Le sport rouge

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Le sport rouge

Message  Invité le Lun 18 Juin - 13:58

Le sport rouge, Une stratégie de développement du capitalisme

Offensive N°11 | 01-09-2006

Les communistes ont développé l’idée d’un sport différent de celui pratiqué dans le système capitaliste : un sport rouge, ouvrier… Fabien ollier, animateur de la revue mortibus décrit comment le sport de classe n’est rien d’autre qu’une mise au pas.

« Lorsque la télé retransmettait un match de l’Atletico Bilbao, la révolution mondiale suspendait son pas de cigogne. Les bières glacées sortaient du frigo. Nous formions une joyeuse tribune, scandant “At-le-ti-co” ! […] » (Daniel Bensaïd, Une lente impatience, Stock, p. 148)

« Je lis “l’Équipe” avant “l’Huma”. » (Olivier Besancenot, So Foot, n° 33, avril 2006)

« Il faut tenir jusqu’en juin. Après, les Français seront occupés par la Coupe du monde, puis les vacances. » Un proche de M. Sarkozy, (Le Monde, 29 avril 2006)

Rappel historique à ceux qui veulent oublier

La question de l’« autre sport » s’est historiquement posée aux laudateurs socialistes et communistes d’une « autre société ». Deux positions se sont opposées dès le lendemain de la révolution d’octobre : la position anti-sportive et la position partisane d’un « sport rouge », un sport spécifiquement communiste, ancré sur la thèse d’une récupération par le capital d’une création humaine authentiquement prolétaire (l’homme nouveau étant le prolétaire, passé de Marx à Staline du négatif au positif). En URSS, entre 1917 et 1921, « la question au centre du débat dans ces années-là n’était pas de savoir quelle forme le sport devait prendre mais s’il devait y avoir ou non une place pour le sport de compétition dans le nouvel État des travailleurs. D’autant que certains révolutionnaires soutenaient que l’athlétisme, le football, l’aviron, le tennis et la gymnastique avaient été presque entièrement inventés par la bourgeoisie pour son propre divertissement et pour former le caractère de ses futurs chevaliers de l’industrie et de l’empire ». En Italie, de 1901 à 1921, des courants anti-sportifs chez les ouvriers et les jeunesses socialistes n’eurent pas de mots assez durs pour qualifier le sport et ainsi « défendre et sauver nos jeunes contre cette malaria désormais générale qui les dégénère ». En France, un point de vue de classe, intransigeant, s’éleva dès la création de la SFIO en 1905, contre le point de vue de Jean Jaurès et le projet qui allait être à l’origine de la création de la Fédération sportive athlétique socialiste en 1909 : amélioration et développement de la race humaine (pas d’esprit sain dans un corps frêle et malade) par le sport. On peut comprendre que ce point de vue ne faisait pas l’unanimité dans les divers groupes socialistes nouvellement rassemblés… au sein desquels, pour certains, le sport était déjà considéré comme « un opium du peuple ». Par la voix de Georges Sadoul, on retrouve également à la fin des années vingt une optique critique similaire. Dans « Le nouvel assommoir », Sadoul se fait le relais d’une tendance révolutionnaire au sein des socialistes, puis des communistes français, qui ne tolérait des objectifs de la Fédération sportive du travail (organe sportif du PCF) que celui de s’emparer du sport, de le détourner de ses buts et de l’adapter aux nouveaux besoins d’un prolétariat ayant remporté la lutte contre le système capitaliste d’exploitation. Toutes les valeurs puritaines, antisexuelles, et positivistes (santé, force, joie, vigueur à l’ouvrage, etc.) véhiculées par le sport bourgeois, qui devaient peu à peu justifier pour la SFIO et le PCF l’organisation systématique du loisir sportif pour les ouvrier-e-s, étaient reniées par ces individus méfiants à l’égard de tout opium du peuple.

Métamorphoses du sport rouge en France

« La subordination du plaisir au devoir, ou plutôt la transformation du devoir en plaisir. » C’est en vertu de cette fonction décisive du sport de compétition – inséparable de l’intégration physique et de l’abrutissement spirituel des prolétaires – que Lénine, puis Staline, encouragèrent le développement de la culture physique et du sport en URSS, en vue de faciliter le développement du capitalisme d’État. Santé, défense et intégration, tels furent les trois principaux facteurs politiques d’une organisation des sports en Union soviétique, dont la résolution du parti communiste rend compte dès 1925. Voilà qui sonna le glas des quelques courants anti-sportifs européens et permit l’émergence progressive de trois visages du sport rouge apparaissant en France au fil de ce XXe siècle : le sport de classe (1923-1934) fondé sur la thèse de la construction par le sport d’une avant-garde de prolétaires combatifs (bolchévisation/athlètes-soldats de la révolution), le sport populaire (1934-1951) fondé sur la thèse de la régénération par le sport de la race française et le sport culturel/universel (1951/…) fondé sur la thèse d’une réappropriation, par les hommes et les femmes de bonne volonté, d’une activité transhistorique et universelle parasitée par le capital. Rien ne permet d’affirmer que ces trois phases du sport communiste laissent apparaître, même en filigranes, les traits d’un « autre sport ». J’ai essayé de le montrer dans La Maladie infantile du Parti communiste français (« le sport »), le sport rouge, particule du sport moderne, n’a finalement fait que participer à la stratégie de développement du capitalisme et de son hypertrophie, le fascisme. D’ailleurs, la première volonté sportive du PCF n’est pas instituée par hasard par un certain Jacques Doriot. Fanatique, ascète, viril, mystique, autoritariste, disciplinaire et sportif convaincu, celui qui deviendra le chef incontesté du Parti populaire français donne à la FST (section de l’Internationale rouge sportive des années vingt-trente) tous les traits qui caractérisent ce que Wilhelm Reich nommait le « fascisme rouge ». Comme la subjectivité bourgeoise, caractérisée par la froideur d’une rationalité instrumentale, la subjectivité prolétaire allait être doublée d’une volonté de maîtrise, d’appareillage et de mesure de soi, des autres, de la nature, du temps et de l’espace : la volonté sportive. À l’image des autres cuirasses qui protégeaient le PCF, cuirasse conceptuelle ou cuirasse bureaucratique, mais aussi différemment de celles-ci tant elle avait pour fonction de travailler aux corps, la cuirasse sportive du PCF allait conserver et développer les traits caractériels spécifiques du « fascisme rouge » : le sadomasochisme de militants à peine éclairés par une doctrine marxiste-léniniste non seulement mécaniste, mais en plus schématisée et rendue totalement mystique par le biais de la propagande. Le renforcement exceptionnel de la cuirasse sportive au fil du XXe siècle montre que si les appellations vont changer, le contenu du « sport rouge » ne suscitera jamais que les mêmes effets sur les corps communistes : la mise au pas aux dépens d’une subjectivité libre, critique, tâchant d’œuvrer à une réconciliation de l’autonomie personnelle et de la solidarité collective comme pourrait le laisser entendre le mot si controversé de communisme. Aucun marxiste orthodoxe du PCF ne fut capable de digérer le fétichisme de la marchandise (travail/valeur/argent) tel que Marx l’analysait : ils commirent tous pour le sport les mêmes erreurs que pour le travail, et parvinrent aux plus sordides conclusions de tous les temps : arbeit/sport macht frei. (Le travail/sport rend libre)

Les communistes et la Coupe du monde de football 1998

Le temps présent de la maladie sportive du PCF illustre assez piteusement l’intrication de ces deux types de collaboration. Effectivement, on trouve dans les attitudes de Marie-George Buffet, Robert Hue et Patrick Braouzec pendant l’organisation de leur Coupe du monde de football 1998, nombre de soumissions volontaires aux impératifs des lois de la jungle et de la boucherie internationale. Les plus exemplaires concernent la construction du Stade de France et de la Cité des sports à Saint-Denis dans des conditions de travail et d’exploitation financière pharaoniques et maffieuses, la structuration de tous les secteurs du service public autour des exigences de la pieuvre FIFA, l’accueil révérencieux de chefs d’État autocrates, de dictateurs, voire d’assassins patentés, le quadrillage policier, la surveillance électronique des espaces publics et sensibles et, pour couronner le tout, une propagande de tous les instants (une mobilisation totale) pour une soi-disant « fête populaire du ballon rond », au cours de laquelle tous les peuples, unis en tant que séparés, comme disait Guy Debord, furent contraints d’aduler le spectacle de la marchandise footballistique. Certes, selon l’imprimatur crypto-stalinienne, il y aurait eu une « autre façon » de voir la Coupe du monde, une façon typiquement « communiste ». Les actions de Braouzec dans sa ville programmée pour l’abrutissement technosportif, et celles de Buffet montrèrent malheureusement que l’altérité communiste n’est en fin de compte qu’un voyage du même au même. L’autre regard porté sur le Mondial par le ou la militant-e communiste devait se balader d’une chaîne à l’autre sur l’écran du football, proposé pour l’occasion sous l’emballage d’une culture universelle. C’est assez pour révéler l’horizon pathétique de la grille de lecture de cette compétition sportive internationale offerte en guise de bonne conscience par L’Humanité. Mais c’est aussi insuffisant au regard du contenu renversant de l’intoxication sportive dont un gang d’éditorialistes communistes mariés à la FIFA se rendit coupable pendant plus d’un mois de footballisation de L’humanité. La mythologie de l’« autre sport » n’avait de raison d’être que pour favoriser la participation la plus large et la plus consensuelle du silencieux peuple de gauche à l’intégrisme vociférant du football. Pour la candidature de Paris aux Jeux olympiques 2012, ce fut la même chanson… Et il y a le Mondial en Allemagne réenchantée par Merkel ! Camarades prolétaires, shootez-vous !

L’altermondialisation sportive

Le sport est entré durant ces dernières décennies dans le cercle privilégié des usines à fric et des paradis fiscaux les plus fructueux, il possède son marché et ses circuits financiers en vue d’accumuler les profits. On ne peut pas ne pas remarquer le processus trop réel de capitalisation du sport et la forme tentaculaire qu’il arbore. Pourtant, officiellement, Attac n’a aucun point de vue sur le sport. La taxe Tobin s’arrête quand la FIFA s’engraisse ! Or, si elle ne pense pas le sport, elle se condamne à être pensée par le sport. Et c’est une sémantique de l’humanisation et de la démocratisation du capitalisme qui sourd d’une critique de ses effets ou de ses dérives ultralibérales (finalement, l’idée des marxistes orthodoxes du travail prolétaire récupéré par le capital, alors que, selon Marx, travail et capital sont les deux pôles du même rapport capitaliste, qui consiste à transformer le travail vivant en travail mort, puis en valeur) qui est l’indice le plus frappant des ravages qu’Attac subit de la part du système idéologique sportif. On le voit chez William Gasparini, membre de Raisons d’agir et d’Attac, qui laisse parfois traîner quelques papiers pseudo-bourdivins sur le sport. Comme souvent chez ces valets de pied de l’idéologie sportivo-humaniste, la métaphore du loup (néo-libéral) et de l’agneau (sportif) bat son plein : une « autre » société sans « méchante pensée » sera naturellement égayée par le bon sport. Gasparini ne se lasse pas de faire le sempiternel constat des « dérives du sport » (dérive libérale du sport professionnel, dérives sanitaires que produit le dopage, dérive culturelle) jusqu’à finir un article sur le football par cette question stupide : « Alors, le football, pure aliénation et “opium du peuple” ou, au contraire, passion ordinaire et égalitaire ? ». Poser la question en ces termes revient à y répondre dans le sens le plus sous-entendu… Un effet politique de l’opium sportif est de concentrer le désastre réel derrière la vitrine de quelques passions qui sont en vérité aussi tristes qu’inégalitaires. Pour protéger sa position dans le champ sociologique, cette imposture protège l’institution qui l’autorise à parler. En fait, elle subjectivise le sport et en fait une création de l’homme véritable récupérée par un capitalisme prédateur. Nous sommes donc à nouveau face à cette conviction autant altermondialiste que marxiste-léniniste, que « le développement capitaliste n’est rien d’autre qu’un détournement parasitaire et répressif de ce que le prolétariat crée spontanément dans son désir de liberté ». Jusqu’où cette spontanéité nous mènera-t-elle ? À des rues et des transports en commun réservés pour l’OM et d’autres pour le PSG, placés sous vigilance, surveillance et matraquage de milliers de CRS ? Nous y sommes déjà…

Fabien Ollier

http://offensive.samizdat.net/spip.php?article223

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Pour la médaille d’or du chauvinisme...

Message  Roseau le Jeu 2 Aoû - 11:00

Source: http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2008/08/23/pour-la-medaille-dor-du-chauvinisme-qui-montera-sur-le-podium/
Pour la médaille d’or du chauvinisme, qui montera sur le podium ?
La compétition est acharnée, mais il est bien difficile de dire qui l'emportera. Les occasions de pousser des cocoricos à Pékin ayant été plutôt rares, réjouissons-nous du moins d'une grande victoire française : chauvinisme, "patriotisme agressif et excessif" (Petit Larousse), mot français s'il en fût, a été exporté avec succès dans le monde entier. Sous des livrées diverses : chauvinismus, en allemand, chauvinism en anglais, chovinismo ou chauvinismo en espagnol, mais c'est toujours du même Chauvin qu'il s'agit. Un soldat de la République et de l'Empire, paraît-il, originaire de Rochefort, couturé de blessures et dont la naïveté et l'exaltation patriotique en avaient fait l'image même du ridicule pour ses camarades.
Le type a été popularisé par une comédie de H. et Th. Cogniard, La Cocarde tricolore, en 1831.
Le mot est entré dans les dictionnaires au XIXe siècle et il n'est pas près d'en sortir, semble-t-il.
Chauvin et chauvinisme, avec leur séquelle (chauvinique, chauviniste), n'ont pas encore de verbe, mais celui qui les suit immédiatement dans les dictionnaires, chauvir, qui ressortit à l'ânerie ("bouger les oreilles", pour les ânes et les équidés), conviendrait parfaitement.
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Re: Le sport rouge

Message  Marco Pagot le Ven 3 Aoû - 8:34

Puisqu'on parle de sport, je suis obligé de parler du SCB avec régulièrement des assemblées dirigeants-entraineur-joueurs-supporters pour voir l'avenir.

http://www.dailymotion.com/video/xqs3o2_interieur-sport-sempre-vivu_sport?search_algo=1
http://www.dailymotion.com/video/xqfthz_cahuzac-au-nom-de-tous-les-siens_sport?search_algo=1
Et maintenant on est en ligue 1 Cool

Nous sommes une anomalie, le dernier exemple en Ligue 1 de foot populaire dans un foot pro gangréné par le fric Cool

et au passage, j'en profite pour dire:

Sporting Club Bastia, Athletic Club Ajaccio: 1ere division
Gazélec Football Club Ajaccio: 2e division
Cercle Athletique Bastia: 3eme division
Football Club Calvi Aregno: 4eme division

Cool

_________________
http://www.petitionfuriani.com/
Catastrophe de Furiani - 5 mai 1992
La catastrophe de Furiani ne doit jamais être oubliée et ce, pour qu’une telle tragédie ne se reproduise plus. Un devoir de mémoire est indispensable : Furiani mai più.
Nous demandons qu'aucun match de football professionnel ne soit plus dorénavant joué en France un 5 mai. Nous sollicitons par conséquent l'inscription de ce fait dans les règlements de la FFF et de la LFP.
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Marco Pagot

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Re: Le sport rouge

Message  nico37 le Dim 5 Aoû - 0:08


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Re: Le sport rouge

Message  tristana le Mar 7 Aoû - 16:58

Même si nous sommes déçus des performances de nos tricolores lors des jeux de Londres, nous sommes pour l'instant la 5ème nation au niveau des médailles! Prions Dieu pour que les Italiens ou les allemands ne nous passent pas devant! Allez les bleus!
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