette imposture institutionnalisée prévaut depuis des années et a fini par annihiler toute intermédiation efficace, comme on a pu le constater lors des événements d’In-Salah. Ces personnages discrédités occupent des institutions en carton-pâte, destinées à rassurer la civilisation sur les réalités « démocratiques » algériennes. Le Parlement-croupion en est l’accablant symbole, pure fiction institutionnelle à l’usage des « partenaires » étrangers. Sans relais autres que les forces de sécurité et ses clientèles mercenaires, les cercles de pouvoir sont figés dans un immobilisme mal camouflé par l’écran de fumée de fausses réformes et de manipulations médiatiques.

Ainsi du récent remaniement ministériel de mai 2015, où des apparatchiks ont été substitués à d’autres apparatchiks, tout aussi inconsistants, dans un jeu essoufflé de chaises musicales. Représenté comme une étape importante du renouvellement politique, cette réorganisation dans un climat de fausses confrontations entre seconds couteaux d’une opposition de dessins animés et d’exécutants sans épaisseur, tous cooptés, illustre surtout la raréfaction du vivier de personnels du régime. Davantage que l’état de santé d’un président épuisé, que l’âge avancé des principaux caciques, cette incapacité à tenter un minimum de régénération est le témoin d’une fin de cycle aux répercussions durables[4].

Face à l’impasse, il ne reste en définitive que l’arme par excellence des dictatures : la propagande. Afin de tenter de détourner l’attention et d’induire de fausses responsabilités. Des articles de presse, des émissions de radio ou de télévision, voire des livres de commande dénonçant a minima les réseaux de corruption franco-algériens, tentent de circonscrire l’ampleur des détournements et de faire porter les responsabilités de la dérive à des relais très secondaires. Mais cette gestion des apparences par le mensonge, traditionnellement un des points forts du régime, a depuis longtemps atteint ses limites.

La presse a donc pour mission de banaliser la corruption et de présenter une situation « normale ». Ces chroniqueurs et romanciers inspirés tentent d’assourdir le bruit des casseroles que traine le régime, en attendant le moment propice pour en faire porter la responsabilité à celui qui l’a incarné tout au long de ces quinze dernières années : Abdelaziz Bouteflika, qui restera sans doute dans l’histoire comme l’archétype de la marionnette en chef d’un régime politique à la mode Potemkine. Les scandales mis en avant par une presse aux ordres sont autant de leurres et les hommes de main jetés en pâture ne sont que les fusibles que le régime sacrifie vainement à une opinion résolument incrédule… Tout comme les fausses réformes, la dernière en date étant celle de l’automne 2013, supposée transformer le DRS en service de renseignement « normal ». Le régime, confronté à ses échecs cinglants, souhaite en effet convaincre ses partenaires (et protecteurs) étrangers de sa volonté de « civiliser » son mode de gouvernance.

Mais la cosmétique ne peut en rien changer un régime irréformable. Le DRS, qui coopte tous les acteurs du système algérien, est bien la matrice de la dictature et le cœur de la corruption. Tous les réseaux de commissionnements et toutes les structures de recyclage partent des sommets des appareils de pouvoir. Cet organe de sécurité, censé protéger le pays et combattre la criminalité, est le glaive et le bouclier de la corruption. Quel Algérien ignore cette réalité ?

Le régime du scandale

Les populations préoccupées par des lendemains périlleux, écœurées par les mœurs des milieux dirigeants et des pratiques qui avilissent la politique, sont hermétiques à ces manœuvres. Aucune figure médiatique ne suscite la confiance et il n’existe aucun cadre politique national susceptible de contrebalancer la fragilité du régime s’il venait à être confronté aux agendas impérialistes.

L’opinion, parfaitement informée des évolutions en Syrie et en Libye, comprend sans équivoque que la recomposition du grand Moyen-Orient concerne également l’ensemble maghrébin. Cette connaissance des conditions, des objectifs, du creative chaos des néoconservateurs occidentaux et de la destruction de pays proches explique pour une large part l’apparente passivité de l’opinion. Le régime joue sur ce facteur pour défendre le statu quo.

Si ceux qui accordent le moindre crédit aux orchestrations médiatiques et à la propagande du régime sont plutôt rares, nombreux sont ceux qui expriment leurs craintes de son effondrement brutal, lequel menacerait le pays tout entier. Car les territoires de non-droit sont inéluctablement voués à la violence. L’Algérie ne fait pas exception. D’autant plus que la très oblique « guerre au terrorisme » conduite par les chefs du DRS a livré le champ social aux prédicateurs du recul et de la bigoterie. Privée de tout cadre politique, la société est travaillée depuis des années par les différentes déclinaisons du wahhabisme, mais également du séparatisme.

Ce qui confirme une fois de plus que les putschistes de janvier 1992 n’ont eu nulle intention de combattre l’extrémisme religieux, mais bien de conserver le pouvoir. La société abandonnée, le terrain est effectivement préparé et déjà l’on perçoit, outre les régressions obscurantistes, la montée des radicalités soi-disant culturalistes en rupture avec la nation. Ahcène Taleb (1955-2015), l’un des fondateurs du Mouvement culturel berbère (MCB), le confirmait récemment : il serait mal avisé de sous-estimer ces aventurismes sécessionnistes. Pour ce fin analyste des crises algériennes, trop tôt disparu, « ces tendances, très marginales hier encore, occupent désormais le champ politique stérilisé par les “décideurs” sur lequel les partis traditionnels ont grandement perdu leur influence ».

Les apprentis-sorciers et les « faux mages » attirent de nouvelles audiences, ils sont les principaux bénéficiaires du cadre liberticide dans lequel la société algérienne est enfermée depuis des décennies. Au printemps 2015, si les atteintes massives et publiques aux droits de l’homme ne sont plus d’actualité, en raison de l’image de respectabilité que veut se fabriquer le système, les lois qui interdisent de fait les activités politiques et la libre expression ont remplacé un état d’urgence officiellement aboli en 2011. Ce bâillonnement, qui interdit aux forces politiques d’exister concrètement, favorise manifestement des radicalismes obscurantistes ou sécessionnistes. Les conditions générales, économiques, sociales et politiques, sont de plus en plus propices à des ruptures brutales.

Les perspectives ne portent donc pas à l’optimisme, d’autant que peu de voix s’élèvent pour redonner de l’espoir et faire entendre la voix de la raison à un système réfractaire à toute évolution. L’Algérie entre dans une zone d’incertitudes aggravées et l’on perçoit déjà les prémices de temps hostiles. Face à ces vents contraires, l’État en décrépitude ne protège plus la Nation. Le régime du 11 janvier 1992 assume effectivement l’incroyable dérive d’un pays qui a pourtant porté haut l’étendard des libertés et du droit. Si la cacophonie des scandales est la musique funèbre de la dictature, le scandale authentique est le régime lui-même.



[1] « Opec sees oil process below 100 $ a barrel in the next decade », Wall Street Journal, 11 mai 2015.

[2] Sur ces deux derniers points, voir Andy Raval et David Sheppard, « LNG trade prepares to come out of oil’s shadow » ; et « Surplus hits physical oil cargoes prices », Financial Times, 28 et 29 mai 2015.

[3] Voir sur ce point le dossier d’Algeria-Watch (alimenté depuis février 2014), « Non au gaz de schiste », .

[4] Tout comme la Russie subit encore en 2015 les conséquences de l’interminable gérontocratie soviétique, plus d’un quart de siècle après son effondrement final en 1989.
http://www.algeria-watch.org/fr/article/analyse/benderra_vents_contraires.htm

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Re: Algérie

Message  hadrien le Ven 26 Juin - 19:36

http://www.ledauphine.com/france-monde/2013/08/03/ils-bravent-les-interdits-du-ramadan-en-mangeant-et-buvant-en-public

C'est un coup de colère face à "l'islamisation" de l'Algérie: en plein ramadan, plus de 500 citoyens ont mangé et bu en public samedi dans la ville de Tizi Ouzou. Une première. "Il y a un climat de terreur qui règne contre ceux qui ne jeûnent pas" durant le mois de jeûne sacré musulman du ramadan, dénonce l’un d’eux, Ali, la quarantaine, un technicien de cette ville kabyle située à 100 km d’Alger. alors qu'un autre clame: «Il faut que la religion reste du domaine du privé».

La ville de Tizi Ouzou a été le théâtre de troubles parfois sanglants liés aux revendications culturelles et identitaires des Kabyles qui ont très mal vécu les politiques d’arabisation imposées par le gouvernement depuis l’indépendance.

hadrien

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Re: Algérie

Message  MO2014 le Lun 6 Juil - 12:01


L'Etat français voleur, doit rendre ses archives à l'Algérie !

Non seulement l'Etat français refuse toujours de reconnaître ses crimes de guerre, voire contre l'humanité en Algérie mais il refuse de restituer les archives de l'Algérie, qu'il a volées en partant en 1962. Des archives datant du XV e au XXe siècle.

Une façon de confisquer la mémoire d'un peuple. Mais pourtant c'est la France qui comme un perroquet répète à l'envie qu'il faut écrire sereinement l'histoire de cette colonisation.

Cherche t-il comme les nazis à la libération, à effacer les traces des ses crimes ? Même les archives nazies et les archives staliniennes sont disponibles aujourd'hui mais toujours pas les archives coloniales françaises consultables seulement au compte-gouttes à Aix en Provence où elles sont consignées
Youssef Boussoumah


Par: Abdelkader Benbrik :

"Le litige entre l’Algérie et la France, sur le rapatriement des archives nationales, demeure toujours et persiste depuis le 3 Juillet 1962. Le gouvernement français, fait à chaque fois la sourde oreille et continu à ne pas répondre favorablement aux revendications légitimes de l’Algérie. Les responsables Algériens ont toujours cherché un terrain d’entente pour régler ce problème de confiscation de documents et archives de notre pays, tout en prenant en considération l’intérêt général des deux pays dans le respect des positions adoptées dans le domaine des archives.

Pour rappel, la France emporta d’Algérie, durant la période 1961-1962, des conteneurs entiers d’archives appartenant à l’Algérie. Les conservateurs en poste à cette époque avaient reçu des instructions et ordres pour photographier en miniature toutes les archives. Le premier chargement et départ des archives d’Alger s’est effectué sur ordre direct de la Direction générale des archives en France le 6 Mars 1961.

Au début de l’année 1962, la décision de déménagement vers le territoire français de tous les documents, manuscrits ou imprimés, a été prise au niveau local par la direction de l’administration générale dépendant de délégation générale accréditée en Algérie, précisément par circulaire n*2.AG.A534 DGAG, datée du 6 Mars 1962.

Selon le rapport préliminaire des directions des archives des wilayas (départements) d’Alger, Oran et Constantine, toutes les archives, sans exception aucune, ont été sans le moindre préjugé emportées en France, qu’elles soient administratives, politiques, culturelles, économiques et sociales de l’Algérie. Notamment : En série Z : Les archives historiques de l’Etat Algérien, datant de la période entre le quinzième et le dix-neuvième siècle, avant l’occupation française."


MO2014

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Re: Algérie

Message  MO2014 le Ven 1 Juil - 10:20


L’Algérie s’enlise silencieusement
Orient XXI > Magazine > Jean-Pierre Séréni > 1er juillet 2016

Le contre-choc pétrolier le plus violent de ces trente dernières années, un président absent, un déficit budgétaire de trente milliards de dollars et des candidats à la succession qui ne s’accordent sur rien, sauf sur un immobilisme dangereux, rendent la fin du quatrième mandat présidentiel d’Abdelaziz Bouteflika particulièrement incertaine. Malgré certains articles de la presse française qui tendent à faire croire le contraire.

Deux ans après l’éclatement de la crise pétrolière mondiale, l’Algérie est paralysée par un triple blocage qui menace de déboucher sur le pire. L’impasse politique née de l’incapacité des ténors du régime à s’accorder sur un successeur à l’actuel président, Abdelaziz Bouteflika, bien incapable de tenir les rênes du pouvoir, interdit tout progrès sérieux dans la solution de la grave crise financière que traversent l’État et le secteur public. De plus, l’Algérie, qui vit du pétrole et du gaz qu’elle exporte est incapable, à la différence de l’Arabie saoudite, de la Russie, de l’Irak ou de l’Iran, d’augmenter ses exportations et de compenser, au moins partiellement, la baisse des prix par une augmentation des volumes vendus. Sa production se réduit depuis dix ans alors que sa consommation intérieure explose et que diminue son surplus exportable. Il faudrait, pour renverser la tendance, un effort massif d’investissements ; l’État algérien en a moins que jamais les moyens à cause de la crise financière. La compagnie nationale Sonatrach a été déficitaire l’an dernier, et l’impasse politique interdit de revoir les conditions peu engageantes offertes aux compagnies étrangères qui boudent le sous-sol algérien depuis 2010.

Le pays ne peut sortir du dangereux cercle vicieux qui s’est mis en place qu’en levant au préalable l’hypothèque politique et en réglant enfin la question de la succession qui traîne depuis le printemps 2013 et l’évacuation sur l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris du président Bouteflika, victime d’un accident cardiaque dont il ne s’est, à la vérité, jamais remis. Avant les élections présidentielles d’avril 2014, la candidature du chef de gouvernement Abdelmalek Sellal a été évoquée, avant d’être contrée in extremis par le chef de l’armée, le général Ahmed Gaïd Salah. Début 2016, c’est le nom du directeur du cabinet présidentiel Ahmed Ouyahia, un survivant de la vie politique locale où il grenouille depuis plus de trente ans, qui a circulé pour le poste de premier ministre qu’il a déjà occupé à trois reprises. Mais ses rivaux ont eu peur de le voir prendre une option sérieuse sur la succession en cas de disparition soudaine d’Abdelaziz Bouteflika et ont déclenché un tir de barrage contre lui.
Surplace politique et déficit budgétaire

Les trois principaux acteurs de cette tragi-comédie : l’armée, les services de sécurité et la famille Bouteflika se neutralisent et ne s’accordent que sur le statu quo. Le vice-ministre de la défense, chef d’état-major de l’armée, le général Gaïd, se verrait bien à la présidence, mais le « collège » militaire renâcle à voir l’un des siens assumer le pouvoir dans des circonstances plus que difficiles et préfère laisser cette tâche ingrate à un civil. Saïd Bouteflika, le « petit » frère de l’actuel président, n’a ni l’audience ni le sérieux qu’exige la situation. Enfin, le chef du gouvernement Sellal manque cruellement de crédibilité et d’appuis. L’opposition est quant à elle divisée et témoigne plus qu’elle ne s’oppose, faute de disposer d’un minimum de libertés malgré les promesses et la révision constitutionnelle du début de l’année.

Dans ce surplace politique où chacun des candidats, connu ou inconnu, se marque à la culotte, il est urgent d’attendre et de différer les « réformes » que les institutions internationales et les analystes recommandent pour faire face à la gravité de la situation financière de l’État. L’inaction va se payer au prix fort. a rente pétrolière s’est effondrée (70 milliards de dollars avant la crise, 27 milliards espérés cette année) et le déficit budgétaire attendu en 2016 pourrait atteindre 30 milliards de dollars, soit près de 20 % du PIB. Où les trouver ? Le magot accumulé pendant les dix ans du boom pétrolier (2004-2013) s’assèche rapidement, le Fonds de régulation des recettes (FRR) qui a depuis six ans financé le déficit budgétaire sera à sec avant la fin de l’année.

Après deux ans d’hésitations, Alger semble se résigner à s’endetter à nouveau à l’extérieur. Mais il lui sera difficile de lever plus de 4 à 5 milliards auprès de la Banque mondiale ou de la Banque africaine de développement (BAD). C’est insuffisant. Le marché financier international est, de fait, inaccessible à l’Algérie sans la garantie du Trésor américain ou japonais qu’a obtenue la Tunisie ; un tel patronage serait vécu comme une humiliation nationale par les Algériens traumatisés par la précédente crise financière des années 1990 qui a conduit à un plan d’ajustement structurel ruineux pour les salariés du secteur public et les consommateurs.
La croissance économique en panne

Au plan intérieur, le grand « Emprunt national pour la croissance économique » (ENCE) a fait un flop malgré les pressions exercées sur les banquiers et les assureurs (à peine l’équivalent de 2 milliards récolté jusqu’ici) et a coûté son poste au ministre des finances, Abderrahmane Benkhalfa. Quelle autre solution reste-t-il à son successeur, le troisième grand argentier en deux ans, sinon de faire tourner la planche à billets à plein régime et de dévaluer sauvagement le dinar avec la complicité du nouveau gouverneur de la Banque centrale ? La conséquence en sera forcément une inflation à deux chiffres, des pénuries et un appauvrissement douloureux de la population, au total une triple menace pour la stabilité sociale et politique du régime.

La dernière conférence tripartite (gouvernement, patronat, Union générale des travailleurs algériens, UGTA) du 5 juin dernier illustre cette incapacité du régime, malgré l’urgence, à prendre le taureau par les cornes. Albelmalek Sellal n’a pas osé rendre public le « cadrage » budgétaire 2016-2019 préparé par son équipe et la seule mesure annoncée, le retour de l’âge de la retraite à 60 ans, a été renvoyée à plus tard. La Caisse nationale des retraites (CNR), pourtant très déficitaire, s’est empressée de faire savoir quelques jours plus tard par voie de presse que les départs anticipés en retraite au bout de 25 ans de carrière n’étaient pas remis en cause. De leur côté, les principales fédérations de l’UGTA ont, dans la foulée, renié la signature de leur centrale et revendiqué bruyamment le maintien des avantages acquis.

Sur le front pétrolier, la même procrastination est de mise. Fin mai, avec l’aide de l’Union européenne, Salah Khebri, le ministre de l’énergie a organisé à Alger un forum destiné à attirer les compagnies internationales, à les inciter à revenir explorer et exploiter le sous-sol saharien, en particulier gazier. Les débats ont tourné au dialogue de sourds : les demandes de changements sur la fixation des prix du gaz ou sur la propriété des gisements qui est aujourd’hui automatiquement à 51 % algérienne ont été rejetées et la perspective d’un retour des investissements étrangers dans le secteur s’est éloignée encore un peu plus. Dans un contexte de baisse des ressources des compagnies et de surenchères entre pays producteurs pour les attirer, l’Algérie est moins que jamais, aux yeux des pétroliers, une destination séduisante. Finalement, la seule décision prise après ce fiasco a été de limoger le ministre, ce qui ne veut pas dire que son successeur sera plus à l’écoute.
Répression annoncée

Les grandes puissances ont voulu croire que la mise à la retraite l’an dernier du général Mohamed Mediène, dit « Toufik », à la tête des services pendant plus de vingt ans, l’omniprésente Direction de renseignement et de la sécurité (DRS) et la réorganisation de son ancien fief, inauguraient une transition vers un État « civil », plus respectueux des libertés et de l’opposition, voire une modernisation du régime. Les indices qui vont dans ce sens, en dehors de l’instabilité ministérielle, sont cependant rares : la justice reste aux ordres, le Parlement marginalisé, les élus locaux domestiqués et les quatre derniers quotidiens indépendants menacés et privés de publicité officielle. L’emprisonnement sans jugement depuis plus de neuf mois d’un officier général à la retraite qui avait osé critiquer le frère du président Bouteflika ou les tracasseries infligées à Issad Rebrab, le plus riche homme d’affaires d’Algérie, dit-on, en rivalité avec un autre mieux placé que lui auprès des puissants de l’heure, font craindre qu’à l’inaction et à la paupérisation s’ajoute bientôt la répression.
Jean-Pierre Séréni
http://orientxxi.info/magazine/l-algerie-s-enlise-silencieusement,1388

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Re: Algérie

Message  MO2014 le Mar 25 Oct - 14:41


Mouvement de grève dans la fonction publique
La mobilisation toujours au rendez-vous

Le mouvement de grève reconduit, hier, par l’intersyndicale autonome a été largement suivi, ont affirmé des représentants de différents syndicats dans les régions.

À Tizi Ouzou, dans le secteur de l’éducation, les syndicats ont évalué le taux de suivi de la grève, hier, à plus de 90%. “À midi, le taux de suivi établi sur la base des rapports de nos adhérents dépassait les 92%”, a déclaré Habib Merzouk, le représentant du syndicat Satef.  
Satisfaction aussi du côté de l’Unpef qui évoque une adhésion massive. “Une grande mobilisation des travailleurs a été enregistrée durant cette première journée et le taux de suivi dépasse les 90% à travers le territoire de la wilaya de Tizi Ouzou. L’adhésion est encore plus importante que la semaine dernière”, a déclaré, pour sa part, Larbi Aït Gherbi, le coordinateur local de l’Unpef.
La direction de l’éducation a avancé un taux de suivi insignifiant. “Le taux de suivi de cette grève est de 27,06% à travers le territoire de la wilaya. Notre chiffre est arrêté sur la base des statistiques établies par les responsables des établissements scolaires dans les trois paliers de l’enseignement”, nous a-t-on répondu.

Béjaïa : la grève n’a pas été bien suivie dans l’éducation
Contrairement à la fois précédente, la grève a été peu observée dans l’éducation. Face à cela, la DE s’est empressée de révéler le taux de suivi qui ne dépasserait pas les 11,70%.
Dans le secteur de la santé, le Dr Nadir Aït Meddour, du SNPSP, avancera un taux de suivi de 70%. Le service minimum, précisera notre interlocuteur, a, toutefois, été assuré.
Par ailleurs, les membres de la section syndicale de l’UGTA du CFPA d’Ouzellaguen ont lancé un appel pour une grève cyclique tous les lundis. Leur mouvement, entamé la semaine dernière, semble s’être élargi. Un seul mot d’ordre : “Le départ inconditionnel du directeur de l’établissement et la mutation de l’agent comptable suite aux recommandations de l’audit ministériel.”

Enseignants et vétérinaires mobilisés à Bouira
À Bouira, seuls l’éducation et les vétérinaires ont observé le débrayage. En effet, l’éducation a été largement paralysée. Selon le coordinateur local du Cnapeste, Benyoucef Djamel, la grève a été “massivement” suivie. Selon lui, 52 lycées sur les 54 où est présent ce syndicat ont été entièrement paralysés, soit un taux de suivi de 98%. Les collèges également. Sur 125 CEM, 90 ont adhéré au mot d’ordre de l’intersyndicale, soit un taux de 75%. Pour ce qui des écoles primaires, M. Benyoucef soulignera que le nombre est “historique” pour le Cnapeste, car, selon lui, plus de 200 établissements ont fait grève. Pour sa part, le représentant de l’Unpef se déclare “très satisfait” du taux de suivi du mouvement qui est de 69,03%. Les vétérinaires de la Fonction publique affichent également leur satisfecit, en annonçant un taux de suivi proche des 87%. Enfin, il y a lieu de souligner que les administrations publiques, ainsi que les communes n’ont pas suivi l’appel à la grève à Bouira.

S. LESLOUS/L.OUBIRA/RAMDANE B.

L’Ouest a maintenu le rythme
L’annonce par Nouria Benghabrit du prélèvement sur les salaires des grévistes ne semble pas avoir dissuadé les enseignants de l’intersyndicale qui ont reconduit, hier, leur débrayage. À Oran, selon le porte-parole du CLA, Hakem Bachir, le mouvement a été suivi par “plus de 80% des enseignants” du secondaire. “Nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout, quitte à durcir notre mouvement”, a affirmé Hakem Bachir en évoquant la possibilité d’une grève continue.
La grève a été partiellement suivie à travers les établissements scolaires. Prenant en considération le manque de dialogue avec la tutelle quant au dossier de la retraite, l’Unpef a l’intention de durcir le mouvement en observant des arrêts de travail chaque semaine.          .
Autre débrayage, celui des travailleurs de la Fonction publique suivi, lui aussi, partiellement au niveau des institutions locales. Là aussi, les 13 syndicats mettent en avant la plateforme de revendications figurant dans le préavis de grève et qui ont trait aux dossiers de la retraite, du code du travail et du pouvoir d’achat des travailleurs.
La wilaya de Mascara a vécu une journée de guerre des chiffres. Et ce sont les jeux des chiffres qui font l'actualité. Pour la Fonction publique, les responsables avancent le taux de plus de 30% des fonctionnaires ayant observé la grève, tandis que ceux de l'administration estiment que le mouvement n'a que très peu été suivi, avançant un taux n’excédant pas les 5%.
À Aïn Témouchent, les grévistes ont maintenu la cadence de la semaine dernière et en particulier dans l’éducation, où selon les responsables syndicaux, une bonne partie des établissements a été paralysée.
Du côté du Cnapeste, l’on annonce un taux de suivi de 70% et ce, sans compter les travailleurs de quatre nouvelles sections syndicales qui sont en cours d’installation au sein de nouveaux établissements implantés à Ouled Kihal, El-Amria, Aïn Témouchent (Djawhara 2) et deux lycées à Béni Saf, nous a indiqué Malioui Abdelkrim, SG du bureau du Cnapeste. De son côté, M. Belbachir, premier responsable du bureau de l’Unpef, a avancé un taux de suivi approximatif de 72%.

S. Ould Ali/M. Laradj/A. B./B. A.

Le mouvement largement suivi à l’Est
À l’est du pays, les enseignants ont observé, hier, le mot d'ordre de grève de l’intersyndicale. À Guelma, le taux de grève diffère d'un établissement à l'autre puisque certains ont fonctionné normalement, partiellement ou pas du tout. C'est particulièrement les enseignants des collèges et lycées qui ont pris part à cet arrêt de travail. Ceux de la santé et de la Fonction publique étaient tous présents à leurs postes. À Constantine, la participation au débrayage a atteint plus de 90%, soit plus que la semaine dernière, selon le coordinateur du Cnapeste, qui ajoute que, cette fois, les travailleurs de la Fonction publique ont pris part à la grève. Dans la wilaya d’Annaba, le taux de suivi dans l’éducation a atteint 70%, quant aux hôpitaux, les représentants des syndicats avancent un taux de 20%.
Dans la wilaya de Bordj Bou-Arréridj, la grève a été largement suivie dans l’éducation, selon les estimations des initiateurs. Selon le représentant du Cnapeste, M. Hakas, le taux du suivi dépasse les 89%. Notons que dans les autres secteurs, le mot d’ordre n’a pas été suivi et les services ont fonctionné normalement. À Sétif, le taux de suivi de la grève dans l’éducation a dépassé, selon l’Unpef, les 70%. Par ailleurs, la direction de l’éducation avance un taux qui ne  dépasse pas les 7% au primaire, 28% au moyen et 21% au cycle secondaire. Le Cnapeste évoque un taux dépassant les 70% dont 30% à Sétif et plus de 70% à El-Eulma. Quant au secteur de la santé, le mouvement a été très peu suivi. À Oum El-Bouaghi, la grève a touché les secteurs de l'éducation et de la santé avec, toutefois, un recul dans les taux de participation. Le président du bureau de l'Unpef a avancé le taux de 56% et le Snapest 75% (lycées), quant à la direction de l’éducation, elle a annoncé un taux global de 24,32%. Dans le secteur de la santé, le taux de suivi a été, selon le président du bureau du SNPSP, de 63,28%. La direction de la santé a avancé le taux de 0,26%. Dans la wilaya d’El-Tarf, le taux de suivi a atteint 60%.
H. BAALI/Ines B./Allia A./B. Nacer/C. Bouarissa/Tahar B./Faouzi S.
http://www.liberte-algerie.com/dossier/la-mobilisation-toujours-au-rendez-vous-257271



L’intersyndicale se réunira le 29 octobre
Vers une grève illimitée

La grève s’est poursuivie hier dans les secteurs de la Fonction publique, enregistrant des taux de suivi variant entre 35 et 85%.

Les syndicats autonomes, qui ont entamé une grève cyclique de deux jours par semaine, se réuniront le 29 octobre pour dégager un plan d’action «plus radical» pour contester contre la réforme du système de retraite et exiger «la protection du pouvoir d’achat des travailleurs». Cette réunion d’évaluation et de concertation entre les syndicats ayant appelé à la grève sera l’occasion d’examiner toutes les propositions «pour aboutir à une action plus convaincante», explique Djilali Belkhir, chargé de communication à l’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (Unpef) et membre de la cellule de l’intersyndicale chargée du suivi de la grève.

L’intersyndicale constate «avec regret» que le gouvernement continue dans sa politique de «fuite en avant». «Au lieu de dresser les ponts de dialogue et d’appeler le partenaire social au dialogue, le gouvernement continue d’émettre des messages peu conciliants, en tentant de remonter l’opinion contre les grévistes que le ministère du Travail accuse de vouloir politiser le dossier», explique le même syndicaliste.
Pour les représentants de l’intersyndicale, «il y a une effervescence au niveau de certaines zones industrielles qui peut être considérée comme annonciatrice de l’adhésion d’autres effectifs du secteur économique à notre mouvement de protestation.

L’action de protestation observée avant-hier par les travailleurs de la Société nationale des véhicules industriels illustre la convergence des positions entre les bases respectives. L’Ugta, qui demeure le représentant exclusif des travailleurs du secteur économique, ne pourra pas faire taire cette protestation longtemps», estime le représentant de l’Unpef. L’intersyndicale fait état également de contacts des représentants syndicaux du groupe Sonelgaz qui «sont en train d’organiser l’adhésion des travailleurs de plusieurs unités de ce groupe à cette grève», explique notre interlocuteur.

La grève s’est poursuivie hier dans les secteurs de la Fonction publique. L’intersyndicale regroupant une dizaine de formations des secteurs de la santé, de l’éducation, de l’agriculture, de la formation professionnelle des communes et de l’administration de l’enseignement supérieur, annonce des taux «satisfaisants» reflétant la mobilisation des travailleurs contre la réforme du code du travail qui stipule, entre autres, la suppression de la retraite anticipée après 32 ans de service.

Selon la déclaration à la presse de la cellule de suivi de la grève représentée par les délégués syndicaux, le taux de suivi enregistré dans le secteur des communes est de 75%, contre 35% dans l’administration de l’enseignement supérieur. L’intersyndicale annonce en outre 65% de suivi auprès des travailleurs professionnels de santé, et 74% chez les praticiens, médecins, pharmaciens et chirurgiens dentistes exerçant dans la santé publique. Les vétérinaires ont répondu massivement à l’appel de leur syndicat, qui a estimé le suivi à 85%, tandis que le secteur de la formation professionnelle enregistre un taux de 52% de suivi.
http://elwatan.com/actualite/vers-une-greve-illimitee-25-10-2016-331476_109.php

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Re: Algérie

Message  MO2014 le Dim 11 Déc - 22:15

Le journaliste algérien Mohamed Tamalt meurt en prison

Il avait été condamné à deux ans de prison pour offense aux institutions et au président. Il est mort dans des conditions floues, après une grève de la faim et trois mois de coma.

Par Charlotte Bozonnet
LE MONDE Le 11.12.2016 à 19h07 • Mis à jour le 11.12.2016 à 19h16

Il avait été condamné en juillet à deux ans de prison pour « offense au président de la République ». Le journaliste Mohamed Tamalt, 42 ans, est mort dimanche 11 décembre à l’hôpital de Bab El-Oued à Alger, « après plus de trois mois de grève de la faim suivis d’un coma de trois mois », a annoncé son avocat, Amine Sidhoum. « Il était dans le coma, il y avait un verrouillage sur son dossier médical. On est au courant de rien. C’est ça le drame », a accusé l’avocat, cité par le journal TSA.

Dans un communiqué publié ultérieurement, la direction de l’administration pénitentiaire a donné des détails sur les derniers mois, expliquant que le prisonnier avait bénéficié d’un suivi médical et de médicaments pendant sa grève de la faim, qu’il avait eu un accident vasculaire cérébral ayant nécessité une intervention, et que son état s’était subitement dégradé en raison d’« une infection pulmonaire ».
« Coup de massue »

Mohamed Tamalt était en prison depuis son arrestation le 27 juin, date à laquelle il avait entamé une grève de la faim pour dénoncer cette détention. Le 11 juillet, il avait été condamné à deux ans de prison et 200 000 dinars (environ 1 700 euros) d’amende pour « outrage à corps constitué » et « atteinte à la personne du président » en raison de publications, sur son compte Facebook, s’attaquant à des responsables politiques, notamment au chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika.

« Cette nouvelle est un véritable coup de massue pour tous ceux qui défendent la liberté d’informer en Algérie, a réagi Yasmine Kacha, directrice du bureau Afrique du Nord de Reporters sans frontières (RSF). Le message envoyé par cet événement tragique est terrifiant : comment expliquer qu’on ait laissé l’état de santé de Tamalt se détériorer sans rien faire ? […] pourquoi une telle condamnation pour des propos exprimés sur Facebook, qui ne mettaient concrètement personne en danger ? »

Le journaliste, algéro-britannique, était diabétique et avait vu son état de santé se dégrader rapidement. Les organisations internationales de défense des droits de l’homme avaient alerté fin août les autorités sur son cas. « La liberté d’expression ne sera jamais garantie en Algérie tant qu’un poème mis en ligne sur Facebook risque de valoir deux ans de prison », avait prévenu Human Rights Watch (HRW).

Dimanche, les réactions étaient vives sur les réseaux sociaux et les médias algériens, beaucoup exprimant leur incrédulité devant le fait qu’un journaliste puisse mourir pour avoir écrit des textes, si provocateurs soient-ils. Amnesty international a appelé les autorités à « ouvrir une enquête indépendante, approfondie et transparente sur les circonstances de la mort » de Mohamed Tamalt. Les actions en justice visant à protéger la réputation de personnalités publiques ou d’inconnus doivent relever d’une procédure civile et non pénale, a poursuivi l’organisation.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/12/11/en-algerie-mort-d-un-journaliste-en-detention_5047159_3212.html#WeMwbesvLJUPiiWq.99

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Re: Algérie

Message  MO2014 le Mer 14 Déc - 21:44

En Algérie, les migrants expulsés d'Alger sont toujours bloqués à Tamanrasset. Environ 600 personnes viennent ainsi grossir les rangs des migrants présents dans la ville. Et ce n'est pas la première fois cette année. Au mois de mars, après des violences dans la ville de Ouargla, des centaines d'hommes avaient été déplacés dans cette ville du sud. Ce qui provoque inquiétudes et tensions au sein de la population.

http://www.rfi.fr/afrique/20161214-algerie-tamanrasset-afflux-migrants-expulses-alger-cree-tensions

Rafles d’Africains en Algérie : l’irrésistible attraction de l’abject
Beaucoup a été dit et écrit sur un régime illégal qui conduit, entre prédation et incompétence, l’Algérie vers une zone de turbulences que l’on pressent extrêmes. Mais, le sujet semble inépuisable car en matière de régression politique et morale, ceux qui maintiennent le pays dans une désastreuse impasse se révèlent en effet particulièrement féconds.

Au fil de son délitement, ce système semble avoir fait le serment d’extirper – ou au moins de porter systématiquement atteinte à – tout ce qu’il y a de plus élevé et de plus digne de respect dans le capital politique du peuple algérien. Ceux qui le dirigent et en tirent bénéfice semblent avoir fait le serment de ne laisser qu’un champ de ruines en héritage aux générations qui viennent. Cette dictature amnésique, dont la brutalité n’a d’égale qu’une illégitimité intrinsèque, a habitué les populations aux agissements les plus répréhensibles, aux scandales et aux discours plus démagogiques les uns que les autres.

Régression et machisme
La camarilla au pouvoir, qu’elle apparaisse sous les feux de la rampe du gouvernement des apparences ou tapie dans l’ombre, situation qu’elle affectionne car elle se sait imprésentable, parvient à chaque détour de l’actualité à étonner par sa capacité à descendre toujours plus bas les échelles de l’indignité. Hocine Aït-Ahmed avait observé avec sa finesse légendaire que « ce régime ne se reproduit que par amputations successives ». Les événements ne cessent de donner sens à l’oxymore du leader disparu. À corruption égale et continue, ceux qui se succèdent pour incarner le système semblent décidément à chaque fois plus ineptes.

Désemparés par la contraction durable des revenus pétroliers depuis la chute des prix du baril, les porte-voix du régime rentier exposent leur incompétence au grand jour. Ainsi, les déclarations d’une « ministre de la Solidarité, de la Famille et de la Condition féminine » ( !) qui propose le 30 novembre que les femmes cadres reversent leur salaire au Trésor public, car « nos maris s’occupent de nous », n’ont pas fini de choquer une opinion qui pensait pourtant avoir tout entendu. Même si bien peu de monde garde quelque illusion sur une bureaucratie dont la vaine parole est le fidèle écho du vide qui la constitue. Et l’on voit bien que face à une crise dont elle appréhende l’ampleur, cette bureaucratie panique et ne trouve de ressources que dans sa culture d’expédients et de bricolages, dénuée de la moindre vision et de toute morale.

Cette autorité, benoitement inculte, relaie une vision du monde approximative construite sur les représentations machistes à rebours du siècle. Pour scabreuses qu’elles soient, ces déclarations d’une ministre illustrent bien la vulgarité commune d’un personnel de troisième zone formé au cœur du système. Il est vain d’espérer de ces milieux le moindre renouvellement sociopolitique ; on peut constater en toute objectivité qu’ils sont, bien au contraire, les fourriers de l’obscurantisme. Tout aussi gravement, cette sortie augure des difficultés que devra affronter le pays, une fois les réserves de change épuisées.
Rafle raciste

Mais ces sottises ministérielles ne sont que vétilles à côté de la rafle de quelque 1 400 sans-papiers africains dans la nuit du 1er au 2 décembre dernier. La descente de police et de gendarmerie qui a commencé jeudi soir s’est poursuivie vendredi matin. Des éléments de ces services de « sécurité » ont fait irruption dans des locaux occupés par des migrants subsahariens en les sommant de monter dans des bus.

Selon la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, les personnes raflées, dont des femmes et des enfants, ont été d’abord regroupées dans un camp insalubre dans la périphérie de la capitale. À l’issue de ce voyage au bout de la nuit, ces malheureux devaient être transférés manu militari à Tamanrasset avant leur expulsion du pays.

Il s’agit là d’une forfaiture renouvelée digne d’un régime fasciste. Par ces pratiques criminelles réitérées, l’Algérie de la Révolution africaine, l’Algérie solidaire de tous les peuples en lutte, l’Algérie de Fanon est ainsi ramenée au rang honteux des pays racistes. Sans fard ni vergogne, des Algériens occupant des fonctions d’autorité ont ordonné la déportation brutale et inhumaine de frères et de sœurs de notre commun continent broyé par les guerres et la misère.
La servilité du régime

Comment une telle atrocité a-t-elle pu se reproduire ? Les précédentes expulsions auraient dû servir de leçons. Au regard des valeurs de ce peuple, une telle atrocité est totalement injustifiable et rigoureusement inacceptable. Qui a pris sur lui de cracher à nouveau sur l’Histoire ? Au nom de quel racisme « d’État », au nom de quelle xénophobie officielle expulse-t-on des femmes, des enfants et des hommes réfugiés sur le sol national ? Aucune « raison » ne saurait être opposée à la tradition nationale d’accueil et de solidarité forgée au cours des âges et souvent lors des plus sombres périodes.

Aucune logique de pseudo-maintien de l’ordre n’excuse l’action policière où certains ont cru voir une manière de flatter les bas instincts d’une catégorie de la population. Bien peu sont dupes cependant. Qui n’a pas compris qu’il s’agit avant tout d’envoyer un signal aux protecteurs européens de la dictature ? Cette punition collective est d’abord destinée à montrer aux Occidentaux que le régime d’Alger est plus que disposé à servir de supplétif docile aux politiques de « containment » des migrations africaines.

Cet acte cruel et inhumain est un odieux désordre. Il est le fait d’un régime mercenaire sans assise populaire et sans repères historiques qui s’empresse de complaire à ses maîtres. Le peuple algérien bâillonné est la première victime de la brutalité d’une tyrannie servile, sans éthique et sans mémoire. Il n’est en rien complice des crimes de la dictature qui l’opprime avec férocité. Les nombreuses expressions concrètes de solidarité de citoyens anonymes en sont la preuve. Ce n’est point en son nom que ce régime commet ces exactions à l’endroit de personnes vulnérables.
La déliquescence de l’État

Ce que révèlent essentiellement les pratiques d’expulsion éminemment condamnables de la dictature et les propos choquants d’une ministre, c’est avant tout l’inquiétante carence de l’État. Incapable de formuler des stratégies d’adaptation à la crise des recettes pétrolières et incapable de concevoir des politiques d’accueil des migrants, le régime n’a plus d’autres recours que d’ineptes balbutiements et la brutalité policière.

La confusion et le désordre qui caractérisent l’action publique sont flagrants. De fait, cette rafle intervient le jour même de l’ouverture du Forum économique africain, « accueillant » – dans une exhibition honteuse d’impréparation et de désorganisation – les partenaires africains dont le régime expulse les ressortissants.

De fait, le recul de l’État peut être observé à tous les niveaux d’autorité. De l’administration locale complètement défaillante jusqu’aux centres de décision les plus élevés, entre absence et incompétence avérée. Les annonces qui se succèdent ne sont suivies d’aucun effet, sinon de scandale, conférant à l’action officielle un caractère de pure gesticulation. S’agissant des populations de migrants condamnées à la précarité et aux violences, l’inexistence d’une politique publique claire et cohérente fondée sur les principes fondateurs de l’État algérien est la démonstration claire et nette de l’irresponsabilité du pouvoir face à la situation de quelque 100 000 migrants subsahariens qui vivent dans des condition déplorables en Algérie, comme l’a dénoncé Amnesty International.

L’informel, dont sont directement victimes ces populations sans droit ni titre de séjour, ronge la société toute entière et contrecarre à la racine les évolutions rendues urgentes par l’imminence des ruptures sociopolitiques. Il est donc vital pour tous ceux qui aspirent à une transition la moins coûteuse possible d’envisager les formes de mobilisations pacifiques qui doivent pallier le déficit d’État et les manipulations politiciennes visant à stimuler les fausses contradictions pour opposer migrants et citoyens. Une démarche elle aussi importée d’Europe où elle connaît un tragique succès.

Dans ce contexte de dégradation des conditions générales, pour dérisoires qu’elles soient, les considérations de la ministre ne sont donc pas seulement anecdotiques. Elles disent l’impuissance et le désarroi du système sans autre base sociale que ses clientèles. Privé de moyens financiers opulents hier encore assurés par la rente, le seul levier du régime est la répression. L’interdiction des manifestations, les arrestations et condamnations de syndicalistes forment le quotidien d’un régime complètement dévoyé. Dans ces conditions, l’appui de l’Occident est d’autant plus crucial pour la dictature. La déportation massive de migrants est la démonstration implacable qu’un nouveau palier supplémentaire dans une honteuse collaboration a été franchi.

Les rafles des Africains sont une autre souillure indélébile que devra assumer ce régime.

Installé dans une surenchère démagogique et brutale, les « décideurs » sont ainsi aspirés dans une spirale d’indignité qui les entraîne à chaque fois plus bas dans l’infamie.
http://lequotidienalgerie.org/2016/12/07/rafles-dafricains-en-algerie-lirresistible-attraction-de-labject/

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Re: Algérie

Message  MO2014 le Mer 4 Jan - 16:53

La grève des commerçants se poursuit à Béjaïa, Bouira et Boumerdès
Des émeutes et des interrogations

le 04.01.17 | 10h00

A Akbou, des manifestants ont saccagé l’agence Sonelgaz et la recette des impôts. Une marche du Snapap est annoncée pour aujourd’hui, en signe de solidarité avec des travailleurs grévistes de l’APC.

Béjaïa-ville a retrouvé provisoirement son calme hier, après une fin de journée lundi des plus chaudes qui l’a replongée dans le cauchemar de la violence. Mais pas Akbou. Cette deuxième plus importante ville de la wilaya a pris le chemin inverse. Le calme de lundi a été rompu en début d’après-midi d’hier. Des manifestants ont saccagé l’agence de Sonelgaz et la recette des impôts. Vers 15h, la foule en ébullition a assiégé le tribunal de la ville et le commissariat de police avant d’être dispersée par les forces antiémeute. Entre-temps, deux véhicules de police ont été caillassés.

La veille, l’association des commerçants d’Akbou a rendu public un communiqué pour aviser qu’elle «n’est responsable ni de près ni de loin de cette grève» et «invite l’ensemble des commerçants de la commune ainsi que la société civile à plus de vigilance et à ne pas répondre aux appels à la violence, à la déstabilisation, au saccage des biens publics émanant de forces occultes». Devant les dérapages imprévus d’hier, l’association a appelé ses adhérents à une réunion à 17h à la salle de cinéma de la ville pour tenter de faire cesser la grève observée à 100%.

Les animateurs de l’UGCAA de Béjaïa ont essayé, vainement, d’en faire de même au chef-lieu. Presque même topo à Tazmalt qui a fini par plonger dans l’émeute dans la soirée d’avant-hier. L’agence Sonelgaz, celle de l’opérateur de téléphonie Ooredoo et un bureau dit «forestier» ont été tous saccagés dans la nuit. L’émeute s’est même poursuivie jusque tard dans la nuit où même l’agence CNAS a été détruite. Les policiers ont été dépassés par les événements.

Hier en début d’après-midi, au moins sept camions des forces antiémeute sont arrivés dans la ville en renfort. Dans ce climat tendu, une marche du Snapap est annoncée pour aujourd’hui, en signe de solidarité avec des travailleurs grévistes de l’APC, «victimes de ponctions sur salaire», nous dit une source locale. Dans d’autres localités de la wilaya, autant dans la vallée de la Soummam que dans le Sahel, la grève des commerçants a continué pour sa deuxième journée dans le calme, excepté quelques échauffourées de moindre importance que celles de la ville de Béjaïa où les émeutes de la veille ont persisté jusque dans la nuit.

Le bilan des dégâts n’a d’égal que celui déploré il y a exactement cinq ans, presque jour pour jour, lors des émeutes de janvier 2011 où l’agence bancaire BNP Paribas avait été attaquée. Lundi, elle a subi son deuxième saccage. Le siège de la direction de l’éducation a aussi été attaqué, pour la deuxième fois en moins de deux semaines ; le 19 décembre dernier, il avait été pris pour cible lors de la révolte des élèves furieux qu’on ait écourté leurs vacances d’hiver.

La furie des émeutiers ne s’est malheureusement pas arrêtée à ces deux seuls édifices. Vers 20h, la toute nouvelle agence Djezzy, sur la route de Sidi Ahmed, a été saccagée et pillée jusqu’à son dernier carton. Presque au même moment, une boutique de produits Condor, appartenant à un privé, a été dévalisée par des pilleurs qui ont profité du désordre qui a régné pendant cette nuit agitée. Des jeunes en sortaient les bras chargés de téléviseurs et autres produits électroniques et électroménagers encore dans leurs emballages. Dehors, certains ont été sommés d’abandonner leur butin à d’autres jeunes organisés en groupe armé de couteaux.

Hier, ces scènes désolantes n’avaient pas fini de consterner la population qui en a pris connaissance grâce à des vidéos postées sur les réseaux sociaux. «C’est scandaleux !» se sont désolés certains habitants qui responsabilisent les parents pour les actes de leurs enfants mineurs qui étaient de la partie. «On a dû arracher un enfant de 12 ans des mains de son père qui voulait le battre à mort pour être entré chez lui avec un téléviseur volé», raconte un citoyen à un commerçant, qui a pris le risque de lever à moitié le rideau de sa boutique au quartier Nacéria. L’écrasante majorité de ses collègues n’a pas jugé utile d’ouvrir.

La grève a continué de plus belle hier et il était rare de trouver une boutique ouverte. La peur a fini par dissuader les quelques commerçants qui n’ont pas donné suite à l’appel à la grève générale à son premier jour. Encore plus pour ceux situés dans la zone chaude des émeutes de la veille. «Pour rien au monde, je ne prendrai le risque d’ouvrir», commente un gargotier qui a travaillé la matinée d’avant-hier avant de baisser le rideau au passage des émeutiers. La rupture de son stock de pain a précipité sa fermeture.

Hier, certains commerçants se sont postés devant leurs échoppes fermées, pour parer à tout imprévu. La tension, si elle a baissé considérablement pendant la journée au chef-lieu de wilaya, elle n’en est pas pour autant totalement vaincue. Tout le monde était sur ses gardes et le sentiment d’appréhension était palpable. Les transporteurs urbains ont pour la plupart travaillé, mais hier ce sont les usagers qui ont manqué à l’appel. La circulation automobile a été, de ce fait, fluide en l’absence des bus de l’ETUB. Ce n’est, par contre, pas le cas pour les lignes suburbaines et interwilayas. La gare routière était presque déserte. Plus de la moitié des bus qui la fréquentent habituellement n’y étaient pas.

Le trafic a sensiblement baissé tandis que celui des bus du COUS s’est, quant à lui, complètement arrêté. Les étudiants, notamment les filles, sont rentrés chez eux hier, ce qui a réduit le nombre des enseignements dans les deux campus. Le calme de la journée d’hier promet de les faire revenir et d’apaiser les esprits, mais en fin de journée des groupuscules de jeunes tentaient de ranimer le feu en appelant à relancer les hostilités. A 17h, les forces antiémeute sont ressorties.

Le face-à-face a repris de plus belle pour vraisemblablement une autre soirée qui risque d’être agitée. Dans l’après-midi, le Centre des droits de l’homme (CDDH) a organisé dans ses locaux une réunion avec des représentants de la société civile dans le but de se concerter sur l’action à engager face à ces derniers développements inquiétants.
http://elwatan.com/une/des-emeutes-et-des-interrogations-04-01-2017-336443_108.php

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