En poésie, la parole est libre

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Sylvia Plath

Message  Babel le Sam 17 Jan - 23:24

Poétesse, essayiste et romancière américaine, Sylvia Plath se donne la mort le 11 février 1963.
"Edge" (Extrémité) est son dernier poème.


EDGE

The woman is perfected
Her dead

Body wears the smile of accomplishment,
The illusion of a Greek necessity

Flows in the scrolls of her toga,
Her bare

Feet seem to be saying:
We have come so far, it is over.

Each dead child coiled, a white serpent,
One at each little

Pitcher of milk, now empty.
She has folded

Them back into her body as petals
Of a rose close when the garden

Stiffens and odours bleed
From the sweet, deep throats of the night flower.

The moon has nothing to be sad about,
Staring from her hood of bone.

She is used to this sort of thing.
Her blacks crackle and drag.


Sylvia Plath, Ariel, Faber & Faber, London, 1965.



EXTRÉMITÉ

Voici parfaite la femme.
Mort.

Son corps arbore le sourire de l’accomplissement;
L’illusion d’une nécessité grecque

Flotte parmi les volutes de sa toge;
Ses pieds

Nus semblent dire:
Nous sommes arrivés jusqu’ici, c’est fini.

Chaque enfant mort lové, serpent blanc,
Un à chaque petit

Pichet de lait, dorénavant vide.
Elle les a repliés

Dans son corps comme des pétales
De rose se ferment quand le jardin

Se fige et que les odeurs saignent
Des gorges douces et profondes de la fleur de nuit.

Rien ne saurait toucher ni attrister la lune
Qui regarde sans broncher depuis sa cagoule d’os.

Elle a l’habitude de ce genre de chose.
Et ses ténèbres craquent, et ses ténèbres durent.



5 février 1963
                     

Traduction Valérie Rouzeau
[Valérie Rouzeau, Sylvia Plath, Un galop infatigable, jeanmichelplace/poésie, 2003.]

Babel

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Histoires naturelles

Message  Babel le Sam 14 Mar - 0:16

LA POULE


    Pattes jointes, elle saute du poulailler, dès
qu’on lui ouvre la porte.
    C’est une poule commune, modestement parée
et qui ne pond jamais d’œufs d’or.
    Éblouie de lumière, elle fait quelques pas,
indécise, dans la cour.
    Elle voit d’abord le tas de cendres où, chaque
matin, elle a coutume de s’ébattre.
    Elle s’y roule, s’y trempe et, d’une vive
agitation d’ailes, les plumes gonflées, elle secoue
ses puces de la nuit.
    Puis elle va boire au plat creux que la dernière
averse a rempli.
    Elle ne boit que de l’eau.
    Elle boit par petits coups et dresse le col, en
équilibre sur le bord du plat.
    Ensuite elle cherche sa nourriture éparse.
Les fines herbes sont à elle, et les insectes et
les graines perdues.
    Elle pique, elle pique, infatigable.
    De temps en temps, elle s’arrête.
    Droite sous son bonnet phrygien, l’œil vif, le
jabot avantageux, elle écoute de l’une et de
l’autre oreille.
    Et, sûre qu’il n’y a rien de neuf, elle se remet
en quête.
    Elle lève haut ses pattes raides comme ceux
qui ont la goutte. Elle écarte les doigts et les pose
avec précaution, sans bruit.
    On dirait qu’elle marche pieds nus.


Jules Renard

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Eugène Savitzkaya (1)

Message  Babel le Mar 24 Mar - 19:30

Tu ouvriras mes lèvres, le peu de lèvre
qui me reste, le peu de chair, chair d’abricotier
ou de lézard, douceur, chair de saumon frais,
fine comme le papier transparent, on a mangé après midi,
le soir vient, le vent tourne, des feuilles
se sont collées au dos de ma main,
les feuilles percées, les morceaux de la peau qui disparut,
crachée, tu donneras à mes lèvres
le peu de sel qui me reste, la langue qui fut
de la famille des langues, langue contre l’acier,
langue sur la cendre quand la cendre nous éclabousse,
quand la langue nous transperça j’étais avec mes frères
près de l’ortie brûlante ou assis sur le toit,
sur la pente roulaient les éclats de mercure
fracassé, la tête explosée contre la première tuile,
ce fut la pluie, les flèches parmi les fétus de paille,
tu entreras dans ma bouche, le scarabée y dort déjà
comme un triton dans la fange, seule sa queue s’agite,
mal avalée agaçant la luette, il arpente ma place,
pond dans mon gouffre, je suis un vase
et dans le vase tombent les œufs du printemps glacé,
tu lècheras le vase de terre, ta tempe contre sa panse,
gymnaste, souple, tu cracheras dessus,
tu laisseras tomber des perles, tu parleras
mon doux micocoulier.


Cochon farci, éditions de Minuit, 1996.


Eugène Savitzkaya est né à Saint-Nicolas-lez-Liège en 1955, d’un père polonais et d’une mère russe. Il remporte en 1972 le prix "Liège des Jeunes Poètes", et publie ainsi son premier recueil. Il se lie avec les animateurs des éditions L'Atelier de l'Agneau, Robert Varlez et Jacques Izoard - il écrira plusieurs recueils avec ce dernier. Il collabore alors à 25, la revue des éditions et à d’autres revues de la région liégeoise. À partir de 1975, il décide de plus vivre de sa plume. Il vient d'avoir vingt ans.
Son premier récit, Mentir, est publié aux éditions de Minuit en 1977 et sera suivi de beaucoup d’autres (baptisés « roman » pour des raisons commerciales). Il a participé activement à la revue Minuit, véritable laboratoire. Il a passé un an à la Villa Médicis à Rome (en 1988-1989), la même année qu’Hervé Guibert.

Fiche établie par Tristan Hordé, pour le site Poezibao

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Eugène Savitzkaya (2)

Message  Babel le Mer 25 Mar - 21:01

Comment vais-je mourir demain, par miracle,
aussi brusquement qu’apparu, dans un demi-souffle,
en puanteur commune, avec les roses sur le ventre
et délivré par une fée, né et mort
au même instant, dans l’articulation
de la phrase ?

Cochon farci, éditions de Minuit, 1996.



Il est possible que nous n’ayons aucun visage, mais que nous soyons tous porteurs de masques. Et il semble que c’est pour cette raison que nous paraissons si différents les uns des autres. Il suffit parfois de malmener très légèrement notre face d’apparat pour que déteigne sur la peau la silhouette intime et vénérable qui est notre représentation cachée et essentielle, l’authentique habitant.


Je conserve, à jamais, très précieusement, ma tête de mort. Elle est ma tête de mort, ce que je cache le mieux et avec le plus de soin et aussi ce qui apparaît avec le plus de netteté au grand jour du soleil. Ma tête de mort si fraîche est la seule chicane.


La lumière du visage, si elle existe, ne coule pas de source. Elle se détache par squames lumineuses et odorantes ainsi que les pétales d’une rose de mille pétales, de celle qu’on peut croire inépuisable. Et de toute manière le visage disparaît lorsque la lumière s’en est dégagée et bien avant que ne surviennent les premiers signes d’anéantissement.


Toucher son propre visage équivaut à plonger la main dans l’eau trouble ou à déranger la forme d’un nuage de fumée. Les enfants ont leur visage d’or comme une tache de soleil au milieu de la mer, hors de portée.

Les Règles de solitude, Quale Press, 2004.



J’ai cessé de grandir, caressé, mordu au talon,
coloré de plomb, trempé dans le mercure, mercure
de cent mamans, la plus fraîche des fosses, le
plus pur des sables dans la poche profonde,
fond obscur plein de lente clarté qui remonte
et quitte le berceau du fer, amoureux des
métaux, dix fois scié, mille fois limé, limant
les limes et les épées, chassant le poulpe,
conduit par l’aigle, lissant mon cou sous la
toile, torturant ma langue, mangeant l’herbe
brin par brin, et les fleurs, le laurier, le mimosa
mignon, la menthe, les mouches et les grillons, le
miel, où je le trouve je le bois, pompant l’huile
et le sucre, noir de candi, sans vomir,
illuminé, ravi, chinois taché de boue et de cendre,
colérique éperlan je disperse les graviers du lit
de mon épouse, je rêve de pierres percées,
tortue je montre mon bec au héron, piétiné je
mords les genoux et les doigts de pied, le vent
gêne mon repas de feuilles et de pétales,
j’expulse les noyaux vers le ciel, je cache
mes cerises et mes amandes dans les siphons
alignés de la rivière,
j’éternue, calmement je défèque
en grattant la couleur écaillée des murs de
mon spacieux cabinet orné de congres et de murènes,
la pipe très blanche entre mes dents je
m’endors et le poussiéreux vautour vient et le
gentil poulpe crache sur mes lèvres, ma tige
en est éclaboussée.

Bufo bufo bufo, éditions de Minuit, 1986.



Anthologie permanente, Poezibao

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Christophe Tarkos

Message  Babel le Jeu 26 Mar - 11:49

Une découverte. Né en 1963, mort à l'âge de 41 ans.

Fondateur de plusieurs revues de recherches poétiques (Poézi prolétèr, Facial, RR), Tarkos appartient à la nouvelle génération de poètes apparue après la « décennie du cauchemar », celle des années 1980, qui refuse le lyrisme humaniste comme l'hermétisme avant-gardiste de la génération précédente (regroupée autour de revues comme Tel Quel, de Philippe Sollers).
 
Tarkos opte pour une « poésie faciale », à la langue volontairement nue, étrangère à l’intériorité et au psychologisme bourgeois. Une poésie de l'affect et de la perception immédiate, qui a recours à la « pâte-mot » pour faire du langage un matériau qu'on malaxe, laisse agir et gonfler, par le biais d'une profération basée sur un afflux rythmique faussement informe et parfaitement maîtrisé.

Politiquement, il fut un temps proche de la LCR.

La fiche biographique établie par Wikipédia parle de lui comme d'un performer génial. Ce que confirme l'écoute de ces extraits de l'Enregistré ("L'homme de merde", "Je gonfle", "J'ai un problème", "Tambour-tombola")

Sa scansion de textes absolument hilarants, où le flux de mots débités sur un rythme continu crée des associations inattendues d'une extraordinaire richesse de sens, situe son travail sur la langue dans la lignée des Beckett, Artaud et Ghérasim Luca.

Ecoutez-le.


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Antonin Artaud

Message  Babel le Ven 12 Juin - 6:50



La recherche de la fécalité

Là ou ça sent la merde
ça sent l'être.
L'homme aurait très bien pu ne pas chier,
ne pas ouvrir la poche anale,
mais il a choisi de chier
comme il aurait choisi de vivre
au lieu de consentir à vivre mort.

C'est que pour ne pas faire caca,
il lui aurait fallu consentir
à ne pas être,
mais il n'a pas pu se résoudre à perdre
l'être,
c'est-à-dire à mourir vivant.

Il y a dans l'être
quelque chose de particulièrement tentant pour l'homme
et ce quelque chose est justement
LE CACA.
(Ici rugissements.)

Pour exister il suffit de se laisser aller à être,
mais pour vivre,
il faut être quelqu'un,
pour être quelqu'un,
il faut avoir un os,
ne pas avoir peur de montrer l'os,
et de perdre la viande en passant.

L'homme a toujours mieux aimé la viande
que la terre des os.
C'est qu'il n'y avait que de la terre et du bois d'os,
et il lui a fallu gagner sa viande,
il n'y avait que du fer et du feu
et pas de merde,
et l'homme a eu peur de perdre la merde
ou plutôt il a désiré la merde
et, pour cela, sacrifié le sang.

Pour avoir de la merde,
c'est-à-dire de la viande,
là où il n'y avait que du sang
et de la ferraille d'ossements
et où il n'y avait pas à gagner d'être
mais où il n'y avait qu'à perdre la vie.

o reche modo
to edire
di za
tau dari
do padera coco


Là, l'homme s'est retiré et il a fui.

Alors les bêtes l'ont mangé.

Ce ne fut pas un viol,
il s'est prêté à l'obscène repas.

Il y a trouvé du goût,
il a appris lui-même
à faire la bête
et à manger le rat
délicatement.

Et d'où vient cette abjection de saleté ?

De ce que le monde n'est pas encore constitué,
ou de ce que l'homme n'a qu'une petite idée du monde
et qu'il veut éternellement la garder ?

Cela vient de ce que l'homme,
un beau jour,
a arrêté
l'idée du monde.

Deux routes s'offraient à lui :
celle de l'infini dehors,
celle de l'infini dedans.

Et il a choisi l'infime dedans.
Là où il n'y a qu'à presser
le rat,
la langue,
l'anus
ou le gland.

Et dieu, dieu lui-même a pressé le mouvement.

Dieu est-il un être ?
S'il en est un c'est de la merde.
S'il n'en est pas un
il n'est pas.
Or il n'est pas,
mais comme le vide qui avance avec toutes ses formes
dont la représentation la plus parfaite
est la marche incalculable d'un groupe de morpions.

"Vous êtes fou, monsieur Artaud, et la messe ?"

Je renie le baptême et la messe.
Il n'y a pas d'acte humain
qui, sur le plan érotique interne,
soit plus pernicieux que la descente du soi-disant Jésus-Christ
sur les autels.

On ne me croira pas
et je vois d'ici les haussements d'épaules du public
mais le nommé christ n'est autre que celui
qui en face du morpion dieu
a consenti à vivre sans corps,
lors qu'une armée d'hommes
descendue d'une croix,
où dieu croyait l'avoir depuis longtemps clouée,
s'est révoltée,
et, bardée de fer,
de sang,
de feu, et d'ossements,
avance, invectivant l'Invisible
afin d'y finir le JUGEMENT DE DIEU.

Pour en finir avec le Jugement de Dieu, 1947

***

Toute l’écriture est de la cochonnerie.
Les gens qui sortent du vague pour essayer de préciser quoi que ce soit de ce qui se passe dans leur pensée, sont des cochons.
Toute la gent littéraire est cochonne, et spécialement celle de ce temps-ci.
Tous ceux qui ont des points de repères dans l’esprit, je veux dire d’un certain côté de la tête, sur des emplacements bien localisés de leur cerveau, tous ceux qui sont maîtres de leur langue, tous ceux pour qui les mots ont un sens, tous ceux pour qui il existe des altitudes dans l’âme, et des courants dans la pensée, ceux qui sont esprits de l’époque, et qui ont nommé ces courants de pensée, je pense à leurs besognes précises, et à ce grincement d’automate que rend à tous vents leur esprit,
- sont des cochons.
Ceux pour qui certains mots ont un sens, et certaines manières d’être, ceux qui font si bien des façons, ceux pour qui les sentiments ont des classes et qui discutent sur un degré quelconque de leurs hilarantes classifications, ceux qui croient encore à des « termes », ceux qui remuent des idéologies ayant pris rang dans l’époque, ceux dont les femmes parlent si bien et ces femmes aussi qui parlent si bien et qui parlent des courants de l’époque, ceux qui croient encore à une orientation de l’esprit, ceux qui suivent des voies, qui agitent des noms, qui font crier les pages des livres, – ceux-là sont les pires cochons.
Vous êtes bien gratuit, jeune homme !
Non, je pense à des critiques barbus.
Et je vous l’ai dit : pas d’oeuvre, pas de langue, pas de parole, pas d’esprit, rien.
Rien, sinon un beau Pèse-Nerfs.
Et n’espérez pas que je vous nomme ce tout, en combien de parties il se divise, que je vous dise son poids, que je marche, que je me mette à discuter sur ce tout, et que, discutant, je me perde et que je me mette ainsi sans le savoir à PENSER, – et qu’il s’éclaire, qu’il vive, qu’il se pare d’une multitude de mots, tous bien frottés de sens, tous divers, et capables de bien mettre au jour toutes les altitudes, toutes les nuances d’une très sensible et pénétrante pensée.
Ah ces états qu’on ne nomme jamais, ces situations éminentes d’âme, ah ces intervalles d’esprit, ah ces minuscules ratées qui sont le pain quotidien de mes heures, ah ce peuple fourmillant de données, – ce sont toujours les mêmes mots qui me servent et vraiment je n’ai pas l’air de beaucoup bouger dans ma pensée, mais j’y bouge plus que vous en réalité, barbes d’ânes, cochons pertinents, maîtres du faux verbe, trousseurs de portraits, feuilletonistes, rez-de-chaussée, herbagistes, entomologistes, plaie de ma langue.
Je vous l’ai dit, que je n’ai plus ma langue, ce n’est pas une raison pour que vous persistiez, pour que vous vous obstiniez dans la langue.
Allons, je serai compris dans dix ans par les gens qui feront aujourd’hui ce que vous faites. Alors on connaîtra mes geysers, on verra mes glaces, on aura appris à dénaturer mes poisons, on décèlera mes jeux d’âme.
Alors tous mes cheveux seront coulés dans de la chaux, toutes mes veines mentales, alors on percevra mon bestiaire, et ma mystique sera devenue un chapeau. Alors on verra fumer les jointures des pierres, et d’arborescents bouquets d’yeux mentaux se cristalliseront en glossaires, alors on verra choir des aérolithes de pierre, alors on verra des cordes, alors on comprendra la géométrie sans espaces, et on apprendra ce que c’est que la configuration de l’esprit, et on comprendra comment j’ai perdu l’esprit.
Alors on comprendra pourquoi mon esprit n’est pas là, alors on verra toutes les langues tarir, tous les esprits se dessécher, toutes les langues se racornir, les figures humaines s’aplatiront, se dégonfleront, comme aspirées par des ventouses desséchantes, et cette lubrifiante membrane continuera à flotter dans l’air, cette membrane lubrifiante et caustique, cette membrane à deux épaisseurs, à multiples degrés, à un infini de lézardes, cette mélancolique et vitreuse membrane, mais si sensible, si pertinente elle aussi, si capable de se multiplier, de se dédoubler, de se retourner avec son miroitement de lézardes, de sens, de stupéfiants, d’irrigations pénétrantes et vireuses,
alors tout ceci sera trouvé bien,
et je n’aurai plus besoin de parler.
.

Le Pèse-Nerfs, 1925

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Jacques Rebotier & Elise Caron

Message  Babel le Sam 27 Juin - 7:50







"Jacques a cent ans"

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Re: En poésie, la parole est libre

Message  Babel le Sam 18 Juil - 21:12

Lu sur le blog d'Olivier Favier, Dormira Jamais.

Moi qui n'ai pas chanté,
Sotiris Pastàkas

Moi qui n’ai pas chanté
le rouge profond de la rose,
qui n’ai pas chanté
le sanglot qui a
la profondeur d’un sourire
le profil de trois-quart,
le coin caché
dans mon esprit,
les taches rouges
sur le drap de la mer
quand un vent bref soulève
une à une les rides
de mon cerveau
une à une mes propres
pertes – rideau
qui rougit
juste avant de prendre feu.
La lumière visible.
Les sens, cinq.
Les cent-cinq
habitants d’Iraklia.
Les onze mètres de la coque.
Les bières non comptées.
Les campari comptés
dans leurs reflets.
Une valise, un chapeau
et un divorce.
Encore un campari, s’il vous plait.
Un divorce
et des milliers de parapluies.
Portez-moi d’autres campari.
Je veux voir croître
ma part de martyre
autant que croît votre
plaisir ordonné.
Donnez-moi une grosse orange rouge.
Ne chante plus, tu as chanté
autant qu’il t’a été donné. Chante
les enfants qui chantent encore
à dix heures du soir, on entend
seulement leur voix
dans la cour de l’église,
dans la Semaine Sainte et encore au-delà
des hurlements de chiens errants.
Ils n’ont pas encore fini
de jouer, moi si
j’ai fini, mais pourquoi eux ne jouent-ils pas avec moi.
Un à un j’appelle les enfants
par leur prénom,
Ilìas, Aléxis, Kostì, Éghli
et pas un seul qui réponde
à ce cri. Noms sans réponse
de quelqu’un qui n’est pas devenu père.
Je n’ai pas chanté la paternité
feu d’artifice qui ne fait pas exploser
le contenu de mes couilles
la nuit, je suis un raté
quelqu’un sans munitions nuit sans feu de bengale,
feu d’artifice qui n’a pas explosé,
qui n’a pas enflammé l’obscurité,
simple lanterne rouge.
Je n’ai pas chanté le guide
je n’ai guidé personne en aucun lieu:
psychiatre raté alcoolique,
j’ai seulement suivi les étincelles
de feu qu’émettaient par les yeux
amies et amis – obligation
suprême, même si je ne l’ai pas chantée,
la vie, de la respecter
de la suivre,
de la dépasser,
de la laisser courir derrière moi,
de la laisser courir devant moi.
Elle n’a pas de lanternes la vie
elles tombent dans le plus profond abime
ceux qui en suivent les pas.
Je n’ai pas chanté les feux,
de la lanterne au phare
j’ai changé mes lumières
et même ainsi je ne vois pas mes amis
je ne vois personne:
anorexie, alcool, et insomnie.
Je vois seulement des cauchemars
devant moi: je prévois
et je ne voudrais pas ce don,
j’ai eu peur et j’ai essayé de l’étouffer,
je devine chacune de mes futures
pertes personnelles,
aucune marche en arrière dans la vie.
Il ne m’a pas été donné de chanter
la peur, ni la sortie
de la crise, je n’ai jamais écrit
qu’il était rouge ce bref vent
qui sculptait les rides
sur le drap de la mer.
Je n’ai jamais dit qu’elle était rouge
ma bouche insatiable
quand elle se posait sur sa bouche rouge.
Je n’ai pas dit qu’elles étaient rouges
les mains qui enlaçaient
son corps – je ne les ai jamais chantées.
Je n’ai jamais chanté
ses mains rouges, ses lèvres
rouges, les menstruations
qui lui coulaient de la chatte,
les stop qui s’allumaient
ici et là sur son corps ,
je n’ai pas chanté
son herpès puerpéral.
Je n’ai jamais chanté les interdits.
Seulement ceux que j’ai encaissés.
J’ai chanté mon sanglot
qui avait la profondeur d’un sourire.
J’ai chanté la joie inattendue
qui cache profondément en elle
une couleur rouge et sauvage,
le sang que j’ai craché
le plus loin possible
pour voir d’où souffle
le vent pour définir
la direction
ma prochaine destination.
Je n’ai pas écrit sur la joie.
À la fin, on ne m’a pas donné
le rouge profond de la rose
parce que je voulais devenir rose
et je ne vous l’ai pas confessé,
j’ai seulement colorer de rouge les oeufs
pour me foutre de vous. J’émettais
des cris rouges. Je buvais
des flammes rouges. Je m’habillais
de l’habit rouge du clown
pour m’amuser, pour enflammer
ma vie blafarde, RH
incertain comme mon groupe:
zéro avec un signe négatif.
Lignes blanches, lignes rouges
à la fin, pas même mon sang
vous ne pourrez m’offrir
en cas de besoin, sachez
que je serai expéditif pour vous souhaiter bonne nuit.
Les enfants n’ont pas fini
encore de jouer,
nuit rouge d’avril
qu’il finisse ici, pour moi
le poème.


(Traduction Olivier Favier)

Poème extrait de Bafouiller la vie (2012), recueil inédit.

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Re: En poésie, la parole est libre

Message  Vic le Dim 2 Aoû - 15:32

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Re: En poésie, la parole est libre

Message  MO2014 le Ven 4 Sep - 7:56



Les vagues câlinant mon corps
Fatigué d'avoir trop joué
Sans gilet et sans bouée
Bercé par la mère Égée , je dors

Pardonnez moi pour tous ces torts
Mon petit bateau a chaviré
Sur vos plages s'est échoué
Gâchant vos paradisiaques décors

Je suis seul responsable de ce sort
Par vos châteaux de sable attiré
Mais mes larmes les ont noyés
Bien avant que je n'arrive à bon port

N'ayez ni amers regrets ni remords
Nul ne pourra vous condamner
Pour le doux sommeil d'un bébé
Quand votre propre coeur est mort .

Taous Aït Amrouche

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Re: En poésie, la parole est libre

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