L'homme, cet animal suicidaire

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Re: L'homme, cet animal suicidaire

Message  Roseau le Sam 17 Aoû - 22:32


Claude Lévi-Strauss à Genève en 1962,
à l’occasion du 250e anniversaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau

Dans ce monde plus cruel à l’homme, peut-être, qu’il fut jamais ; où sévissent tous les procédés d’extermination, les massacres et la torture, jamais désavoués sans doute, mais dont nous nous complaisions à croire qu’ils ne comptaient plus simplement parce qu’on les réservait à des populations lointaines qui les subissaient, prétendait-on, à notre profit, et en tout cas, en notre nom ; maintenant que, rapprochée par l’effet d’un peuplement plus dense qui rapetisse l’univers et ne laisse aucune portion de l’humanité à l’abri d’une abjecte violence, pèse sur chacun de nous l’angoisse de vivre en société ; c’est maintenant, dis-je, qu’exposant les tares d’un humanisme décidément incapable de fonder chez l’homme l’exercice de la vertu, la pensée de Rousseau peut nous aider à rejeter une illusion dont nous sommes, hélas, en mesure d’observer en nous-mêmes et sur nous-mêmes les funestes effets. Car n’est-ce pas le mythe de la dignité exclusive de la nature humaine, qui a fait essuyer à la nature elle-même une première mutilation, dont devaient inévitablement s’ensuivre d’autres mutilations ?

On a commencé par couper l’homme de la nature, et par le constituer en règne souverain ; on a cru ainsi effacer son caractère le plus irrécusable, à savoir qu’il est d’abord un être vivant. Et, en restant aveugle à cette propriété commune, on a donné champ libre à tous les abus. Jamais mieux qu’au terme des quatre derniers siècles de son histoire, l’homme occidental ne put-il comprendre qu’en s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’humanité de l’animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d’autres hommes, et à revendiquer, au profit de minorités toujours plus restreintes, le privilège d’un humanisme, corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l’amour-propre son principe et sa notion.

Seul Rousseau a su s’insurger contre cet égoïsme : lui qui, dans la note au Discours que j’ai citée, préférait admettre que les grands singes d’Afrique et d’Asie, maladroitement décrits par les voyageurs, fussent des hommes d’une race inconnue, plutôt que courir le risque de contester la nature humaine à des êtres qui la posséderaient. Et la première faute eût été moins grave en effet, puisque le respect d’autrui ne connaît qu’un fondement naturel, à l’abri de la réflexion et de ses sophismes parce qu’antérieur à elle, que Rousseau aperçoit, chez l’homme, dans « une répugnance innée à voir souffrir son semblable » (Discours) ; mais dont la découverte oblige à voir un semblable en tout être exposé à la souffrance, et de ce fait nanti d’un titre imprescriptible à la commisération. Car l’unique espoir, pour chacun de nous, de n’être pas traité en bête par ses semblables, est que tous ses semblables, lui le premier, s’éprouvent immédiatement comme êtres souffrants, et cultivent en leur for intérieur cette aptitude à la pitié qui, dans l’état de nature, tient lieu « de loix, de mœurs, et de vertu », et sans l’exercice de laquelle nous commençons à comprendre que, dans l’état de société, il ne peut y avoir ni loi, ni mœurs, et ni vertu.

Loin de s’offrir à l’homme comme un refuge nostalgique, l’identification à toutes les formes de la vie, en commençant par les plus humbles, propose donc à l’humanité d’aujourd’hui, par la voix de Rousseau, le principe de toute sagesse et de toute action collectives ; le seul qui, dans un monde dont l’encombrement rend plus difficiles, mais combien plus nécessaires, les égards réciproques, puisse permettre aux hommes de vivre ensemble et de construire un avenir harmonieux. Peut-être cet enseignement était-il déjà contenu dans les grandes religions de l’Extrême-Orient ; mais face à une tradition occidentale qui a cru, depuis l’antiquité, qu’on pouvait jouer sur les deux tableaux, et tricher avec l’évidence que l’homme est un être vivant et souffrant, pareil à tous les autres êtres avant de se distinguer d’eux par des critères subordonnés, qui donc, sauf Rousseau, nous l’aura dispensé ?
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Re: L'homme, cet animal suicidaire

Message  Roseau le Dim 25 Aoû - 0:56

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L'événement anthropocène

Message  Roseau le Mer 20 Nov - 11:36

Les scientifiques nous l'annoncent,
la Terre est entrée dans une nouvelle époque : l'Anthropocène.
Ce qui nous arrive n'est pas une crise environnementale,
c'est une révolution géologique d'origine humaine.
http://www.reporterre.net/spip.php?article5015
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Re: L'homme, cet animal suicidaire

Message  philippulus le Jeu 3 Avr - 0:06

Je ne sait pas bien où mettre ça (ce qui suit), mais je trouve qu'ici c'est bien.

Ce soir ma compagne, infirmière à domicile, est rentrée très tard. Elle s'est retrouvée en soirée devant son premier cas de traitement d'un patient présentant une infection bactérienne multi-résistante. Premier jour d'un traitement lourd, 21 jours de perfusions d'un antibiotique spécial fourni par l'hôpital. Et tout ce qui va avec, s'informer, parler, rassurer et tout et tout. Savoir que le problème existe est une chose et se retrouver en face en est une autre. On flippe un peu.

Cela fait un bon bout de temps que les chefs de service des maladies infectieuses tirent la sonnette d'alarme. De plus en plus de souches bactériennes présentent des mutations inquiétantes en terme de virulence et/ou de résistance. La bactérie en cause chez ce patient est plus que commune, escherichia coli, mais cette variété a jusqu'à présent résisté à tous les traitements "classiques" et commence à essaimer un peu partout dans l'organisme.

S'il y a bien eu une réaction en médecine de ville (baisse sensible des prescriptions d'antibiotiques) la consommation globale continue pourtant à progresser. En cause : la multiplication incessante des élevages intensifs (on devrait dire concentrationnaires) et de l'utilisation massive des antibiotiques sans lesquels la mortalité des produits (des animaux ?) serait énorme et "économiquement" insoutenable. Cet usage intensif et continu force les bactéries à "trouver des réponses". Et elles les trouvent. Et normalement ça devrait faire peur (très peur) et faire énergiquement réagir. Ben non.

L'homme cet animal suicidaire ?

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Re: L'homme, cet animal suicidaire

Message  Copas le Jeu 3 Avr - 5:38

Il y a en ce moment des alertes aux BHR (bactéries hautement résistantes) dans le sud de la France, sur une série d'établissements sanitaires et hospitaliers. Les transferts entre établissements sont regardés à la loupe en égard à ce soucis.

C'est un vrai problème et l'ouverture de services ou de lits spécifiquement dédiés à ces cas là indique une progression de la gravité de la situation.
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Re: L'homme, cet animal suicidaire

Message  Dinky le Ven 4 Avr - 0:30

En 1900, l'espérance de vie à la naissance n'était encore, en France, que de 43,4ans chez les hommes et de 47ans chez les femmes.

En 1998, elle atteint respectivement 74,6ans et 82,2ans. Amorcé dès le début du siècle grâce au recul de la mortalité infantile, l'accroissement de l'espérance de vie s'est poursuivi au cours des dernières décennies sous l'effet de la baisse de la mortalité aux grands âges. Les causes de la mort ont radicalement changé. La mortalité infectieuse s'est progressivement effacée devant les maladies cardio-vasculaires et les cancers. Depuis vingt-cinq ans, la lutte contre ces maladies a commencé à porter ses fruits, et c'est à présent à un impressionnant recul de la mortalité cardio-vasculaire que l'on assiste, renforcé récemment par l'amorce d'une baisse de la mortalité cancéreuse.

1.
Jusqu'aux années60, la progression de l'espérance de vie dépend pour sa plus grande part de la baisse de la mortalité des nourrissons et des jeunes enfants.
Amorcé dès la fin du XIXesiècle, ce recul s'accélère après la Seconde Guerre mondiale avec la découverte des antibiotiques et la vaccination systématique.
Il se poursuit à un rythme soutenu jusqu'aux années les plus récentes.
En cent ans, la mortalité infantile (celle des enfants de moins d'un an) a été divisée par plus de trente

Ce recul s'est accompagné d'une disparition progressive des fluctuations liées aux épidémies ou à des contextes particuliers, comme les guerres bien sûr, mais aussi certaines conditions climatiques défavorables.

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Re: L'homme, cet animal suicidaire

Message  philippulus le Ven 4 Avr - 11:15

1) La problématique des bactéries hautement résistantes (et pathogènes) est un FAIT avéré (pléonasme).
2) Les bactéries le plus souvent mises en cause sont très communes et multi-spéciques. Ex : escherichia coli.
3) Il est hautement probable que l'aggravation quantitative et qualitative du nombre de cas d'antibiorésistance sévère est liée à un usage massif et inconsidéré des antibiotiques.
4) Ce mésusage est systématique dans l'élevage industriel (volaille, porcs, bovins, salmonidés) et celui-ci est quasiment inconcevable sans cette pratique.
5) Comme dans le cas du cancer, il est clair qu'une véritable politique de santé publique se heurte là de plein fouet à de puissants intérêts mortifères.
6) Il est un peu pénible d'avoir ici à rappeler ces évidences.


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Re: L'homme, cet animal suicidaire

Message  Roseau le Ven 4 Avr - 16:05

Comme pour le nucléaire, le climat et autres "empreintes" de notre espèce,
la direction de LO passe au dessus de la science
pour ne pas remettre en cause leur optimisme anthropolotique scientiste.
Une version laique de la version homme "fils de Dieu",
à l'égal sinon au dessus de sa "création", pour nous la nature.
Adam avait été sanctionné une première fois pourtant... Smile 
Et les désastres écologiques en cours sont pourtant
une vrai sanction, au delà du mythe.
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Re: L'homme, cet animal suicidaire

Message  philippulus le Sam 5 Avr - 0:14

Je me doutais bien qu'il y avait du LO sous le Dinky.
Je suppose que le "texte" mis en commentaire par le sus-nommé est extrait d'une homélie CLTeuse.
Oser parler de "l'amorce d'une baisse de la mortalité cancéreuse" est juste pathétique.

Aux dernières nouvelles, le patient que j'évoquais dans un précédent commentaire semble, d'après l'ordonnance de perfusion, en ALD.
Après recherche, aucune ALD (Affection de longue durée, cancer, etc..) ne concerne strictement une pathologie infectieuse. Le patient n'est pas au courant, et comme il flippe un max (il a parlé de thérapie de dernière chance), ma compagne ne sait pas quoi faire. Aucune transmission écrite de l'hôpital qui a prescrit les soins. Brouillard le plus complet. Cerise sur le gâteau, le patient n'est pas en arrêt de travail...
Un conseil : ne tombez pas malade.

Tout ça n'a pas grand chose à faire sur ce forum, mais bon ça me fait du bien de l'écrire. Désolé.

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Re: L'homme, cet animal suicidaire

Message  Copas le Lun 7 Avr - 7:20

philippulus a écrit:Je me doutais bien qu'il y avait du LO sous le Dinky.
Je suppose que le "texte" mis en commentaire par le sus-nommé est extrait d'une homélie CLTeuse.
Oser parler de "l'amorce d'une baisse de la mortalité cancéreuse" est juste pathétique.

Aux dernières nouvelles, le patient que j'évoquais dans un précédent commentaire semble, d'après l'ordonnance de perfusion, en ALD.
Après recherche, aucune ALD (Affection de longue durée, cancer, etc..) ne concerne strictement une pathologie infectieuse. Le patient n'est pas au courant, et comme il flippe un max (il a parlé de thérapie de dernière chance), ma compagne ne sait pas quoi faire. Aucune transmission écrite de l'hôpital qui a prescrit les soins. Brouillard le plus complet. Cerise sur le gâteau, le patient n'est pas en arrêt de travail...
Un conseil : ne tombez pas malade.

Tout ça n'a pas grand chose à faire sur ce forum, mais bon ça me fait du bien de l'écrire. Désolé.
 

Nous sommes dans l'illustration des tendances suicidaires de l'humanité. Ce n'est pas hors du sujet, les conséquences concrètes sont redoutables et avancent dans une médecine toujours floue, dominée par le capitalisme, dans un climat de "maitrise des couts" qui implique qu'on se soigne mal dans le capitalisme de crise.

Les moyens colossaux de l'humanité maintenant implique des moyens colossaux d'auto-destruction.

Et ça ne concerne pas que les technologies comme le nucléaire mais également des "choses" moins visibles comme l'obsession sur les antibiotiques, la bonne médecine de tout s’occupe. Nous sommes maintenant border line sur cette question et l’addition commence à nous être présentée.

Les services qui se sont créés provisoirement contre les BHR ne sont pas des lubies mais un avertissement sévère de santé publique.
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Re: L'homme, cet animal suicidaire

Message  mykha le Lun 7 Avr - 9:27

Roseau a écrit:Comme pour le nucléaire, le climat et autres "empreintes" de notre espèce,
la direction de LO passe au dessus de la science
pour ne pas remettre en cause leur optimisme anthropolotique scientiste.
Une version laique de la version homme "fils de Dieu",
à l'égal sinon au dessus de sa "création", pour nous la nature.
Adam avait été sanctionné une première fois pourtant... Smile 
Et les désastres écologiques en cours sont pourtant
une vrai sanction, au delà du mythe.

Peut-on savoir ce que "la direction de LO" vient faire dans ce charabia grotesque ?
Y-a-t-il dans ce fil la moindre citation de LO, ou référence à LO ?
Qu'est-ce qui justifie donc cette nouvelle saloperie débilo-mystique contre LO ?
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Re: L'homme, cet animal suicidaire

Message  Copas le Mer 7 Mai - 0:48

L'intensification agricole moins efficace que les insectes pollinisateurs
http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=12763
Suite à une étude menée sur 54 cultures en France de 1989 à 2010, des chercheurs du CESCO (Muséum national d'Histoire naturelle/CNRS/UPMC), de l'Université d'Orléans et de l'Institut National de la Recherche Agronomique, publient leurs résultats sur l'importance des insectes pollinisateurs pour les terres agricoles métropolitaines dans la revue Frontiers in Ecology and the Environment.

En s'interrogeant sur les impacts de l'agriculture intensive, les scientifiques ont constaté que l'intensification de l'agriculture est de moins en moins efficace pour améliorer la productivité des cultures à mesure que celles-ci sont de plus en plus dépendantes des pollinisateurs. En particulier, cette intensification ne permet pas d'augmenter le rendement, voire occasionne plus de variabilité, pour les cultures hautement dépendantes du service de pollinisation. Cela suggère fortement que l'intensification agricole affecte négativement les pollinisateurs et le service de pollinisation qu'ils fournissent.

La suite .../...
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Re: L'homme, cet animal suicidaire

Message  Roseau le Lun 9 Juin - 23:42

SURVIE DE L’ESPÈCE : FAUT-IL DÉJÀ DÉSESPÉRER ?
par Paul Jorion
http://www.pauljorion.com/blog/?p=65855
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Re: L'homme, cet animal suicidaire

Message  Roseau le Ven 20 Juin - 0:06

Nous nous comportons à peu de choses près comme une colonie de bactéries ou une population de rats,
par Stéphane Feunteun
http://www.pauljorion.com/blog/?p=66233#more-66233
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