Situation révolutionnaire en France en 1945 ?

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Situation révolutionnaire en France en 1945 ?

Message  louismichel le Mar 26 Mar - 15:58

A Méditer pour Vérié2, sur l'absence de situation révolutionnaire en France en 1945!!


Le P.C.I. et le mouvement des masses
La classe ouvrière continue à affirmer sa combativité, tant sur le terrain des usines, par la grève, les retards collectifs, les délégations massives qui souvent lui permettent de faire reculer les patrons, que, pour une fraction d'entre elles sur le terrain des maquis et de la résistance.
La Vérité du 22 juin 1944 écrit : "la certitude qui doit être la base d'airain de la politique de la IVème Internationale, c'est que la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, implique nécessairement la formation de comités ouvriers qui s'opposeront dans une période de dualité de pouvoir au pouvoir bourgeois et à la politique de trahison des staliniens".
Les faits vont bientôt le confirmer.
Le 9 août, les cheminots de la région parisienne se mettent en grève.
La grève de la métallurgie commence le 11 août, se généralise à partir du 16 août. Entre le départ des troupes allemandes et l'arrivée des alliés, plus de dix usines de la métallurgie parisienne sont occupées par les ouvriers.
Les trotskystes appellent à former des piquets de grève, à élire des comités de grève, à contacter les autres usines.
A Argenteuil, les ouvriers élisent le premier comité d'usine, La Vérité du 18 août 1944 écrit "comme en 1936, les ouvriers commencèrent l'occupation et, maîtres de leur usine, élisent immédiatement un comité provisoire de trois membres, puis un comité d'usine de 27 membres, avec des représentants de tous les ateliers représentant le bloc unanime.
Le comité organisa aussitôt les divers services : le service du ravitaillement et le service d'ordre.
La commission du ravitaillement s'aperçut d'abord que les repas distribués par la direction lui coûtait 3,75 F et qu'elle faisait ainsi un énorme bénéfice en volant les ouvriers. Le chef de la cantine fut aussitôt renvoyé et, avec les réserves, les ouvriers organisèrent une cantine gratuite…
Le service d'ordre fut également organisé… Malheureusement, les ouvriers n'étaient pas armés. Les groupes de résistance… refusèrent de donner des armes aux ouvriers".
Le 22 août 1944, une semaine après la formation des premiers comités d'usine, les ouvriers de Renault élisent un comité provisoire et s'adressent à tous les ouvriers.
Dans la banlieue Nord-ouest, le comité inter-usines regroupe une quarantaine d'entreprises. Un comité de liaisons inter-milices est constitué dans la banlieue ouest.
Dans la région de la Loire, au lendemain de la libération, des comités sont formés dans toutes les usines, la plupart élus démocratiquement.
Souvent, ces comités se transforment en comités de gestion qui prennent la direction économique des usines, faisant la preuve de leur capacité. Dans Paris et la banlieue, les ménagères constituent leurs comités pour le ravitaillement…
Ce sont souvent les militants du P.C.I. qui se trouvent à la tête du mouvement. C'est sous leur impulsion que le premier comité inter-usines est créé et qu'est posée la nécessité d'un comité central des entreprises.
Cette place très importante prise par le P.C.I. amènera De Gaulle, encouragé par le P.C.F. à refuser à la seule Vérité la parution légale.
Face à la décomposition de l'État corporatiste de Pétain, surgissait la nécessité de lui substituer l'État ouvrier. Cette nécessité s'est aussi manifestée par le fait que très souvent, les comités de libération, mais en place par les staliniens et les gaullistes "comme étape vers le retour aux municipalités bourgeoises, ont pris de fait le pouvoir dans les localités. Un congrès sera même convoqué à Avignon comme représentation du pouvoir des masses" face à l'État décomposé.
La police et la gendarmerie sont discréditées. Les milices ouvrières patriotiques armées, et les F.T.P. en province sont alors la seule force tendant à se substituer aux forces de défense de l'ordre bourgeois.
Là où le mouvement n'a pu déboucher sur les comités ouvriers, ce sont les commissions à la production qui rassemblent, à l'initiative des syndicats reconstitués, les délégués élus des travailleurs, des cadres qui "dressent le contrôle ouvrier face à un patronat qui sent poindre l'expropriation comme l'exigence des masses".
Si le rôle joué par les militants révolutionnaires, dans le mouvement autonome des masses, a été très important, il n'en a pas été de même vis-à-vis des maquis, et de la Résistance.
Une partie des travailleurs, notamment un grand nombre de jeunes, se trouvent rassemblés, au début de l'année 1944, dans les maquis.
Jusqu'alors, l'organisation dans son ensemble s'était détournée des maquis essentiellement pour trois raisons :
« Tout mouvement de partisans est d'essence petite-bourgeoise.
La lutte des partisans s'oppose donc à la lutte à l'usine.
Leur mouvement, tout spécialement soumis à l'impérialisme, s'oppose à la fraternisation ».

Cette appréciation ne prenait pas en compte le fait que le côté "résistance nationale" était le résultat de la politique du P.C.F. entièrement subordonnée au Comité national de la Résistance mis en place par De Gaulle en 1943 et que, d'autre part, le P.C.F. contrôlait très imparfaitement les maquis ; plusieurs exemples de fraternisation notamment "entre les troupes italiennes et les maquisards des Alpes, ou au moment de la libération de la Corse" sont cités dans un bulletin intérieur du P.C.I.
Refuser la relève, aller au maquis est au départ une démarche individuelle. Que pouvait faire d'autre un jeune menacé de déportation en 1942 ? L'activité du P.C.F. consistait en des attentats et sabotages contre les occupants, chèrement payés par la population, en représailles. Mais par la suite, la lutte contre la relève crée des réactions de classe, grèves, manifestations, solidarité entre ouvriers et jeunes…
Ne pas participer au maquis revient à abandonner la jeunesse au P.C.F., de même les ouvriers qui ne voient pas d'opposition entre la lutte à l'usine et la lutte dans les maquis.
"Unis par la vie commune de réfractaires, ouvriers, jeunes, petits-bourgeois, partisans se soudent et font ensemble des expériences pratiques".
Les trotskystes n'y sont pas pour que toutes les leçons de ces expériences puissent être tirées politiquement.
Quand plusieurs maquis, qui ont pris de l'importance, se voient isolés tant par les Anglais que par les Gaullistes, la Vérité du 17 février 1944, rompt son silence dans un article retentissant : "au secours des gars du maquis".
C'est au sein des partisans que les ouvriers se sont instruits et organisés militairement. C'est aux F.T.P. (Francs Tireurs et Partisans) que la milice ouvrière réclame des armes et non aux responsables gaullistes des villes.
Les maquis se disloqueront surtout à partir du débarquement des Alliés le 6 juin 1944. Les F.T.P. vont fournir les cadres des milices ouvrières patriotiques mises en place par le P.C.F.
Et alors que les ouvriers viennent grossir les rangs de ces milices, "le P.C.I. oppose aux milices ouvrières patriotiques, « piège nationaliste, mot d'ordre de collaboration de classes qui doit être dénoncé comme tel par tous les ouvriers conscients », des milices ouvrières « strictement lutte de classe » dont se détourne la classe ouvrière".
Par la suite, brutalement, sans même que la discussion ait été ouverte dans l'organisation, la Vérité appelle à rallier "les milices ouvrières patriotiques", et à ne créer de milices que si elles n'existent pas.
« Les bolcheviks-léninistes ne peuvent pas se contenter aujourd'hui de dénoncer ces organisations… Ils s'efforceront en même temps de faire pénétrer leur politique dans les rangs des partisans, en vue de regrouper les révolutionnaires sur une base politique et organisationnelle de classe ».
Et, au lendemain du débarquement de Normandie, le P.C.I., partant d'analyses correctes, aboutit à des conclusions fausses, parce que ne tenant pas compte notamment des illusions des masses.
Le P.C.I. affirme que "l'ampleur que la terreur fasciste a prise pendant la guerre n'a fait qu'esquisser la situation terrible qui attend les travailleurs s'ils n'arrivent pas à abattre le capitalisme générateur du fascisme et de la guerre. Mais le sort qui vous est réservé sous la domination des impérialismes américain et anglais ne sera pas meilleur".
Il ne tient pas compte du nouveau rapport de force entre les classes depuis 1943, ni de la désagrégation de l'État bourgeois. La Vérité reprend cette analyse sous le titre "Ils se valent".
S'il est vrai que la démocratie bourgeoise et le fascisme sont deux formes de domination de la classe capitaliste, le prolétariat ne saurait être indifférent au fait que sous la première il conserve ses positions de classe (qu'il a conquises par ses luttes), ses droits, ses libertés ouvrières, ses organisations, alors que sous la seconde il est atomisé, sans droits ni garanties, livré "pieds et poings liés" à l'exploitation capitaliste.

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les courageux gardiens de la police parisienne

Message  Dinky le Dim 24 Aoû - 22:45

Lutte Ouvrière n°2403 du 22 août 2014

Août 1914-août 1944 le capitalisme c'est la guerre


La presse, les radios, la télévision ont célébré le « soulèvement » de la police parisienne, le 19 août 1944, « contre l'occupant ». Si cet épisode est bien révélateur de quelque chose, c'est de la mystification qui s'opéra alors autour de ce qu'on appela et qu'on continue d'appeler la « libération », où gaullistes et direction du PCF tous unis agirent pour... remettre sur pied l'appareil d'État qui avait sévi contre la population durant quatre ans.

Les troupes américaines avaient débarqué depuis plus de deux mois en Normandie, l'armée allemande avait entrepris un repli général, ce qui avait rendu possible un deuxième débarquement, en Provence, le 15 août. La fin du régime dictatorial de Vichy, mis en place par la Chambre de Front populaire, n'était plus qu'une question de jours ou au plus de semaines. La population qui avait souffert de ce régime pendant quatre ans, en même temps que l'occupation, l'exécrait. La déconfiture du régime et de l'appareil d'État qui l'avait servi risquait de créer une situation politique et sociale dangereuse pour la bourgeoisie. Il fallait donc agir.

Et c'est ainsi que, pour lui redonner une crédibilité de « résistant », fut mis sur pied le scénario de la révolte de la police parisienne, qui démarra le lendemain de ce qui fut pompeusement appelé « l'insurrection parisienne, contre l'occupant ». Le tout fut mis au point en liaison avec le dirigeant du PCF Rol-Tanguy, qui dirigeait l'appareil de la Résistance sur Paris. Pour l'essentiel, cela se traduisit par le retranchement de quelques milliers de policiers au sein de l'immeuble de la préfecture dans l'île de la Cité. Le 24 août, la veille de son arrivée à Paris avec sa division, le général Leclerc leur envoya d'ailleurs le message suivant : « Tenez bon, nous arrivons. »

Et ainsi, cette même police qui depuis 1939 et pendant les années qui suivirent s'était illustrée, avec la dernière violence, par la chasse aux communistes, puis plus tard par la chasse aux Juifs et à tous ceux qui pouvaient contester le régime, n'hésitant pas à utiliser la torture et à commettre des assassinats, devint par enchantement « la police qui osa défié l'occupant ». De Gaulle d'ailleurs lui décerna dès octobre 1944 la Légion d'honneur et déclara : « Bravant l'occupant...déclenchant la lutte dès le 19 août, les courageux gardiens de la police parisienne ont donné à la nation un bel exemple de patriotisme et de solidarité, qui fut l'un des premiers facteurs du succès des combats pour la libération de la capitale. »

Cette réhabilitation de la police parisienne faisait partie de l'ensemble de l'opération voulue, avec la Résistance, la création du CNR, le Conseil national de la Résistance. Tout cela visait à maintenir en place l'ancien appareil d'État, dont la bourgeoisie avait besoin pour assurer sa domination au sortir de la guerre. C'est en particulier pour cette tâche que de Gaulle avait passé alliance avec les dirigeants du PCF et les avait déjà intégrés des mois à l'avance dans son Gouvernement provisoire. Et c'est ainsi que la même police, les mêmes gendarmes, les mêmes juges, les mêmes hauts fonctionnaires, après un bref intermède, purent sans problème relancer leur travail de répression, tout particulièrement contre les populations des pays colonisés qui se dressèrent contre l'impérialisme français.

Paul Sorel

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