Islamophobie

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Re: Islamophobie

Message  Toussaint le Dim 12 Mai - 18:09

Pour sortir un peu de la polémique avec le groupuscule islamophobe, un texte tiré de lmsi, assez éclairant:

Les Inégalités ethno-raciales

Une recension du livre de Mirna Safi

par Franz B
10 mai 2013



Mirna Safi est une sociologue affiliée à Sciences Po Paris. Conjuguant participations à l’Observatoire sociologique du changement et recherches au Laboratoire de sociologie quantitative du CREST (Centre de Recherche en Economie et Statistique), elle travaille en particulier sur les questions de ségrégation ethno-raciale et de discriminations. L’ouvrage de synthèse qu’elle vient de publier pour la collection « Repères » des éditions de La Découverte est une admirable introduction proposant la perspective analytique et conceptuelle à partir de laquelle rendre compte des inégalités ethno-raciales.


Qu’il s’agisse des problèmes de méthodologie posés par un genre d’inégalités qui demandent à être rigoureusement définies aux résultats de la recherche empirique qui peuvent notamment décrire les interactions entre ces inégalités et d’autres inégalités sociales, la synthèse de Mirna Safi risque de devenir un incontournable à l’adresse de tout militant de la cause antiraciste.

Spécificité des inégalités ethno-raciales et intersectionnalité

Et c’est d’autant plus vrai que la France souffre de cette situation paradoxale selon laquelle la question des inégalités ethno-raciales hante constamment le débat public (des « statistiques ethniques » aux diverses politiques publiques dites de « discrimination positive ») alors que la tradition sociologique nationale (d’Emile Durkheim à Pierre Bourdieu) ne s’est guère intéressée à prendre en considération ce type d’inégalités. L’hégémonie de la grille de lecture « classiste » a longtemps prévalu, y compris pour expliquer, à l’encontre des opinions et autres idées reçues amplement ventilées par les médias, l’importance non-discutable des déterminations économiques à l’origine des phénomènes migratoires.

Les années 1970 furent aussi aux Etats-Unis le moment d’un grand débat afin de savoir si les inégalités de race étaient aussi intenses et déterminantes que les inégalités de classe. Les arguments développés par le chercheur William Julius Wilson selon lesquels les acquis des Civil Rights lors de la décennie précédente n’ont pas complètement permis d’améliorer le sort des fractions les moins favorisées du prolétariat afro-américain butent malgré tout sur le « fait social total » (Marcel Mauss) de l’inégalité ethno-raciale prouvée par maintes recherches empiriques, dont celles montrant par exemple que les classes moyennes noires sont victimes de mécanismes inégalitaires les empêchant d’accéder à une meilleure réussite socioéconomique.

C’est qu’il y aurait alors tout intérêt à reprendre la distinction avancée par le sociologue Charles Tilly (l’inventeur étasunien du concept de « répertoire d’action collective ») pour qui les inégalités sociales peuvent s’expliquer tantôt par des logiques d’exploitation (soit l’extraction de profits à partir du travail d’autrui), tantôt par des logiques d’« accaparement d’opportunités » (soit l’exclusion interindividuelle ou institutionnelle d’autrui des zones d’opportunité existantes).

C’est pourquoi il faut affirmer une vision en « intersectionalité » (cf. ) mieux à même de caractériser la réalité multidimensionnelle de la stratification sociale, exprimant l’interdépendance des inégalités sociales (de classe, de genre, générationnelles, liées aux orientations sexuelles comme ethno-raciales) tout en respectant leurs spécificités propres. L’intersection des inégalités ainsi que leur renouvellement processuel ne doivent donc pas autoriser la prévalence d’un genre d’inégalités (par exemple de classe) sur un autre (par exemple ethno-raciales), d’autant plus que leurs causes respectives ne sont pas, loin s’en faut, toujours les mêmes.

Ethnie ou race ?

La synthèse richement documentée de Mirna Safi (sa bibliographie fait 27 pages sur un total de 125 !) débute en posant strictement les définitions délimitant le cadre analytique de son travail : pourquoi, en effet, celle-ci s’appuie-t-elle sur la formule adjectivale « ethno-raciale » au lieu de privilégier l’un des deux termes (ethnique ou racial) ? Dans tous les cas, l’auteure rappelle en premier lieu que nous avons affaire là à des « construits sociaux » séparés de toute « connotation biologique ou naturelle » (p. 7).

Surtout, l’ethnicité (une classification particularisante et localisée) comme la race (une classification moins euphémique et péjorative se voulant plus globalisante et générique) participent à la catégorisation sociale de groupes humains minoritaires, en particulier de sous-populations dans une société donnée ou un Etat-nation particulier. L’ethnicité et la race sont donc des « faits sociaux » (p. Cool qui pourraient se distinguer de quatre façons toutes interconnectées.

Selon que l’on privilégie la biologie (la race) ou la culture d’origine (l’ethnicité). Selon que la catégorisation relève d’une assignation issue de l’extérieur du groupe (la race) ou d’une identification venant du groupe lui-même (l’ethnicité). Selon que la catégorisation induise une hiérarchisation morale (la race) ou non (l’ethnicité). Selon que les catégories raciales proviennent enfin de rapports de domination (la race) ou non (l’ethnicité).

L’assignation raciale s’appuie particulièrement sur l’« efficacité cognitive » (p. 9) des caractéristiques phénotypiques (la forme des yeux ou couleur de la peau comme des cheveux) qui peuvent s’élargir en incluant des critères culturels (comme la religion). Les marqueurs ethno-raciaux sont ici qualifiés d’« ascriptifs » parce qu’ils sont vécus et considérés comme appartenant en propre aux individus, même s’il s’agit toujours de constructions sociales. Il faut enfin souligner que l’assignation raciale en tant qu’identification du sous-groupe dominé par le groupe dominant peut historiquement se renverser en identification collective et ethnique (comme on l’a vu pour les Afro-Américains, un groupe relevant à la fois de l’ethnique et du racial).

L’histoire de l’esclavage, de la colonisation et des migrations postcoloniales aura ainsi soutenu les doubles processus de « racialisation » (comme assignation sur un mode biologisant) et d’« ethnicisation » (comme construction d’une identité collective) attestant in fine de la justesse de la définition ethno-raciale. Cette définition largement établie dans le champ des études étasuniennes sur le sujet rend compte à la fois des rapports de pouvoir entre groupes dominants et dominés et des logiques de construction identitaire des groupes racisés.

De cette définition découlent des conceptions, tantôt en termes (microsociologiques) de discriminations inconsciente, indirecte ou implicite (avec une « inertie cognitive » pesant sur les représentations négatives), tantôt en termes (macrosociologiques) de discrimination structurelle ou systémique pouvant produire un « racisme sans racistes » (p. 20).

Faut-il des statistiques ethniques ?

La mesure des inégalités ethno-raciales repose sur les recensements effectués par des instituts de statistique publique plus ou moins directement dépendant de la sphère étatique. Ce qui signifie que les catégories raciales ou ethniques proposées par ces recensements sont d’emblée dotées d’une dimension d’officialisation. C’est ce que l’on nomme le « caractère performatif de la catégorisation statistique » (p. 28).

Il faudra ensuite distinguer catégories assignées objectives (sous la forme d’informations factuelles renseignant l’ethno-racial, plutôt valorisées en Europe) et auto-déclarées ou subjectives (sous la forme de questions directes sur l’appartenance ressentie par l’enquêté, plutôt répandues en Amérique). L’existence de différentes catégories ainsi que leur perpétuelle problématisation méthodologique donnant à mieux percevoir l’imperfection structurelle dans le travail d’objectivation des inégalités ethno-raciales.

Sur 138 pays appartenant à l’ONU et ayant effectué un recensement de sa population autour de l’an 2000, 87 d’entre eux avaient collecté des données ethno-raciales. Ce qui fut le cas du Brésil, un modèle dans ce genre de collecte qui privilégie de plus une conception plus fluide (contrairement aux Etats-Unis) des catégories ethno-raciales (avec la prise en compte d’une possible multi-identification des enquêtés). Ce qui le fut aussi au Royaume-Uni, un des rares pays européens à utiliser dans ce cadre des auto-déclarations.

Ce qui ne fut pas le cas en France qui ne dispose que d’une seule étude intitulé « Trajectoires et Origines » et menée en 2008-2009 par Patrick Simon avec l’INED à avoir expérimenté différents modes de collecte de données ethno-raciales. On remarquera toute l’hypocrisie française (l’auteure parle d’état « schizophrène », p. 31) au sujet du débat public concernant les « statistiques ethniques » qui prend prétexte de l’universalisme abstrait du modèle républicain pour nier l’usage statistique de catégories ethno-raciales (par exemple auto-déclarées). Des catégories qui sont pleinement opérationnelles dans le monde social, tant dans le registre des interactions ou des relations interindividuelles que dans celui des institutions étatiques (exemplairement la police).

Comme le fait d’être aveugle (« color-blind ») aux inégalités ethno-raciales n’induit pas mécaniquement leur non-existence ou négation, leur prise en compte ne signifierait pas automatiquement leur validation sous la forme d’une inscription dans le marbre des institutions étatiques. Certes, l’utilisation historiquement désastreuse en Europe (à l’époque du nazisme) de données ethno-raciales est un argument digne de respect, mais « une certaine dynamique démocratique exerce une pression au sein des Etats occidentaux pour leur usage en tant que facteurs d’égalité » (p. 29). Surtout en France, un pays qui s’est historiquement enrichi en profitant successivement de l’esclavagisme, du colonialisme et de l’immigration postcoloniale.

Les inégalités ethno-raciales au travail

L’objectivation des inégalités ethno-raciales entreprise par Mirna Safi prend pour champ d’analyse les quatre domaines du marché du travail, de la ville, de l’école et de la sphère civique. Concernant le marché du travail, les questions de l’emploi, des trajectoires professionnelles et des conditions de travail sont priorisées. Aux Etats-Unis,

« les travailleurs issus des minorités sont ainsi exposés à des périodes de chômage plus longues et plus fréquentes qui réduisent de fait leur expérience professionnelle, ce qui à son tour entrave la progression de leurs salaires » (p. 42).

En France, « à niveau d’éducation égal, les immigrés ont de plus fortes chances d’être au chômage et de plus faibles chances de connaître une mobilité professionnelle ou une promotion salariale » (p. 42).

Plus significatifs encore, les chiffres disponibles en France concernant les enfants d’immigrés (particulièrement maghrébins et africains) attestent de plus grandes difficultés d’accès à l’emploi, toutes choses égales par ailleurs (autrement dit, même quand leurs qualifications sont égales à celles des enfants de parents non-immigrés). Ce constat est plus nettement accentué pour les femmes d’origine maghrébine qui ne bénéficient que très peu de l’effet de rattrapage offert par l’acquisition de diplômes.

Le débat plus étasunien que français (encore que les analyses d’un sociologue comme Hughes Lagrange auteur en 2010 d’un problématique Déni des cultures poussent dans cette direction) de la « différence culturelle » ou de la « culture de la pauvreté » qui caractériseraient certains sous-groupes (les Afro-Américains aux Etats-Unis, les enfants français de parents originaires d’Afrique sahélienne) hésite entre acculturation spécifique du groupe dominé aux inégalités ethno-raciales et culturalisme figé (au risque du racialisme).

Extérieure au marché du travail, la ségrégation territoriale et résidentielle (ou un mauvais appariement spatial entre le lieu de travail et le lieu de résidence) comme, interne à ce marché, la désindustrialisation (avec la hausse corrélative de la demande de travail qualifié) participent également à renforcer des logiques inégalitaires relativement compensées par un capital social inégalement distribué entre groupes dominés. Les méthodes régulières de « testing » (p. 53) vérifient empiriquement ce que certains dénomment « discrimination par l’adresse » et d’autres « tri ethno-racial » dans les métiers déterminés par des stratégies entrepreneuriales attribuant fallacieusement une moindre productivité aux personnes perçues via les marqueurs « ascriptifs » de la race.

Les études comparatives qui ont émergé depuis le début des années 2000 (par exemple mettant en regard en 2011 la France et le Royaume-Uni) convergent vers de semblables conclusions : « (…) quasiment partout, les minorités issues de l’immigration sont défavorisées devant l’emploi, plus vulnérables au chômage, concentrées dans les métiers les plus difficiles et perçoivent des salaires inférieurs aux natifs toutes choses égales par ailleurs » (p. 55).

L’ethno-racial au prisme de la ville et de l’école

Les inégalités ethno-raciales s’exerçant sur le marché du travail et concernant généralement l’emploi représentent peut-être la part la mieux connue ou la plus étudiée. Et c’est elle qui induit souvent le biais selon lequel ce genre d’inégalités sociales doit finalement se comprendre en tant que subsumées sous les inégalités de classe. Le racisme étant soluble avec le capitalisme dont l’abolition entraînerait mécaniquement la disparition de l’ethno-racial. Mais alors, comment expliquer que, dans le domaine résidentiel ou territorial, « les Afro-Américains qui perçoivent un revenu annuel égal à 50.000 dollars sont aussi ségrégués que ceux qui gagnent moins de 2.500 dollars » (p. 59) ?

Pensée comme un phénomène transitoire par les partisans de l’hypothèse de l’assimilation spatiale (comme les fondateurs de la prestigieuse Ecole de Chicago), la ségrégation ethno-raciale représente une dynamique sociale persistante, en dépit de l’affaiblissement ou de la disparition de ses causes historiques. Il faudra ici distinguer des phénomènes (parfois connectés) de ségrégation contrainte et désavantageuse, d’auto-ségrégation volontaire (comme certains groupes ethniques originaires d’Asie se regroupant afin de parer collectivement aux discriminations à l’emploi) et d’évitement (c’est le « White Flight » des Blancs désireux d’habiter des quartiers homogènes racialement).

La discrimination rebondit également sur toutes les étapes de la recherche d’un logement, que l’on prenne pour exemple les pratiques étasuniennes du « steering » (soit la proposition de logements par des bailleurs dans des quartiers pauvres et homogènes ethniquement à des individus catégorisés comme appartenant à ce groupe ethnique) ou du « redlining » (soit la disparité d’octroi de prêts bancaires en fonction de classifications ethno-raciales). La crise des « subprimes » en 2008 a notamment été alimentée par l’attribution des crédits les plus pourris aux individus parmi les plus assignés ethno-racialement.

Pour les raisons invoquées plus haut, les chiffres manquent en France même si elle s’ouvre progressivement aux méthodes de « testing » (comme le fit par exemple la Halde en 2006) qui rendent compte d’une forme de « discrimination informelle » (d’après la définition de Sylvie Tissot, p. 66) déterminant l’existence d’une dynamique socio-spatiale ségrégative.

L’école est un autre champ social dans lequel se perpétuent les inégalités ethno-raciales, encore trop souvent rabattues sur une stricte perspective socioéconomique. Certes, la faiblesse des ressources (économiques mais aussi sociales ou culturelles) des parents pèse sur la réussite scolaire de leurs enfants. Et ce mécanisme est accentué par l’existence des systèmes éducatifs (en France, en Allemagne, en Belgique, en Autriche, en Suisse) rapidement sélectifs (comme le montre une étude de l’OCDE de 2010 s’appuyant sur des données comparatives fournies par l’enquête PISA).

Pourtant, la dynamique égalitaire traverse (exemplairement aux Etats-Unis) les enfants assignés de manière ethno-raciale, quelle que soit la position de classe de leurs parents. Là encore, l’explication culturelle se fait pressante, tantôt dans le sens du développement par les dominés d’une « culture oppositionnelle » (c’est la thèse de William Julius Wilson, p. 73) identifiant l’école au groupe dominant, tantôt dans celui d’une « pauvreté culturelle » (c’est en France celle de Hughes Lagrange, p. 72) découlant de structures familiales héritées du pays d’origine, ceci afin de mieux différencier les « minorités volontaires » (issues de l’immigration à motif économique) des « minorités involontaires » (originaires de l’esclavage ou de l’immigration postcoloniale).

Pourtant, les enquêtes empiriques montrent une forte aspiration à la réussite scolaire des enfants des minorités ethno-raciales, même si persistent leurs désavantages objectifs. A l’écart de ces deux hypothèses culturelles, la psychologie sociale rappelle quant à elle l’importance de l’intériorisation par les enfants des groupes minoritaires des stéréotypes ethno-raciaux affectant leurs performances scolaires. La reprise de ces stéréotypes par les enseignants eux-mêmes comme par les manuels scolaires, ainsi que la segmentation hiérarchisée des parcours et le différentiel de ressources offertes par les établissements (mis en concurrence et suscitant l’« évitement scolaire » de la part des parents qui le peuvent) viennent également renforcer la reproduction des inégalités ethno-raciales.

« L’école fonctionnerait ainsi comme une institution de pérennisation des inégalités dont le contexte socioéconomique familial est la source ; elle prépare les enfants issus des minorités à occuper leur position inférieure dans la stratification sociale » (p. 75).

Discriminations légales et inégalités ethno-raciales face à la santé

Il existe enfin tout un champ qui participe à l’établissement des inégalités ethno-raciales et ce n’est pas l’un des moindres puisqu’il bénéficie de la légitimité et de l’autorité offertes par le droit lui-même : ce sont les discriminations légales qui, séparant juridiquement les nationaux des autres (par exemple les étrangers non-européens vivant en France), excluent ces derniers de quasiment un quart des emplois disponibles (en gros les trois fonctions publiques à l’exception de l’enseignement supérieur).

A ces inégalités légales d’accès à l’emploi public s’ajoutent complémentairement des discriminations policières et judiciaires, alors que ce sont les populations minoritaires qui souffrent le plus de la criminalité. En France, la surreprésentation des étrangers dans les prisons est de 25 % rapportée aux 6 % qu’ils représentent par rapport à l’ensemble de la population nationale. Aux Etats-Unis, le ratio d’incarcération des Noirs par rapport aux Blancs est de l’ordre de 1 à 8, tous crimes confondus. Quant à l’intensité du « profilage racial » (p. 85), autrement dit l’utilisation par les policiers en exercice des catégories ethno-raciales comme signes d’une délinquance potentielle, elle a été maintes fois avérée (notamment par un chercheur comme Laurent Mucchielli).

Comme les chercheurs ont prouvé que le coût social en termes de pérennisation des stéréotypes raciaux et de reproduction des inégalités sociales est au fond bien plus élevé que les éventuels bénéfices censément rapportés par l’utilisation de telles pratiques. Ainsi que le montrent notamment les travaux de Loïc Wacquant, la criminalité se trouve racialisée en même temps que la misère pénalisée. La misère est enfin tributaire des inégalités de santé et d’accès aux soins. C’est que les individus appartenant aux minorités ethno-raciales sont moins couverts par les assurances complémentaires, maitrisant moins les interactions avec les représentants des organismes de santé, victimes d’erreurs plus nombreuses de la part de ces derniers ou encore soumis à un stress ou une anxiété qui, découlant de la stigmatisation raciste, finit par détériorer leur santé.

En conclusion de son ouvrage, Mirna Safi explique qu’elle aurait pu également traiter d’autres registres dans lesquels s’exercent avec plus ou moins d’intensité les inégalités ethno-raciales (de revenus ou de patrimoine, face à la pauvreté ou dans le domaine de l’action politique). C’est qu’il n’y a pas une seule sphère sociale qui échapperait à la mesure d’inégalités.

Ce qui la pousse à parler de « discrimination institutionnelle » (pour reprendre la formule de l’un des militants historiques du Black Power, Stokely Carmichael) afin de couper court aux analyses qui ne s’en tiendraient qu’à une fragmentation de la réalité sociale. Parce que les sphères sociales sont toutes en interaction, les inégalités ethno-raciales caractérisées par le même aspect cumulatif qualifiant toutes les inégalités sociales (comme le montrent les travaux communs d’Alain Bihr et Roland Pfefferkorn).

Intrinsèquement liées aux institutions et ne se réduisant donc pas aux seules interactions ou relations interindividuelles, imbriquées à d’autres formes d’inégalités sans pour autant valoir (à l’instar des inégalités de genre) comme une déclinaison particulière des inégalités de classe, les inégalités ethno-raciales manifestent in fine l’existence d’un « projet racial » ou « raciste ». Celui d’une société créant ou reproduisant « des structures de domination fondées sur une caractérisation ethno-raciale » (p. 92).

Et c’est là tout l’intérêt libérateur des sciences sociales que d’objectiver une dynamique inégalitaire afin d’offrir aux minorités racisées, par-delà le déni français s’adossant sur la croyance dans les pouvoirs assimilationnistes ou intégrationnistes de la République, les moyens symboliques d’un « empowerment » propice à lutter et s’émanciper.


P.-S.


Les Inégalités ethno-raciales a été publié à La Découvert, coll. « Repères, 2013.


Dernière édition par Toussaint le Dim 12 Mai - 18:15, édité 1 fois
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Toussaint

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Re: Islamophobie

Message  Toussaint le Dim 12 Mai - 18:12

Dernière partie d'une série d'articles intéressants sur la question, publiés dans lmsi:

http://lmsi.net/-Mythologies-coloniales-

Déconstructions et résistances musulmanes

Islam et Etat en France : de la république coloniale à la république post-coloniale (Dernière partie)

par Céline Lebrun
2 août 2012



Si la réalité postcoloniale a été contestée et dénoncée dès les origines par celles et ceux qui en étaient les victimes, les années 2000 marquent un tournant dans cette contestation avec l’entrée dans la troisième phase de la construction d’un islam imaginaire en France [1]. Alors que se multiplient après le 11 septembre les attaques contre l’islam et les musulmans, qu’est imposé un débat sur la laïcité qui aboutit en 2004 à la loi contre le voile à l’école, les prises de paroles pour dénoncer l’ « islamophobie » se multiplient et s’organisent...




Partie précédente

Le point fort de cette période – pas encore refermée – est l’année 2005 : l’Appel des indigènes de la République, qui appelle l’État et la société à « opérer un retour critique radical sur leur passé-présent colonial » [2], est lancé en janvier. Peu après, en février, est votée la loi sur les bienfaits de la colonisation. En juillet, les attentats de Londres sont présentés comme l’échec du modèle multiculturel ou communautaire anglo-saxon alors qu’en novembre ont lieu les « émeutes » des banlieues. En novembre également, le CRAN, Conseil Représentatif des Associations Noires, est créé. Réunissant 120 organisations, il a pour objectif « la lutte contre les discriminations, ainsi que la mémoire de l’esclavage et de la colonisation ». [3].

Dans ce contexte, la société française découvre les postcolonial studies, qui posent la question de l’héritage colonial et de ces conséquences sur les sociétés postcoloniales. Le livre de Neil Lazarus, Penser le postcolonial : une introduction critique, publié en 2006, est le premier livre sur ce sujet à être traduit en français [4].

Si tous ces évènements, indissociables par ailleurs, sont intéressants, l’Appel des Indigènes de la République mérite que l’on s’y arrête.

« La République de l’Égalité est un mythe. L’État et la société doivent opérer un retour critique radical sur leur passé-présent colonial. Il est temps que la France interroge ses Lumières, que l’universalisme égalitaire, affirmé pendant la Révolution Française, refoule ce nationalisme arc-bouté au « chauvinisme de l’universel », censé « civiliser » sauvages et sauvageons. Il est urgent de promouvoir des mesures radicales de justice et d’égalité qui mettent un terme aux discriminations racistes dans l’accès au travail, au logement, à la culture et à la citoyenneté. Il faut en finir avec les institutions qui ramènent les populations issues de la colonisation à un statut de sous-humanité. » [5]

Cet extrait permet de mieux comprendre les réactions hostiles que cet appel à suscitées de toutes parts. Comme l’explique Lévy :

« En combinant de manière inextricable rêve et réalité, principes et pratiques, [le mythe républicain] rend formellement solidaires un idéal indiscutable – liberté, égalité, fraternité... - et des réalités contestables, odieuses, voire criminelles : les ségrégations et discriminations de tous ordres, l’exploitation capitaliste, l’accaparement du pouvoir par une caste professionnelle, le colonialisme et le néocolonialisme, la gestion postcoloniale de la société, etc. […] Le mythe – et c’est bien là sa fonction – ferme ainsi tout accès à l’analyse critique : dès que l’on interpelle la République sur ses pratiques réelles, elle se drape dans ses idéaux prétendus. » [6]

Une islamité réactive ?

Dans ce même appel, le « Nous, descendants d’esclaves et de déportés africains, filles et fils de colonisés et d’immigrés » semble marquer une sorte de retournement du stigmate. C’est à ce processus que se réfère aussi Faysal Riad lorsqu’il écrit :

« Et tant que l’islam sera considéré comme “la religion la plus con” par les écrivains à la mode, je refuserais de discuter sérieusement de métaphysique et je me proclamerai, sans hésitation, musulman. » [7]

Dans ces réactions, on peut également voir ce que Wendy Brown appelle une « politique identitaire », c’est-à-dire

« la prise de conscience par divers groupes, que l’“universel” ne les inclut pas, que l’égalité en droit n’équivaut pas à l’égalité de statut, de pouvoir ou d’appartenance, que certaines normes en vigueur concernant l’être humain ou le citoyen stigmatisent ou marginalisent toujours certaines pratiques, certains attributs ou modes de conduites. » [8]

En ce qui concerne les musulmans, Brown explique qu’

« une décennie supplémentaire de rejet, d’hystérie, voire de criminalisation de ces pratiques (…) pourraient aisément engendrer chez les musulmans les conditions du ressentiment au fondement des "dévouements blessés" » [9].

Par « dévouements blessés », Brown entend :

« Un ensemble propre de conditions en vertu desquelles certains groupes se montrent plus attachés à l’exclusion ou aux blessures qui sous-tendent leur identité qu’à la promesse d’une éventuelle émancipation de leur statut présent. L’identité devient alors réactionnaire dans tous les sens du mot. Une façon de réagir contre le pouvoir, de se retrancher dans une identité source de handicap... » [10]

Si l’on peut émettre des réserves quant au caractère « réactionnaire » de l’identité musulmane qui s’affirme alors, on peut cependant parler de communautarisme réactif ou défensif à la façon de Laurent Lévy :

« On rencontre également – et on peut s’attendre à rencontrer toujours plus – un autre usage du mot [communautarisme], compris non pas dans le sens que lui donnent les anticommunautaristes, mais comme le fait d’assumer son appartenance à une “communauté” (minoritaire) en adaptant ses comportements à ce fait. Ce n’est, dans ce cas, pas le communautarisme qui crée les communautés, mais la conjonction de l’existence des communautés et de l’hégémonie idéologique “anticommunautariste” qui le suscite. » [11]

En ce qui concerne les musulmans, Vincent Geisser évoque une islamité réactive ou défensive qui serait la conséquence d’une « dialectique identitaire “perverse” que l’on pourrait résumer ainsi » :

« Les Français issus des migrations postcoloniales, en dépit de leur affirmation de citoyenneté et de nationalité, continuent d’être majoritairement perçus à travers le prisme d’une islamité réelle ou imaginaire. Cette situation suscite en retour chez eux une sorte de feed-back identitaire qui les pousse de plus en plus à se définir spontanément comme musulmans dans la société française actuelle » [12].

Cependant, plus qu’une islamité réactive ou défensive, il convient de reprendre la notion de « politique identitaire » de Brown ou encore la notion d’islamité « positive » défendue par Geisser. Une islamité positive, plus que réactive ou défensive dans le sens où elle se développe « rarement en antagonisme avec la société française » et qu’elle n’est pas « systématiquement synonyme d’une montée de religiosité ». Il évoque sur ce point le développement d’un islam « hétérodoxe et a-institutionnel », un rapport à l’islam qui reste majoritairement « conceptuel, hors de toute référence à une orthodoxie religieuse » [13]. C’est ce qu’exprime également Jean-François Bayard lorsqu’il explique que

« la plupart des musulmans vivant en France ont “élaboré leur laïcité personnelle” et n’ont plus de musulmans que le nom, ou plutôt une forme de socialisation et de conviction familiales, à l’instar de la majorité des catholiques. » [14]

Plus que des « dévouements blessés », se dessine alors la revendication d’un « droit à la différence ». « Différence » entendue comme « le fait de différer, c’est-à-dire de se distinguer d’un autre », et supposant donc d’abord la capacité de diverger en pensée – avoir des pensées et des idées différentes de celles d’autrui – mais aussi la capacité objective et subjective de « diverger en actes : exprimer, assumer, vivre sa différence. » [15]. Souvent taxée de « différentialisme » et d’outil du communautarisme, la revendication d’un droit à la différence – qui n’est pas la revendication d’une différence des droits – participe d’une autre revendication, l’égalité de traitement [16].

Ces revendications se retrouvent dans l’émergence de l’Appel des indigènes de la République et d’autres mouvements, associations, initiatives comme la création de Z.E.P., Zone d’Expression Populaire, qui sort en 2010 un clip intitulé Nique la France et un livre éponyme : Nique la France, devoir d’insolence. [17]. Dans l’introduction à ce livre, on peut lire :

« Nous sommes accusés de “communautarime” lorsque nous tentons de nous organiser entre dominés de manière autonome. Lorsque nous ne baissons plus la tête et que nous refusons d’être invisibilisés. Ce “communautarime” diabolisé est pourtant dans le contexte de domination qui est le nôtre, un rempart contre la dépersonnalisation. La décomposition. La haine de soi. Pourquoi diable aurions-nous honte d’être Arabe, Noir, Musulman... D’être des non-Blancs (…) Ce nous est à la fois un héritage de la colonisation et une production permanente du système social français actuel (…) C’est d’abord et surtout à ce nous que nous nous adressons pour qu’il relève encore plus la tête (…) Pour qu’il ne se berce plus d’illusions devant les fausses promesses, les discours d’intentions et/ou de compassions et les mythes de la République (égalité des chances, fraternité, pensée des Lumières, etc.) que l’on nous brandit pour nous endormir. » [18]

Z.E.P, lancé à l’initiative de Saïdou, chanteur du groupe M.A.P, Ministère des Affaires Populaires, rejoint par d’autres chanteurs et musiciens illustre l’engagement politique et l’expression de revendication qui s’opère également dans l’émergence d’une culture « identitaire » ou de ce que Fanon appelait une « culture de la culture » [19]. Le rappeur Médine, incarnation, si l’on peut dire, d’une affirmation de l’islam par le rap dans les années 2000 avec la sortie de son premier album Ni violeur, ni terroriste en 2004, explique quant à lui :

« quand je parle de l’islam, j’en parle de façon identitaire, toujours quand je parle de l’Islam, j’en parle en tant que facteur d’exclusion de notre société. » [20].

Par ses titres et slogans, tel que « I’m muslin, don’t panik », Médine entend provoquer pour « bousculer les consciences » et « apporter le débat » [21].

Conclusion : Etat ou Nation ?

Maxime Rodinson et Edward Saïd, entres autres, ont montré comment les représentations identitaires et les politiques qui en découlent sont largement tributaires de rapports de forces politiques et sociaux. Aujourd’hui, le conservatisme républicain provoque un double phénomène d’islamisation : par l’assignation du regard majoritaire et l’auto-assignation du regard minoritaire sur lui-même. La création d’identités conservatrices, la mise en place d’un « contrat ethno-racial » ou la « racialisation du conflit social » révèlent un échec de la République à gérer les différences, et les limites d’un modèle républicain dont « l’universalisme empêche le cosmopolitisme » [22].

Mais plus que le mythe ou modèle républicain, ce qu’il convient d’interroger c’est le modèle plus général de l’Etat-Nation dans lequel le modèle républicain s’inscrit lui-même. Si le « républicanisme français » témoigne d’un paradoxe entre l’universel et le particulier, c’est qu’il reprend l’oxymore que constitue la notion d’ « État-Nation ». L’État, au sens des théories contractualistes, est inclusif. Il est constitué de l’ensemble des citoyens sur une base d’égalité entre ces derniers au sein de la société. La Nation, concept réactionnaire [23], est exclusif : il repose sur l’idée d’une particularité, d’une identité propre à un groupe, le peuple et de la constitution de ce groupe contre un autre.

Comme l’explique George Corm :

« l’identité fonctionne en référence à un pôle négatif : la vision de l’autre, différent sinon ennemi. C’est pourquoi tout système de valeurs structurant l’identité est en même temps une composante essentielle du système de pouvoir qui organise l’ordre à l’intérieur d’une société et décide de la guerre ou de la paix avec la société voisine différente. » [24]

La construction d’une « identité nationale française » au sein d’un monde occidental, d’une civilisation aryenne puis « judéo-chrétienne » ou encore l’identification d’une culture « indo-européenne », s’est faite en référence à un pôle négatif : l’orient, les sémites, ou les « arabo-musulman ». La rencontre coloniale entre ces deux « autres », dont l’immigration postcoloniale est un des produits, ne pouvait pas ne pas poser problème : cette dernière, en remettant en cause le système de valeurs structurant l’identité – « française » – remet en cause le système de pouvoir qui organise l’ordre à l’intérieur de la société.


P.-S.


Bibliographie

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Articles

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GRESH Alain, « A propos de l’islamophobie. Plaidoyer en faveur d’un concept controversé », publié sur le site Les mots sont importants, mars 2004.

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MBEMBE Achille, « La République et sa bête, à propos des émeutes dans les banlieues de France », in Africultures, n°65, février 2006.

RIAD Faysal, « De quoi, de qui veut-on parler lorsqu’on utilise le mot « arabe » ? », publié sur le site Les Mots sont importants


Notes


[1] Cf. supra p.3.


[2] « Appel des indigènes de la République »


[3] Site du CRAN.


[4] Neil Lazarus, Penser le post-colonial : une introduction critique, 2006.


[5] « Appel des indigènes de la République »


[6] Laurent Lévy, op. cit. p.55.


[7] Faysal Riad, « De quoi, de qui veut-on parler lorsqu’on utilise le mot « arabe » ? », publié sur le site Les Mots sont importants, en novembre 2009.


[8] Wendy Brown, op. cit., p.154.


[9] Ibid. p.155.


[10] Ibid.


[11] Laurent Lévy, op. cit., p.11.


[12] Vincent Geisser, « Comment peut-on être musulman en France ? », op. cit., p.36.


[13] Ibid, p.35.


[14] Jean-François Bayard, op. cit., p.420.


[15] Pierre Tevanian, La Mécanique raciste, Dilecta, Paris, 2008, p.14.


[16] Sur le droit à la différence, voir l’analyse de Pierre Tévanian, « Egalité e(s)t différence » in Pierre Tevanian, La Mécanique raciste, op. cit., pp.11-33.


[17] Zone d’Expression Populaire, op. cit.


[18] Ibid.


[19] Frantz Fanon, 1er Congrès des Écrivains et Artistes Noirs à Paris, septembre 1956.


[20] Interview de Médine, dans le film Don’t Panik, réalisé par Keira Maameri, 2010.


[21] Sans rouvrir l’analyse sur la persistance d’une culture coloniale en France, il est intéressant de rappeler ici les propos d’Eric Zemmour sur le rap qu’il qualifie de « sous-culture d’analphabètes » (Emission « L’Hebdo », France Ô, décembre 2008).


[22] Achille Mbembe, « La République et l’impensé de la "race" » in Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire (dir.), op. cit., pp.143-157.


[23] Voir Benedict Anderson, L’Imaginaire national, réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, La Découverte, Paris, 1996 (1ère édition anglaise 1983).


[24] Georges Corm, La Question religieuse au XXIe siècle, La Découverte, Paris, 2006, p. 46.
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Toussaint

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Re: Islamophobie

Message  verié2 le Dim 12 Mai - 18:34

Dug et Klin
Ce qui est con,enfin je veut dire a part toi Toussaint c'est ta fixette sur LO,depuis quelque temps tu multiplies(et pourries) plusieurs fils avec tes saloperies sur LO et ses militant(e)s.tu te permet mensonges,calomnies et injures,LO,non seulement traité de raciste,associé,non seulement au PS,mais également a l'UMP,et au FN.Profite en,tu as le vent en poupe,si un membre de LO se permettait la meme chose envers le NPA,il ne passerait pas la journée.
Nous ne nous convaincrons pas : ce débat prend des tournures complètement passionnelles et irrationnelles.
Mais un peu de bonne foi ne serait pas de trop.
-Tu m'as accusé d'être l'ami des intégristes qui emprisonnent et exécutent des homosexuels dans divers pays. Ai-je jamais critiqué LO dans des termes calomniateurs de ce genre ?
-Comme tu le sais, j'ai été viré du forum de LO pour des critiques beaucoup plus soft et plus honnêtes, rédigées sous mon nom... sur un autre forum. Alors tu as bonne mine de raconter que quelqu'un qui critiquerait un peu durement le NPA ne passerait pas la journée...
Vals
Les islamogauchistes
Je te rappelle que ce terme est une invention de l'extrême-droite, qui l'utilise systématiquement, alors que LO ne l'utilise pas. Tu vas donc plus loin que l'organisation dont tu te revendiques, laquelle a, en revanche, repris à son compte le concept d'"islamophobie"

Cela confirme ce qui semblait choquer ou surprendre Toussaint, à savoir que LO a mis en marche une machine difficile à arrêter, de sorte que certains éléments de son milieu, voire parmi ses militants, vont plus loin que prévu. Il me semble en effet que LO a joué et joue encore avec le feu en dressant ses militants contre ceux des groupes qui ne partagent pas ses positions sur la question du voile/foulard. Le CLT sur La religion et les femmes, où toute critique suscitait des réactions quasi hystériques, des accusations lancées de la salle de soutenir les mollahs et la lapidation etc, a donné un avant-goût des sentiments d'ultra sectarisme malsains suscités par LO. Je crains qu'il n'arrive un moment où les plus conscients des responsables de LO regretteront amèrement ce qu'ils ont déclenché...

Tout cela ne fait pas de LO une organisation raciste, mais une organisation qui connait de sérieuses dérives. Une organisation dont le discours se place de plus en plus souvent dans le cadre du respect de l'ordre bourgeois, comme s'il y avait des positions communes "raisonnables" à défendre avec les partis bourgeois et l'Etat sur certains sujets (la répression des jeunes révoltés, la mise en place d'une bonne poiice dotée des moyens nécessaires pour effectuer son travail, le port de symboles religieux musulmans).

verié2

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Re: Islamophobie

Message  Vals le Dim 12 Mai - 19:03

Communisme et communautarisme


Il est courant d’entendre parler de « communauté ». Quand il s’agit de la « communauté chinoise », de la « communauté maghrébine », etc., cela désigne au moins une origine géographique commune. Quand on parle de « communauté juive » ou de « communauté musulmane », c’est d’autant plus discutable que ces étiquettes religieuses sont alors apposées à des personnes regroupées en fonction de la religion qu’on leur prête (car elles englobent généreusement les non-pratiquants et les athées), et ne correspondent pas davantage à des groupes socialement homogènes. Et derrière ce mot de « communauté » se cachent des problèmes très différents.
La forme d’esprit « communautaire » qui conduit souvent, dans un premier temps, des populations immigrées de fraîche date à se regrouper, ne serait-ce qu’en raison de leur communauté de langue, et à s’entraider face à un contexte hostile, est tout à fait naturelle et compréhensible. Toutes les émigrations, y compris les plus anciennes, celles amenant vers les villes des paysans venus des régions rurales de l’hexagone, ont connu cela. Tout naturellement, c’est autour des premiers arrivés qui ont trouvé un travail que viennent se regrouper ceux qui prennent à leur tour le chemin de l’émigration.
Mais pour être inévitable dans un premier temps, cet émiettement de la classe ouvrière en fonction de l’origine géographique de ses membres a dès ses origines amené le mouvement socialiste à tout mettre en oeuvre pour surmonter ces barrières, convaincu qu’il est que le mouvement ouvrier se doit d’accueillir ses frères et soeurs de classe d’où qu’ils viennent, de les intégrer dans ses organisations de défense et de lutte, indépendamment des différences de nationalité, de sexe, de croyances religieuses, etc., qu’ils y ont toute leur place naturellement.
La classe ouvrière s’est constituée à partir d’une masse de travailleurs extrêmement diversifiée, drainée et rassemblée par le capitalisme industriel à partir des campagnes, et très vite à partir des pays voisins, puis de plus en plus éloignés. Unifier cette classe présentait bien des difficultés, dont la principale résidait dans le fait que la formation même du prolétariat, sous l’égide du capitalisme, s’était faite sous le signe de la concurrence.
La révolution industrielle a en effet imposé la concurrence généralisée entre les individus, la guerre de tous contre tous, car le patronat veut en face de lui une masse de travailleurs émiettée sur le marché de l’emploi. C’est une politique liée à l’exploitation capitaliste depuis ses origines. Dès 1844-45, Engels expliquait que « la domination de la bourgeoisie n’est fondée que sur la concurrence des ouvriers entre eux, c’est-à-dire sur la division à l’infini du prolétariat, sur la possibilité d’opposer entre elles les diverses catégories d’ouvriers ». Le Manifeste du Parti communiste (1848) constatait de même que « l’organisation du prolétariat en classe est sans cesse détruite par la concurrence que les ouvriers se font entre eux ».
C’est justement face à cette situation que le mouvement révolutionnaire a constitué son programme, qui souligne ce que tous les travailleurs ont en commun, la valeur de leur unité de classe en vue du rôle qu’ils sont susceptibles de jouer pour l’avenir de l’humanité ; et c’est la raison même de la fondation de l’Association internationale des travailleurs en 1864.
C’est ainsi qu’est né un mouvement politique ouvrier se réclamant du marxisme, se donnant pour tâche de représenter l’avenir de l’ensemble du monde ouvrier, et, partant, oeuvrant à l’intégration de toutes les composantes immigrées du monde du travail au sein d’une même classe ouvrière.
Cette intégration dont nous sommes partisans n’est pas ce qu’on appelle ainsi dans les milieux officiels. Il ne s’agit pas d’intégrer les travailleurs émigrés dans une « nation française », de toute manière historiquement dépassée. Il ne s’agit pas de les faire renoncer à tous les éléments de leur culture d’origine, de demander par exemple aux ouvriers venus d’Afrique de renoncer au sens de la solidarité qui les a bien souvent amenés à émigrer, pour adopter l’individualisme si largement répandu dans la société française. Il s’agit de l’intégration dans la classe des travailleurs. Dans la seule classe capable d’ouvrir à l’humanité la perspective d’une culture socialiste, bien supérieure à toutes les cultures nationales, mais ayant su s’enrichir du meilleur de chacune d’elles.
Dans sa lutte pour développer une conscience de classe, le mouvement socialiste a eu à combattre, y compris en son sein, bien des préjugés : les préjugés anti-féministes, les préjugés racistes, fruits du colonialisme et de l’impérialisme, et qui servaient de justification à la domination des grandes puissances européennes. Il n’est pas besoin d’aller chercher au-delà du Rhin des exemples de mépris pour les « sous-hommes » des pays coloniaux. Il suffit d’ouvrir les livres avec lesquels on enseignait il y a à peine plus d’un demi-siècle l’histoire et la géographie aux enfants de l’école « laïque », et de voir en quels termes ils parlaient des peuples d’Afrique, d’Asie ou d’Océanie. Il suffit de se souvenir de cette « exposition coloniale » où, en 1931, furent exhibés comme des bêtes curieuses, parqués dans des enclos, une centaine de Canaques, amenés sans ménagement de Nouvelle-Calédonie. Les plus arriérés des pauvres des métropoles impérialistes pouvaient ainsi se consoler de leur misère en se flattant d’appartenir à une « race supérieure ».
À cette responsabilité des classes dominantes s’ajouta malheureusement celle des grands partis ouvriers qui se mirent à leur service. Le « Front populaire » ne mit pas un instant en cause la légitimité de « l’empire colonial français ». Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le Parti socialiste et le Parti communiste français participaient aux gouvernements responsables des massacres de 1945 à Sétif et Guelma, en Algérie, de la répression qui ensanglanta Madagascar en mars 1947, du début de la guerre d’Indochine. Pire encore, le Parti socialiste, en la personne de Guy Mollet, porte la responsabilité de la guerre d’Algérie, des pleins pouvoirs donnés à l’armée, de l’emploi généralisé de la torture. Et cette répression commença avec la complicité de fait du PCF, qui avait voté les « pouvoirs spéciaux » à Guy Mollet.
Tout ce passé pèse lourd, et n’est évidemment pas fait pour faciliter la tâche de ceux qui militent pour convaincre les travailleurs que, quelles que soient leurs origines, français ou immigrés, ils appartiennent à une même classe sociale, ayant les mêmes intérêts.
Mais en outre, cette lutte se heurte à des difficultés propres à notre époque. Non seulement à cause d’une situation économique marquée par le fait que les jeunes travailleurs, qu’ils viennent des pays ex-coloniaux, ou plus généralement des pays économiquement sous-développés, ou qu’ils descendent de travailleurs plus anciennement installés en France, se retrouvent pour beaucoup dans la situation de prolétaires sans emploi ou dans des emplois précaires sous-payés. Mais aussi à cause du recul du mouvement ouvrier. Le ralliement du PS, puis du PCF, à l’ordre capitaliste n’avait pas empêché la présence, dans les entreprises et dans les quartiers, de milliers de militants actifs, capables de défendre devant leurs frères de classe la perspective de l’émancipation sociale. Mais depuis trente ans, démoralisés par la crise, la politique de la gauche au pouvoir et la disparition de l’URSS, ces militants se sont faits de plus en plus rares.
Dès 1981 en effet, les gouvernements « de gauche » se sont montrés tout entiers voués au service des intérêts patronaux, donc incapables d’enrayer le chômage et l’extension de la pauvreté. Une situation face à laquelle, si l’ensemble de la droite a pratiquement enfourché le cheval de bataille de Le Pen avec sa puanteur raciste, les partis de gauche, PCF compris, ont détruit l’idée même qu’une autre politique, en faveur des travailleurs, était possible. Sur le sujet de l’immigration, non seulement ils n’ont eu aucune politique indépendante, mais les gouvernements socialistes se sont même livrés à une surenchère sur les mesures répressives, au point de s’être vantés d’avoir fait plus de reconduites à la frontière et de charters d’expulsion que la droite... Julien Dray plaide aujourd’hui encore pour une politique d’immigration ouvertement discriminatoire de quotas par pays...
Malgré quelques mises en scène à grand spectacle ou le parrainage de l’association « SOS Racisme », rien de concret n’est venu changer la vie dans les cités et les quartiers où une grande proportion des familles issues de l’immigration vit à l’heure du chômage et du dénuement.
Mais lorsque le sentiment d’appartenir à une même classe sociale s’est affaibli -du fait de l’affaiblissement des organisations syndicales et politiques militant pour l’entretenir et le consolider pas à pas, y compris en dehors des luttes-, cela laisse le champ libre à toutes sortes de repliements de type communautariste, y compris à la démagogie des propagandistes les plus ouvertement réactionnaires, faisant le plus souvent des religions, et de leurs interprétations les plus intégristes, leur arme de combat. Les militants de l’islam intégriste ont alors peu à peu rempli le vide laissé par la disparition des structures collectives de type politique ou syndical, qui pouvaient exister auparavant dans les villes et les banlieues. Et le désarroi, la déception, les ressentiments, la rage ont progressivement trouvé à s’exprimer dans des structures communautaristes.
Cette montée du communautarisme s’inscrit dans une période qui voit une montée, dans tous les milieux, des idées religieuses, des idées de droite.
En France aujourd’hui, cela s’affiche dans la rue, sur le plan vestimentaire, par le port de la kippa, du voile ou de la barbe islamiques. Car cela touche aussi bien la jeunesse d’origine juive que la jeunesse d’origine maghrébine ou africaine.

Les thèmes de nature « communautariste » fournissent un fonds de commerce en quelque sorte tout trouvé à des démagogues tels que le prédicateur musulman Tariq Ramadan, qui est en fait un homme dont l’objectif est politique. Pour quelqu’un comme lui, la jeunesse qu’il milite à embrigader sous la bannière de l’islam n’est qu’une base, un tremplin.
En cherchant à différencier ces jeunes de façon visible de l’ensemble de la société avec des campagnes aussi ostentatoires, par exemple, que celle du port du voile islamique par les jeunes filles et les femmes, il vise à un contrôle étroit de la vie de toutes, y compris les « insoumises », et de tous, car il fait des garçons des gardiens de prison.


Il faut bien constater que des aliments pour entretenir leurs feux, ces gens-là peuvent facilement en trouver. Ainsi, par exemple, à travers l’héritage dans la société française actuelle du passé esclavagiste et colonialiste de la bourgeoisie.
L’« Appel des Indigènes de la République », lancé à l’initiative d’organisations musulmanes (notamment, des groupements proches de Tariq Ramadan) et de personnes de la mouvance altermondialiste, peut ainsi faire un constat incontestable lorsqu’il dénonce, au nom de jeunes issus des ex-colonies françaises et des DOM-TOM, les discriminations dont ils sont victimes : « Discriminées à l’embauche, au logement, à la santé, à l’école et aux loisirs, les personnes issues des colonies, anciennes ou actuelles, et de l’immigration post-coloniale sont les premières victimes de l’exclusion sociale et de la précarisation ». Encore qu’il faudrait faire le même constat de discrimination à propos des jeunes Turcs, ou des jeunes venus de l’Europe de l’Est, bien que leur pays d’origine n’ait jamais été une colonie française ! Car ce n’est pas tant feu le colonialisme français que le bien vivant capitalisme français qui est responsable de leur situation.
Mais il est vrai que « l’idéologie coloniale perdure ». On a pu le constater encore récemment avec le vote de la loi du 23 février 2005 qui demande que les programmes de recherche universitaire ainsi que les programmes scolaires « reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord (...) ».
On peut relever en passant que les manoeuvres de réhabilitation des empires coloniaux sont dans l’air du temps aussi en Grande-Bretagne, véhiculées par exemple par Gordon Brown, ministre des Finances, plus ou moins considéré comme l’héritier de Tony Blair, pour lequel « l’époque est révolue où la Grande-Bretagne devait présenter des excuses pour son histoire coloniale » (Daily Mail, 5 janvier 2005).
Mais en dépit de la justesse d’une partie de son constat, l’« Appel des indigènes de la République » ne se place pas, bien au contraire, sur le terrain de la libération des opprimés.
On peut d’ailleurs se demander pourquoi il incrimine avec tant d’insistance « la République » -comme si les monarchies et les empires qui se sont succédé au XIXe siècle n’avaient pas joué un rôle de premier plan dans l’expansion coloniale de la France. À moins que ce ne soit pour éviter d’avoir à utiliser les mots bourgeoisie, capitalisme et impérialisme ! Car ce texte met tous « les Français » dans un même sac, en occultant les oppositions de classes. Il est pourtant facile de voir que Noirs et Arabes ne sont pas seuls à être victimes du chômage.
Ne pas dire que c’est l’exploitation capitaliste qui est, à la source, responsable de cette situation, et des oppressions de type racial qui s’y intègrent, s’attacher à donner une coloration ethnico-communautariste à la question, qui est sociale, revient à affaiblir la conscience de ceux qui sont tous des victimes de l’exploitation capitaliste, en les divisant ; à entraver la prise de conscience par les exploités et les opprimés de la nécessité d’une lutte de classe solidaire et fraternelle.
Le texte fait plus que montrer le bout du nez de la nature de ses inspirateurs : « Discriminatoire, sexiste, raciste, la loi anti-foulard est une loi d’exception aux relents coloniaux »... « Sous le vocable jamais défini d’ »intégrisme« , les populations d’origine africaine, maghrébine ou musulmane sont désormais identifiées comme la Cinquième colonne d’une nouvelle barbarie qui menacerait l’Occident et ses »valeurs« . Frauduleusement camouflée sous les drapeaux de la laïcité, de la citoyenneté et du féminisme, cette offensive réactionnaire s’empare des cerveaux et reconfigure la scène politique ».

Ces affirmations manifestent évidemment un culot assez incroyable : « sexiste », la loi anti-foulard ? Cette loi est ce qu’elle est et vaut ce qu’elle vaut -et la cause des femmes eût été mieux défendue si elle avait été prise au nom de l’égalité des sexes plutôt que sous d’ambigus prétextes de « laïcité »- mais « sexiste », « raciste » ? On vise avant tout ici à piéger un public précis, celui qui a peur de se faire traiter de « raciste » par ces escrocs politiques. De même lorsqu’on profère les accusations de nostalgies coloniales, qu’on parle d’un « racisme post-colonial » à propos de ceux qui se refusent à servir de marchepied aux militants islamistes tels que Tariq Ramadan.

Brandir l’anti-impérialisme, l’anticolonialisme, l’antiracisme, c’est évidemment une arme maniée par les islamistes à destination des milieux « de gauche » ou « progressistes » dans un but de chantage et d’intimidation.
Elle y rencontre un certain écho, en particulier au sein de la mouvance altermondialiste, qu’on a vue offrir à Tariq Ramadan des tribunes lors de forums altermondialistes tels que celui de Saint-Denis ou lors du Forum social européen de Londres en octobre 2004, soutenir les manifestations en faveur du voile dans les écoles ou encore les appels des « indigènes de la République » et pour des « Assises de l’anticolonialisme post-colonial » au mois de mai.
Cette mouvance altermondialiste est tellement hétérogène, diffuse et sans principe, qu’elle peut même exhiber le film « Un racisme à peine voilé », militant haineusement contre les opposant(e)s au voile islamique, dans des « forums sociaux » dans le pays.
Dans un article très critique contre « ces altermondialistes en perte de repères » (paru dans Politis, 20 janvier 2005), Bernard Cassen souligne, s’agissant d’ATTAC dont il est pourtant président d’honneur, un point significatif : l’audience de Tariq Ramadan auprès d’une partie de la jeunesse musulmane « constitue la meilleure de ses lettres de créance auprès d’une fraction de la mouvance altermondialiste qui croit ainsi avoir trouvé la porte d’entrée vers des catégories populaires qu’elle a par ailleurs peine à attirer ». Bernard Cassen connaît bien ce milieu, et ce qu’il décrit n’est ni plus ni moins qu’une attitude démagogique.

La démagogie pro-islamiste atteint une manière de sommet avec le maire de Londres, Ken Livingston, dit autrefois et tout à fait abusivement « Ken le Rouge », qui n’a pas craint, à la veille du Forum social de Londres de 2004, d’accueillir dans sa mairie un grand congrès de l’organisation « Prohidjab » destinée à « faire pression sur les parlementaires européens » en faveur du voile, ni de se faire à cette occasion photographier en train de donner l’accolade au théologien des Frères Musulmans Youssef al-Qaradhawi, aux côtés de Ramadan qui est un de ses disciples.
Mais une anecdote récente montre qu’il y a en France des gens de la même eau, quand il s’agit de clientélisme en direction de musulmans communautaristes locaux. À Mantes-la-Ville (Yvelines), le 12 mars (d’après un texte rendant compte de cette soirée qui est paru sur le site internet de « l’Observatoire du communautarisme à Mantes-la-Jolie », et a été publié dans la Revue ProChoix de mars 2005), près de 400 personnes ont assisté à un prêche de Tariq Ramadan, organisé par le « Collectif des musulmans du Mantois », avec l’approbation des représentants présents de la gauche : un Vert, militant d’Une École pour toutes-tous, un conseiller municipal PCF. Le conseiller municipal de gauche Joël Mariojouls (association Décil, Démocratie et citoyenneté locale) aurait même souligné la capacité de Ramadan à remplir les salles, en commentant : « Les partis politiques et les syndicats en sont incapables aujourd’hui. Monsieur Ramadan, je vous le demande, faites du prosélytisme ! »

Cependant, parmi les diverses manifestations de complaisance envers les pressions du communautarisme islamique, il nous faut tout de même faire une place à part aux courants qui se disent communistes -chose qui devrait a priori les amener à être au moins lucides sur les dangers que ce genre d’idées véhicule.
C’est ainsi que -pour ne pas même remonter aux débats sur la question du voile islamique, ou à la Journée internationale des femmes du 8 mars, où on a pu voir la JCR défiler aux côtés de militantes islamistes voilées- qu’on relève que l’appel à des « Assises de l’anticolonialisme post-colonial » porte une série de signatures de personnes qui s’identifient comme militants LCR, ou JCR, ou les deux.

Rouge (7 et 14 avril) a évoqué les débats qui ont eu lieu y compris au sein de la direction de la LCR au sujet de la participation à ces Assises, que la majorité de la direction nationale a rejetée. Ainsi, sous le titre « La LCR doit participer aux Assises » et sous les signatures de plusieurs dirigeants tels que Léonce Aguirre, Sandra Demarcq ou Catherine Samary, on a pu lire une justification des formulations de l’appel qui frise l’angélisme politique... ou plutôt la mauvaise foi.
Ainsi, quand l’appel affirme qu’ « une offensive réactionnaire » -visant, si on comprend bien, à dénoncer l’intégrisme- se dissimulerait « frauduleusement » « sous les drapeaux de la laïcité, de la citoyenneté et du féminisme », eh bien, selon ces militants LCR, « ce n’est pas mettre en accusation les valeurs de gauche. C’est au contraire s’en réclamer et dénoncer leur détournement à d’autres fins » ; ou, à propos de la loi contre le port du voile : « la loi frappe principalement les jeunes filles musulmanes, elle a libéré le racisme anti-musulmans. N’est-ce pas ce qui doit dominer dans notre jugement, au lieu de s’offusquer des formulations du texte qui dénonce la loi comme sexiste et raciste ? ».
Des formulations qui ne relèvent pourtant pas de la « maladresse » : ce serait bien naïf et bien méprisant de le croire !
On ne peut nier une certaine cohérence dans les habitudes de suivisme politique des courants d’extrême gauche en France, notamment vis-à-vis de ces autres formes de mouvements communautaristes que sont les mouvements nationalistes.
Les grands mouvements d’émancipation nationale qui ont traversé le tiers monde dans les années cinquante à soixante-dix ont suscité une vague d’engouement « tiers-mondiste » dans une partie de l’intelligentsia occidentale. La solidarité des communistes révolutionnaires vis-à-vis de ces mouvements, tout placés sous des directions nationalistes qu’ils étaient, allait de soi. Mais ce qui n’allait pas de soi, c’était le fait de présenter ces directions nationalistes comme « socialistes » -ce à quoi s’est pourtant employée une bonne partie de l’extrême gauche, contre l’évidence.
En changeant ce qu’il faut changer, ces mêmes courants d’extrême gauche, LCR comprise, ont eu une démarche analogue au sujet des « nationalismes régionaux », très à la mode dans la décennie qui suivit Mai 68. Il ne s’agissait plus là d’être fascinés par de puissants mouvements de masse au point d’en perdre tout esprit critique sur l’orientation politique de leurs directions. Il ne s’agissait pour le coup que de micro-nationalismes -corse, basque français, breton- défendus, non sans ambiguïtés, par certains milieux dans la petite bourgeoisie, et qui n’avaient évidemment pas du tout la légitimité des soulèvements de masse du tiers monde.
Pourtant, une grande partie de l’extrême gauche délira passablement au sujet de ces micro-nationalismes et s’aligna sur les thèses à la mode dans leurs milieux. Les problèmes de ces régions avaient beau ressortir, sur le fond, des problèmes généraux de la société française avec ses inégalités en tout genre, les régionalistes, et derrière eux bien des gauchistes, au lieu d’y chercher les facteurs unificateurs avec l’ensemble des travailleurs du pays, s’attachèrent au contraire à grossir les particularismes locaux, les « spécificités » des uns et des autres, à les rechercher systématiquement. Ce qui est précisément une démarche « communautariste ».

À l’extrême gauche, certains justifient leur complaisance vis-à-vis des représentants de l’islamisme en invoquant les impératifs de l’anti-impérialisme, l’anticolonialisme, l’antiracisme. À ce titre, il faudrait remiser toute analyse critique de l’intégrisme musulman, car cela reviendrait à « stigmatiser » la jeunesse maghrébine... Le piège est grossier mais apparemment il fonctionne -quitte à sacrifier les principes du combat communiste et en même temps la cause des femmes.

Une autre préoccupation apparaît dans la tribune de Rouge à propos de « l’Appel des indigènes de la République » que nous avons déjà citée. À en croire ses signataires, qui proposaient de s’y rallier, « le plus grave c’est la méfiance que nous risquons de susciter auprès de militantes et de militants (...) nos amis, des alliés de toujours dans le combat pour l’égalité et contre le racisme », sans d’ailleurs préciser desquels il s’agit au juste. On retrouve la même crainte dans un texte du « Secrétariat anti-raciste de la LCR » (dont on peut par ailleurs se demander à quoi son existence correspond !) concernant cette manifestation des indigènes de la République, d’être « considérés comme partiellement responsables d’un possible échec ». Cela témoigne d’un même souci : se faire accepter, qui sait, gagner la confiance. Mais cette complaisance, c’est avant tout aux Tariq Ramadan et autres réactionnaires et à leurs militant(e)s qu’elle profite en premier lieu, car elle les cautionne.
On voit déjà à quoi cela aboutit, y compris au sein de la gauche et de l’extrême gauche, lorsque toute critique d’un symbole criant d’oppression comme le voile des femmes en vient à être assimilée... à du racisme ; que toute critique de la politique de l’État d’Israël ou de l’idéologie nationaliste du sionisme se retrouve assimilée... à de l’antisémitisme !

Ou encore quand on voit les islamistes et leurs amis instruire un procès en trahison contre les dirigeantes du mouvement « Ni putes ni soumises » parce que, en dénonçant les « tournantes », elles « stigmatiseraient » les garçons musulmans des banlieues -c’est-à-dire parce qu’elles brisent le consensus communautariste que visent les islamistes.

Faire la cour à un Tariq Ramadan, faire d’un des pires ennemis de la classe ouvrière un allié à courtiser, est un naufrage politique. Le premier devoir des militants communistes, quelles que soient les difficultés de la période, c’est de rester fidèles à leur programme, et certainement pas de le jeter aux orties pour s’accrocher aux basques de démagogues réactionnaires. Car seul le programme communiste est porteur d’un avenir digne de ce nom pour l’humanité.


15 juin 2005


Le contenu intégral de cet article de la LDC me convient.
Mais j'en ai surligné certains passages à l'intention de Vérié, pour répondre à la notion d'islamo-gauchisme. Que le terme soit employé ou pas, il me semble que le point de vue exprimé sur les "complaisances" (voire plus si affinités) d'une partie de l'extrême-gauche vis à vis de l'islamisme est très clair. (et c'était avant la triste expérience de la "candidate voilée" du NPA....)...

À l’extrême gauche, certains justifient leur complaisance vis-à-vis des représentants de l’islamisme en invoquant les impératifs de l’anti-impérialisme, l’anticolonialisme, l’antiracisme. À ce titre, il faudrait remiser toute analyse critique de l’intégrisme musulman, car cela reviendrait à « stigmatiser » la jeunesse maghrébine... Le piège est grossier mais apparemment il fonctionne -quitte à sacrifier les principes du combat communiste et en même temps la cause des femmes.
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Re: Islamophobie

Message  dug et klin le Dim 12 Mai - 19:24

yannalan a écrit:Sur ce sujet, tu es du niveau de Niels sur l'UE...

Heu,tu t'adresses a Toussaint la,je crois.
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Re: Islamophobie

Message  verié2 le Dim 12 Mai - 19:32

"Communisme et communautarisme"

Vals
Le contenu intégral de cet article de la LDC me convient.
Mais j'en ai surligné certains passages à l'intention de Vérié, pour répondre à la notion d'islamo-gauchisme. Que le terme soit employé ou pas.
En effet, LO aurait pu employer le terme pour résumer son propos, mais l'auteur n'a pas été jusque-là.
De fait, cet article ne tire que dans un sens, à boulets rouges, contre les "alter", mais surtout contre la LCR.
En mélangeant un peu tout, du politicien démagogue britannique Ken dit "le rouge" aux Indigènes en passant par des militants de la LCR et du PCF, et... l'incontournable Ramadan accusé de vouloir faire contrôler les filles par les garçons, sans l'ombre d'un début de preuve. Comme s'il y avait en effet un vaste front islamogauchiste qui capitulait face aux pressions islamistes communautaristes.

Alors, bien sûr, il y a des critiques justes dans ce texte, notamment contre les Indigênes, dont nous sommes bien d'accord qu'ils mettent l'origine ou la "race" avant la classe. Mais l'article comporte des raccourcis d'une malhonnêteté évidente :

Texte des Indigènes
« Sous le vocable jamais défini d’ »intégrisme« , les populations d’origine africaine, maghrébine ou musulmane sont désormais identifiées comme la Cinquième colonne d’une nouvelle barbarie qui menacerait l’Occident et ses »valeurs« . Frauduleusement camouflée sous les drapeaux de la laïcité, de la citoyenneté et du féminisme, cette offensive réactionnaire s’empare des cerveaux et reconfigure la scène politique ».
.
Commentaire de LO
Ces affirmations manifestent évidemment un culot assez incroyable

Pourtant dans ce passage, tout est juste. LO ne parvient à répondre qu'à l'accusation de "sexisme". Pour le reste, pas un mot dans ce (très long) article sur l'instrumentalisation du foulard, de l'islamophobie, la stigmatisation des Musulmans etc par des forces réactionnaires à des fins de division. LO rappelle certes le passé colonialiste, mais ne tape que sur ceux qui le dénoncent et établissent un lien entre ce passé et les campagnes islamophobes/xénophobes actuelles.

A mon avis, vu l'ampleur de ces campagnes islamophobes, dont LO ne peut pas ne pas avoir pris conscience, LO n'écrirait plus cet article de la même façon aujourd'hui

verié2

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Re: Islamophobie

Message  yannalan le Dim 12 Mai - 19:36

dug et klin a écrit:
yannalan a écrit:Sur ce sujet, tu es du niveau de Niels sur l'UE...

Heu,tu t'adresses a Toussaint la,je crois.
Non.

yannalan

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Re: Islamophobie

Message  Vals le Dim 12 Mai - 19:40

A mon avis, vu l'ampleur de ces campagnes islamophobes, dont LO ne peut pas ne pas avoir pris conscience, LO n'écrirait plus cet article de la même façon aujourd'hui.




Ca c'est plus récent (mars 2013) et semble te donner raison Cool :

La Cour de cassation et la crèche Baby Loup : une attaque contre les droits des femmes

La Cour de cassation a annulé le 19 mars le licenciement d'une employée de la crèche Baby Loup de Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines, qui avait refusé d'enlever son voile islamique. La Cour a estimé d'une part que, cette crèche étant une entreprise privée qui ne gère pas un service public, les principes de neutralité et de laïcité défendus par la Constitution ne s'y appliquent pas. D'autre part, elle a mis en avant le fait que le règlement intérieur de Baby Loup n'indiquait pas explicitement l'interdiction du port du voile.

Ce jugement a soulevé à juste titre une vague de protestations, car il donne des armes aux obscurantistes de tout bord, et nombreux sont ceux qui réclament une révision des lois existantes, demandant l'élargissement de l'interdiction des signes ostensibles d'appartenance religieuse au nom de la laïcité. Mais le port du voile, ou pire du niqab, n'est pas une question de religion. C'est le symbole de l'asservissement des femmes devant une loi occulte imposée par des hommes ultra-réactionnaires qui, au nom de prétendus principes sacrés, dénient tout droit et toute égalité aux femmes.

C'est justement pour que les femmes de milieu populaire, majoritairement immigrées, puissent acquérir leur indépendance que Baby Loup a été créée. Il ne s'agit pas simplement d'une crèche, mais d'une structure associative mixte, accueillant les enfants et œuvrant à l'insertion professionnelle des femmes de Chanteloup-les-Vignes, afin qu'elles ne restent pas isolées dans leur cité loin de tout. Partant du constat que, dans les quartiers difficiles, les femmes sont bloquées dans leur recherche d'emploi par la garde de leurs enfants et leur peu de qualification, Baby Loup veut agir sur les deux fronts. Elle leur offre une crèche ouverte sept jours sur sept et 24 heures sur 24, avec en plus la possibilité d'y déposer des enfants un nombre d'heures à leur convenance, pour permettre à celles qui sont seules ou en horaires décalés (par exemple les femmes faisant le ménage dans des bureaux) de travailler. L'association finance aussi la formation professionnelle des femmes visant à déboucher sur un emploi à plein temps correctement payé.

Par son jugement, la Cour de cassation n'a pas seulement renforcé les réactionnaires religieux, il a atteint aussi une association militant concrètement pour les droits des femmes.
Marianne LAMIRAL

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Re: Islamophobie

Message  Toussaint le Dim 12 Mai - 21:37

Pour vals et vérié

les Indigênes, dont nous sommes bien d'accord qu'ils mettent l'origine ou la "race" avant la classe

Very Happy A l'heure actuelle, je ne sais pas, je n'ai pas suivi depuis quelque temps. En tout cas, pas dans l'Appel qui incluait explicitement les français de souche aux Indigènes de la République et faisait de l'Indigénat un concept politique, ce qu'il est. En effet, l'oppression coloniale est transversale, une collègue martiniquaise disait récemment: "Je suis martiniquaise, mais française, métropolitaine dans ma tête, en Guyane, je suis créole et en France je suis noire"... Very Happy Quant à mettre ne avant la race, bigre, je n'avais pas lu... On parlait de "race"? vraiment? Tu peux citer le texte?
Et l'Appel était bel et bien anti-impérialiste, celui-ci étant, je crois, le stade suprême du capitalisme...
Bon, on va faire quelques réponses à LO...
D'abord, quelques mensonges, bon c'est LO et ce sont leurs méthodes:

il faudrait remiser toute analyse critique de l’intégrisme musulman, car cela reviendrait à « stigmatiser » la jeunesse maghrébine

Mensonge, les femmes voilées ne sont pas des intégristes et même le proclament haut et fort. Cela, c'est la propagande sarkozyste, lepéniste, copéiste, et bien sûr la propagande de LO qui assimile toutes les musulmanes visibles à des fascistes voire des terroristes, une menace à éradiquer, autrement dit les désigne à la répression, les réprime et les traite en ennemies. A rapporter avec le texte plus haut sur ce qu'est le racisme. Ensuite, curieux que LO répète systématiquement cette histoire fantasmée de stigmatiser la jeunesse musulmane. D'abord, perso, je vois assez peu employé ce terme de "jeunesse musulmane", c'est plutôt LO qui emploie ce terme. Parce que, justement, il n'existe pas de "jeunesse musulmane", il y a en effet des jeunes musulmans ou des jeunes femmes musulmanes, mais cela ne fonctionne pas ainsi dans les cités ouvrières. Ni dans les centres villes... C'est LO qui les voit ainsi, et aussi, c'est vrai parfois les médias, le pouvoir. Je commence à comprendre pourquoi Vérié fait le lien systématique entre les positions de LO sur l'islam et leur réaction de mépris et de haine devant les révoltes des jeunes en 2005. Ils les ont vus en grande partie comme des révoltes de petites frappes et de gens noyautés par les intégristes. Pauvre secte déconnectée... Very Happy

Autre mensonge, personne ne propose de remiser le combat contre l'intégrisme, mais en effet nous ne combattons pas les intégristes en harcelant les croyantes. LO est bien plus indulgent avec les sympathisants du FN qui "se trompent d'ennemi" et qu'il faut convaincre. Faut dire que vous avez un ennemi commun, les musulmanes visibles.

militants islamistes tels que Tariq Ramadan

Autre mensonge. Ramadan n'est pas un militant islamiste, c'est là un mensonge que LO propage en compagnie de Sarkozy, Zemmour, Guaino, et quelques autres de même acabit. Et il n'a sans doute pas prêché, mais fait une intervention comme avec son ami Warshawski et avec Alain Gresh, ou Dominique Vidal, ou Leïla Shahid.

D'abord, LO passe de l'unité de la classe ouvrière à son unité nationale, sans l'expliciter. Et le texte a du mal à ne pas laisser libre cours à la rage contre tout ce qui attaque la République. Il est ainsi amusant de voir l'Appel des Indigènes critiqué pour ne s'en prendre qu'à la République au lieu de parler aussi des rois et des empereurs. Je hasarde une hypothèse: parce que nous vivons encore dans la même république bourgeoise, laïque et coloniale? Et parce que cette république comme le montre bien un texte posté plus haut est d'une rare hypocrisie. Que LO partage sauf qu'au lieu de "citoyens", LO met "ouvriers". En niant la diversité, notamment culturelle de ces travailleurs.

Alors, certes LO rappelle les efforts que faisait à une époque le mouvement ouvrier pour intégrer ces travailleurs. Et unifier la classe indépendamment des différences de nationalité, de sexe, de croyances religieuses. Mais d'une part, LO fait comme si cela avait été fait tout le temps et vraiment. Or, c'est faux. Notamment en ce qui concerne les populations venues des colonies françaises par rapport auxquelles le paternalisme et le racisme ont toujours été très fort dans le mouvement ouvrier français. Et encore plus à la décolonisation. Et encore plus pendant et après la guerre d'Algérie. Non, le mouvement ouvrier français n'a pas fait toute leur place aux travailleurs venues des colonies puis des anciennes colonies.

Ensuite, ce n'est pas seulement par l'affaiblissement objectif du mouvement ouvrier que les travailleurs immigrés et leurs descendants sont laissés de côté par les organisations ouvrières. C'est aussi l'imprégnation nationaliste et colonialiste des principaux partis ouvriers français qui les rend incapables d'intégrer massivement les nouveaux arrivants, et même de s'adresser à eux. Les pratiques de collaboration de classe, le soutien et la participation aux guerres coloniales, la complicité avec l'empire français ont laissé des traces profondes. La politique de division du pouvoir bourgeois va trouver un terrain favorable dans le mouvement ouvrier français. Lo reconnaît cela mais curieusement au moment de parler de la situation des populations issues de la colonisation, n'en parle plus.

Remarquable comment LO avale aussi ce qui est un mythe, celui du "repli" communautaire des populations ouvrières issues de la colonisation, l'antienne républicaine entonnée par le front raciste allant de LO aux Identitaires. Or, comme chaque fois dans les justifications racistes, il s'agit d'un mensonge. Il n'y a pas de "repli communautaire". Au contraire, il y a eu de multiples tentatives de rompre l'enfermement, en particulier avec la Marche de l'Egalité appelés parfois la Marche des Beurs. Mais surtout il n'y a pas et toujours pas de volonté de repli. En revanche il y a enfermement. Enfermement par les politiques de la ville, par le racisme et les discriminations, d'autant plus fortes qu'elles sont niées. La discrimination à l'embauche, la discrimination au logement, la discrimination à l'emploi (licenciements sélectifs, parfois de masse comme à Peugeot, avec le soutien des travailleurs "français de souche", qui ont donné naissance au CMF), les pratiques policières, le repli et la disparition des services publics, la discrimination sociale et culturelle à l'école, le racisme effronté, la propagande contre l'Islam, le chômage de masse, la ségrégation géographique, etc... etc... Et LO ose parler de "repli"? Ils s'étaient étendus jusqu'où avant de se replier? Ils vous avaient envahis? Parce que dans ce thème de repli, il y l'idée du déploiement... Very Happy La notion même de repli communautaire, outre qu'elle culpabilise les victimes, est en elle-même, en creux une notion entachée de racisme. Parce que le déploiement communautaire, c'est... l'invasion.

Une autre chose curieuse est que LO ne parle des différences culturelles que pour mentionner les efforts du mouvement ouvrier pour unifier la classe ouvrière. Après, zéro. La classe ouvrière est une et indivisible, comme le peuple français de la république. Or, la classe ouvrière est une, en effet, mais elle est diverse. Notamment culturellement. Et là, silence, LO ne reconnaît la légitimité de la différence culturelle que pour les nouveaux immigrés que le mouvement ouvrier doit intégrer à la classe comme les immigrés doivent s'intégrer à la République. Pour leurs enfants et descendants, LO ne mentionne aucune différence et aucune dimension culturelle, religieuse à prendre en compte. Ils sont nés en France, donc français et circulez, rien à voir, s'ils ne sont pas des français comme nous, c'est que ce sont des repliés, communautaristes, etc...

Pour le reste, apprécions le savoureux:
« Secrétariat anti-raciste de la LCR » (dont on peut par ailleurs se demander à quoi son existence correspond !)

Pas de racisme donc contre lequel il faudrait lutter en France.
J'oubliais, s'il y a racisme, c'est la faute à ceux qui se replient... Very Happy

Ensuite, terminons sur le non moins savoureux
Le premier devoir des militants communistes, quelles que soient les difficultés de la période, c’est de rester fidèles à leur programme
.

Un des premiers points de ce programme, c'est l'autonomie des femmes par rapport à tous les parents autoproclamés, qu'ils s'appellent Vals, Le Pen, Valls, Zemmour, Chalot, Copé, Sarkozy ou Hollande, PF Grond ou Nathalie Arthaud ou Tarik Ramadan, Al Zarkaoui, et un tas d'autres. Les femmes font ce qu'elles veulent et elles vous emmerdent. Vous n'avez pas plus de légitimité à les dévoiler par la force que les talibans n'en ont à les voiler par la force. Un des autres points est que l'émancipation ne vient ni d'un sauveur, ni d'un tribun, mais des travailleurs et des travailleuses elles-mêmes et qu'on ne libère personne en le réprimant. L'émancipation vient encore moins d'une coalition entre gens d'extrême droite, de droite et de groupuscules d'extrême gauche qui au bout de plus de 60 ans n'ont jamais réussi à regrouper autre choses qu'une poignée de gens à peu près du même nombre à travers les années.

A propos de nombre, j'ai aimé aussi le mépris de grand puissance exprimé par la secte française au sujet des "micro-nationalismes"... Very Happy Je cite, c'est un plaisir:
En changeant ce qu’il faut changer, ces mêmes courants d’extrême gauche, LCR comprise, ont eu une démarche analogue au sujet des « nationalismes régionaux », très à la mode dans la décennie qui suivit Mai 68. Il ne s’agissait plus là d’être fascinés par de puissants mouvements de masse au point d’en perdre tout esprit critique sur l’orientation politique de leurs directions. Il ne s’agissait pour le coup que de micro-nationalismes -corse, basque français, breton- défendus, non sans ambiguïtés, par certains milieux dans la petite bourgeoisie, et qui n’avaient évidemment pas du tout la légitimité des soulèvements de masse du tiers monde.

Sur le mouvement national corse qui n'est pas un mouvement de masse, la secte devrait au moins rester modeste au vu de ses scores électoraux en Corse (et même en France Very Happy ). Les adorateurs de l'oignon ne feraient pas pire, je pense, et le parti des Montazègui ferait mieux, à coup sûr. Very Happy Quant aux petits bourgeois, la secte française a des excuses, le monde est vaste pour elle; le principal syndicat ouvrier en Corse, c'est le STC, syndicat nationaliste, avec par exemple Mosconi, du syndicat des marins... Et c'est le STC qui a le premier en Corse travaillé à syndiquer les travailleurs du bâtiment, majoritairement immigrés au moment de sa création, la CGT bastiaise s'en était toujours bien gardée... Very Happy Mais Vals va bientôt nous expliquer que Mosconi est un petit bourgeois déguisé en prolétaire. Very Happy

Allez, deux vidéos pour revoir un épisode STC marins, ces petits bourgeois groupusculaires... Very Happy
http://www.youtube.com/watch?v=-KFZhS9PFJo
http://www.youtube.com/watch?v=nBgFd70NlQ0

Quelques aperçus d'un mouvement de masse
http://portail.unita-naziunale.org/VIDEO%2030%20ANS.htm

Et pour mes frères... vivants et morts.
http://www.youtube.com/watch?v=QVid5wSl3OM
http://www.youtube.com/watch?v=VPzgOTzqSo4
http://www.youtube.com/watch?v=GwGpgDQpxaY&list=PL35C64EA4CE142673&index=24

Pour mes frères emprisonnés en France
http://www.youtube.com/watch?v=QTePOK1WguE&list=PL35C64EA4CE142673

Pour mes frères d'Irlande
http://www.youtube.com/watch?v=dA7XIim-rMo&list=PL35C64EA4CE142673

Et pè tutti l'altri
http://www.youtube.com/watch?v=BoGXxXGAYfk&list=PLAA89654DE71A1146
http://www.youtube.com/watch?v=qP7p_reQGuE


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Re: Islamophobie

Message  Toussaint le Dim 12 Mai - 21:38

Aux origines des concepts de LO

Le « repli communautaire » : un concept policier, Analyse d’un rapport des Renseignements Généraux sur les « quartiers sensibles » Par Sylvie Tissot, Octobre 2004
Introduction
Un « plan Marshall pour les banlieues », une « loi anti-ghetto », « pour en finir avec les grands ensembles » : les idées audacieuses et les grands projets n’ont jamais manqué, depuis le début des années 1990, pour remédier au problème des quartiers dits sensibles. L’absence de moyens pour mettre en œuvre un tel programme est régulièrement dénoncée. Mais le problème ne réside pas seulement dans cette hypocrisie qui consiste à afficher des bonnes intentions, non suivies d’actes. C’est surtout le fait que ces discours, en apparence animés par des préoccupations "sociales", conduisent en réalité à rendre les classes populaires responsables de leur sort, en occultant la genèse de la ségrégation sociale.
Article
La redistribution des responsabilités s’opère notamment à travers le thème du « repli communautaire » dans les « quartiers sensibles ». Certes, la dénonciation des « ghettos » se fait toujours au nom de mots d’ordre politiques progressistes : République et intégration, proximité et démocratie locale, citoyenneté et participation des habitants, mixité et métissage. S’ils sont moins ouvertement conservateurs que la rhétorique sécuritaire, ces discours alimentent une représentation des classes populaires et de la question sociale qui n’est pas moins dangeureuse et idéologique.
Ces pièges sont bien illustrés par un rapport publié en juillet 2004 par les Renseignements généraux et repris avec bien peu de recul critique par le journal Le Monde [1] Ce rapport, rédigé à partir d’une enquête sur les « quartiers sensibles surveillés », conclut à la montée en puissance d’un phénomène de repli communautaire. Ce repli est évalué à partir de 8 critères : un nombre important de familles d’origine immigrée, pratiquant parfois la polygamie ; un tissu associatif communautaire ; la présence de commerces ethniques ; la multiplication des lieux de culte musulman ; le port d’habits orientaux et religieux ; les graffitis antisémites et anti-occidentaux ; l’existence, au sein des écoles, de classes regroupant des primo-arrivants, ne parlant pas français ; la difficulté à maintenir une présence de Français d’origine.
Problèmes des « quartiers » ou visibilité problématique des inégalités ?
Ce rapport est symptômatique car s’y déploient trois figures récurrentes de la rhétorique sur les quartiers sensibles. La première consiste à sélectionner des indicateurs du caractère « sensible » de tel ou tel territoire : certains phénomènes sont ainsi érigés en « problèmes », dont on peut se demander en quoi ils sont (plutôt que d’autres passés sous silence) problématiques.
C’est d’abord le cas des pratiques vestimentaires évoquées par les Renseignements Généraux. En quoi porter un habit de telle ou telle couleur, un couvre-chef de telle ou telle longueur est-il un facteur d’aggravation pour les quartiers populaires ? S’ils marquent une absence d’intégration, quels sont les habits qui sont signes, eux, d’intégration (un costume trois pièces, un tailleur ?). De la même manière, le rapport des RG mentionne la présence de commerces dits ethniques : à ce compte, combien de quartiers (même de centre-ville), dont les épiceries « arabes » sont ouvertes tard le soir, sont menacés de ghettoïsation ? S’inquiète-t-on, par ailleurs, de la concentration des crèperies à Montparnasse, ou de la vente de falafels dans le Marais ?
Ces critères paraissent tout d’abord dérisoires face à la persistance du chômage et de la précarité et à la croissance des inégalités : rappelons simplement que le taux de chômage a davantage augmenté entre 1990 et 1999 dans les zones urbaines sensibles qu’ailleurs ; il est de 24,4% en 1999 (au lieu de 18,9% en 1990, avec un pourcentage de 14,3% pour l’ensemble des agglomérations où sont situées les ZUS). Ces critères prêteraient simplement à rire s’ils ne révélaient, derrière la volonté affichée de repérer les situations les plus dramatiques, la force de l’idéologie assimilationniste en France : le maintien, chez les immigrés et leurs descendants, de toute référence au pays « d’origine » est une fois de plus considéré comme un déficit d’intégration [2]
Cette idéologie ne donne pas seulement une image tronquée et normative des mécanismes d’intégration. Elle traduit aussi une profonde obsession à l’encontre des manifestations visibles, en France, de la présence d’une importante population issue de l’immigration post-coloniale. Cette obsession n’est jamais dite comme telle : mais elle transparaît dans la focalisation sur les commerces et les vêtements « ethniques », comme dans la hantise du regroupement spatial induit par la construction des quartiers d’habitat social. On retrouve ainsi logiquement, parmi les 8 critères des RG, la proportion de familles immigrées [3].
On pourrait imaginer que le critère de la « concentration » traduit un souci de l’accompagnement social et donc de la présence des services publics requis par la présence de populations à faibles revenus. La préoccupation principale n’est pourtant pas là : cela apparaît très clairement dans la solution qui est, a contrario, trouvée dans le maintien d’une « présence de Français d’origine ». Cette dernière catégorie, outre qu’elle traduit une grille de lecture profondément ethnique de la société, révèle une inquiétude profonde quant à la possible disparition d’une identité « française » et « blanche », qui ne saurait être garantie que par la présence d’une certaine proportion de population « de souche ».
Enfin, à travers le thème de la concentration dans l’espace, s’exprime une vision profondément moralisatrice des classes populaires, potentiellement éducables par la simple proximité avec des classes moyennes incarnant le « bon modèle » à suivre.
Cette idéologie n’est pas redoutable seulement en ce qu’elle se substitue à l’exigence d’une transformation des conditions de vie par des politiques de lutte contre le chômage, de réhabilitation et de construction de logements. Puisant aux obsessions identitaires les plus conservatrices, elle oriente l’action publique vers l’invisibilisation physique des classes populaires et/ou issues de l’immigration : la criminalisation de la présence des jeunes dans les halls des cités, l’exclusion des filles voilées de l’école publique, ou encore l’interdiction de la prostitution, en sont les exemples les plus récents.
Repli communautaire, illégalismes ou résistance ?
La deuxième figure du discours sur les quartiers consiste à rabattre tout comportement spécifique sur une logique négative de repli et de fermeture, alors qu’ils peuvent tout simplement être analysés comme des manières de s’adapter ou de résister face à une situation difficile ou un déni de droit.
C’est par exemple le cas des réseaux associatifs ou le développement des petits commerces dans lesquels on peut voir des pratiques de solidarité, ou tout simplement des lieux de rencontre et de convivialité. On pourrait même y voir, si l’on adoptait l’approche strictement sécuritaire prédominante aujourd’hui, autant d’espaces qui permettent de lutter contre la délinquance, concrètement et sans doute plus efficacement que les dispositifs les plus répressifs.
Une même analyse pourrait être faite des « graffitis anti-occidentaux ». Avec les slogans « Bush, Sharon assassins », ce sont d’abord les politiques impérialistes des Etats-Unis qui sont dénoncées, ainsi que le soutien qu’ils apportent à la répression du peuple palestinien. Par ailleurs, les insultes qui peuvent être adressés aux « Français » ou à la « France » sont aussi la conséquence du ressentiment qui existe, chez les « jeunes de banlieues », envers le racisme qui existe dans la société française en général, et au sein de la police en particulier.
Pourtant, toute protestation contre les violences policières et les condamnations courantes et plus ou moins factices pour outrages et rebellions [4] est d’emblée disqualifiée par ce rapport. Elle l’est d’autant plus efficacement que, dans le critère en question, sont amalgamés grafittis anti-occidentaux et actes antisémites.
Avec ce passage du positif au négatif, la responsabilité des habitants des quartiers populaires est clairement désignée : non seulement ils ne réagissent pas, ne se battent pas, non seulement ils sont voués à l’anomie et à la « galère », mais ils alimentent leur situation par des comportements qui deviennent, eux, la source du problème.
Une "République" mythifiée
L’invisibilisation de la domination n’est pas seulement géographique mais aussi symbolique. Car au moment même où une nouvelle responsabilité est façonnée, d’autres sont occultées : c’est le troisième effet du discours sur les « quartiers ».
Le fait que la présence de lieux de culte musulman soit devenue un critère de repli communautaire est à cet égard édifiant. Là encore, on peut s’étonner qu’une simple pratique religieuse soit présentée comme un manque d’intégration, appelant implicitement une action publique. Surtout, le propos des RG passe sous silence un autre chiffre, lui aussi parlant : la proportion des lieux de culte par pratiquant est dix fois moins élevée pour les musulmans que pour les chrétiens [5]. Impasse totale, donc, sur les obstacles rencontrés pour construire des mosquées et assurer ainsi la liberté de culte. Et, à l’inverse, stigmatisation d’une religion, l’islam, et d’une population, les « arabo-musulmans ».
Par ailleurs, parler de concentration des populations immigrés en termes de repli communautaire, c’est oublier tout ce que cette concentration doit aux politiques de logement : d’abord l’exclusion des immigrés du logement social pendant des décennies [6], ensuite une politique avant tout axée sur l’accession des classes moyennes à la propriété (qui quittent alors les grands ensembles), et enfin le désengagement de l’Etat dans la construction et la réhabilitation du logement social [7].
Interpréter le nombre de classes d’école regroupant des primo-arrivants comme un phénomène problématique, qui est imputable au « repli » des concernés, c’est une autre manière de passer sous silence les origines politiques de la concentration spatiale des populations immigrés dans les quartiers périphériques. L’insuffisante adaptation du système scolaire aux vagues successives de la massification est par ailleurs tue, au profit d’une focalisation sur l’effet déstabilisateur des élèves étrangers [8].
On le voit : l’argument du « repli communautaire » a comme effet de rendre les opprimés responsables de leur situation. Il permet dans le même temps de dédouaner la République de toute responsabilité. L’appel incantatoire et abstrait à « la République » est traditionnement opposé à toute minorité revendiquant, non pas un droit particulier, mais l’égalité des droits [9]. On le voit ici à l’œuvre, de façon particulièrement efficace, pour contrer toute analyse de la question sociale par rapport aux processus de domination dans lesquels sont pris les classes populaires.
La rhétorique du « repli communautaire » : une tradition française
L’argument du « repli communautaire » contribue ainsi de façon efficace à la transformation de l’Etat social en Etat pénal : en alimentant les clivages ethnique, mais aussi en confortant l’idée d’une responsabilité des classes populaires, et en propageant une vision de la République comme porteuse de valeurs menacées et à protéger. Or ce discours ne nous vient pas seulement d’outre-Atlantique, où d’ailleurs la dénonciation du communautarisme n’existe pas [10]. Il s’inscrit, en France, dans une histoire politique et idéologique particulière.
L’occultation du tort subi par les classes populaires [11], figure récurrente de l’incrimination des « classes dangereuses », a été reformulée à la faveur d’une thématique apparue dans les années 1980 : les « quartiers sensibles ». Avec la politique dite de la ville mise en place à cette époque, la priorité a été donnée, pour sauver les « banlieues », à la « participation » des habitants et à la restauration du « lien social ». Or, ces bonnes intentions initiales ont malheureusement fait l’impasse, dans leur diagnostic, sur des mécanismes d’ensemble, qui ne peuvent être compris (et donc contrés) qu’au niveau de questions économiques et sociales globales, et non pas seulement sur des territoires étroitement circonscrits : qu’il s’agisse du chômage, des politiques du logement ou de la discrimination. Fondée sur un discours apolitique, la valorisation des quartiers populaires s’est alors vite effacée, dans un contexte de politiques « de rigueur », de peur des émeutes et de recherche éperdue de paix sociale dans les « quartiers ». L’appel à la participation des habitants s’est ainsi mué en injonction à s’engager dans des projets consensuels, excluant toute contestation, et menés à petite échelle (améliorations modestes du cadre de vie, organisation de rencontres entre habitants).
Se sont alors réinvestis, dans le traitement des « quartiers », des pratiques et des discours qui ne sont pas sans rappeler la tradition coloniale ou le paternalisme social, dont les tenants du sécuritaire ont mobilisé par la suite la part la moins « humaniste » et la plus « répressive ». Sur le discours essentiellement misérabiliste qui s’est d’abord développé sur les « quartiers » a pu se greffer une rhétorique plus offensive dans laquelle les classes populaires sont devenues, plus explicitement encore, dangereuses et responsables de leur sort. Leur « repli communautaire » et la mesure « scientifique » que nous en donnent les Renseignements Généraux sont censés en fournir la preuve ultime.
28 octobre 2004
Textes de Sylvie Tissot
• L’Etat et les quartiers. Un livre de Sylvie Tissot, 2 février
• Guet-apens médiatique, Décembre 2006
• L’amour au pluriel : The Women, de George Cukor, Novembre 2006
• George Orwell : anticolonialiste et renégat de la classe dominante, Novembre 2006
• 50% femme-50% homme, Novembre 2006
• Ce que les « femmes » préfèrent, Juillet 2006
• La lepénisation des esprits, Juin 2006
• Une discrimination en douce, Avril 2006
• Rio Bravo ou la masculinité retrouvée, Février 2006
• Une bavure médiatique, Décembre 2005
Notes
[1] Le Monde, 05/07/04. Le rapport est aussi cité dans un article de l’US, journal du syndicat enseignant FSU. La loi sur la laïcité y est critiquée au motif qu’elle se cantonne à l’école, alors que les problèmes de repli identitaire (comme le montre le rapport en question) affecteraient l’ensemble du territoire des banlieues.
[2] Voir sur cette démarche, les travaux de la démographe Michèle Tribalat, qui fait par exemple de la lecture de la presse des pays « d’origine » un indicateur de non intégration.
[3] Sur la progressive intégration du pourcentage de ménages étrangers dans les statistiques sur les quartiers sensibles, Sylvie Tissot, « Identifier ou décrire les “quartiers difficiles“, le recours aux indicateurs statistiques de la politique de la ville », Genèses, n° 54, 2004, pp. 92-111.
[4] Voir Piotr Smolar, « Les délits d’outrage et rébellion, parade contre les plaintes », Le Monde, 21.02.03, et les rapports de la commission nationale de déontologie sur la sécurité.
[5] Chiffre cité par Thomas Deltombe dans son mémoire de DEA sur la représentation de l’Islam de France dans les journaux télévisés de 20H de 1975 à 1995 (Institut d’Etudes Politiques de Paris).
[6] En 1968, 14,2 % des actifs de l’agglomération de Paris sont logés en HLM. Parmi les actifs français, le pourcentage est de 15,3, et pour les étrangers de 5,5. Michel Pinçon, Les HLM. Structure sociale de la population logée. Agglomération de Paris - 1968, Paris, Centre de sociologie urbaine, 1976.
[7] Pierre Bourdieu et Rosine Christin, « La construction du marché », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 81-82, mars 1990, pp. 65-85.
[8] Sur cette massification et ses conséquences, Stéphane Beaud, 80% au bac, et après, Paris, La Découverte, 2002. Le même argument du repli communautaire a été utilisé pour l’université, en taisant, là encore, la manière dont des étudiants d’origine populaire accédant pour la première génération à l’université, se retrouvent massivement dans les filières les moins valorisées. Cf. « L’Université s’organise face aux revendications communautaires », Le Monde, 09/09/04.
[9] Voir Christine Delphy, « L’humanitarisme républicain contre les mouvements homo », Politique la revue, juin 1997 et Philippe Mangeot, « “Communautés“ et “communautarisme“ », in Louis-Georges Tin (dir.), Dictionnaire de l’homophobie, Paris, PUF, 2003.
[10] Voir les analyses de Loïc Wacquant, Punir les pauvres. Le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale, Marseille, Agone, 2004.
[11] Sur la question du « tort », son surgissement comme question « politique » et son occultation par des discours « policiers », voir Jacques Rancière, La mésentente, Paris, Galilée, 1995

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Toussaint

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Re: Islamophobie

Message  verié2 le Lun 13 Mai - 10:28

La Cour de cassation et la crèche Baby Loup : une attaque contre les droits des femmes/LO-Marianne Lamiral
Nous avons déjà discuté de cet article qui, sur le fond, revient à soutenir ceux qui revendiquent une loi d'exclusion dans les entreprises privées. Dans celles "à vocation éducative" (notion floue) d'abord, puis inévitablement dans d'autres secteurs professionnels ensuite, dans une logique d'escalade. Cette position est catastrophique car elle offre une arme inespérée à une partie du patronat, celle qui emploie des femmes musulmanes portant le foulard.

A noter que PSA, suite à la grève de 1982, celle dont Mauroy avait dit qu'elle était fomentée par les ayatollahs, a fait diverses concessions aux salariés musulmans religieux et accepte le port du foulard dans la mesure où il ne pose pas de problème de sécurité. A ma connaissance, les camarades de LO de PSA, bien qu'ils aient eu des conflits avec les islamistes locaux, n'ont jamais - fort heureusement ! - demandé, le licenciement des ouvrières portant le foulard... Vont-ils le faire pour plaire à Marianne Lamiral ?

Mais le port du voile, ou pire du niqab, n'est pas une question de religion. C'est le symbole de l'asservissement des femmes
L'argumentation de LO pour justifier une interdiction du port du foulard est en effet féministe et non laïque.
(Les laïques et ultra-laïques, eux, emploient volontiers la double argumentation, y compris M. le Pen.) Le problème, c'est que cette distinction de LO est pure coquetterie à usage semi interne. Car, quand LO joint sa voix au concert d'Union nationale qui s'est élevé contre la décision de la Cour de Cassation, personne ne remarque la différence. D'autant que LO, en l'occurrence, ne propose pas d'aider les femmes musulmanes, sur le terrain, à se débarrasser de certains tabous, ou à résister aux pressions, mais demande à l'Etat et à sa justice de les licencier ! Difficile à expliquer à une salariée licenciée que ce licenciement a pour but de la libérer... Suspect

Cela-dit, quand j'écrivais que LO n'écrirait plus son article de la LDC de la même façon, je faisais référence à une longue "analyse" sur le sujet et non à un article ponctuel relativement court. Le fait que la LDC ait employé le terme "islamophobie" me permet de l'espérer. Mais je me fais peut-être des illusions...
__
PS A Toussaint. Je vois mal comment tu peux contester le fait que les positions des Indigènes soient aujourd'hui "communautaristes". Peut-être l'étaient-elles moins lors de la création de ce groupe, je n'en sais rien, car je n'ai pas suivi sa politique suffisamment attentivement. Il n'en reste pas moins que l'article de la LDC caricature, déforme, affabule, notamment à propos de Ramadan - utilisé comme bête noire en raison du fait qu'il a été invité lors d'un forum alter auquel participait la LCR si j'ai bonne mémoire, ce qui permet de raconter que la LCR a pactisé avec des Islamistes. Les seules sources d'information de LO semblent être le livre falsificateur de Fourest. En polémiquant de la même façon que LO, on pourrait accuser LO d'avoir pactisé avec la "fasciste" Nicole Guedj. (Qui n'est pas plus fasciste que Ramadan n'est islamiste, mais "seulement" sioniste et droite dure...)

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Re: Islamophobie

Message  verié2 le Lun 13 Mai - 17:19

Pour ceux qui l'ignoreraient, le Vlaams Belang est un parti nationaliste flamand d'extrème droite et xénophobe. Ce qui est terrifiant, c'est que LO pourrait dire la même chose à quelques mots près. (L'argumentation est très proche). On remarquera que VB n'hésite pas à mettre en avant les droits des femmes... Par ailleurs il attaque les "islamo-socialistes" comme certains ici attaquent les "islamo-gauchistes"... What a Face

Le Vlaams Belang rejette la proposition de loi visant à poursuivre l’islamophobie

13/05/2013 – 08h00
BRUXELLES (via le site de Lionel Baland) - Le Vlaams Belang (VB) rejette la proposition de loi visant à poursuivre l’islamophobie. Le VB entend défendre la liberté d’expression et affirme le fait que le terme « islamophobie » est conçu afin de pouvoir poursuivre toute critique de l’islam. Ensuite, il estime que l’islamophobie est un fait démocratique de résistance face à une religion totalitaire.

Le Vlaams Belang dénonce le comportement des socialistes, tant néerlandophones que francophones, qui, par pur électoralisme, sont de plus en plus alliés à l’islam. Filip Dewinter parle même d’« islamo-socialisme ». Selon lui, l’islamophobie n’existe pas au sens littéral du terme : « Le fait d’avoir une peur irrationnelle de l’islam », car il n’est pas irrationnel mais acceptable et justifié d’avoir peur de l’islam, une religion totalitaire, théocratique, à l’attitude discriminante envers le femmes et violente.

Le Vlaams Belang rappelle enfin que que cette proposition de loi tend à réduire la liberté d’expression. De plus, reprécise le VB,celui qui se sent blessé ou heurté dans ses croyances religieuses peut déposer plainte sur base de la législation actuelle.

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Re: Islamophobie

Message  Toussaint le Lun 13 Mai - 17:32

Je vois mal comment tu peux contester le fait que les positions des Indigènes soient aujourd'hui "communautaristes".
Very Happy Voyons un peu.

Tévanian est arménien, et il n'est pas le seul, il y a des bretons, des marseillais, des nordistes bien de chez vous supporteurs du LOSC, des marocains, des congolais, des kabyles, des français de souche, des musulmans, des athées, des trotskystes, des staliniens, des chrétiens, des féministes essentialistes, des féministes radicales, des tiers mondistes, des cadres et des ouvriers, des étudiants, des chômeurs, des lesbiennes et des gays, des hétéros, des femmes voilées, des musulmanes non voilées, certains habitent au centre de Paris, d'autres en banlieue, certains sont français naturalisés, d'autres depuis les croisades, il y a des enfants de harkis, des étrangers en situation régulière, des sans-papiers, des antillais, des corses... La langue française est vraiment le seul lien linguistique qui peut les relier.

Peux-tu me suggérer la communauté dont tu parles? Je sens que cela va être passionnant.

Politiquement ils se définissent comme luttant contre l'indigénat et dès le début il n'a pas été question de limiter les Indigènes à une communauté ou à les fermer aux français de souche ou déracinés. Very Happy

Ensuite, je ne tire pas un trait d'égalité entre Nicole Guedj et Tarik Ramadan. Ramadan a souvent soutenu les mouvements populaires, Guedj, jamais, Ramadan appelle à l'union des opprimés et des exploités, Guedj à l'union de la droite. Que LO ne soit pas gêné de s'associer avec une ministre de droite en exercice contre les femmes musulmanes visibles (qui veulent seulement garder le droit d'étudier dans le système laïque et public sans avoir à abjurer) en dit long sur leur féminisme et leur orientation sur des bases de classe dès que de musulmanes il s'agit. Ce n'est qu'une confirmation de leur racisme.

LO, en l'occurrence, ne propose pas d'aider les femmes musulmanes, sur le terrain, à se débarrasser de certains tabous, ou à résister aux pressions, mais demande à l'Etat et à sa justice de les licencier !


Exact, et cela, c'est bien une ligne qui a été franchie en termes de collaboration de classe et en termes de racisme.
En fait à part dire "on les connaît, ils ne sont pas racistes", il n'y a aucun argument sérieux pour dire que LO ne donne pas dans le racisme et le rejet des musulmans. Ils sont caricaturaux, certes parfois gênés et alors on sort une petite protestation qui n'aura aucune suite, on fait un pas de côté, comme bien des antisémites le faisaient à l'occasion dans les années 30 ou 40, sur le mode "là, cela va trop loin". Mais sur le fond, ils sont bien islamophobe comme bien des courants politiques et des gens en France, comme il y a eu pendant des décennies une judéophobie qui a connu ses grands moments. Certes LO ne fait pas dans le racisme biologique, plutôt dans l'ethnique, comme d'ailleurs les juifs n'étaient pas une race, même si les nazis ont essayé d'en dessiner les contours. Sans même parler de l'existence des races... Very Happy A une époque sur ce forum, on entendait des gens dire que l'islamophobie n'est pas un racisme parce que musulman n'est pas une race... On aura tout entendu dans ce débat... Y compris redéfinir le racisme pour pouvoir s'y abandonner en toute tranquillité idéologique prrrrolétarrrrienne.

les camarades de LO de PSA, bien qu'ils aient eu des conflits avec les islamistes locaux, n'ont jamais - fort heureusement ! - demandé, le licenciement des ouvrières portant le foulard

C'était en 82, mes musulmans rasaient encore pas mal les murs, ils étaient de bons arabes aux yeux de LO, parce que c'est de cela qu'il s'agit, se dévoiler, s'assimiler pour devenir de bons immigrés, acceptables par la secte ouvriériste et raciste.

Pas plus, pas moins.
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Message  Toussaint le Lun 13 Mai - 17:34

Ce qui est terrifiant, c'est que LO pourrait dire la même chose à quelques mots près. (L'argumentation est très proche). VB n'hésite pas à mettre en avant les droits des femmes... Par ailleurs il attaque les "islamo-socialistes" comme certains ici attaquent les "islamo-gauchistes"...


Mais toute parenté de leurs démarches est une hypothèse odieuse?
L'argumentation n'est pas complètement la même, ils marchent séparément mais elle est identique sur l'essentiel, ils frappent ensemble. C'est bien un front raciste, de l'extrême gauche à l'extrême droite.

Perso, cela ne me terrifie pas, ce n'est qu'un autre exemple de ce que j'analyse, style exemple après la leçon de choses, comme vals m'en fournit assez régulièrement...
Very Happy
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Re: Islamophobie

Message  verié2 le Lun 13 Mai - 18:05

Toussaint
C'était en 82, les musulmans rasaient encore pas mal les murs, ils étaient de bons arabes aux yeux de LO
C'est en 82 que les travailleurs musulmans de Citroën (aujourd'hui PSA) ont obtenu des concessions de la direction pour pratiquer leur religion (pauses, locaux, foulard etc). Mais j'évoque des conflits récents entre La CGT PSA d'Aulnay dirigée par LO et des Islamistes assez agressifs, des vrais semble-t-il. En tout cas, à la porte de l'usine, ils ne dissimulent pas leur hostilité aux distributeurs de l'EG. (En 82, LO n'avait pas la même influence. Je ne sais même pas si elle était présente, mais ça ne pouvait être que très discrètement, vu la répression patronale.) Donc, je signalais que, au cours de la période récente, LO n'a jamais fait de campagne contre le port du foulard chez PSA, du moins à ma connaissance.

Mais toute parenté de leurs démarches est une hypothèse odieuse?
LO n'est pas VB, même si les discours peuvent se ressembler sur ce point. Certes, comme tu l'as souligné, il ne suffit pas de se dire communiste pour être définitivement vacciné contre toute forme de racisme. On peut "venir" du communisme, du trotskysme et passer sur n'importe quelle position la plus saugrenue, comme le POI nous en donne l'exemple. Mais tu as admis toi-même que les positions de LO sont parfois confuses et contradictoires sur cette question et aussi que LO défend généralement des positions de classe, ce qui t'a conduit à voter LO. Peut-être y-a-t-il des différences entre les militants, voire des divergences, qui ne peuvent pas clairement s'exprimer en raison du fonctionnement de LO et du caractère passionnel du débat. Donc je ne perds pas espoir, effectivement parce que je connais bien nombre de militants de LO.

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Re: Islamophobie

Message  Toussaint le Lun 13 Mai - 21:05

Mais j'évoque des conflits récents entre La CGT PSA d'Aulnay dirigée par LO et des Islamistes assez agressifs, des vrais semble-t-il.
PSM ou le CMF, ou l'ATM, je pense plutôt. Si tu vas chercher un peu sur les sites musulmans, tu auras à mon avis des billes.
Cela m'étonnerait beaucoup de la part d'Islamistes, de "vrais" qu'ils collaborent avec LO dans un syndicat. Haram. Tabou. La première caractéristique des islamistes, c'est qu'ils ne se mêlent pas aux non-musulmans et qu'ils boycottent les athées. C'est la base, ils ne te salueront pas, ils ne te parleront pas, ils ne t'écouteront pas. Ensuite, il y a des gens qui sont attirés par eux, influencés par eux, et qui sont inconséquents, parce que justement ils ressentent le besoin de s'impliquer dans les luttes sociales. Ceux-là, je crois qu'il faut faire avec eux comme avec tout travailleur qui entre en lutte, discuter, l'amener à s'engager dans une dynamique qui, au bout, le mettra devant un choix inévitable. Les vrais islamistes sont ceux qui souhaitent une théocratie ou l'alignement des lois sur la charia, ou l'interprétation qu'ils en ont. De plus, les islamistes en France, ce sont les salafistes ou les Frères. On ne les retrouve pas dans les syndicats avec des athées. Ils n'appellent même pas à lutter contre les lois discriminatoires. En 2004 l'UOIF a intimé l'ordre notamment à ses jeunes, les JMF, de cesser tout rapport avec le CEPT, et encore plus avec le CFPE. On les a vus se retirer instantanément. Comme dit une copine musulmane du CEPT, les assos musulmanes ont totalement lâché les femmes voilées, et pour cause, leur combat était absolument opposé au leur. Cependant LO peut très bien militer avec des musulmans hommes, ce n'est pas marqué sur leur front, en revanche les femmes sont visibles...

LO n'est pas VB, même si les discours peuvent se ressembler sur ce point.
Pas seulement les discours, les actes aussi, avec la diffusion de films et livres racistes, le soutien de LO aux discriminations à l'embauche et aux interdictions professionnelles, les exclusions de l'espace public, la stigmatisation d'une religion assimilée à l'intégrisme, de croyantes assimilées à des militantes intégristes, le rejet tripal, viscéral (pas cette fois au nom du féminisme...) de l'halal. Sans parler des insultes et du mépris considéré comme une évidence, un droit et un devoir...
Je suis d'accord, LO n'est pas une orga fasciste, c'est pour cela que je parle de gens qui marchent séparés, mais sur la question de l'Islam frappent ensemble. C'est bien cela un front, rassembler des gens séparés d'ordinaire. Tout les oppose, sauf un point, leur haine des musulmans et des musulmanes.

les positions de LO sont parfois confuses et contradictoires sur cette question
C'est toi qui dis parfois confuses. Rarement serait le mot, et très claires en général... du même tonneau que le VB.
Lorsque LO semble s'écarter de sa phobie antimusulmane, (cela s'est produit très rarement ces dernières années, bien moins que le contraire), c'est très homéopathique et cela ne dure jamais longtemps. D'ailleurs vals en bon porte parole ici, tient toujours à marteler qu'il n'y a aucune différence entre la ligne de LO et la sienne sur ces questions, et que LO n'a jamais changé de position sur quoi que ce soit. Il en est un digne représentant, son exemple vaut démonstration. L'arrogance de ce groupuscule totalement isolé sur le plan politique, profondément discrédité pour son sectarisme, se traduit par une propension au mépris universel, à une malhonnêteté qui fait partie de son identité, comme sa mauvaise foi: la secte clive et insulte, je me souviens de la LCR prostituant son vote en 2002 (autrement dit, "la Ligue est une prostituée et nous on est des gens bien", très féministe et très politique... bravo...) et il suffit de voir les arguments sur le FMR... L'incapacité à débattre sans morgue et à ne pas mépriser ce qui n'est pas elle, sont des éléments que tu invoques parfois; bien sûr, tu ne dis pas ainsi, tu relèves les mensonges, les déformations, l'incapacité à reconnaître s'être trompé sur des points importants. Pourtant le nombre ridicule de ses militants au bout de tant d'années d'existence devrait les interpeler, mais non, c'est la classe et les autres, tous les autres qui se trompent, LO a raison, a toujours raison, a toujours eu raison... Alors qu'ils sont incapables de regrouper davantage que les Adorateurs de l'Oignon depuis plus de 60 ans. Donc LO persistera sur sa ligne raciste comme elle le fait pour le reste. C'est aussi de son intérêt, notamment matériel, électoral, un de leurs fonds de commerce. On voit bien comment ils en arrivent à une sottise confinant à la pathologie dans leur besoin de nier la réalité pour la faire coller à leurs positions: Ramadan est un islamiste, les filles voilées sont soumises à des barbus, des militantes de la sous-femme, Carasso, Aguirre, Samary, Bouamama, Khiadri, sont opposés à toute critique de l'intégrisme, etc. Very Happy Donnons un exemple concret de ce déni du réel: Bouamama s'est engagé contre le FIS et le GIA, au point d'avoir fait l'objet d'une condamnation à mort publique par le GIA dans les années 90... Je ne pense pas qu'un des loïstes ait mérité une telle attention des intégristes qu'ils ne connaissent pas plus qu'ils ne les combattent. Pour s'assurer d'avoir toujours raison, il suffit de repeindre le monde ou de le regarder avec des lunettes spéciales LO. Allo?

LO défend généralement des positions de classe
Oui.
Sauf sur la question nationale et l'Islam, et cela est de la même matrice: ce n'est pas un hasard si la défense de l'unité de la république, pardon, de la classe ouvrière française passent par le soutien à l'écrasement des diversités, la négation des cultures, des minorités nationales comme des minorités culturelles et religieuses. LO se défend de tout républicanisme, exact. Ils s'en écartent souvent, mais sur des points-clés, ils en sont une composante. Je renvoie au texte pathétique ci-dessus aimablement produit par vals, et je n'en croyais pas mes yeux, tu as raison, je ne les connais pas, c'est toujours de pire en pire. La charge contre les groupes solidaires des femmes musulmanes discriminées s'accompagne d'une charge méprisante contre les mouvements nationaux opposés à leur état républicain bourgeois. Certes, comment peut-on suspecter un groupe français crachant son mépris sur des mouvements nationaux de masse d'être animé par autre chose que l'internationalisme prrrolétarrrien, surtout lorsqu'on sait qu'il compte nombre d'enseignants dans ses rangs? Ttttt... j'ai mauvais esprit, un peu marxiste primaire, du genre l'existence détermine la conscience. Scandaleux. Very Happy

Maintenant, tu as un pronostic différent du mien. J'ai voulu le partager, j'ai essayé d'y croire, il doit y en avoir la trace sur ce fil même. Bon, j'espère que tu ne te trompes pas et que je me trompe. Mais je ne crois pas qu'une orga puisse résister à une idéologie venue den haut, de la classe dominante, qu'elle rencontre dans sa base sociale, et qu'elle encourage, diffuse et défend, promeut depuis 10 ans. Inch'Allah je me trompe. Very Happy On verra. Mais en attendant, les représentants de l'islamophobie les plus virulents dans l'EG mr, c'est bien eux. Le PC, le PG et le FDG n'ont pas cette cohésion et cette virulence.
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islamophobie

Message  artza le Mar 14 Mai - 9:33

Excellent numéro de deux vieux compères complices... il ne manque plus que le troisième, le vrai-faux LO courageux comme le taureau lâché dans l'arène, ignorant que toute cette mise en scène distrayante ou répugnante selon les goûts n'est là que pour organiser sa mise à mort.

N'espérez pas que le vieil "adorateur de l'oignon" que je suis depuis plus de 50 ans consente à venir vous divertir par le pelage de ses peaux dussent vos yeux aveugles en pleurer. L'espoir de la modération sera peut-être déçu, tant pis.

Laissons les "lèches-oignons" ici entre eux.
Ailleurs ce serait autre chose.

artza

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Re: Islamophobie

Message  verié2 le Mar 14 Mai - 9:52

Toussaint
Cela m'étonnerait beaucoup de la part d'Islamistes, de "vrais" qu'ils collaborent avec LO dans un syndicat.
Je n'ai pas dit que ces islamistes étaient à la CGT, mais que la CGT PSA avait rencontré des problèmes avec eux dans la boîte. En revanche, il y a bien évidemment des "Musulmans religieux" à la CGT PSA et dans son milieu. A la fête de LO, au débat sur PSA, j'ai remarqué au moins deux jeunes couples dont la femme portait le foulard. (Sans que personne ne s'en émeuve, je le répète.)
le nombre ridicule de ses militants au bout de tant d'années d'existence devrait les interpeler
Il me semble que tu mélanges les sujets. Les faibles effectifs de l'EG, NPA comme LO, ne peuvent pas s'expliquer principalement par leur politique. Si c'était seulement une question de ligne politique, vu la variété de l'offre en matière de groupes d'EG, avec les pratiques et les théories les plus variées, l'un de ces groupes au moins aurait du se développer... Mais c'est HS et ça n'a pas grand chose à voir avec l'Islamophobie. Sauf à considérer que les "Musulmans, religieux ou d'origine" rejoindraient en masse l'EG si elle avait une autre politique. Mais les Indigènes, que tu sembles soutenir, n'ont pas davantage recruté, même beaucoup moins...
Artza
le vrai-faux LO courageux comme le taureau lâché dans l'arène
Je savais qu'il existait des vrais-faux passeports mais pas des "vrais-faux LO" Cool
Pourquoi intervenir ici pour ne rien dire, Artza ? Alors que tu as la possibilité de t'exprimer, possibilité qui m'a été refusée sur le forum des amis de LO...

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Re: Islamophobie

Message  dug et klin le Mar 14 Mai - 11:19

[quote="verié2"]
Toussaint

..."le nombre ridicule de ses militants au bout de tant d'années d'existence devrait les interpeler"...



Voir écrit cela su le FMR,forum des amis du NPA,est plutôt savoureux.Ce W.E.a Presles,il sera encore fait le constat que LO,au minimum,maintient ses forces,qui sont modestes,mais pas ridicules.Si l'on remonte le temps,a sa création LO(VO)c'était a peine une dizaine,le PCI je crois savoir qu'il tournait entre 2 et 300 membres,depuis,plus de 60 années,le résultat est la,apres"l'écroulement du mur"point de départ d'une forte campagne anti communiste,LO réafirme bien fort son attachement a cet idéal, et a la politique qui va avec.parallellement,la LCR abandonne d'abord les références,puis meme le sigle "C.R."pour devenir NPA.,celui ci montera,parait-il,a 9 000,pour s'écrouler aujourd'hui a 2 500 d'apres ses membres ici,LO affiche toujours entre 7 et 8 000 membres.

Le nombre,non pas ridicule mais devenu tres modeste d'adhérent(e)s au NPA devrait les interpeler,et les inciter a avandonner la politique de reniement des principes pour suivre les modes dans l'air du temps.
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Re: Islamophobie

Message  dug et klin le Mar 14 Mai - 11:28

[quote="verié2

..."En revanche, il y a bien évidemment des "Musulmans religieux" à la CGT PSA et dans son milieu."...

[quote]

A une époque,la CGT répétait fréquement qu'il y avait plus de travailleurs chrétiens chez elle qu'a la CFTC,ce qui était vrais.Ajoud'hui,elle pourait dire qu'il y a plus de travailleurs musulmans syndiqués a la CGT qu'il y a d'adhérents dans les orgas musulmanes.
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Re: Islamophobie

Message  verié2 le Mar 14 Mai - 11:38

Dug et Klin
LO affiche toujours entre 7 et 8 000 membres
"affiche" Very Happy

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Re: Islamophobie

Message  dug et klin le Mar 14 Mai - 12:55

verié2 a écrit:
Dug et Klin
LO affiche toujours entre 7 et 8 000 membres
"affiche" Very Happy

jaloux! Laughing clown geek Laughing
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Re: Islamophobie

Message  Toussaint le Mar 14 Mai - 13:06

Pour vérié, précisons, en effet le racisme de LO contre les musulmans et sa traque des musulmanes ne sont pas responsables de leur effectif pathétique.

Je voulais dire que la secte est toujours très satisfaite d'elle-même:
LO affiche toujours entre 7 et 8 000 membres
. CQFD, ce qu'il y a de bien avec la secte, c'est qu'elle se caricature constamment et illustre toujours ce que j'en dis.

Dans la vraie vie, cela serait autre chose? Very Happy Very Happy Very Happy J'adore. Cela veut dire quoi, très précisément?
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Re: Islamophobie

Message  Vals le Mar 14 Mai - 19:33

Pourquoi intervenir ici pour ne rien dire, Artza ?

Rappeler que tu es un compère complice d'un type comme Toussaint, c'est déjà dire beaucoup sur ce qu'est devenu ton communisme .... No
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Message  ulm le Mar 14 Mai - 19:57

Pour vérié, précisons, en effet le racisme de LO contre les musulmans et sa traque des musulmanes ne sont pas responsables de leur effectif pathétique.

Je voulais dire que la secte est toujours très satisfaite d'elle-même:

LO affiche toujours entre 7 et 8 000 membres
. CQFD, ce qu'il y a de bien avec la secte, c'est qu'elle se caricature constamment et illustre toujours ce que j'en dis.

Dans la vraie vie, cela serait autre chose? J'adore. Cela veut dire quoi, très précisément?

Dans la vrai vie, les militants de Lutte ouvriere parviennent à se faire entendre des travailleurs musulmans et autres quand ils ont envie de se battre comme le prouve les differentes luttes auxquels nous participons. C'est certainement pour cela que tu nous traite de raciste et de secte. Parce que nous les emmenons sur un terrain de classe.

ulm

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