Face à l’accélération des plans sociaux et...

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Face à l’accélération des plans sociaux et...

Message  CCR le Lun 17 Sep - 16:02

Face à l’accélération des plans sociaux et à l’aggravation de la situation sur le front de l’emploi


Pour la construction d’un grand mouvement national contre les licenciements et le chômage !


Jean-Patrick Clech

Source: http://www.ccr4.org/Face-a-l-acceleration-des-plans-sociaux-et-a-l-aggravation-de-la-situation-sur-le-front-de-l-emploi

La présidence normale aura fait long feu… Un peu plus de cent jours après le retour du PS au pouvoir, même les journalistes les plus proches de la majorité admettent désormais ouvertement la véritable dégringolade de la côte de confiance du président et de son gouvernement. Par le passé, il avait fallu deux ans à François Mitterrand (en 1983 donc), et six mois à Jacques Chirac (en novembre-décembre 1995) pour arriver au bas niveau de popularité auquel François Hollande est descendu en à peine plus de deux mois.


L’orientation générale du gouvernement, avec pour axe central l’austérité (auquel Hollande voulait rajouter un volet « dialogue social » et un autre « croissance ») était prévisible depuis longtemps, et Hollande, d’ailleurs, ne s’en est jamais caché [1] . Ce qui l’était moins, c’était la dégradation de la situation politique pour le gouvernement, malgré tous ses efforts pour générer au moins une petite lune de miel après cinq années très dures de sarkozyme de choc. Quel est donc la profondeur de ce mécontentement social, que démontrent l’ensemble des enquêtes d’opinion ? Sur quoi pourrait-il déboucher, notamment si l’extrême gauche se donnait les moyens de proposer une véritable alternative aux luttes qui pourraient émerger dans les prochaines semaines ?

La raison de la dégradation accélérée de la côte de confiance de Hollande et de Jean-Marc Ayrault est sans doute à chercher du côté de l’aggravation plus rapide que prévue de la situation économique, avec tout ce que cela implique d’un point de vue politique et social. On songera au dépassement du cap des trois millions de chômeurs officiels ou à la succession d’annonces de plans sociaux dans des groupes historiques du capitalisme hexagonal, chez Carrefour, Sanofi, Doux, Air France, SFR ou, bien entendu, PSA, à quoi il faut rajouter un cortège de licenciements dans des entreprises moins importantes et dont la répercussion médiatique est moindre. A la clef, ce sont prés de 400.000 emplois qui pourraient disparaître dans les prochains mois. Hollande a été élu avec le soutien d’une fraction du patronat et avec l’appui de la « gauche » politique et syndicale, avec l’objectif de temporiser sur le terrain social et de « réformer », lui aussi, mais avec beaucoup plus d’efficacité et en suscitant beaucoup moins de tensions que sous le précédent quinquennat. D’où l’importance de la « présidence normale » et du « discours de la méthode » sur la concertation et le dialogue avec l’ensemble des partenaires sociaux, syndicats inclus bien entendu.

Mais ces belles projections des socialistes, c’était sans compter l’évolution de la crise. En Europe d’abord, où la situation est particulièrement préoccupante pour la bourgeoisie dans des pays situés aux portes de la France géographiquement comme sur le plan de l’importance économique. L’approfondissement du marasme dans l’État espagnol et en Italie explique la mise en place par Mario Draghi, sur les conseils de Angela Merkel, du dernier plan de la Banque Centrale Européenne (BCE), qu’il qualifie lui-même d’extraordinaire au sens premier du terme. Ce contexte exceptionnel pèse également en France et pourrait contribuer à transformer le climat général, en nous faisant passer d’une phase de mécontentement sourd mais diffus à une période davantage marquée par des tensions sociales, localisées ou plus généralisées.

Le peu d’impact des effets d’annonce et de la « nouvelle méthode » du gouvernement

En raison de ce contexte de crise plus profond que prévu, les effets d’annonces et les demi-mesures des socialistes et de leurs alliés écolos n’ont pas suffi à donner une réelle marge de manœuvre au gouvernement pour étaler dans la durée la batterie de contre-réforme promises par Hollande au patronat, et vendue comme « de gauche » aux syndicats. De l’ordre du symbolique ou de la pichenette (comme dans le cas du SMIC), les annonces du gouvernement, qui se voulaient « rupturistes » vis à vis quinquennat précédent, n’ont pas suffi pas à déplacer du centre des préoccupations des classes populaires et de la jeunesse les questions du chômage, des menaces de licenciement et du pouvoir d’achat.

Parfois progressistes [2] mais plus souvent essentiellement symboliques [3] , ces annonces, qui pour certaines ne sont pas encore effectives, n’ont pas suffi pour établir le cadre d’une trêve politico-sociale avec l’opinion populaire. Plus encore, elles ne suffisent pas à camoufler les éléments de continuité complète de ce gouvernement avec le précédent, sur la forme comme sur le fond, comme on a pu le voir avec la question de la répression (à Amiens) ou de l’immigration (avec les destructions de camps Roms et la reprise des expulsions) [4] . Enfin, elles ne permettent pas à l’exécutif de donner l’impression qu’il répond aux questions qui sont au cœur des inquiétudes, des préoccupations et des exigences de l’ensemble des acteurs économiques et sociaux du pays, à tous les échelons de la société. C’est ce qui explique le fait que Hollande semble, jusqu’à présent, mécontenter tout le monde…. alors qu’il ne fait rien.
Les raisons de la « sarkostalgie »

C’est tout cela qui explique pour partie la grande nouveauté de la rentrée, à savoir la « sarkostalgie ». C’est la première fois dans l’histoire de la Ve République que le précédent président est si rapidement plus populaire que son successeur, et ce dernier si rapidement impopulaire comme nous venons de le voir. On imagine mal, en 1981 ou même, dans une autre séquence politique, en 2007, un Valéry Giscard d’Estaing ou un Chirac plus populaires, à cent jours de leur arrivée à l’Elysée, que Mitterrand ou Sarkozy. Cette situation est d’autant plus inédite que l’opposition officielle est inaudible, avec une droite enfermée dans ses querelles de personnes, entre François Fillon et Jean-François Copé, pour la direction de l’UMP. C’est le FN qui fait ces choux gras de cette situation, en se positionnant comme opposition de droite et anti système, y compris sur la question du TSCG.

Cette « nostalgie de Sarkozy » qui s’étale dans les gros titres de la presse et sur les unes des journaux, tous extrêmement durs à l’égard de Hollande, ne s’explique pas seulement par une stratégie de vente agressive ou le regret d’une « sakozysation » du temps politique auquel auraient été habitués les journalistes, avec une annonce par jour du temps de l’ancien président. Cette « sarkostalgie » est avant tout le symptôme du fait que la sensation diffuse qui domine dans la société (et qui vise un contenu diférent en fonction des secteurs sociaux auxquels on se réfère), c’est qu’il faut que « le gouvernement gouverne ». La « sarkostalgie » est avant tout cet appel à l’action et à l’interventionnisme qui, pour une fraction de la bourgeoisie, en dernière instance, révèle un désir de bonapartisation de la vie politique. Il faut en tout cas, de l’avis général, que les problèmes soient pris à bras-le-corps par le gouvernement, avant que ce ne soient d’autres qui le fassent.

La morale politique de la séquence post-présidentielle c’est donc qu’on ne peut pas être un président normal en période anormale. C’est ce que réclament de façon de plus en plus dissonante patronat, syndicats et partis politiques (même de manière très ambiguë et modérée dans le cas du Front de Gauche [5] ), à un Hollande qui avaient comme objectif premier de « donner du temps au temps » pour opérer, par la suite, les réformes anti ouvrières et anti populaires. Celle du marché du travail et de l’emploi public notamment, qu’il ne s’est jamais caché de vouloir mettre en œuvre. Mais n’est pas Mitterrand qui veut, et surtout à n’importe quel moment. Ce n’est pas seulement une trentaine d’années qui séparent 1981 de 2012, mais un gouffre au niveau de la gravité de la crise et des réponses que les classes dominantes entendent y donner afin de faire payer la facture à notre camp social, à savoir le salariat, les classes populaires et à la jeunesse.

De la concertation à l’action (télévisée sur TF1) : les changements du hollandisme

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