Oppression des Roms

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Re: Oppression des Roms

Message  MO2014 le Ven 19 Juin - 13:02

Ronchin : chassés depuis dix jours, des Roms, à bout de force, reclus sur un site dangereux

Publié le 18/06/2015 - Mis à jour le 18/06/2015 à 12:42

PAR STÉPHANE HUBIN

Alors que mardi soir la vingtaine de Roms installés à la station des Prés sont partis à Wasquehal, un deuxième groupe, lui aussi expulsé d’Hellemmes il y a dix jours, est arrivé à Ronchin sur un terrain de la Métropole européenne de Lille (MEL). Exténués, ils demandent du répit. Mais l’institution refuse leur installation, invoquant des raisons de sécurité.

Installés à proximité immédiate d’un bassin de rétention des eaux de pluie, les Roms ne sont pas autorisés par la MEL à rester sur ce terrain situé derrière le Village de la moto.

Ils affirment être arrivés depuis plusieurs jours, mais la police municipale de Ronchin patrouillait encore mardi en fin de journée à cet endroit et assure qu’ils n’étaient pas là. Plus vraisemblablement arrivés mardi en soirée, cinq familles Roms, soit une vingtaine de personnes ont trouvé refuge au bout de la ZA de l’Orée du Golf, à Ronchin, derrière le Village de la moto.

Chassés de partout depuis dix jours et l’expulsion du camp du chemin Napoléon à Hellemmes, ils ont installé leurs tentes sur un terrain de la Métropole européenne de Lille (MEL) où est aménagé un bassin de rétention des eaux de pluie, en contrebas de la ligne de chemin de fer. Un endroit dangereux mais retiré et tranquille, que les cinq familles, dont les enfants sont scolarisés à Lille sud, disaient ne plus vouloir quitter.

Vendredi déjà, ils avaient tenté de s’installer là, mais en avaient été dissuadés par Patrick Geenens, maire de Ronchin, qui craignait la proximité du bassin de rétention alors qu’étaient annoncés des orages. « Ce n’est pas un endroit pour les accueillir, notre rôle d’élu est de trouver des solutions plus humaines et plus décentes », soutient le maire de Ronchin. Reste que les Roms qui errent depuis l’expulsion d’Hellemmes posent la même question depuis dix jours : partir, mais pour aller où ?

Ce mercredi soir, la MEL assurait en tous les cas qu’il n’était pas question que ces familles restent là. « Le responsable du site a expliqué les risques à une bénévole qui leur vient en aide ce matin. Alors qu’ils étaient partis, nous avons été surpris de les voir revenir l’après-midi. Nous allons réexpliquer ce jeudi à ces gens qu’ils ne peuvent pas rester. C’est une question de sécurité. »

Pour acter de sa bonne foi en matière de prise en charge de la problématique Rom, la MEL indique que, bien qu’il soit de la compétence de l’État de s’en préoccuper, elle gère plusieurs sites aménagés (dont deux à Villeneuve-d’Ascq) où sont accueillis 442 personnes, en plus de ses sept villages d’insertion (comme à Faches, Ronchin et Lezennes) où 140 personnes sont prises en charge.

« Il y a 2 000 Roms dans la métropole. Nous faisons beaucoup de choses, mais il est temps que tous les interlocuteurs se réunissent autour d’une table pour jouer collectif », réclame la MEL.
http://www.lavoixdunord.fr/region/ronchin-chasses-depuis-dix-jours-des-roms-a-bout-de-ia28b50438n2893117

MO2014

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Re: Oppression des Roms

Message  Babel le Mar 23 Juin - 12:27

Le « Samudaripen » ou génocide des Tsiganes, une histoire occultée

Revue L'Anticapitaliste n°66 (juin 2015)

Le 27 janvier 2015 marquait le 70e anniversaire de la libération par l’armée soviétique du camp d’Auschwitz, devenu le symbole du génocide des Juifs par les Nazis. Mais en cette journée internationale de mémoire de l’Holocauste, peu de place a été accordée sur les tribunes et dans les médias aux survivants tsiganes et à la ques-tion du « Samudaripen » ou « Porajmos », en langue romani : l’extermination des Tsiganes pendant la Seconde guerre mondiale.

Ce drame peine à intégrer les mémoires malgré les nombreuses publications et les multiples témoignages de fa-milles tsiganes ayant survécu. En France, pendant des décennies cette histoire a été plus ou moins ignorée. Le 2 février 2011, pour la première fois, le Parlement européen a commémoré le « génocide des Roms par les nazis ». Il s’agit de faire prendre conscience du mécanisme qui a mené aux persécutions dont ont été victimes les Tsiganes, et comment les discriminations perdurent.

La « fabrication » du peuple tsigane
Les discriminations à l’égard des Tsiganes sont anciennes. Or, pour l’historienne Henriette Asseo par exemple, ce qui est désigné par le terme de « Tsiganes » est largement une construction politique, et la mise en place de « la politique tsigane » a été fabriquée de toutes pièces par des bureaucraties dans tous les pays européens entre 1900 et 1910. « Les politiques fabriquent les peuples qu’elles veulent détruire. » il s’agissait de constituer une minorité « raciale » avec des résidents de différents pays, dans le but de les dénationaliser, les présenter comme des intrus, pour lesquels il y aurait un « problème » à résoudre.

Or qui sont-ils ? Tsiganes, Roms, Manouches, Sinti, Gitans, Bohémiens, Romanichels… sont les multiples appellations de ces populations réunies sous l’appellation de « Tsiganes », constituées de groupes qui se sont dispersés sur le continent européen à partir du XIVe siècle. On en retrouve aussi au Moyen Orient. La mythologie prétend que les Tsiganes ont une origine indienne. Les linguistes ont fait le lien entre le romani, langue pratiquée par cer-taines de ces populations et le sanskrit, une langue indienne. Si la lointaine origine indienne de certains Tsiganes n’est pas contestée, ils n’ont pas tous la même origine. Les différents dialectes tsiganes ont des emprunts per-sans, grecs, arméniens, roumains… Ainsi, pour ceux qui vivent en France : les Roms viennent des Balkans et des pays slaves, la langue et la culture des Manouches sont d’origine germanique, Les Gitans ou Kalé (« noirs ») ont des origines ibériques, les Yéniches, blancs et souvent blonds, sont d’origine alémanique.

A la fin du Moyen-âge, quand les premiers groupes circulent en Europe, l’important n’est pas de savoir d’où ils viennent mais s’ils sont chrétiens. En revanche, au XIXe siècle, pour ceux qui veulent les exclure il s’agit de les faire rentrer à tout prix dans le moule d’un peuple unique, venu de l’Inde, et qui par conséquent pourrait… y retourner ! « Notre première et plus indispensable recherche doit donc avoir pour but de trouver la partie du globe où le langage des Bohémiens est celui des indigènes ; et ce pays ne peut être que l’Hindoustan » (Grellman, Histoire des Bohémiens, Paris, 1810). Par ailleurs, l’idée selon laquelle les Tsiganes sont tous des nomades est fausse mais per-met de les considérer dans leur propre pays comme des « étrangers », des « vagabonds », ce qui revient à les dis-qualifier socialement et politiquement.

Une persécution dans toute l’Europe
Partout en Europe les mêmes mesures répressives furent plus ou moins reprises de la fin du XIXe siècle à l’entre-deux-guerres : recensement et fichage, durcissement des contrôles aux frontières, instauration de carnets anthropométriques, restriction de circulation. Ces régimes administratifs visaient la même chose : exclure les Tsiganes, accusés de changer sans cesse d’identité et de n’avoir aucun pays d’attache, de la nation ou les rendre invisibles par leur assimilation, de gré ou de force. En France comme ailleurs les stéréotypes accolés aux Tsiganes (« nomades, espions, voleurs, vagabonds ») font qu’ils sont victimes de la méfiance qu’inspirent les populations no-mades, qui ne respecteraient ni les frontières ni la propriété privée.

Exemple parmi d’autres de ce qu’on pouvait lire dans la presse, cet article du Petit Journal de 1895 : « On tient, n’est-ce pas à connaître les gens que l’on reçoit ? Or, de toute éternité nous avons en France des hôtes sur le compte desquels on savait très peu de choses, si ce n’est rien. Appelez-les Gypsies, Tziganes, Bohémiens, Romani-chels, Gitanes ; tous, issus de la même race, ne se soumettaient qu’à de bizarres lois qui leur étaient propres (…) Le ministre de l’intérieur a voulu régulariser, autant que possible, la situation de ces errants au milieu desquels peuvent se cacher nos pires ennemis ; il a ordonné leur recensement général. » La loi du 20 mars 1895 décrète le dé-nombrement de tous les « nomades, bohémiens et vagabonds ». Une commission distinguera, parmi 400 000 personnes recensées, 25 000 nomades à « caractères ethniques » qu’elle considère comme « dangereux ». « Ces nomades, qu’ils soient des Romanichels, des Zingari, des Tsiganes ou même des Français sont particulièrement redoutés car leur passage est toujours accompagné de déprédations de toutes sortes ». A la veille de la Seconde guerre mondiale, 30 000 nomades figuraient dans les fichiers de la police française.

De l’Empire allemand au nazisme
Dès sa constitution en 1871, l’Empire allemand afficha la volonté de faire disparaître les Roms en tant que tels par assimilation et sédentarisation. Les services de police les recensent, les fichent systématiquement, et les mettent sous étroite surveillance. Les « Sinti » furent plus ou moins sédentarisés mais continuaient cependant à être victimes de discriminations. Même la République de Weimar (1918-1933) amplifia la persécution avec l’adoption en 1926 de lois pour contrôler la « plaie tsigane ».

Quand Hitler arriva au pouvoir en 1933, les nazis purent largement utiliser tous les renseignements qui existaient déjà, mais ils introduisirent une nuance déterminante. L’ancienne surveillance ciblait le mode de vie itinérant et était dirigée contre les « Tsiganes » et « personnes qui voyagent à la manière des Tsiganes ». Or les nazis, affirmant l’existence d’une race supérieure aryenne qui ne devait pas être polluée par les « races inférieures » (particulièrement les Juifs), prétendirent différencier les « vrais » et « faux » Tsiganes. Mülhlmann (1904-1988), un nazi qui resta en poste jusque dans les années 1960, et d’autres chercheurs mirent en place de pseudosciences comme la « raciologie » et, pour les Tsiganes, la « tsiganologie ». On traqua alors les Sinti, même si nombre d’entre eux étaient « intégrés » à la société allemande depuis des générations.

En 1934, la loi contre les « criminels irrécupérables et dangereux » ordonne le fichage policier de type anthropomé-trique de nombreux Tsiganes. En septembre 1935 sont votées les lois « de Nuremberg » destinées essentiellement à la persécution et l’exclusion des Juifs : seuls ceux qui peuvent prouver, par leur généalogie, qu’ils appartiennent à la « lignée aryenne » sont citoyens du Reich. Ces lois pour « la sauvegarde du sang et de l’honneur allemand » visent à protéger le « sang » allemand de toutes souillures par des alliances inadaptées.

La population fut également mise en garde contre tout métissage avec les Tsiganes. « Le peuple des Tsiganes, étranger au peuple et aux traditions allemandes », fut décrété « non intégrable » et subit l’exclusion civique puis sociale : exclusion de l’école, interdiction de circuler. Le régime leur interdit tout travail indépendant et les obligea à occuper des emplois non qualifiés (on leur interdit bien entendu, comme aux Juifs, l’exercice de professions culturelles, le théâtre, la musique…). Dès l’été 1935, des municipalités commencèrent obliger tous les Tsiganes recen-sés à quitter leur logement (et leur emploi !) pour les concentrer à la périphérie des villes dans des camps de regroupement clôturés. Puis des familles tsiganes nomades ou celles qui « vivaient comme des Tsiganes », enfer-mées dans ces camps, subirent une « stérilisation eugénique » dans le cadre de la loi contre les « asociaux ».

En 1939, déchus comme les Juifs de la citoyenneté allemande, les « Tsiganes ethniquement purs » reçurent des papiers d’identité de différentes couleurs en fonction de leur prétendu degré de « mixité raciale ». Ils furent classés en tant que « criminels professionnels », « criminels habituels », « menace habituelle », « fléau commun », et mis en « détention préventive ». Les hommes furent envoyés dans des camps de concentration et soumis au travail forcé, la stérilisation des femmes fut généralisée. L’extermination systématique allait bientôt suivre.

Un génocide dans toute l’Europe
La traque des Tsiganes se généralisa dans toute l’Europe occupée. Et il faut bien avouer que le racisme des populations locales (et les pratiques préexistantes des Etats) facilita largement l’action des nazis et leurs complices. Celle-ci ne fut cependant pas complètement homogène d’un pays à l’autre.

Dans son livre Samudaripen : Le Génocide des Tsiganes, l’historienne Claire Auzias différencie trois types de pays : « Soit ils furent d’abord exclus juridiquement puis arrêtés, parqués dans des camps de transit et enfin déportés puis gazés (Grand Reich). Soit ils furent massacrés par l’armée occupante et par les civils, enfermés dans les ghettos avec les Juifs, comme en Pologne, et exterminés. Soit ils furent internés dans des camps locaux comme en France et en Italie, voués à périr, et sporadiquement déportés vers les camps de la mort. »

A l’automne 1942, les nazis décident « la solution biologique finale » de la « question tsigane » (la conférence de Wannsee planifiant le génocide des Juifs s’était tenue en janvier 1942). Le 16 décembre 1942, Himmler prend la décision de les déporter dans des camps de concentration et d’extermination. Tous ceux qui vivaient en Autriche furent envoyés dans les camps de Dachau et Ravensbrück. La plus grande partie de ceux vivant en Allemagne, et ceux de Pologne et de Tchécoslovaquie, furent regroupés dans un prétendu « camp familial tsigane » au camp de Auschwitz-Birkenau, où ils moururent par dizaines de milliers. Quand, le 16 mai 1944, les Tsiganes apprennent qu’ils vont être gazés, ils tentent une révolte collective qui échoue. La répression est violente. Ainsi, le 2 août 1944, 2998 personnes, essentiellement des femmes et des enfants, sont gazés.

Sur les 30 000 Roms internés à Auschwitz, il n’y eut que 3000 survivants. Dans les autres camps, des dizaines de milliers moururent de faim, de maladie, d’épuisement par les travaux forcés. Aux victimes des camps de concentration, il faut ajouter les massacres perpétrés par l’armée allemande et les unités de la SS et de la police au cours de leurs conquêtes. Ainsi, dans les Pays baltes et en Union soviétique, les « Einsatzgruppen » et d’autres unités mobiles d’extermination exécutèrent au moins 30 000 Tsiganes en même temps qu’ils exterminaient les Juifs et les communistes. Dans leur travail de répression et d’extermination, les nazis furent aidés dans les pays occupés par les autorités locales.

La France de la collaboration
En France, la persécution des Tsiganes fut dans un premier temps le fait des autorités locales… puisqu’elle commença avant l’invasion du pays ! Par le décret-loi du 6 avril 1940, les « nomades » furent qualifiés « « d’individus errants, généralement sans domicile, ni patrie, ni profession effective… ». Leur circulation « constitue pour la défense nationale et la sauvegarde du secret, un danger qui doit être écarté ». L’assignation à résidence leur est im-posée à proximité des brigades de gendarmerie.

Après la défaite de juin 1940, dans la zone occupée, les nazis exigent l’éloignement des côtes de l’Atlantique des
« éléments douteux » comme les Tsiganes, les Juifs et les ressortissants de nations « ennemies ». Ceux qui présentent les « caractères ethniques particuliers des Romanichels » doivent être transférés dans des camps d’internement surveillés par des policiers français. Le 22 novembre 1940, une ordonnance allemande interdit l’exercice des « professions ambulantes » dans 21 départements du grand ouest – ce qui du coup touche aussi les forains, les commerçants et industriels ambulants…

En « zone libre », Vichy s’attaque aux forces « anti-françaises », « responsables de la débâcle ». Des mesures sont prises immédiatement et sans pression des occupants contre les juifs, les communistes, les étrangers et les francs-maçons. Quant aux nomades, il y a déjà contre eux la loi d’avril 1940 visant leur sédentarisation forcée. Mais l’hostilité des populations à proximité desquelles les Tsiganes étaient assignés à résidence est telle que dans de nombreux cas ils seront envoyés dans des camps d’internement.

Globalement, il semble que l’État français n’a pas conçu l’internement des nomades comme la solution d’un problème brûlant, contrairement aux Juifs et aux communistes. Il n’empêche qu’environ 6000 personnes ont transité dans les camps répartis sur le territoire. A part ceux directement sous administration allemande, les Tsiganes fran-çais n’ont pas été systématiquement déportés dans des camps de concentration. Mais ceux envoyés en Alle-magne au titre du STO furent raflés et exterminés.

Après la guerre : une reconnaissance tardive et parcimonieuse
Sur les 750 000 à 800 000 Tsiganes vivant en Europe, entre 250 000 et 500 000 moururent ou de mauvais traitements dans les différents camps ou exterminés comme à Auschwitz. Parmi tous ceux qui furent envoyés dans des camps, seuls 4 ou 5000 survécurent. Pourtant, il y eut un refus presque général après la guerre de reconnaître le génocide des Tsiganes.

Dans l’Allemagne vaincue de 1945, il s’agissait pour les survivants d’obtenir des réparations et de retrouver leur citoyenneté. A l’ouest, les gouvernements militaires mirent en place des bureaux sociaux spécialisés chargés de verser des réparations aux victimes du nazisme, tenus par des fonctionnaires allemands souvent déjà en place sous le nazisme. Pouvaient en bénéficier les personnes qui avaient été persécutées pour des motifs racistes, religieux ou politiques. Mais pas les personnes internées en tant qu’« asociaux » ou pour des « actes criminels ». Par ailleurs, pour leur réinstallation nationale, les rescapés devaient prouver qu’ils étaient citoyens allemands.

D’où l’incroyable injustice subie par les Sinti allemands après-guerre. Avant même les nazis, les pouvoirs en place tendaient à contester leur citoyenneté aux Sinti, même s’ils étaient installés dans le pays depuis des siècles. Dès 1937, des milliers subirent un internement préventif en tant qu’asociaux et criminels « congénitaux ». De 1933 à 1945, c’est la police criminelle (et non la Gestapo comme pour les Juifs) qui eut la charge de persécuter les Tsiganes. Or la Gestapo fut reconnue comme une organisation criminelle, mais pas la police du Reich dont 80 % du personnel resta en place.

Pour éviter que les rescapés ne fassent «frauduleusement » des demandes de reconnaissance du statut de persécuté du nazisme, l’administration alliée puis celle de la RFA demanda à cette même police, c’est-à-dire aux anciens policiers des « bureaux pour les questions tsiganes », de vérifier les dossiers de ceux qui voulaient être reconnus comme victimes des nazis et comme citoyens allemands. Les persécuteurs et les dresseurs de « généalogie raciale » devinrent les experts de leurs propres mesures de persécution ! De façon particulièrement perverse, les Sinti se voyaient mis en demeure de se construire une « identité raciale », fantasme nazi, pour être reconnus comme vic-times.

Bien souvent, la police déclara que c’était en tant que délinquants que les Tsiganes avaient été internés, pour ne pas verser de réparations et se prémunir contre des poursuites pénales. En 1950, un décret du Land du Bas-Wurtemberg évoqua les lois en vigueur contre les Tsiganes depuis 1871 et ensuite celles de la République de Weimar, pour affirmer que les Tsiganes n’avaient pas été arrêtés pour des raisons racistes mais pour des comporte-ments asociaux et criminels… Ce qui les privait de toute réparation. C’est seulement après 1979, quand le parlement allemand admit enfin le caractère raciste de la persécution des Tsiganes par les nazis, que la plupart d’entre eux purent vraiment demander réparation pour les souffrances subies. Mais à cette date, beaucoup étaient déjà décédés. La reconnaissance officielle du génocide tsigane interviendra en 1982.

En France... les persécutions se poursuivirent après 1945 !
Pendant le conflit, pour les 6500 Tsiganes placés dans des camps d’internement, les libérations se généralisèrent en 1944 et 1945. Cependant, certains ne furent libérés qu’à la fermeture du camp d’Angoulême, lorsque le décret du 6 avril 1940 assignant les Tsiganes à résidence fut aboli. C’est-à-dire en mai 1946 ! De plus, à leur libération, les Tsiganes furent la proie d’un véritable harcèlement. Complètement démunis, lâchés sur les routes, obligés de rentrer à pied dans leurs villes ou villages, perçus par la population avec méfiance et hostilité, ils ne reçurent aucune aide.

En mai 1945, les Tsiganes (y compris les rescapés des camps nazis) sont encore assignés à résidence dans leur canton ; seulement, les maires des communes concernées ne veulent pas les accueillir. Le ministère de l’intérieur envoie alors une circulaire aux préfets, le 24 juillet 1946, qui distingue les « bons » Tsiganes acceptant la sédentarisation totale, et les « mauvais » qui veulent continuer à nomadiser et auxquels on applique les mesures de contrôle prévues par la loi de 1912 sur la circulation des nomades. Toute sorte de tracasseries leur sont infligées : contrôles et parfois prison pour défaut de carnet ou de vaccination, recensement et fichage, problème du stationnement, autorisé la plupart du temps pour 24 heures maximum, dans des zones de relégation spatiale.

Certes la loi du 9 juillet 1948 qui définit le statut et les droits des internés et déportés politiques, s’applique aux nomades, mais les cartes de déporté, d’interné politique ou de combattant volontaire de la Résistance leur sont attribuées tardivement, pour certains seulement… en 1964. De même, ils ne furent jamais indemnisés de la perte de leurs biens : caravanes, roulotes, instruments de musique, camions, chevaux, terrains... Le carnet anthropométrique ne fut supprimé qu’en 1960, remplacé en 1969 par un livret et un carnet de circulation toujours en usage aujourd’hui pour les « gens du voyage ».

Aujourd’hui
Le génocide tsigane reste peu connu. Dans toute l’Europe, il est très peu enseigné ou même mentionné dans les programmes scolaires. Surtout, un climat de persécution se développe à nouveau. Pas seulement en Hongrie ou dans les Balkans : en France, les destructions violentes des campements, les propos racistes de responsables poli-tiques comme Sarkozy et Valls, se multiplient. C’est ce qui rend d’autant plus nécessaire de raconter l’histoire du génocide tsigane, et comment on en arriva là.

Renée Ravoteur

Bibliographie
- Roms, Tsiganes, Voyageurs : l'éternité et après ? Claire Auzias, 3,10 euros.
- Roms et Tsiganes, Liégeois Jean-Pierre, 10 euros.
- « Les Tsiganes en France (1939-1946) », Denis Peschanski, CNRS, 2010, 176 pages, 10 euros.
- « Atlas des Tsiganes, les dessous de la question rom », Samuel Delépine, éditions Autrement, 2012, 96 pages, 19,90 euros.
- « Samudaripen, le génocide des Tsiganes », Claire Auzias, L’Esprit frappeur, 2000, 205 pages, 3,25 euros.
- « Gitans, Tsiganes, Roms… Idées reçues sur le gens du voyage », Marc Bordigoni, Le Cavalier Bleu, 2013, 183 pages, 20 euros.
- « Tsiganes, nomades, un malentendu européen »

Babel

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Re: Oppression des Roms

Message  yannalan le Mar 23 Juin - 14:49

Un des problèmes là-dessus, c'est le manque d'expression des principaux intéressés. Toute la bibliographie est pratiquement de seconde main. De même dans les luttes, il s’agit presque toujours d’associations créées en-dehors d'eux.

yannalan

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Re: Oppression des Roms

Message  Toussaint le Mar 23 Juin - 19:39

Un des problèmes là-dessus, c'est le manque d'expression des principaux intéressés.

En effet, tu as des explications ou des infos sur ce point?
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Re: Oppression des Roms

Message  yannalan le Mar 23 Juin - 19:52

Non, pas tellement...Je ne fais que constater. Mais on voit partout des assos de soutien dirigées et gérées par des non-roms, mais il n'y a pas de tradition d'auto-organisation à l'extérieur de leur monde. Et encore, les anciens disent que le sens des relations d'autorité se perd chez les jeunes. Ils quittent une culture sans en trouver une autre.

yannalan

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Re: Oppression des Roms

Message  MO2014 le Lun 13 Juil - 11:54

Près de 4 000 roms expulsés de camps en six mois

Publié le 10/07/2015 à 16h19

Cela représente 150 expulsions par semaine, selon la Ligue des droits de l'Homme

Durant le premier semestre 2015, 3 947 Roms ont été évacués de 37 campements ou lieux de vie par les autorités en France, soit en moyenne 150 par semaine, a annoncé vendredi la Ligue des droits de l'Homme (LDH). Parmi ces personnes, 110 ont dû quitter deux campements à la suite d'incendies.

Dans le détail, 22 évacuations forcées faisaient suite à une assignation par les propriétaires des terrains ou des squats devant les tribunaux, 14 résultaient d'arrêtés d'insalubrité ou de péril pris par la mairie ou le préfet et un bidonville a été abandonné par les personnes elles-mêmes, sous la menace d'une évacuation forcée imminente.

Sur les 37 évacuations effectuées par les autorités, "des solutions d'hébergement temporaires n'ont été proposées que 13 fois", souligne la LDH.

"À la suite des 24 autres évacuations, les familles ont été tout simplement mises à la rue par les forces de l'ordre. Sur les deux évacuations faisant suite à un incendie, une solution d'hébergement d'urgence a été mise en place une fois"

La Ligue des droits de l'Homme souligne que la circulaire du 26 août 2012, qui prévoit l'accompagnement des familles roms, "n'est pas appliquée et reste lettre morte dans la très grande majorité des évacuations" et que "les biens sont souvent confisqués".

La LDH préconise "la suspension des expulsions systématiques, la sécurisation des bidonvilles, la mise en place de solutions adaptées pour l'insertion des familles à travers le droit commun et ceci avant toute expulsion, pour toutes les familles et sur tout le territoire".

Le 18 mai, Manuel Valls avait défendu la nécessité de démanteler les campements roms "qui représentent un vrai danger pour ces populations, pour les enfants"

MO2014

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Re: Oppression des Roms

Message  MO2014 le Lun 3 Aoû - 1:59

Jozsef 17 ans, futur chanteur ou futur mendiant ? Le choix apparient au M. Poux Maire communiste de La Courneuve

PÉTITION


SIGNEZ ICI


En ce 2 Août, anniversaire de la liquidation du camp des familles tziganes de Birkenau, signez l'appel de Jozsef, 17 ans, résident rrom du plus vieux bidonville de France à M. Poux, maire communiste de la Courneuve : " M. le Maire, annulez votre demande d’expulsion qui enverrait 300 hommes, femmes et enfants dans les rues de La Courneuve ; autorisez le projet alternatif sans précédent porté par les fondations"



Je m’appelle Jozsef Farkas, et j’ai 17 ans. J’habite dans le plus vieux bidonville de France, baptisé la « place du Samaritain », rue Pascal à la Courneuve. À 80 familles venues chercher un avenir meilleur en France, nous avons construit nos logements et une Eglise dans trois ruelles. Depuis 7 ans, comme nous n’avons pas eu de domiciliation administrative, nos efforts n’ont pas amélioré nos conditions de vie, qui restent dramatiques. Conscients de ce cercle vicieux, la Fondation Abbé Pierre et Médecins du Monde ont fait une proposition inespérée à notre Maire : nettoyer le bidonville, y installer l’eau courante et le sécuriser avant d’entamer un travail suivi pour que nous puissions scolariser les enfants, travailler, et, petit à petit quitter le bidonville. Leur projet, inédit et entièrement autofinancé, est soutenu par plusieurs membres du conseil municipal, la communauté d’agglomération, des dizaines d’associations qui souhaitent y contribuer, et même le Préfet Délégué à l’Egalité des Chances ! Mais du rêve nous sommes passés au cauchemar : pour une raison que personne n’arrive à s’expliquer, le Maire de la Courneuve, Gille Poux, refuse la mise en œuvre du projet. Pire, encore, il ordonne notre expulsion de la « Place du Samaritain » le 12 août prochain.



Nous sommes sous le choc. Nous étions si fiers en anticipation de ce que nous allions pouvoir accomplir que la violence de l’annonce nous paralyse.



Si la « Place du Samaritain » est détruite et que nous sommes jetés à la rue, tout ce que j’ai construit s’effondrera. Mon poste en service civique à l’association « Les Enfants du Canal », où les 6 langues que je parle m’ont permis de devenir interprète et accompagnateur social. Mon projet de formation pour devenir aide-soignant. Ma participation à la prochaine édition de « The Voice », pour laquelle j’ai été sélectionné après des années de soliste à l’Eglise... Mais il ne s’agit pas que de moi. C’est aussi ma voisine, Aurélia, dont le mari et le fils  travaillent comme électricien sous contrat pour un artisan. Ou Ducu, mécanicien, qui fait vivre son épouse, jeune maman. Et tous les autres. Qu’adviendra-t-il de nous ? Où irons-nous ? Que ferons-nous ?



Nous ne cherchons pas de passe-droit. Nous demandons simplement au Maire de laisser d’autres nous apporter l’aide qu’il n’est pas en mesure de nous offrir lui-même... dans une ville communiste qui a construit sa réputation sur une tradition de solidarité, la situation semble complètement absurde.



Il ne nous reste que peu de temps pour convaincre le Maire de changer d’avis, d’autoriser ce projet sans précédent, et d’annuler sa demande d’expulsion qui enverrait 300 hommes, femmes et enfants dans les rues de La Courneuve.



Au nom des enfants, des femmes et des hommes de la « Place du Samaritain », je demande à tous les Courneuviens et à tous ceux qui croient au potentiel unique de chaque individu à qui on laisse sa chance de signer et partager cette pétition pour faire prendre conscience à Gilles Poux, aux membres de son conseil municipal et à son groupe politique du danger dans lequel il nous met tous malgré le fait que, pour une fois, toutes les conditions sont réunies pour nous permettre de nous en sortir.



Avec vos voix, nous pourrons peut-être nous faire entendre.



En espérant avoir l’opportunité de vous dédier une chanson en guise de remerciements lors de la prochaine édition de « The Voice », c’est de tout mon cœur que je vous remercie de votre aide aujourd’hui.


SIGNEZ ICI

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MO2014

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Re: Oppression des Roms

Message  MO2014 le Mer 5 Aoû - 17:00

Plus de 1400 militants et sympathisants expriment leur indignation

au Maire PC de La Courneuve

Depuis dimanche soir, plus de 1400 militants communistes et sympathisants de gauche de toutes la France dénoncent violemment une trahison des valeurs du Parti Communiste par le Maire de La Courneuve Gille Poux, sur le site www.Change.org. Ils sont signataires de la pétition de Jozef (www.change.org/samaritain), 17 ans, qui implore le Maire de renoncer à l’expulsion du bidonville du Samaritain prévue le 12 août prochain et d’accepter le projet inédit d’amélioration des conditions de vies et de renforcement d’insertion sociale et économique des résidents proposé par la Fondation Abbé Pierre, Médecins du Monde, la DIHAL, des architects et des dizaines d’associations.


Les commentaires sont sans appel. Venant de toutes la France, la déception, l’éffroi, le dégout, la colère se fait sentir par d’anciens élus, militants PC, chercheurs, acteurs de l’insertion sociale et simple citoyens attérés par cette décision. Certains signataires appellent à la raison, d’autres à la démission, considérant qu’un communiste capable d’agir de la sorte ne vaut pas mieux qu’un élu Front National.

Parmi les personnalités s’associant à cette dénonciation, la Sénatrice EELV Esther Benbassa, du Président du Collectif Citoyens Kamel Djellal, l’universitaire Didier Fassin, et Anina Ciuciu, écrivaine et future magistrate qui a elle-même grandi en bidonville en Roumanie. Lundi 3 août, cette dernière exprimait son émotion sur l’émission D’ailleurs et d’ici (France Inter) : « C’est un cas emblématique du refus de trouve des solutions. Monsieur Poux refuse tout (...). Je suis très inquiète et très choquée car la Courneuve est un fief communiste depuis très longtemps, et on perd la tradition de solidarité qu’on connaît »

Sans rien coûter à la Ville, ce projet sans précédent soutenu par Plaine Commune et le Préfet à l’Egalité des Chance de Seine-Saint-Denis a purement et simplement été rejeté par le Maire qui a ordonné une expulsion à la place, avant de partir en vacances.

Sous le choc, les 80 familles du plus ancien bidonville de France qui s’étend sur trois ruelles aménagées en baraques et une Eglise auto-construites disent être passés « du rêve au cauchemar ». Jozef, médiateur social en service civique qui rêve de devenir soignant, a lancé la pétition comme dernier appel à la solidarité. « Peut-être qu’avec vos voix, nous pourrons nous faire entendre », conclut la pétition.

MO2014

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