les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

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les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  alexi le Lun 24 Oct - 12:37

CERCLE LEON TROTSKY du 28 février 1966

1966 - Préparation de la conférence du Comité International

Les problèmes du Parti Mondial de la Révolution et la reconstruction de la IVème Internationale
Voix Ouvrière


INTRODUCTION


Depuis une dizaine d'années nous assistons à l'effondrement du monolithisme stalinien. Le conflit sino-soviétique, la politique de plus en plus pro-occidentale des Démocraties Populaires et leur éloignement de l'Union Soviétique, ont fait éclater la mystique qui entourait la politique de la bureaucratie du Kremlin. Dans les pays industrialisés l'opportunisme des P.C. apparaît au grand jour et ils mettent ouvertement au rencart le vocabulaire marxiste dont ils se paraient encore il y a quelques années. Dans les pays sous-développés leur faillite est encore plus éclatante. Dans certains pays tels l'Egypte, ils se dissolvent car la bourgeoisie nationale a complètement repris leur programme. Dans d'autres alors que les masses paysannes s'arment, ils crient à l'aventurisme et rêvent d'un parlementarisme impossible. Devant la trahison manifeste de ceux qui pendant des générations représentèrent aux yeux de millions d'hommes l'héritage du bolchévisme, il n'est pas étonnant que de plus en plus de nombreux militants se tournent vers l'œuvre de Trotsky pour y trouver des réponses aux problèmes de notre époque. Car les écrits de Trotsky n'ont pas vieilli et quiconque veut saisir ce qui se passe en URSS, en Hongrie ou à Cuba est obligé de s'y référer. Malheureusement, entre l'œuvre de Trotsky et les organisations qui s'en réclament il y a un hiatus énorme.
Ceux qui tournent leur regard vers la IVème Internationale, créée en 1938 par le fondateur de l'Armée Rouge et ses compagnons, n'aperçoivent qu'une multitude de petite groupes sans grande audience alors que, plus que jamais, à l'époque de crise où nous vivons, une Internationale Révolutionnaire, un Parti mondial de la révolution, serait nécessaire. Car ce n'est que par une Internationale que peut s'établir, tant sur le plan politique qu'organisationnel, la liaison dans la lutte de classe entre les militants révolutionnaires des pays industrialisés et ceux des pays industriellement sous-développés, entre ceux des pays impérialistes et ceux de l'URSS et des Démocraties Populaires. Et c'est parce que nous nous sommes toujours réclamés du programme de fondation de la IVème Internationale, et que nous sommes solidaires de la tentative actuelle de sa reconstruction entreprise par certains groupes ayant appartenu à cette organisation et qui ont reconnu sa faillite dont nous allons tenter ce soir d'analyser les causes qui ont conduit à l'échec de la IVème Internationale, afin de ne pas reconstruire la IVème Internationale telle qu'elle a échoué, mais d'œuvrer ensemble à la construction d'une véritable Internationale révolutionnaire. Les organisations qui ont entrepris cette reconstruction sont essentiellement le groupe français qui édite "La Vérité" et "Informations Ouvrières" et la SLL anglaise qui sont groupées au sein du Comité International de la IVème Internationale.
Ce que nous allons traiter ce soir n'est pas tant les positions que nous défendrons dans cette entreprise, quoique nous y ferons allusion, mais surtout, ce sera la majeure partie de mon exposé, quelles furent dans le passé nos opinions vis à vis de la IVème Internationale et ce qu'elles sont à l'heure actuelle.
Quand à notre participation à la discussion qu'a entreprise le Comité International, nous en publierons la majeure partie dans la "Voix Ouvrière" ou éventuellement, dans des suppléments.
Tout d'abord nous écartons d'emblée l'explication que donnent certains, explication selon laquelle l'échec de la IVème Internationale serait dû à une insuffisance théorique. L'incapacité des militants trotskystes à construire des organisations révolutionnaires résiderait dans leur incapacité à mettre en équations un monde moderne différent de celui que connut Trotsky. Malheureusement, les groupes et individus qui ont voulu "dépasser" le trotskysme ont été incapables, non seulement de donner un semblant d'explication théorique cohérente de leurs conceptions mais aussi de construire quoi que ce soit. Certains ont d'ailleurs théorisé leur échec en abandonnant le marxisme faisaient ainsi d'incapacité vertu. D'autres ont regagné les places qu'ils n'auraient jamais dû quitter : celles de professeurs pour intellectuels de "gauche" s'intéressant aux ouvriers tout comme d'autres s'intéressent à l'entomologie. Nous ne pensons pas non plus être les derniers tenants d'une doctrine préhistorique — celle de la lutte des classes —. Les ultimes survivants d'une époque révolue, bons à mettre au réfrigérateur pour l'édification des générations futures. La disparition de la casquette ou de la blouse n'a pas plus entraîné la disparition de la classe ouvrière que celle des bottines à boutons n'entraîna l'extinction du patronat. Nous laissons ces théories fumeuses aux sociologues de salon pour qui le bonheur de l'homme se mesure uniquement en nombre moyen de calories, de chevaux vapeurs ou de longueurs d'ondes, indépendamment de leur répartition sociale. Pour nous, l'incapacité des militants trotskystes à construire une Internationale n'est pas due au trotskysme, héritier direct du bolchevisme, et seule doctrine capable de mener le prolétariat à la conquête du pouvoir sur toute la planète.
Notre originalité est d'être un groupe trotskyste n'ayant jamais appartenu à la IVème Internationale mais qui s'est toujours réclamé de son programme. C'est justement parce que nous n'étions pas dans la IVème Internationale que noua nous sentons d'autant plus le droit de nous revendiquer du programme qu'elle a maintes fois abandonné.
Nous tenons à réaffirmer notre attachement et notre fidélité au programme de fondation de la IVème Internationale, le Programme de Transition, qui est pour nous l'instrument indispensable peur guider notre combat. Ce programme synthétise tous les enseignements que le mouvement ouvrier a tiré d'un demi-siècle de lutte. Et ce programme ainsi que les autres textes do fondation de la IVème arme les organisations trotskystes comme aucune autre organisation ne le fut jamais. Qu'ils combattent dans les pays impérialistes, en URSS, dans le Tiers-Monde, les révolutionnaires peuvent en tirer un enseignement précieux. Et pour les révolutionnaires du XXème siècle il revêt la même importance que le Manifeste Communiste pour la période antérieure. Pour nous trotskystes, il ne peut exister de révolutionnaires conséquents qui ne s'appuient sur ce programme.

LA IVème EN FRANCE : DU P.O.I. AU P C.I. UN OPPORTUNISME CONSTANT

Mais ce n'est pas par plaisir que nous nous sommes tenus hors de cette organisation et que nous nous avons refusé , lors de l'unification des groupes trotskystes français en février 1944 de nous fondre dans le sein du P.C.I, qui venait de naître, ni comme nous en accusaient ces camarades à l'époque, nous n'avons pas non plus créé de toutes pièces des divergences pour justifier notre "autonomie" C'est pour des raisons politiques précises que nous rappellerons aujourd'hui.
Tout d'abord, des camarades pourraient s'étonner que nous remontions si loin. Cela tient simplement au fait que notre analyse commence dès la fondation de la IVème et se termine vers les années 1950, alors que d'autres camarades prennent la période 1952-1953 comme base d'analyse. Pour nous, à cette époque, la IVème Internationale avait cessé d'exister comme organisation d'avant garde révolutionnaire depuis plusieurs années.
Lorsque nos camarades quittèrent le P.O.I. (Section Française de la IVème Internationale) en 1939, ils voulaient se démarquer d'une organisation opportuniste. Il s'agissait pour eux de se délimiter d'un milieu petit bourgeois dont les pratiques organisationnelles étaient social-démocrates et non communistes. Mais il s'agissait à l'époque d'une critique de la section française et non de l'ensemble des organisations de la IVème Internationale.
La déclaration de guerre va voir l'effondrement complet de l'organisation française de la IVème internationale. Peu préparés à la clandestinité, un grand nombre de militants se retrouve en prison. Les organisations se démantèlent.
En juin 1940 , la grande majorité des éléments de la IVème Internationale, groupés dans les "Comités français pour une IVème Internationale" abandonnent complètement la position internationaliste en faveur d'un "front commun avec tous les éléments pensant français" et préconisent la création de comités de "vigilance nationale". Ces camarades faisaient paraître dans le "Bulletin du Comité pour la IVème Internationale"- N° 2 - 20 septembre 1940 - le rapport adopté au Comité Central du Comité pour la IVème Internationale à l'unanimité.
En voici quelques extraits :

"La bourgeoisie française s'est précipitée dans une impasse : pour se sauver de la Révolution elle s'est jetée dans les bras d'Hitler. Pour se sauver de cette emprise il ne lui reste plus qu'à se jeter dans les bras de la Révolution. Nous ne disons pas qu'elle le fasse de gaieté de cœur ; ni que la fraction de la bourgeoisie capable de jouer ce jeu soit la plus importante : la majorité des bourgeois en secret son salut de l'Angleterre, une large minorité l'attend d'Hitler. C'est à la fraction française de la bourgeoisie que nous tendons la main."

"Cependant notre politique sur ce plan doit être avant tout axée vers la fraction de la bourgeoisie qui se veut avant tout française, qui sent qu'elle ne peut attendre le salut de la France que des masses populaires, qui est capable de susciter un mouvement nationaliste petit bourgeois, capable de jouer la carte de la Révolution (de droite ou de gauche ou éventuellement de droite et de gauche)."

"Nous devons être les défenseurs des richesses que des générations de paysans et d'ouvriers de France ont accumulées. Nous devons aussi être les défenseurs de l'apport magnifique des écrivains et savants français au patrimoine intellectuel de l'humanité, les défenseurs de la grande tradition révolutionnaire et socialiste de la France...
b) Comités de Vigilance Nationale.
Il est nécessaire de créer des organes de lutte nationale. Les Comités de Vigilance Nationale peuvent être soit des organismes permanents, soit - et cette forme correspond davantage aux nécessités de la lutte nationale à l'étape actuelle forcément illégale - être des organismes temporaires..."

Des mots d'ordre : le nombre de mots d'ordre nationaux est infini. Nous essaierons seulement ici d'en mettre en relief quelques-uns.
"A BAS LE PILLAGE DES RICHESSES FRANCAISES.
Le blé que les paysans de France ont fait lever, le lait des vaches qu'ils ont élevées ; les machines sans lesquelles nos ouvriers seront sans travail et sans pain ; le matériel de laboratoire qu'a construit le génie de nos savants, toutes ces richesses françaises doivent rester en France..."

"Retrait de la monnaie allemande ! Le peuple français veut créer par son travail de vraies richesses et non être précipité dans la misère de l'inflation."

Et pendant la guerre "La Vérité", qui s'intitulera successivement organe Bolchevik-Léniniste, organe Communiste-Révolutionnaire, organe Central des Comités Français pour la IVème Internationale, organe du P.O.I., organe du P.C.I., déversera jusqu'à la fin 1941 au nom du trotskysme une prose nationaliste, reprendra les, mots d'ordre de Comités de Vigilance Nationale, proposera un rassemblement de tous les partis qui veulent défendre les masses. Voici à titre d'exemple quelques extraits de la "La Vérité" :
VERITE N°2 - 15 SEPTEMBRE 1940
"L'office du blé prévoit que 60% de la récolte française en céréales partirait pour l'Allemagne. Et le gouvernement ne dit rien. Est-il d'accord avec Hitler pour affamer les français ? Paysan, mon frère, oppose la résistance passive aux réquisitions ; ne vends ton blé que pour faire du pain aux femmes et aux enfants de France."
VERITE N°8 - 1er JANVIER 1941
"Tous ceux qui luttent contre l'oppresseur et qui ne sont pas ouvriers doivent comprendre que l'appui des forces ouvrières est vitalement nécessaire au succès rassemblement pour la libération nationale ; qu'on doit donc leur assurer un statut de travail qui les intéresse et à la défense et à la renaissance de la patrie dont ils constituent la force.
Que doit être l'Union Nationale ?
500 000 métallos anglais demandent l'adaptation de leurs "salaires au coût de la vie. Ils soulignent que le prix des denrées alimentaires a doublé sans élévation correspondante des salaires. C'est en satisfaisant à cette juste revendication que le gouvernement anglais commencera à réaliser une véritable solidarité nationale contre l'impérialisme allemand, en répartissant équitablement les charges entre les diverses classes du pays, en défendant aussi les intérêts des ouvriers anglais."
VERITE N° 11 – 1er AVRIL 1941
(A propos de l'anniversaire de la Commune de Paris.)
"Nous savons comme nos devanciers de 1871 que nous aurons à prendre en mains la lutte pour l'indépendance nationale trahie par la bourgeoisie..."

Ce ne sont plus là des positions internationalistes, cela n'a plus rien à voir avec le trotskysme.
L'unification des différents groupes trotskystes (P.O.I., C.C.I., Groupe Octobre) eut lieu au début de 1944. On passa allègrement l'éponge sur la politique chauvine de 1940 ; tout était oublié ; mieux, on avait toujours eu raison. Dans un bulletin commun P.O.I.-C.C.I, de juillet 1943 on peut lire en substance :
Le P.O.I. n'a commis que la faute d'employer dans "La Vérité" certaines expressions dangereuses ; la position fondamentale a été non seulement juste, mais perspicace car le P.O.I. avait prévu dès 1940 la du mouvement national en mouvement de classe.
Ainsi la trahison complète de l'internationalisme est qualifiée "d'expressions dangereuses" . C'est un euphémisme délicat qui recouvre malheureusement quelque chose qui l'est beaucoup moins. Et ces camarades écrivaient dans la déclaration d'unité parue dans "la Vérité" du 25 mars 1944 que depuis le début de la guerre :
"Ces organisations ont développé en conséquence une politique et une action internationalistes".
et plus loin :
"En ce moment décisif la IVème Internationale regroupe ses forces, corrige ses fautes, à travers une auto-critique "bolchevique"... "
Le texte faisant simplement allusion à
"des fautes épisodiques de tel ou tel groupement"...
Fin 1944, lorsque la Section Française de la IVème Internationale refusa non seulement de reconnaître ses erreurs mais prétendit avoir suivi une ligne correcte, il était évident que cette section n'avait plus rien de trotskyste. Comme il arrivera souvent par la suite, la Section Française inventera tout un théorique pour justifier une pratique opportuniste. On parlera d'un mouvement national en 1940, au XXème siècle, dans pays impérialiste, on découvrira deux résistances distinctes, l'une bourgeoise, l'autre ouvrière. C'est ce qui fit écrire à nos camarades en février 1944 :
"Pour pouvoir - dans un texte exprimant la position officielle - transformer la trahison du mouvement de la IVème Internationale en un conte bleu de perspicacité bolchevique (hormis "quelques erreurs") il faut que le niveau "idéologique du P.O.I. soit bien bas.
Il faut repousser avec dégoût les prétextes invoqués à la manière stalinienne par le P.O.I,, qui rejette ses fautes sur les "masses". De ce point de vue il est caractéristique que les organisations P.O.I. - C.C.I. attribuent 'effondrement des organisations de la IVème Internationale. en France en 1939 à l'éclatement de la guerre, qui aurait isolé l'avant garde des masses. Tout révolutionnaire ayant fait son travail pendant la drôle de guerre sait que c'est là pur mensonge : tout au contraire, jamais le contact avec les masses ouvrières n'a été plus facile (et pas seulement avec les masses ouvrières) jamais les masses n'ont été plus disposées à accueillir la propagande révolutionnaire"…
Cette attitude de la section française révélait que tant sur le plan politique (cas de 1939) que sur le plan des principes (refus d'autocritique et justification à tout prix) l'opportunisme régnait en naître dans son sein. Car il ne s'agissait pas pour nous de refuser de s'unifier sous prétexte que la section française avait commis des erreurs, des fautes graves. Mais un certain nombre de militants de cette section reconnaissaient ces erreurs mais refusaient de les réexaminer pour ne pas nuire à la fusion. Cette attitude montrait que cette organisation n'avait plus rien de bolchevik et n'était plus en rien l'avant-garde qu'aurait voulu forger Trotsky. Et lorsque après la guerre, la IVème entérina la politique de la section française il était clair qu'elle était aussi opportuniste.
La guerre finie, la section française va continuer sa politique. Elle se caractérise sur le plan intérieur par le suivisme vis-à-vis du PCF. Au référendum du 21 octobre 1945 le PCI appelle à voter OUI pour que l'Assemblée soit Constituante. Il lance un appel au P.S. et au P.C. pour former dos Comités de Défense de la Constituante, il demande que les députés soient éligibles et révocables à tout moment. Il veut ni plus ni moins "soviétiser" la Constituante bourgeoise. Il pratique alors une politique de critique de gauche du PCF mais absolument pas une politique révolutionnaire. Du nationalisme le plus notoire le PCI est tombé dans l'électoralisme le plus plat. Ce qui n'empêche d'ailleurs pas ces camarades de regretter quelques mois plus tard "la persistance des préjugés parlementaires dans les masses".
Et au référendum constitutionnel de mai 1946, le PCI fera bloc encore une fois avec les partis soi-disant ouvriers, en faisant voter OUI à la Constitution.
Et leur argument était pour le moins étrange. en effet, on pouvait lire dans "La Vérité" du 28 avril 1946 :
"La Constitution prévoit 1'indemnisation des gros actionnaires des entreprises nationalisées, elle maintient l'oppression impérialiste des peuples coloniaux. Elle reconnaît comme inviolable la propriété privée des exploiteurs."
Mais il fallait voter OUI pour empêcher le triomphe de la réaction.
VERITE N° 120 - MAI 1946
"Le MRP ayant fait bloc avec les partis bourgeois contre les partis "ouvriers" en faisant voter "NON" au "référendum", il faut faire bloc avec ces derniers en faisant voter OUI pour empêcher que le plébiscite pour ou contre le PCF - PS tourne à leur désavantage"...
Sur le plan extérieur on assiste au même phénomène de suivisme des staliniens non plus seulement de la part de la section française mais de toute l'Internationale. L'Internationale était atteinte dans son ensemble et l'image de la section française n'était que le reflet fidèle des autres sections.
La Conférence d'Avril 1946 de la IVème Internationale si elle demandait le "départ immédiat dos troupes d'occupation" (USA - France - Angleterre par rapport à l'Allemagne) refusa l'amende­ment de la section anglaise demandant le retrait des troupes russes des territoires qu'elles occupaient (IVème Inter. Décembre 1946).
Lorsqu'après 1948 les staliniens baptisent les "Démocraties Populaires" du nom d'Etats "ouvriers", la IVème leur emboîtera le pas allègrement en ajoutant bien entendu le terme "dégénérés" ou "déformés". On est trotskyste ou on ne l'est pas. Là aussi l'analyse politique sera remplacée par des étiquettes vides de sens décernées généreusement. Et lorsque se produira la rupture entre l'URSS et la Yougoslavie, Tito sera salué comme un révolutionnaire aux qualités remarquables et le PCY appelé à devenir le tremplin d'où partirait l'assaut contre le stalinisme. "La Vérité" d'octobre 1950, n° 258 titrait après le voyage de militants en Yougoslavie :
"Ceux qui ont vu la vérité en Yougoslavie vous disent : "OUI C'EST UN ÉTAT OU SE CONSTRUIT LE SOCIALISME, C'EST LA DICTATURE DU PROLÉTARIAT"
 Ici apparaît clairement ce qui allait devenir une constante de la IVème Internationale. Incapables de construire une organisation révolutionnaire, ses militants étaient à la recherche de l'ersatz, du raccourci qui permettrait rapidement de construire une organisation. Sur le plan intérieur cela se traduisit par la politique dite d'entrisme (aller chercher ailleurs les masses que l'on ne peut soi-même influencer) et sur le plan extérieur par la découverte de leaders révolutionnaires qui évoluaient "objectivement" et quasi-automatiquement vers le trotskysme. Il y a eu d'abord Tito, puis Mao, puis Castro, puis Ben Bella et nous sommes sûrs que ces camarades ne s'arrêteront pas en si bon chemin. Et à son tour la recherche de "raccourcis révolutionnaires" ne faisait que traduire une incapacité de travail moléculaire au sein de la classe ouvrière et des habitudes de pensées et et de pratiques petites-bourgeoises.

LA CRISE DE 52-53


La crise qui éclata dans les années 1952-1953 ne fut que l'évolution logique de l'opportunisme de la IVème Internationale.
La guerre de Corée traduisait une tension extrême entre les anciens alliés victorieux de l'Allemagne, l'URSS d'une part, les impérialistes de l'autre. Le bloc des "démocraties" volait en éclats cinq années à peine après la fin de la guerre. La IVème Internationale théorisa alors l'incapacité qu'elle avait manifesté à construire une organisation révolutionnaire, aussi embryonnaire fût-elle. Elle déclara que la guerre mondiale était proche et que la guerre qui venait aurait un caractère spécial :
"Une telle guerre prendrait dès le début le caractère d'une GUERRE CIVILE INTERNATIONALE, particulièrement en Europe et en Asie qui passeraient rapidement sous le contrôle de la bureaucratie soviétique, des partis communistes ou des masses révolutionnaires."
Dans un tel conflit, les partis staliniens joueraient un rôle révolutionnaire et, comme on n'avait plus le temps de construire des partis révolutionnaires, il faut dire que ces camarades semblent n'avoir jamais le temps d'en construire, il fallait entrer coûte que coûte au sein des partis staliniens ou socialistes afin de s'intégrer dans le mouvement réel des masses. Il fallait travailler et rester à tout prix dans les P.C., les "ruses" et les trahisons étant non seulement admises mais nécessaires.
Cela équivalait à renoncer à l'organisation trotskyste après avoir renoncé à son programme. Mais ces positions n'étaient pas un tournant dans la politique de la IVème Internationale. Déjà la caractérisation des pays du glacis comme Etats ouvriers dégénérés signifiait que la bureaucratie avait un rôle révolutionnaire, qu'elle était capable de transformer à la place de la classe ouvrière des Etats bourgeois en Etats ouvriers, de remplir la tâche historique du prolétariat. Et Pablo comptait beaucoup sur cette possibilité. Il en tirait la conclusion que le stalinisme avait un rôle "historiquement progressif". Et l'intégration aux partis staliniens n'en était que la conséquence logique. Et c'est cette conception qui prit le nom de "pablisme".
Devant ce qui apparaissait enfin clairement comme une trahison de son programme, une partie de la IVème Internationale ne fit pas ce nouveau pas en avant sur la voie de la liquidation complète du trotskysme. La majorité de la section française refusa de se dissoudre au sein du P.C.F. et brandit l'étendard de la révolte. Elle créa peu après avec les sections anglaise, néo-zélandaise et suisse le C.I.
Et cette crise qui démantelait la IVème Internationale n'était qu'une confirmation de plus de l'analyse que nous avions faite de ces organisations. Leur composition essentiellement petite-bourgeoise, leurs pratiques politiques et organisationnelles héritées de ce milieu les rendaient non seulement incapables de se lier à la classe ouvrière mais les faisait suivre fidèlement toutes les fluctuations politiques de la petite-bourgeoisie intellectuelle influencée par les staliniens ou les sociaux-démocrates.

DES METHODES BUREAUCRATIQUE DÈS... 1944

Mais pendant ces années, quelles furent nos relations avec la IVème Internationale ?
Les camarades qui sont à l'origine de notre groupe ont quitté en octobre 1939 le P.O.I. Section française de la IVème Internationale. Au début, ce fut simplement pour se délimiter d'un milieu petit-bourgeois sans pratique bolchevique. Et la position nationaliste d'une grande partie des militants trotskystes après 1940 et l'occupation du pays par les armées allemandes, leur donna malheureusement raison.
Et dans un texte de juillet 1943, ils écrivaient :
"Nous nous sommes engagés depuis le début de la guerre, dans la création d'une organisation de type révolutionnaire bolchevique, Le bolchevisme implique, avec une politique juste (qui pour nous est celle définie dans "La IVème Internationale et la guerre" et le "Programme de Transition" qui continue la ligne des quatre premiers Congrès de l'I.C.), un contact réel et étendu avec la classe ouvrière, la participation quotidienne à ses luttes, il s'inspire des intérêts quotidiens et permanents de la classe ouvrière. Pour se dire Parti Bolchevique, il faut avoir un certain poids organisationnel qui permette la conduite de la lutte de classe dans tout le pays, il faut des traditions de luttes ouvrières. Il faut avoir un bilan de luttes politiques favorable. Dans ce sens, la question du Parti ne peut et ne pouvait être résolue par nos propres forces de A à Z et, en 1943, la question du Parti reste ouverte."
 "Mais notre travail a été conçu comme un travail en direction d'un Parti Bolchevique. Pour cela notre indépendance nous était et nous est vitale. Car on ne peut pas commencer la formation de militants communistes... qui le deviennent réellement par la pratique de la lutte de classes dans un milieu petit-bourgeois opportuniste. Nous voulions et nous voulons au moyen de militants instruits et d'une politique conséquente, affirmer devant les autres organisations prolétariennes une conception révolutionnaire. Notre réussite dans cette tâche, si nous discernons dans la classe ouvrière des forces capables de former avec nous le Parti, peut déclencher ou précipiter un regroupement sur la base communiste de tous les militants vraiment révolutionnaires de la classe ouvrière française".
Comme nous l'avons vu nous ne participâmes pas à l'unification de 1944 car elle ne nous apparut pas comme menant à un regroupement positif.
La nouvelle organisation née du regroupement prit le nom de Parti Communiste Internationaliste (Section Française de la IVème Internationale).
Nous refusâmes cette unification parce que ces groupes se refusaient à réexaminer leur propre passé et à en faire la critique. Selon nous, et l'avenir nous a malheureusement donné raison, cela ne pouvait aboutir qu'à des résultats similaires, les mêmes causes produisant les mêmes effets.
Dans un texte de Février 1944 nous écrivions que :
"La consécration théorique de la trahison de la lutte de classes après Juin 1940 est l'acte le plus grave qu'ait pu commettre la direction du P.O.I.. Les militants de la IVème qui ne le comprendraient pas se prépareraient des lendemains pires que ceux de Juin 1940".
Mais nous savions que vu notre petit nombre il ne nous serait pas possible de l'intérieur de redresser la Section française. Elle était devenue une organisation opportuniste et notre seul espoir était d'arriver à démontrer aux éléments valables du P.O.I. la justesse des méthodes politiques et organisationnelles du bolchévisme et de provoquer un regroupement.
Malgré tout nous n'abandonnâmes pas la IVème. Pendant plusieurs années nous demandions que la discussion s'engage sur les problèmes que nous posions. On nous répondait en substance, entrez d'abord au P.C.I., nous discuterons ensuite.
Le P.C.I. nous reprochait, en nous traitant d'ailleurs de provocateurs et cela dès juillet 1945, d'utiliser le terme de IVème Internationale qui figurait sur notre presse et en nous menaçant d'un procès. Il faut noter à ce propos que le P.C.I. nous déniait dès 1945 le droit de nous réclamer de la IVème Internationale alors que la seule instance qui pouvait trancher était le Congrès Mondial qui ne se réunit que trois ans plus tard. Nous refusâmes d'engager la polémique sur ce terrain pensant que le recours aux tribunaux bourgeois ferait plus de mal que de bien à la IVème Internationale. Mais nous avons demandé une commission d'enquête au P.C.I. qui décide si nous, qui avions toujours défendu fermement des positions trotskystes, étions moins dignes de nous réclamer de la IVème Internationale que la soi-disant Section française dont les dirigeants s'étaient complètement effondrés à la première poussée nationaliste. Évidemment, le P.C.I. refusa toujours cette commission d'enquête.
C'est alors que nous avons porté sur nos publications la mention "trotskyste" au lieu de IVe Internationale.
En 1947, nous avons eu, en dirigeant 1a grève Renault d'avril-mai, qui obligea les ministres communistes à quitter le gouvernement, des succès visibles. Après aussi. Et ni à ce moment-là, ni à un autre, ne se produisit le "regroupement" sur lequel nous comptions. Nous avons interprété ce fait comme signifiant qu'il ne fallait plus escompter ce regroupement.
Mais pratiquement, en tant que telle, fin 1949, et avant même la crise de 1952-1953, la IVe Internationale avait vécu.
A cette époque, il n'était plus question pour nous de rejoindre l'un quelconque des petits bouts de la IVème.
Cependant nos positions restaient inchangées tout au moins sous la forme où précédemment nous le voyions, sauf bien entendu en ce qui concerne un éventuel regroupement. Nous n'y comptions plus. C'est pourquoi nous nous engageâmes dans un travail plus large qu'avant 1947.
En Janvier 1957 nous écrivions :
"C'est en élargissant notre expérience que nous pourrons provoquer le regroupement qui ne s'est pas produit en 1947. Mais cette fois-ci nous ne comptons plus, dans la période qui vient, sur les éléments déjà "organisés, trotskystes ou autres. Nous comptons sur les éléments les plus dévoués et les plus éveillés de la classe ouvrière elle-même.
C'est pourquoi notre expérience doit s'élargir : pour convaincre des éléments politisés, donc susceptibles de comprendre une expérience il pourrait suffire d'un succès voyant dans un secteur même limité. Mais, pour convaincre des ouvriers du rang, il nous faudra des succès, moins voyants, peut-être, mais sur une plus large échelle".
Mais comment l'organisation fondée par Léon Trotsky, comment la IVème Internationale a-t-elle pu en arriver là ?

DE LA IIIème A LA IVème INTERNATIONALE

La IVème Internationale est issue historiquement de la IIIème Internationale Communiste fondée au lendemain de la Révolution Russe. Mais l'isolement de cette dernière entraîna sa dégénérescence et celui du Parti Bolchévique dont le poids était déterminant à l'intérieur de l'Internationale.
Et la stalinisation du Parti Bolchévique entraîna celle du Komintern.
Dès 1923 Trotsky engagea la lutte contre la bureaucratie qui envahissait l'Etat et le Parti. Avec l'Opposition de gauche il essaya de combattre la politique de Staline qui mettait en péril les conquêtes de la Révolution d'Octobre (Comité Anglo-Russe en 1926, Révolution Chinoise, politique de concessions puis d'extermination envers les koulaks).
Rejoint par Zinoviev et Kamenev en 25-26, abandonné par ceux-ci un an plus tard, il se retrouve seul en 1928 ; l'Opposition de Gauche groupe à l'époque un grand nombre de militants de valeur, vieux bolchéviques qui ont fait Octobre.
L'enterrement de Joffé en 1927 sera leur dernière manifestation publique.
Deux ans plus tard en 1929, Trotsky est exilé hors d'URSS et Staline pour la première fois fait assassiner un sympathisant de l'opposition : Blumkine. L'exemple de Blumkine montrait en quelque sorte aux trotskystes d'Union Soviétique le seul avenir qui les attendait : la balle dans la nuque.
Le découragement dû au manque de perspective révolutionnaire, la possibilité de se rendre utile à la Patrie Socialiste, vont entraîner redditions et capitulations chez de nombreux membres de l'Opposition.
En 1929 Karl Radek militant des mouvements ouvriers polonais, allemand et russe capitule. Il est suivi d'Ivan Nikitich Smirnov, surnommé le Lénine de Sibérie, le vainqueur de Koltchak, de Serge Mratchkovsky, dirigeant de l'Opposition, d'Ivan Smilga chef de la Baltique, de Preobrajensky co-auteur avec Boukharine de "l'A.B.C. du Communisme".
Puis en 1934, Christian Rakovsky, lié à Trotsky depuis la Première guerre mondiale où ensemble ils écrivent le journal russe internationaliste de Paris : "Nache Slovo", Rakovsky, le Président du Conseil des Commissaires du Peuple d'Ukraine, capitule à son tour.
Mais d'autres comme Vladimir Smirnov, dirigeant de l'insurrection d'Octobre à Moscou, comme Solntsev, refusent de se plier au diktat stalinien. Le premier, devenu aveugle par suite des privations en isolateur disparaîtra sans avoir capitulé, le second, jeune bolchevik, mourra d'épuisement en janvier 1936 après une grève de la faim.
Mais Staline prépare la plus effroyable boucherie que le mouvement révolutionnaire ait connue. De 1936 à 1938 il va éliminer toute la vieille garde bolchevique au cours des sinistres mascarades de justice socialiste baptisées "Procès de Moscou".
En août 1936 sont jugés et exécutés : Zinoviev, Kamenev, Evdokimov, Bakaiev, I.N. Smirnov, Mratchkovsky, Ter Vaganian. Le 23 août, Tomsky mis en cause au cours du procès se suicidera. Du 23 au 30 janvier 1937, Piatakov et Mouralov seront exécutés. Du 2 au 13 mars 1938 Boukharine, Rykov, Rakovsky - et ce sont seulement là les plus connus - tous avoueront "être à la solde des impérialistes et avoir voulu tuer Staline".
Dans la Russie le massacre commence. Des milliers de bolcheviks obscurs, dont l'histoire n'a pas retenu les noms seront éliminés.
Évidemment les trotskystes n'échappent pas à la règle. Dans le tome III de sa biographie sur Trotsky, Deutscher a montré la fin des trotskystes au camp de Vorkouta. Arrivés à la mine durant l'été 1936, ils refusaient de travailler plus de huit heures par jour (le règlement exigeait dix et douze heures). Ils organisaient meetings et manifestations lors des procès de Moscou. Ils ignoraient systématiquement le règlement des camps. De mars à mai 1938 ils furent tous exécutés.
Mais le massacre ne touche pas seulement le Parti russe.
Tous les révolutionnaires étrangers se trouvant à Moscou sont eux aussi victimes des purges. Nous pouvons citer les Allemands Neumann, Remmele, le spartakiste Heckert ; les polonais Adolph Warsky, ami de Rosa Luxembourg, un des fondateurs de la Social-Démocratie polonaise et vétéran du P.C. Polonais, Lensky et Bronsky combattants de la Révolution Russe, Wera Kostzewa.
Le 17 décembre 1936 la Pravda annonce que "l'épuration des éléments trotskystes et anarcho—syndicalistes a commencé en Espagne et sera exécutée jusqu'au bout avec la même énergie qu'en URSS". Le 17 mai 1937 débutera la répression contre les anarchistes, les trotskystes et les militants du P.O.U.M.
Comme l'écrivait Trotsky le 20 février 1938 dans la brochure consacrée à la mémoire de son fils Léon Sédov assassiné par la Guépéou :
"De cette génération ainée, dans les rangs de laquelle nous sommes entrés à la fin du siècle dernier, tous, sans exception, ont été balayés de la scène. Ce que n'ont pu faire les bagnes du tzar, la déportation rigoureuse, les besoins des années d'émigration, la guerre civile et les maladies, Staline l'a fait comme le fléau le plus malfaisant de la Révolution. Après la génération ainée, a été anéantie la meilleure partie de la génération moyenne, c'est à dire celle qu'a suscitée 1917 et qui a reçu sa formation des 24 armées du front révolutionnaire".
Ainsi Staline, par une fureur sanguinaire qui lui valait une place d'honneur au Panthéon des massacreurs d'ouvriers, laissant loin derrière les Thiers, Dollfus, Hitler et autres Franco, faisait disparaître des milliers de révolutionnaires socialistes, hommes qui quelques années auparavant avaient fait trembler la bourgeoisie de tous les pays.
Il ne traduisait par là que la peur de la bureaucratie russe devant toute révolution. Il est bon de se rappeler aujourd'hui, alors que certains osent se dire révolutionnaires en se réclamant de Staline, qu'avant de devenir le petit père des peuples, le sinistre Géorgien fut d'abord leur bourreau.
Dès le début de son exil, Trotsky espère que Staline expulsera à l'étranger d'autres militants de l'Opposition. Mais son espoir est déçu. Il est seul, bien seul. Et après le massacre de la Vieille Garde, il reste désormais l'unique maillon qui puisse transmettre l'héritage d'Octobre aux générations nouvelles.
La tâche qu'il entreprend est impressionnante. Il s'agit pour, lui de regrouper les révolutionnaires afin de continuer la lutte pour la Révolution. Mais se dressent contre cette poignée de militants non seulement la bourgeoisie et son appareil de répression, nais aussi la clique stalinienne et ses complices des différents P.C.
Très rapidement des agents provocateurs staliniens s'infiltrent dans le mouvement trotskyste, trahissant , suscitant partout suspicion et semant le trouble quand ils n'assassinent pas. Le meilleur exemple est celui de Marc Zborowsky, dit Etienne, agent provocateur stalinien, le meilleur ami et on l'apprit plus tard, l'assassin de Sedov, le fils de Trotsky. Il dirigera à la mort de Sedov le bulletin de l'Opposition et représentera la Section russe à la Conférence de fondation de la IVème Internationale en 1938. Huit secrétaires politiques de Trotsky sont successivement abattus et en Espagne tous les trotskystes sont massacrés.
De plus, l'énorme appareil du Komintern se sert de ses milliers de journaux pour déverser sur eux des flots de calomnies.
Mais malgré les tortures, les assassinats, les calomnies, les dénonciations, malgré les conditions de vie et de militantisme effroyables, les militants trotskystes tiennent bon et font preuve d'un courage admirable.
Mais parmi les militants trotskystes, les seuls qui aient eu une véritable formation bolchevique étaient ceux d'Union Soviétique.
A l'étranger les groupes qui soutiennent Trotsky sont formée pour la plupart d'hommes courageux, d'intellectuels brillants, dévoués tout entier à la cause de la Révolution. Mais ils ressemblent peu aux militants bolcheviks qui eux, se sont formés au cours des longues années de répression, qui ont subi le feu de deux révolutions et d'une guerre civile. Ils ignorent totalement ce qu'est la discipline bolchevique et le travail au sein de la classe ouvrière. Mais leur faiblesse n'est finalement que celle de la IIIème Internationale. Créée par le Parti Bolchevique sur une base programmatique, l'Internationale Communiste regroupa un certain nombre d'organisations les unes révolutionnaires, les autres plus ou moins opportunistes. Et les vingt et une conditions qui dressaient une barrière contre les opportunistes furent facilement tournées.
En France au Congrès de Tours, c'est la majorité du P.S. qui vota l'adhésion à la IIIème Internationale. Non seulement ces gens n'avaient pas de formation bolchevique mais beaucoup d'entre eux étaient des réformistes notoires.
Aussi les militants gagnés par le mouvement trotskyste viennent soit de la IIème, soit de la IIIème Internationale, à leur déclin, qui sont de bien mauvaises écoles de militantisme. Dès cette époque les militants communistes sont formés au détriment du travail en profondeur et en plus sans formation bolchevique. Les trotskystes sont de plus isolés de la classe ouvrière car aux yeux de milliers de travailleurs les Partis Communistes qui se réclament de la Révolution Russe apparaissent comme des partis révolutionnaires. Car si le mouvement trotskyste compte des militants et sympathisants de grande valeur comme Trotsky lui-même, Rosmer, Cannon aux U.S.A., l'italien Blasco, il n'a pas de cadres moyens liés aux masses et capables de former l'armature d'un parti révolutionnaire.
Chassé du mouvement ouvrier par le stalinisme, le mouvement trotskyste recrutera surtout chez les intellectuels. "La prédominance des intellectuels dans une organisation [révolutionnaire], écrit Trotsky, est inévitable dans la première période de son développement".
Mais ces intellectuels pendant des années de 1928 à 1933 n'ont pas eu la possibilité de militer sur le terrain des luttes ouvrières et n'ont pas eu de formation ni de traditions véritablement communistes.
Tout cela confère au mouvement trotskyste un caractère petit-bourgeois qui rendent aléatoire tout développement ultérieur de la IVème Internationale. Et si dans la première période de son développement la prédominance d'intellectuels est obligatoire le fait que cette prédominance se perpétue entraîne obligatoirement des déformations politiques et organisationnelles. Nous essaierons de montrer les conséquences qu'eurent l'influence du milieu petit-bourgeois et son idéologie dans les rangs des révolutionnaires de la IVème Internationale.
Lors de la proclamation de la IVème Internationale en 1938, toute une partie des trotskistes, considérait cette décision comme prématurée et arbitraire. Des groupes trotskystes refusèrent donc l'appellation de IVème Internationale et continuèrent à militer "Pour une IVème Internationale".
La proclamation de la IVème Internationale était-elle prématurée ? NON, nous ne le pensons pas. Bien entendu à cette époque, Trotsky le premier ne pensait pas pouvoir construire réellement avant la guerre toute proche la IVème Internationale.
Elle existait certes, avec des sections dans de nombreux pays. Mais nulle part pratiquement ces sections n'étaient numériquement nombreuses, ce qui n'était pas très grave, mais nulle part liées aux masses, ce qui l'était plus.
Il fallait la créer cependant, cc n'était pas une erreur, car il était nécessaire de proclamer aux yeux de tous les travailleurs la valeur de l'Internationalisme devant les trahisons nationalistes et chauvines des partis staliniens et sociaux-démocrates.
La guerre mondiale ne pouvait pas manquer de provoquer une situation, une crise révolutionnaire, Il fallait que les masses aient un drapeau internationaliste auquel se rallier. A Zimmerwald et à Kienthal les internationalistes avaient, durant la première guerre mondiale planté les jalons d'une future Internationale. Là, les militants de la IVème Internationale s'y prenaient à l'avance et ils ne pouvaient pas ne pas le faire !
Cela eut été un renoncement aux responsabilités de l'heure. Cela devait être fait indépendamment du succès escompté à court terme. Car pour Trotsky et ses camarades il fallait répondre présent aux tâches du moment et non pas attendre des jours meilleurs pour faire leur devoir vis-à-vis de leur classe.
Si Trotsky n'avait pas créé la IVème Internationale, Isaac Deutscher lui aurait certainement décerné un satisfecit, mais ni nous, ni vous ne serions ici aujourd'hui.
L'assassinat de Léon Trotsky deux ans plus tard fut une perte irréparable pour le mouvement ouvrier en général et la IVème Internationale en particulier.
De son vivant Trotsky réussissait à maintenir le mouvement trotskyste dans une cohésion très relative dans le domaine politique. Il représentait à lui seul l'acquis théorique d'un demi-siècle de luttes ouvrières et de révolution. Il était, sans vouloir vexer personne, la seule tête théorique de la IVème Internationale et sa direction. Et de plus, il masquait de sa personne l'opportunisme plus ou moins latent des sections.

ET MAINTENANT ?


La IVème Internationale n'a pas joué pendant et après la guerre de rôle déterminant. Il y a quinze ans qu'elle s'est effondrée complètement.
Aujourd'hui, une pluralité de groupes se réclament d'elle, plus ou moins juste titre.
En France, deux groupes affirment représenter des tendances de la IVème Internationale, et deux autres affirment être la IVème Internationale.
Tout d'abord le Parti Communiste Internationaliste (Section française de la IVème Internationale) dont le secrétaire est le camarade Pierre Frank.
Nous sommes en désaccord avec ces camarades sur un grand nombre de points politiques. Nous formulons des appréciations différentes sur le stalinisme, les pays du Tiers-Monde (Cuba, Algérie) et sur les points tactiques qui en découlant comme, par exemple, notre intervention dans les entreprises.
De plus, ces camarades se parent du mythe d'une Internationale qui n'existe plus que dans leur tête, et de leur trentaine de sections qui, bien entendu, se renforcent de Congrès Mondial en Congrès Mondial, et dont le niveau théorique et la maturité ne cessent de s'améliorer.
Ceci pourrait passer pour une douce lubie sans gravité si, au nom d'une fantomatique Internationale, ces camarades n'imposaient aux groupes qui s'y rattachent ou qui voudraient s'y rattacher une discipline qui, elle, est bien réelle.
Donc les désaccords sont trop profonds, et ils ne font même que s'accroître, pour qu'un travail en commun soit envisageable.
De ce groupe sont issues deux autres tendances :
La première le P.C.R.(t), - IVème Internationale - rattachée à l'ex-bureau-Latino Américain de la IVème et dont le militant le plus connu est Posadas. Il a rompu avec la tendance Frank en 1962.
Il nous est très difficile de porter un jugement sur ces camarades car si nous possédons un certain nombre de textes authentifiés comme provenant du P.C.R.(t), d'autres ressemblent fort à des canulars et pour ces derniers nous serions obligés de quitter le terrain de l'analyse politique pour aborder de plein pied celui, combien plus délicat, de l'analyse psychanalytique.
Prenons à titre d'exemple la dernière brochure attribuée au camarade Posadas :
"Le rôle des militaires anti-impérialistes, et révolutionnaires, le rôle des trotskystes, le programme et "les tâches durant et après la guerre atomique".
Le titre est déjà tout un programme. Incontestablement ce camarade voit loin. Les problèmes de la guerre atomique lui semblent familiers. La guerre atomique, dit-il en substance, sera défavorable à la bourgeoisie, car non seulement il y a déjà 14 États ouvriers, mais 9 sont en formation : Zanzibar, Algérie, Irak, Egypte, Mali, Guinée, Cambodge, Laos, Birmanie. Il aurait pu également ajouter la principauté de Monaco, la Commune libre de Montmartre et l'île de Ré, et s'il ne l'a pas fait, ce ne peut être que par oubli.
Autre problème de la plus grande importance que va poser la guerre atomique, celui de l'échange :
"Un des problèmes essentiels qui va se poser dans la guerre atomique sera comment échanger ? Sur quelle base ? Celui qui voudra des chaussures dira : Pourquoi me donner de l'argent alors que je ne peux rien acheter avec celui-ci ?"
Et pour garder les pieds sur terre, il termine par des conseils aux militants. Il faut
"Chercher à se prémunir par avance et pendant la guerre au moyen de tout ce qui sera possible en vue de combattre la radio-activité (mais ne pas suivre ceux qui disent qu'il faut se mettre dans une cave, eux, oui, nous les mettrons dans une cave !)"
Et pour ainsi dire, comme programme minimum, il propose un cours sur la radio-activité.
J'arrêterai là les citations en espérant que les camarades comprendront les faibles possibilités que nous avons de travailler avec les membres réels ou supposés du P.C.R.(t).
Le troisième groupe est celui formé par l'ex-bureau africain de la IVème Internationale et qui s'intitule aujourd'hui "Tendance Marxiste Révolutionnaire de la IVème Internationale".
Son dirigeant est Michel Pablo. Il fut pendant longtemps le théoricien et un des militants les plus représentatifs de 1a IVe Internationale. Il en a été exclu l'année dernière.
Il nous semble que ces camarades quittent de plus en plus le terrain du marxisme. Pour eux, le centre de la révolution s'étant déplacé vers les pays du Tiers-Monde, les masses paysannes prennent la place du prolétariat pour accomplir son rôle historique. Et, au nom d'un anti-dogmatisme, d'une vue pénétrante de dialectique de la réalité du monde moderne, ils écrivent dans leurs thèses intitulées "Le Marxisme et notre Époque" date de Juin 1965 :
"Comme la première guerre mondiale avait clos l'ère de la social-démocratie, et ouvert celle de l'épanouissement de la pensée et de l'action du bolchevisme, ainsi, la dernière guerre mondiale a clos l'ère du marxisme, nourri essentiellement de l'expérience du bolchévisme".
Et plus loin
"L'avenir des forces marxistes-révolutionnaires de la IVème Internationale réside dans leur fusion possible à rechercher avec ténacité, avec des forces révolutionnaires nouvelles, qui sortent essentiellement de la Révolution coloniale et du processus de "déstalinisation" des Etats ouvriers et des Partis Communistes".
Nous laisserons, sans les suivre, ces camarades jeter le bolchevisme par-dessus bord et rechercher, avec ténacité, une alliance avec la petite bourgeoisie coloniale et les staliniens libéraux (qui sont une autre variété de petit-bourgeois).
Quant à nous, fidèles à Lénine et à Trotsky nous continuerons à combattre sur le terrain de la classe ouvrière.
Le quatrième groupe, nous nous excusons de cette énumération laborieuse que nous sommes les premiers à regretter, le quatrième groupe est la section française du C.I. qui édite "la Vérité" et "Informations Ouvrières",
Ce sont de tous les camarades trotskystes les plus proches de nous. Sur un grand nombre de points nous formulons des analyses communes (Cuba, le stalinisme, l'Algérie).
Cependant des divergences existent, non seulement sur des problèmes politiques importants (par exemple la nature de l'Etat dans les pays du glacis et en Chine), mais aussi, et cela est plus grave vue la tâche que nous nous sommes fixés en commun, sur l'appréciation des causes qui entraînèrent la destruction de la IVème Internationale.
Mais nous pensons que ces divergences sont de celles qui peuvent se régler à l'intérieur d'une même organisation internationale.

CONSTRUIRE LA IVème ... MAIS SERIEUSEMENT

Car, répétons-le, une Internationale révolutionnaire est plus que jamais nécessaire. De plus, le fait que ces camarades ne mettent aucun préalable, le fait aussi qu'il ne s'agisse pas d'une adhésion formelle à un bout de la IVème qui se proclame la seule, la vraie, l'authentique direction révolutionnaire du prolétariat, mais qu'il s'agit d'essayer de travailler ensemble, sans s'illusionner sur l'importance de nos forces, nous incite d'autant plus à prendre part à cette conférence.
Mais, bien que la tenue de la conférence constitue un premier pas en avant dans le regroupement d'organisations révolutionnaires, ce premier pas ne garantit nullement le succès de la tentative. Car les organisations du C.I. nous semblent aborder de manière fausse un certain nombre de problèmes et ces fautes risquent de compromettre gravement l'avenir. Nous avons donc l'intention lors de la conférence, de prendre toutes nos responsabilités et de lutter pour que le Comité International corrige ses faiblesses et que, mieux armé, il s'attaque résolument à la tâche qu'il s'est fixé.
Quelle sera la nature de notre intervention ?
1°) Tout d'abord sur le plan théorique il est nécessaire de réanalyser le monde moderne à la lumière de la théorie marxiste. Il ne s'agit pas pour nous de remettre en cause l'analyse de la nature de l'Union Soviétique. Celle qu'en a donné Trotsky est la complète complète faite jusqu'à présent et sa valeur nous parait totale ! Mais le C.I. a hérité d'un certain nombre d'analyses de la IVe Internationale qui elles, nous paraissent radicalement fausses. Et sur le plan théorique, cela conduit ces camarades à d'insolubles contradictions. Par exemple, ces camarades parlent de l'Etat ouvrier chinois et de l'Etat bourgeois cubain. Pourtant, si nous analysons le processus qui a conduit à la formation de ces deux Etats, nous ne voyons aucune différence de nature entre eux. Mais alors que leur analyse de l'Etat cubain s'est faite après leur rupture avec le courant pabliste, leur analyse de la Chine est celle qu'ils ont héritée directement et sans changer une ligne, de la IVème Internationale dite pabliste. Et le fait qu'ils puissent faire coexister deux conceptions d'un même phénomène montre de leur part un manque de rigueur certain dans l'emploi des méthodes d'analyse marxistes, il prouva que ces camarades ne font pas assez attention à la théorie, malgré leurs affirmations.
Et bien longtemps après leur rupture avec Pablo, ces camarades soutiennent encore la théorie des Etats ouvriers dégénérés ou déformés dans le glacis. L'expression figure dans 1a résolution éditée par le C.I.
2°) Ensuite, il est de la plus haute importance d'analyser clairement les causes qui ont conduit à l'échec de la IVème Internationale. C'est la la condition "sine qua non" pour ne pas retomber dans les mêmes erreurs et aboutir aux mêmes échecs. Et l'analyse que donne le C.I. de l'échec de la IVème Internationale est celle aussi d'une certaine insuffisance théorique. Nous lisons entre autres dans le texte du C.I. :
"l'opportunisme petit-bourgeois sous la forme d'une tendance révisionniste cristallisée pénétrant toutes les sections du mouvement trotskyste, a détruit la IVème Internationale... (p. 9), puis, plus loin : "un tel centre (c'est-à-dire le S.I. de Pablo) ne discutait pas des expériences vivantes des sections dans le cours du développement du programme et de la théorie marxiste, mais, au lieu de cela, il laissait les sections sans direction, ou bien intervenait bureaucratiquement (sur la base des statuts les plus "bolchevik") pour imposer une ligne internationale aux sections" (p. 17).
Mais d'où venait cette tendance révisionniste ? Comment a-t-elle pu non seulement se développer, mais aussi triompher dans l'Internationale ? Nous n'avons nulle part une explication satisfaisante de ce phénomène. Les méthodes bureaucratiques de Pablo n'expliquent rien. Une partie des groupes rattachés au Comité International et qui avaient rompu politiquement et organisationnellement avec Pablo en 1953, l'ont rejoint dix ans plus tard, sans pression bureaucratique possible. Une autre explication aussi peu satisfaisante est celle qui énonce que :
"... la dégénérescence révisionniste au sein de la IVème Internationale est un phénomène de classe de caractère international correspondant aux besoins de l'impérialisme dans sa phase ultime de contradictions extrêmes et de dépendance pour sa survie, de la bureaucratie stalinienne, de la social-démocratie et des dirigeants nationalistes" (p. 16).
Faire de la situation objective (la crise de l'impérialisme) une des causes de la destruction de la IVème Internationale, c'est finalement faire endosser ses propres responsabilités à la "situation". Si cela peut expliquer l'apparition d'une tendance petite-bourgeoise dans la IVème Internationale, cela n'explique absolument pas pourquoi cette tendance a rallié à elle la majorité des sections.
Car loin de voir dans le pablisme un corps étranger, pénétrant la IVe Internationale, l'immense majorité des sections a reconnu en Pablo sa propre image. Image petite bourgeoise, bien sûr, opportuniste, bien sûr, mais c'est parce que depuis la mort de Trotsky, la IVème Internationale était une organisation opportuniste et petite-bourgeoise.
Affirmer que l'échec de la IVème Internationale est du à Pablo, à ses méthodes organisationnelles, à sa politique, c'est grandir considérablement son importance. C'est faire de lui une espèce d'escroc politique de génie qui non seulement arriverait à mystifier des centaines de militants révolutionnaires, mais à faire que ceux-ci se transforment, par une "transcroissance sui generis" sans doute, en opportunistes petit-bourgeois, en couverture de gauche de la bureaucratie, en flanc-gardes de la bourgeoisie.
Ces camarades ne voient pas les vrais problèmes car ils se mettent un bandeau sur les yeux. Et ce bandeau s'appelle Pablo. Mais à marcher les yeux bandés, on risque la chute. Et si la cécité de ces camarades persiste, cette chute sera l'échec de notre entreprise commune.
Notre intervention dans cette tentative de réunification consistera donc aussi à tenter d'amener ces camarades à analyser correctement les causes de la dégénérescence de la IVème.
C'est-à-dire que non seulement nous défendrons l'analyse qui est la nôtre et que je viens d'exposer ce soir mais nous défendrons aussi, ce qui en est le corollaire, les méthodes organisationnelles propres à tenter d'écarter des organisations trotskystes les éléments petit-bourgeois et opportunistes.
Lorsqu'une tendance petite-bourgeoise apparut à la veille du la guerre au sein de la section américaine le S.W.P., Trotsky, que personne n'accusera je suppose de sous-estimer l'importance de l'élaboration théorique et politique, conseilla fermement aux trotskystes américains toute une série de mesures organisationnelles pour mettre à l'épreuve les militants d'origine petite-bourgeoise.
Cette préoccupation de se préserver des éléments petit-bourgeois n'apparaît nulle part, et pour cause, dans le texte du C.I. et, de plus, dans le domaine politique, ces camarades font preuve de pratiques opportunistes qui nous procurent de grandes craintes quant au succès de notre entreprise commune.
3°) En effet, le fait qu'ils n'analysent pas correctement les causes de l'échec de la IVème Internationale les conduit naturellement à négliger les symptômes de la maladie qui a fait mourir la IVème Internationale que peuvent présenter leurs propres organisations. Nous négligerons ici les reproches et les critiques qui pourraient paraître polémiques pour ne prendre qu'un exemple.
Manifestement dans la résolution du C.I. un certain nombre de phrases et d'affirmations sont incontestablement le résultat de compromis politiques. Nous dirons même théoriques, en particulier, justement, à propos de l'analyse de la nature des pays du "glacis soviétique". Que des divergences existent au sein du C.I. ou même à l'intérieur des organisations qui y sont affiliées c'est normal. Mais qu'un texte d'orientation soit mi-chèvre, mi-chou pour ne choquer personne, c'est une façon peu sérieuse de procéder, et qui peut être grave pour l'avenir, de deux points de vue différents.
D'abord ce genre de compromis est l'indice d'une certaine façon de poser, ou plutôt de ne pas poser les problèmes politiques. On peut envisager beaucoup de compromis mais certes pas sur plan des idées. On doit exprimer clairement accords et désaccords mais ne pas rédiger un texte qui ne reflète ni la position des uns, ni celle des autres et qui sert à façonner une bien piètre unité de façade. Et qui veut-on, qui espère-t-on tromper ?
D'un autre point de vue, cela est grave pour l'avenir car cela déconsidère du point de vue théorique et du point de vue organisationnel la direction internationale que l'on veut reconstituer. Ce n'est qu'avec beaucoup de rigueur, et aucun compromis de cette sorte, que la future IVème Internationale pourra gagner le crédit politique nécessaire à l'autorité sur toutes les sections. Il faut que cette Internationale puisse être un centre d'attraction, un guide révolutionnaire du monde entier.
La résolution du C.I. ne laisse pas bien augurer de cela et pour gagner et mériter la confiance de tous, à notre avis, ces camarades devront là aussi faire un effort pour écarter de leur méthodologie des pratiques politiques qui ne sont ni marxistes, ni bolcheviques, ni trotskystes.
Notre critique dans ce domaine sera fraternelle et autant que possible constructive car nous sommes les premiers à souhaiter que l'Internationale Révolutionnaire renaisse mais elle sera ferme car il ne faut pas compter sur nous pour accepter des compromis de cette sorte ou même les voir sans les dénoncer.
4°) Tels seront les points essentiels de notre participation à la discussion, Nous ne nous faisons cependant guère d'illusions sur les difficultés de cette reconstruction. Il se peut que très facilement les camarades du C.I. fassent leur l'analyse que nous faisons.
Bien plus difficile sera la mise en accord de la pratique quotidienne avec cette analyse. Les différents groupes de la IVème Internationale ne sont toujours pas implantés réellement dans la classe ouvrière.
La pression de l'entourage petit-bourgeois est toujours aussi sensible que par le passé. Se délimiter de cet entourage est chose bien difficile surtout quand les évènements politiques font que les succès que nos idées rencontrent sont toujours plus grands en milieu intellectuel que dans le milieu des ouvriers d'industrie. Même des pratiques militantes et organisationnelles rigoureuses ne mettent pas à l'abri de cette pression et de ses répercussions politiques. Nous avons nous-mêmes à le vivre tout les jours.
Mais une chose est certaine et nous pouvons malheureusement le dire avec la même assurance qu'en 1944 :
Si les militants et les organisations du C.I. ne se penchent pas immédiatement sur ces questions en se, donnant les moyens moraux et matériels de les régler, leur tentative, et la notre donc, car nous sommes solidaires, sera un nouvel échec.
Il faudra attendre plusieurs années encore pour que, dans différents pays, de nouvelles générations venues au trotskysme dans d'autres conditions peut-être, reconstruisent pour de bon une Internationale Révolutionnaire qu'il faudra très certainement appeler Vème Internationale car elle consacrerait l'échec définitif de toute une génération de militants.
Nous ne le souhaitons pas. Nous espérons militer suffisamment sérieusement pour être un facteur suffisant pour que cette tentative-ci soit la bonne.


alexi

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  verié2 le Lun 24 Oct - 13:44

Ce texte est intéressant et comprend de nombreuses critiques tout à fait justes des diverses tendances trotskystes, en particulier de l'opportunisme nationaliste pendant la seconde guerre mondiale. (Ne parlons pas des Posadistes, qui n'ont plus qu'un intérêt anecdotique aujourd'hui...)

Mais, quand VO - future LO - cherche les causes de l'échec de la IVème IC, elle pointe les méthodes organisationnelles :

C'est-à-dire que non seulement nous défendrons l'analyse qui est la nôtre et que je viens d'exposer ce soir mais nous défendrons aussi, ce qui en est le corollaire, les méthodes organisationnelles propres à tenter d'écarter des organisations trotskystes les éléments petit-bourgeois et opportunistes.

Même si la critique des méthodes organisationnelles de certaines organisations trotskystes peut être juste, leur accorder la vertu potentielle de protéger un courant contre l'opportunisme, voire considérer qu'elles seraient la cause fondamentale de l'échec mondial de la IVème IC, à savoir son incapacité complète à jouer le moindre rôle significatif dans la lutte de classes, relève tout simplement de l'idéalisme !
(On peut d'ailleurs remarquer que les méthodes de VO/LO ne l'ont pas prémunie contre l'opportunisme dans divers domaines : concessions au discours sécuritaire, caution à certaines campagnes islamophobes, alliances sans principe aux municipales etc.)

A aucun moment, ce long texte n'envisage que l'échec de la IVème internationale puisse être la conséquence d'une période contre-révolutionnaire suivie d'une période d'expansion sans précédent du capitalisme, alors que Trotsky pensait créer cette IVème IC en vu d'une prochaine vague révolutionnaire où elle ferait figure de direction de rechange.

Non seulement ce texte ne remet pas en cause l'analyse de l'URSS, bien qu'il se distingue des autres courants trotskystes en refusant de considérer la Chine, la Yougoslavie, Cuba etc comme des Etats ouvriers, mais il affirme que le courant dont il est le plus proche est celui des Lambertistes, futur PCI/PT. Or, un des axiomes de ce courant (que ses méthodes d'organisation rigides n'ont non plus pas préservé contre l'opportunisme, c'est le moins qu'on puisse dire...) est la fameuse affirmation, reprise du Programme de Transition, selon laquelle "les forces productives ont cessé de croître". Cette question ne semble pas poser de problèmes à VO, alors que c'est en réalité la clé de la compréhension de l'évolution du monde et de l'impossibilité pour un courant révolutionnaire de se développer dans le cadre d'une expansion de l'économie capitaliste à un rythme sans précédent.

Bref, ce texte, malgré sa lucidité sur certains points, porte en germe toute la faiblesse et la sclèrose théorique ultérieure du courant VO/Lutte Ouvrière...

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  stef le Ven 11 Nov - 14:58

Contrairement à ce que raconte verie2, ce texte est une immense saloperie, utilisant la méthode bien connue de la falsification par omissions. Du grand Barcia, donc.

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  Vals le Ven 11 Nov - 15:40

stef a écrit:Contrairement à ce que raconte verie2, ce texte est une immense saloperie, utilisant la méthode bien connue de la falsification par omissions. Du grand Barcia, donc.

Et ça, c'est de la belle et grande démonstration !!!! No
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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  stef le Sam 12 Nov - 0:24

T'inquiètes, j'y viens.
Ce texte a été publié sur marxists.org. Quiconque connait l'histoire du trotskysme français ne peut qu'être profondément profondément choqué (litote) par ce qui y est écrit, justement à cause de son unilatéralisme.

Ce qui est ici important c'est la période de la guerre, durant laquelle le POI aurait donc sombré dans le social-chauvinisme.

Sauf que pour faire avaler cette fable, il faut trier soigneusement les faits.

1/ Il est vrai que le POI était une organisation très faible politiquement, et très peu en lien avec le mouvement ouvrier. D'où son effondrement dès le début de la guerre. Ses principaux dirigeants (à commencer par Naville) quittent alors la scène. A cette époque Frank était aussi hors de la IV. Bref ne restent sur le navire que des novices (il n'y aucun mépris dans cette appréciation).
2/ Le rapporteur du CLT (ss doute Barcia) cite des articles, effectivement absurdes politiquement. Mais les prendre pour la position d'un parti fonctionnant réellement et doté d'une réelle direction est une escroquerie. Encore une fois, pour en avoir parlé avec des acteurs de l'époque (aujourd'hui décédés), ces textes furent écrits par des jeunes de 20 ans sans la moindre expérience consistante, de plus coupés de toute liaison internationale qui aurait pu les aider (de fragiles liaisons internationales ne se remettent en place qu'en 1943). Je crois d'ailleurs me souvenir qu'il y eut en 1943 une discussion interne à la IV sur ces erreurs (source : R. Prager). D'où la citation faite par le CLT :
"En ce moment décisif la IVème Internationale regroupe ses forces, corrige ses fautes, à travers une auto-critique "bolchevique"... "
Bref, ces textes furent surtout l'expression d'une organisation décapitée qu'une politique officielle - rappellons qu'on est alors dans un pays soumis à la botte nazie. Mais il est vrai que cette discussion fut menée avec modération : on parlait là de militants qui au sens propre avaient mis leur peau en jeu pour la IV° Internationale.... Pour une fois, je tire un coup de chapeau à Pablo...
3/ Ce qui est le plus dégueulasse dans cette affaire est que le rapport du CLT passe soigneusement sous silence ce que le POI réalisa à partir de la fin 1942.
En fait, ce parti qu'on nous présente comme "chauvin", "d'un opportunisme constant" fut à l'origine d'
un des plus magnifiques exemples de mise en oeuvre d'une politique internationaliste avec la publication du journal "Arbeiter und Soldat". Pour faire vite, en 1941, un militant allemand passé en France, Widelin, sera chargé par le POI de mettre en place un travail en direction des troupes allemandes avec l'aide des militants du POI. Ce travail, centré sur la région de Brest, eut un echo jusqu'en Italie. La Gestapo arriva à infiltrer le POI, dont la direction (Hic, Rousset....) finit en camp de concentration. Les militants allemands (une trentaine) furent fusillés. Widelin lui-même fut fusillé en juillet 1944.
4/ Tout ceci ne signifie même pas que je pense que l'activité du PCI ait été correcte en 1944 ou quoi que ce soit. Le PCI était effectivement une organisation hétérogène ou un Lambert pouvait coexister avec un Castoriadis. Mais faire passer les militants de ce parti pour des social-chauvins, alors que tant d'entre eux ont vraiment risqué leur peau pour défendre une politique authentiquement internationaliste, c'est insupportable.
*
Pour le reste, il y aurait sans doute une discussion sérieuse à avoir sur les conditions de la proclamation de la IV° et le lien que ça peut avoir avec la crise récurrente de ses organisations dès 1940 (SWP, POI...).
Mais celle-là justement le CLT l'évite soigneusement.

stef

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  verié2 le Sam 12 Nov - 16:11


Stef
Ce qui est le plus dégueulasse dans cette affaire est que le rapport du CLT passe soigneusement sous silence ce que le POI réalisa à partir de la fin 1942.
En fait, ce parti qu'on nous présente comme "chauvin", "d'un opportunisme constant" fut à l'origine d'
un des plus magnifiques exemples de mise en oeuvre d'une politique internationaliste avec la publication du journal "Arbeiter und Soldat".
Le courant VO-LO n'a jamais cherché à dissimuler cette action du POI. J'ai le souvenir de l'avoir entendu raconter maintes fois par des copains de LO quand j'ai rejoint cette organisation.

La thèse que tu défends, Stef, est que les textes officiels de la IV, à cette époque, en particulier celui, fameux, préconisant "l'alliance avec les bourgeois pensant français", ont été rédigés dans la clandestinité, donc dans des conditions très difficiles, par de jeunes camarades isolés. Il n'empêche que ces textes existent, qu'ils représentaient la "ligne officielle" de la IV à cette époque, et que les actes héroïques comme celui cité plus haut ne peuvent pas suffire à les annuler.

D'une manière générale, il y a tout de même des divergences assez nettes entre le courant LO-VO et la IV (ou une partie de la IV) sur :
-L'appréciation de la 2ème guerre mondiale, guerre inter-impérialiste ou guerre antifasciste. Donc l'appréciation de la résistance nationaliste dirigée par les PC qui se sont mis à la remorque d'une fraction de leur bourgeoisie et des impérialismes anglo-saxons.
-L'appréciation du rôle historique du stalinisme. Qui aurait été suffisamment "progressiste" pour instaurer des "Etats ouvriers mal formés". Ce qui aurait justifié d'entrer dans les PC, à l'approche d'une 3ème guerre mondiale, dans la mesure où il était trop tard pour construire des partis révolutionnaires.

Ces divergences ont perduré jusqu'à nos jours, du moins en ce qui concerne l'appréciation du stalinisme et des mouvements de résistance. Récemment, dans une réunion du NPA, j'ai entendu des camarades vanter le programme de la résistance et les acquis de la libération sans être contredits par beaucoup de monde.

Je ne suis pas un spécialiste de l'histoire du trotskysme dans cette période, mais je n'ai pas l'impression que le texte du CLT mis en ligne, qu'il ait été ou non rédigé par Barcia/Hardy, soit falsificateur. Il est polémique, certes, et sans nuances à l'égard de la IVème qui a compté nombre de militants courageux, notamment de militants ouvriers, dans cette période et celle qui a suivi. Les quelques militants de VO présents dans les entreprises, dont Bois chez Renault, n'étaient pas seuls. Ils étaient certainement même moins nombreux que les militants de la IV. Donc ce texte tire peut-être la couverture, comme cela se fait souvent dans les polémiques, il simplifie peut-être beaucoup, en omettant par exemple des prises de position de La Vérité au moment des bombardements et du débarquement américain, mais parler de "falsification" me semble excessif.

D'ailleurs tu écris toi même :

Tout ceci ne signifie même pas que je pense que l'activité du PCI ait été correcte en 1944 ou quoi que ce soit

Donc, il y a eu pour le moins des "flottements" et des "dérives". Donc tu reproches à ce texte d'assimiler l'ensemble de l'action de la IV à ces "dérives". Tout dépend donc quelle importance ont pris ces dérives et si elles ont été rectifiées. Le fameux passage sur les "bourgeois pensant français" a été, si j'ai bonne mémoire, dénoncé après la guerre. Mais, globalement, il me semble que les positions de la IV ont été très fortement marquées par son appréciation du stalinisme.

Tu connais semble-t-il bien ces questions. Je lirai tes précisions et explications avec le plus grand intérêt.

verié2

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  Giaches_de_Wert le Sam 12 Nov - 17:10

"Arbeiter und Soldat" fut une action courageuse mais on peut sans doute lui appliquer d'autres qualificatifs.
Qu'elle fût internationaliste est une autre histoire. Des militants se réclamant de la "Résistance" s'adressant aux soldats allemands
c'était suicidaire, aussi politiquement.

Quant à la réalité de l'organisation ayant politiquement failli aux débuts de la guerre, l'élaboration de
ses errements nationalistes est attribué à Marcel Hic (25 ans en 1940).

Ce qu'en dit R. Prager dans sa biographie :

À la fondation du Parti ouvrier internationaliste, le 2 juin 1936, Marcel Hic devint membre du Comité central et appartint au comité de rédaction de l’hebdomadaire La Lutte ouvrière dont il fut le gérant d’avril à juin 1938. Il fut reconduit dans ses fonctions aux IIe et IIIe congrès du POI, en novembre 1937 et en janvier 1939. Il collabora également à la revue Quatrième Internationale. Le 3 septembre 1938, il assista à la conférence de fondation de la IVe Internationale et y remplit la fonction de secrétaire.

En 1938-1939, Marcel Hic fut l’un des plus résolus adversaires de l’adhésion collective du POI au Parti socialiste ouvrier et paysan de Marceau Pivert, dans une conjoncture où « le problème de la guerre domine tout », à ses yeux. Il exposa son point de vue dans une lettre adressée, le 8 décembre 1938, au Comité exécutif de la IVe Internationale qui, avec Trotsky, fut en faveur de « l’entrisme ». De même, il fit des observations critiques à l’égard de l’article de Trotsky : L’Heure de la décision approche (Bulletin intérieur du POI du 5 février 1939). Refusant de s’incliner devant la mise en demeure internationale de rejoindre le PSOP, en juin 1939, assortie d’une mesure de dissolution du POI, Marcel Hic se trouva en rupture de fait avec la IVe Internationale à l’approche de la guerre. Il anima jusqu’en mai 1940 un petit groupe informel de jeunes militants, dont Gérard Bloch, Maurice Laval et Lucienne Abraham (Michèle Mestre), très actifs au sein des Auberges de jeunesse. N’étant pas mobilisable pour raison de santé — il fit un séjour au sanatorium de Saint-Hilaire du Touvet (Isère) — son camarade et ami Élio Gabaï, journaliste à l’agence Havas, put le faire engager à l’agence, début septembre 1939, comme rédacteur-traducteur italien et allemand. Auparavant, il fut répétiteur, en 1938-1939, au cours secondaire « Godechoux ».

À l’approche de la Wehrmacht de Paris, le personnel de l’agence Havas fut replié à Tours, à Bordeaux puis à Clermont-Ferrand. De retour à Paris en juillet 1940, Hic œuvra au plus vite au rassemblement des trotskistes désunis et dispersés. Il réalisa la fusion avec le Comité de la IVe Internationale dirigé par Craipeau, reconnu par le Secrétariat international siégeant à New York. Le retour d’un certain nombre de dirigeants et de cadres démobilisés ou sortis de prison, ayant appartenu à l’ancienne majorité non-entriste du POI, assura une prééminence aux positions défendues par Hic. Intellectuel brillant, d’une solide culture marxiste, il fut, au long des années de la guerre, l’âme du mouvement, ce qui a fait dire qu’il en était le secrétaire général, bien que ce titre n’existât pas. Le cours qu’il imprima aux Comités pour la IVe Internationale, nouvelle appellation de l’organisation, d’inspiration nettement nationaliste en 1940-1941, au plus creux de la vague, provoqua de vives réactions internes. Il s’accorda à reconnaître, en 1943, que des formulations incorrectes ou équivoques avaient été mises en avant.


On le voit ce n'était pas tout-à-fait un nouveau venu, pas plus que Henric, Craipeau, etc.
Il mourut, en déportation, en décembre 1944.

Ce n'est pas par les commentaires de VO qu'un militant internationaliste doit être choqué, mais par la dérive nationaliste qu'ils critiquent.

Giaches_de_Wert

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  stef le Dim 13 Nov - 12:11

Giaches_de_Wert a écrit:"Arbeiter und Soldat" fut une action courageuse mais on peut sans doute lui appliquer d'autres qualificatifs.
Qu'elle fût internationaliste est une autre histoire.

Décidément, tout est permis sur ce forum. Total dégoût.
(Vérié : je te réponds - sur un autre ton - dès que j'aurai un moment. Ceci dit, tout est dispo dans le livre de Craipeau, "contre vents et marées", si tu n'apprécies pas les travaux de JJ Marie Very Happy )

stef

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  stef le Dim 13 Nov - 15:45

Vérié

Je ne réponds ici qu'à un seul point par manque de temps.
Tu m'interroges :
tu reproches à ce texte d'assimiler l'ensemble de l'action de la IV à ces "dérives". Tout dépend donc quelle importance ont pris ces dérives et si elles ont été rectifiées.

Eh bien, comme tu le sais, la politique de la IV fut définie dans le Manifeste d'alarme de la IV° Internationale qu'on peut résumer par la formule : "ce n'est pas notre guerre".

Cette politique a été mise en oeuvre. Aux USA, la direction de la section, le SWP, passa en procès (et ses dirigeants finirent en prison). Voici comme parlait Cannon à son procès :

M. Goldman – M. Cannon, voulez-vous nous dire la position du Socialist Workers Party sur les causes des guerres modernes ?
- Les guerres modernes, dans l'opinion de notre parti, sont causées par le conflit entre nations impérialistes pour les marchés, les colonies, les sources de matières premières, les champs d'investissement et les sphères d'influence.
M. G. – Que voulez-vous dire par "impérialiste" M. Cannon ?
- Ces nations capitalistes qui exploitent, directement ou indirectement, d'autres pays.
M. G. – Quel est la position du parti sur le côté inévitable des guerres dans le système capitaliste ?
Tant que le système capitaliste subsiste, et avec lui ces conditions que j'ai mentionnées, et qui découlent automatiquement du système capitaliste et impérialiste, des guerres, des guerres périodiques sont inévitables.
M. G. – Et est-ce que l'opposition de quelqu'un, y compris l'opposition du Socialist Workers Party, à la guerre, peut empêcher les guerres sous le système capitaliste ?
- Non. Notre parti a toujours déclaré qu'il est impossible d'empêcher les guerres sans abolir le système capitaliste qui nourrit les guerres. 1l peut être possible de retarder une guerre un moment, mais finalement il est impossible d'empêcher les guerres tant que ce système. et ses conflits entre nations impérialistes, subsistent.
M. G. – Alors, il est vrai que le parti pense que les guerres sont causées par des conflits économiques internationaux, et non par la bonne ou la mauvaise volonté de quelques peuples ?
- Oui. Cela n'élimine pas la possibilité d'attaques imprévues, causées par les actes de tel ou tel groupe dirigeant d'un pays ou d'un autre ; mais fondamentalement, les guerres sont causées par les efforts de toutes les puissances capitalistes pour obtenir d'autres espaces pour se développer. La seule façon pour eux de les obtenir, c'est de les prendre à une autre puissance, parce que le monde entier a été partagé entre un petit nombre de puissances impérialistes. C'est ce qui conduit aux guerres, sans aucun souci de la volonté du peuple.
Nous ne prétendons pas que les groupes dirigeants d'une quelconque des puissances impérialistes actuellement en guerre désiraient vraiment la guerre. Nous avons déclaré de nombreuses fois qu'ils auraient été heureux de l'éviter ; mais ils ne pouvaient pas à la fois l'éviter et maintenir le système capitaliste dans leur pays.
M. G. – Quelle est l'attitude du parti envers une guerre qui est définie comme une guerre impérialiste ?
- Notre parti est inébranlablement opposé à toutes les guerres impérialistes.
M. G. – Et quelle est la signification de cette opposition aux guerres impérialistes ?
- Nous voulons dire par là que nous ne soutenons aucune guerre impérialiste. Nous ne votons pas pour elle ; nous ne votons pas pour quiconque en est le promoteur ; nous ne parlons pas en sa faveur ; nous n'écrivons pas en sa faveur. Nous sommes en opposition avec elle.
M. G. – Comment le Socialist Workers Party s'oppose-t-il à l'idée de l'entrée des Etats-Unis dans la guerre ?
- Nous faisons comme tous les autres partis pour promouvoir ses idées sur n'importe quel sujet de politique extérieure. Nous écrivons contre dans le journal ; nous parlons contre ; nous essayons, dans chaque organisation à laquelle nous avons accès, de créer un mouvement d'opinion en faveur de l'adoption de résolutions contre la guerre. Si nous avions des membres au Congrès, ils parleraient au Congrès, au Sénat, contre elle. D'une manière générale, nous menons une agitation politique publique contre l'entrée des Etats-Unis dans la guerre, et contre toute mesure, qu'elle soit prise par l'exécutif ou par le Congrès, qui, de notre point de vue, mène à une participation active à la guerre.
M. G. – Que voulez-vous dire par "active" ?
- Par exemple, toutes ces mesures qui ont été prises, qui mènent les Etats-Unis à la guerre de fait, sans déclaration de guerre formelle.
M. G. – Quelle était la position du parti sur la question de l'amendement à la Constitution donnant au peuple le pouvoir de déclarer la guerre ?
- Depuis un bon moment maintenant, nous soutenons la proposition qui fut introduite au Congrès par, je crois, le représentant Ludlow, et qui est connue comme étant l'amendement Ludlow, proposition d'amendement à la Constitution exigeant un référendum du peuple pour une déclaration de guerre. Notre parti a soutenu cette proposition et, à plusieurs reprises, a mené une agitation très énergique en faveur d'un tel amendement exigeant un référendum du peuple avant qu'une guerre puisse être déclarée.
M. G. – Et est-ce encore la position du parti, M. Cannon ?
- Oui, c'est intégré comme un des points de notre politique pratique quotidienne, dans l'éditorial de notre journal. Si je ne me trompe, cela apparaît dans la page éditoriale comme l'un de nos principes actuels, et de temps en temps paraît un éditorial ou un article visant à réactiver l'intérêt pour cette idée.
M. G. – Si les Etats-Unis entraient dans le conflit européen, quelle forme prendrait l'opposition du parti à la guerre ?
- Nous maintiendrions notre opposition.
M. G. – C'est-à-dire ?
- C'est-à-dire que nous ne deviendrions pas des supporters de la guerre, même après la déclaration de guerre. C'est-à-dire que nous resterions un parti politique en opposition sur la question de la guerre, comme sur d'autres.
M. G. – Vous ne soutiendriez pas la guerre ?
- C'est ce que je veux dire, nous ne soutiendrions pas la guerre, dans le sens politique.

Et cette politique fut réaffirmée lors de la conférence européenne de la IV de janvier 1944, après une première autocritique de Hic (déporté en octobre 1943 lors du démantèlement du travail allemand, donc absent de la suite des débats).

Conclusion de tout ceci
Le CLT ose parler à ce propos de "trahison du mouvement de la IVème Internationale". C'est sans doute ce que retiendront les jeunes militants de LO qui ne détecteront pas les "oublis" de tout ceci.
Je pense avoir montré que
1/ si la politique de la IV est criticable, parler de "trahison" est une pitrerie
2/ que quelles que soient les erreurs de sa direction durant les premiers mois de la guerre (de la fin 1940 au début de 1942), il n'en demeure pas moins que c'est le POI et lui seul qui organisa le plus honorable travail de fraternisation qui fut réalisé en France : Arbeiter und Soldat. Or de cela, le CLT ne dit pas un mot. Je te laisse caractériser ce procédé.


stef

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  Invité le Dim 13 Nov - 17:04

Stef :

C'est marrant de prendre comme source principale pour tes invectives... Yvan Craipeau, qui est justement un des principaux responsable de la politique dénoncée (à tort ou à raison, je parles pas de ça en l'occurrence) par VO et ce CLT. Ça me semble pas spécialement honnête non plus comme façon de procéder.

Après je vais pas discuter du fond du texte, c'est un boulot d'historien pour le coup, qui demanderait une connaissance bien plus profonde des sources que je ne l'ai. Et qui demanderait aussi plus que les échos lointains qu'on a pu te passer de vive voix... aussi précieux que ça puisse être par ailleurs.

Dernière chose, comme le dit verié, l'épisode Arbeiter und Soldat était largement raconté aux jeunes (et moins jeunes sans doute) qui pouvaient côtoyer LO de plus ou moins loin, aussi bien il y a trente ou quarante ans, qu'il y a une dizaine d'années, je peux en témoigner. Il n'y a aucune volonté de cacher cet épisode. Au contraire.

Ce qui, par ailleurs, ne change rien quant aux dérives nationalistes répétées alors de La Vérité.

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  Vals le Dim 13 Nov - 17:18

Dernière chose, comme le dit verié, l'épisode Arbeiter und Soldat était largement raconté aux jeunes (et moins jeunes sans doute) qui pouvaient côtoyer LO de plus ou moins loin, aussi bien il y a trente ou quarante ans, qu'il y a une dizaine d'années, je peux en témoigner. Il n'y a aucune volonté de cacher cet épisode. Au contraire.


Et ça reste vrai aujourd'hui.
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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  Invité le Dim 13 Nov - 17:31

Incidemment cela veut dire qu'à peu près toutes les personnes qui étaient présentes à ce CLT étaient au courant de cet épisode... donc le coup du procès en manipulation ne marche pas vraiment !

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  stef le Dim 13 Nov - 18:34

1/ Y. Craipeau était bien membre du BP du POI durant ces années. Mais, avec M. Gibelin, il était de ceux qui se sont opposés aux dérives de M. Hic. Ma source est le livre de Craipeau - j'admets donc par avance pouvoir être rectifié par un ouvrage plus "neutre" (quoique j'en doute, Craipeau étant réputé pour sa rectitude - sinon sa clairvoyance).

2/ Je veux bien croire que LO parle d'Arbeiter und Soldat à ses militants. Il n'en demeure pas moins que
2.1/ ce texte utilise 24 mois d'activité (criticable) du POI pour parler de "trahison complète de l'internationalisme" (je viens de relire le texte du CLT, c'est l'expression employée) en s'appuyant sur une orientation mise en oeuvre durant moins de 2 ans par une organisation qui mit ensuite en oeuvre A&S.
2.2/ Que ceux qui liront ce texte ne sauront du POI qu'une chose - que c'était une organisation chauvine.

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  verié2 le Dim 13 Nov - 20:03

Stef
ce texte utilise 24 mois d'activité (criticable) du POI pour parler de "trahison complète de l'internationalisme" (je viens de relire le texte du CLT, c'est l'expression employée) en s'appuyant sur une orientation mise en oeuvre durant moins de 2 ans par une organisation qui mit ensuite en oeuvre A&S.

Pour me rafraichir la mémoire, je viens de relire une partie de Les trotskistes pendant la guerre 1940-44 de Jacqueline Pluet-Despatin, une étude relativement complète et précise, évidemment d'un point de vue un peu universitaire.

Le terme "trahison complète" est en effet excessif et polémique. La totalité de la IV ne s'est pas vautrée dans le chauvinisme à la manière de la social-démocratie en 1914. Les divers groupes s'en revendiquant ont oscillé entre des analyses variées de la situation qui ont suscité des pratiques non moins diverses, de la participation à des institutions vichystes (au début) à l'entrée dans des maquis.

Ces positions se caractérisent aussi par leur ambiguité et on sent le malaise des militants, qui s'efforcent de se raccrocher tout de même à des perspectives internationalistes et révolutionnaires. Le trait caractéristique de cette période, c'est tout de même le désarroi du mouvement trotskyste, son incapacité à peser sur la situation et... aussi à la comprendre ! La plupart des pronostics qui concluent les analyses sont faux - et le groupe Barta-Lutte de classe n'échappe pas à la règle.
Ces groupes voient généralement la période d'après guerre comme une période de misère aggravée, de vague révolutionnaire, de guerres civiles voire d'esclavage généralisé. Aucun n'envisage - et comment le leur reprocher ? - la stabilisation et l'expansion du capitalisme. A la fin de la
guerre, beaucoup de trotskystes, dont Barta, pensent que la jonction de l'armée rouge et des prolétariats des pays qu'elle envahit va déclencher une nouvelle vague révolutionnaire.

Contrairement à ce que tu écris, la période de flottement n'a pas duré que deux ans. La pression de la résistance a été très forte sur la plupart des groupes de la IV pendant toute la guerre, que ce soit par volonté de ne pas se couper des masses ou avec l'illusion de transformer le mouvement de résistance armée en mouvement révolutionnaire. Sur ce plan, le groupe Barta est resté bien plus ferme sur les principes, de même qu'il n'a jamais adhéré à la thèse de la libération nationale d'une France devenue un pays colonisé. L'autocritique de la IV est incomplète puisque, plusieurs années après la fin de la guerre, la tactique d'entrisme dans les mouvements de partisans sera toujours soutenue.

Donc, ce qu'on peut reprocher au texte du CLT, c'est en effet de simplifier de façon polémique le travail de l'ensemble des autres militants trotskystes en le résumant à une capitulation chauvine, néanmoins cette critique est effectuée à partir d'une position ferme sur ce terrain dont peut se prévaloir le groupe VO-ex Barta. Sans doute, ce groupe était si petit que son activité se limitait à publier quelques textes et tracts. Par conséquent, cette activité réduite laissait moins de place à l'opportunisme pratique et le protégeait de la pression nationaliste...

En revanche, ce texte ne traite pas du tout des perspectives, des analyses et des pronostics du mouvement trotskyste pendant cette période. Et sur ce dernier plan, l'échec du groupe Barta n'est pas moins patent à mon avis.
__
PS Pour comprendre la façon très polémique dont ce texte traite de la IV, il faut prendre aussi en considération le fait que VO est issue d'un groupe minuscule qui devait justifier son indépendance et son refus d'intégrer une "internationale" qui, bien que très, très faible, avait tout de même une certaine présence dans de nombreux pays. On remarquera que le texte est beaucoup plus indulgent avec les Lambertistes avec qui VO voyait des perspectives de travail commun, d'autant que ces Lambertistes regroupaient une bonne partie des militants ouvriers de la IV qui n'avaient pas accepté la politique d'entrisme "sui generis", car ils se frottaient quotidiennement aux staliniens dans leurs entreprises...

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  stef le Lun 14 Nov - 0:13

L'autocritique de la IV est incomplète puisque, plusieurs années après la fin de la guerre, la tactique d'entrisme dans les mouvements de partisans sera toujours soutenue.

Et je la soutiens toujours !
Sur le fond les maquis étaient le rassemblement des jeunes ouvriers refusant le STO et s'armant pour résister aux nazis. C'est d'ailleurs à cause des risques encourus que De Gaulle et srutout Churchill laissèrent faire la boucherie du Vercors à la fin de la guerre.
Il va de soi que le travail dans ce milieu sur la ligne des milices ouvrières, bref sur une orientation soviétiste, était juste.

En tout cas, tu conviendras aisément que tout ceci n'a rien à voir avec la question du supposé chauvinisme de la IV° Internationale et des militants français.

Ceci étant encore une fois, je n'idéalise ni les uns ni les autres. Je milite surtout pour un peu de décence vis-à-vis de camarades qui ont risqué leur peau pour la IV et qui l'ont souvent laissé...

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  alexi le Lun 14 Nov - 0:17

Stef :
Il n'en demeure pas moins que
2.1/ ce texte utilise 24 mois d'activité (criticable) du POI pour parler de "trahison complète de l'internationalisme" (je viens de relire le texte du CLT, c'est l'expression employée) en s'appuyant sur une orientation mise en oeuvre durant moins de 2 ans par une organisation qui mit ensuite en oeuvre A&S.
2.2/ Que ceux qui liront ce texte ne sauront du POI qu'une chose - que c'était une organisation chauvine..
Cela n'a pas empêché VO d'affirmer dès le départ sa volonté de participer à la réunification des trotskystes MAIS à la condition de faire un bilan de l'activité passée des uns et des autres.
Malheureusement, ce bilan, le POI n'en a pas voulu.

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  stef le Lun 14 Nov - 0:28

Ce bilan a eu lieu lors de la conférence européenne de janvier 1944.
Il y eut même une autocritique écrite signée par Hic en 1943 (Toujours la même source, pour s'éviter d'en utiliser d'autres.).

Ceci étant, si je ne peux supporter de voir les militants du POI traités ainsi, ça ne signifie pas plus que je considère le PCI de 1945, comme l'idéal du parti trotskyste (loin, très loin de là).
Refuser de s'engager dans un tel parti peut se comprendre, c'est certain.
Mais on ne peux pas le faire en utilisant n'importe quel argument.



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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  alexi le Lun 14 Nov - 21:00

Stef :
Ce bilan a eu lieu lors de la conférence européenne de janvier 1944.
Il y eut même une autocritique écrite signée par Hic en 1943 (Toujours la même source, pour s'éviter d'en utiliser d'autres.).
Ce que tu apprécies comme un bilan, ce qui ce discute, c'est fait de toutes les façons entre ceux qui acceptaient la réunification comme préalable à toute discussion.
VO avait, malgré tout, proposé de confronter sa politique passée à celle des autres groupes.
Mais ces derniers ont choisi de pratiquer une réunification et de ne discuter qu'ensuite.
Cette démarche a été considérée comme sans principe par VO.

alexi

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  verié2 le Mar 15 Nov - 13:49


Alexi
Ce que tu apprécies comme un bilan, ce qui ce discute, c'est fait de toutes les façons entre ceux qui acceptaient la réunification comme préalable à toute discussion.
VO avait, malgré tout, proposé de confronter sa politique passée à celle des autres groupes.
Mais ces derniers ont choisi de pratiquer une réunification et de ne discuter qu'ensuite.
Cette démarche a été considérée comme sans principe par VO.
C'est très difficile, un demi siècle plus tard ! d'apprécier les raisons pour lesquelles la réunification ne s'est pas faite. Dans ce genre d'histoire, il y a toujours les motifs officiels et les autres. On n'a jamais vu une organisation (relativement importante, toutes proportions gardées) faire une plate autocritique sur des prises de position remontant à plus de vingt ans, en s'inclinant devant un groupe minuscule pour obtenir la fusion avec celui-ci. C'est un peu comme si la Fraction, pour retourner à LO, lui demandait de faire son auto-critique sur la Russie et les élections municipales. Et pourtant, c'est moins grave que les glissements nationalistes d'une partie des militants de la IV pendant la guerre...

Une chose est certaine : par la suite, en dépit des références communes au socle trotskyste, les divergences se sont avérées très importantes dans la période qui a suivi la guerre, que ce soit sur l'appréciation de la nature des Etats de l'Est ou de la tactique par rapport au stalinisme. Mai 68 et la période de remontée des luttes qui a suivi auraient pu rapprocher les divers courants trotskystes, ça ne s'est pas fait, sauf à quelques occasions comme les élections européennes, en raison des divergences persistantes, mais certainement aussi de logiques d'appareils concurrents.

Il n'en reste pas moins que, bien que peu nuancée, la critique des errements de la IV exprimée dans ce texte, reste fondamentalement juste et on ne peut pas parler de falsification, même si les termes sont sans doute excessifs et leur choix par VO lié à la polémique du moment.

En revanche, comme je l'ai déjà écrit plus haut, les camarades de VO expliquent essentiellement l'échec de la IV par sa coupure du monde ouvrier et ses méthodes d'organisation qui l'ont rendu perméable à l'influence de la petite bourgeoisie. Cette explication est vraiment courte ! VO ne tient compte, ni de la période historique, marquée par de lourdes défaites du mouvement ouvrier (URSS, Espagne, Italie, Allemagne et même France à un niveau moindre), ni des difficultés théoriques à appréhender des faits et des situations inédites. Pour VO, tout est contenu dans les écrits de Trotsky, dont les derniers remontent à trente ans. Point barre. Tous ceux qui ont essayé de réfléchir à des questions et de remettre si peu que ce soit en question certains aspects de ce programme sont passés dans le camp de la bourgeoisie. Nouveau point barre...

Sur les questions concernant les méthodes d'organisation, il est permis de remarquer que si tous les groupes liés à la IV n'avaient été que des dilettantes petits bourgeois, on voit mal comment ils auraient pu mettre sur pied le travail clandestin dans diverses entreprises, où ils étaient beaucoup plus nombreux que le groupe de Barta à la fin de la guerre. On voit mal comment les militants trotskystes boliviens auraient pu jouer un rôle important dans la révolution de 1953, même si leur politique fut criticable.

Sur la question de l'URSS, VO souligne sa volonté de ne pas toucher d'un poil à l'analyse de Trotsky, comme si rien ne s'était passé depuis 1938. VO critique à juste titre l'opportunisme de la IV par rapport à Castro, Mao, Tito etc. Mais VO se trouve placé dans une contradiction insoluble en refusant à la fois de considérer comme "ouvrier" des Etats qui ont nationalisé l'ensemble de leur économie et en refusant de revenir sur l'analyse de l'URSS "Etat ouvrier dégénéré". Cette contradiction a contribué à paralysé toute réflexion de VO-LO et abouti à l'absurdité des positions actuelles de cette organisation qui considère toujours la Russie de Poutine comme un "Etat ouvrier... très dégénéré".


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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  Invité le Mar 15 Nov - 14:08

Là, pour ce qui est de la Russie, tu plaques une partie de tes propres fantasmes sur la réalité.

LO dit, comme l'essentiel de la presse bourgeoise d'ailleurs (j'entendais ça sur France Culture y a quelques semaines encore de la part d'une expatriée française qui vivait en Russie depuis une vingtaine d'année ; c'est pas un gage de qualité, mais comme t'as l'air d'aimer les "évidences", comme le laisse supposer le ton de ta conclusion...), que la Russie n'est pas rentrée complètement dans le capitalisme et qu'il y a une force d'inertie assez incroyable qui a permis le maintien de certaines formes sociales qui existaient avant l'explosion du bloc soviétique.
Ce qui est d'ailleurs assez normal.

Surtout LO n'a jamais vu l'urgence à se gausser de nouveaux mots pour désigner telle ou telle réalité supposée nouvelle... surtout quand les choses évoluaient lentement. Oui, la Russie va vers une intégration complète dans le capitalisme ; non, c'est pas fait.Et LO, hors de tous liens réels et affermis avec la CO, hors de toute période permettant justement de faire des démonstrations politiques plus importantes (et d'autant plus VO qui était groupusculaire), n'a jamais considéré particulièrement utile de se noyer dans la remise en cause théorique systématique de tout et n'importe quoi. Il n'a jamais été question de prendre tous les textes de LT pour parole d'évangile... VO-LO ne considérait simplement pas avoir les moyens de remettre tout ça à plat, ni -surtout- que ce soit la tâche prioritaire...
Pour ce que ça a donné pour les autres, c'est pas plus mal !

Maintenant, si tu trouves un seul texte où LO parle de la Russie comme "d'Etat ouvrier très dégénéré", tu me fais signe !

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  gérard menvussa le Mar 15 Nov - 14:22

la Russie n'est pas rentrée complètement dans le capitalisme et qu'il y a une force d'inertie assez incroyable qui a permis le maintien de certaines formes sociales qui existaient avant l'explosion du bloc soviétique.
Tiens, ça c'est curieux ! J'aimerais bien savoir quelles sont les "formes sociales" (a part le fait que le FSB continue le KGB "en mieux") !

Surtout LO n'a jamais vu l'urgence à se gausser de nouveaux mots pour désigner telle ou telle réalité supposée nouvelle

Encore heureux que LO n'ai pas vu le jours en 1917, ils auraient mis trente ans a "mettre des mots" devant "telle ou telle réalité" ! Les bolcheviques ? C'est une nouveauté dont on se demande ce qu'elle cache !
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Message  stef le Mar 15 Nov - 14:31

Il n'en reste pas moins que, bien que peu nuancée, la critique des errements de la IV
Tiens donc. Quels sont ces errements ?
La politique de Cannon te poserait donc problème ?

Jusqu'ici j'avais juste lu que la politique du POI était "une trahison complète".

Quelle rigueur politique !

Quant à gadès, qui nous explique :
la Russie n'est pas rentrée complètement dans le capitalisme et qu'il y a une force d'inertie assez incroyable qui a permis le maintien de certaines formes sociales qui existaient avant l'explosion du bloc soviétique
Pourrait-il éclairer ma lanterne ? Quelles sont ces "certaines formes" qui autoriseraient à penser que le capitalisme n'a pas été restauré lorsque l'URSS a implosé ?

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Re: les trotskystes pendant la seconde guerre mondiale

Message  verié2 le Mar 15 Nov - 15:33

Stef
La politique de Cannon te poserait donc problème ?
Encore une fois, je ne suis pas un spécialiste de la politique de la IV pendant cette période. Ce que j'ai lu de la politique de Cannon, son attitude et ses déclarations lors de son procès, me semblent corrects et courageux. Donc, sous réserve d'éléments qui contrediraient ces prises de position, je suis d'accord avec toi sur Cannon. Mais ça ne dédouane pas la IV des positions prises par une partie de ses militants sous l'occupation.
Donc - toujours sous réserve - il semble qu'il aurait fallu faire la distinction entre la politique de Cannon et d'autres militants, d'un côté, et les dérives d'autres militants.

Gadès
pour ce qui est de la Russie, tu plaques une partie de tes propres fantasmes sur la réalité.
Ne te croyant pas malhonnête, je suppose que tu es mal informé. La position officielle de LO est toujours que la Russie est un "Etat ouvrier (très) dégénéré". Certes LO assortit cela de diverses considérations et évite de le dire ouvertement trop fréquemment, visiblement embarrassée, mais c'est sa position. Pose la question si tu en doute.

Gadès
la Russie n'est pas rentrée complètement dans le capitalisme et qu'il y a une force d'inertie assez incroyable qui a permis le maintien de certaines formes sociales qui existaient avant l'explosion du bloc soviétique.
Cette façon de présenter les choses illustre bien de quelle façon la sclérose théorique de LO, son blocage sur cette question, la conduit à un éclectisme qui n'a plus rien à voir avec les principes fondamentaux du marxisme.
Je m'explique.
Au cours de la discussion avec la tendance "Capitaliste d'Etat" qui devait être exclue en 1974, la direction de LO soulignait qu'un Etat pour changer de nature doit être détruit.Ce qui ne peut se faire que par la violence. Sinon, vous êtes des "réformistes à l'envers". "Donnez nous la date de la contre-révolution" était un argument massue aux yeux de ces camarades. LO expliquait aussi, à juste titre, à propos des Etats des pays de l'Est, de Cuba, de la Chine, que ce n'est pas la nature de l'économie qui fait la nature de l'Etat, mais son origine, la classe qui l'a construit et le contrôle etc.

Or voici maintenant que tu nous expliques que l'Etat serait toujours "ouvrier" ou "un peu ouvrier" en URSS parce-que subsistent certaines formes d'organisation sociale mises en place pendant la période soviétique, sous Staline d'ailleurs et non sous Lénine pour être précis. Mais ça ne nous dit rien de l'Etat lui même ! Un Etat, c'est un appareil composé de bureaucrates et de bandes armées au service d'une classe sociale dominante. Au début de la révolution française, sous l'Empire et même sous la troisième république subsistaient toutes sortes de formes d'organisation sociale remontant à l'ancien régime. Il n'empêche que l'Etat était bourgeois et non pas un peu bourgeois/un peu féodal (même sous la monarchie de Juillet) !

Bref, aujourd'hui, LO, qui n'a jamais reconnu une seule erreur dans son existence ! est prisonnière de ses analyses passées, auxquelles elle se garde d'ailleurs de faire des références précises, de crainte de mettre en lumière leur incohérence avec ses positions d'aujourd'hui. Ce qui aboutit inévitablement à une grande confusion dans les têtes des militants, comme Gadès vient de nous le montrer...

En réalité, l'Etat ouvrier s'est effondré dès les années vingt, quand les soviets et comités d'usine ont laissé la place à un énorme appareil bureaucratique, la bourgeoisie n'a pas eu besoin de le détruire comme elle a détruit la commune. Si on tient à une date, on peut l'établir entre 1924 et 1928, avec l'adoption de la théorie nationaliste bourgeoise du "socialisme dans un seul pays" et l'éviction des derniers militants internationalistes. Mais la contre-révolution se poursuivra encore dans les annes trente, pour exterminer les communistes fidèles à leur idéal et mettre complètement le prolétariat au pas - son niveau de vie va terriblement chuter à cette époque.

Cette analyse, dont Tony Cliff fut l'un des défenseurs, quoi qu'on puisse penser d'autres aspects de ses positions, me semble beaucoup plus juste que celles (Majorité du mouvement trotskyste et ex Fraction de LO) qui voient une contre-révolution bourgeoise en 1991, alors que l'appareil d'Etat est resté rigoureusement le même sous Brejnev, Gorbatchev, Eltsine, Poutine.


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Message  stef le Mar 15 Nov - 16:56

Encore une fois, je ne suis pas un spécialiste de la politique de la IV pendant cette période. Ce que j'ai lu de la politique de Cannon, son attitude et ses déclarations lors de son procès, me semblent corrects et courageux. Donc, sous réserve d'éléments qui contrediraient ces prises de position, je suis d'accord avec toi sur Cannon. Mais ça ne dédouane pas la IV des positions prises par une partie de ses militants sous l'occupation.

Pardon d'insister.
Mais
1/ Personne ne te demande de "dédouaner" les militants du POI. Le bilan des erreurs fut tiré. On peut le juger insuffisant, et tout ce qu'on veut (c'est légitime) mais il existe. Donc la première chose à faire si on veut s'en prendre au POI, c'est de dire en quoi ce bilan est lacunaire. Ce n'est pas ce que fait LO qui passe sous silence cette autocritique. Autre problème.
2/ De toutes façons, comme tu sembles le comprendre, ces évènements concernent le POI et certainement pas la IV° Internationale. Donc la généralisation faite par le CLT est là aussi injustifiée.

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Message  Invité le Mar 15 Nov - 17:49

gérard menvussa a écrit:
la Russie n'est pas rentrée complètement dans le capitalisme et qu'il y a une force d'inertie assez incroyable qui a permis le maintien de certaines formes sociales qui existaient avant l'explosion du bloc soviétique.
Tiens, ça c'est curieux ! J'aimerais bien savoir quelles sont les "formes sociales" (a part le fait que le FSB continue le KGB "en mieux") !

stef a écrit:
la Russie n'est pas rentrée complètement dans le capitalisme et qu'il y a une force d'inertie assez incroyable qui a permis le maintien de certaines formes sociales qui existaient avant l'explosion du bloc soviétique
Pourrait-il éclairer ma lanterne ? Quelles sont ces "certaines formes" qui autoriseraient à penser que le capitalisme n'a pas été restauré lorsque l'URSS a implosé ?

J'y reviendrai quand j'aurai un poil plus de temps (faudrait que je retrouve les articles de presse qui permettent d'étayer tout ça), mais ce dont je discute en fin de compte, c'est ce que dit... verié : "l'appareil d'Etat est resté rigoureusement le même sous Brejnev, Gorbatchev, Eltsine, Poutine".
Et j'ajoute en prime qu'il n'y a pas que l'appareil d'Etat qui est resté, par bien des aspects, similaire, mais de nombreuses autres formes sociales (la centralité de certains centres de production, par exemple, dans la vie collective, pour la prise des repas, la santé, etc. quant bien même la production peut -pouvait- bien souvent être ridiculement basse et inutile : mais le capitalisme comme rapport social n'a pas encore rempli l'ensemble des interstices de la vie privée et publique).
Même si tout ça tend a disparaître, il y a là un processus "qui va vers" -et qui devient de plus en plus réduit, et bientôt anodin-, pas une rupture franche et nette qui permettrait de dire "avant 91, c'est ça ; après, c'est ça".

gérad menvussa a écrit:
Surtout LO n'a jamais vu l'urgence à se gausser de nouveaux mots pour désigner telle ou telle réalité supposée nouvelle

Encore heureux que LO n'ai pas vu le jours en 1917, ils auraient mis trente ans a "mettre des mots" devant "telle ou telle réalité" ! Les bolcheviques ? C'est une nouveauté dont on se demande ce qu'elle cache !

Ça n'a strictement rien à voir.
L'urgence politique de la question, la situation des organisations, le contexte général, la capacité militante, etc. : rien n'a à voir !
La comparaison est complètement hors de propos.

verié2 a écrit:
Gadès a écrit:
pour ce qui est de la Russie, tu plaques une partie de tes propres fantasmes sur la réalité.
Ne te croyant pas malhonnête, je suppose que tu es mal informé. La position officielle de LO est toujours que la Russie est un "Etat ouvrier (très) dégénéré". Certes LO assortit cela de diverses considérations et évite de le dire ouvertement trop fréquemment, visiblement embarrassée, mais c'est sa position. Pose la question si tu en doute.

C'est gentil de me croire honnête, même si ça me fait une belle jambe : tu pourras cependant te passer de ce genre de sous-entendus dans une discussion à l'avenir.
En l'espèce l'honnêteté serait plutôt de répondre à ma question précédente : dans quels textes LO parle d'"Etat ouvrier très dégénéré" pour la Russie aujourd'hui ?
Encore une fois tu plaques qqchose de complètement figé (ce que tu crois être à la position de LO) à une réflexion (de LO) qui n'est pas fixée, définitive : tu peux justement leur en parler ! C'est toi qui dogmatise la position de LO, pas LO. Tu me demandes de poser leur poser la question : justement, je l'ai fait.

verié2 a écrit:(1) "Tu nous expliques que l'Etat serait toujours "ouvrier" ou "un peu ouvrier""
(2) "Mais ça ne nous dit rien de l'Etat lui même !"
(3) "Ce qui aboutit inévitablement à une grande confusion dans les têtes des militants, comme Gadès vient de nous le montrer..."

(1) Je crois pas avoir dit ça.
(2) C'est vrai.
(3) Je ne suis pas militant de LO (et je ne crois pas avoir les idées confuses : on est en désaccord... c'est un peu différent).

verié2 a écrit:En réalité, l'Etat ouvrier s'est effondré dès les années vingt, quand les soviets et comités d'usine ont laissé la place à un énorme appareil bureaucratique, la bourgeoisie n'a pas eu besoin de le détruire comme elle a détruit la commune. Si on tient à une date, on peut l'établir entre 1924 et 1928, avec l'adoption de la théorie nationaliste bourgeoise du "socialisme dans un seul pays" et l'éviction des derniers militants internationalistes. Mais la contre-révolution se poursuivra encore dans les annes trente, pour exterminer les communistes fidèles à leur idéal et mettre complètement le prolétariat au pas - son niveau de vie va terriblement chuter à cette époque.

Cette analyse, dont Tony Cliff fut l'un des défenseurs, quoi qu'on puisse penser d'autres aspects de ses positions, me semble beaucoup plus juste que celles (Majorité du mouvement trotskyste et ex Fraction de LO) qui voient une contre-révolution bourgeoise en 1991, alors que l'appareil d'Etat est resté rigoureusement le même sous Brejnev, Gorbatchev, Eltsine, Poutine.

C'est bien là que je veux en venir, s'il y a une rupture, c'est pas 91.
La question centrale est celle de l'analyse qu'on fait de la contre-révolution et des possibilités politiques consécutives, alors, de renverser la vapeur.

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