Un tortionnaire aux Invalides

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Un tortionnaire aux Invalides

Message  gérard menvussa le Jeu 1 Déc - 20:08

Sur le site du "petit Blanquiste" qui a souvent (mais pas toujours) des contenus intéressants : http://lepetitblanquiste.hautetfort.com/archive/2010/06/18/art-175.html



Le général Bigeard, décédé l'année dernière, avait souhaité que ses cendres soient dispersées au-dessus de la cuvette de Dien Biên Phù, là où le corps expéditionnaire français a été définitivement vaincu par les combattants vietnamiens.

algérieLes autorités vietnamiennes ont refusé ce cérémonial douteux.

Le ministère de la Défense vient donc d'annoncer que les cendres de l'illustre militaire seraient transférées à l'Hôtel des Invalides, à Paris.

Après le décès du général Bigeard, Nicolas Sarkozy, avait tenu à exprimer sa « profonde tristesse » et avait salué un « très grand soldat » qui incarnait « pour les Français la figure héroïque du combattant ».

Beaucoup d'autres l'avaient suivi, jusqu'à Jean-Pierre Masseret, président socialiste du Conseil régional de Lorraine qui avait exprimé son « émotion » et sa « tristesse ».

C'est ainsi que toute la France bien-pensante, plus ou moins nostalgique de l'Empire colonial, s'était retrouvée unie dans cet ultime hommage.

LES GESTAPISTES FRANCAIS

algérieLe 13 janvier 1955, sous le titre Votre Gestapo d'Algérie, Claude Bourdet [1], dénonce la torture pratiquée par la police et l'armée en Algérie.

Il écrit dans l'hebdomadaire France Observateur :

« Le supplice de la baignoire, le gonflage à l’eau par l’anus, le courant électrique sur les muqueuses, les aisselles ou la colonne vertébrale, sont les procédés préférés, car bien appliqués ils ne laissent pas de traces visibles.

Le supplice de la faim est également constant.

Mais l’empalement sur une bouteille ou un bâton, les coups de poing, de pied, de nerf de bœuf ne sont pas non plus épargnés.

Tout ceci explique que les tortionnaires ne remettent les prisonniers au juge que cinq à dix jours après leur arrestation...

Une fois que les Gestapistes ont dicté et fait signer à leurs victimes à demi-mortes "l’aveu" qu’il leur plaît d’attribuer, le reste du séjour à la police sert à remettre le prisonnier en état, au besoin à le soigner (mais oui !) afin qu’il soit présentable lorsqu’on le mène au juge ».

A la fin de la guerre d'Algérie, De Gaule s'empresse de proclamer l'amnistie et empêche que ces crimes puissent être largement connus.

algérieHenri Alleg, journaliste à Alger Républicain, lui-même torturé [2], remarque :

« Les délits et crimes liés à la guerre d’Algérie ont été amnistiés [...]

Aucun autre événement de l’histoire de France n’a bénéficié d’une mesure aussi rapide et systématique. [...]

Un tortionnaire aurait la possibilité de faire condamner en diffamation sa victime si elle l’accusait ! Car l’amnistie est assortie d’une obligation d’amnésie ».[3]

BIGEARD LE TORTIONNAIRE

Il faut attendre juin 2000 et la publication par Le Monde du témoignage de Louisette Ighilahriz pour que ces pratiques soient publiquement et largement dévoilées.

algérieEn 1957, âgée de 20 ans, Louisette Ighilahriz est une combattante du Front de libération nationale (FLN).

Tombée, avec son commando, dans une embuscade tendue par les parachutistes du général Massu, elle est capturée et emmenée, grièvement blessée, au quartier général. Là, elle est torturée, sans relâche, trois mois durant.

Dans son récit, Louisette précise comment Massu, ou bien Bigeard, quand ils venaient la voir, l'insultaient et l'humiliaient avant de donner l'ordre de la torturer.

« Massu était brutal, infect. Bigeard n’était pas mieux ».

Louisette a souvent hurlé à Bigeard : « Vous n’êtes pas un homme si vous ne m’achevez pas ».

Il lui répondait : « Pas encore, pas encore ! ».

Elle ne doit sa survie qu'à un médecin militaire qui la découvre fin décembre 1957 et la fait transporter dans un hôpital où elle échappe à ses tortionnaires.

A la suite de ces révélations, Massu reconnaît que « la torture avait été généralisée en Algérie » et « institutionnalisée avec la création du Centre de coordination interarmées (CCI) et des Dispositifs opérationnels de protection (DOP) ». Tout en affirmant n'y avoir « jamais été directement mêlé ».

Même ligne de défense de Bigeard, pour qui la torture a été un « mal nécessaire » mais qui dément l'avoir pratiquée lui-même.

A l'annonce de la mort de son tortionnaire, Louisette Ighilahriz, a déclaré :

« Chez nous, le nom de Marcel Bigeard est synonyme de mort et de torture. Il aurait pu libérer sa conscience avant de mourir.

J'en suis profondément déçue, malade ».

algérie

[1] Ancien Résistant, Claude Bourdet a participé à la fondation du mouvement Combat qu'il réprésente au Conseil national de la Résistance (CNR). Arrêté en 1944, il est déporté dans plusieurs camps de concentration dont celui de Buchenwald.

[2] Dans un livre - La question, Ed. de Minuit - Henri Alleg a raconté les sévices que lui ont fait subir des parachutistes français à Alger. Le gouvernement à direction socialiste en a immédiatement décrété la saisie au motif de « participation à une entreprise de démolition de l'armée ayant pour objet de nuire à la défense nationale ». Réimprimé en Suisse, le livre a été vendu et lu à des milliers d'exemplaires dans le monde entier y compris en France où sa diffusion a été clandestine.

[3] Le seul officier qui ait été sanctionné est le général Pâris de Bollardière : il a été condamné à l'emprisonnement en forteresse pour avoir dit au général Massu que les méthodes qu’il employait le dégoûtaient et qu’il n’avait que du mépris à son égard. Ce militaire refusait les méthodes de répression et la torture.
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