Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

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Message  Byrrh le Mar 8 Jan - 12:57

Rouge (quotidien) n°15 du 11 mai 1974

Rubrique « Courrier des lecteurs »

Ouvriers et homosexuels


Camarades,
Nous sommes un groupe d’ouvriers, employés et fonctionnaires qui sommes séduits par la campagne du candidat communiste Alain Krivine.
Nous avons cependant décidé de vous poser une question avant de faire autour de nous de la propagande en faveur du candidat du FCR.
En effet, si nous sommes ouvriers, employés, fonctionnaires, nous avons tout de même une particularité qui fait de nous des gens prudents quant à nos engagements politiques.
Nous sommes homosexuels et serions fortement intéressés quant à connaître la position officielle du FCR sur l’homosexualité.
Nous avons bien sûr lu le programme de l’ex-Ligue Communiste et il nous paraît que le sujet de l’homosexualité y est traité un peu succinctement.
Dans la Quotidien Rouge, nous avons apprécié la publication de la lettre de l’Antinorm, ainsi que votre réponse.
Mais tout ceci est nettement insuffisant.
Nous n’avons aucunement l’intention de présenter l’homosexualité comme le problème le plus important de l’heure, mais, pour la plupart de notre groupe, vous comprendrez que le sujet nous tienne à cœur.
En effet, pour les 3/4 d’entre nous, qui étions militants du PCF (et sommes toujours cégétistes) et exclus pour « homosexualité », rejetés par le « parti de la classe ouvrière » et rejetés par eux de la classe ouvrière elle-même, nous avons pu nous rendre compte que ne pas demander de position officielle nous amène à risquer les pires déconvenues. Et, si nous pouvons appeler déconvenues l’exclusion du PCF, la perte de nos emplois (à la suite de campagnes de dénigrement), certaines de nos relations dans les pays de l’Est (URSS et Allemagne de l’Est) ne connaissent pas de déconvenues mais des peines d’emprisonnement fort longues.
Aussi voudrions-nous savoir si les communistes révolutionnaires que vous êtes êtes prêts à vous prononcer sur l’homosexualité ?
Nous n’ignorons pas qu’il est très difficile en période électorale de prendre publiquement position sur des problèmes aussi peu populaires que l’homosexualité. Mais nous pensons que l’éducation de la classe ouvrière dans la perspective de la révolution socialiste ne souffre aucune compromission, quitte à aller à contre-courant dans certains cas. Il ne suffit pas d’ignorer les problèmes pour que ceux-ci disparaissent.
Nous pensons donc qu’une position nette et publique du FCR serait l’amorce d’une vaste discussion dans la classe ouvrière sur tout ce qui touche à la sexualité.
Sans faire preuve d’égoïsme, nous vous avouerons que nous sommes peu rassurés par la perspective d’une victoire de la gauche.
Nous connaissons la position ultra-répressive du PCF en matière sexuelle (et particulièrement en matière d’homosexualité).
Quant au « candidat commun », la répression homosexuelle ne fut jamais aussi féroce que du temps de son règne au ministère de l’Intérieur (voir les statistiques des procès et condamnations de l’époque).
Il serait donc fort important pour les prolétaires homosexuels (les autres ont le fric et ça arrange pour eux beaucoup de choses) de savoir si le socialisme tel que vous le concevez leur apportera :
libération économique et répression sexuelle (ou plutôt homosexuelle)
ou :
libération totale, tant sexuelle qu’économique.
Paris 9ème
____________________

REPONSE DE ROUGE

Camarades,
1) Nous avons toujours condamné la répression contre les homosexuels. Tant dans nos textes programmatiques que dans la pratique (à propos des persécutions dont ils ont été victimes à Cuba ou à propos des incidents survenus à la fête de Lutte Ouvrière l’an passé). Sur ce point, il n’y a aucun flou, c’est un engagement précis.
2) Au-delà de cette position démocratique, nous n’avons pas de position arrêtée sur le débat de fond qui oppose ceux (comme Reich) qui analysent l’homosexualité comme une forme pathologique de la sexualité liée à l’oppression capitaliste, et ceux qui pensent au contraire que la sexualité, libérée des contraintes de la reproduction, s’épanouira sous les formes les plus variées (hétérosexuelle, homosexuelle, ou de groupe). Nous nous en tenons donc à lutter contre les institutions et la législation qui fixent une « normalité » sexuelle liée à des conditions historiques déjà dépassées.
3) En revanche, nous ne partageons nullement l’analyse faite, par Hocquenghem notamment, selon laquelle la vision homosexuelle consciente du monde serait, par nature, révolutionnaire. Qu’entend-il par consciente ? Tout est là.

Byrrh

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Message  Byrrh le Mar 8 Jan - 13:04

Des extraits d'un article de Lutte de classe (1972), la revue de LO :

Lutte de classe n°1 du 1er juin 1972

Le mouvement “gauchiste” quatre ans après mai 1968

La manifestation organisée à l’occasion du 1er mai 1972 par l’ensemble des groupes « gauchistes », hormis l’A.J.S., résumait, de façon sommaire mais saisissante, les problèmes du courant révolutionnaire en France.

Fait difficile à concevoir avant 1968 mais qui, aujourd’hui, fait partie des données de la vie politique française, en une occasion qui n’était pas en elle-même particulièrement mobilisatrice, le courant gauchiste est capable d’organiser une manifestation comparable par l’ampleur à celle du P.C.F. et de la C.G.T.

Cependant cette manifestation était composée essentiellement d’étudiants et charriait dans ses rangs toute une faune d’éléments déclassés, folkloriques, totalement étrangers au socialisme et à la classe ouvrière et pas seulement socialement.

(...)

LES COURANTS MAOÏSTES

(...)

Là encore, la diversité des groupes maoïstes laisse place à de multiples variantes, et tous n’utilisent pas les mêmes moyens ou le même vocabulaire. Mais, dès lors que l’on n’a pas le souci profond et constant de gagner la confiance et d’élever la conscience de classe des travailleurs, tout devient possible et parfaitement justifiable, du moment que cela semble « efficace ».

Du moment que c’est le « peuple » qui est révolutionnaire, et cela de façon indifférenciée, autant s’appuyer sur toutes les catégories ou franges de ce « peuple » qui, momentanément, semblent plus radicales. Sur les étudiants, sur le lumpenproletariat, sur les éléments déclassés, peu importe. Tous ceux qui sont opprimés ou réprimés à quelque titre que ce soit, sont opposés à ceux qui les oppriment ; on attribue donc à leur opposition une signification révolutionnaire socialiste. Homosexuels et drogués se retrouvent finalement affublés des mêmes vertus révolutionnaires que les travailleurs, plus même, puisque les premiers se révoltent et que les seconds seraient encore apathiques.

La démagogie, la flatterie à l’égard des déclassés, le parti pris de dire et faire toujours ce qui plaît, est une constante, sinon de tous les courants maoïstes, du moins du courant majoritaire des spontanéistes. Avec une telle « politique », il est possible de se trouver des troupes dans le milieu de déclassés qui gravitent autour des gauchistes, mais pas de construire un parti, en tout cas, pas un parti révolutionnaire socialiste.

(...)

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Message  Byrrh le Mar 8 Jan - 13:07

Lutte ouvrière n°195 du 23 mai 1972

Rubrique « Courrier des lecteurs »

1er mai : la faune gauchiste et les révolutionnaires


Chers camarades,

Ayant assisté comme sympathisant au défilé du matin du 1er mai, je viens par cette lettre vous apporter quelques critiques que je crois nécessaire de faire (elle s’adresse aussi à la Ligue) mais peut-être verrez-vous là une déformation due à mon origine P.C.F. En effet, votre service d’ordre qui m’avait agréablement surpris aux obsèques de Pierre Overney ne ressortait pas assez ce 1er mai, et si nous pouvons tolérer dans nos manifestations les anarchistes qui ne sont pas des marxistes et les communistes libertaires qui se disent l’être, il est inadmissible que nous puissions être confondus avec les homosexuels et les lesbiennes « révolutionnaires » que nous aurions dû refouler résolument hors du cortège, nous ne ferons pas un parti révolutionnaire puissant avec des désaxés qui n’ont aucun lien avec les ouvriers.

D’autre part, les camarades qui représentaient le Joint Français semblaient beaucoup plus participer à une fête folklorique qu’à un 1er mai de lutte révolutionnaire surtout place Gambetta où ils exhibèrent comme emblème révolutionnaire le drapeau de la vieille Bretagne réactionnaire, je le connais bien, je suis Breton et l’ai vu dans les manifs des nazis bretons pendant la guerre alors que les camarades staliniens ou trotskystes tombaient sous les balles de leurs amis, les hitlériens.

A part cela, je ne peux que vous souhaiter de réussir bientôt, d’abord dans l’unité des groupes trotskystes ensuite dans l’organisation d’un solide parti révolutionnaire.

Amicales salutations.

A.B., Versailles.

---------------------------

Chers camarades,

Je vous écris au sujet de notre manifestation du 1er mai, qui m’a profondément déçue. Après Overney, après Pennaroya et Girosteel, pendant la grève du Joint Français, je m’attendais à un défilé combatif, un défilé « pour un 1er mai de lutte de classe ». Je n’ai vu qu’une navrante kermesse où les hommes-orchestres de la Ligue côtoyaient joyeusement les travestis du F.H.A.R., le tout couronné par une chanteuse aux idées douteuses, et une musique qui n’a rien à voir avec les traditions du mouvement révolutionnaire. Et vous, camarades de Lutte Ouvrière, vous vous êtes compromis dans une démonstration où les très rares travailleurs présents n’ont sans doute pu que se sentir mal à l’aise. Et le fait même que votre propre cortège se soit lui aussi senti mal à l’aise dans cette manifestation montre en fait que vous avez accepté un compromis en votre défaveur. Pourquoi avoir manifesté avec des groupes qui ont montré leur nature gauchiste d’une façon aussi éclatante ? Pourquoi avoir accepté de transformer la journée internationale des travailleurs en kermesse générale ? Au nom de l’unité ? Doit-on tout sacrifier à l’unité ? Pourquoi être unitaire avec des groupes qui ne se sont pas, consciemment ou non, placés sur le terrain de lutte des travailleurs et qui ont préféré se laisser aller à leurs instincts gauchistes ? Devait-on être unitaire avec des gens qui ont préféré la pop-music à l’Internationale, et l’agitation sexuelle à l’agitation ouvrière ? Vous avez accepté l’unité sur les bases du gauchisme. C’est payer très cher le droit de relever le défi lancé par le P.C.F.

Encore un point qui, s’il est moins important pratiquement, n’en est pas moins significatif du recul effectué par vous face à la poussée gauchiste. Je veux parler de l’un des slogans figurant dans le communiqué commun lu à la tribune à la fin de la manifestation : « Vive le Front Révolutionnaire Indochinois ». Vous avez accepté un slogan purement gauchiste qui va, il me semble, totalement à l’encontre de votre analyse sur la situation actuelle en Indochine. Dommage.

Tout cela peut-être pour ne pas se couper de ces organisations qui, demain peut-être, reviendront sur leur attitude présente, pour adopter une position plus correcte avec nous.

Mais c’est tout de même chèrement payé.

Fraternelles salutations révolutionnaires.

C.R., Paris.

---------------------------

(Réponse de LO)

Nous sommes bien d’accord avec la plupart des critiques qu’adressent nos correspondants au cortège gauchiste du 1er mai à Paris. Nous les avons d’ailleurs faites nous-mêmes publiquement dans ce journal, à l’occasion du 1er mai et auparavant à l’occasion d’autres manifestations gauchistes qui avaient donné lieu à de semblables mascarades.

Le seul problème qui se pose est donc celui de notre participation lorsqu’il existe un risque de les voir se reproduire.

Nous faisons partie du mouvement gauchiste que nous le voulions ou non. Que nous soyons présents ou non, nous serons considérés comme responsables de la tenue de ces manifestations par tout le monde y compris par les travailleurs qui ne viennent pas à ces manifestations mais qui côtoient chaque jour nos militants dans les entreprises où ils travaillent. L’attitude la plus raisonnable est donc non pas d’abandonner le terrain mais de l’occuper pour essayer d’imposer aux cortèges gauchistes, du moins dans une partie de ceux-ci, une tenue dont nous n’ayons pas à avoir honte.

Et bien entendu imposer ne peut pas signifier pour nous exclure à coup de poing ces gens avec qui nous pensons ne rien avoir à faire mais développer une politique telle qu’ils n’aient nulle envie de venir se mêler à nos rangs.

Ceci dit, ces aspects négatifs, même s’ils frappent particulièrement les militants comme c’est normal, restent tout de même mineurs par rapport à l’aspect positif qui est une apparition conséquente du mouvement révolutionnaire dans la rue. L’arbre, même pourri, ne doit pas nous cacher la forêt.

Byrrh

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Message  Byrrh le Mar 8 Jan - 13:12

Lutte ouvrière n°228 du 9 janvier 1973

Contre l’hypocrisie morale de la bourgeoisie

Révolution sexuelle ou révolution sociale ?


L’AFFAIRE Carpentier – ce médecin frappé d’une interdiction d’exercer pour avoir rédigé et diffusé un tract intitulé « Apprenons à faire l’amour » – puis celle de Nicole Mercier à Belfort – elle avait commenté un tract du même genre à la demande de ses élèves – ont permis à tout ce que la France compte de réactionnaires et de constipés du bas-ventre de hurler en chœur au scandale.

Cette droite, qui empêche toute libéralisation du statut de l’avortement, qui freine des quatre fers quand elle entend parler d’éducation sexuelle et qui lutte de toutes ses forces contre toute amélioration réelle de la situation de la femme, cette droite a enfin trouvé motifs à partir en guerre pour la défense des « cœurs restés purs et innocents » que « nul n’a le droit de violer », comme écrivait récemment le quotidien l’Est Républicain à propos du « cas » Mercier.

Ces preux chevaliers de la pudibonderie ne craignent décidément pas le ridicule. Eux qui embouchent les trompettes guerrières à propos d’un malheureux tract nous avaient habitués à plus de silence face aux saletés en tous genres dont la société capitaliste gave les « cœurs purs ». Il n’y a qu’à feuilleter un magazine, à prendre une place de cinéma ou se promener dans la rue pour être « violé », agressé par une sexualité tapageuse et commerciale qui s’étale partout.

Les révolutionnaires ne peuvent, bien sûr, qu’être solidaires de tous ceux que révolte cette société où le sexe est tabou côté cour et objet commercialisable côté jardin, et auxquels la réaction bourgeoise voudrait imposer le silence.

Cependant, combattre ceux dont la morale feint d’ignorer le sexe doit-il se faire au nom d’une prétendue « lutte sexuelle » qui ne veut plus connaître que la sexualité, qui prône la recherche du plaisir physique comme fil conducteur de la vie et du comportement de chacun ?

« Jouir sans entraves, vivre sans temps mort, baiser sans carotte », comme le proclame le « sexe-tract » belfortain, est-ce vraiment le but de ceux qui veulent mettre à bas la société capitaliste ? Est-ce vraiment l’idéal de vie auquel doivent aspirer ceux qui veulent construire une société meilleure ?

Que certains groupes gauchistes ou gauchisants, à la suite de l’affaire de Belfort, aient tenu à diffuser ce tract à la porte de lycées, à Paris comme en province, est évidemment logique de la part de ceux qui confondant liberté et défoulement, dressent un piédestal à l’homosexualité, à la drogue ou au sado-masochisme, qualifiés pour la circonstance de « subversifs » et même de « révolutionnaires ».

Car c’est une bien pauvre définition de la liberté qu’il nous faut conquérir, que celle qui voudrait la réduire à la possibilité pour chacun de satisfaire ses instincts ou ses désirs. Car c’est à un bien triste avenir auquel aspirent ceux qui ne critiquent la misère de la société de classe que pour prêcher une sorte de retour à la nature et à la sauvagerie primitive (la manière dont ils imaginent ce retour étant d’ailleurs fortement déterminée par la société actuelle !).


Dans leur lutte contre le vieil ordre bourgeois et pour l’établissement d’une société sans classes, les révolutionnaires ne combattent pas pour la seule partie de l’humanité située au-dessous de la ceinture. Les révolutionnaires luttent pour la victoire du prolétariat qui, seule, permettra d’émanciper l’humanité tout entière des contraintes – sexuelles et autres – et lui permettra de se réaliser pleinement en tant qu’hommes et femmes, en tant qu’êtres humains.

Car, pour nous, socialistes révolutionnaires, l’être humain est un tout qui, certes, englobe la sexualité mais qui ne s’y limite pas et qui la dépasse, comme il dépasse de nombreuses autres fonctions physiologiques, végétatives : boire, manger, dormir… Et c’est justement en cela que l’homme n’est plus un animal dont toute la vie s’épuise dans la recherche de la satisfaction de ses seuls instincts. Parce que l’homme possède un cerveau qui lui confère une place à part dans le règne animal, parce que l’humanité a derrière elle des millénaires de vie sociale, la sexualité de cet animal qui s’appelle l’homme ne met plus seulement en jeu des réactions physiques, mais se trouve indissolublement liée à toute la vie affective, intellectuelle et sociale de chaque individu, de l’espèce humaine tout entière même.

Que les petits et grands bourgeois, dans une société qui pourrit sur pied, se donnent pour but – faute d’en imaginer un autre – la consommation tous azimuts de leur propre corps, la recherche de « sensations nouvelles », n’est certes pas pour nous étonner. Toute société sur le déclin porte les stigmates de sa déchéance dans le corps même de ceux qui composent les classes dirigeantes ; les empires romain et asiatiques agonisant en ont témoigné bien avant la société bourgeoise.

En s’élevant sur les ruines du communisme primitif, il y a quelques milliers d’années, la société divisée en classes enfermait les individus – et les femmes plus particulièrement – dans le cadre de la famille fondée sur le mariage et la répression sexuelle. Les relations d’argent qui pourrissaient les rapports entre les individus n’épargnaient pas les partenaires sexuels et faisaient de la vente de son corps, de la prostitution, une chose normale. Et de même que du mariage naissait la prostitution, de même l’individu dont la société brimait la sexualité eut pour jumeau un individu réduit quasiment à sa seule sexualité.

En attaquant la misère des relations individuelles – sexuelles entre autres – existant dans notre société, mais en le faisant au nom d’une prétendue « révolution sexuelle » qui se suffirait à elle-même, nombre de « gauchistes » et de petits-bourgeois ne se rendent pas compte qu’ils s’emparent d’un bâton au bout duquel se trouve précisément ce contre quoi ils veulent lutter. C’est ce que montre (involontairement) Dernier tango à Paris où un certain Marlon Brando se livre à des ébats amoureux peut-être variés, mais désespérément tristes, aux cris de « à bas la famille, à bas l’armée ». En glissant du terrain de la lutte sociale sur celui d’une « lutte sexuelle » prétendument subversive, finalement, toute une frange de l’extrême-gauche ne fait que promouvoir une subversion vieille comme la société de classes, celle de la classe dominante.

Pierre LAFFITTE.

Byrrh

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  Byrrh le Mar 8 Jan - 13:16

Lutte ouvrière n°459 (juin 1977)

USA

Discrimination contre les homosexuels : le temps de l’intolérance


L’Amérique se vante de laisser à ses citoyens les plus larges libertés de vivre et d’agir selon leur conscience.

Et le fait est qu’aux Etats-Unis, bien plus que dans la plupart des pays dits démocratiques, on peut voir fleurir des communautés religieuses ou philosophiques, vivant quelque peu en marge du reste de la société et bénéficiant cependant de droits très étendus.

C’est pourtant en Floride, dans la ville de Miami, que vient de se dérouler une grotesque manifestation d’intolérance. Par voie de référendum, la population s’est prononcée très largement contre les mesures prises par les autorités locales visant à interdire toute discrimination à l’égard des homosexuels dans l’emploi et le logement.

Qu’on soit adepte de la secte Moon ou Témoin de Jéhovah, qu’on pratique l’exorcisme pour chasser le diable ou qu’on se réclame ouvertement du KKK, voilà qui est parfaitement accepté au nom de la liberté individuelle.

Par contre le simple droit à l’existence, le droit de se loger et de travailler est refusé à des gens qui ne croient peut-être pas à Satan ou au Bon Dieu, ou à quelque autre guignol, mais qui ont le tort de ne pas se conformer aux attitudes morales dominantes.

La pratique du référendum, qui semble pourtant le moyen le plus démocratique de voter une loi, se révèle ici comme la pire des censures. C’est que la démocratie n’est pas seulement une affaire de règles juridiques. Et la société bourgeoise, aux Etats-Unis comme partout ailleurs, est une société aux moeurs barbares, qui suscite tout à fait légalement et propage les pires superstitions qui pratique le racisme, pousse les individus vers le sadisme ou la pornographie la plus vile sans y trouver à redire. Mais par contre, c’est la même société qui sécrète cette barbarie qui prétend au nom de la morale imposer des mesures vexatoires aux homosexuels.

Les homosexuels sont nombreux aux Etats-Unis (d’après une statistique récente, on en compterait 20 millions, soit 10% de la population). Mais sont-ils plus anormaux qu’un certain nombre de gens, qui, confortablement installés dans leur hétérosexualité, ont voté la discrimination.

Cette société n’est pas capable de créer les conditions d’une harmonie dans les rapports entre hommes et femmes. Et le comble est qu’une société qui suscite elle-même l’homosexualité soit incapable de reconnaître aux homosexuels les droits les plus élémentaires.

Hélène DURY.

Une opinion exprimée quasiment dans les mêmes termes presque trente ans plus tard par des anciens de LO :

« Aujourd’hui, nous défendons ouvertement tous les droits démocratiques, dont ceux des homosexuel(le)s. Nous comprenons aussi que l’homosexualité n’est pas d’origine naturelle mais sociale. D’une certaine façon, telle qu’elle s’exprime dans la société d’oppression, elle n’est pas sans lien avec la perversion des rapports entre hommes et femmes, conséquence de l’oppression, rapports auxquels d’ailleurs elle ne peut échapper et que, souvent, elle reproduit, parfois même de façon caricaturale. » (Débat militant N°61 du 18 mars 2005, article de Sophie Candela : « A l’occasion du 8 Mars : retour sur l’analyse marxiste de l’oppression et de l’émancipation des femmes, partie intégrante de l’émancipation de tous les opprimés »).

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  Byrrh le Mar 8 Jan - 13:21

Un autre article, datant cette fois-ci des années soixante, et reprenant un élément du discours homophobe traditionnel des staliniens :

Lutte de classe n°58 du 29 janvier 1963

La nuit la plus longue


(...)

Mais les onze années écoulées depuis la fin de la guerre avaient permis à l’extrême-droite allemande de s’unifier et de s’organiser solidement. Le parti nazi s’était considérablement développé depuis le jour de 1920 où Hitler en était devenu le 7ème membre. Officiers subalternes et sous-officiers, démobilisés et incapables de retrouver une place dans la vie civile, étaient venus grossir ses rangs peu à peu, souvent après être passés par l’école de la conspiration militaire quand ce n’était pas par celle de l’assassinat politique. Ils y avaient retrouvé, pêle-mêle, étudiants et petits-bourgeois nationalistes et authentiques membres du « milieu » à la recherche d’une caution politique.

Cette armée hétéroclite avait des cadres qui la représentaient dignement : Goering, ancien capitaine morphinomane ; Roehm, ancien capitaine aussi, mais homosexuel ; Streicher qu’on ne voyait jamais sans un fouet à la main ; Himmler, éleveur de pigeons, devenu tortionnaire ; Hess, qui sombra dans la folie.

Un tel parti ne pouvait mieux choisir en prenant comme héros le souteneur Horst Wessel.


(...)

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  verié2 le Mar 8 Jan - 13:43


Lutte ouvrière (courrier)
les travestis du F.H.A.R., le tout couronné par une chanteuse aux idées douteuses, et une musique qui n’a rien à voir avec les traditions du mouvement révolutionnaire
Même si je ne connaissais pas tous ces textes (ou les avais oubliés...), je connaissais évidemment les positions générales de LO, mais ce passage d'un courrier de lecteur sur la musique vaut le jus, le pire étant que, par sa réponse, LO semble tout approuver...
Byrrh Une opinion exprimée quasiment dans les mêmes termes presque trente ans plus tard par des anciens de LO :

« Aujourd’hui, nous défendons ouvertement tous les droits démocratiques, dont ceux des homosexuel(le)s. Nous comprenons aussi que l’homosexualité n’est pas d’origine naturelle mais sociale. D’une certaine façon, telle qu’elle s’exprime dans la société d’oppression, elle n’est pas sans lien avec la perversion des rapports entre hommes et femmes, conséquence de l’oppression, rapports auxquels d’ailleurs elle ne peut échapper et que, souvent, elle reproduit, parfois même de façon caricaturale. » (Débat militant N°61 du 18 mars 2005, article de Sophie Candela : « A l’occasion du 8 Mars : retour sur l’analyse marxiste de l’oppression et de l’émancipation des femmes, partie intégrante de l’émancipation de tous les opprimés »).
Qu'entends-tu par "anciens de LO" ? Je ne connais ni Débat militant ni Sophie Candela...

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  Byrrh le Mar 8 Jan - 14:36

verié2 a écrit:Qu'entends-tu par "anciens de LO" ? Je ne connais ni Débat militant ni Sophie Candela...
Il s'agit du courant d'Yvan Lemaître, ancien dirigeant de LO à Bordeaux, exclu en 1997 avec les autres militants des sections de Rouen et Bordeaux. Il a été le cofondateur du groupe "Voix des travailleurs", qui a été intégré à la LCR en 2000.
Son courant au sein du NPA publie désormais le bulletin "Débat révolutionnaire".

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  sylvestre le Mar 8 Jan - 15:48

Byrrh a écrit:
verié2 a écrit:Qu'entends-tu par "anciens de LO" ? Je ne connais ni Débat militant ni Sophie Candela...
Il s'agit du courant d'Yvan Lemaître, ancien dirigeant de LO à Bordeaux, exclu en 1997 avec les autres militants des sections de Rouen et Bordeaux. Il a été le cofondateur du groupe "Voix des travailleurs", qui a été intégré à la LCR en 2000.
Son courant au sein du NPA publie désormais le bulletin "Débat révolutionnaire".

Je ne crois pas qu'Yvan Lemaître participe encore à Débat révolutionnaire. Il a rejoint la "majo" depuis quelques années avec d'autres membres de l'ex PF2.

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  Byrrh le Mar 8 Jan - 16:11

sylvestre a écrit:
Byrrh a écrit:
verié2 a écrit:Qu'entends-tu par "anciens de LO" ? Je ne connais ni Débat militant ni Sophie Candela...
Il s'agit du courant d'Yvan Lemaître, ancien dirigeant de LO à Bordeaux, exclu en 1997 avec les autres militants des sections de Rouen et Bordeaux. Il a été le cofondateur du groupe "Voix des travailleurs", qui a été intégré à la LCR en 2000.
Son courant au sein du NPA publie désormais le bulletin "Débat révolutionnaire".

Je ne crois pas qu'Yvan Lemaître participe encore à Débat révolutionnaire. Il a rejoint la "majo" depuis quelques années avec d'autres membres de l'ex PF2.
OK. Je pensais que tout le courant "Débat révolutionnaire" avait rejoint l'actuelle majorité du NPA.

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  verié2 le Mar 8 Jan - 16:29


Lutte ouvrière Article de Pierre Laffitte
Que les petits et grands bourgeois, dans une société qui pourrit sur pied, se donnent pour but – faute d’en imaginer un autre – la consommation tous azimuts de leur propre corps, la recherche de « sensations nouvelles », n’est certes pas pour nous étonner. Toute société sur le déclin porte les stigmates de sa déchéance dans le corps même de ceux qui composent les classes dirigeantes ; les empires romain et asiatiques agonisant en ont témoigné bien avant la société bourgeoise.
Je viens de lire l'article de Pierre Laffitte. C'est assez intéressant de constater de quelle façon le dénigrement de l'homosexualité et d'une certaine façon de la sexualité humaine en général est lié à une certaine vision de la décadence du capitalisme, d'un système "en putréfaction" etc.
On y trouve même une référence à "la décadence de l'Empire romain" !(1) Selon certaines théories assez réactionnaires et peu matérialistes, les "moeurs" des Romains et des Grecs seraient à l'origine de la "décadence" de ces civilisations. Laffitte reprend en somme implicitement cette théorie : le capitalisme en putréfaction est proche de sa fin et cette putréfaction engendre diverses perversions et comportements sexuels contre-nature qui vont probablement contribuer à sa chute, et nos petits bourgeois gauchistes se vautrent dans cette putréfaction en faisant l'apologie de ces comportements, en leur prêtant des vertus révolutionnaires.

Si on se réfère à la Grèce antique, cette décadence des moeurs serait à comparer avec la "pureté" des moeurs de cités grecques dites viriles, comme peut-être les Spartiates, dont les vertus militaires sont bien connues. Sauf que l'homosexualité était plus ou moins institutionnalisée dans l'armée de Sparte, si mes souvenirs sont bons...

Cette vision est, non seulement imprégnée d'une idéologie idéaliste profondèment réactionnaire, mais elle procède aussi d'une conception tout à fait fausse du capitalisme, qui aurait connut une période d'ascension, un apogée, puis une période de décadence menant inexorablement à sa chute. Ce qui fait bon marché du développement sans précédent du capitalisme après la seconde guerre mondiale. D'autant que c'est sur la base de ce développement qu'une amélioration non seulement matérielle mais des libertés des meours a pu se développer - du moins dans les grands pays impérialistes.

Le refus d'admettre que le droit de jouir de son corps comme on l'entend fait partie des libertés démocratiques et n'est pas seulement un vice des bourgeois grands et petits relève aussi d'un singulier aveuglement pour une bonne part hérité à la fois du stalinisme et des conceptions judéo-chrétiennes - qui font bon ménage sur ce plan. En revanche, la lutte pour cette liberté démocratique n'a pas davantage par elle-même un caractère révolutionnaire que n'importe quelle autre combat démocratique...
___
1) Il existe d'innombrables théories sur les causes de l'effondrement de l'Empire romain, dont certaines tentatives d'explication marxiste ou du moins matérialistes. Celles sur la "décadence des moeurs" font partie des plus obscurantistes. Aujourd'hui, on ne les entend plus que dans la bouche d'historiens ultra-réactionnaires et d'intégristes religieux, notamment sur Radio Courtoisie...

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  ottokar le Mar 8 Jan - 19:35

Bon, on peut peut-être se calmer sur LO, non ? Le 1er Mai et le FHAR, il faut se remettre dans le contexte. Une extrême gauche qui peine à se faire reconnaître comme composante du mouvement ouvrier face à un stalinisme encore hégémonique et des syndicats hostiles, et des défilés qui se réclament de la révolution dans des tenues qui font passer l'actuelle Gay Pride pour un défilé de majorettes ou de boy scouts, le tout dans une société largement encore coincée ! Il faut voir tout ce qu'on a entendu au moment de la candidature d'Arlette en 74 parce que c'était une femme !

Quand aux citations sorties de leur contexte, elles reflètent une époque et ne seraient pas employées aujourd'hui. Mais je remarque que ces articles "horribles" de LO disent que
nous luttons contre les préjugés qui, dans la société bourgeoise, tendent à faire considérer par un groupe d’hommes tel autre groupe comme inférieur, qui tendent à le mépriser, que ce soit pour des raisons de sexe, de couleur de peau, de religion, de nationalité, de langue… ou d’homosexualité.

et encore
nous ne nous érigeons pas en sourcilleux champions de la morale sexuelle bourgeoise. Les révolutionnaires savent que ces normes sont répressives et oppressantes. Ils sont partie prenante de la lutte contre la répression sexuelle sous toutes ses formes

Je n'au aucune chance de convaincre ceux qui mènent le débat ici et ont déjà condamné LO, mais un lecteur honnête comme on dit, reconnaîtra que mettre LO avec ceux qui ont emprisonné, réprimé, torturé ou même moqué les homosexuels est pour le moins abusif

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  verié2 le Mar 8 Jan - 19:59

Ottokar

" nous ne nous érigeons pas en sourcilleux champions de la morale sexuelle bourgeoise.
"
Le problème, c'est que l'auteur de l'article dit ensuite le contraire en défendant implicitement une sorte de morale prolétarienne qui s'opposerait aux dérives engendrées par la décadence du capitalisme, comme hier par la décadence des empires romains et asiatiques (?).
Je n'ai aucune chance de convaincre ceux qui mènent le débat ici et ont déjà condamné LO, mais un lecteur honnête comme on dit, reconnaîtra que mettre LO avec ceux qui ont emprisonné, réprimé, torturé ou même moqué les homosexuels est pour le moins abusif
Personne ici n'a mis LO dans le même sac que ceux qui répriment et torturent les homosexuels ! En revanche, LO les a de fait dénigrés et moqués en les présentant comme des victimes d'une pathologie engendrée par le capitalisme. Si on ajoute l'humour douteux de certains articles cités plus hauts ("graffitis de pissotières"par exemple, référence évidente à des lieux de drague des homosexuels d'alors), nul doute que LO les a moqués assez cruellement.

Ottokar, je crois sincèrement qu'une organisation et ses militants doivent être capables de regarder leur passé en face et non de l'occulter. Tu n'as en effet aucune chance de nous convaincre, non pas que LO a condamné la répression de l'homosexualité, ce qui est vrai, mais que LO n'a pas partagé des préjugés et des théories homophobes à prétentions scientifiques.
Le 1er Mai et le FHAR, il faut se remettre dans le contexte. Une extrême gauche qui peine à se faire reconnaître comme composante du mouvement ouvrier face à un stalinisme encore hégémonique et des syndicats hostiles, et des défilés qui se réclament de la révolution dans des tenues qui font passer l'actuelle Gay Pride pour un défilé de majorettes ou de boy scouts, le tout dans une société largement encore coincée !
Je ne me souviens plus très bien des cortèges du FHAR, mais j'ai eu l'occasion de les voir sur des videos. C'est tout le contraire : ces cortèges sont vraiment très sages à côté de ceux de la Gay Pride. L'opportunité de tordre le baton dans l'autre sens et de provoquer le chaland et le cégétiste se discute bien entendu, c'est une réaction excessive de gens opprimés qui se libèrent.
Mais ça ne peut pas justifier les commentaires cités...


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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  Byrrh le Mar 8 Jan - 21:11

ottokar a écrit:Quand aux citations sorties de leur contexte, elles reflètent une époque et ne seraient pas employées aujourd'hui.
Il est assez ironique qu'un militant de LO utilise la pirouette habituelle des vieux staliniens repentis.

"Refléter une époque" : c'est donc ça, le principe d'une politique révolutionnaire ? Dans ce cas, s'il s'agissait de "refléter une époque", vous auriez dû y aller carrément, et consacrer vos éditos à vomir sur les "crouillats"...

Pitoyable.

ottokar a écrit:un lecteur honnête comme on dit, reconnaîtra que mettre LO avec ceux qui ont emprisonné, réprimé, torturé ou même moqué les homosexuels est pour le moins abusif
Petite manipulation rhétorique, au passage. Car personne n'a mis LO "avec ceux qui ont emprisonné, réprimé, torturé". Rappeler les torts réels de LO suffit bien assez.



Dernière édition par Byrrh le Mar 8 Jan - 22:37, édité 2 fois

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  yannalan le Mar 8 Jan - 21:18

Moi je me souviens d'un cortège du FHAR, je sais pas si c'était en 72, je pense 73, mais disons qu'à l'époque défiler à poil le 1er Mai ça ne se faisait pas vraiment et ça a surpris pour le moins et ça tranchait sur le cortège syndical et politique. Ils avaient un choix de provoc, on peut le comprendre, mais ça entraîne aussi des réactions négatives.
C'est difficile de voir ça avec des yeux d'aujourd'hui et les préjugés des militants de LO étaient largement partagés à la LCR, j'en avais discuté avec des (très ) anciens.Le genre "faut tolérer,mais on comprend pas bien".
Quand on dit que "ça reflète une époque" ce n'est pas une approbation, les choses ont changé, c'est positif, même s'il y a encore du boulot.Taper sur LO seulement n'est pas très juste, l'OCI était pas mal dans le genre non plus, je sais)pas combien, de fois je me suis fait treiter de "pédale pabliste, qui se fait enculer sans vaseline par les stals" ou autre saloperies de ce genre...

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  Byrrh le Mar 8 Jan - 21:25

yannalan a écrit:Moi je me souviens d'un cortège du FHAR, je sais pas si c'était en 72, je pense 73, mais disons qu'à l'époque défiler à poil le 1er Mai ça ne se faisait pas vraiment et ça a surpris pour le moins et ça tranchait sur le cortège syndical et politique. Ils avaient un choix de provoc, on peut le comprendre, mais ça entraîne aussi des réactions négatives.
C'est difficile de voir ça avec des yeux d'aujourd'hui et les préjugés des militants de LO étaient largement partagés à la LCR, j'en avais discuté avec des (très ) anciens.Le genre "faut tolérer,mais on comprend pas bien"
Cela dit, il fallait être particulièrement limité, ou de mauvaise foi, pour croire que le folklore débile de certains membres du FHAR résumait l'homosexualité et les homosexuels. Et ce qu'on peut trouver dans les articles de LO reproduits sur ce fil, ce n'est pas un discours anti-FHAR, c'est un discours anti-homosexuel. Ou alors je n'ai rien compris ?

Il y en a assez que les vieux opportunistes se trouvent toujours des excuses ! L'autocritique, personne n'en est jamais mort.

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  yannalan le Mar 8 Jan - 21:52

Non, c'est sûr qu'il faut savoir s'auto-critiquer aussi. Je pense pas qu'on cherche des excuses.

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  Byrrh le Mar 8 Jan - 22:03

Il faut croire que ce fil ne passe pas inaperçu : http://lmsi.net/On-peut-plus-rien-dire

Tant mieux : seule la vérité est révolutionnaire. On ne reconstruira pas un mouvement communiste sur des plaies qui, faute d'avoir été désinfectées, ont simplement été dissimulées par la poussière du temps.

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Message  verié2 le Mar 8 Jan - 23:54

Yannalan
Taper sur LO seulement n'est pas très juste, l'OCI était pas mal dans le genre
Absolument, dans le genre sexisme et homophobie, l'OCI est probablement ce qu'on a vu de pire à l'époque. Je ne les ai pas assez "suivis" pour savoir s'ils ont écrit des textes sur le sujet.

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  Eugene Duhring le Mer 9 Jan - 0:09

ottokar a écrit:Bon, on peut peut-être se calmer sur LO, non ? Le 1er Mai et le FHAR, il faut se remettre dans le contexte. Une extrême gauche qui peine à se faire reconnaître comme composante du mouvement ouvrier face à un stalinisme encore hégémonique et des syndicats hostiles, et des défilés qui se réclament de la révolution dans des tenues qui font passer l'actuelle Gay Pride pour un défilé de majorettes ou de boy scouts, le tout dans une société largement encore coincée ! Il faut voir tout ce qu'on a entendu au moment de la candidature d'Arlette en 74 parce que c'était une femme !

Quand aux citations sorties de leur contexte, elles reflètent une époque et ne seraient pas employées aujourd'hui. Mais je remarque que ces articles "horribles" de LO disent que
nous luttons contre les préjugés qui, dans la société bourgeoise, tendent à faire considérer par un groupe d’hommes tel autre groupe comme inférieur, qui tendent à le mépriser, que ce soit pour des raisons de sexe, de couleur de peau, de religion, de nationalité, de langue… ou d’homosexualité.

Pour une fois je rejoins Byhr sur la qualité dont vous faite preuve à LO pour justifier l'inqualifiable : le reflet d'une époque franchement celle là il fallait la sortir car à bien considérer cet arguement, chaque époque crache ses préjugés, chaque époque charrie ses hostilités et son hégémonie. Faut-il en déduire en cela que LO épousera son époque comme elle a épousé l'époque précédente ... à sa manière. Argument sérieusement inconsistant !

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Message  Roseau le Mer 9 Jan - 0:12

verié2 a écrit:
Yannalan
Taper sur LO seulement n'est pas très juste, l'OCI était pas mal dans le genre
Absolument, dans le genre sexisme et homophobie,
l'OCI est probablement ce qu'on a vu de pire à l'époque.
Je ne les ai pas assez "suivis" pour savoir s'ils ont écrit des textes sur le sujet.

Personne ne perdait bp de temps à lire les ritournelles "théoriques" de l'OCI...
et je ne sais pas non plus.
Mais sur le terrain, mon expérience c'est que le pompon
de la furie réactionnaire sexiste et homophobe,
c'était l'OCI à la louche, mais aussi pas mal de militants PC.

Je suis témoin des expressions raportées sur l'OCI par Yannalan,
en ajoutant que les camarades femmes et féministes avaient droit
à être interpellées comme "chiennes pablistes".
Je me souviens d'une qui aboyait quand elle les rencontrait Laughing

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  Byrrh le Mer 9 Jan - 2:39

verié2 a écrit:
Yannalan
Taper sur LO seulement n'est pas très juste, l'OCI était pas mal dans le genre
Absolument, dans le genre sexisme et homophobie, l'OCI est probablement ce qu'on a vu de pire à l'époque. Je ne les ai pas assez "suivis" pour savoir s'ils ont écrit des textes sur le sujet.
D'un point de vue politique, que reste-t-il de ce courant qui, avant-hier, se proclamait le garant de l'orthodoxie trotskyste (quitte à user de violences envers les militants d'autres courants ou envers ses propres militants tombés en disgrâce), et qui aujourd'hui se vautre dans le nationalisme républicain ? Je crois qu'il n'y a plus qu'à jeter sur lui un voile pudique.

Aucun des courants se réclamant du trotskysme n'a été exempt d'opportunismes petits et grands. L'hostilité envers les homosexuels en est un. Mais les courants que sont LO et l'ex-LCR se situent toujours sur le terrain de la révolution socialiste et de l'internationalisme, et c'est en cela qu'ils méritent, malgré tout, la confiance des exploités. Ce n'est pas le cas de ce qu'on appelle le "lambertisme".

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  lomours le Mer 9 Jan - 12:59

.


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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  verié2 le Mer 9 Jan - 13:23

Lomours a écrit:Salut,

Je trouve que tu vas loin quand tu dis que LO tenait un discours anti-homosexuels alors que les articles sont clairs en ce qui concerne la défense des droits et des libertés démocratiques. Il est même stipulé qu'il faut lutter contre les préjugés.

Là où je suis choqué c'est en effet sur la position selon laquelle l'homosexualité est une déviance engendrée par le capitalisme (ce qui relève du préjugé). Et c'est uniquement sur ce point que j'aimerai effectivement savoir ce qu'en dit LO aujourd'hui.

(...)
Pour résumer il ne me semble pas que LO, en tout cas à ma connaissance, tienne aujourd'hui ce discours mais j'aimerai de plus amples informations à ce sujet.
Il est clair que :
1)LO a toujours dénoncé la répression contre les homosexuels.
2)LO a considéré l'homosexualité comme une pathologie et n'est pas revenue par écrit sur cette question - du moins à ma connaissance. Byrrh, qui connait mieux le sujet, pourra préciser.
3)LO a suivi... l'air du temps et ne tient plus aujourd'hui le même discours sur ce sujet que dans les années 70. Cette position serait intenable publiquement.

Alors, LO tenait-elle un discours "anti-homosexuels" ? Tout dépend ce qu'on entend par anti ! Etre considéré comme un "malade", tu conviendras que ce n'est pas très agréable et qu'on peut se sentir agressé. Cette conception engendre inévitablement un regard qui peut aller de la compassion au mépris et à la répression quand il s'agit d'infliger des traitements à prétentions médicales aux malades en question. Par exemple des électrochocs aux Etats Unis. Par définition, une maladie se soigne. En principe on ne méprise pas un malade, mais on le considère tout de même comme une personne en situation d'infériorité physique ou psychologique.

De plus, le ton de certains articles de LO cités - relis-les - réflète incontestablement le mépris. Et enfin, il y a toujours un décalage, dans tous les milieux, dans toutes les organisations, entre ce qui est écrit et ce qui est dit oralement. Dans les écrits, on conserve une certaine prudence, à l'oral on se lâche plus facilement...

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Re: Extrême-gauche et LGBT dans les années 70

Message  sylvestre le Mer 9 Jan - 13:46

Qui a vu ce documentaire ?

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