C. Miller révèle les dessous de la traite négrière

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C. Miller révèle les dessous de la traite négrière

Message  BouffonVert72 le Dim 18 Déc - 19:49


http://blog.slateafrique.com/cahier-nomade/2011/12/17/christopher-miller-revele-les-dessous-de-la-traite-negriere/


Christopher Miller révèle les dessous de la traite négrière

Abdourahman Waberi

La commune de Bécherel posée sur une colline entre Dol-de-Bretagne et Combourg, si cher au coeur de René de Chateaubriand, compte quelques huit cent habitants. S’il fait doux vivre dans la campagne environnante tournée vers l’agriculture, Bécherel se signale par une tout autre douceur : elle cultive l’amour et l’art du livre. Depuis 1986 Bécherel est reconnue comme la première cité du livre en France avec ses treize libraires, ses bouquinistes, ses éditeurs, ses artisans, ses visiteurs et son marché du livre le premier dimanche de chaque mois.


C’est à Bécherel qu’il faut se tourner pour dénicher le précieux éditeur français de Christopher L. Miller, un de ces chercheurs érudits et stimulants que l’université américaine sait produire (1). Le Triangle atlantique français, sous-titré ‘Littérature et culture de la traite négrière’ (2), qui vient de sortir aux éditions Perséides est une excellente occasion pour se prolonger dans l’oeuvre de ce professeur de littérature française à l’université de Yale, où il enseigne aussi la culture afro-américaine. A l’heure où une partie de la France redécouvre les effets quotidiens des pages sombres de son passé colonial et esclavagiste (3), la traduction de cet ouvrage publié en 2007 ne saurait pas mieux tombé. Disons-le franchement, cet ouvrage est d’une importance colossale dans les débats à venir, débats relatifs principalement – et pas seulement – à l’histoire de la France en général et à la place de la traite négrière en particulier :

“Entre la fin du XVIIe et le XIXe siècle, la France a déporté à elle seule plus d’un million d’Africains de l’autre côté de l’Atlantique, dans les îles à sucre de la Caraïbe, notamment à Saint-Domingue, considérée avant la révolution haïtienne comme la plus riche colonie sur terre. Elle l’a fait longtemps de manière légale et codifiée, puis clandestinement durant la période de la traite « interlope », dans la première moitié du XIXe siècle » (4è de couverture).

Cet événement majeur de l’histoire n’a jamais l’objet d’une attention critique sérieuse. Peu de romanciers, côté africain par exemple, ont trempé leur plume dans l’encre de la nuit esclavage. Bref, cet événement croupit encore dans les oubliettes des mémoires collectives tant en France qu’en Afrique. Christopher Miller vient jeter une lumière crue sur le silence assourdissant qui a entouré au sein même des Lumières synonyme d’émancipation. On saura gré à Christopher Miller d’avoir entrepris cette vaste enquête qui passe au crible de l’analyse non seulement le « système » triangulaire, mais aussi les grands textes littéraires sur la traite, de Voltaire à Césaire, Condé et Glissant, en passant par le théâtre d’Olympe de Gouges et la littérature maritime de Corbière ou Mérimée.

Depuis le siècle des Lumières à nos jours, depuis les rivages de la France métropolitaine, dans les anses des Caraïbes et depuis les côtes africaines, Christophe Miller sonde les silences et renoue les fils contextuels rompus. Les bateaux, les archives, le capital, les captifs, les îlots n’ont plus de secret pour ce guetteur de l’océan Atlantique. Cette descente dans les cales infamantes est la condition nécessaire pour sortir de la grande nuit et, par conséquent, pour forger les outils qui nous permettront de mieux vivre ensemble demain. Abdoulaye Guèye, le sociologue de l’université d’Ottawa qui fut présenté ici même, à nos lecteurs, ne dit pas autre chose. Puissent nos décideurs et nos éducateurs se mettre à lire l’ouvrage de Christopher L. Miller.

(1) Professeur (émérite) d’histoire à l’université de Columbia, Robert Paxton est reconnu comme le meilleur spécialiste de Vichy.

(2) Le Triangle Atlantique français de Christopher Miller. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Thomas Van Ruymbeke. Les Perséides, Coll. « Le monde atlantique », 544 p., 29,90 €.

(3) Culture post 1961-2006, sous la direction de Pascal Blanchard et Nicolas Bancel, postface de Abdourahman A. Waberi, Autrement, Paris, 280 pages.
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BouffonVert72

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